Chapitre 29
Avec toute la grâce d'un troll, Caroline se laissa tomber dans le fauteuil que le professeur Dumbledore lui désignait de sa main noircie et sèche. Il sonnait dix-neuf heures tapantes à l'horloge. Un elf de maison travaillant dans les cuisines était venu l'avertir, au pied de son lit, que le directeur souhaitait la voir avant la réunion des professeurs. Caroline détestait quand ils apparaissaient soudainement dans son bureau ou sa chambre sans qu'elle n'ait rien demandé, lui arrachant un sursaut très honteux. Cependant, elle préférait cent fois leurs visites à celles du Baron Sanglant, qui comme il aimait se l'entendre dire, « l'instruisait pour qu'elle soit une digne représentante de la maison Serpentard ». Caroline avait tout bonnement horreur du Baron Sanglant, particulièrement lorsqu'il lui racontait des histoires de son passé alors qu'elle souhaitait simplement connaître l'emplacement de son cadavre. Dans la culture Moldue, brûler le cadavre d'un esprit trop envahissant permettait de s'en débarrasser définitivement. Elle aurait adoré mettre la main sur celui du Baron Sanglant. Peut-être qu'avec un peu de chance, la magie aurait ses limites. Les moldus étaient des génies après tout.
Fort heureusement, la Baron Sanglant n'était pas quelqu'un de loquace et s'il s'adressait à elle, ce n'était l'affaire que de quelques minutes, voire quelques secondes.
« Vous vouliez me voir, professeur ? »
Caroline n'avait pas détaché son regard de la main noircie du directeur. Malgré son apparente lassitude, Caroline été terriblement inquiète. Jamais elle n'avait vu le professeur Dumbledore aussi pâle et aussi affaibli. La pluie qui martelait les carreaux du bureau renforçait la sinistre ambiance qui régnait au sein du Château. C'était dans ces moments-là, où le monde semblait croupir dans le noir et l'incertitude, que Remus lui manquait le plus. Il était un sorcier très doué et courageux là où elle n'était qu'une sorcière maladroite et peureuse. Etre auprès de lui, même comme une simple amie, était la chose qui la réconfortait le plus aujourd'hui.
« Oui, je voulais te parler d'Harry Potter.
- Ah. »
Son enthousiasme débordant arracha un sourire fugace à Dumbledore. Caroline n'était pas quelqu'un de mauvais, elle ne cherchait tout simplement pas à être quelqu'un de bon. Elle s'en fichait royalement. Les honneurs, la reconnaissance, Caroline n'en avait jamais eu besoin pour se sentir apaisée ou admirée. Albus avait toujours décelé en elle cette force de caractère qu'elle avait dû utiliser pour se protéger de son père acariâtre. Albus reconnaissait en Jack un excellent Auror, un chef très talentueux, un homme très courageux et loyal, cependant, il n'avait jamais eu l'étoffe d'un père.
« J'aimerais que tu gardes un œil sur lui.
- Pourquoi moi ? » se rebiffa-t-elle farouchement. « Le professeur McGonagall peut très bien s'en charger, Potter est de sa maison après tout. Et je suis certaine que le professeur Slughorn serait enchanté…
- Non. »
Elle s'était aussitôt tue. La réponse de Dumbledore, bien qu'elle soit prononcée avec une infinie douceur, était sans équivoque. Caroline avait tendance à oublier qu'elle était maintenant un membre à part entière de l'Ordre du Phénix et qu'elle était tenue de se plier aux ordres de Dumbledore. Elle se maudissait d'être restée dans un monde où la magie n'avait finalement plus rien d'extraordinaire. Bien sûr, elle était encore là pour Remus, mais parfois, elle regrettait de ne pas être celle qui dormait paisiblement sous terre. Elsa aurait été tellement plus utile à l'Ordre du Phénix qu'elle.
« Je ne vois pas ce qui pourrait lui arriver entre ces murs, surtout avec tous les contrôles de Rusard et tous les sortilèges qui protègent Poudlard, éluda-t-elle.
- Ignorer le risque serait une erreur... »
Ce vieux fou était terriblement angoissant, et malgré toute sa bonne volonté, Caroline rapetissait dans son fauteuil comme une bouse de dragon au soleil. Elle était résignée depuis le fichu jour où elle avait posé le pied ici en tant que professeur d'études des Moldus. Il était clair que Dumbledore la destinait à accomplir quelque chose ici. Il ne l'avait pas ramenée à Poudlard pour qu'elle enseigne l'art de l'électricité à des babouins ignorants.
« Il fouine toujours partout avec son copain le rouquin et celle qui sait tout, qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ?
- Tu étais comme lui à son âge, lui fit-il remarquer d'un coup d'œil malicieux.
- Certainement pas. »
Elle n'avait jamais été une petite fouine sans scrupule.
« Je crois me souvenir que, tout comme eux, tu ne respectais pas beaucoup le règlement de l'école. »
Par Merlin, c'était terriblement gênant. Caroline gratta nerveusement l'accoudoir de son fauteuil, évitant le regard bleuté et perçant du professeur Dumbledore pointé sur elle. Elle avait la nette impression qu'il s'était immiscé dans sa tête sans y être foutrement invité. Cette intrusion malsaine l'agaçait énormément et lui rappelait qu'elle devrait à tout prix s'entraîner à l'occlumencie pour éviter ce genre de déconvenues.
« D'accord, je m'en occupe » soupira Caroline. « Mais je veux…
- Je ne peux pas empêcher Horace de t'inviter à ses diners, s'amusa Dumbledore avant même qu'elle n'achève sa requête.
- Ne fouillez pas dans mon esprit ! s'époumona-t-elle.
- Tu as raison, il serait fort utile que tu apprennes l'occlumencie Caroline » poursuivit Albus avec un sérieux détonnent. « Ton père était un excellent occlumens, je regrette qu'il ne t'ait pas enseigné ce qu'il savait. »
Les yeux de Caroline s'humidifièrent légèrement, mais elle se força à sourire, dans l'espoir de lui cacher sa peine.
« Nous en reparlerons bientôt. Maintenant va, la réunion ne va pas tarder à commencer. »
Elle hocha brièvement la tête et sortit du bureau avec la sensation usante qu'elle n'était pas au bout de ses peines. Dumbledore ne lui avait pas tout dit. Elle était certaine qu'il lui réservait encore d'autres surprises déplaisantes. Maintenant, elle ne pourrait plus jamais avoir la paix. Caroline espérait seulement que Potter ne fasse pas de bêtises.
.
Dès le lendemain, Caroline obéit docilement au professeur Dumbledore. Elle s'était assise à la table des professeurs et déjeunait en observant Potter d'un œil discret. Il lui était apparu qu'elle n'était pas la seule : une dizaine de filles le fixaient en gloussant comme des dindes, des étoiles de bonheur brillant au fond de leurs petits yeux vicieux. Ce constat la démoralisa énormément. Elle se sentait rabattue au statut de groupie. Caroline fourra une grosse cuillérée de yogourt dans sa bouche et la mâcha frénétiquement. Elle avait toujours été un peu vile et désintéressée du sort des autres, allant même jusqu'à prier que Potter se fasse bouffer par une Acromentule. Se retrouver à veiller sur lui était tout bonnement insupportable. Durant toute la journée elle avait espéré le voir tomber dans les escaliers ou se cogner la tête contre un mur, mais rien de palpitant n'avait éveillé son intérêt. Un troupeau de filles gloussait à chaque fois que Potter les contournait, désolant Caroline qui leur jetait à toutes des regards affligés.
Après avoir diné dans la Grande Salle, Caroline eut la désagréable surprise de rencontrer le professeur McGonagall dans le couloir du premier étage.
« Bonsoir, dit-elle d'un sourire glacial.
- Bonsoir Caroline. Je vous cherchais. Le professeur Dumbledore m'a chargée de vous transmettre ceci. »
Lentement, elle s'empara du petit parchemin scellé, évitant tout contact avec la main oppressante de Minerva. Caroline se demandait pourquoi son courrier était arrivé chez le professeur Dumbledore. C'était étrange.
« Votre hibou s'est écrasé contre la fenêtre de son bureau. »
Pas si étrange que ça finalement. Caroline la remercia d'un regard courroucé, puis continua son chemin. Quand elle fut sûre et certaine qu'aucun élève ne la dérangerait, enfermée à clé dans son bureau, elle ouvrit prudemment le parchemin. Son cœur bondissait fort dans sa poitrine. Elle espérait un mot de Remus, pourvu que ce parchemin soit de Remus. La déception fut à la hauteur de ses attentes. Elle reconnut immédiatement l'écriture oblique et légère de Bastien.
Bastien.
Merlin, elle l'avait totalement oublié.
