NDA : Hello *-*

Alors. Je vous présente mon premier JILY qui n'est pas SEULEMENT un Jily. J'ai grave le trac, vous pouvez pas savoir à quel point, aha. Pour la faire brève. Je suis tombée dans la fanfiction grâce aux Jily. C'est un peu beaucoup mon pairing préféré (avec le Regulus/n'importe qui), et c'est pour ça que je n'arrive pas à écrire dessus. Même si j'ai des idées. J'en ai lu tellement, des Jily, et j'ai bien peur que le mien ne soit PAS DU TOUT original. Je vire facilement dans le mélodrame, pourtant j'essaye de me contenir, aha. Mes personnages ne m'obéissent pas, d'ailleurs. J'étais censée écrire un Sirius x Lily, de base. Apparemment, Lily a décidé qu'elle en avait marre de rester imprimée dans mon esprit en attendant le jour où j'écrirai un Jily. Donc. Je me lance.

Avant tout je préviens : ici, il n'est pas SEULEMENT question d'amour hétéro. Vous pouvez lire mes textes sur Dorcas et Lily écrits dans le recueil pour la Nuit Erotique, parce que ce sont ces textes qui m'ont donné une petite idée de ce que je voulais faire avec cette histoire. Il s'intitule "A nos désamours" (sur HPF). C'est pas vraiment érotique, pour être honnête. Et c'est du POV de Dorcas.

La chanson dont est tiré le titre est celle d'Isabelle Pierre et Bon Entendeur. Je l'ai découverte grâce au film de Xavier Dolan (mon amour) Les Amours Imaginaires. Qui est une source d'inspi totale, par ailleurs. Même si ce n'est pas (du tout) mon film de Dolan préféré. J'ai tué ma mère est mille fois mieux, hihi. Mais bref. Je vous mets les paroles :

Le temps est bon, le ciel est bleu
J'ai deux amis qui sont aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu
Nous n'avons rien à faire, rien que d'être heureux

Mon cœur est grand, grand, grand, grand
Comme le vent et je suis douce comme l'eau
Et je suis tendre, tendre, tendre, tendre
Pour mes amants, je suis la fleur dans leurs cerveaux

Le temps est bon, le ciel est bleu
J'ai deux amis qui sont aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu
Nous n'avons rien à faire, rien que d'être heureux

Mes deux amants sont beaux comme les arbres fous
Mes deux amants sont doux, doux, doux
Je suis à eux de l'âme jusqu'à la peau
Les nuits sont longues, les jours sont chauds

Le temps est bon, le ciel est bleu
J'ai deux amis qui sont aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu
Nous n'avons rien à faire, rien que d'être heureux

Le temps est bon, le ciel est bleu
J'ai deux amis qui sont aussi mes amoureux
Le temps est bon, le ciel est bleu
Nous n'avons rien à faire, rien que d'être heureux

Source: LyricFind

Songwriters: Stéphane Venne


1. Something (Beatles)

Lily faisait les cent pas devant le portail du Manoir Potter sous les regards amusés d'Alice et de Marlène. Elle n'en revenait pas. Dire qu'elle avait accepté l'invitation de ce… de ce Potter. Non, de James, se corrigea-t-elle intérieurement. James l'avait invitée à sa soirée d'anniversaire et elle avait… dit oui. Comment pareille chose avait-elle pu se produire ? Sa bouche l'avait trahie, elle ne voyait que ça. Le refus qu'elle destinait à Potter – James – et ses pitreries s'était métamorphosé en approbation. Et la tête de Potter quand il avait entendu son « oui »… Merlin, elle se serait jetée de la Tour d'Astronomie si Alice ne l'en avait pas empêchée. Elle rougissait d'embarras au simple souvenir du rictus amusé qui avait étiré les lèvres de cet insupportable, intolérable, exaspérant James Potter.

Evidemment, Sirius Black n'avait pas manqué d'enfoncer le clou en raillant son expression déconfite. Il n'en ratait pas une, cet imbécile ! Toujours là pour raconter des sornettes et encourager son idiot de meilleur ami à lui courir après dans tout le château… Certes, Potter – non, James ! – s'était calmé ces derniers temps. Il n'imitait plus sa voix quand elle lui faisait des remontrances (dûment méritées, du reste), ne la taquinait plus sur ses « manies de Préfète », et ne la terrorisait plus dans les couloirs à la tombée de la nuit en sortant à l'improviste de derrière une armure quand elle faisait ses rondes. Lily répugnait à le reconnaître mais il lui était même arrivé de le trouver… sympathique. Après tout, il faisait des efforts. Il se comportait mieux qu'avant avec elle et avec les autres élèves. Il n'embêtait plus Severus dans les couloirs (du moins en sa présence, Lily doutait qu'il soit aussi innocent lorsqu'elle n'était pas là pour le menacer de sa baguette), et il l'avait aidée à plusieurs reprises en Métamorphose. Matière où Black, Pettigrow, Lupin et lui excellaient indubitablement, tandis qu'elle n'obtenait que des résultats médiocres à son plus grand désarroi. Mais là n'était pas le sujet. Lily avait pu terminer sa Sixième Année sans pousser des beuglantes à tout bout de champ et ça lui avait fait un bien fou. A tel point que lorsque Potter lui avait demandé de l'appeler par son prénom, Lily n'y avait pas vu d'inconvénient. De toute évidence, elle s'était fourvoyée en décrétant que c'était une bonne idée. L'inconvénient d'appeler Potter « James » se trouvait sous son nez : il avait décidé que, de cet accord tacite, découlait, sinon une « amitié », au moins une « entente cordiale ». « Entente cordiale » qui prenait la forme d'une invitation à la soirée d'anniversaire de James Potter en cette somptueuse soirée d'été. Soirée d'anniversaire qui mettait Lily dans tous ses états.

