Chapitre 30
Caroline et Molly regardaient Ron, Ginny et Harry disparaître dans l'âtre de la cheminée à tour de rôle. Caroline ignorait royalement Mrs Weasley qui était en larmes et reniflait dans un mouchoir usagé avec un bruit de trompette exagéré. C'était très embarrassant, encore plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer trois jours plus tôt. Elle n'avait pas envie de la réconforter, d'abord parce qu'elle n'aimait pas ça et surtout parce que Molly était toujours très remontée contre elle et Remus. Caroline l'avait déjà surprise à marmonner dans son dos des dizaines de fois, sûrement pour relever le fait que Remus avait commis l'erreur de regarder la mauvaise fille. Molly aurait rêvé que Tonks et lui forment une petite famille unie. Elle venait simplement mettre le bazar dans les réconfortantes illusions de Molly. Et peut-être même qu'elle avait espéré qu'elle et Percy finiraient un jour ensemble. Caroline ria jaune à l'intérieur.
Au bout de cette fameuse nuit qu'elle n'oublierait certainement jamais, Percy avait fini avec une large louche de panais sur la figure. C'était probablement le meilleur moment de la soirée. Il était parti en trombe, vraiment fâché, et elle avait remercié les jumeaux avec le sourire le plus triste qui soit. Elle n'avait eu qu'une envie : partir loin de toute cette misère. Mais elle n'avait pas pu. Le manque de courage sûrement, ou l'abandon de ses propres rêves, la perte d'espoir. Caroline n'avait plus goût à rien et se maudissait d'éprouver autant de chagrin. Pendant trois jours entiers, elle était restée chez les Wealsey, à servir de tapisserie et à marmonner ou grogner contre celui qui osait s'approcher trop près d'elle. Même les pitreries des jumeaux n'avaient pas pu lui remonter le moral. Et pendant trois jours, elle avait espéré voir ce vieux costume en tweed râpé réapparaître dans le salon des Weasley, parce qu'il appartenait à Remus et que son cœur lui était entièrement dévolu.
Et maintenant, elle retournait à Poudlard, comme un détenu qui retournait dans sa cellule. C'était probablement mieux comme ça, au moins elle ne surprendrait plus le regard inquiet d'Arthur sur elle.
Caroline prit une grosse poignée de poudre de cheminette et se volatilisa à son tour dans un écran de flammes vertes. Elle atterrit tout droit dans le bureau de Minerva. Charmant. Cette vieille chouette aigrie ne lui adressa pas la parole tandis qu'elle traversait la pièce, son nez fripé plongé avec assiduité dans un livre. Une fois dans le couloir, Caroline prit le chemin de son propre bureau, aussi déprimée qu'elle aurait pu l'être. Elle avait envie de pleurer tout comme Molly.
Soudain, alors qu'elle déposait les maigres cadeaux qu'elle avait reçu de la part des Weasley et de Bianca sur sa table basse, Caroline entendit des coups frapper à sa porte. Elle lâcha du regard la tasse que Bianca lui avait offerte– un petit homme poilu se déshabillait à chaque fois que la tasse était remplie d'une boisson chaude – et d'un geste sec, elle ouvrit sa porte, tombant nez à nez avec Harry Potter et Hermione Granger.
« C'est pourquoi ? » demanda-t-elle en grimaçant, chassant le visage trahi de Remus dans un recoin de sa tête.
« Nous aimerions vous parler, professeur. »
Étrange. Caroline les scruta longuement, cherchant une excuse valable pour les renvoyer dans leur salle commune, mais n'en trouvant aucune qui était assez convaincante, elle râla tout haut et les laissa entrer dans son bureau. L'odeur de la bougie au jus de chaussette que lui avait offert Fred et Georges donnait à la pièce une charmante ambiance de déchetterie.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Caroline était imbuvable et elle le faisait exprès. Elle voulait pleurer à chaudes larmes dans ses draps et non écouter les délires de deux babouins qui lui gâchaient sa fin de soirée. L'odeur de déchèterie n'avait pas l'air de les déranger en plus.
Malgré la mauvaise humeur flagrante de Caroline, les deux Griffondor ne se démontèrent pas. Hermione Granger, avec ses cheveux ébouriffés et son air de je-sais-tout, s'avança jusqu'à son pupitre. Harry en fit de même, jetant des coups d'œil à la décoration de son bureau, qui ressemblait plus à une caverne d'antiquités moldues qu'à un bureau de professeur de Poudlard.
« Nous voulions… je voulais vous parler de quelque chose » reprit Harry en jetant un regard en coin à Hermione qui fronçait les sourcils de mécontentement.
Harry raconta à Caroline la conversation qu'il avait entendue entre le professeur Rogue et Drago Malfoy. Caroline se montra plus intéressée qu'elle ne l'aurait voulu. Malfoy était une fouine prétentieuse et elle était certaine qu'il cachait quelque chose. Son comportement était suspect, elle l'avait déjà surpris plusieurs fois à traîner dans les couloirs avec des gens qu'il n'aurait jamais fréquenté en dehors des cours. Mais elle se garda bien d'informer les deux Griffondor de ses inquiétudes.
« Tu en as parlé à Arthur ? » s'enquit Caroline, parlant très lentement, comme si la gravité de la situation lui échappait.
« Oui et j'en ai parlé à… à Remus aussi. Ils pensent que Rogue a questionné Malfoy sur ordres de Dumbledore. »
Harry avait buté sur le nom de Remus. Caroline s'était crispée. Elle ne voulait pas la peine ou la pitié d'Harry Potter. Remus se comportait à nouveau comme un parfait idiot. Elle avait embrassé Sirius, elle ne pouvait pas le nier, mais ce baiser ne voulait absolument rien dire. Remus avait fait bien pire. Bien pire.
« Oui évidemment » rétorqua Caroline avec ironie en levant les yeux au ciel.
« Vous ne le pensez pas ? » s'étonna Harry.
« Je crois qui j'ai envie de croire. »
Caroline détourna le regard sur le cadeau que Remus lui avait offert. Il l'avait laissé en plan dans le salon des Weasley. C'était un vieux bouquin Moldu très célèbre signé de la main de son auteur. Caroline n'imaginait pas toutes les recherches et tous les compromis que Remus avait dû faire pour le dénicher. Un très beau cadeau, qui avait été gâché par sa fichue manie à se comporter en victime. Elle ne reviendrait pas la queue entre les jambes, non, cette fois-ci c'était à lui de s'excuser pour avoir réagi comme un vieux con jaloux.
Au bout d'un moment, Potter toussa un peu dans sa main et regarda Caroline d'un air inquisiteur. Elle devait être partie dans ses pensées depuis longtemps déjà.
« Cependant » reprit-elle placidement pour se donner contenance, « je crois que le professeur Dumbledore a raison. Le professeur Rogue doit sûrement surveiller cette fouine de… euh, je veux dire surveiller Malfoy. »
Harry et Hermione eurent tous deux un bref sourire en coin. Caroline les fixa d'un regard noir pour qu'ils cessent de sourire mais ça ne fonctionnait absolument pas. Mince, ils l'avaient démasquée. Tant pis, ce n'était un secret pour personne de toute manière, elle détestait les Serpentard et ils le lui rendaient bien. D'ailleurs beaucoup d'élèves venaient à oublier qu'elle avait été une Serpentard elle-même.
« Je crois qu'il serait bien à l'avenir que vous veniez me voir Potter, pour me raconter ce genre de choses » rajouta Caroline avec une certaine lassitude dans la voix.
Tout ceci ne sentait pas bon. Pas bon du tout. Si Malfoy portait réellement la marque des Ténèbres comme elle le craignait, ils devraient faire très attention. Caroline était certaine que le professeur Dumbledore savait à quoi ils s'exposaient tous, c'était un vieil homme très malin, Malfoy ni même Voldemort ne lui arrivaient à la cheville. Mais la doute subsistait tout de même. Même les plus grands finissaient un jour ou l'autre par se fourvoyer. Son père en était un exemple flagrant.