Tout de même intriguée de recevoir un parchemin de sa part, Caroline le lut attentivement. D'après ce qu'il racontait, Bastien était devenu joueur professionnel de Quidditch dans un grand club étranger. Il avait été muté juste avant qu'elle ne revienne à Londres. Il décrivait son quotidien, ses regrets, ses envies, Caroline était stupéfaite de la sincérité qui transparaissait à travers ses mots. Il évoquait ses doutes, ses craintes, il avait peur pour ses parents qui étaient toujours à Londres, sous la menace de Voldemort. Les derniers mots de sa lettre lui confiaient qu'il était revenu à Londres et qu'il avait appris avec beaucoup d'amusement qu'elle était devenue professeur à Poudlard. Il lui proposait une rencontre au début du mois d'octobre, à la Taverne du Sanglier. Caroline laissa retomber le parchemin sur son bureau et soupira. Bastien avait l'air d'avoir mûri, c'était étrange, comme s'il n'était plus ce garçon un peu vaniteux et sûr de lui qu'elle avait connu. C'était déroutant.
Aussitôt, elle empoigna sa plume et inscrivit sa réponse sur un petit bout de parchemin qu'elle avait déchiré du devoir d'une certaine Amélie Burns. Elle fila à la volière le porter à une chouette de l'école et retourna se cloîtrer dans son bureau. La vie à Poudlard n'était plus la même sans ses amis et sans Remus. Tout était plus insipide. Et la proposition de Bastien était sans conteste la bienvenue pour égayer son quotidien.
Elle était en train de corriger les copies des quatrièmes années, dont Amélie Burns faisait indubitablement partie, lorsque des coups timides retentirent contre la porte de son bureau. Misère. C'était Hermione Granger. Elle s'était avancée dans le pièce, peu sûre d'elle, mais sa voix avait été ferme et décidée.
« Professeur Dorm, je voulais vous parler de quelque chose de… sensible. »
Caroline n'avait certainement pas envie de parler de quelque chose de sensible. Tout ce qui touchait au caractère sensible d'un fait la mettait dans l'embarras, principalement parce qu'elle n'avait rien à faire de ladite chose sensible. Elle leva à peine les yeux des parchemins et soupira d'un ton las.
« Harry a trouvé un livre de potions ayant appartenu à un certain Prince de Sang-Mêlé. Il contient des sortilèges que ce prétendu Prince aurait inventé et utilisé. »
Caroline ne manifesta pas de curiosité auprès d'Hermione, mais cette histoire de bouquin était tout de même inquiétante.
« Et que voulez-vous que ça me fasse ? »
Hermione parut choquée, tant Caroline se montrait volontairement désagréable. Elle n'était certes pas très sympathique, mais la Griffondor s'était attendue à plus de gentillesse de la part de Caroline.
« Il pourrait être dangereux. »
Hermione était vraisemblablement agacée du comportement de Caroline, qui n'avait guère d'égard pour ce qu'elle racontait. Caroline consentit à lâcher les devoirs de ses élèves et fusilla Hermione du regard.
« Très bien, où est ce livre ?
- Harry le garde toujours avec lui.
- Si vous me l'apportez, je pourrais y jeter un coup d'œil. »
Caroline avait fait un effort. Parce que Remus n'aurait pas été content qu'elle congédie Granger sans avoir écouté ce qu'elle avait à dire.
« Il ne voudra jamais me le prêter.
- Alors cette discussion me semble terminée. »
Hermione fulminait un peu, ses cheveux partaient un peu dans tous les sens, mais elle sortit du bureau en silence. Caroline soupira gravement et se retourna pour fixer son étagère, où divers livres moldus étaient rangés. Potter s'arrangeait toujours pour s'attirer des ennuis. Et le fait que ce soit lui et non pas un autre élève qui tombe sur ce livre n'avait rien d'une coïncidence.
.
Caroline s'était levée de mauvais poil ce matin. Et pour cause, aujourd'hui avaient lieu les sélections de Quidditch de l'équipe de Griffondor, auxquelles elle devait assister pour surveiller Potter. Cette journée promettait d'être barbante. Heureusement, Bastien lui avait renvoyé un hibou trois jours auparavant – qui s'était à nouveau écrasé contre la fenêtre du bureau du professeur Dumbledore, maintenant le rendez-vous à la Taverne du Sanglier en fin de journée.
La Grande Salle était encore partiellement vide ce matin. Quelques élèves dévoraient leurs toasts goulument, mais la plupart des babouins étaient encore au lit. Caroline se figea lorsqu'elle vit le professeur Rogue apparaître par la petite porte dérobée située derrière la table des professeurs.
La journée commençait terriblement mal.
Caroline s'assit à sa place, droite comme un balai, et se servit à manger en jetant des coups d'œil à son ancien professeur. Il s'était manifestement levé de mauvaise humeur aussi. Tout son être irradiait de méchanceté. Dès qu'il s'aperçut que Caroline le dévisageait en coin, il posa lentement sa fourchette contre le rebord de son assiette et sortit un petit paquet, ainsi qu'une lettre de la poche intérieure de sa robe.
« Le professeur Dumbledore m'a chargé de vous remettre ceci. »
Merlin, pourquoi son courrier atterrissait-il toujours chez ce vieux fou ? Essayait-il de contrôler ses fréquentations ? Ou essayait-il de la protéger d'une beuglante ? Caroline se méfiait de plus en plus des magouilles de Dumbledore.
Elle déchira le papier du paquet – qui avait déjà été ouvert une fois – et en sortit une bague qui brillait de mille feux. L'anneau en or était serti d'une pierre précieuse noire et craquelée de filaments argentés. Elle était magnifique. Remus lui avait-il offert cette bague ? Caroline crut s'évanouir de bonheur, mais un instant lui suffit pour revenir brutalement à la réalité. Ce n'était pas le genre de Remus de lui offrir une bague hors de prix. Caroline mit la bague de côté, sous le regard inquisiteur du professeur Rogue, et ouvrit sa lettre.
C'était Percy.
Il se vantait une nouvelle fois de son travail au Ministère et il sous-entendait qu'il viendrait à Pré-au-Lard à la fin du mois d'octobre. Caroline dut relire la lettre plusieurs fois pour s'en convaincre. Percy essayait-il maladroitement de l'inviter à boire un chocolat chaud à la cannelle ? Elle éclata de rire, dérangeant Severus dans sa morosité. Il la fixait froidement, sans une once de sympathie.
« C'est une lettre de Percy », lui expliqua-t-elle avec un sourire fourbe.
Rogue ne lui répondit pas. Il mâchait lentement son petit-déjeuner, comme s'il était parfaitement affligé de manger en sa compagnie. Ce qui devait probablement être le cas.
« Caroline ! Vous voilà ! »
Elle devint livide. Horace Slughorn avait réussi à la retrouver. Par Merlin, elle détestait cet homme. Elle avait beau l'éviter et être parfaitement désagréable avec lui, il s'accrochait à elle comme de la bave d'escargot.
« Je suis vraiment très impatient de vous voir à l'une de mes petites réceptions » s'enthousiasma-t-il avec des yeux brillants. « Vous êtes comme Harry, vous m'échappez à chaque fois. »
Découvrir qu'elle avait un point commun avec Potter la démoralisa un peu. Horace était tellement heureux d'avoir Caroline pour lui tout seul qu'il lui raconta anecdotes sur anecdotes. Il savait énormément de choses sur son père, et elle dut avouer que c'était quand même intéressant.
Pendant ses longs monologues, Caroline avait longuement observé les trois Griffondor. Le rouquin avait une mine affreuse. Apparemment, il avait été un piètre gardien l'année passée, Caroline devinait donc qu'il était très stressé par les sélections. Cette constatation seule suffit à lui redonner le sourire.
« Miss Dorm, puis-je vous parler avant que vous ne partiez ? »
L'extrême politesse du professeur Rogue lui fit cracher son verre d'eau par le nez. Elle releva les yeux sur lui, abasourdie, et vit qu'il faisait tout son possible pour paraître amical. C'était vraiment très amusant. Caroline vérifia qu'elle n'avait pas de pain coincé entre les dents et lui sourit narquoisement.
« Mais bien entendu. »
Ils laissèrent en plan le professeur Slughorn et Caroline suivit Severus jusqu'à son bureau. Elle n'était pas entrée souvent à l'intérieur. Et elle en gardait de mauvais souvenirs. La pièce était toujours aussi sombre, triste et investie d'une odeur particulière. Caroline ne savait pas de quels ingrédients, ou de quelle potion elle provenait, mais elle sentait mauvais.
« Le professeur Dumbledore aimerait que j'inspecte cette bague.
- Pourquoi le professeur Dumbledore intercepte-t-il mes lettres ? rétorqua Caroline farouchement.
- Ce n'est pas votre affaire.
- Vous l'avez sûrement déjà inspectée de toute manière. »
La langue de Caroline brûlait de mauvaise foi. Mais elle abdiqua. Doucement, elle sortit la bague de sa poche et la donna à Rogue. Il la posa sur son bureau et se pencha dessus avec sa baguette, pour l'examiner de plus près. Caroline s'était rapprochée de lui et s'appuyait presque sur son dos.
« Je me demande bien ce qui prend à cet idiot de vous offrir sans arrêt des bijoux aussi rare » finit-il par lâcher, très satisfait de lui-même. « Elle est enchantée avec de la vieille magie.
- Quoi ? » s'étonna Caroline. « Cette bague vient de Bastien ? Comment le savez-vous ? Et que voulez-vous dire par vieille magie ?