— Bon, Lily, t'as fini de te prendre la tête ? lança Alice en s'appuyant contre le portail.

— C'est vrai, soutint Marlène, ça fait vingt minutes qu'on poiraute comme des idiotes. C'est ridicule.

Mais qui lui avait fichu des amies pareilles ? Ah oui. C'était elle. Lily leva les yeux au ciel.

Alice et Marlène ne comprenaient pas ce qui se tramait dans sa tête. C'était toujours la même chose. A chaque fois qu'il était question de Potter, Lily était envahie par une tornade de sentiments contradictoires. Elle avait besoin de prouver que c'était un goujat, peu importe la façon dont il s'était comporté avec elle, et ses amies répliquaient toujours de la même manière, en vantant les mérites de… James. Potter. Qu'importe. De cet ébouriffé du bulbe. Voilà qui ferait l'affaire. Bref. Marlène et Alice l'aimaient bien. Certes, Marlène lui reprochait ses tendances « sadiques » en tant que Capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, parfois. Et Alice se plaignait de l'arrogance du garçon, de temps à autres. Mais jamais autant que Lily. D'ailleurs, à chaque fois qu'elle renchérissait, Alice haussait les sourcils avec un air de dire « tu en fais trop ». Quand cela arrivait, Lily brûlait de se mordre la langue ou de s'enterrer vivante. Elle était consciente d'être pointilleuse lorsqu'on abordait le dossier Potter. Consciente que ses coups d'éclat étaient parfois exagérés. Néanmoins, elle ne parvenait pas à faire taire cette… intolérance qui la prenait aux tripes à chaque fois qu'elle croisait son chemin. Alors venir chez lui pour sa fête d'anniversaire… C'était insensé. Et affolant. Et terrifiant. Et Merlin, elle regrettait d'avoir dit « oui ».

— Allez-y sans moi, je vous rejoindrai.

Ou pas. Après tout, elle avait obtenu son permis de Transplanage la semaine dernière, elle pouvait donc rentrer chez elle à tout moment si elle le souhaitait. Mais elle se garda bien de le leur préciser : elle savait que Marlène et Alice bondiraient aussitôt pour la traîner sans ménagement à l'intérieur de la demeure des Potter. Or s'il y avait bien une chose que Lily tâchait d'éviter, c'était les arrivées en fanfare de cet acabit. Le ridicule, très peu pour elle. Elle en était déjà couverte de la tête aux pieds depuis qu'elle avait accepté cette invitation, il était inutile d'en rajouter une couche.

Alice arqua un sourcil, sceptique :

— Si tu t'imagines qu'on va te laisser seule ici…

— Tu te plantes la baguette dans l'œil jusqu'au cou. Allez, Lily, une fête chez Potter, ce n'est pas la mer à boire !

— Ça te va bien de dire ça, Marlène, s'agaça Lily. Ce n'est pas comme si tu te prenais la tête avec… avec James tous les jours à Poudlard.

Ses amies pouffèrent et Lily croisa les bras sur sa poitrine. Qu'avait-elle dit de si drôle ? Ce devait être de l'entendre appeler « Potter » par son prénom, qui les faisait rire. Lily savait qu'elle avait l'air congestionnée lorsque le nom du garçon franchissait la barrière de ses lèvres. Ce n'était pourtant pas faute d'entraînement : elle avait passé la journée à « pratiquer » en saluant son miroir comme s'il s'agissait de Potter sans aboutir à un résultat satisfaisant. Oh, et puis elle en avait marre, à la fin. Elle appellerait Potter « Potter » et puis c'était tout. C'est sur cette excellente résolution que Lily suivit Alice et Marlène chez les Potter.

— Tu vas voir, ça va être génial.

— Une belle fête, comme on les aime !

— Je n'en doute pas, grinça Lily.

Elle se souvenait avoir bataillé avec Marlène et Alice à plusieurs reprises à Poudlard pour mettre fin aux festivités d'après-match. Lily les avait menacées de leur coller des retenues. Elles ne s'étaient plus adressées la parole pendant des jours, après ça. Lily s'en mordait encore les doigts. Parfois, elle avait l'impression de passer pour la mégère de service, alors qu'elle essayait seulement de faire appliquer les règles de l'établissement. C'était pour cette raison qu'elle avait été nommée Préfète en Cinquième Année, non ? Pas pour autoriser le trafic d'alcool illicite dans une Salle Commune, ou les ébats des plus âgés sur les canapés devant les Première Année !