Caroline trainait des pieds jusqu'au bureau de Severus Rogue. Elle était rentrée depuis une semaine. Les cours avaient repris, monotones et ennuyants, mais heureusement, la magie des Moldus lui insufflait assez de vie pour qu'elle garde la tête haute en public. Le Baron Sanglant paradait devant son bureau, éloignant les élèves courageux qui osaient encore venir toquer à sa porte. Mais il n'en était pas de même pour la vieille chouette, qui s'était acharnée sur la porte jusqu'à ce qu'elle ait l'ait finalement ouverte. Après un long regard désapprobateur et mécontent, Minerva lui avait délivré un message, le pire qu'elle ait reçu depuis sa nomination de professeur : « le professeur Rogue vous attend dans son bureau pour une leçon d'Occulmencie ». Caroline avait tiqué. Leçon. Était-elle encore un vulgaire babouin qui suivait les cours de cette fichue école ? C'était tellement dégradant qu'elle avait hésité à ne pas y aller. Mais c'était sans compter la peur que lui inspirait Albus Dumbledore.
« Bonsoir. »
Elle entra pataude dans la pièce sombre. Rogue était assis à son bureau et ne leva pas les yeux pour la saluer. Caroline s'assit sur la chaise où prenaient habituellement place les élèves qui se faisaient désintégrer par le discours cinglant de son collègue, ce qui était encore plus dégradant que tout, et elle scruta les lieux d'un œil désintéressé. Elle aurait préféré rendre visite à Hagrid et déguster une bonne bouteille de vin des elfes au lieu de revivre un « remake » de sa jeunesse. Les moldus adoraient les « remake », mais Caroline avouait qu'elle n'aimait pas l'idée de faire du neuf avec de l'ancien. La perte d'authenticité était ce qui la dérangeait le plus. Elle aimait les vieux films et préféraient qu'ils le restent.
« Vous comptez me faire poireauter longtemps ? »
Rogue releva sévèrement la tête et la foudroya du regard. Caroline esquissa un sourire narquois. Elle tapota ses doigts sur le bureau.
« Je ne suis plus votre élève, mais votre collègue. J'estime que faire perdre son temps à un collègue n'est pas très… adéquat. »
« Si vous enseigniez une matière comme les potions ou la métamorphose, je vous traiterais adéquatement Caroline. En attendant, taisez-vous. »
« Je ne compte pas me taire » hoqueta-t-elle d'un plaisir sournois.
« Vous devriez » souffla-t-il dangereusement. « Je vous ai à l'œil Miss Dorm, je ne sais pas ce que vous complotez avec Potter mais vous devriez faire très attention. »
« Je ne complote rien » se lamenta Caroline. « Si comploter veut dire recevoir un élève dans son bureau ou lui parler discrètement dans les couloirs, je crois que vous n'êtes pas aussi innocent que vous le prétendez. »
« Pardon ? »
Sa voix rauque et traînante démontrait qu'il s'énervait, pour le plus grand plaisir de Caroline. Elle se pencha par-dessus le bureau, installant une proximité dérangeante entre eux. Mais il ne cilla pas.
« Vous prenez toujours à part Malfoy, vous avez des discussions pour le moins étranges avec lui et vous le convoquez souvent dans votre bureau. Sauf votre respect, ça ressemble à un complot professeur » expliqua innocemment Caroline avec les yeux pétillants.
« Que ce soit bien clair, c'est le professeur Dumbledore qui a tenu à ce que je vous enseigne l'Occlumencie mais il hors de question que je le fasse si vous continuez à jouer à la plus maligne avec moi. »
La menace était à peine perceptible. De toute manière, elle n'en avait rien à faire de l'Occlumencie. Même, se débarrasser de Severus Rogue lui ferait le plus grand bien. Et si le professeur Dumbledore voulait vraiment qu'elle apprenne l'Occlumencie, il n'avait qu'à la lui enseigner lui-même. Hors de question qu'elle collabore avec cet affreux personnage qui passait son temps à dénigrer Remus.
« Bien, alors je n'ai plus rien à faire ici. »
Caroline se leva aussitôt mais la voix calme du professeur Dumbledore lui coupa l'herbe sous le pied. Il était entré dans le bureau et par conséquent, il en bloquait majestueusement la sortie. Caroline fulminait intérieurement. Merlin n'avait-il donc aucune compassion pour elle ?
« Je ne veux rien avoir à faire avec cet odieux personnage » clama Caroline en pointant son collègue du doigt. « Je m'en contre-fiche de l'Occlumencie, je veux qu'on me laisse tranquille. »
Albus s'avança tranquillement et posa une main sur son épaule. Il parla tout bas, pour qu'elle seule entende.
« Ne nous reproche pas les erreurs des autres » répondit-il avec une pointe de compassion dans la voix, en baissant la tête pour l'observer par-dessus ses lunettes demi-lune. « Tu dois apprendre l'Occlumencie Caroline, c'est vital. »
« Vital ? » s'étrangla Caroline. « Vous faîtes erreur, ce qui est vital, c'est que je quitte ce monde de fou et que je retourne à ma petite vie Moldue comme je sais le faire ! Donner des cours, faire partie de l'Ordre du Phénix, accepter vos lubies, ce n'est pas moi ! Ce n'est pas ce que je veux faire ! Alors laissez-moi tranquille ! »
« Pourtant, tu es toujours là Caroline. Même après tout ce temps. »
Caroline se calma alors, fermant la bouche et réfléchissant un peu. C'est vrai, elle était toujours là, mais à quel prix ? Pourquoi continuait-elle à s'octroyer une torture pareille ? Elle regarda le professeur Dumbledore dont le regard bleuté et sérieux ne mentait jamais.
« Tu es là parce qu'il y a des gens que tu aimes et que tu ne te résoudras pas à abandonner, quoi qu'il puisse se passer. »
Caroline écarquilla les yeux, stupéfaite. Le professeur Dumbledore serra un peu plus fortement son épaule, continuant à parler tout bas :
« Remus finira par se rendre compte de son erreur, et quand ce sera le cas, il faudra que tu sois là. »
Il avait raison, elle était toujours là parce qu'elle aimait Remus, même après tout ce qu'il lui avait fait subir. Elle était toujours là pour Bianca, pour Daryl, pour Percy, pour les Weasley, pour tous ces gens qui ont fait partie du paysage de sa vie et qu'ils l'ont poussé à devenir celle qu'elle était aujourd'hui.
« Pourquoi l'Occlumencie ? » murmura-t-elle, vaincue.
« Tu le sauras en temps voulu. »
« Je n'ai pas envie d'apprendre ça avec lui » marmonna Caroline, fixant Rogue d'un regard bougon.
Tous ces mystères la rendaient nerveuse et irritable. Le professeur Rogue se pinça l'arête du nez. Lui non plus n'avait pas du tout envie de se coltiner Caroline. Devoir s'asseoir à côté d'elle était déjà extrêmement pénible.
« Severus est l'un des meilleurs occlumens que je connaisse. »
Cette phrase anodine percuta Caroline de plein fouet. Si Rogue était aussi doué qu'il le disait, n'aurait-il pas aucun mal à lui cacher qu'il était en train de s'allier à Malfoy pour une affaire très douteuse ? Caroline conclut finalement que ce n'était pas une si mauvaise chose au final, de passer autant de temps avec Rogue. Elle pourrait le surveiller. Non pas qu'elle le faisait pour rassurer Potter ou pour se rassurer elle-même, elle le faisait simplement parce qu'elle se réjouirait de l'agacer autant qu'il l'agaçait avec ses commentaires acerbes et sa coupe de cheveux affreuse.
« Bien, j'imagine que je n'ai pas le choix » souffla Caroline en levant les yeux au ciel.
Elle ne put cependant retenir un petit sourire mesquin. Rogue le fixa en se demandant ce qui lui prenait encore de sourire comme une idiote.
« Alors c'est réglé » ajouta Dumbledore d'un regard appuyé au Maître des Potions. « Maintenant j'aimerais m'entretenir seul à seul avec Severus, je sais que ton premier cours était prévu pour ce soir mais c'est très urgent Caroline. »
« Il n'y a pas de mal, je vais retourner dans mon bureau et… corriger des copies. »
Dumbledore haussa un sourcil, probablement parce qu'il savait que Caroline corrigeait les devoirs de ses élèves en compagnie d'Hagrid et que généralement, certains se voyaient gratifier de notes qui n'existaient même pas. Caroline sortit donc du bureau, trop heureuse d'échapper à la corvée qui s'était profilée, et regagna son bureau au pas de course.
