Chapitre 27 (2ème partie)

Les semaines suivantes furent les plus moroses de toute sa vie. Caroline détestait le printemps. Elle détestait les mois de mars et d'avril, et encore plus le mois de mai. Remus était parti, Bianca n'avait donné aucun signe de vie, et Sirius se comportait comme un affreux goujat avec elle. Tantôt il lui souriait, lui racontait de folles histoires sur lui et Remus à Poudlard, tantôt il l'ignorait royalement. Toujours le même cirque. Elle ne demandait pourtant pas la lune, elle souhaitait simplement qu'il arrête de lui demander d'ouvrir la porte quand Maugrey Fol'œil ou n'importe qui se présentait ici à l'improviste. Ces gens lui donnaient le cafard.

« Bonsoir professeur, comment se portent vos cheveux gras ? » demanda Caroline innocemment lorsqu'elle croisa, avec le plus grand bonheur, son ancien professeur de potions sur le pas de porte de la salle à manger.

Une réunion de l'Ordre n'allait pas tarder à débuter. Beaucoup de membres étaient déjà installés autour de la table et murmuraient tout bas, seul Sirius avait daigné sourire à Caroline lorsqu'elle avait jugé nécessaire d'aller s'enfermer dans sa chambre. Les autres s'étaient contentés de la regarder comme le plus misérable des cloportes. Caroline n'était pas détestée, loin de là, mais elle était critiquée par certains membres. Sirius le lui avait révélé quelques jours en arrière, pendant qu'ils mangeaient ensemble après qu'elle soit rentrée du « Crado's », Molly et Arthur étant déjà couchés depuis belles lurettes. Pourquoi n'était-elle pas dans l'Ordre, alors qu'elle vivait au Square Grimmaurd et qu'elle n'avait manifestement pas de travail ? Pourquoi ne voulait-elle pas se battre pour ce qui lui était cher ? Caroline avait longuement fixé Sirius, prise de malaise. C'était une question tout à fait logique et pertinente, à laquelle elle n'avait pas franchement réfléchi. Elle était toujours là – à ne rien faire d'après eux, car son travail Moldu n'en était visiblement pas un – et n'avait pas l'idée de les aider. Elle comprenait qu'ils soient alors sceptiques. Caroline s'était sentie comme un cloporte intempestif, mais Sirius l'avait rassurée en lui murmurant qu'elle avait le droit d'avoir peur et qu'elle était libre de ses propres choix.

« Votre insolence est proportionnelle à votre intelligence Miss Dorm, rétorqua-t-il d'une neutralité déconcertante.

- Allons, je suis contente de vous voir professeur », ricana-t-elle de bon cœur, « il paraît que vous donnez des leçons d'Occlumencie à Potter. »

Il ne manquait plus que Kingsley, un autre Auror dont Caroline oubliait toujours le satané nom, et bien sûr Remus. Lui n'était évidemment pas attendu aujourd'hui. Sa mission auprès des loup-garous n'était pas encore terminée. Caroline s'impatientait de plus en plus, car pendant qu'il mettait sa vie en jeu pour l'Ordre, elle, elle était coincée dans une baraque bien trop petite avec un homme attirant qu'elle aurait voulu éviter à tout prix. C'était encore pire lorsqu'il sortait de la douche et se baladait sous ses yeux innocents vêtu seulement de sa serviette de bain, nouée autour de sa taille. Étonnent qu'elle n'ait plus rêvé de lui. À moins qu'elle n'en ait plus besoin vu qu'il lui dévoilait son anatomie à tout bout de champ !

« Ce que je fais ne vous regarde pas », souffla-t-il d'un ton acerbe.

Caroline prépara une réplique cinglante de sa confection mais Kingsley la coupa dans son élan lorsqu'il la salua en entrant dans la salle à manger. Aussitôt, ils lui refermèrent la porte de la salle à manger au nez, et elle marmonna en montant se coucher.

La réunion s'acheva une heure après. Daryl était monté lui dire bonne nuit, elle l'avait insulté de bonne grâce, et s'était enroulée dans ses draps en lisant un bon vieux bouquin Moldu à la lueur d'une bougie. Quelqu'un toqua à sa porte lorsqu'elle eut dévoré un chapitre entier du « Seigneur des Anneaux », bien qu'elle le connaissait maintenant par cœur.

« Oui ? »

Elle referma son bouquin délicatement. Sirius avait passé la tête par l'entrebâillement de la porte et lui souriait. Elle se rassit convenablement sur son lit.

« Je voulais voir si tout allait bien.

- Ça va. Merci. »

Sirius allait refermer la porte, mais Caroline l'invita à entrer. Elle tapota son lit à côté d'elle et il vint s'y assoir avec plaisir, de cette allure séduisante de mauvais garçon que Caroline adorait chez lui. Sirius posa une de ses mains dans le haut de la Serpentard et la massa généreusement. Caroline éclata de rire et choppa sa main dans la sienne, pour qu'il cesse son manège.

« Même pas un petit massage ? chuchota-t-il, amusé.

- Tu as les mains très baladeuses, ton massage se transformera sûrement en baiser torride, puis tu finiras entre mes jambes, ironisa Caroline en levant les yeux au plafond.

- C'est pourtant un beau programme. »

La voix rauque et sensuelle de Sirius lui donna des frissons mais elle préféra en rire plutôt que de se livrer à ce jeu dangereux.

« Je t'aime beaucoup Sirius…

- Je sais.

- Mais mon cœur est déjà pris par quelqu'un d'autre.

- Si tu m'en parles, c'est parce que tu as des doutes… et que tu penses que je suis une menace ? »

Caroline croisa son regard sombre et brillant, et fondit littéralement sur ses draps. Sirius avait cette manière effrontée de remettre en cause ce qu'elle était, il osait la provoquer, ce que Remus ne faisait jamais. Il était très drôle, elle se sentait en sécurité avec lui, et c'était sûrement pour cette raison qu'elle était toujours au Square Grimmaurd. Parce qu'elle aimait énormément Sirius, d'une façon différente des autres. Caroline sentait le doute s'immiscer dans son esprit volatile. Sa présence à ses côtés lui laissait entrevoir une vie différente de celle qu'elle avait choisie, plus trépidante et charnelle. Elle adorait le regard que posait Sirius sur elle quand ils étaient seuls. Un profond désir animal l'habitait.

« Je ne sais pas pourquoi je t'en parle, se reprit précipitamment Caroline, chassant toutes ces idées dans son crâne.

- Alors embrasse-moi.

- Ça ne va pas la tête », s'exclama Caroline, tandis que Sirius entourait la jeune femme de ses deux bras musclés.

Caroline ria lorsqu'il lui chatouilla le ventre. Elle le repoussa, mais il la fit rouler sur le matelas et se retrouva au-dessus d'elle, son bassin littéralement plaqué contre le sien. Caroline était déjà aussi rouge qu'une tomate.

« Tu n'as rien à faire de mes états d'âme, se lamenta-t-elle en tapotant son torse du bout des doigts.

- Je n'ai encore rien fait il me semble. »

Il se pencha pour l'embrasser à pleine bouche. Caroline lui fourra son coussin dans le visage pour l'arrêter mais il était déjà très impatient. Et le plus inquiétant était qu'elle était gentiment en train de s'accommoder à l'idée qu'il resterait dans ce lit toute la nuit.

« Allez, je veux dormir, alors sortez de ma chambre Monsieur Black, déclara-t-elle vivement, pour ne pas craquer.

- C'est chez moi ici, je dors où je veux.

- Tiens, et j'imagine que tu veux dormir dans mon lit ? »

Le sourire moqueur de Sirius lui confirma ses pires craintes. S'il dormait torse nu à côté d'elle, autant se jeter tout de suite dans le feu de la culpabilité.

« Bien, alors je vais dormir dans la baignoire », chantonna Caroline en donnant un petit coup de genou bien senti là où ça faisait mal. « Fais attention, Kreattur rentre toujours dans ma chambre en pleine nuit pour voler mes culottes. Et il se croit encore discret.