— Détends-toi, Lily, on dirait une condamnée à mort.

— Je fais des efforts, Marlène. Tu ne vois pas que je suis resplendissante de joie, actuellement ?

— Pas vraiment, non. Tu as plutôt l'air au bord de la crise de nerfs, si tu veux mon avis.

— Si ça t'angoisse tellement, dit Alice d'un air moqueur, tu n'as qu'à éviter James. Je suis sûre qu'il viendra à toi comme un grand, de toute façon !

— Merci mais non merci, je comptais plutôt me cacher au fond d'un placard à balai jusqu'à la fin de la fête, marmonna Lily en se rongeant les ongles.

Marlène éclata de rire tandis que Lily leur donnait un coup de coude dans les côtes.

— Nom d'un Botruc, souffla Marlène en regardant autour d'elle, vous avez vu ça ?

Lily hocha la tête, elle aussi abasourdie par la pièce dans laquelle elles venaient de pénétrer.

Le vestibule du Manoir n'en était pas vraiment un. En fait, Lily était certaine que sa maison entière tenait dans l'espace situé entre les quatre murs du hall d'entrée. Cette constatation l'irrita. Potter ne pouvait-il pas faire comme tout le monde ? Certes, cette maison était surtout la propriété de ses parents… Tout de même. On n'avait pas idée d'avoir un carrelage pareil dans un couloir… Et ce parquet qui ornait le salon, elle était presque sûre que c'était du chêne massif. Quant aux tapisseries et aux lustres qui décoraient les murs et les plafonds… Non. Mieux valait s'arrêter là. Un peu plus et Lily retournait dans sa minuscule chambre du 31 Abbey Road, et passait la soirée à se morfondre en tuant les mouches qui zigzaguaient au plafond, comme elle l'avait fait pendant toutes les vacances.

Le retour à Poudlard se faisait désirer. Lily aimait beaucoup ses parents, mais l'été n'avait plus la même saveur depuis que Pétunia l'ignorait et qu'elle avait mis un terme à son amitié avec Severus. Ses journées étaient monotones au possible. Elle se levait, disputait à sa sœur l'accès à la salle de bain, déprimait en lisant les nouvelles du jour, et se réfugiait dans le jardin à la recherche d'un soupçon d'ombre pour échapper à la chaleur étouffante du mois d'août. Elle finissait irrémédiablement par s'endormir près du bosquet de fleurs que sa mère avait planté l'été dernier, et se réveillait avec un mal de crâne lancinant et de magnifiques coups de soleil.

Alice et Marlène avaient d'ailleurs beaucoup ri en avisant l'état de son visage, tout à l'heure. On aurait dit que Lily avait pris feu. Ses joues étaient plus rouges que jamais – tant et si bien que ses tâches de rousseur étaient à peine visibles – et ses bras ressemblaient à deux grands boudins rose vif. Même les joues de Vernon, le petit-ami de Pétunia, n'arboraient pas cette teinte cramoisie.

— Tout va comme tu veux, Evans ?

Lily sursauta. Sirius Black était appuyé contre l'encadrement de la porte et la dévisageait, un léger sourire au coin des lèvres. Lily tourna la tête pour découvrir que ses amies s'étaient déjà faufilées dans la salle à manger des Potter, où la fête battait son plein. Les traîtresses.

— Je suppose.

— Ta ressemblance avec un souafle est frappante, déclara Sirius en enfonçant ses mains dans les poches de son pantalon. Où as-tu passé l'été pour être aussi… rouge ?

Il ne lui laissa ni le temps de répondre, ni celui de protester qu'elle n'était pas « rouge » mais « simplement bronzée » et s'avança vers elle, une étincelle espiègle brillant au fond des yeux.

— Je ne te conseille pas de t'approcher de James, ou pas tout de suite en tout cas, dit-il en l'entraînant vers le salon.

(Lily ne put s'empêcher de noter qu'il était à l'image du vestibule : grand, et beaucoup trop beau pour qu'elle puisse contenir une moue désapprobatrice).

— Toi, tu me déconseilles d'aller voir Potter ? Il pleut des hippogriffes !

— Très spirituel, Evans, on dirait que les vacances t'ont réussie.

Lily le fusilla du regard et se laissa tomber sur une chaise, à l'écart de l'agitation qui régnait dans la pièce. Elle aimait bien Sirius, mais il avait l'art et la manière de l'asticoter sans en avoir l'air. Et puis il était vaniteux, au même titre que Potter (bon, d'accord, sans doute moins que Potter), et assez énervant quand il s'y mettait. D'ailleurs, il avait toujours des notes correctes sans faire plus d'efforts que ça alors que Lily, elle, travaillait dur pour mériter ses bons résultats. Si ce n'était pas affligeant, elle ne savait pas ce que c'était. Toutefois, il avait piqué sa curiosité. D'habitude, Sirius ne perdait pas une occasion de les lancer, Potter et elle, dans la fausse aux lions. Il affirmait qu'il n'y avait rien de plus divertissant au monde que de les voir se chercher des doxys sur la tête – à part, peut-être, d'embêter Severus. Il était donc étrange qu'il lui recommande de ne pas aller trouver Potter quand celui-ci était de mauvaise humeur. Leurs retrouvailles auraient fait des étincelles.