Caroline buvait son jus d'orange lorsqu'une chouette se posa avec élégance dans son assiette vide. Nonchalamment, elle détacha le parchemin accroché à sa patte et tapota sa tête pour la remercier. La chouette repartit, fidèle à elle-même, dans un tourbillon de plumes et de hululements pénibles. Caroline déroula distraitement le parchemin après s'être frotté les yeux. Il était tôt. Elle n'avait pas réussi à se rendormir, alors elle était venue prendre son déjeuner dans la Grande Salle.
C'était une lettre de Bianca.
« Salut Caro !
Tu me manques, le travail administratif au Ministère est si barbant, tu devrais voir comme Percy se pavane dans le couloir comme s'il était le Ministre de la Magie lui-même. Si ça peut te réconforter, il s'est pris une veste par une sorcière du Département de la justice magique ce matin. C'était très drôle, elle lui a envoyé une beuglante et tout le monde l'a entendue le traiter d'harceleur. C'est une maigre consolation mais c'est déjà ça ! »
Bianca était définitivement son ange-gardien. Que ferait-elle sans elle ? Elle avait tellement peur de la perdre elle-aussi. Son amitié valait tout l'or du monde sorcier. Il fallait d'ailleurs qu'elle l'invite à boire un chocolat chaud à Pré-Lard bientôt.
« Il y a autre chose. »
Caroline eut mal au ventre en lisant cette petite phrase.
« Je sais que tu n'aimerais pas le savoir mais je crois quand même que tu devrais être au courant. Tonks et Remus effectuent beaucoup de surveillances pour l'Ordre en ce moment, ils passent énormément de temps ensemble. Ça ne m'avait pas inquiétée jusque-là. Il faut dire que j'étais peut-être trop occupée à le haïr et lui faire des tonnes de remarques déplacées pour te défendre. Seulement, ces derniers temps, il y a des regards et des gestes plus ambigus entre eux. Daryl m'a dit qu'ils les avaient vu très proches hier chez Molly. Je ne te dis pas ça pour te faire de la peine, je voulais juste que tu sois prévenue. Je sais combien tu l'aimes… comment fait-il pour ne pas s'en rendre compte ? »
Le cœur de Caroline implosait dans sa poitrine. Remus comptait réellement lui broyer le cœur jusqu'à ce qu'elle n'ait plus qu'un trou dans la poitrine.
« Et pour Bastien, toujours rien de notre côté. On ne retrouve pas la trace de ses parents, ni la sienne. Je suis inquiète Caro, ce n'est pas normal du tout. En plus le professeur Dumbledore semble toujours plus fatigué. Le Ministère ne le montre pas mais il est totalement dépassé par la situation. Je suis sûre qu'ils ont réussi à s'infiltrer parmi nous, je suis constamment sous surveillance à cause de ce qu'il s'est passé avec ton père. Certains de mes collègues ne me font plus confiance.
Fais attention à toi Caro, je te récrirai bientôt,
Blanche-Neige »
Caroline se mordit la joue. Comment le monde sorcier pouvait devenir aussi fou ? Elle reposa la lettre près de son assiette et croqua dans son toast. Si elle mettait la main sur Remus, elle lui promettait de lui faire sa fête. Il se fichait vraiment d'elle.
D'un coup d'œil, Caroline vit qu'Harry Potter était entré dans la Grande Salle et semblait se diriger droit sur elle. Elle eut un soubresaut, fugace et discret. Elle avait un peu peur d'être confrontée à Potter de si bon matin.
« Professeur » l'interpella-t-il avec un petit air crispé au visage.
Visiblement cet échange ne le réjouissait pas non plus.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » rétorqua Caroline en posant sa joue contre la paume de sa main, plongeant ses lèvres dans son jus d'orange.
Elle était assoiffée. Harry piétina le sol. Il semblait hésitant. Ou alors il voulait lui parler d'un sujet sensible et il ne souhaitait pas être entendu de n'importe qui. Caroline lui intima d'approcher en soupirant. Heureusement il n'y avait presque personne à cette heure-là dans la Grande Salle.
« Malfoy, je suis certain qu'il cache quelque chose. Je veux entrer dans son dortoir » lui dit-il de but-en-blanc.
Caroline fronça les sourcils, croisant les bras, raffermissant sa posture de professeure. Seulement l'idée de fouiller les affaires de cette fouine de Malfoy lui plaisait énormément. Avec un plaisir coupable, elle esquissa un faible sourire narquois.
« Et pourquoi me le dire ? Je pourrais vous mettre une centaine de retenues Potter » le nargua-t-elle.
« Vous pourriez m'aider. »
Il était très sérieux. Caroline soupira une nouvelle fois, se grattant la nuque en tentant de mettre en marche ses petits neurones. Potter aurait un mal fou à s'introduire dans le dortoir de Malfoy seul. Ce n'était pas prudent.
« Je vais y aller » conclut Caroline avec un certain ennui.
Harry ouvrit la bouche, abasourdi, mais elle lui signala de circuler plus loin en agitant les bras d'agacement. Il obéit à contrecœur. Caroline avait vu le professeur Rogue faire irruption dans la Grande Salle et son regard torve les avait directement repérés. Elle retourna prendre son petit-déjeuner tranquillement, saluant poliment son collègue lorsque ce dernier vint s'asseoir à côté d'elle.
« Vous avez bien dormi ? » lui demanda-t-elle innocemment.
Il se contenta de la regarder impassiblement, avant de reporter son attention sur son petit-déjeuner. Caroline sourit intérieurement. L'idée de fouiller dans les affaires de Malfoy la mettait particulièrement de bonne humeur.
Avec jubilation, Caroline pénétra dans la salle commune des Serpentard, cette même salle qu'elle avait quitté trois ans plus tôt. Chose promise, chose due. Elle avait choisi de faire confiance à l'instinct douteux de Potter. Lentement, son regard froid vrilla chaque élève, tous silencieux et interloqués. Malfoy était là, dans le coin de la pièce, trifouillant nerveusement dans la poche de sa robe. Caroline esquissa un sourire fourbe.
« Quelqu'un est venu m'avertir que l'un d'entre vous cachait un objet dangereux dans ses affaires, et depuis ce qui est arrivé à Katie Bell, je ne peux pas minimiser la véracité de cette information. »
Ses chers élèves pâlissaient à vue d'œil. Caroline était capable d'affirmer qu'une épingle pouvait être un objet mortel et leur refiler des retenus à tout va, rien que pour son bon plaisir – ce à quoi ils n'étaient pas habitués puisque Rogue les favorisait toujours. Malfoy restait en apparence calme et stoïque mais elle savait qu'à l'intérieur de sa petite tête de fouine, son cerveau tournait à plein régime. Il ne serait pas protégé par le professeur Rogue sur ce coup-ci. Caroline comptait bien trouver dans ses affaires une preuve irréfutable de ses sombres manigances.
« Bien, je vais commencer par les dortoirs des filles. »
Pour disperser les soupçons de Malfoy quant à son égard, Caroline inspecta hâtivement les dortoirs des filles, lâchant des grognements et des gentillesses qui la caractérisaient.
« Vous comptez séduire un troll avec toutes ces potions ? » dit-elle avec une grimace en reconnaissant les fameuses potions rose bonbon que vendaient Fred et Georges, soigneusement cachées dans la valise d'une fille de sixième année à l'air hautain. « Vous voilà dans mes petits papiers Anderson, vous viendrez dans mon bureau à dix-neuf heures pour votre retenue » cracha Caroline en levant les yeux au ciel.
Ces jeunes filles étaient tellement crédules. Anderson la dévisagea avec haine mais ne répondit rien, se contentant de fulminer en silence. Caroline jubilait intérieurement. Elle dénicha d'autres objets interdits provenant de la boutique des deux jumeaux et quand elle vint enfin à bout des dortoirs des filles, avec une quinzaine de regards indignés, Caroline se rendit dans ceux des garçons, se dépêchant d'expédier sa tâche au plus vite. Il n'y avait que les affaires de Malfoy qui l'intéressait. Elle l'avait gardé à l'œil, veillant à ce qu'il ne puisse pas sortir de la salle commune ni fouiner dans ses affaires dans son dos.