- Tu ne vas quand même pas dormir dans la baignoire ? Je suis si repoussant que ça ? se plaignit-t-il.

- Bonne nuit Sirius ! »

Caroline ferma la porte, résolue à tenir sa promesse. Elle se dépêcha d'aller dans la salle de bain avant de changer d'avis. Elle avait été à deux doigts de commettre l'irréparable. Par la barbe de Merlin, elle avait eu chaud aux fesses !


En début de ce mois de juin, Caroline travaillait avec acharnement au Crado's. La clientèle doublait durant cette période de forte affluence. Ce soir, elle était rentrée au Square à deux heures du matin et n'avait pas réussi à fermer l'oeil. Elle était trop anxieuse, nerveuse, ou excitée. Plutôt excitée en réalité. Frustrée aussi. Elle l'était d'ailleurs encore plus à l'idée de dormir à quelques mètres de Sirius, qui devait être nu dans ses draps… d'accord, elle n'aurait pas dû boire les bières que ce Moldu lui avait offertes.

Comme à son habitude, elle redescendit les escaliers, se cognant le pied contre la barrière de l'escalier dans un bruit assourdissant. Elle s'immobilisa un instant pour veiller à ce que personne n'ait été réveillé par son boucan, puis alla se servir un verre d'eau au robinet de la cuisine. Elle avait très chaud et ces gorgées d'eau glacée lui firent le plus grand bien. Sa tête tournait dans tous les sens, c'était probablement pour cette raison qu'elle n'avait pas réussi à éviter la barrière de l'escalier et à marcher droit jusqu'ici.

Elle savoura la tranquillité et le silence avec bonheur, en riant dans sa main tout seule. Elle imaginait le professeur Rogue avec l'habit de Kreattur… nom d'une chouette, elle devait stopper toute ingurgitation d'alcool, quelle horreur !

« Caroline ? »

Cette voix l'électrisa. Elle provenait de son dos et était diablement rauque. Caroline se retourna lentement en roulant des hanches et en papillonnant des yeux.

Elle devait vraiment freiner sur la bière.

Lorsqu'elle croisa ce regard étincelant d'inquiétude et de soulagement, son cœur bondit dans sa poitrine, ses jambes devinrent molles comme de la guimauve et elle eut l'impression de voler sur un nuage de coton. Mains dans les poches, il la regardait pareil qu'à Poudlard, lorsqu'elle n'était pas censée se balader dans les couloirs du château à la tombée de la nuit.

« Pince-moi si je rêve », marmonna Caroline. « Tu es revenu.

- Je suis heureux de voir que tu vas bien », avoua-t-il d'une voix douce.

Caroline n'avait pas la force de lutter. Elle se jeta dans ses bras, pas très gracieusement, et serra Remus contre elle. Le revoir était une bénédiction. Elle renifla son costume et fut ravie de retrouver cette odeur charmante qu'elle n'avait pas oublié. Remus embrassa son front avec bienveillance et caressa son dos avec la paume de sa main. Caroline se recula soudainement avec un sourire machiavélique :

« Viens dans ma chambre. »

Remus poussa un soupir amusé.

« Allez, tu es parti si longtemps… Viens. »

Elle se montrait terriblement charmeuse, son regard incandescent aurait fait frémir n'importe qui, même le vieux professeur Binns. Mais Remus avait repéré ses intentions à des kilomètres et il ne céderait pas, du moins pas aujourd'hui.

« Je ne vais pas venir dans ta chambre Caroline, tu es complètement soule. »

Caroline pressa son corps contre le sien, avide de sentir sa peau contre la sienne. Mais cet affreux costume en tweed lui gâchait encore la vie ! Elle glissa ses doigts entre les boutons et les ouvrit l'un après l'autre, avec lenteur. Remus rigola faiblement et agrippa les épaules de Caroline pour la repousser gentiment, avec tout le tact dont il était capable.

« Ce n'est ni l'endroit, ni le moment.

- Il n'y a personne, tout le monde dort, et on serait mieux dans ma chambre si tu acceptais de venir… »

Caroline balada ses mains le long des bras à Remus, obtenant de sa part qu'il lâche ses épaules au profit de ses mains. Elle le tira en direction des escaliers, mais Remus ne bougea pas d'un pouce.

« Caroline…

- Oublie tes fichues convenances ! » râla-t-elle en tirant toujours son bras.

Elle tira dessus tellement fort que la manche de son costume se déchira.

« C'est malin, ton costume foutu l'est réellement maintenant, je vais faire quoi d'une manche ? » baragouina-t-elle en agitant le bout de tissu au-dessus de sa tête.

Remus redoubla de soupir. Caroline était un troll quand elle s'y mettait. Elle balança sa manche dans le hall d'entrée et se rapprocha à nouveau de lui.

« Bon, tu ne vas pas rester habiller comme ça non ?

- Tu ne m'auras pas Caroline.

- Si tu continues à faire tout un foin, Sirius va se réveiller et qu'est-ce qu'il dira quand il verra ta langue dans ma bouche ? rétorqua-t-elle en roulant des yeux.

- Je ne compte pas mettre ma langue dans ta bouche.

- Pourquoi ? s'exaspéra-t-elle.

- Tu es totalement soûle et je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu as une trace dans le cou. »

Caroline porta sa main à son cou par réflexe.

« C'est un chat qui m'a mordu, on n'est pas tous des loup-garous, on ne fait pas tous peur… mais tu es jaloux ! »

Il dut plaquer sa main sur la bouche de Caroline pour qu'elle se taise. Elle parlait trop fort. Caroline en profita pour déposer un baiser sur la paume de la main de Remus, et d'enfiler ses mains sous sa chemise. Il ôta alors sa main précipitamment, mais aussitôt, Caroline se jeta sur ses lèvres. Elle déboutonna sa chemise avec empressement, tout en laissant sa langue se perdre dans les méandres de la bouche de Remus. Bien sûr qu'il allait l'embrasser, elle n'avait eu aucun doute ! Remus tenta de résister mais l'ardeur de Caroline, ses mains entreprenantes, et l'envie irrépressible qu'il avait de la faire sienne prirent le dessus sur tout le reste.

« J'ai gagné, murmura-t-elle entre leurs lèvres lorsqu'ils se séparèrent pour reprendre leurs souffles.

- Je vais rentrer Caroline, je suis déjà resté trop longtemps ici. Et je suis fatigué de ma mission et de la pleine lune de la semaine passée…

- Non, tu dois me faire l'amour », sourit-elle bêtement.

D'accord, elle ne boirait plus jamais de bière. Remus retint un rire amusé entre ses lèvres. Elle n'apprécierait sûrement pas qu'il se moque d'elle dans ces circonstances.

« Ce n'est pas quelque chose qu'on l'on oblige à faire Caroline…

- Mais je ne t'oblige pas. »

Elle ôta son T-Shirt et lui dévoila sa poitrine pour la première fois. Remus détourna le regard et ramassa l'habit qu'elle lui avait jeté dessus. Il l'enroula précairement dans le T-Shirt et la souleva pour l'emmener dans sa chambre. Il tentait de la faire taire par tous les moyens, mais elle le chambrait et faisait exprès d'écarter ses jambes, l'obligeant à la serrer plus fort dans ses bras. Caroline était une vraie dévergondée lorsqu'elle avait bu. Il s'en serait amusé s'il n'y avait pas Molly, Arthur et Sirius dans les parages. Rectification : dans les chambres adjacentes à celles de Caroline. La Serpentard gloussa lorsqu'il poussa délicatement la porte de sa chambre et la déposa sur son lit. Il l'embrassa un instant, d'un baiser plutôt chaste. Mais sa chaleur la quitta bien trop rapidement. Quand elle rouvrit les yeux, Remus était déjà près de la porte et lui souhaita bonne nuit en chuchotant tout bas, un grand sourire aux lèvres. Caroline bouda mais ne l'empêcha pas de partir. Maintenant qu'elle était allongée, ses paupières se fermaient toutes seules.