- Il y avait une lettre…
- Et où est-elle ? »
Rogue ne lui répondit pas, agacé qu'elle lui ait coupé la parole. Caroline voulait lui tirer les vers du nez, mais Merlin avait décidé que ce n'était pas aujourd'hui qu'elle y parviendrait. Elle fourra précipitamment la bague dans sa poche tandis qu'un élève entrait dans le bureau, après s'être annoncé d'une voix chevrotante à eux.
« Professeur Dorm » la salua McFly avec un petit sourire ravageur.
Caroline fixa sauvagement cet élève au visage très familier. Ce garçon était dans sa classe de septième année. Très appliqué et intelligent pour un babouin. Caroline le tenait un peu en estime.
« Que fait McFly dans votre bureau ?
- C'est McFlin, rectifia le Griffondor avec emphase.
- C'est mon bureau, cela ne vous regarde absolument pas. Maintenant veuillez sortir, Caroline. »
Elle esquissa une grimace digne de Touffu, mais elle ne tenait pas à risquer son honneur en défiant le professeur Rogue devant McFly. Elle préféra se retirer dignement et rejoindre le terrain de Quidditch. Caroline fut très surprise lorsque Ron Weasley remporta sa place dans l'équipe de Griffondor. Comme rien de notable était arrivé lors de ces sélections, Caroline s'accorda un petit après-midi dans la cabane d'Hagrid. Il n'était pas là. Elle avait alors bu le fond de sa bouteille de Whisky Pur-Feu seule. En remontant au château, à la tombée de la nuit, elle ressentait une certaine chaleur en elle, agréable et diffuse. Elle eut la folle idée de rejoindre Remus. Peut-être que si elle empruntait la cheminée de Dumbledore et qu'elle disparaissait une ou deux heures, personne ne s'en apercevrait. Par la crotte d'un Nifleur enragé, c'était une idée brillante ! Elle n'avait qu'à entrer en douce dans le bureau, elle connaissait déjà le mot de passe, et elle pourrait enfin passer une agréable soirée avec Remus. Caroline paraissait en transe tellement son plan était élaboré, subtile, et génial. Sur la pointe des pieds, elle gravit les escaliers et courut dans le couloir du septième étage. Seulement, des bruits de reniflement attirèrent son attention dans une des salles de classe. Ne réfléchissant plus, elle déboula à l'intérieur et tomba sur Hermione Granger, en pleurs.
« Granger. »
Hermione releva la tête et croisa le regard désuet de Caroline. Elle n'aurait pas pu rêver pire. Se retrouver en pleurs devant l'un des deux professeurs les plus antipathiques de ce Château relevait presque du miracle et de la malchance.
« C'est à cause du rouquin ? »
Caroline était toujours debout dans l'encadrement de la porte. Elle s'était montrée plus douce et compréhensive, soudain ramenée à sa propre situation. Remus lui en avait fait bavé. Elle comprenait la douleur d'Hermione plus qu'elle ne le pensait.
« Ce n'est rien » affirma Hermione en séchant ses larmes.
Elle se leva, et rapidement, la contourna pour retourner dans sa salle commune. Caroline resta les bras ballants sur place. Son idée de génie lui parut soudainement stupide. Elle ne savait même pas où se trouvait Remus. Elle ne savait même pas s'il était toujours vivant. Caroline referma la porte et gagna son bureau, le cœur douloureux.
.
Elle avait courageusement bravé la pluie et s'était abritée au chaud à la Taverne du Sanglier. Elle buvait lentement son verre de rhum groseille, en lorgnant le bijou que Bastien lui avait offert. Caroline n'avait jamais vu de bagues aussi belles et s'en était terriblement voulue de l'avoir glissée à son doigt. Elle n'avait pas envie de froisser Remus. Mais elle n'avait pas pu résister. Fatiguée de sa journée, Caroline s'autorisa à fermer les yeux quelques secondes.
La porte d'entrée de la Taverne s'ouvrit à la volée et une silhouette se dessina à la lumière tamisée des quelques bougies que le barman avait laissé traîner sur les tables. Caroline pouffa joyeusement de rire. Bastien était trempé de la tête au pied. Il s'était débarrassé de son manteau noir en l'accrochant au porte-manteau près de l'entrée et essorait ses cheveux d'une main empressée. Caroline cessa subitement de rire. Il était devenu un très bel homme. Lorsqu'il releva les yeux et croisa son regard troublé, Bastien lui sourit d'un air charmeur et se jeta sur elle pour la serrer dans ses bras. Caroline hoqueta de terreur, elle sentait l'eau qui coulait des cheveux de Bastien sur sa nuque, ainsi que son souffle chaud et ses mains posées sur ses hanches.
« Tu m'as manqué Caroline, je… »
Caroline sentit quelque chose de chaud dégouliner dans son dos. Quelque chose de visqueux. Quelque chose qui n'avait rien à voir avec des gouttes d'eau. Elle se dégagea lentement de Bastien, qui avait cessé de parler et l'interrogea du regard. Du sang sortait de ses yeux gonflés et bouffis. Il avait le teint d'un cadavre. Caroline eut un mouvement de recul et se sentit tomber dans un filet du Diable. Elle n'arrivait plus à respirer, les racines l'étouffaient et semblaient l'entraîner vers le fond. Et soudain, elle sentit son corps se déchirer, comme si elle avait raté son transplanage… Caroline se réveilla brusquement et jeta des regards affolés autour d'elle. La Taverne du Sanglier était presque déserte. Mais aucun signe de Bastien. Elle avait fait un cauchemar. Un simple cauchemar. Elle souffla pour calmer les battements vigoureux de son cœur et se cala dans sa chaise, vérifiant que rien n'avait changé autour d'elle et que le sorcier qui ressemblait mystérieusement à Dumbledore était toujours calmement accoudé derrière son comptoir.
Les heures passèrent très lentement. Elles étaient angoissantes et incertaines. Mais personne ne franchit la porte de la Taverne. Caroline finit même par somnoler à nouveau, après avoir bu un troisième verre d'Hydromel. Soudain, le tintement doux d'une cloche la tira de sa profonde léthargie. Elle ouvrit un œil, puis un autre, et sut immédiatement qu'elle espérait en vain. Passé minuit, il était évident que Bastien ne viendrait pas.
« Vous n'avez pas marre d'être soûle ? »
Elle ne daigna pas lui lancer un seul regard. Abattue et les yeux vitreux, elle évitait de lui laisser une chance en or de fouiller dans sa tête. Caroline se pinça les lèvres et réprima ses sanglots du mieux qu'elle put. Par Merlin, que faisait-elle ici, seule, à attendre dans la pénombre qu'un miracle se produise ?
« Bastien n'est pas venu. »
Il cessa de sourire et ôta toute trace de mépris de son visage blafard. Apparemment, Caroline n'avait pas tort de s'inquiéter. Mais Bastien était un célèbre joueur de Quidditch, quels intérêts les mangemorts auraient-ils à l'éliminer ? Absolument aucun.
« Vous n'avez pas de nouvelles ? »
Caroline secoua doucement la tête. Bastien n'était pas du genre à lui faire de faux plan. Elle toussa dans son écharpe, la poussière de la taverne lui rentrant sans cesse dans le nez, et se leva avec l'élégance d'un troll assommé. Rogue et elle retournèrent à Poudlard à pied, dans un silence de plomb. Caroline regardait la robe de son ancien professeur se soulever, s'abaisser, alors que ses pas décidés tranchaient dans la nuit paisible qui les enveloppait. Il avait toujours l'air si sûr de lui. Comme Remus, et comme Sirius. Caroline renifla l'odeur boisée apportée par le vent de la Forêt Interdite et tourna légèrement la tête vers Rogue.
« Antonin Dolohov, vous le connaissez n'est-ce pas ? »
Elle ne le vit pas sourciller une seule seconde. Il était toujours d'une impassibilité agaçante, autant pour elle que pour le restant des mortels. Pourtant, elle se sentait à l'aise auprès de lui. Elle ne le craignait absolument pas.
« Vous le connaissez forcément, vous étiez des leurs. »
Plus excédé qu'en colère, il hocha vivement la tête.
« Il veut me tuer ? »
« Je ne sais pas. »
« Vous ne savez pas ? » s'impatienta Caroline. « Ne me faîtes pas croire que vous ne savez pas ! »
Caroline le défia avec plus de haine qu'elle n'en avait jamais eue à son égard. Elle se rappelait avec quel dédain il s'adressait à Sirius, les piques qu'il lui lançait, la façon dont il avait annoncé la maladie de Remus dans tout Poudlard. Ce n'était pas quelqu'un de bien, comme elle, mais il n'avait pas le droit de lui mentir sur un sujet aussi sensible.
« S'il désirait vous tuer, il l'aurait certainement déjà fait » rétorqua-t-il d'un ton acerbe.
Il ne lui disait pas du tout, elle le pressentait. Mais Caroline s'écarta de lui et retourna au Château de sa démarche chaloupée, en tentant d'installer le plus de distance possible entre eux. Il y avait des jours où sa vie au Château lui pesait énormément sur les épaules. Il y avait des jours où elle avait envie d'en finir. Il y avait des jours où elle perdait tout espoir.
.