Arrivant à la hauteur du lit de Drago, Caroline se caressa pensivement le menton. Où est-ce que cet abruti aurait pu cacher un objet potentiellement défendu ? Elle fouilla son lit d'abord, vérifiant qu'il n'y avait rien à l'intérieur des draps, puis s'attaqua à sa valise. Malfoy était nerveux à côté d'elle. Il transpirait comme un porc, et pourtant, elle ne l'emmenait pas à l'abattoir.
« Miss Dorm » raya une voix rauque dans son dos. « Puis-je savoir ce que vous faîtes ? »
Elle se raidit. C'était mauvais, très mauvais. Le professeur Rogue avait été informé de sa petite fouille intempestive. Qui l'avait donc mis au courant ? Personne n'était censé sortir de cette salle commune. Il avait certainement un troisième œil. Caroline lâcha la chemise de Malfoy, qu'elle serrait dans sa main crispée, et se redressa lentement. Elle se retourna et afficha un air indifférant à la présence de son collègue.
« Je fais mon travail, professeur Rogue. Vous devriez prendre exemple. »
« Personne ne vous a donné le droit de fouiller les dortoirs de mes élèves » tonna-t-il d'une voix intransigeante.
« Au contraire, ce mot m'en donne le droit. » Elle lui tendit la note anonyme qu'elle avait demandé à Potter de lui fournir. « Vos élèves sont de vrais frustrés, j'ai dû confisquer tout un tas de philtres d'amour. »
Elle savait que ce genre de réflexion n'était pas permise pour un professeur. Mais elle n'avait pas pu résister. C'était plus fort qu'elle.
« Suivez-moi » lui signifia-t-il d'un regard noir. « Dans mon bureau, tout de suite. »
« Attention professeur Rogue, je ne suis pas votre élève, le respect est de rigueur » gronda-t-elle avec une prestance étonnante.
Les élèves qui les regardaient avec des yeux de poissons ahuris retenaient leur souffle. Il s'attendait à ce que le professeur Rogue déchaîne sa fureur. Mais il n'en fut rien. Il se pinça l'arête du nez.
« Je souhaiterais vous entretenir d'un sujet important, Caroline. »
Il avait appuyé son prénom pour relever le manque de considération qu'il avait à son égard. De toute manière, elle n'avait jamais eu la moindre valeur à ses yeux. Caroline n'ayant pas d'autres choix, elle ressortit de la salle commune, les affaires de Malfoy à moitié fouillées et rien de croustillant à se mettre sous la dent. Peut-être que Potter aurait eu plus de chance s'il s'était introduit par ses propres moyens. Caroline marcha jusqu'au bureau de son collègue en se mordillant les lèvres. Ce n'était pas bon, pas bon du tout. Malfoy cachait quelque chose, Rogue aussi, le Ministère était en train d'être infiltré par les mangemorts, une élève avait été victime d'un puissant sortilège de magie noire et le professeur Dumbledore avec une main cramée.
Sans oublier Remus qui jouait avec ses nerfs.
Avant d'entrer dans le bureau, Rogue lui posa une main sur l'épaule, la forçant à se retourner. Elle voulut résister mais lâcha prise quand elle vit que son collègue était maintenant plus épuisé qu'énervé. Comme si la mort l'avait traversé de son voile sombre.
« Hors de ma vue, je ne veux plus vous voir traîner dans les cachots. »
Il relâcha son épaule et la bouscula pour rentrer dans son bureau, fermant sèchement la porte derrière lui. Caroline soupira, intriguée qu'il ait changé d'attitude du tout au tout. Elle avait la nette impression qu'il était intervenu seulement parce qu'il y avait été obligé, et non par mépris comme à son habitude. Prise de court par le sentiment incongru qui prenait en étau sa poitrine – était-ce de l'inquiétude, de la peur ? – Caroline quitta hâtivement les cachots. Potter allait l'agacer de par son échec, mais elle avait appris au moins une chose, Rogue était véritablement lié à Malfoy, d'une façon ou d'une autre.
Caroline avait fini par s'y résigner. Elle était assise dans le bureau de Slughorn, seule face à lui, le feu de sa cheminée crépitant et produisant le seul son qui brisait un silence des plus gênant. Horace la détaillait, cherchant par tous les moyens à capter son regard, mais Caroline s'obstinait à regarder ailleurs.
« Vous avez l'air bien triste. »
Elle se crispa. Il était hors de question qu'il lui parle de Remus. Il n'aimait pas Remus. Il prononçait son nom avec autant de respect qu'il en avait pour les élèves qui faisaient exploser leurs chaudrons.
« Vous aussi » contra-t-elle d'un œil hagard. « Ou je dirais plutôt que vous êtes effrayé » susurra-t-elle pour dissuader Horace de poursuivre sur sa lancée.
Il fit comme si elle n'avait rien dit. Un fin sourire égailla son visage pâle et il poursuivit d'une voix nostalgique :
« Vous possédez l'intelligence hors pair de votre père et la ténacité de votre mère, Caroline, je les vois vivre à travers vous. Vous avez les capacités, mais vous ne faîtes rien » lâcha-t-il avec une certaine pointe de déception.
Caroline faillit éclater de rire. C'est bien la première fois que Slughorn se montrait sincère avec elle.
« Votre opinion est-elle aussi liée au fait que je fréquente Remus ? » asséna-t-elle.
Il parut déboussolé un instant.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire, ne prenez pas mes mots à mal, je voulais simplement partager mon étonnement quant à vos choix, tant personnels que professionnels. Je me demande ce que votre mère en aurait pensé. »
Peut-être que sa passion pour les moldus n'était pas assez noble pour lui. Caroline se pinça les lèvres.
« L'avis de ma mère compte-il seulement ? »
Il parut une nouvelle fois désarçonné par la nonchalance de Caroline. Elle avait un regard hagard et voilé. Seul Merlin savait combien elle était hantée par ces silhouettes amères qui avaient appartenues à sa famille. Sa sœur tirant sur sa robe, la forçant à dévier son regard des histoires fantaisistes de moldus. Sa mère posant une main réconfortante sur son épaule, un sourire fier aux lèvres. L'ombre imposante de son père dans son dos, pesant sur elle comme un pressentiment terrible qui vous empêche de vous endormir sereinement la nuit.
« C'est votre chair. »
« Ma mère est un fantôme, qui continue à me pourchasser » réfuta-t-elle. « Ce n'était pas une sainte, vous le savez, et mon père n'était pas un saint non plus. Savez-vous les circonstances de sa mort, Horace ? »
Bien sûr qu'il ne le savait pas. Caroline n'attendait pas de réponse. Elle voulait seulement rétablir une vérité passée sous silence, une vérité qui écaillait l'image lisse et brillante de sa mère. Horace la regardait avec un regard légèrement anxieux.
« Elle… »
Quelqu'un toqua à la porte. Slughorn parut d'abord hésité. Caroline en fut troublée, parce qu'il aurait volontiers apprécié une diversion à ce qu'elle s'apprêtait de dire sur sa mère – une élève qu'il avait tant aimé – et qu'il ne bougeait pas de son fauteuil.
Un toc-toc distinct se fit à nouveau entendre. Caroline voulut se lever mais Horace la devança, presque prit de panique. Il commençait à suer à grosses gouttes. Il ouvrit la porte seulement de quelques centimètres et expédia rapidement l'importun qui semblait tellement le déranger. Une fois la porte fermée avec un peu trop de fermeté du point vue de Caroline, Horace revint s'asseoir dans son fauteuil en se tapotant le front avec un mouchoir.
« C'était Harry » crut-il-il bon d'ajouter sous le regard inquisiteur de Caroline.
« Que voulait-il ? » demanda-t-elle en le fixant étrangement.
« Rien, rien, Harry est juste un peu trop curieux » s'expliqua-t-il confusément. « Il se fait tard, je ne veux pas vous chasser Caroline mais… »
« Il est à peine dix-sept heures » s'étonna-t-elle.