Remus avait refermé la porte très doucement. Il avait tellement peur que quelqu'un les ait entendus. Il descendit les escaliers sur la pointe des pieds, ramassa ses habits par terre, en veillant à retrouver la manche égarée puis ressortit du Square Grimmaurd dans le plus grand des silences. Il était revenu à Londres il y a moins d'une heure. Mais il avait eu terriblement envie de revoir Caroline et avait voulu s'assurer qu'elle allait bien. Remus ne s'était pas attendu à la trouver debout à cette heure-là, ni complètement soûle pour oublier toutes ses réserves et lui faire des avances très insistantes. Il rigola doucement dans la rue, puis transplana dans un endroit discret.


Une semaine après, Caroline n'avait pas revu Remus. Il ne restait pas longtemps au Square Grimmaurd et lorsqu'il était là, il s'enfermait avec Sirius pour discuter des affaires de l'Ordre. Caroline était jalouse du prisonnier d'Azkaban mais n'en montrait rien. Quand elle s'était réveillée après sa cuite monumentale, elle avait eu un coup de panique. Elle avait des bribes de souvenirs, tous plus gênants les uns que les autres. Et elle aurait bien voulu se retrouver un moment seule avec Remus, histoire qu'elle lui dise qu'elle en avait marre qu'il la repousse et qu'il avait intérêt à se montrer parfait à l'avenir. Ne plus fuir, ne plus la repousser. Ce n'était pas sorcier.

Assise dans la salle à manger, elle ne vit pas le drame qui lui pendait au nez. Ses paupières lourdes la supplièrent d'aller se coucher, ce qu'elle fit de bonne grâce, avant que Sirius ne l'intercepte sur le pas de porte de sa chambre.

« Je peux te parler ? »

Caroline hocha la tête, comme à son habitude, pour ne pas s'encombrer de mots inutiles. Sirius l'invita à s'asseoir dans le fauteuil qui trônait dans un coin de sa chambre. Elle s'attendait à le voir faire de même, mais il resta debout, le regard rivé sur elle. Une triste lueur courait dans ses onyx si chers à Caroline. Décidément, ce cabot avait su lui mordre le cœur là où elle aurait mal. Et comme disait un chanteur Moldu que Sady admirait, "elle court, elle court, la maladie d'amour".

« Toi et Remus. Je vous ai vu la semaine passée. »

La gorge de Caroline se serra. Par la barbe rasée de Merlin, ils n'avaient pas été si discrets qu'ils le croyaient, Sirius avait été réveillé par ses cris douteux ! Et il avait enfin découvert toute la vérité. Elle n'aurait plus à lui mentir dorénavant. Malgré ce qu'elle perdait maintenant, une complicité rafraichissante avec Sirius, Caroline n'avait aucun remords et se sentait soulagée d'un poids terriblement pesant.

« Moi et Remus », soupira Caroline.

Cet aveu brûlant lui fit mal au cœur. Nom d'une crotte de strangulot, elle voulait se cacher la tête dans le sable. Elle aimait terriblement la relation qu'elle avait Sirius, elle ne voulait égoïstement pas qu'elle s'arrête. Sentir ses mains sur elle faisait vibrer son corps autrement que celles de Remus.

« Ça tombe sous le sens. Remus te regarde différemment, j'aurais dû le deviner.

- Je suis désolée. »

Caroline baissa les yeux, presque honteuse, comme si elle l'avait trompé. Elle était mal à l'aise et se sentait nauséeuse.

« Remus est quelqu'un de formidable. Je ne peux pas avoir embrassé la seule fille...

- Il m'a fait beaucoup de mal, rétorqua Caroline pour que Sirius ne lui dresse pas une liste exhaustive des multiples qualités de Remus, qu'elle connaissait déjà par cœur.

- Qu'est-ce qui s'est passé entre vous ? » questionna calmement Sirius.

Elle rassembla tout son courage.

« Tout a commencé lors de ma dernière année à Poudlard, quand il était professeur de défenses contre les forces du mal. Des événements ont fait que je me suis rapprochée de lui, comme un élève s'intéresserait normalement à son professeur, mais il y avait plus que ça. Il y a toujours eu plus que ça en réalité. J'ai ouvert mon cœur à Remus et il m'a repoussé, parce qu'il était mon professeur. »

Sirius ne disait absolument rien, mais elle voyait qu'il était aberré. Au fond de lui, il savait qu'un lien étrange les reliait tous les deux. Il n'y avait qu'à voir la manière dont ils se parlaient et de dévisageaient mutuellement. Sirius avait également remarqué la haine exacerbée et les sous-entendus douteux de Servilus. Remus lui avait simplement expliqué que Caroline avait été une élève difficile, que leur relation conflictuelle était née de son caractère de cochon. Mais jamais il ne se serait attendu à ce que leur lien soit de cette envergure. Sirius s'en voulait d'avoir jeter son dévolu sur elle, dire que son meilleur ami avait enfin trouvé une fille digne de lui !

« Il m'a encore repoussé quand je suis revenue en septembre dernier, et cette fois-ci il m'a servi l'excuse de sa monstruosité et que j'étais trop jeune. Il a ensuite embrassé Tonks avait de revenir vers moi, en espérant que je le pardonne. C'est tout. »

Elle croisa les bras, rapetissant dans son fauteuil à mesure que le regard de Sirius la consumait. Il choisit ses mots précautionneusement :

« Remus n'aurait pas dû se rapprocher autant de toi à Poudlard, mais je le connais, et j'imagine qu'il a fait son maximum pour te repousser.

- J'en ai pleuré.

- Et tu ne peux pas lui en vouloir, Caroline, déclara doucement Sirius.

- Bien sûr que si, il fuit tout le temps ! A Poudlard, d'accord, mais maintenant que je ne suis plus son élève, lui est-il si difficile de reconnaître qu'il m'aime ? » s'acharna Caroline avec véhémence.

Le cœur de la Serpentard s'allégeait petit à petit de toute sa rancœur. Elle était soulagée de pouvoir en parler à quelqu'un, de pouvoir se plaindre de Remus auprès de quelqu'un qui le connaissait très bien.

« J'espère que tu ne m'as pas embrassé pour te venger, rétorqua Sirius dangereusement.

- Je ne suis pas comme ça, monsieur le chien puant.

- Il n'en reste pas moins que tu es beaucoup trop dure avec lui.

- C'est toi qui est beaucoup trop dur avec moi, soupira Caroline.

- Fais attention à tes jeux de mots, ils peuvent être très mal interprétés. »

Caroline lui rendit son sourire en ricanant. La tension du début de leur conversation s'était heureusement dissipée.

« Ce n'est pas parce que Remus est ton meilleur ami que tu dois te ranger de son côté, c'est moi qui m'en suis pris plein la tronche.

- Daryl est sûrement de ton côté.

- Il n'aime pas Remus, c'est un secret pour personne », grinça-t-elle des dents. « Enfermé tout ce temps ici et tu n'y as jamais fait attention ? Tu es trop sûr de toi, de ce que tu penses. »

La Serpentard lui lança un regard docile, qui adoucit celui de Sirius. Il lui tendit sa main, qu'elle saisit avec plaisir, et l'entraîna au centre la pièce, comme s'ils dansaient à un bal. La main libre de Sirius se posa chastement dans son dos. Une dernière danse.

« J'imagine que tu n'es plus intéressé, murmura Caroline dans son cou.

- Je laisse la place à Remus, il te mérite mille fois plus que moi, je ne suis pas le garçon bien que tu recherches. Enfin, je ne l'étais pas à l'époque, quand j'avais ton âge.

- A Poudlard tu veux dire ?

- Oui à Poudlard, et même après…

- Raconte-moi le Sirius de Poudlard alors », demanda Caroline, en passant ses bras autour de son cou.

Ce moment était spécial, hors du temps, ils dansaient ensemble dans le silence. Elle entendait la musique dans sa tête mais se garda bien de le lui dire. Plus ils se rapprochaient, plus elle avait la désagréable sensation qu'il s'agissait d'un des derniers moments qu'elle passerait seule avec lui.

