Hey !

Je viens de terminer ce chapitre, que je poste rapidement maintenant. Je l'ai relu à la va-vite, autrement je n'aurais pas pu poster cette semaine.

Comme d'habitude, s'il y a des fautes ou des phrases insensées, my bad, je suis fatiguée. :')

Bonne lecture et à la semaine prochaine :D


Le bruissement du moteur réveillait les oiseaux perchés sur les bords de route. La lisière de la forêt cachait la voiture verte du reste du monde. Quatre heures que Lexa conduisait sans arrêt. Aden dormait. Clarke refusait de fermer les yeux. Elle surveillait la conductrice.

La conversation avait été minime. Quelques mots échangés ici et là. Rien d'important. Elles évitaient les sujets qui les touchaient. La route défilait par les vitres. Les deux femmes sentaient le moment arriver. Le moment de s'arrêter. La fatigue finit par prendre le dessus. La voiture elle-même réclama l'arrêt.

Il n'y avait personne, ici. Clarke cherchait entre les arbres le moindre signe de vie humaine. Rien. Mais bruissait entre les troncs la vie animale. Cela rassura la médecin. Un endroit sans vie ne signifierait rien de bon. Si les animaux survivaient ici, alors elle le pourrait aussi. Clarke s'imagina aussitôt rester cachée dans la forêt pour toujours. Ce serait une vie solitaire. Son fils serait malheureux. Mais elle n'y pensa pas. Pour le moment, elle voulait voir le bon côté des choses. Cela n'allait pas durer longtemps. Lexa ne voyait pas la situation du même œil.

La voiture laissée sur le côté de la route, les jeunes femmes s'enfoncèrent dans la forêt. Elles devaient trouver de quoi boire et manger. Leur sac de provision, rempli à la hâte avant de quitter l'appartement de Dani, n'allait pas suffire. Il contenait surtout des produits pour nourrisson. Lexa avait préféré privilégier l'enfant. Elle était agacée par la situation, mais elle n'était pas sans empathie.

La forêt couvrait le silence des deux femmes. Chacune d'elle se demandait pourquoi l'autre se taisait. Elles savaient toutes les deux la raison. Le blâme allait tomber, à cause de la fatigue, de la confusion, de l'irrationalité de la situation, de l'indécision de Lexa et l'angoisse maternelle de Clarke.

Quand elles seront trop fatiguées pour lutter, pour raisonner, elles se jetteront la faute comme une pierre dans des gorges. Entre les deux falaises, il y avait une rivière bleue. Aden ouvrit les yeux. Il ne pouvait que sentir la gravité de la situation sans comprendre. Il remua dans les bras de sa mère. Il avait faim.

- On peut s'arrêter là, je dois nourrir mon fils.

Lexa ne s'y opposa pas. Elle aurait préféré continuer, mais mieux valait laisser la mère nourrir le bébé, qu'il ne se mette pas à hurler de faim en pleine forêt. La discrétion était de mise. Lexa ne comptait pas la perdre.

Elle connaissait quelque peu ces bois. Elle y était venue, une fois, pour une mission. Ce fut court. Un petit feu de forêt. Elle l'avait vaincu. Était repartie. À l'époque, elle était étudiante. Elle avait absolument souhaité suivre une équipe de secours. Des gardiens spécialisés dans les catastrophes matérielles. Les incendies, les éboulements, les explosions, les inondations. Pendant cette période, elle était entrée en osmose avec son Précédent. Les souvenirs avaient explosé dans sa mémoire, ses sens surdéveloppés. Une adrénaline enivrante. L'impression d'être invincible, car elle avait su des choses qu'elle n'avait jamais apprises. Ce savoir avait été là, dans sa tête. Elle était née avec. Elle en était fière.

Rien à voir avec son métier actuel. Elle ne gardait plus que la misère.

Clarke s'était aménagé un coin où s'asseoir pour donner le sein à Aden. Lexa marchait aux alentours. La gardienne se souvenait de cabanes de secours, pour ceux qui se perdaient dans la forêt et y étaient coincés la nuit, ou pour les équipes venues travailler plus d'un jour dans ces bois. Il y avait forcément une cabane dans le coin. Lexa réfléchit. Tenta de se souvenir. De repérer sa position selon la route empruntée pour arriver à cet endroit précis.

Trouver un abri pour la nuit. C'était la priorité. Le repos était nécessaire à l'établissement d'un plan pour la suite. Cette suite, Lexa préférait ne pas y réfléchir dès lors. L'abri. La priorité.

Elles repartirent aussitôt Aden rassasié. Le bébé restait silencieux, mais il avait décidé de jouer avec les cheveux de sa mère, à défaut d'avoir des hochets. Clarke se libérait régulièrement, mais le poing de son fils se refermait vite sur ses mèches.

Clarke eut la soudaine envie de pleurer. Cette envie ne la quittait plus ces derniers jours, mais les récents événements plongeaient Clarke dans un regret profond. Des erreurs, elle en avait trop commises. Elle était épuisée de lutter. Une place dans le monde, elle en avait certainement une, mais le chemin pour l'atteindre était long et périlleux, et Clarke était à bout de force depuis longtemps.