« Oui et bien, il n'est jamais trop tôt » marmonna-t-il en la poussant gentiment jusqu'à la sortie de son bureau.
Caroline était ahurie. D'ordinaire, elle devait inventer toutes les excuses du monde pour quitter ce bureau avant vingt-deux heures. Horace agissait bizarrement. Était-ce Harry Potter qui le rendait si nerveux ou était-ce autre chose ? Elle retourna à son bureau, ne cessant de penser que tout le monde perdait la tête dans ce Château.
Caroline était invitée à l'enterrement d'Aragog. Hagrid lui avait envoyé une missive ce matin. Elle avait été touchée qu'il ait pensé à elle, surtout pour enterrer une horrible créature. C'était ce genre de péripéties qui mettaient un peu de couleurs dans sa vie. Elle était bien triste depuis que Remus lui avait tourné le dos.
Ce soir en s'habillant d'une robe noire, Caroline lâcha quelques sanglots étouffés. Elle avait beau garder la face durant ses cours, lorsqu'elle se retrouvait dans son bureau, la solitude lui étreignait l'âme et rien ne la consolait.
Caroline souffla un grand coup, sécha ses larmes et sortit la tête haute de son bureau. Quelques élèves l'attendaient patiemment devant la porte. L'un d'un s'avança d'une démarche féline et assurée.
« Professeur Dorm, bonsoir. »
« Monsieur McFlin. »
Le ténébreux élève de Griffondor lui souriait intensément. Caroline prit le temps pour la première fois de le détailler de la tête au pied. Il était vraiment charmant, ressemblant même un peu à Sirius avec ses cheveux bouclés, son sourire charmeur et ses yeux bleus malicieux. Elle eut un pincement au cœur lorsqu'elle se remémora avec un sourire rêveur les nombreuses fois où elle était venue importuner Remus à son bureau. C'était le bon vieux temps. A l'époque, elle n'avait pas idée des sacrifices qui l'attendaient pour parvenir à accaparer le cœur de Remus et dompter ses peurs, toujours plus sournoises et insensées. Elle se contentait de boire le thé avec lui, et c'était suffisant. Elle se sentait bien, couvée par son regard et sa bienveillance rassurante. Remus avait vraiment été un grain de sable dans son avenir tout tracé.
« Je voulais vous poser quelques questions au sujet de l'exercice pratique vous nous avez demandé de faire pour la semaine prochaine. »
Caroline haussa un sourcil réprobateur.
« Je suis attendue, revenez demain. »
Il s'inclina élégamment et lui sourit une dernière fois alors qu'elle lui passait à côté. Caroline plissa les yeux. Essayait-il de l'amadouer ? Elle eut un sourire franchement sournois. Dire qu'elle trouvait la situation ironique était un euphémisme.
Elle sortit de château à petites foulées, une bouteille d'hydromel à la main. Sa vie frôlait vraiment le risible. Elle se rendait à l'enterrement d'une Acromentule. Caroline pressa le pas jusqu'à apercevoir la silhouette de la créature morte et celle, immense, d'Hagrid. Elle l'entendait sangloter vainement, seul débout au pied d'Aragog.
Ne disant mot, elle s'approcha et tapota le flan d'Hagrid avec un petit sourire désolé. Il la regarda et hocha légèrement la tête.
« Merci d'être venue Caroline » réussit-il à dire entre deux sanglots.
Elle déposa sa bouteille contre une grosse touffe d'herbe et réajusta sa cape autour de ses épaules. La nuit tombait et elle était particulièrement effrayée de savoir qu'une créature pareille vivait dans la forêt interdite, là où Remus s'était retrouvé lors de sa transformation quelques années en arrière.
Tandis que le temps s'écoulait et que Caroline, impuissante, ne faisait que rester plantée aux côtés d'Hagrid, des voix se firent entendre à nouveau au loin. Elles piquèrent la curiosité de Caroline.
C'était Harry et le professeur Slughorn. Caroline déglutit bruyamment. Assister à l'enterrement de cette créature n'était pas suffisant, il fallait qu'elle se coltine Potter et Slughorn en prime ? Lasse, elle lâcha un grognement plaintif.
« Ah Caroline, vous êtes là ! » s'étonna son collègue, mais bien vite son regard de fourine s''intéressa particulièrement à Aragog. « Par la barbe de Merlin, il s'agit d'une Acromentule ! »
Caroline jeta un regard à la dérobée à Harry, qui lui semblait bizarre. Il avait un air d'abruti, un sourire trop ravi pour être naturel. Elle le soupçonnait d'avoir touché à la drogue moldue. Horace faisait de pied et des mains pour récupérer le venin d'Aragog et Hagrid continuait de sangloter à côté d'elle.
« Et si nous prononcions quelques mots ? » proposa Horace, plaçant le venin dans une poche interne de sa robe.
Caroline attendit en silence, et quand ils décidèrent d'aller boire à la santé d'Aragog, elle récupéra sa bouteille d'hydromel et marcha derrière Hagrid en lui tapotant le dos. Elle n'était pas douée pour réconforter les gens. Elle ne doutait pas que l'hydromel ferait un meilleur travail qu'elle.
Le reste fut très flou pour elle. Elle but tellement, encouragée par Hagrid qui finit par verser ivre mort de sa chaise, qu'elle se retrouva à se lever brusquement, des yeux fiévreux de colère.
« Assez ! Je vais prendre de la poudre de cheminette ! Je vais lui arracher tous les poils de sa fourrure jusqu'à ce qu'il accepte de me parler ! De me pardonner ! »
Elle hurlait en sortant de la cabane de Hagrid, fermant violemment la porte derrière elle, sans se préoccuper un seul moment d'Horace et de Harry. En fait, elle ne les avait pas écoutés de toute la soirée, trop occupée à ruminer dans son coin.
Une fois dans son bureau, qu'elle avait de la poudre en main et la conviction profonde qu'elle pourrait faire entendre raison à remus, elle s'écrasa comme un vieux poireau par terre et s'endormit paisiblement, d'un sommeil sans cauchemar.
Caroline s'était levée ce matin, pour une fois. Le temps était horrible, toujours cette grisaille et cette pluie alors qu'il était déjà le 1er mars. C'était encore plus déprimant que la vielle robe de nuit écossaise de Minerva. S'étant grandement améliorée en occlumencie, Rogue lui avait lâché un peu la grappe. Bien sûr, il avait eu un aperçu cuisant de ses baisers avec Remus, qu'il avait ponctué d'une grimace désobligeante et dégoûtée. Heureusement, il n'avait jamais pu franchir le mur qu'elle avait bâti autour de ses souvenirs avec Sirius. C'était déjà bien trop humiliant qu'il l'ait vue avec du papier toilette collé au talon, soûle dans les bras de Bastien et pelotonnée contre un client trop insistant au Crado's.
Alors que Caroline se rendait à la Grande Salle, elle vit Harry et Ron au loin. Ils marchaient relativement vite. Ils semblaient presque pressés d'aller faire les fouines à quelque part. Une fois à sa hauteur, Harry qui tenait Ron par le bras s'arrêta et lui lança un regard étrange. Caroline remarqua que le fils Weasley était sacrément pâle. Cependant, il semblait nager dans un océan de bonheur.
« Où est-elle Harry ? » dit-il avec excitation, regardant derrière Caroline comme si elle n'était tout simplement pas là.
Caroline haussa un sourcil. Les Weasley étaient décidément des sorciers spéciaux. Harry jeta un coup d'œil à la fois amusé et inquiet à Ron, puis se tourna vers Caroline.
« Ron a avalé des chaudrons en chocolat trafiqués avec un philtre d'amour. »
Le sourire de Caroline s'élargit et elle dut presser une main discrètement sur le coin de sa bouche pour étouffer un rire saugrenu.
« Harry, tu m'as dit que tu me la présentais, qu'est-ce que ça signifie ? commença à s'énerver Ron.
- Je t'ai dit qu'elle prenait des cours de potions dans le bureau de Slughorn, répondit-il.