Lily attendit qu'il reprenne la parole, impatiente, mais le garçon était plongé dans la contemplation d'un bol de chips, et ne paraissait pas décidé à parler. Lily feignit de s'intéresser aux couples qui se trémoussaient sur la piste de danse aménagée au centre du salon avant d'abdiquer. Sa curiosité la tuerait :

— Pourquoi ? demanda-t-elle d'un ton un peu trop brusque pour que ça paraisse naturel.

Elle se serait arrachée les cheveux si l'expression déconcertée de Sirius ne l'avait pas fait rire.

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi est-ce que je dois éviter Potter ?

— Oh, pour rien. Meadowes et lui viennent de se disputer, il est d'une humeur épouvantable.

Lily grimaça. Dorcas Meadowes partageait son dortoir, à Poudlard. Elle n'était pas connue pour son tact. En effet, elle avait une manière bien à elle de vous dire le fond de sa pensée. Lily l'appréciait, la plupart du temps. Dorcas pouvait être blessante, mais sa franchise était rafraîchissante dans l'univers de faux-semblants que représentait Poudlard. Avec elle, on savait tout de suite si on fonçait dans le mur ou pas. Dorcas n'était pas du genre à passer par quatre chemins, quel que soit l'objet de la conversation. C'était pour cette raison qu'elle ne s'était pas étonnée de savoir qu'elle s'était mise en couple avec Potter au début de l'été, même si cela lui avait valu un incompréhensible pincement au cœur. Dorcas et Potter faisaient du Quidditch ensemble depuis des années, partageaient boutades et plaisanteries, et Dorcas était plutôt jolie, avec ses grands yeux noirs et sa coupe à la garçonne qui lui donnait des airs de femme fatale. En réalité, si Lily avait pu se métamorphoser en quelqu'un d'autre, elle aurait choisi Dorcas. Pour sa façon d'appliquer du vernis à ongles lorsqu'elle était en colère – avec une hargne contenue qui lui donnait des allures de princesse contrariée – pour son rire, rocailleux et profond, et pour sa démarche altière. Quand Dorcas rentrait dans une pièce, tout le monde la suivait des yeux. Ce n'était pas tant qu'elle se mouvait avec grâce, non, pas exactement… C'était juste… Dorcas. Ses grandes enjambées et son assurance. La façon dont elle plissait les yeux lorsqu'elle se concentrait. Ses gestes précis, alertes. Dorcas, tout simplement.

Lily rougit et entortilla une mèche de cheveux autour de son index.

Elle, lorsqu'elle rentrait dans une pièce, faisait en sorte de ne pas se faire remarquer. Elle n'était pas timide, discrète ou effacée comme beaucoup d'élèves le pensaient. Le problème, si on pouvait vraiment appeler ce manque qu'elle ressentait comme un « problème », était ailleurs. C'était juste qu'elle ne savait pas faire. Paraître droite dans ses bottes. Jouer avec l'attention de son public. Se rendre désirable.

Elle était maladroite, rougissait à la moindre bévue, se prenait les pieds dans ses robes, et il lui arrivait de dire des idioties lorsqu'elle était nerveuse. Idioties qu'elle regrettait à la seconde où elles sortaient de sa bouche.

S'énerver, tempêter, remettre Potter, Black ou n'importe qui à sa place quand ils allaient trop loin, c'était facile. Il lui suffisait de brandir son insigne de Préfète et de faire taire la petite voix dans sa tête qu'il lui disait qu'elle n'était pas apte à conduire ce genre de besogne. Avec le temps – et l'entraînement, car Merlin savait combien Potter et compagnie lui en avaient fait baver – Lily s'était accoutumée à ses obligations de Préfète. Elle était sérieuse, responsable. Réciter le règlement à une bande de cornichons récalcitrants à la discipline ne lui faisait pas peur. Mais plaire… c'était une autre histoire.

— Evans ? Tu m'écoutes ?

Black agita une main devant elle, amusé. Lily pinça les lèvres en constatant que son sourire s'était élargi. Il n'en finirait jamais de rire à ses dépens. En même temps, il fallait reconnaître que Lily lui donnait un peu trop d'occasions de se payer sa baguette.

— Désolée, marmonna-t-elle. Je pensais à autre chose.

— Tu pensais… à James ? demanda Sirius avec un clin d'œil.

Lily renifla, offusquée.

— Bien sûr que non. Je ne pense pas à… à James.

Bien sûr que non, l'imita Sirius d'un air docte. Tu ne penses jamais à James, c'est bien connu. D'ailleurs, c'est pour ça que tu as accepté de venir à sa fête d'anniversaire.

Lily fronça les sourcils. Sirius partit d'un grand rire qui ressemblait à un aboiement. Marlène, qui dansait plus loin avec Benjy Fenwick, se retourna dans leur direction en fronçant les sourcils. Elle rit en remarquant l'expression faussement exaspérée de Lily, et salua Sirius d'un geste de la main. Le garçon le lui rendit de bon cœur. Lily tira sur la manche de sa chemise pour regagner son attention :

— Est-ce que tu es en train de te moquer de moi, Black ?