Le premier week-end de Pré-au-Lard tomba durant la mi-octobre. Rien n'aurait pu entacher son bonheur. Elle marchait tranquillement jusqu'au village de Pré-au-Lard, un léger sourire aux lèvres, tandis qu'elle s'imaginait serrer Remus dans ses bras et sentir son corps frémir contre le sien. Il l'avait informée qu'il serait présent aujourd'hui aux Trois-Balais deux semaines en arrière par l'intermédiaire de Rogue. Celui-ci avait eu beaucoup de peine à garder un visage totalement neutre lorsqu'il avait débité le message que lui avait fait passer Remus par le biais du professeur Dumbledore.
Arrivée à la hauteur des Trois-Balais, Caroline reconnut sans peine l'affreux Mondingus Fletcher.
« Vous ne perdez pas de temps, lui fit remarquer Caroline avec ironie, alors qu'il tentait de vendre une choppe en argent à un passant.
- Ah mais Caroline, nom de nom, ça fait un bail ! s'exclama-t-il nerveusement en piétinant le sol.
- Qu'est-ce que vous trafiquez Fletcher ?
- Mais Caroline, mon activité est tout à fait légale… Tonks ! »
Il s'était détourné, visiblement soulagé de mettre un terme à la discussion. Caroline sentait que quelque chose clochait. Elle lorgna la choppe en argent un peu plus attentivement et resta interdite lorsqu'elle reconnut l'emblème de Sirius. Il avait été dépouillé square grimmaurd. Caroline eut soudain les jambes très cotonneuses et elle tourna machinalement la tête vers Tonks, qui marchait rapidement dans leur direction. Elle avait les cheveux ternes, un visage aussi émacié que celui de Remus et des habits tout aussi ternes que ses cheveux. Caroline se sentit encore plus mal.
« Salut Caroline » dit-elle sombrement. « Je suis contente de te voir, on ne voit pas beaucoup de visage familier ces temps. » Puis elle fixa sévèrement le receleur. « Mondingus, qu'est-ce que tu fais ? Tu ne devrais pas être ici.
- Très bien, très bien, je m'en vais… »
Il disparut dans un « plop », mais Caroline se doutait bien qu'il n'était pas allé très loin. Elle sourit à Tonks, qui ne reflétait plus qu'une pâle image de goule desséchée. Elle faisait peur à voir. Si Caroline ne la connaissait pas, elle lui aurait lancé des gousses d'ail dessus.
« Tu veux aller boire un chocolat chaud au gingembre ? » demanda la professeure, espérant de tout cœur qu'elle refuserait. Remus l'attendait sûrement déjà à l'intérieur.
Tonks jeta quelques regards à la dérobée à l'intérieur du Trois-Balais et soudain, elle se raidit.
« Non merci, je vais y aller, j'ai du travail. Une autre fois. »
Elle était partie aussi vite qu'elle était arrivée. Caroline cligna des yeux, perplexe, puis guetta par la fenêtre pour apercevoir ce qui avait vraisemblablement dû déranger Tonks. Remus. Caroline crut s'évanouir sous le coup de la surprise. Il était là. Enfin. Oubliant totalement Tonks et ses états d'âmes tourmentés, Caroline passa le pas de porte des Trois-Balais, son petit cœur battant la chamade. Elle n'était pas revenue ici depuis longtemps. Elle se souvenait encore du jour où elle était tombée sur les genoux de Remus à cause de Bianca. Un moment très gênant qui la faisait aujourd'hui beaucoup rire. C'est fou comme le temps passait vite. Le pub était toujours animé par cette ambiance feutrée et chaleureuse propre à sa tenancière, Madame Rosemerta, qui faisait tout ce qui était en son pouvoir pour garder le moral malgré les temps sombres qu'ils vivaient.
Remus était attablée au fond du pub. Le cœur de Caroline fit un bond monstrueux dans sa poitrine. Elle était tellement contente de le voir, sain et sauf. Remus lui avait terriblement manqué. Elle s'approcha fébrilement de la table, Remus ne remarquant pas sa présence au vu de ses sourcils froncés et de ses yeux braqués sur la Gazette des Sorciers qu'il tenait entre ses mains pâles. Il avait légèrement laissé pousser sa barbe, ou ne l'avait pas rasée, ce qui lui donnait un charme fou. Caroline commanda un chocolat chaud au gingembre au comptoir, tentant de calmer ses ardeurs, puis se glissa dans le dos de Remus, lui volant une étreinte discrète. Elle le sentit se détendre immédiatement à son contact, ses épaules étant contractées et durs comme de la pierre.
Remus n'était toujours pas enclin à dévoiler au reste de la communauté magique leur relation. Si relation il y avait. Car pour l'instant, leurs interactions étaient plus amicales qu'autre chose. Cette étreinte aurait été cent fois plus torride s'il l'avait autorisé à lui déposer un baiser sur la joue.
« Bonjour Caroline, dit-t-il en la regardant s'asseoir avec ce même air maussade qu'affichait Tonks, tout de même relevé d'un sourire faussement joyeux.
- Ne fais pas semblant Remus, je sais ce qu'il se passe là-dehors » soupira Caroline.
Le sourire de Remus s'estompa et il dévoila à Caroline toute la peur qu'il ressentait. Ses yeux brillaient d'une lueur qu'elle ne lui avait jamais connue, un mélange de crainte et d'appréhension. Remus avait déjà vaincu cette angoisse une fois, il savait ce qui les attendait. Il lui sembla un instant plus fatigué et vieux que jamais. Ne prêtant aucun intérêt aux gens autour d'eux, Caroline se pencha sur la table et passa l'une de ses mains sur la joue de Remus. Aussi surprenant que soit son geste, Remus soupira et plaça sa propre main par-dessus celle de Caroline. Elle adorait quand il lâchait prise, quand ses mains masculines la touchaient.
« Tu ne m'as pas posé la question.
- Je sais que c'est toi.
- Caroline. »
Son ton autoritaire lui fit lever les yeux au ciel. Remus ne rigolait pas avec les mesures de sécurité instaurées par le Ministère de la Magie. Il était facile de tromper les autres, mais Caroline doutait qu'un Mangemort se soit donné cette peine pour la duper, elle, le pauvre professeur d'études des Moldus.
« D'accord. Alors… où avons-nous fait l'amour pour la première fois ? » demanda-t-elle perfidement.
Remus lui lança le regard le plus noir qu'elle n'ait jamais vu sur son beau visage. Caroline balança légèrement la tête de droite à gauche, réfutant ce regard outrageant.
« C'est une vraie question. Seul le vrai Remus peut y répondre. »
Caroline sourit narquoisement et Remus capitula, détournant le regard ailleurs. Remarquant que quelques-uns de ses élèves étaient entrés dans le pub, elle retira machinalement sa main de la joue de Remus. Par pur hasard, ils s'assirent à la table d'à-côté. Caroline les soupçonnait de l'espionner en tout temps et toute heure de la journée.
« D'après ton silence et ton regard désapprobateur, je pense que tu es le vrai Remus, conclut Caroline d'un air nonchalant.
- Ce n'est pas un jeu Caroline.
- La vie est un jeu Remus, et si tu y joues, forcément que tu vas perdre. »
Les chuchotements de ses élèves à la table d'à-côté la mirent terriblement mal à l'aise. Ils écoutaient leur conversation. Même Remus avait remarqué qu'ils la dévisageaient. Il détourna d'ailleurs la tête pour les saluer. C'était assez gênant. Caroline se pencha par-dessus la table, afin d'être sûre qu'ils n'entendraient pas la suite de leur discussion.
« Regarde, ils ont encore deux parchemins à me rendre et ils sont là à… pourquoi ils nous écoutent ?
- Si je me rappelle bien, tu étais exactement comme eux, tu me suivais et tu voulais monopoliser mon attention, sourit Remus.
- Pas du tout !
- Tu es la seule élève que j'ai reçu autant de fois dans mon bureau, nota-t-il avec une pointe d'humour.
- Tu ne pouvais pas te passer de moi. »
Remus lui rendit son sourire, même si Caroline brillait une fois de plus par sa mauvaise foi. Ils étaient si proches qu'il aurait pu l'embrasser, là, devant tout le monde. Mais quelque chose l'en empêchait toujours. Il ne savait pas très bien quoi. La gêne peut-être, ou le sentiment honteux d'avoir jeté son dévolu sur une jeune fille. Tout était assez confus dans sa tête. Et passer deux mois chez ses congénères n'avaient rien arrangé du tout.
« Mais moi je te rendais visite pour parfaire mes connaissances de défenses contre les forces du mal… eux, ils n'ont pas le goût du travail bien fait, se lamenta-t-elle en avalant une gorgée de chocolat chaud.
- Parce que c'est ton cas ? »
Le sourire charmeur de Remus illumina le cœur de Caroline de bonheur. Ils continuèrent à murmurer, les élèves ne s'étant toujours pas lassé d'écouter leur discussion.
« Et vous, comment ça se passe avec l'Ordre ?
- Mal… on ne sait plus qui sont nos vrais amis. On est tous dépassé par la situation. Chaque jour des gens disparaissent.
- Remus, je… reste avec moi cette nuit. »
Sa requête n'était qu'un murmure, mais Remus l'avait entendue aussi distinctement que si elle avait crié dans le pub. Il s'apprêtait à lui répondre quand ils furent interrompus par une voix embrumée par l'alcool.