- Je vous accompagne, se délecta Caroline en leur emboîtant le pas. J'ai confisqué tout un tas de philtre d'amour l'autre jour, qui est l'heureuse élue ?
- Romilda Vane », grimaça Harry.
Profitant que les couloirs soient déserts, Harry demanda à Caroline ce que la fouille avait donnée.
« Je n'ai rien trouvé, confia-t-elle sombrement. Le professeur Rogue est arrivé avant que j'aie pu tout fouiller, mais il est certain que Malfoy cache quelque chose. Il transpirait comme un porc. Il suintait la culpabilité.
- Il a encore disparu de la carte des Maraudeurs l'autre jour, il était nulle part », poursuivit Harry avec hargne.
Elle resta silencieuse. Remus lui-même lui avait révélé que la carte du Maraudeur ne mentait jamais. Malfoy ne pouvait pas disparaître du château. C'était inconcevable. Alors que mijotait-il ? Rogue le couvrait, Caroline en était profondément convaincue. Malheureusement elle n'avait rien pu tirer de lui durant leurs séances d'occlumencie.
Arrivés devant le bureau de Slughorn, Harry toqua. La porte s'ouvrit sur Horace, qui portait sa magnifique robe de chambre. Caroline s'alanguit sur le chambranle et jeta un regard éloquent à son collègue, trop endormi ou préoccupé pour relever la subtilité de son sourire espiègle.
« Harry, Caroline », s'étonna-t-il d'abord, puis marmonna : « il est un peu tôt pour me rendre visite…* »
D'habitude, ce n'était pas un problème du tout, il était même le premier à la sortir du lit. A lui rabâcher les oreilles avec son club. Maintenant qu'elle y pensait, il ne l'avait plus invité depuis un bout de temps. Caroline trouvait le comportement d'Horace très suspect.
« Je vous aurais cru capable d'improviser vous-même un petit remède Harry, un expert en potions tel que vous.* »
Caroline dodelina de la tête. Potter, un expert en potions ? Elle aurait tout entendu aujourd'hui. Poussant Ron à l'intérieur, Caroline brisa le barrage qu'Horace faisait avec son gros ventre et Harry suivit son ami avec prudence.
« Je ne la vois pas Harry. Tu crois qu'il la cache ?*
- Dans la cave, Weasley, rétorqua Caroline l'air de rien.
- Dans le cave ? » s'énerva aussitôt Ron.
Puis son froncement de sourcils disparut, remplacé par un sourire béat.
« Elle voulait me faire une surprise ? Elle est tellement formidable… »
Caroline secoua la tête, amusée.
« J'ai l'air comment ?
- Très séduisant* », affirma Horace en lui donnant une fiole que Ron s'empressa de boire.
Pour le plus grand désarroi de Caroline, l'air benêt de Ron quitta son visage blême. L'antidote semblait avoir fonctionné. Dépitée, elle se laissa tomber dans un des fauteuils de son collègue et regarda Slughorn s'activer pour dénicher une vielle bouteille d'hydromel. Caroline trouvait douteux d'offrir un verre d'hydromel comme petit remontant aussi tôt le matin. Surtout à des élèves. Encore si c'était à elle, pourquoi pas…
« Rien de mieux qu'un alcool fin pour chasser les tourments d'un amour déçu !* »
Après tout, peut-être qu'elle devrait boire toute la bouteille, si ça lui permettait de chasser Remus de son esprit. Horace lui tendit un verre qu'elle prit même si elle lorgnait déjà le restant de la bouteille. Ils trinquèrent à Ron. Et avant qu'elle ait pu se fondre dans le dos d'Horace pour s'emparer de la bouteille, Caroline entendit Harry hurler « Ron », un verre se briser sur le sol et un corps s'effondrer. Elle fit volte-face, ses yeux tombant sur un Weasley convulsant, de l'écume dans la bouche.
« Faites quelque chose professeur ! »
Caroline se précipita auprès de Ron, jetant son verre dans sa hâte, et le tourna sur le côté. L'écume qui s'échappait de sa bouche se déversait par terre. Caroline tentait tant bien que mal de le contenir, ses spasmes violents lui ayant valu un coup de coude dans la mâchoire. Horace était paralysé, mais heureusement, Harry avait agi. Avec son aide, il lui enfonça un bézoard dans la gorge. Et les convulsions cessèrent.
Caroline était adossée contre le mur, assez à l'écart du lit de Ronald. Maintenant que la nuit était tombée, elle parvenait mieux à réfléchir à ce qu'il s'était passé. L'hydromel avait été empoisonné. Un hydromel destiné à être offert au professeur Dumbledore. Tout comme le collier de Katie.
Se mordant le pouce, Caroline ne vit pas Arthur et Molly entrer dans l'infirmerie. Elle était au chevet de Ronald depuis près de deux heures et n'avait pas vu le temps passer, perdu de ses innombrables pensées.
Le choc de voir le petit frère de Percy convulser sous ses yeux l'avait ébranlée. Elle avait enfin arrêté de trembler mais elle restait intensément préoccupée.
Molly entra en fracas dans l'infirmerie et se jeta sur son fils. Caroline se sentit soudainement mal à l'aise. Elle ne lui avait plus parlé ni envoyé de lettre depuis qu'elle s'était insurgée contre la relation qu'elle avait entretenue avec Remus.
Arthur avait suivi sa femme, Fred et Georges émergeaient aussi des portes de l'infirmerie et Ginny qui se trouvait déjà au chevet de son frère embrassa le reste de sa famille. Devant l'effervescence d'amour des Weasley, Caroline se sentit malade. Ses tripes se tournaient et se retournaient, un sentiment d'asphyxie lui serrait la poitrine. Percy ne savait pas la chance qu'il avait.
Une famille aimante.
Des frères et sœurs qui seraient prêts à tout pour lui – si seulement il arrêtait d'être si… lui-même.
Caroline voulut glisser entre les portes discrètement, sans dire un mot ni être vue, mais Molly l'avait déjà repérée. Elle s'avança à grands pas avant que Caroline n'ait pu s'enfuir.
« C'est bon Molly » la devança faiblement Caroline, éprouvée par le visage d'une mère ayant cru perdre son fils aujourd'hui.
Les énormes cernes de Caroline laissaient croire qu'elle n'avait pas dormi depuis une semaine. Son teint blafard était trop pâle pour être naturel. Ses yeux avaient perdu tout éclat. Elle s'était éteinte, fanée, et Molly en fut soudainement encore plus chagrinée.
Ces derniers temps, elle en était venue à regretter ce qui s'était passé à Noël. De s'être montrée si intolérante. Elle n'avait pas saisi combien Caroline comptait pour Remus et inversement. Il avait fallu qu'Arthur la sermonne plusieurs fois pour qu'elle vienne à faire plus attention au visage misérable de Remus, son attitude encore plus introvertie, et la vieillesse qui semblait survenir encore plus rapidement sur ses traits.
Caroline baissa la tête, mordilla sa lèvre, et quitta la salle sans un regard en arrière. Ron était avec sa famille maintenant. Elle n'avait plus rien à faire à l'infirmerie. Molly la regarda s'en aller, une main tendue comme si elle avait souhaité la retenir mais n'en avait pas trouvé le courage.
Elle retourna auprès d'Arthur, qui lui massa gentiment l'épaule. Elle secoua lentement la tête, couvant Ron de son regard maternel.
« Je n'aurais pas imaginé… »
« Je sais Molly. »
Caroline s'était traîné aux trois-Balais en ce week-end pluvieux de mai. Et qu'elle n'était pas sa surprise en voyant Percy assis à l'une des tables, deux tasses de chocolat chaud fumant devant lui. Haussant un sourcil, Caroline s'avança jusqu'à lui.
« Je l'ai fait pour toi » asséna-t-il en relevant les yeux sur elle, sans préambule, comme si c'était hier qu'il l'avait balancée à Remus.
Caroline ne s'était pas attendue à sa visite, ni à sa rédemption. Mais Percy était son ami malgré tous les efforts qu'il fournissait pour démentir ce fait auprès des hauts-placés du Ministère. Il n'avait pas cherché à lui faire de la peine, il avait juste agi avec son sens de la justice agaçant. Il cherchait à la soutenir, à sa manière hautaine et insupportable.