« J'étais populaire auprès des filles, comme le père d'Harry, et je m'en servais parfois… tu connais déjà toute ma vie par cœur Caroline, je n'ai plus rien de neuf à te raconter, s'amusa-t-il.

- Tu es rabat-joie.

- Toi, tu ne m'as jamais parlé de Poudlard non plus.

- Je n'étais pas populaire moi. »

Sirius déposa un baiser dans ses cheveux, retenant un rire entre ses lèvres. Il ne se lassait pas du caractère de cochon de Caroline. Ils continuèrent à tourner sur eux-mêmes, dans les bras l'un de l'autre. C'est Sirius qui rompit le contact en premier, au bout d'un temps infiniment long dont elle avait apprécié chaque seconde. Caroline trouvait la vie incroyablement injuste par moment. Elle, la fille qui n'aimait personne, avait réussi à tomber amoureuse de son professeur malade et de s'enticher du meilleur ami de celui-ci, qui était un prisonnier recherché par tout le Ministère de la Magie.

« Ce n'est pas un au-revoir Caroline », lui sourit Sirius en caressant sa joue. « Je serai toujours là pour toi... Remus a de la chance de t'avoir. »

Il la relâcha, puis Caroline sortit de sa chambre pour rejoindre la sienne, le gorge nouée. Ce n'était pas un au-revoir, mais il sonnait comme tel. Son cœur se fendait en deux, mais c'était mieux ainsi. Il n'y avait pas de place pour deux hommes dans sa vie.


Caroline ressassa le moment tendre qu'elle avait partagé avec Sirius la vieille, durant toute la journée, même quand elle toqua à la porte de l'appartement de Percy. Le Weasley l'ouvrit au bout d'un court instant et la referma aussi sec lorsqu'il reconnut Caroline.

« Rouvre-moi Weasmoche !

- Caroline, je ne veux pas te voir, cria Percy depuis l'intérieur de son appartement.

- Je ne te demande pas ton avis. »

Il laissa entrer Caroline la mort dans l'âme. Elle découvrit son appartement, propre, avec quelques objets sorciers luxueux qu'il avait dû payer avec son salaire exorbitant d'assistant du Ministre de la Magie. Caroline soupira en croisant le regard furieux de Percy, puis s'assit dans son salon en salissant le tapis avec ses bottes boueuses. Ce n'était même pas voulu...

« Tu ne veux pas me laisser tranquille ? Tu penses que j'ai vraiment envie de t'entendre te plaindre de notre cher professeur Lupin ?

- Je ne suis pas venue ici pour ça.

- Si tu es venue de la part de ma mère…

- Non plus, le coupa Caroline d'une moue agacée.

- Alors tu veux me révéler où se cache Sirius Black ? »

Le ton acerbe et malhonnête de Percy l'irrita, elle n'aimait pas la façon dont il dénigrait Sirius, alors qu'il ne l'avait jamais vu. Il fondait ses impressions sur les préjugés de son patron, sans même réfléchir par lui-même avec son misérable cerveau. Parfois, Caroline imaginait l'impact qu'aurait eu son retour si elle était revenue à la mort de ce Cédric Diggory. Elle aurait peut-être pu résonner Percy et son caractère trop ambitieux pour être honnête.

« Tu sais ce que je pense de Sirius Black, siffla sombrement Caroline.

- Alors, qu'est-ce que tu me veux ?

- J'aimerais te parler de Bianca. »

Percy croisa ses bras sur sa poitrine, quelque peu surpris.

« Je ne sais pas où elle est.

- Et tu penses que c'est Sirius qui l'a enlevée, je me trompe ?

- Pourquoi parles-tu de lui avec autant de complaisance ? Tu devrais faire très attention à tes fréquentations Caroline, déjà que ce travail Moldu te fait honte. »

Elle ignora ses critiques, pour se focaliser sur Bianca. A croire que Percy était tombé amoureux de Sirius pour qu'il lui rabâche les oreilles avec lui à chacune de ses visites.

« Pourquoi c'est toi qui m'a apporté son mot avant que je ne revienne ? Pourquoi n'était-elle pas venue elle-même ?

- C'est à elle qu'il faut le demander.

- Et mon père, tu l'as vu récemment ? s'enquit Caroline.

- Il a l'air malade, on pense qu'il nous cache quelque chose. Il est si livide qu'il pourrait ressembler à un fantôme », débita Percy, franchement ennuyé.

Caroline baissa les yeux, laissant le silence s'installer entre eux. En réalité, Caroline n'avait pas de raison véritable de lui rendre visite, elle voulait seulement prendre de ses nouvelles. Et il n'acceptait de voir personne, sauf elle. Molly l'avait harcelée pendant un mois pour qu'elle vienne ici. Caroline avait finalement accédé à sa requête.

« Tu manques à tes parents Percy, tu nous… manque, articula-t-elle, chaque mot étant un véritable supplice à prononcer.

- Je ne veux plus que tu me rendes visite Caroline. Maintenant sors de chez moi. »

Percy lui empoigna violemment le bras, et la jeta dehors d'une attitude si inhumaine qu'elle en fut bouchée bée. Elle était maintenant devant son immeuble et fixait la façade, se demandant comment ils avaient pu en arriver là. Daryl se racla la gorge pour attirer son attention. L'avait-il suivie ? Ils échangèrent quelques banalités, avant que Caroline n'écourte leur entrevue :

« Je vais voir mon père, je n'ai pas eu de nouvelles et Tonks non plus, je m'inquiète.

- Je t'accompagne.

- Non, c'est bon, je peux me débrouiller toute seule. »

Caroline laissa Daryl en plan. Franchement, il n'arrêtait pas de la suivre, n'avait-il rien de plus important à faire ? Elle prit un bus Moldu pour se rendre à la cabine téléphonique. Marre d'utiliser la magie à tout bout de champ.


Au Ministère, Caroline toqua au bureau de son père, mais elle n'eut aucune réponse. Elle ouvrit lentement celle-ci en jetant un coup d'œil à l'intérieur. Son père était assis derrière son bureau, la tête baissée comme s'il était pris d'une crise de narcolepsie. Elle le salua joyeusement, mais il ne releva pas la tête. Caroline s'avança d'un pas hésitant jusqu'à lui, en contournant son bureau. C'était bizarre.

« Papa ! » cria Caroline subitement.

Jack était blafard et du sang dégoulinait de sa bouche. Elle le prit dans ses bras mais il commença à convulser, ses muscles étaient raides et durs. Caroline le retenait péniblement dans ses bras, totalement affolée, elle pleurait et le suppliait d'arrêter. C'était forcément une farce. Une mauvaise farce. Jack avait les yeux révulsés, sa chemise se tachait de sang. Caroline vit la fiole de poison qui s'était brisée en mille morceaux sur le sol.

« Avada… »

Une voix qu'elle connaissait que trop bien s'éleva dans son dos. Caroline lâcha son père et se jeta au sol, derrière le grand bureau. L'éclair vert frappa de plein fouet le corps convulsant de Jack, qui s'écrasa par terre, juste en face de Caroline. Le visage de son père frôlait le sien, ses yeux choqués le fixaient d'une douleur et une souffrance indescriptible. Il était mort. De grosses larmes coulèrent sur ses joues, elle écrasait sa main contre sa poitrine, sentant celle-ci se recroqueviller et l'air lui manquer. Une crise de panique. Caroline suffoqua et implora son père d'ouvrir les yeux.

« Papa, papa ! Tu ne dors pas vrai ? Vous avez préparé ça ensemble, n'est-ce pas ? »

Un rire hystérique franchit ses lèvres mordillées jusqu'au sang. Elle le secouait, le ruait de coup, mais Jack ne bougeait pas. Il ne bougerait plus jamais.