« Caroline ! »
Le visage de la Serpentard se décomposa. Nom d'une grosse bouse de troll. Merlin devait vraiment la haïr.
« Mais dîtes-moi, je ne m'attendais pas à ce que vous veniez ici aujourd'hui, vous aviez l'air très malade ce matin… »
Horace Slughorn était pire qu'une sangsue. Il dressait son gros ventre contre leur table, comme s'il voulait la dominer, son verre de rhum groseille à la main. Elle avait peur qu'il ne le renverse sur eux.
Caroline avait croisé Horace ce matin très tôt alors qu'elle se rendait dans la Grande Salle pour prendre le petit-déjeuner. Il lui avait une nouvelle fois fait part d'une invitation pour le souper qu'il organisait le soir-même avec quelques privilégiés de son club. Caroline n'avait pas pu résister, elle avait fait semblant de vomir ses tripes sur le sol et de tousser, faisant reculer son collègue de quelques mètres. Elle avait eu l'air si convainquante qu'il lui avait chaudement recommandé d'aller se soigner à l'infirmerie.
« Je me sentais mieux après avoir mangé, j'étais peut-être juste un peu barbouillée, ria Caroline d'un air si faux que Remus haussa les sourcils.
- Alors ça sera un plaisir de vous compter parmi nous ce soir !
- Je suis occupée Horace » railla-t-elle aussi poliment qu'elle le pouvait.
Il grimaça légèrement en faisant un petit aller-retour furtif du regard entre elle et Remus. Caroline vit rouge.
« Je ne peux malheureusement pas inviter…
- Nous avions d'autres projets, le coupa-t-elle aussitôt, craignant que Remus se sente mal à l'aise.
- Mais je peux faire une exception » ajouta Horace comme s'il ne l'avait pas entendue. « Le professeur Rogue sera là lui-aussi ! Remus était un bon ami de Severus, je me trompe ? »
Il avait l'air si ravi et content de lui. Caroline se leva brusquement, menaçant de faire tomber le verre qui tenait en équilibre dans la main d'Horace.
« Remus ne veut pas venir à votre stu…
- Nous viendrons, merci, intervint Remus à son tour, embarrassé.
- Parfait, à la bonne heure ! » s'enthousiasma le professeur Slughorn.
Il profita que le groupe d'élèves de la table d'à-côté se levaient dans des éclats de voix bruyants pour disparaitre dans une traînée de paillettes vertes. Caroline n'avait même pas eu le temps de l'agresser ou de lui casser une jambe, pour éviter cette soirée de misère. Elle vrilla un regard courroucé sur Remus, qui ne souriait plus du tout. Était-il blessé par les propos d'Horace ou étais-ce autre chose ? Caroline tendit sa main mais il ne répondit pas à son élan d'affection. Il sombra dans le mutisme, et une heure durant, ils restèrent à se toiser tristement l'un l'autre, jusqu'à ce qu'il ne lui dépose un baiser sur la joue et quitte les Trois-Balais, toujours sans prononcer le moindre mot.
Caroline ne s'attarda pas. Remus devait être très éprouvé par les récents événements. Elle ne lui tenait pas rigueur de son silence. Il avait perdu tous ses meilleurs amis, il ne restait plus que lui, ici, et Caroline comprenait combien il devait être difficile pour Remus de revivre ce qu'il avait déjà vécu une vingtaine d'années plus tôt.
Sur le chemin, un cri de gorge attira son attention sur un petit groupe de personnes. Caroline accourra rapidement derrière Hagrid et vit aussitôt une élève allongée par terre. Son visage était déformé en une grimace effrayante, elle semblait pétrifiée, mais de terreur. Caroline se précipita à la suite d'Hagrid, reconnaissant aussitôt la marque d'un maléfice très puissant. D'un coup d'œil, elle intercepta Potter qui s'était penché pour ramasser quelque chose près de sa camarade.
« Non ! »
Potter se recula et elle s'empara elle-même du collier à l'aide de sa propre écharpe. Le bijou dégageait une aura très malfaisante, il n'était pas question que Potter y touche. Elle aurait encore des ennuis avec Dumbledore. Harry lui raconta qu'il avait déjà vu ce collier chez Barjow et Beurk, et son étiquette indiquait qu'il était ensorcelé. Caroline eut subitement la nausée. Elle se retourna vers Hagrid qui tenait entre ses bras massifs la fille, puis vers Hermione Granger qui tentait vainement de consoler son amie.
« Comment s'est-elle retrouvée en possession de ce collier ? » murmura Caroline, dont l'effroi déformait ses traits ronds.
Poudlard était un endroit sûr, le plus sûr qu'elle connaisse d'ailleurs, mais rien n'avait pu empêcher la jeune fille de se faire ensorceler. Dumbledore avait raison, même Harry n'était plus en sécurité à l'école.
« Elle voulait l'emporter à l'école, le donner à quelqu'un… »
Caroline écoutait distraitement les propos de l'amie qui sanglotait. Apparemment, le collier n'était pas destiné à cette Katie Bell. Caroline rentra en trombe au Château avec Harry et les autres, le collier enroulé dans l'écharpe. Elle était si angoissée d'avoir cet objet maléfique entre les mains qu'elle tremblait comme une bête apeurée. Elle entendait Ron et Harry parler dans son dos, mais empressée, Caroline ne prit pas le temps de les écouter et s'élança à la rencontre du professeur McGonagall, qui bravait la neige en face d'eux. Elle n'avait jamais été aussi contente de la voir.
« Caroline, qu'est-ce que c'est ? » s'exclama-t-elle en regardant le collier, son visage ridé anormalement grave.
La Serpentard souffla entre ses lèvres le mot ensorcelé et Minerva comprit aussitôt de quoi il en retournait. Elle héla hâtivement Rusard, dont le regard dérangeant s'était posé sur Caroline et les Griffondor, impatient de leur faire subir un examen approfondi avec son capteur de dissimulation.
« Conduisez Caroline auprès de Severus immédiatement. Ne touchez surtout pas le collier » ajouta-t-elle sévèrement à leur adresse.
Caroline se mordit la lèvre d'agacement. Comme si elle allait le toucher ! Elle n'était pas si bête tout de même. Elle suivit machinalement Rusard dans le Château, et finalement, ils pénétrèrent dans une pièce sombre, où Rogue était en train de corriger des copies. Caroline lui jeta presque le collier dessus, heureuse de s'en débarrasser.
« A quoi vous jouer Miss Dorm ? » siffla-t-il en se levant et en observant le collier d'un œil soucieux.
Caroline reprenait son souffle difficilement. Elle était dépassée par les événements. A peine deux heures plus tôt, elle buvait un délicieux chocolat chaud avec Remus.
« Katie Bell a touché ce collier et elle se trouve maintenant à l'infirmerie. Nous pensons qu'il est ensorcelé, avec de la magie noire. »
La voix rauque de Caroline étonna Severus.
« Vous devriez aller reprendre vos esprits dehors » conseilla-t-il en lui tournant le dos et en commençant à examiner le collier.
Elle ne se fit pas prier deux fois. Caroline sortit de la salle de classe et fonça s'enfermer dans son bureau. Elle avait enfin pris conscience qu'ils étaient tous en danger. Et qu'un rien pourrait la tuer. Horace avait annulé sa réception et Caroline n'avait pas eu le loisir d'accueillir Remus dans ses quartiers. Le professeur Dumbledore était venu l'informer tard dans la soirée que Remus était retourné vivre parmi les loup-garou. Elle était blessée qu'il ne lui ait rien dit, qu'il soit parti et ne soit pas revenu lui dire au-revoir au Château. Mais peut-être cela aurait été trop dur pour lui. Caroline savait que Remus n'était pas enchanté par sa mission, qu'il est l'accomplissait que par loyauté envers Dumbledore. Elle espérait seulement qu'il lui renverrait des nouvelles rapidement.
.
Une semaine plus tard, Caroline s'était remise du choc et avait repris du poil de la bête. Remus lui avait envoyé une lettre pour s'excuser de son départ précipité et pour l'informer qu'ils se reverraient à Noël, chez les Weasley. Une nouvelle qui l'avait faite pleurer toute une nuit, mais qui le lendemain, lui avait redonné espoir.
Bastien ne l'avait pas recontactée, et les lettres qu'elle lui envoyait revenaient toujours deux jours plus tard, encore scellées. Elle s'inquiétait énormément, mais elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle devait le chercher. Daryl avait promis à Bianca qu'il mènerait son enquête, ce qui n'empêchait pas Caroline de se ronger les sangs.
Elle parcourait aujourd'hui les allées d'un magasin Moldu de déguisements et de décorations d'Halloween avec un sourire béat plaqué au visage. Percy, qui avait accepté de l'accompagner à contrecœur, était affligé par tous ces bouts de plastiques qui n'avaient rien de plus excitant qu'une odeur infecte de produits chimiques. La jeune professeure était décidée à dénicher des perles rares pour la décoration de la Grande Salle de Poudlard. Le professeur Dumbledore lui avait donné carte blanche.