Sa présence ici, aujourd'hui, témoignait de toutes ces années passées ensemble, à se détester pour mieux s'apprécier.
Brusquement, Caroline eut chaud au cœur d'être face à lui. Ses cheveux roux en queue de tire-bouchon lui avaient manqué.
« Je le sais » soupira Caroline en hélant Madame Rosemerta. « Sache que je prends du gingembre dans mon chocolat maintenant. »
Elle planta ses yeux dans ceux de Percy. Il avait l'air plus pâle que d'habitude. Si Caroline ne le connaissait pas aussi bien, elle aurait cru qu'il était effrayé.
« Alors, comment vont tes fonds de chaudrons ? » demanda Caroline, trop heureuse de discuter avec quelqu'un d'autre que McFlin ou que ses collègues barbants.
« Je ne travaille plus à ça, je suis l'assistant du Ministre de la Magie. »
« Comme si j'aurais pu l'oublier » argua Caroline, lasse.
« Il travaillait sous les ordres de ton père » confia sèchement Percy. « C'est un homme de confiance. »
Caroline eut un petit sourire ravi. C'était bien le Percy qu'elle connaissait. Ils restèrent deux bonnes heures à discuter. Lui à lui montrer sa désapprobation sur sa consommation d'hydromel et de whisky, de ses visites récurrentes à Hagrid, de son attitude éhontée envers le professeur McGonagall. Elle à lui rabâcher qu'il était un idiot prétentieux et qu'il ferait mieux de rentrer au terrier, et prendre sa mère dans les bras.
« Ma mère n'a pas été tendre avec toi quand elle a découvert que tu fricotais avec Remus » lui rappela Percy, comme si lui-même avait été tout à fait ravi de cette relation.
Caroline observait le fond de sa tasse d'un air abattu.
« Nous aurions dû en parler tout de suite, j'aurais dû convaincre Remus et avec le temps elle aurait vu que ce n'était pas… »
« Ton père ne l'aurait jamais accepté. »
Caroline esquissa un faible sourire. Remus se serait très bien débrouillé pour éviter son père et son père se serait débrouillé pour oublier son existence. Même si Caroline soupçonnait que son père avait déjà deviné qu'elle aimait Remus.
Remus toqua à la porte des Weasley. Il était fatigué, la pleine lune était passée il y a deux jours de cela et il n'avait pas récupéré toutes ses forces.
« Salut Remus. »
Arthur le laissa entrer une fois qu'il eut posé une question à laquelle il était le seul à pouvoir répondre. Il enleva sa veste en tweed et se dirigea immédiatement à la cuisine.
« Bonsoir Molly. »
« Ah Remus, tu es arrivé » lui dit-elle d'une voix plus douce qu'à l'accoutumée.
Remus fut surpris mais n'en montra rien. Il avait l'habitude du ton acerbe de Molly depuis Noël. Il retourna au salon, où Arthur bidouillait un objet moldu qu'il avait certainement ensorcelé. Il s'assit en silence et étendit sa jambe qui le faisait souffrir.
« Je regrette » souffla Remus soudainement, accablé par tous ces mois de mutisme au sujet de Caroline. « Elle doit m'en vouloir. »
Arthur reposa doucement son objet et jeta un regard appuyé à Remus.
« Nous avons vu Caroline lorsque nous nous sommes rendus à Poudlard au chevet de Ron. Elle est restée auprès de lui jusqu'à ce que nous arrivions » raconta Arthur. « Elle faisait peur à voir. Je doute qu'elle mange suffisamment. »
Remus eut le souffle coupé. Ses yeux brillèrent tandis qu'il détournait la tête en direction de la cheminée. Arthur ne l'avait pas jugé, il n'avait fait que raconter son ressenti et pourtant Remus s'en voulait terriblement. Ce qu'il lui avait dit, ce n'était pas juste.
« Je sais que tu ne cautionnes pas Arthur mais… »
« Je t'arrête tout de suite Remus » le coupa Arthur en se levant, « Caroline est une jeune femme intelligente et je lui fais confiance, elle ne serait pas faite bernée – surtout par toi – et je pense que ses sentiments sont sincères. »
Arthur s'apprêtait à quitter le salon, pour laisser Remus réfléchir seul à ce qu'il venait de lui annoncer, mais rajouta à demi-mots soufflés :
« Vous avez déjà tant souffert tous les deux, pourquoi vous infligez-vous tout ça ? »
Remus resta interdit. Quand Molly l'appela pour passer à table, il ne put ignorer son regard maintenant chagriné.
Caroline était nerveuse. Le professeur Dumbledore venait de partir à l'instant accompagné de Potter. Il n'avait pas dit où ils allaient, ni ce qu'ils allaient faire. Mais Caroline savait que quelque chose clochait.
Albus leur avait seulement demandé de patrouiller dans les couloirs de l'école, comme s'il se doutait que quelque chose de terrible allait se passer. Tonks était arrivée avec la mine sombre et cette voix rauque qui faisait grimacer Caroline.
« Bill ne devrait pas tarder, Remus aussi. »
Remus. Caroline eut envie de pleurer, pleurer si fort qu'elle ne se serait même pas souciée qu'on la voie et qu'on la prenne en pitié.
Bill apparut quelques secondes plus tard, en face de la Grande Salle où Caroline et Tonks attendaient. Les autres professeurs n'avaient pas été inquiétés, le professeur Dumbledore ne leur avait sûrement pas demandé de patrouiller avec eux. Caroline salua Bill d'un sourire goguenard et se dandina d'appréhension.
« J'ai vu Hermione Granger et Luna Bovlood descendre aux cachots » informa subitement Caroline à voix basse, trahissant toute son anxiété et sa peur.
Tonks et Bill hochèrent la tête d'un air entendu. Peu d'élèves se promenaient dans les couloirs à cette heure tardive. Caroline tentait de maîtriser sa respiration sifflante, mais c'était inutile, le simple fait de savoir qu'elle reverrait Remus la paniquait. Elle ne pourrait pas supporter de n'être rien à ses yeux. Elle ne pourrait pas supporter de le voir indifférent, de ne pas pouvoir l'enlacer ou l'embrasser. Caroline eut subitement envie de vomir. Elle courut précipitamment dans la cour extérieure et se pencha en avant, déversant le maigre contenu de son estomac. Elle tomba à genoux, presque dans la bile qu'elle venait de vomir, et sentit une main douce relever ses cheveux, les enrouler et les reposer sur sa nuque. La main caressa ensuite son épaule, descendant jusqu'à son coude pour l'aider à se relever. Caroline était tétanisée, mais heureuse de revoir son vieil ami.
« Tu devrais y aller mollo » ricana Daryl en la soutenant par l'épaule.
Caroline se sentit mieux. Elle enlaça brièvement Daryl, qui lui retourna son étreinte sans protester.
Elle n'arrivait toujours pas à discerner ce qui avait pu faire changer Daryl. Il était toujours le premier à cracher sur les Né-Moldu à Poudlard et maintenant, il se battait à leur côté. Sans jamais se plaindre. Bianca avait réalisé un miracle.
Daryl la ramena auprès de Bill et Tonks.
« Où est Bianca ? »
« Elle est affectée à une enquête du Ministère, elle ne pouvait pas venir. Et je ne crois pas que nous ayons besoin de plus de monde, nous devons juste patrouiller » répondit Daryl d'un ton léger, sans pour autant paraître moqueur.
Caroline souffla un bon coup. C'était vrai, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. A part que la fouine Malfoy avait vraisemblablement été surprise à de nombreuses reprises dans la Salle sur Demande, et que Potter pensait obsessionnellement qu'il trafiquait quelque chose. Caroline n'aimait pas le dire, mais elle était d'accord avec Potter, Malfoy n'était pas net et Rogue non plus. Soudain, la mine fatiguée de Remus apparut devant ses yeux et elle eut toutes les peines du monde à retenir une nouvelle salve de vomi. Elle se sentait si mal. Cette faiblesse ne lui ressemblait pas, Caroline ne se sentait jamais aussi mal pour autrui, elle n'avait pas de cœur. Alors pourquoi, par Merlin, avait-elle envie de se couper un main rien que pour que Remus daigne la regarder ? C'était ridicule. Il évita de la regarder tout du long, et même lorsqu'ils marchaient dans les couloirs, il s'efforçait de se tenir à distance. Caroline avait tellement mal à la poitrine. Ils patrouillèrent ainsi dans le silence, parfois coupé par des exclamations de Daryl, qui cherchait manifestement à détendre l'atmosphère. Durant plus de deux heures, rien ne s'était passé et Caroline se sentait un peu plus tranquille. Elle s'était même habituée à la présence de Remus, lui jetant des regards en coin toutes les deux minutes pour s'assurer qu'il était toujours aussi beau qu'il y a deux minutes en arrière.