« Non, tu mens ! Je ne peux pas croire que tu sois mort, je ne peux pas croire que ce soit elle qui t'ait tué… »

Caroline ferma les yeux, souhaitant se réveiller de ce cauchemar. Elle se mit en boule contre le ventre de son père. Cette réalité ne pouvait être qu'une illusion. Caroline entendait des pas lourds se diriger vers elle très lentement, mais plus rien n'avait d'importance. Elle serra son père dans ses bras comme si elle savait qu'on le lui arracherait.

La Serpentard releva les yeux et son visage se figea. Certes, les larmes continuaient à couler, mais plus rien ne laissait présager de son incompréhension et de son malheur. Le visage angélique de Bianca lui poignarda le cœur. Ses cheveux étaient toujours parfaitement brossés, sa peau sans impureté brillait par sa blancheur, mais la lueur si douce de ses yeux s'était envolée.

« Il… il te faisait confiance…

- Il devait mourir », tonna une voix masculine sur le pas de porte du bureau. « Il l'a mérité ce sale… »

Caroline attrapa discrètement sa baguette dans la poche de sa robe. Elle n'avait pas la moindre chance contre Bianca et cet inconnu, mais elle ne pouvait mourir sans se battre. Caroline reconnut l'homme quand il se glissa derrière Bianca. C'était Antonin Dolohov.

« Gentil pantin, tu as bien servi au Seigneur des Ténèbres. »

Il lui donna un coup de coude dans la tête et Bianca tomba inconsciente sur le sol. Antonin marcha par-dessus son corps et s'agenouilla près de Caroline, un franc sourire sur son visage cruel.

« Tu as bien grandi petite Caroline. Tu ressembles tellement à ta mère.

- Vous la connaissiez ? se risqua-t-elle pour gagner du temps.

- Oh que oui, qui ne connaîtrait pas la femme de son meilleur ami ? » rétorqua-t-il en en tapotant le torse de son père en ricanant. « Ce sacré Jack...

Caroline avala une gorgée de salive. Antonin était le meilleur ami de son père ? Totalement impensable.

« Il n'aurait jamais lié de relation amicale avec un Mangemort.

- Jack ne vivait que pour le Ministère, mais il avait sa part d'ombre. Il n'a même pas remarqué que sa femme était de notre côté ! Il était bien naïf. »

Elle n'avait pas envie d'en entendre plus. Caroline détourna les yeux et reposa sa tête contre le cœur inanimé de son père. Qu'il la tue s'il le désirait. Elle n'avait plus le courage de se rebeller.

« Allez, arrête de pleurnicher », lui ordonna-t-il en lui empoignant le bras.

Caroline se laissa choir dans les bras d'Antonin, bientôt rejointe par le corps vaseux de Bianca. Il les traîna dans le Ministère désert jusqu'au réseau de cheminée. Il ne s'était pas débarrassé du corps de Jack. Demain, le monde sorcier apprendrait la mort du Chef du Bureau des Aurors et personne ne penserait à la peine de Caroline. Tout le monde cracherait sur le dos de son père, trop controversé pour quitter le monde des vivants avec les honneurs. A peine sa dernière larme avait-elle coulée qu'ils disparurent tous les trois dans une cheminée.


Caroline rouvrit péniblement les yeux après avoir perdu connaissance dans le tourbillon infernal des flammes de la cheminée. Elle avait une douleur cinglante au dos. Lentement, elle s'assit contre le mur humide de ce qu'elle prit pour une grotte. Des gouttes d'eau dégoulinaient sur elle et formaient de minuscules gouilles dans les irrégularités de la pierre mousseuse qui l'entourait. Des barreaux de fer condamnaient le seul chemin qui menait à la lumière du jour.

Enfin elle comprit.

Elle avait été séquestrée. Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux lorsqu'elle réalisa que la mort de son père n'avait pas été qu'un simple cauchemar. Elle avait été réelle. Caroline se laissa retomber sur le dos, endurant la douleur en silence.

« Je suis désolée Caro », murmura une petite voix derrière elle.

Elle tourna la tête, se griffant le visage au passage, et découvrit la mine endeuillée de Bianca. Son amie était prostrée dans le fond de la cellule, ses cheveux noirs encrassés par la boue qui recouvrait les murs.

« Pourquoi t'as fait ça ? demanda Caroline d'une voix suppliante.

- Je ne voulais pas le faire, ils m'ont ensorcelée, je ne pouvais pas lutter. Le Mage Noir est trop fort », souffla Bianca la tête dans ses genoux.

Caroline savait au fond d'elle que Bianca avait été soumise au sortilège d'Imperium. Ils l'avaient ensorcelée pour se débarrasser de Jack les doigts dans le nez. Elles ne dirent plus un mot pendant un long moment, peut-être une heure ou deux. La notion du temps se perdait en confinement.

« Et c'était quoi ce cirque avec ces lettres ? Pourquoi ne pas m'avoir dit directement qu'ils étaient morts ? demanda finalement Caroline, qui avait marre de ce silence morbide.

- Les Mangemorts me traquaient, je ne pouvais pas te rencontrer en personne. Et comme tu adores les histoires, j'ai voulu te raconter celle-ci…

- Je voulais juste te voir, contra Caroline d'un ton cassant.

- Tu étais bien entourée, et tu avais déjà beaucoup de choses à régler avec notre cher professeur Lupin. »

Malgré la douleur et le chagrin, Caroline sourit légèrement à son amie. Bianca lui avait terriblement manquée. Ces derniers temps, elle l'avait haïe pour tous ces mystères, mais aujourd'hui, comment pourrait-elle continuer à lui en vouloir ?

« Daryl…

- Ne t'en fais pas pour lui, la rassura Bianca.

- Tu lui as aussi menti, non ?

- Il est resté dans l'Ordre pour moi, parce que nous sommes trop peu face à… cette monstruosité. Ils avaient prévu de tuer ton père depuis longtemps déjà, Jack lui-même l'avait deviné. J'étais la clé de voûte, il me traquait pour ça, j'ai donc décidé de me cacher en laissant croire à tout le monde que j'avais disparu. Il est… de retour. Je l'ai vu Caroline, son image hante mes rêves, je vois son visage émacié et terne à chaque fois que je ferme les yeux. Je ne voulais pas que tu souffres, mais je n'ai pas pu m'empêcher de te mêler à toute cette histoire. J'avais peur je crois. »

Caroline garda le silence, sonnée d'apprendre que la mort de son père avait été soigneusement préparée par ces monstres. Ils les avaient tous tués, sa sœur, sa mère, et son père. La rage d'être aussi impuissante face à eux démolit le cœur de Caroline. Elle ne pourrait jamais se venger, elle n'était pas assez forte, ni courageuse. C'était peut-être même pour cette raison qu'elle était toujours en vie. Elle survivait car elle fuyait les problèmes la queue entre les jambes.

« Daryl a changé.

- Il n'est pas si différent crois-moi. Tu l'as pris en grippe ces dernières années et il se montrait méchant car il était en colère contre toi.

- Il a fait des choses impardonnables.

- On fait tous des erreurs, et tu es la seule à ne pas lui avoir pardonnée. »

Son pardon semblait si misérable comparé à toute la souffrance qu'elle ressentait en ce moment. Peut-être était-il temps qu'elle tourne la page. Daryl était un précieux ami, depuis neuf ans. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Bianca reprit d'une voix peinée :

« C'est moi qui ait réduit Edgard et Celia au silence. Vous avez trouvé la tombe d'Elly, n'est-ce pas ? Ils l'ont assassinée, car notre chère amie promise à être une brillante Ministre de la Magie a eu des remords, elle était venue me parler… elle te haïssait toujours mais ce n'est pas de cette vie de paria qu'elle voulait. Ses ambitions étaient trop fortes pour qu'elle gâche sa vie. Elle t'a cherché longuement pour s'excuser, elle est même venue voire le professeur Lupin, tu te rends compte ?

- Quoi ? siffla Caroline, totalement abasourdie.

- C'est elle qui t'a trouvé d'ailleurs, et c'est grâce à elle que Percy a pu te transmettre ma lettre.

- Mais je…

- Elle n'a pas osé venir d'elle-même.