« Tu gaspilles mon temps pour m'emmener dans un magasin de… »
Percy était si agacé qu'il n'acheva pas sa phrase et se cogna contre un costume d'araignée qui lui était malencontreusement tombé sur l'épaule. Caroline, elle, avait des milliers de paillettes dans les yeux.
« Tu ne fais pas correctement ton travail de toute façon » lança-t-elle distraitement en jetant des coups d'œil intéressés aux masques d'Halloween. « Tout le monde a besoin de s'amuser un peu, sinon on broierait du noir tout le temps. Organiser une petite fête d'Halloween après le banquet est quelque chose d'important Percy, surtout pour ces jeunes gens qui ne méritent pas d'avoir une enfance gâchée par tout ce qui se passe là-dehors.
- Je ne fais pas mon travail correctement ? » s'irrita Percy, qui avait surpris le regard revêche de Caroline sur lui. « Et depuis quand te sens-tu responsable du bonheur de tous ces "babouins" ?
- Bien sûr que non ! Au lieu d'écouter ta famille et de convaincre le Ministre de la magie de son erreur, tu as joué l'égoïste et tu t'es brûlé les ailes ! Barty Croupton était ton patron et tu l'as laissé…
- Facile à dire pour toi, tu es restée enfermée à faire comme si de rien n'était avec ce Sirius Black » s'emporta Percy. « C'est donc pour ça que tu t'occupes si bien des élèves ? Parce que tu as des remords ? Tu te penses peut-être coupable de la mort de Sirius, coupable de ne pas avoir été là pour le retenir en sécurité…
- La ferme Percy.
- Tu n'as aucune leçon de morale à me donner Caroline. »
L'ambiance était électrique. Caroline continua ses achats seule dans son coin, Percy préférant attendre à l'extérieur de la boutique. Décidément, ils ne s'entendraient jamais.
Un peu plus tard, en début de soirée, Caroline avait entraîné Percy dans un bar moldu, coquet et bien propre comme il les aimait. Elle l'avait nargué quand la serveuse, une jolie jeune fille aux cheveux très noirs, lui avait souri chaleureusement en prenant sa commande. Percy n'était pas très à l'aise avec la gente féminine, il était même très snob et avait tendance à ignorer la plupart des filles qui s'intéressaient un tant soit peu à lui. Caroline s'était toujours demandée quelle poudre hallucinogène devaient prendre ces filles pour qu'elles en arrivent à faire du rentre dedans à Percy. Encore, Remus n'avait peut-être pas la meilleure santé du monde sorcier, mais il avait un paquet de charme et était un parfait gentleman. Tandis que Percy avait seulement un affreux melon. Caroline sauta avidement sur sa bière une fois qu'ils furent servis. Percy renifla la sienne avec un profond dédain, mais accepta tout de même d'y goûter.
« Pénélope n'a jamais voulu me revoir, se plaignit misérablement Percy après avoir ingurgité plusieurs bières d'affilées.
- Ce n'est pas étonnent, se moqua Caroline avec un sourire hypocrite.
- Oh, je n'ai pas besoin de tes sarcasmes. »
Percy était agacé, mais l'alcool lui embrouillait l'esprit et il abandonna bien vite sa rancœur envers Caroline. Pénélope n'était qu'un souvenir après tout. C'était la seule fille qui avait été assez digne de lui jusqu'à aujourd'hui, il était tout à fait normal qu'il ressasse leur rupture. En boucle.
« Percy, tu me fais chier avec tes histoires » lui souffla Caroline avec mépris et amusement.
Elle aurait tout donner pour que Remus entre dans ce bar et l'emmène loin, très loin, dans une chambre au Chaudron Baveur s'il le fallait.
« Pénélope embrassait divinement bien… »
Caroline mima une envie subite d'aller vomir aux toilettes, mais bien vite, une image suggestive pénétra de force son esprit et elle se rappela ce baiser divin qu'elle avait échangé avec Sirius. L'alcool aidant, Caroline gloussa de bonheur, chose qui était totalement grotesque et dont elle se haïrait le lendemain.
« Sirius embrassait divinement bien aussi, chuchota-t-elle avec ce petit air rêveur qui lui seyait merveilleusement bien.
- Comment tu sais ?
- Parce que je le sais, c'est tout. Je l'ai deviné. Il ne faut pas être très imaginatif pour s'en convaincre, il est… »
Se rendant compte qu'elle s'enfonçait, Caroline se tut et but une gorgée de bière, l'air de rien. Des semaines qu'elle n'avait pas repensé à Sirius. Après sa mort, elle s'était efforcée de l'oublier, de faire comme s'il n'avait jamais existé, et aujourd'hui elle regrettait de l'avoir volontairement exclu de ses pensées. Elle ne faisait pas honneur à sa mort en l'ignorant.
« Il était très séduisant, conclut-elle avec une pointe de tristesse dans la voix, en baissant les yeux.
- Tu l'as embrassé.
- Non.
- C'était une affirmation et non une question. Tu as embrassé Sirius Black. Tu t'es tapée le meilleur ami de ton cher Remus » débita Percy comme s'il n'y croyait pas lui-même.
Dans une situation similaire, avec un esprit totalement lucide, elle aurait totalement nié et l'aurait menacée de faire cramer ses cheveux en tire-bouchon. Mais en l'occurrence, elle ne chercha même pas à dissimuler la vérité.
« Je ne voulais pas.
- Il ne t'a pas forcée à mon avis, rétorqua-t-il sarcastiquement.
- C'est tout comme ! Il se trimballait avec ce sourire… et ces tatouages… ces yeux gris qui me déshabillaient indécemment du regard… sa main sur…
- Epargne-moi les détails, ça a le don de me dégouter, grimaça Percy.
- Tu crois que ça ne me dégoûte pas quand tu parles de Pénélope ?
- Pénélope n'est pas un prisonnier pouilleux accusé de meurtre.
- Sirius n'était pas un meurtrier.
- Ce n'était pas un saint non plus. »
Percy n'avait pas totalement tort, Sirius n'était pas un saint. Rien que la façon dont il la désirait le soir lorsqu'ils se retrouvaient seuls montrait qu'il n'avait pas autant de scrupules à séduire une jeune femme, contrairement à son meilleur ami. Fort de la soirée étrange qu'ils avaient passée ensemble, Caroline rentra à Pré-au-Lard en transplanant. Avec chance, elle atterrit en un seul morceau juste devant les Trois-Balais. Elle s'encouble dans un tas de neige et s'écrasa la tête la première dans le sol. Elle en ria pendant plusieurs minutes, incapable de se relever, et finalement, une main ferme lui empoigna le coin de sa veste et la releva abruptement. Caroline déglutit lorsqu'elle croisa le regard sombre de Rogue. Que faisait-il à une heure si tardive à Pré-au-Lard ? Et Merlin, était-il obligé de la serrer si fort ?
« Vous êtes très imprudente Miss Dorm. Je suis sûr que Lupin sera ravi d'apprendre que vous vous baladez ivre n'importe où, à découvert, et sans la moindre protection.
- Ne me parlez pas de Remus. »
Caroline détestait la façon désobligeante avec laquelle il prononçait le nom de Remus. Elle avait envie de lui faire bouffer ses chaussures.
« Bien que j'en sois le premier affligé, je crois que c'est nécessaire pour vous faire remarquer à quel point vous vous comportez stupidement. »
Caroline ravala ses pulsions haineuses et se dégagea violemment de Severus.
« Mêlez-vous de vos affaires.
- Si on retrouve votre cadavre dans un ruelle malfamée du Chemin de Traverse, et que le professeur Dumbledore me tombe dessus pour vous avoir laissé agir comme une petite idiote, j'estime qu'il s'agit de mes affaires » siffla-t-il doucereusement.
Il lui empoigna si fortement le bras que Caroline eut mal. Il la ramena de force au Château, la traînant à sa suite dans la nuit noire. La suite fut un peu plus floue pour Caroline, qui ne se rappelait plus grand chose de sa soirée. La seule chose dont elle était certaine, c'était qu'elle ne retournerait jamais boire des bières avec Percy dans un bar Moldu.
.
Le banquet commençait dans moins d'une heure. Filius était intrigué par la décoration qu'avait installé Caroline. Elle s'était enfermée dans la Grande Salle depuis trois heure déjà. Il poussa discrètement les portes, et s'engouffra discrètement à l'intérieur, surprenant la jeune femme debout sur un tabouret au milieu de la salle. Elle semblait admirer son œuvre.
« Ah, professeur Flitwick ! Que pensez-vous de mes décorations ? J'ai été au magasin Moldus cette année, avec Percy Weasley et j'ai ramené quelque trucs sympas… bien sûr j'ai gardé la décoration du Château aussi. »
Le professeur Flitwick lorgna un masque en plasique représentant un visage blanc étiré en longueur, accroché non loin de lui. Ghost face. Caroline suivit le tracé de son regard et explosa de joie.
« Il vous intrigue ? C'est un masque que les enfants Moldus adorent porter pour Halloween ! Un célèbre tueur…
- Très impressionnant Caroline » sourit-il pour faire plaisir à sa collègue. « Mais je me demande si c'est le bon moment d'accrocher tous ces masques, et puis qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il expressément en pointant des cadavres attachés au bout de cordes tâchées de faux sang.