— Je n'oserais pas, Evans. Je n'ai pas envie de subir les foudres d'une Préfète alors que l'année n'a même pas commencé…

— C'est ça, oui. Tu serais crédible si tu n'avais pas passé le dernier jour de cours à me casser les oreilles avec le nombre de bêtises incalculable que tu prévoyais de faire de retour à Poudlard.

— Moi qui pensais que tu ne m'écoutais jamais quand je te parlais…

— Tu te trompes. J'ai des oreilles, figure-toi. Et une bonne mémoire, accessoirement. Passe-moi le bol de chips, répliqua-t-elle, suffisante.

— On dit « s'il-te-plaît », Evans.

— Ah, on t'a appris les bonnes manières, cet été ?

— Dis-m'en plus sur tes oreilles et ta bonne mémoire, répliqua Sirius avec un sourire.

— Mmmh ? fit Lily en croquant dans une chips.

— Vu que t'es Préfète, je suppose que tu as plein d'infos croustillantes à partager…

— Ne crois pas que je vais m'amuser à divulguer les secrets de nos condisciples à un vaurien comme toi ! En plus, je suis certaine que Remus t'en apprend déjà trop. Je ne vais pas m'y mettre, ça serait trop bête.

— « Nos condisciples »… Evans, on dirait ma grand-mère.

— Elle t'emmerde, la grand-mère.

Sirius éclata de rire.

— J'aime mieux ça. Je pensais que tu avais laissé ta grande gueule sur le perron.

— Ma grande gueule ?

Lily s'empourpra. Elle n'était pas une « grande gueule ». Certes, il lui arrivait de s'emporter. Mais c'était rare. Et elle ne jurait pas à tout bout de champ comme Marlène. Même si son amie soutenait que c'est ce qu'elle aurait dû faire. Marlène avait une vision très personnelle de la politesse.

— Bordel ! J'adore cette musique ! s'exclama Sirius au moment où un morceau de rock Moldu résonnait dans le salon.

Il sauta du bras du fauteuil sur lequel il s'était installé et tendit sa main à Lily, qui écarquilla les yeux.

— Oh non, fit-elle, je ne danse pas.

— Mais si, tu danses, Evans, assura Sirius en l'entraînant sur la piste de danse. C'est l'anniversaire de James, c'est la fête.

— Si on veut…

— Eh oui, on veut. En plus, c'est les Beatles. Tu n'as pas le droit de refuser une danse sur les Beatles.

Lily jeta un regard déboussolé aux adolescents qui se pressaient à leur tour sur la piste de danse, surexcités. Elle aperçut Alice, en train de s'esclaffer dans les bras de Frank Londubat, et Marlène qui avait troqué Benjy contre Peter Pettigrow pendant qu'il opérait une mission de ravitaillement au niveau du buffet.

— Allez Evans ! Fais pas ta chochotte !

Lily se demanda si c'était une bonne idée. Après tout, elle n'était pas particulièrement une bonne danseuse et en plus, cette musique avait tout l'air d'un slow, et… c'était embarrassant, cette façon qu'avait de la regarder Sirius, droit dans les yeux, sans ciller. Il lui rappelait un peu Potter, par moments. Elle soupira et, de mauvaise grâce, enroula ses bras autour de la nuque de Sirius tandis qu'il plaçait ses mains à hauteur de ses hanches. Il ne fit aucun effort pour masquer son air victorieux, aussi Lily lui écrasa-t-elle les pieds en guise de représailles. Il ne fallait pas pousser Merlin dans les artichauts ! Quelques secondes plus tard, Lily dansait – mal, mais elle dansait – et reprenait en chœur les paroles de Something avec Sirius. Il chantait effroyablement faux et Lily ne manqua pas de le lui faire remarquer. Pour toute réponse, le sourire de Sirius s'accentua… puis se figea totalement.

— Quoi ? fit Lily, inquiète. Il y a un problème ?

— Oh oui, il y a un problème ! fit une voix derrière elle.

Rouge de rage et les cheveux en pétard, Mary, la petite-amie de Sirius et camarade de chambre de Lily à Poudlard, venait de faire irruption à leurs côtés. Son regard glissa sur Lily sans s'arrêter, puis revint en arrière tandis qu'elle affichait une expression de surprise et un bref sourire.

— Tiens, salut Lily, dit-elle en la prenant dans ses bras, je ne t'ai pas vue arriver.

Puis, sans lui laisser le temps de répondre, elle fondit sur Sirius à la manière d'un rapace :

— Peux-tu m'expliquer pourquoi il y a de la poudre à gratter dans mon sac ?

— Ne t'énerve pas Mary, répliqua Sirius en levant les mains en l'air. C'était juste pour te faire une petite blague de rien du tout…

— UNE PETITE BLAGUE DE RIEN DU TOUT ? Sirius, je suis allergique à la poudre à gratter, nom d'un chien ! Tu as vu l'état de mes mains à cause de tes conneries ?

— Oh, ça va MacDonald, il n'y a vraiment pas de quoi en faire un chaudron, tu prends toujours tout de travers !