- Alors c'était pour cette raison que tu voulais que je revienne ? »

Bianca soupira longuement :

« Avant que tu ne reviennes, Celia et Edgard l'ont retrouvée et tuée. Je n'ai pas pu les empêcher. Alors je les ai cherchés, j'ai trouvé leur entrepôt et leur cachette. Et je les ai laissé pourrir là-bas.

- Pourquoi tu m'as fait aller dans cet entrepôt ?

- Je t'y ai conduite pour que tu te souviennes.

- Me souvienne ?

- De te mère », sourit Bianca doucement. « Elle a fait de mauvais choix, mais il n'y a rien de plus beau que l'amour qu'elle te portait, ne l'oublie pas. N'ait pas honte d'être sa fille, ne te sent pas responsable de la mort de ta sœur, n'ait pas de peine pour ton père… On fait tous de mauvais choix.

- Mon père savait qu'il allait mourir ? balbutia Caroline, les yeux brouillés de larmes.

- Il pensait qu'il n'avait pas le choix, pour que sa dernière fille survive, il fallait qu'il meure. Sinon ils se seraient servis de toi pour l'atteindre. Ils ont déjà essayé d'ailleurs.

- Non, il ne…

- Il était content de se sacrifier pour toi, je t'assure, il ne l'a pas fait à contrecœur. Il t'aimait beaucoup Caroline, mais c'était trop dur pour lui de te le prouver. »

Caroline tentait de retenir ses larmes, mais elles coulaient à nouveau d'elles-mêmes sans qu'elle ne puisse avoir d'emprises sur elles. Elle se pinçait les lèvres mais la souffrance et les regrets de toute une vie se lisaient clairement sur sur les traits de son visage. Tout ce qu'elle voulait, c'était sortir d'ici et oublier. Oublier que la mort existait.

« Tu as dit qu'ils… qu'ils ont déjà essayé ? baragouina-t-elle, ses sanglots l'empêchant de s'exprimer correctement.

- Caro, si c'est trop dur, on pourra en parler plus…

- Non, dis-le-moi s'il te-plaît. »

Bianca posa sa main sur son épaule et la serra chaleureusement.

« Au Manoir, tu te souviens ? Un homme t'a attaqué… c'était Lucius Malfoy », éluda Bianca.

Malfoy ? Cette vermine ? Caroline frappa le mur de leur geôle violemment et se brisa les os dans la main. La douleur n'était rien, la haine était tout. Cet odieux personnage ne méritait pas de vivre.

« Tu as de la chance que ce soit lui qui soit venu. »

Caroline dévisagea Bianca comme s'il elle était timbrée.

« Il n'avait pas foncièrement envie de te tuer, c'est pour ça que tu es toujours en vie Caro. Un autre ne t'aurait pas ratée, tu peux me croire. »

Elle s'apprêtait à lui déverser toute sa haine dessus mais la voix espiègle d'Antonin la fit taire instantanément. Le Mangemort sifflota jusqu'à leur cellule et les regarda avec malice :

« On dirait que ce Potter n'est pas si futé qu'on le raconte. Soyez sage, surtout toi Caroline. »

Il leur octroya un dernier sourire et revint sur ses pas. Bianca s'avança à quatre pattes jusqu'aux barreaux et écouta attentivement les bruits qu'Antonin produisait à l'étage. Caroline l'observait avec crainte.

« Il est parti, il faut qu'on trouve un moyen de sortir d'ici.

- T'as vu la grosseur des barreaux ? On n'a pas la moindre chance de s'enfuir. »

Bianca et Caroline désespéraient de plus en plus.

« Pourquoi il ne nous a pas encore tuées ?

- On est là seulement depuis deux heures maximum, et je crois qu'ils ont quelque chose de plus important à faire pour le moment.

- Comme quoi ?

- La prophétie Caro, ils essaient de mettre la main dessus.

- Mais quelle prophétie ?

- Celle de Potter. Il n'y a que celui qui est concerné par la prophétie qui peut la retirer. Je pense que Potter est en route pour le Ministère. Ça sent le roussi. »

Caroline ne comprenait pas un strict mot de ce que Bianca racontait. Par la barbe de Merlin, elle était ignorante de tout, c'en était presque risible. Bianca et Caroline reculèrent dans un coin de leur geôle quand elles entendirent la porte du sous-sol grincer. Elles retinrent leur respiration.

« Hé-oh, vous êtes là ? » chuchota une voix.

Bianca fondit aussitôt sur les barreaux.

« Daryl, par ici ! »

Leur ami apparut soudainement devant elle. Il tâta les barreaux avec une certaine appréhension. Bianca passa un bras dans une fente pour lui serrer la main. Elle était tellement heureuse de le revoir.

« Comment tu nous as retrouvé ?

- Je t'ai promis que je veillerai sur Caro, chose promise, chose due.

- Tu m'as suivi ? s'outragea Caroline.

- Oui et j'ai bien eu raison de la faire, tu t'es jetée dans le piège la tête la première. »

Il n'avait pas tort.

« Il a pris les clés avec lui, je suis obligé de faire exploser le mur pour vous sortir d'ici. »

Elles reculèrent au fond de la cellule et il moulina son poignet pour jeter un puissant sortilège. Le mur explosa avec fracas mais elles s'en sortirent indemnes, les gravas avaient été dissous par le mur protecteur qu'il avait mis en place autour d'elle. Caroline se retrouva couverte de poussière, comme Bianca, mais elles purent s'échapper avec bonheur de la geôle. Daryl les mena à l'extérieur de la bicoque abandonnée d'Antonin. Ils transplantèrent immédiatement à l'entrée visiteur du Ministère. Bianca et Daryl poussèrent Caroline dans la cabine téléphonique avec empressement.

« Je les ai récupérées. Il faut qu'on se dépêche. »

Le ton de Daryl était angoissant. Il leur distribua leurs baguettes magique et Caroline s'extirpa de la cabine, faisant face au hall du Ministère, livide à souhait.

« Le Département des ;ystères, vite ! »

Bianca attrapa le bras de Caroline et la tira violemment en direction des ascenseurs. Elle n'eut pas la force de protester. Daryl, Bianca et Caroline émergèrent alors dans le couloir du niveau neuf et franchirent la grande porte noire. Plusieurs portes se présentèrent alors à eux, douze exactement. Bianca savait exactement laquelle choisir.

Ils entrèrent en trombe dans la salle du Temps et Bianca les traîna immédiatement à une porte dérobée.

Ils atterrirent dans le hall des Prophéties, entièrement détruit. Caroline tomba d'une étagère en voulant l'escalader et se coupa la main sur du verre brisé. Elle compressa sa blessure avec une partie de sa robe qu'elle avait préalablement déchirée, puis contempla le désastre autour d'elle. La montagne de débris était impressionnante.

« Pourquoi vous m'avez amené ici ? C'est quoi ce bordel ? s'horrifia Caroline en trébuchant plusieurs fois dans cet océan de verre.

- Ils ne sont déjà plus là…

- Dans une autre salle », déclara Bianca d'une voix sinistre.

Daryl et Bianca s'élancèrent vers la porte pour repartir, alors que Caroline ne comprenait toujours pas la raison de sa présence ici, ni pourquoi diable elle était la seule à s'être coupée la main avec tout ce verre ! Elle s'efforça de les suivre, empruntant une seconde porte qui menait à la salle aux Cerveaux.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la salle, ils comprirent rapidement que quelque chose de grave s'était passé ici aussi. Le frère de Percy était en train de lutter avec un cerveau, et d'autres élèves de Poudlard étaient au sol, inconscients.

Instinctivement, Caroline et Bianca laissèrent Daryl s'occuper des blessés, et ressortirent pour s'engouffrer par la porte de la salle de la Mort. La porte donnait sur une sorte de précipice, elles durent dévaler des gradins pour se rapprocher des Mangemorts, et surtout d'Harry. Caroline suivait Bianca tel un cadavre. Elle ne voulait pas être ci, par le cul terreux de Merlin, elle ne voulait pas aller à l'endroit précis où se tenait le type barjot qui venait de l'enfermer quelques heures plus tôt ! Mais qu'est-ce que Bianca avait dans la tête ? Un petit pois ? Surtout qu'elles n'étaient pas de taille face à tous ces Mangemorts expérimentés. Caroline n'arrivait même pas à produire un Patronus ! La Serpentard jeta un regard dépité à Bellatrix Lestrange, qui était en train de lancer un sortilège Doloris à Neville Londubat. Le pauvre garçon se tordait de douleur.