- Ah ça ! Ça fait fureur chez les Moldus !
- Il faut que vous décrochiez cela tout de suite miss Dorm, les élèves n'ont pas envie de voir des cadavres et des masques répugnants !
- Le professeur Dumbledore m'a donné carte blanche !
- Miss Dorm, puis-je savoir qui a saccagé cette Grande Salle ? » souffla une voix doucereuse derrière son dos.
Caroline se retourna, rayonnante de bonheur. Severus était entré à son tour dans la Grande Salle. Il semblait scruter la salle d'un œil affligé.
« Ah vous aimez professeur Rogue, ravie de l'entendre ! »
Il se tourna vers le professeur Flitwick sans même la regarder.
« Professeur, pourriez-vous arranger la décoration avant qu'un élève ne voie ces horreurs ? »
Rogue empoigna le bras de Caroline et la conduisit à l'écart malgré ses protestations. En réalité, il la séquestra dans son bureau le temps que Filius remplace entièrement la décoration. Rogue ne la libéra que lorsque l'intégralité des élèves eurent pénétré dans la Grande Salle, émerveillés comme toujours par la décoration vieillotte du Château. Caroline fut d'une humeur exécrable toute la soirée, et pendant le diner, elle foudroya son ancien Directeur de maison si férocement que personne autour d'eux n'osaient ouvrir la bouche. Pas même Horace.
.
Caroline se sentit vaseuse alors qu'elle approchait du Terrier d'un pas incroyablement lent et traînant. C'était la vieille de Noël. Beaucoup d'élèves avaient déserté l'école. Caroline avait attendu longtemps avant d'enfiler sa veste, son écharpe et de transplaner au Terrier. Elle avait acheté une vieille bougie à la prune à Molly, un merveilleux parapluie à Arthur et une chemise noire très élégante à Remus. Tout était emballé sommairement dans du papier coloré et coincé sous ses bras.
Caroline n'avait toujours rien reçu de la part de Bastien. Daryl avait fait des recherches, mais apparemment, Bastien était introuvable. Ses parents avaient disparu de leur domicile et tout portait à croire qu'ils avaient été enlevés. Elle était terriblement inquiète. Bianca n'était revenue à Pré-au-Lard qu'en de rares occasions, et elle n'avait pas eu beaucoup de temps à accorder à Caroline, si bien que la Serpentard passait la majeur partie de ses week-end à broyer du noir. Seul Daryl était venu boire un thé noir épicé plusieurs fois avec elle aux Trois-Balais. Elle appréciait de plus en plus sa présence, comme si toutes ces années avaient fini par panser ¨ leurs profonds différents. C'était plaisant et réconfortant. Elle avait l'impression de pouvoir compter sur lui et ses longs cheveux blonds de baroudeur.
Caroline se stoppa sur le pas de porte du Terrier. Avait-elle le courage de braver cette soirée et la suivante ? Bianca et Daryl étaient certainement déjà là-dedans, avec toute la famille Weasley. C'était la seule bonne nouvelle dans toute cette histoire. Caroline soupira un bon gros coup, puis toqua à la porte d'entrée. Le sourire rassuré de Molly surgit brusquement par l'entrebâillement de la porte.
« Caroline ! Enfin ! Tu as trois heures de retard, nous étions inquiets ! »
Seulement trois heures ? Ni une ni deux, elle la tira à l'intérieur par l'épaule et lui ôta sa cape, sa veste et son écharpe d'un coup de baguette. Caroline sentit une main se glisser dans la sienne sans qu'elle n'ait rien demandé à personne.
« Bill, enchanté.
- Encore un frère » constata platement Caroline. « Pourquoi Percy est-il le seul à avoir une tête-à-claque… je veux dire être un parfait génie ! »
Molly avait perdu son sourire l'espace d'un instant. Caroline n'avait pas le cœur à démonter Percy maintenant. Elle dévisagea Bill qui lui en revanche, avait apprécié sa plaisanterie. Qu'il était charmant. Il avait un look très différent des ses frères et sœurs. Caroline l'imaginait volontiers travailler au Crado's.
« Enchanté de faire ta connaissance, on m'a beaucoup parlé de toi » déclara une voix déterminée dans le dos de Bill.
Caroline contempla la fille blonde, droite et fière, qui avait serré sa main et la secouait vivement. Tout le corps de la Serpentard se faisait balloter avec force. Elle était très belle, d'une beauté pure et insaisissable.
« Fleur, dit-elle avec aplomb.
- Euh Caroline. »
La Serpentard abrégea leur poignée de main musclée et regarda dans le fond de la pièce, espérant y voir Remus, mais non, il n'y avait que les enfants Weasley, Harry Potter et Bianca. Elle salua son amie d'une petit signe de main. Caroline ignora ensuite Fleur lorsqu'elle lui proposa de prendre place à table à côté d'elle et se dirigea dans la cuisine pour parler à Molly seule à seule.
« Où est Remus ? » Le ton de sa voix trahissait son inquiètude. « Il m'a dit qu'il serait là ce soir.
- Il va arriver ne t'inquiète pas Caroline » rétorqua Molly d'une voix sèche.
Caroline fut très surprise par son hostilité soudaine. Elle était passée d'un sourire sincère à une moue très contrariée.
« Il y a un problème avec Remus ?
- Oh oui, il y a toujours des problèmes avec Remus. »
Molly était soudainement d'une humeur si exécrable que Caroline n'osa pas approfondir le sujet. Mais elle n'avait pas tort, il y avait toujours des problèmes avec Remus. Elle rejoignit hâtivement Bianca, qui était en grande conversation avec les jumeaux Weasley sur les objets en toc que vendaient des receleurs à des sorciers trop crédules. Caroline leur fit un vague sourire avant de s'enfoncer dans un fauteuil et de fixer tout le monde d'un regard désabusé. Mais où était passé Daryl ? Peut-être avait-il préféré passer les fêtes avec ses parents.
Soudain, l'objet de toutes ses pensées apparut dans le cadre de la porte d'entrée. Caroline bondit de son siège et vint l'accueillir aux côtés de Molly, un énorme sourire au visage.
« Ah enfin là » déclara Mrs Weasley avec une voix toujours aussi sèche.
Remus parut mal à l'aise, son étreinte fut des plus glaciales avec la mère de Percy. Et Caroline fut encore plus contrariée lorsqu'il la salua d'une simple poignée de main. Avait-elle la tête de Sirius ou de James Potter ? Elle n'était pas une vulgaire connaissance, nom d'une bouse de dragon, elle était sa fiancée ! – Caroline extrapolait légèrement. Boudeuse, elle lui tourna le dos et aida Molly à préparer le repas. Elle sentait que Remus voulait s'excuser en tentant de l'enlacer amicalement par derrière, mais Caroline faisait exprès de remuer les épaules pour le repousser discrètement.
« Je peux vous aider Molly ? demanda poliment Remus.
- Non, ça ira » dit-elle en le chassant de la main.
La douceur de Remus faisait fondre Caroline comme neige au soleil, mais pas Molly de toute évidence. L'air pataud, Remus jeta des regards embarrassés de tous les côtés, et finalement, il partit s'asseoir dans un coin de la pièce après avoir salué Harry et ses amis. Il lui faisait soudainement si mal au cœur. Caroline voulut le serrer dans ses bras, s'asseoir sur ses genoux et discuter avec lui, mais c'était sans doute une mauvaise idée. Remus serait encore plus embarrassé et mal à l'aise que jamais.
« Et Tonks, elle vient ? »
Caroline se réjouissait de la revoir, elle et sa tête de cadavre. Tonks était une personne difficilement méprisable, bien qu'elle courrait après Remus et qu'elle avait précipité leur éloignement cette année.
« Elle ne voulait pas venir manger.
- Ah elle va manger avec sa famille ? demanda Caroline en épluchant les carottes.
- Non, je crois qu'elle est toute seule cette année pour les fêtes. »
Son regard glacial percuta Remus de plein fouet et Caroline comprit que Molly avait un gros problème avec Remus, non pas à cause d'un quelque conque désaccord, mais à cause de Tonks. Cette affaire ne lui plaisait pas. Même pas du tout. Une colère sourdre lui grilla le cœur.
« C'est quoi cette histoire Remus ? » s'énerva Caroline, en le rejoignant aussitôt et en pointant un doigt dans son torse.
Elle n'avait rien à faire d'être entourée de toute la famille Weasley. Remus lui intimait de se taire avec un regard insistant. Sa familiarité avait étonné la plupart des gens présents, si bien que Remus garda le silence, jusqu'à ce que Potter intervienne :
« D'ailleurs, j'ai une question à propos des Patronus. D'après Rogue, le Patronus de Tonks a changé, c'était un animal avec quatre grandes pattes et…
- Arthur !
- Remus ! »
Caroline et Molly avaient hurlé simultanément. La Serpentard fusillait Remus du regard tandis que Molly alla ouvrir la porte prestement. Le Ministre de la Magie entra en compagnie de Percy, tous deux habillés de beaux costumes sombres. Caroline déroba son regard à celui de Remus pour dévisager Percy. Le jeune homme la regardait elle-aussi. Elle esquissa un sourire qu'il ne lui rendit pas. Il ne fallait pas trop rêver.