Soudain, alors qu'elle se perdait encore dans la contemplation de Remus, Caroline sursauta. Trois élèves avaient dévalé les escaliers au bout du couloir en trombe et hurlaient que des mangemorts étaient entrés dans le Château. Caroline sentit son sang se glacer.
Des mangemorts, ici, dans l'enceinte de Poudlard.
Neville, Ginny et Ron paraissaient tout aussi effrayés qu'elle, mais une lueur de défi et de courage brillait dans leurs yeux. Alors que dans ceux de Caroline ne brillait que la peur et la lâcheté. Elle eut l'idée, pendant une fraction de secondes, de s'enfuir et d'aller se cacher dans un endroit sûr. Dans le bureau de Sluhorn, qui était d'ailleurs lui-même sûrement déjà caché à l'intérieur. Mais avant qu'elle n'ait pu entamer sa fuite, la main de Remus se referma sur son épaule et l'obligea à partir en contre-sens, là où les trois élèves les guidaient.
« Courage » lui murmura-t-il au creux de l'oreille, et soudain, elle remarqua que sa main s'était glissée dans la sienne. Au travers ses yeux si expressifs, elle sut qu'il était toujours attaché à elle. Aussi attaché qu'il eût pu l'être avant qu'elle lui ait brisé le cœur en lui révélant avoir embrassé Sirius.
Un regain de confiance et de combattivité submergea son cœur. Remus était toujours là pour la soutenir. Caroline serra un peu plus fort sa main dans le sienne. Baguette en main, elle s'élança courageusement dans le couloir où les mangemorts paradaient. Elle intercepta par chance un sortilège informulé de l'odieuse Alecto Carrow, qui sourit vilement avec sa face de goret. Caroline sentit brusquement un accès de haine lui emplir la bouche, comme un liquide froid ayant un goût atroce de cendres. Remus était à ses côtés et affrontait le frère du goret, Amycus. Caroline ne les avait aperçus que de très rares fois, des années en arrière, probablement dans les dossiers de son père.
Rapidement, elle vit la touffe blonde de Malfoy se frayer un chemin et monter dans l'escalier de la Tour d'Astronomie. Cependant les mangemorts étaient trop nombreux pour qu'elle réussisse à suivre Malfoy sans se faire tuer stupidement. Caroline se baissa pour éviter un éclair vert, qui avait frôlé de peu Remus, et cria intérieurement à l'adresse d'Alecto : « Incarcerem ! » Elle le para d'un revers de baguette, forçant Caroline à se jeter derrière un mur pour éviter un nouvel éclair rouge. Un des mangemorts, le plus grand, lançait des sortilèges de morts dans tous les coins, terrifiant Caroline dont la capacité à se battre en duel était proche du néant.
Se relevant vaillamment, elle tomba nez à nez avec Rogue. Cet instant sembla durer des heures. Il la fixait d'un regard impénétrable, tandis que Caroline avait les yeux qui brillaient dangereusement. D'un air entendu, elle le laissa passer et il s'engouffra dans l'escalier à la suite de Malfoy. Remus tenta d'en faire de même mais il fut violemment projeté en arrière. Caroline se précipita vers lui, l'aidant à se relever et lança un « stupéfix » sur le grand mangemort qui les avait pris pour cible. Remus tira Caroline en arrière lorsqu'un nouvel éclair verdâtre les frôlèrent. Regardant autour d'elle, Caroline vit plusieurs corps à terre. Elle n'aurait su dire s'ils respiraient encore ou s'ils étaient morts. Bill, face contre terre, perdait beaucoup de sang et Neville semblait avoir été assommé. Ginny était toujours debout aux côtés de Ron.
« On ne peut pas monter ! »
Tonks avait crié, jurant contre le maléfice qui nous empêchait de monter à la suite des mangemorts qui s'étaient jetés dans l'escalier de la Tour d'Astronomie.
« Tu vas bien ? » demanda Remus à Caroline, l'observant sous toutes les coutures avec inquiétude.
Elle était couverte de sang et d'égratignures, mais elle se sentait bien. Elle s'en était mystérieusement bien sortie. La bague de Bastien brillait encore à son doigt. Sa magie l'avait peut-être protégée.
« Et toi ? » murmura-t-elle, tremblante.
Remus la prit doucement dans ses bras, raffermissant leur étreinte à mesure que les secondes s'égratignaient. Il osa même déposer un baiser discret sur le haut de son épaule. Caroline souriait bêtement.
« Je suis désolé de t'en avoir voulu pour si peu » continua-t-il à chuchoter, passant sa main dans les cheveux de Caroline pour vérifier une nouvelle fois qu'elle était bien réelle.
Les mangemorts redescendaient les escaliers. Rogue à leur tête. Une pierre tomba dans l'estomac de Caroline. Elle comprit que quelque chose de grave s'était produit. Ils passèrent devant elle, repoussa les sortilèges de Remus, qui n'essaya pas de les suivre. Il revint sur ses pas et monta en courant dans la tour. Mais pas Caroline. Elle se leva péniblement et marcha hâtivement dans les couloirs, déboulant sur la cour du Château.
Et elle comprit que rien ne serait plus comme avant.
Caroline jeta sa valise dans le hall d'entrée. Revenir au Manoir après cette année à Poudlard lui créait des maux de ventre désagréables. Elle était à la fois heureuse de se retrouver enfin seule avec Remus, mais terriblement angoissée d'être isolée de tous ces gens qu'elle avait fini, par la force des choses, à apprécier. Elle observa la décoration chaleureusement, le plancher sombre, les tableaux de Jack, les rideaux bordeaux, et tous ces petits objets auxquelles elle tenait déraisonnablement et qui n'avaient pas bougé en une année. Caroline jeta un regard attendri par-dessus son épaule et sourit à Remus, qui était rentré à sa suite avec ses maigres affaires rangées dans une valise aux coins écorchés et complètement usés.
« Je sais déjà dans quelle pièce je t'enchaînerai lors des pleines lunes » déclara-t-elle avec un sourire en coin.
Remus secoua piteusement la tête. Et Caroline éclata de rire, allumant plusieurs bougies sur son passage, se rendant directement à la cuisine.
« Tu veux du thé ? »
Remus acquiesça doucement de la tête et monta ranger ses affaires dans la chambre de Caroline. Bianca n'était pas encore revenue du Ministère, maintenant en proie à la folie qui gangrénait le cœur de tous les sorciers, tout comme Daryl qui devait certainement être chez fol Œil pour discuter du cas de Potter.
« Et dire que nous avons enterrer le professeur Dumbledore ce matin » soupira Caroline.
Elle se souvenait encore le choc de l'avoir vu entendu sans vie dans la cour du Château. Elle était restée immobile, jusqu'à ce que Daryl arrive et ne lâche un juron qui ne fit que la faire couiner de peur. Finalement, leurs soupçons au sujet de Rogue et de Malfoy étaient fondés. Caroline aurait tellement voulu attraper Rogue, elle aurait tellement voulu découvrir sa traîtrise avant que Dumbledore n'en paie le prix.
Tant de choses s'étaient passées. En si peu de temps. Mais Caroline s'estimait heureuse d'être encore en vie et que Remus soit à ses côtés. C'était certainement égoïste de sa part, mais elle n'avait jamais été vraiment une personne altruiste non plus.
« Nous devons avoir confiance en Harry. »
« Je le ferais » murmura Caroline avec un sourire triste. « Je n'ai plus tellement le choix, je ne veux pas que tu m'échappes encore. »