« Stupéfix ! »

Caroline fixa avec horreur le sort que Bianca avait jeté sur Bellatrix, qui le dévia in extremis. Elles se dispersèrent lorsque plusieurs sortilèges s'abattirent sur leur cachette. Caroline criait Protego à tout va, se fatiguant très rapidement. Bianca profitait de l'acharnement des Mangemorts sur son amie pour les immobiliser. Antonin parvint à coincer Caroline dans un coin de la salle.

« Caroline, toi ici ? »

La Serpentard tremblait de peur. Il pouvait la tuer d'un seul sortilège. Sans qu'elle ne puisse l'en empêcher. Pourquoi s'était-elle fourrée dans cette merde noire ?

« Endoloris. »

Caroline vit Bianca s'effondrer à terre de l'autre côté de la salle. Ils l'avaient attrapée et Bellatrix se donnait un malin plaisir à la faire crier.

« Tu pourrais nous rejoindre Caroline, tu pourrais arrêter d'avoir peur », chuchota Antonin à son oreille, maintenant qu'il s'était glissé dans son dos.

Sa main libre, pressée contre le ventre de Caroline, la maintenait fermement collée à lui.

« Mais je sais que tu ne le ferras pas », susurra-t-il froidement. « Tu es comme ton père. »

Bianca criait et pleurait au centre de la salle, rejointe par Neville, avant que toutes leurs suppliques ne cessent. Harry avait accepté de leur donner la prophétie. Caroline essayait de garder son calme malgré la baguette d'Antonin qui s'enfonçait dans le bas de son dos.

Et soudain, elle les vit. Les membres de l'Ordre du Phénix. Antonin l'envoya valser contre le mur quand Maugrey l'attaqua de face avec plusieurs sortilèges. Caroline se releva aussitôt, évitant les gravats avec une chance improbable, et contourna le duel de Maugrey et d'Antonin. Elle courut en direction d'Harry qui étaient en mauvaise posture, pour des raisons qui resteraient floues bien des années plus tard, et se jeta sur le Mangemort Macnair en lui mordant le lobe de l'oreille. Avant qu'elle n'ait la bouche remplie de sang, elle le stupéfixia en bonne et due forme.

Lorsqu'elle roula sur le côté pour se relever, Caroline remarqua qu'Antonin Dolohov revenait vers eux dangereusement. Il avait battu et blessé Maugrey.

Heureusement, Sirius l'intercepta et ils se débarrassèrent de lui avec le maléfice du saucisson. Caroline n'eut même pas le temps de croiser le regard de Sirius qu'il avait déjà entamé un duel compliqué avec sa cousine, qui avait mis en échec Tonks. Caroline voulut rejoindre l'Auror blessée mais Lucius Malfoy lui barrait le chemin, à elle, Harry et Neville. Les deux jeunes Griffondor entravèrent ses mouvements avec ingéniosité. C'était époustouflant.

« Harry, rassemble les autres et partez tous ! »*

La Serpentard s'immobilisa soudainement. Remus était à quelques mètres d'elle et il lui avait accordé un regard terriblement inquiet et surpris. Caroline mourrait d'envie de fondre dans ses bras, de l'embrasser. Elle se baissa brusquement lorsqu'un sortilège la frôla de près. Remus s'agenouilla immédiatement auprès d'elle une fois qu'il eut neutralisé Malfoy.

« Tu n'es pas blessée ? s'inquiéta-t-il, ses mains tremblantes s'interdisant de la toucher.

- Non, non, mais qu'est-ce que… »

Dumbledore était apparu en haut des gradins. Les Mangemorts s'enfuirent en catastrophe, mais la plupart se retrouvèrent au centre de la pièce, incapables de bouger et de transplaner. Caroline souffla de soulagement – peut-être trop rapidement. Un cri déchirant annihila les battements de son cœur.

« SIRIUS ! »

Elle eut juste le temps de voir le corps de Sirius tomber dans le voile, et disparaître. Potter s'égosillait, mais il était trop tard. Sirius était mort. Caroline lâcha un râle horrifié et posa sa main sur sa poitrine qui se rétrécissait de seconde en seconde. Une nouvelle crise panique. Elle manquait d'air. Caroline chercha le contact de Remus mais il n'était plus là. Elle le trouva en compagnie de Potter, il le serrait dans ses bras pour l'empêcher de suivre Sirius ou Bellatrix. Caroline pleura silencieusement, se sentant incroyablement seule et abandonnée. Tout le monde était mort. Caroline se recroquevilla sur elle-même, en position fœtale. Elle aurait bien aimé nager dans le déni comme Potter.

De son côté, Remus libéra Neville du sortilège qui l'empêchait de marcher :

« Allons… allons retrouver les autres », dit-il. « Où sont-ils ? » *

Ses paroles lui firent encore plus mal au cœur quand il remarqua que Caroline s'était affaissée par terre et pleurait silencieusement dans ses genoux. Il aurait voulu la réconforter, mais sa propre peine l'empêchait d'agir. Son attention se reporta ensuite sur Harry qui s'était libéré de sa poigne et courait à la poursuite de Bellatrix.

Bianca fut celle qui pansa le cœur mutilé de Caroline et l'aida à quitter le Ministère après que Voldemort se soit enfui et que les élèves soient retournés à Poudlard. Caroline n'avait pas dit un mot et n'avait regardé personne. Elle s'était enfermée dans un mutisme inquiétant. Daryl embrassa Bianca devant l'un des conduits de cheminée, puis elle saisit Caroline par le bras et avant qu'elle n'emprunte la cheminée, Remus la stoppa, plus livide que jamais :

« Je peux m'en occuper Bianca si tu…

- Professeur, vous devez déjà vous occuper de votre propre peine, laissez-moi Caroline. Elle en a gros sur le cœur. »

Remus n'insista pas. La mort de Sirius l'avait trop ébranlé, il préférait que Caroline soit consolée par une personne qui ne connaissait pas vraiment son meilleur ami. Remus fut d'autant plus attristé lorsque Daryl s'était approché de lui, et lui avait murmuré un "désolé" des plus sincères, mettant leur différent de côté, afin de pleurer ensemble la mort d'un talentueux sorcier.


Le début des vacances d'été n'avait plus la saveur d'antan. Le souvenir de Sirius était si douloureux que Caroline s'était recluse seule dans le Manoir de son père. Vide lui-aussi de sens. Les souvenirs de sa famille n'étaient pas rattachés à ce lieu, Caroline les gardait précieusement dans sa mémoire et seule son esprit était encore capable de les lui rappeler. Bianca s'était installée à l'étage, dans l'ancienne chambre de sa sœur et Daryl avait pris quartier dans la chambre de son père. Mais la plupart du temps, ils étaient avec l'Ordre du Phénix, en réunion ou en mission. Quand ils n'étaient pas là, c'était Remus qui l'importunait. Elle se blottissait généralement dans ses bras en silence, pendant toute la soirée, et il repartait toujours en lui promettant qu'il reviendrait dans deux jours.

Ce soir, elle l'attendait de pied ferme. Il avait deux heures de retard. En plus, la pleine lune serait après-demain, donc il ne reviendrait pas avant au moins quatre jours, le temps qu'il se repose et récupère de ses éventuelles blessures. Alors que Caroline attendait impatiemment devant la cheminée, des coups retentirent à la porte d'entrée. Elle vérifia que sa baguette magique était bien dans sa poche et traversa le hall pour accueillir Remus, avec des centaines d'insultes en réserve, qu'elles avaient scrupuleusement inventées durant ces deux heures.