— Je prends tout de travers ? répéta Mary, ahurie. Tu es un idiot, Black ! Surtout, ne t'excuse pas, on sait jamais, ça pourrait te blesser !

— Heu… je vais vous laisser, hein, dit Lily en prenant la fuite.

Elle passa devant le buffet, salua Emmeline Vance et Remus Lupin d'un sourire, et décida de se réfugier à l'extérieur, dans le jardin des Potter.

Quoique l'appellation de « jardin » ne convenait pas tout à fait à la surface d'herbe verte qui s'étendait à perte de vue sous le ciel mauve de ce début de soirée. Lily grimaça. Ah, Potter… Son arrogance s'expliquait en partie par ce qu'elle avait sous les yeux. James avait eu l'heur de grandir dans ce décor de contes de fées, et cela se ressentait sur son attitude. Un soupir lui échappa. Dès qu'elle commençait à s'amuser et à penser à autre chose, Potter finissait toujours par revenir la hanter. D'ailleurs, où était-il ? Cela devait bien faire une heure qu'elle était arrivée à sa soirée d'anniversaire et elle ne l'avait toujours pas salué. Elle avait eu le temps de parler avec Sirius, et même de danser avec lui, mais toujours aucune trace de l'homme de la soirée ? Il devait pourtant s'être calmé depuis sa prise de bec avec Dorcas… Quoique. Connaissant Potter, il devait certainement bouder dans un coin de son… parc – ce n'était définitivement pas un jardin – une flûte de champagne à la main. Ou alors il se consolait avec une jolie fille… Daisy Jones, par exemple. Elle ne cessait de lui coller au train, à Poudlard. Lily se mordit les lèvres, dégoûtée d'avoir eu ne serait-ce que l'idée de ce qu'ils pouvaient bien fabriquer, tous les deux, à l'abri des regards… Oh et puis, pourquoi se prenait-elle la tête avec ce genre de choses ? Potter sortait avec Dorcas. Il n'irait certainement pas voir ailleurs. D'après Marlène, ce n'était pas son genre. Et Marlène était une source fiable étant donné qu'elle avait été sa première petite-copine. Et même s'il allait voir ailleurs, en quoi cela la regardait-elle ? Merlin, cette soirée ne lui réussissait pas. Elle avait besoin de se changer les idées. Lily décida de marcher un peu, ça lui ferait du bien. Si l'on en croyait Alice, l'exercice physique était un remontant efficace en cas de…

— Evans ?

La voix de James Potter la cloua sur place. Lily se ressaisit et pivota sur elle-même pour lui faire face, un sourire incertain scotché aux lèvres. Si Alice était passée près d'elle à cet instant, nul doute qu'elle se serait fichue de sa tête. Lily paraissait à peu près aussi détendue qu'un volcan au bord de l'éruption. Sa mâchoire la tirait, et elle s'aperçut que ses sourcils étaient froncés. Voilà qui lui remémorait ce qu'elle s'était dit avant de pénétrer dans sa maison… James Potter suscitait bel et bien une réaction épidermique chez elle. C'était incontrôlable, c'était déconcertant, et, surtout, ça la mettait royalement mal à l'aise.

— Salut Pott- James, pardon, joyeux anniversaire, lança-t-elle d'une voix qu'elle espérait pleine d'entrain.

— Merci, Evans. Ça me fait plaisir que tu sois venue.

— Heu… à moi aussi, ça me fait plaisir que tu sois venu… enfin, je veux dire… d'être venue. Ça me fait plaisir. Enfin. Je crois.

James Potter, plus James et plus Potter que jamais, avait une bouteille de Bièraubeurre à la main et un sourcil amusé aux lèvres, mais pas de Daisy Jones dans son sillage. Ce dernier point contenta Lily plus que de raison, mais elle se garda bien de le montrer. Potter ne paraissait pas du tout fâché, contrarié ou préoccupé. Lily se mordit la lèvre. N'était-il pas censé être de mauvaise humeur ? C'est bien ce que Sirius avait laissé entendre, pourtant… Alors pourquoi la regardait-il avec ce petit sourire au coin des lèvres ? Pourquoi semblait-il aussi… aussi décontracté, aussi superbement lui-même qu'à l'ordinaire ?

Alors même qu'elle se faisait cette réflexion, Potter passa une main dans ses cheveux bruns, d'un air dégagé. Lily n'avait plus aucun doute. James Potter, le seul, l'unique, l'horripilant, lui faisait face à cet instant. Cela raviva aussitôt le tourbillon d'émotions antithétiques qui sommeillait en elle.

— Tu t'es pris un coup de soleil ? Tu es toute rouge.

— Quelle perspicacité, le railla Lily.

— Je sais, on me le dit souvent.

Lily leva les yeux au ciel devant tant d'arrogance avant de réaliser que ce n'était qu'une plaisanterie. Merlin. Elle avait l'air encore plus idiote, à présent.

— En fait, ça te va plutôt bien, déclara Potter en se rapprochant jusqu'à ce qu'elle puisse discerner clairement les nuances de brun de ses yeux, qui scintillaient derrière les verres de ses lunettes.