« Remus ! » hurla Caroline à nouveau, lorsqu'elle eut marre de fixer Percy. « Tu ne vas pas me faire croire qu'un choc émotionnel a conduit Tonks à avoir le même Patronus que le tien ! » cria-t-elle alors qu'il était justement en train de l'expliquer à Potter.
Remus était très gêné et c'était peu dire comparé à tous les Weasley qui les regardait avec une profonde incrédulité.
« Même moi je n'ai pas un loup-garou comme Patronus, tu te fiches de qui !
- Tu ne sais pas à quoi ressemble ton Patronus, tu n'as jamais réussi à lancer le sortilège correctement, la contra Remus avec une pointe d'agacement dans la voix.
- Insinues-tu que je suis nulle ? Dois-je te rappeler qui est le professeur incompétent qui aurait dû me l'apprendre convenablement ?
- Pourquoi tu t'énerves ? » intervint Fleur avec son horrible accent. « Et qu'est-ce que ça peut bien faire que tu n'aies pas le même Patronus ? »
Caroline se calma aussitôt. Elle n'aurait jamais dû s'emporter de la sorte. Elle se pinça les lèvres et détourna les yeux sur Fleur. Elle aurait pu inventer une excuse, n'importe quoi, tout aurait été mieux que ce silence évocateur. Les mots ne franchissaient plus ses lèvres, elle était incapable de formuler un mensonge convaincant. Comme si elle en avait marre de mentir et qu'il était temps que tout le monde sache enfin la vérité.
« Elle est jalouse, plaisanta Georges avec un sourire taquin.
- Elle aime notre cher Remus depuis des années », renchérit Fred, fidèle à son jumeau.
Ils se tapèrent dans le main, fiers de leur petit coup d'éclat. Alors ils lui avaient réellement offert cette cape louche en pensant qu'elle l'enfilerait pour Remus.
« N'importe quoi » se défendit maladroitement Caroline, alors que Remus avait baissé la tête de dépit. « Vous… »
Le regard sévère de Molly les fit taire tous les trois. La procession était sur le point de commencer. Le Ministre de la Magie invita, comme par hasard, Harry à sortir cinq minutes. Percy s'avança dans la pièce et posa une main sur l'épaule de Caroline. Ce geste la surprit énormément.
« Je crois qu'il est temps d'assumer Caroline » lui dit-il doucement à l'oreille.
Elle était tétanisée. Elle ne comprenait plus rien, le monde s'était figé autour d'elle. Se retrouver devant le fait accompli la paralysait totalement. Fuir, il fallait qu'elle fuie, qu'elle quitte cette maison…
« Il ne s'est rien passé avec Tonks, Molly » intervint Remus calmement, « non pas parce que je refuse de l'aimer, mais parce que j'aime déjà quelqu'un d'autre. »
Molly était totalement effarée. Elle avait immédiatement compris qui était la personne en question. Arthur gardait le silence, jonglant son regard impénétrable entre Caroline et Remus. Personne ne parlait, ni murmurait. Le silence avait quelque chose de très pesant.
« Ne me dis pas que tu as…
- Molly », déclara doucement Arthur pour la calmer.
- … osé toucher cette enfant ?
- Je ne suis plus une enfant, s'offusqua Caroline.
- Mais tu l'étais à Poudlard, la coupa durement Percy, s'attirant les foudres de Ginny, Fred et Georges, tous trois du côté de Remus.
- Je ne crois pas que cette conversation vous concerne » s'irrita-t-elle. « Je m'en vais. »
- Jeune fille, tu ne passeras pas le pas de cette porte ! » s'emporta Molly. « J'ai promis à ton père de veiller sur toi et je refuse que tu quittes ce toit maintenant ! »
Mrs Weasley fit volteface, telle une vraie furie.
« Et toi, Remus, comment as-tu osé poser la main sur ton élève ?
- Il ne s'est rien passé lorsque j'étais son professeur » se défendit Remus avec cette aisance qui avait fait fondre Caroline. « Et Caroline est assez grande pour prendre ses propres décisions Molly.
- C'est une enfant !
- Je crois plutôt que ce qui te dérange, c'est que je lui impose qui je suis » s'agaça Remus. « Elle n'est pas Tonks et tu as peur qu'elle soit trop fragile pour endurer la vie aux côtés d'un Loup-garou.
- Je n'ai pas dit ça ! » Molly posa ses mains sur ses hanches. « Franchement, même Sirius n'aurait pas agi aussi égoïstement ! Remus, j'espère pour toi qu'elle ne s'est sentie obligée à rien ! »
Caroline éclata de rire.
« Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? demanda glacialement Molly.
- Remus m'a repoussé pendant presque deux ans, Molly, je ne crois pas appeler ça de l'égoïsme. Et si quelqu'un a été obligé ici, c'est bien lui.
- Et tout le monde sait que Sirius n'a pas été franchement innocent avec toi » rajouta Percy le plus naturellement du monde.
Le visage de Caroline devint livide. Quel abruti !
« Tais-toi crétin, raya Caroline tout bas, paniquée.
- De quoi parles-tu Percy ? s'enquit Remus, d'une voix troublée.
- Je crois qu'il est préférable que ce soit Caroline qui s'explique. »
Percy donna un coup d'épaule à Caroline, qui était totalement tétanisée. Cet abruti avait tout gâché. Elle voulait le broyer en petits morceaux, le donner à manger à des trolls et brûler ses affaires dans une bouse de vache.
« Il vaudrait mieux que nous allions dehors » articula difficilement Caroline.
Elle avait capitulé et sans l'ombre d'un sourire, elle emmena Remus à l'extérieur du Terrier. Une fois dehors, ils se dévisagèrent dans les blancs des yeux un long moment, jusqu'à ce que Caroline se décide enfin à avouer son écart.
« Je… Sirius et moi on s'est… embrassé. »
Remus était impassible. Ses yeux caramel étaient fixés sur Caroline, ses mains rangées dans ses poches, et rien ne prédisait d'une quelconque réaction démesurée.
« Il ne savait pas encore pour nous et j'ai tenté de le repousser mais… tu étais tout le temps absent, à me repousser, tu crois que c'était facile pour moi ? Tu m'ignorais comme une vieille chaussette puante ! Et tu as embrassé Tonks, qui est encore aujourd'hui éperdument amoureuse de toi !
- Sirius est mon meilleur ami. »
Une seule phrase. Si vraie. Et terrible à la fois. Il avait totalement raison. Avoir embrassé Sirius était si vil qu'elle s'étonnait de ne l'avoir fait que par pur désir. Et non pour se venger. Mais ce n'était certainement pas la meilleure façon de prouver à Remus que ce n'était qu'un incident isolé.
« Sirius était surtout enfermé dans cette maison avec moi pour seule compagnie, forcément que des liens se tissent. Crois-moi que je l'ai repoussé du mieux que j'ai pu. Et si tu avais accepté que nous parlions de nous, rien de tout ça ne se serait passé.
- Je dois m'estimer chanceux que tu ne l'aies qu'embrasser, c'est ça ? »
Son ton était beaucoup plus agressif qu'à l'accoutumée. Caroline fut bouche bée. Elle l'avait blessé. Elle le voyait clairement dans le reflet de ses yeux brillants. Remus était blessé. Il baissait les yeux pour reprendre ses esprits. Pour éviter de pleurer. Caroline avait le cœur si comprimé dans sa poitrine à l'idée de lui avoir fait autant de peine.
« Oh, je ne savais pas que tu étais capable de mauvaise foi, ricana tristement Caroline dans l'espoir vain de calmer leur dispute.
- Et je ne savais pas que c'était si dur pour toi de ne pas coucher avec Sirius. Tu es comme toutes les autres au final. »
Elle crut que sa vie allait s'arrêter maintenant. Qu'elle tomberait à terre, se fendre ait le crâne et rejoignerait Elsa parmi les étoiles. Mais ce ne fut pas le cas. La douleur lui rappela qu'elle était toujours là, et qu'elle n'avait pas le droit d'être soulagée de ce poids. Il n'y avait aucune chance qu'il lui pardonne. Caroline voulut le retenir mais Remus l'en dissuada d'un regard prondément trahi. Elle avait l'impression qu'on lui arrachait une partie d'elle-même. Et c'était entièrement sa faute. Quand Remus fut loin, Caroline s'effondra sur le sol et pleura à chaudes larmes, son visage plongé dans ses mains tremblantes. Elle avait si mal. Une main ferme l'empoignât alors par l'épaule.
« Je l'ai fait pour te rendre service, tu n'aurais jamais osé en parler à Remus sans moi. »
Si Percy n'avait pas été en compagnie du Ministre de la Magie, elle l'aurait trainé dans la boue et hurler toutes les insultes qui lui passeraient par le tête. Mais à la place, elle releva son visage ruisselant de larmes et murmura faiblement :
« Je te déteste Percy… »
Honnêtement, je ne pouvais plus voir ce chapitre. J'espère qu'il vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez aimé et ce que vous avez moins aimé, et encore désolée pour l'attente, des bouts se rajoutaient à chaque fois, c'était interminable... merci bcp à tous ceux qui lisent cette histoire et à bientôt ! :D