« Tu es… » beugla-t-elle en ouvrant la porte à la volée, avant de fermer la bouche brusquement.

Ce n'était pas Remus.

Caroline plaqua un sourire crispé sur son visage pâle, puis ria nerveusement en se grattant le lobe de l'oreille.

« Je ne m'attendais à recevoir votre visite, toutes mes excuses professeur…

- Remus a été retenu au Square Grimmaurd Caroline. Je pensais qu'un peu de chaleur humaine te ferait du bien. »

Elle crut que sa mâchoire allait se décrocher et tomber à ses pieds. Le professeur Dumbledore était au courant ! Nom d'une crotte de babouin, ce vieux débris était terriblement effrayant ! Comment devait-elle se comporter ? Nier ? Ne rien dire ? Détendre l'atmosphère en lui concédant le fait qu'elle était bel et bien avec Remus ? Déjà, elle n'était pas certaine qu'ils soient réellement en couple, car ils n'avaient jamais abordé le sujet. Et pourrait-elle se regarder dans la glace si elle oubliait le souvenir de Sirius au profit de la chair de Remus ? Caroline était en proie à de véritables dilemmes, qui mettaient à mal ses plus féroces valeurs.

« Il y a peu de choses qui échappent à un vieil homme comme moi », lui expliqua-t-il calmement, voyant qu'elle pâlissait gravement de seconde en seconde.

Caroline esquissa un sourire qui n'en était pas un. Ses lèvres formaient une grimace dégueulasse en réalité. Cependant, elle n'oubliait pas ses bonnes manières – autant rendre fier son père maintenant qu'il n'avait plus l'occasion de la gronder pour ses travers. Elle invita le professeur Dumbledore à entrer et referma la porte derrière lui. Caroline lui proposa une tasse de thé, qu'il accepta avec bienveillance. Elle mit l'eau à bouillir et revint s'asseoir sur le canapé à côté de lui. C'était une situation très gênante et inattendue. Elle avait envie de lui demander comment allait Harry Potter, depuis la bataille du Département des Mystères. Mais elle ne le fit pas car elle n'était pas de ceux qui s'inquiétaient pour autrui. Du moins, c'était ce qu'elle croyait être.

Dumbledore observait quant à lui les différents portraits de Jack que Caroline avait suspendu dans le salon.

« J'appréciais beaucoup ton père. »

Elle hocha la tête, touchée de cette attention. La bataille du Département des Mystères avait été largement ébruitée, tout comme la mort du Chef du Bureau des Aurors. Caroline avait énormément de peine, beaucoup s'étaient réjouis de sa disparition précoce et attendaient déjà impatiemment son remplaçant.

« J'ai à te parler Caroline.

- D'accord. »

Elle se tortilla sur le canapé, encore plus mal à l'aise maintenant qu'elle savait que sa visite avait réellement un but.

« Remus m'a dit que tu avais perdu ton travail à cause de ce qui s'est passé.

- Oui », répondit-elle hésitante.

Abattue par la mort de Jack et Sirius, elle n'était plus sortie du Manoir, pas même pour travailler. Le patron n'avait eu d'autre choix que de la licencier pour embaucher quelqu'un d'autre.

« Comme tu le sais, ce qu'il se passe aujourd'hui n'est que les prémices de ce qui nous attend demain.

- Je le conçois.

- Je ne vais pas tourner autour du pot, je pense que tu as hâte que je m'en aille. »

Dumbledore lança un regard compréhensif à Caroline, et reprit sérieusement :

« Le professeur Burbage a disparu. »

Caroline hoqueta de surprise. Son professeur préféré avait disparu. Encore une sombre nouvelle. Caroline bégaya :

« Vous êtes sûr ?

- J'ai bien peur que sa disparition ne m'échappe. Mais ce n'est pas un hasard d'après moi. »

L'eau avait enfin fini de bouillir. Caroline se leva hâtivement et versa de l'eau chaude dans la tasse du professeur, auquel elle rajouta un sachet de thé qu'elle avait acheté à l'épicerie Moldue.

« Comme tu le sais très bien, le professeur Burbage enseignait à Poudlard.

- Oui, l'étude des Moldus, soupira Caroline.

- Son poste étant malheureusement vacant, je dois trouver un nouvel enseignant pour la rentrée prochaine, si elle venait à ne pas réapparaître. »

Caroline tiqua. Ses mains se cramponnèrent à sa propre tasse et elle huma l'odeur de la cannelle pour se rassurer.

« Pourquoi me racontez-vous ça ? Je ne connais aucun sorcier qui ait envie d'enseigner une matière si sensible par les temps qui courent.

- J'aimerais que ce soit toi Caroline. »

Elle s'étouffa avec son thé, qui se renversa sur ses jambes, la brûlant au passage. Caroline ferma les yeux de dépit mais la brûlure s'estompa. Lorsqu'elle les rouvrit, son pantalon était sec et le thé était à nouveau dans sa tasse. Le professeur Dumbledore faisait de vrais miracles.

« Moi ? Enseigner ? Je n'ai pas la moindre idée de ce que je devrais faire… et je déteste les enfants ! Ce ne sont que des babouins enragés ! »

Caroline mima quelques enfants avant de poursuivre avec véhémence :

« Et je ne veux rien avoir à faire avec le professeur Rogue ! D'ailleurs, je suis sûre qu'il n'a aucune envie que je traîne dans ses pattes à Poudlard !

- C'est le professeur Rogue en personne qui t'a recommandé à moi », rétorqua-t-il calmement.

Caroline éclata d'un rire tout sauf naturel. Sa nervosité couplée à l'offre incongrue du professeur Dumbledore lui grillait le cerveau.

« Tu pourras prendre tes quartiers avant la rentrée, et je te transmettrai le programme du professeur Burbage si tu veux t'en inspirer.

- Je ne suis pas faite pour enseigner.

- Je te laisse y réfléchir Caroline, Remus te sera sûrement de bons conseils. »

Le professeur termina sa tasse de thé, puis se leva avec grâce, sa grande robe suivant ses mouvement avec souplesse.

« Tu sais où me trouver Caroline. Merci beaucoup pour le thé. »

Caroline le raccompagna à la porte et le regarda transplaner un peu plus loin dans la nuit. Bianca serait sûrement ravie par la nouvelle. Caroline, professeure d'études des Moldus à Poudlard ? C'était inespéré ! Daryl la charrierait, Percy se venterait d'avoir un travail mieux payé qu'elle et Remus la féliciterait avec une étreinte chaleureuse. Mais Caroline avait-elle réellement envie de cette vie ? Avait-elle réellement envie d'être celle que l'on congratule alors qu'ils marchaient tous en direction de la mort ? Elle observa les étoiles un instant sur le porche du Manoir, puis rentra à l'intérieur quand un vent frais la fit frissonner.

La vie de sorcier n'était définitivement pas faite pour elle.

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.

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*Extrait du cinquième tome, Harry Potter et l'Ordre du Phénix par J.K Rowling.

Certains éléments ne correspondent pas à la chronologie de l'histoire originale, comme la disparition du professeur Burbage avant la sixième année de Harry, pour le besoin de l'intrigue.


Finite ! La deuxième partie s'achève sur la proposition du professeur Dumbledore, qu'avait-vous pensé du chapitre ? La mort de Jack ? Le retour de Bianca ? J'ai eu le coeur brisé en écrivant la mort de Sirius... une troisième partie est prévue, bien entendu, je ne peux pas finir l'histoire sur ce chapitre mais la fin approche et Caroline n'est pas à l'abri. J'ai tenté de me baser sur le livre mais l'ayant lu en croix, de nombreuses choses ont dû m'échapper. Ne m'en veuillez pas s'il y a des choses qui ne collent pas ahah...

Encore merci à tous ceux qui ont lu les aventures de Caro jusqu'ici, et merciiii beaucoup à Amandine Valentine, Niakovic, Kahouete, faolbee, Chl007 pour vos reviews qui me boostent ! :D

J'attends vos avis sur ce chapitre avec impatience, et vos avis sur la suite aussi ! A bientôt :)