Très beaux, du reste. Comme l'ensemble de son abominable personne. Abominable. « Tu y vas un peu fort, Lily », se fustigea-t-elle. Il ne fallait pas oublier les fameux progrès de Potter. Non. Il fallait se concentrer dessus et contrôler son irrépressible envie d'engager une joute verbale sur cette magnifique pelouse en cette magnifique soirée. Et puis, il fallait qu'elle cesse de se mettre sur la défensive à chaque fois que Potter se rapprochait un petit peu trop près d'elle. C'était épuisant, ce combat sans merci qu'elle livrait contre elle-même. Si elle se laissait aller à le trouver simplement gentil, juste une fois… Elle lui devait bien ça. Non ?

— …Tu ressembles à un souafle.

Non.

La gifle partit toute seule. Lily la regretta à la seconde où sa main embrassait la joue de Potter, et sentit ses siennes se colorer de rouge – si tant est qu'elles puissent encore changer de couleur suite à leur exposition prolongée au soleil. Elle ne savait pas pourquoi au juste elle avait baffé Potter, mais elle l'avait fait.

— OK Evans, lâcha Potter d'un ton mordant, je sais bien que la comparaison à un souafle n'était pas très élogieuse, mais tu n'étais pas obligée de me gifler.

C'était malin. Il avait l'air blessé, à présent. Lily sentit ses lèvres trembler. Quelle idiote… incapable de se maîtriser. Ah, elle avait fière allure devant Potter. Avec ses yeux baissés sur ses chaussures, sa robe fleurie qui la boudinait, et ses cheveux en pagaille. Sans oublier son coup de soleil.

— Pardon, dit-elle, je n'ai pas fait exprès, c'est parti tout seul, je…

— Merde à la fin ! Je croyais qu'on avait enterré la hache de guerre, Evans. Je te l'ai dit, c'est fini, les moqueries, les emmerdes… Je te l'ai promis, cent fois, mille fois… Mais qu'est-ce qu'il te faut pour être satisfaite ? Je n'ai plus le droit de t'adresser la parole, c'est ça ? Pourquoi t'es là, si c'est pour te prendre la tête avec moi, je…

Potter eut un geste qui pouvait tout aussi bien signifier qu'il en avait par-dessus la tête, de ses manières de sauvageonne, qu'il était dépassé par les évènements. Il soupira bruyamment et s'éloigna d'un pas vif. Lily se tritura les doigts avant de se lancer à sa poursuite, mortifiée.

— Pardon, pardon ! Je suis vraiment désolée, Potter… Non, James, je… Je n'ai pas maîtrisé. C'est juste que, parfois, je ne comprends pas pourquoi, mais… Tu m'énerves… Tu comprends ?

— Non.

Il s'arrêta, lui jeta un regard noir, et Lily eut l'impression que le sol se désagrégeait sous ses pieds. Elle savait qu'elle devait s'excuser. Après tout, Potter ne méritait pas cette gifle. Elle avait lu dans ses yeux… Une tentative maladroite de rire avec elle. De la détendre. De faire table rase du passé, des piques, des cris, des moqueries. Et elle, comme une imbécile, elle s'était retranchée derrière ses réflexes de petite fille vexée et impulsive et… Et maintenant, elle se suffoquait, et tout ressurgissait comme un tourbillon, un ouragan incontrôlable. Mais non. Les excuses ne sortaient pas. Elle vomissait un venin qui lui brûlait les lèvres, s'agitait, s'alarmait, et Potter restait là, immobile, et ça la rendait folle, Lily.

— Mais si ! Tu es là, tu es… Tu es parfait, avec tes grands airs, tes beaux cheveux, tu suintes la réussite, la confiance en toi, tout le temps, tout le temps… Et moi, je… Je galère… Je veux dire… J'essaye, pourtant, je te promets… Et puis Dorcas…

— Dorcas ? répéta Potter, abasourdi.

— Mais oui… Dorcas, elle est… Vous êtes parfaits, là, tous les deux, ensemble. Je ne sais pas pourquoi, ça m'irrite… Alors voilà, dès que je te vois, je ne peux pas m'en empêcher j'ai terriblement… Je suis… Stupide ? Ridicule ? Désolée ? Oh et puis, merde !

Lily voulut tourner les talons, honteuse, mais la main chaude que James posa sur son épaule l'immobilisa.

— Evans, regarde-moi, bon sang ! Je comprends pas ce que tu me dis… Je croyais… Je croyais qu'on avait trouvé un terrain d'entente, toi et moi…

— Mais oui…

— Alors… Pourquoi ? Merde, pourquoi tu me cries dessus ? Et qu'est-ce que Dorcas vient foutre dans cette histoire ?

N'était-ce pas évident ? Lily secoua la tête, et tourna les yeux vers la cime des arbres qui se déployaient au loin. Elle entendait comme dans un songe les résidus d'une fête qui se déroulait sans son hôte, sans elle, elle pouvait presque sentir son cœur battre au rythme d'une musique fantomatique tandis que l'image éclatante de Dorcas s'imposait à elle. Dorcas. Dorcas et James. Pourquoi… Merlin, pourquoi cela la dérangeait-elle à ce point, ce pincement au cœur qu'elle ressentait toujours quand elle pensait à Potter et elle comme à un couple ? Pourquoi était-elle si Lily quand Dorcas était terriblement elle-même ?