- Je peux le porter un peu, proposa Lexa.

La gardienne était soudainement apparue devant elle. Clarke avait oublié sa présence. Elle n'était pas seule dans cette forêt, mais elle n'était pas certaine que la présence de la gardienne soit une bonne chose. Karma ou chance ? Elle avait peur de le découvrir.

- Ce n'est pas un fardeau, répliqua-t-elle sèchement.

Elle pouvait porter son propre fils. Elle était capable de le protéger. Elle l'avait fait jusqu'à présent. Mère célibataire, personne sur qui compter. Elle avait mis au monde Aden sans soutien. Sans son Précédent, elle y serait restée. Clarke refusait de s'admettre cette cruelle vérité. La personne qu'elle avait tant essayé d'ignorer lui avait sauvé la vie. Les souvenirs et sensations de son Précédent l'avaient guidée pendant son accouchement. Elle avait su exactement quoi faire. La voix de l'homme du passé l'avait portée pour l'encourager à tenir bon. Une énergie incroyable. L'impression de ne plus faire qu'un avec le passé. Elle ne l'avait encore jamais vécue auparavant. Du moins, pas à cette intensité.

Tout le monde ne le vivait pas ainsi. C'était une expérience unique. Clarke ne la revivrait plus jamais. Elle ne souhaitait pas avoir d'autre enfant. Aden n'avait pas été prévu. Et à cet instant, alors que Lexa lui lançait un regard ennuyé et qu'Aden tendait la main vers une mèche brune, échappée de la queue de cheval de la femme, Clarke douta fortement de pouvoir rendre son fils heureux un jour. Elle n'avait rien à lui apporter. Le jour où il saura parler, il le lui dira. Il la blâmera aussi.

Parce que le blâme se répandait plus vite que les regrets, et c'est cela qui le rendait si cruel.

- Je n'ai pas dit ça, répondit Lexa.

La gardienne reprit son chemin. Elle ignora Clarke, concentrée sur les alentours. Le ciel gris annonçait la pluie prochaine. Le temps pressait. Lexa accéléra. Clarke fut obligée de se dépêcher. Ses deux bras tenaient fermement le nourrisson contre son torse. Les membres endoloris, elle se demandait combien de temps elle allait encore pouvoir tenir ainsi.

La chance, ou l'expérience de terrain de Lexa, lui sourit. L'ombre d'une cabane s'imposait entre les arbres. Elle n'était visible qu'à une cinquantaine de mètres. Les cabanes de ces bois étaient bien cachées. Un point positif pour les deux femmes et le nourrisson.

La cabane n'était pas verrouillée de l'extérieur. Un loquet à l'intérieur permettait de bloquer la porte, ce qui ne rassura guère Clarke. Pourtant, cela Lexa le savait, elles étaient plus en sécurité ici que dans la ville morte.

La cabane avait trois petites pièces. Un salon-kitchenette, une chambre, une minuscule salle de bain. Lexa expliqua brièvement à Clarke le fonctionnement de ces habitats.

L'eau disponible était l'eau de pluie récoltée par un réservoir sur le toit. Un filtre était présent pour la purifier, mais il fallait en vérifier l'état avant d'ouvrir les robinets. Parfois, ces cabanes n'étaient pas visitées en plus d'un an. Celle-ci semblait délaissée depuis plus longtemps. Mais heureusement, Lexa se souvenait de ce qu'elle devait faire pour la remettre en état rapidement. Seules les équipes en avaient conscience : les pièces nécessaires à changer pour maintenir la cabane en état de logement étaient disséminées sur le terrain. Les emplacements avaient été regroupés en un code simple que tous les gardiens connaissaient.

Lexa se mit au travail. En une heure, tout sera vérifié, remis en place. Elle commença par vérifier le réservoir d'eau. La région était humide. C'était un bon point pour elles. Il y avait assez d'eau pour se nettoyer et utiliser les toilettes. Aden pourra profiter d'un petit bain dans le lavabo. Lexa nettoya la salle d'eau. Elle pensait être obligée de faire tout cela, mais l'idée de confort avait surpassé le besoin. Elle nettoya le lavabo, les toilettes, la minuscule douche, puis se lava les mains et s'occupa de la kitchenette. Enfin, elle s'occupa du salon et du poêle.

Son exercice d'une heure en avait duré trois. Quand elle atteignit la chambre pour vérifier l'état du matelas, elle découvrit Clarke et Aden endormis. Le nourrisson était calé sur le torse de sa mère, les mains de celle-ci en barrières. Lexa s'attarda quelques minutes sur le pas de la porte.

Elle se vit elle, quelques années plus tôt, avec sa sœur. Elle avait fait de son mieux pour s'occuper d'elle. La mort de leurs parents avait changé le cours du destin de Lexa. La jeune femme avait refusé de la laisser impacter celui de sa sœur. Alicia avait une brillante carrière devant elle. Une vie de famille heureuse à l'avenir. Un jeune homme pour la soutenir. Cela comptait pour Lexa. La vie de sa sœur était plus importante que la sienne.