Potter l'obligea à se tourner vers lui, et passa un doigt sous son menton, stupéfait.

— Evans… Tu pleures ?

— Non !

Bon. Peut-être un peu. Mais ce n'était pas de sa faute. Lily avait toujours eu la larme facile, quand bien même elle réfutait ce fait de toutes ses forces. Ses colères entraînaient des crises de larmes, et elle se sentait bête à n'en plus finir. C'était grotesque. Affreux. Risible. C'était Lily et tout ce qu'elle avait sur le cœur. C'était peut-être la chaleur, ou les yeux de James qui cherchaient les siens dans la pénombre. Peut-être ses paroles hachées, ses mots qu'elle n'avait jamais osé prononcer et qui étaient pourtant sortis contre son gré. C'était des années de rancœur, des histoires de cœur compliquées, des sentiments emmêlés. C'était Lily, ses doutes, ses peurs aussi. C'était Lily, et ce n'était pas joli.

— Merlin, Evans… Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que tu me voies, je te fais pleurer ?

Lily haussa les épaules. Elle aurait bien voulu le lui dire, à James, que ce n'était pas de sa faute. Mais elle ne savait plus parler. Elle était paralysée. Elle avait peur des mots et de ce qu'ils pouvaient signifier. Et puis la honte… La gêne… Merlin. Lily s'en mordait les doigts. De la morve dégoulinait sur son menton. Quelle horreur… Quelle erreur. La sienne, cette fois-ci. La sienne, peut-être, depuis que James était entré dans sa vie.

— Je suis un monstre ? demanda Potter d'une voix blanche.

— Quoi ? Non… Non, ce n'est pas… Pas du tout ce que j'ai voulu dire, Potter.

Potter secoua la tête, comme si les dénégations de Lily ne l'atteignaient pas. Une expression peinée animait son visage. Lily fut foudroyée à l'idée que c'était elle qui avait provoqué cette… Chose. Cette tristesse qu'elle lisait dorénavant sur son visage. Potter…. Potter n'était jamais triste. Tout le monde le savait. Il était une fête à lui tout seul, un feu d'artifices de couleurs, de mimiques agaçantes et vivantes, de rires et de sourires. Potter était heureux. Potter ne pouvait qu'être heureux. Mais cette tristesse, cette peine, cette expression perdue, c'était elle, Lily, qui l'avait déclenchée. Plus que quiconque d'autre, elle méritait le titre de monstre. Combien de fois Pétunia lui avait-elle dit, lorsqu'elles étaient hors d'écoute de leurs parents, que Lily était un monstre, une atrocité, une anomalie de la nature ? Et surtout, combien de fois l'avait-elle vraiment pensé ? Lily avait toujours songé que la jalousie était le principal moteur des mots de Pétunia. Elle savait à présent qu'il y avait autre chose, sous la surface aride de ces mots incandescents. Une vérité était enfouie là, et poussait, comme une mauvaise herbe, à l'endroit où aurait dû se trouver son cœur. Et ça faisait mal. Ça la brûlait de l'intérieur.

— En fait, cette gifle, c'était pas pour ce soir… C'était pour avant… Visiblement, on ne parviendra jamais à s'entendre.

— Non ! C'est juste…

Juste quoi, Lily ? Juste la vérité. L'immonde, la seule, la vraie, la laide vérité.

— Je… Je sais que je suis con, parfois, Evans. Mais j'essaye, je te jure que j'essaye… Je pensais qu'on pourrait... Être amis ? Juste amis ? Tu sais, comme tu es amie avec Sirius, et Remus et Peter ?

— Je…

— En fait, je me trompe, c'est ça, la coupa brusquement Potter en reculant d'un pas chancelant. Je te blesse. A chaque fois, je te blesse. Je te mets en colère, je te rends malheureuse. Je suis désolé, Evans. Je ne voulais pas… Tu sais, je t'aime bien ?

Lily ouvrit la bouche et la referma. Ne pars pas, James, aurait-elle voulu dire en le voyant s'effriter, osciller, buter contre une frontière invisible. Mais elle ne dit rien. Elle se tut. Même lorsqu'il prononça les mots qui firent tanguer son cœur, une dernière fois :

— Je crois qu'il faut qu'on en reste là. Qu'on s'ignore. Ce sera mieux pour nous… Pour toi.

Et il s'éloigna, abandonnant derrière lui Lily, et le cadavre d'une Bièraubeurre. Elle porta la bouteille à moitié pleine à ses lèvres et leva la tête vers la Lune qui commençait à poindre dans le ciel.

Stupide, imbécile, Lily Evans…

C'est à cet instant que Lily réalisa qu'elle avait peut-être perdu un ami. Pourquoi se sentirait-elle aussi mal, sinon ?


NDA : Voilà voilà. N'hésitez surtout pas à me laisser votre avis, ça me ferait très très très plaisir. Take Care.