Elle comprenait, au fond, le comportement de Clarke. Elle aurait aimé lui faire entendre raison, la convaincre qu'elle avait une chance de vie paisible à la métropole, mais elle avait elle-même eu la peur de perdre sa sœur. Elle s'était battue pour la garder auprès d'elle. Alicia avait neuf ans quand ses parents décédèrent. Si assurer la garde d'un enfant de cet âge était compliqué, celle d'un bébé s'avérait plus difficile. Les puériculteurs ne chercheraient pas plus loin que le bout de leur nez. Ils placeraient le nourrisson chez un couple stable. En métropole, chaque enfant comptait. Car dans chaque nouvelle vie pouvait se trouver l'histoire la plus précieuse du monde.

Lexa ne les réveilla pas. Le soir tombait sur la forêt. La gardienne sortit. Dans les alentours poussaient divers fruits et légumes, ceux que la nature avait accepté de conserver. Dans un rayon autour de chaque cabane avait été planté des graines. Lexa chercha. Elle parvint à trouver de la rhubarbe, des champignons et des carottes. Peu, mais ça suffira pour ce soir. Lexa fut soulagée d'avoir trouvé ces vivres. Les animaux n'avaient pas tout pris.

Elle rentra les déposer sur le comptoir de la kitchenette. Avant de cuisiner, elle alla allumer un feu dans le poêle qui faisait face au divan. Le poêle était la seule source de chaleur de la cabane. Lexa allait devoir surveiller régulièrement le feu pendant la nuit pour garder le bébé au chaud.

Pendant l'heure qui suivit, elle fit cuir les légumes dans une petite casserole. Dans le meuble restaient trois assiettes en porcelaine. L'une avait été brisée par le passé, comme l'indiquait la ligne noire. L'assiette avait été réparée, mais les blessures laissaient leurs traces même sur les objets.

Lexa soupira et s'installa avec son assiette. Elle s'était servie un tiers du contenu de la casserole. Elle voulait laisser le reste à Clarke. La jeune mère avait besoin de rester en bonne santé pour alimenter son fils. Le lait maternel restait l'aliment principal du nourrisson. Le seul aliment à disposition si les deux femmes s'éternisaient dans leur fuite et ne trouvaient pas de nourriture pour bébé.

La danse des flammes en guise de divertissement, Lexa mangeait lentement. Sa fourchette en bois remuait les légumes. Lexa n'avait pas très faim. Elle se forçait à manger pour la forme, mais le cœur n'y était pas. Elle était surtout fatiguée. Elle avait besoin de dormir.

Les pensées perdues dans les flammes, elle se laissa lentement aller au sommeil.

Un grincement la réveilla. De la nuit noire n'apparaissait que la lueur des flammèches du poêle. Des reflets oranges sur une chevelure blonde. Vautrée dans le canapé, Lexa se redressa. Clarke ravivait le feu. Un objet s'écrasa au sol. Un gloussement. Assis par terre contre le canapé, calé entre des coussins, Aden jouait avec un verre en bois que Clarke avait soigneusement nettoyé.

Interpellée par le mouvement derrière elle, Clarke referma la porte du poêle et se releva. Le feu était nourri. Elle s'assit au sol devant son fils.

Lexa dégagea les cheveux de son visage. Elle avait dû dormir plusieurs heures pour se retrouver ainsi.

- Merci, admit Clarke. Pour le dîner, et pour avoir nettoyé les lieux. Aden n'aura pas à respirer toute la poussière.

Lexa souhaita répondre, mais un mot la surprit. N'aura. Le futur. Clarke pensait-elle rester ici longtemps ? Ce n'était pas possible. Elles n'étaient là que pour la nuit. Ou peut-être un jour. Mais pas trop longtemps. Lexa ne pouvait se le permettre. Il lui fallait trouver une solution à ce problème.

- Tu sais que ta meilleure option est de retourner à la métropole, lui fit remarquer la gardienne.

Elle préféra entamer directement cette conversation. Inutile d'attendre. Elles l'avaient assez évitée.

Clarke prit soin de déposer le jouet entre les mains de son fils, pour gagner du temps, pour chercher la bonne réponse à un problème qui n'en avait pas.

- J'ai fui mes obligations en quittant la métropole et suis maintenant accusée par les gardiens d'incendie volontaire. Je ne peux pas y retourner. On me prendrait mon fils.

Elle parlait calmement, posait des faits. Aden s'amusait. Elle ne voulait pas briser ce moment. Il avait le droit de s'épanouir, au même titre que tous les enfants.

Lexa comprenait cela. Elle essayait, elle aussi, de débattre de manière sereine. Mais ce débat-là ne pouvait être sain. Les points de vue divergeaient puissamment.

- Je suis sûre qu'il y a un moyen d'arranger ça, renchérit-elle. On peut prouver que tu n'es pas l'auteure de cet incendie. Une mère n'aurait pas pris un tel risque. La métropole a besoin de gens comme toi. Ils trouveront un arrangement si tu reviens par toi-même, j'en suis convaincue.

Le jouet cogna le revêtement du sol. La bouche en O, la salive qui dégoulinait sur le menton, Aden attendait que sa mère lui rende le verre. Clarke ne le fit pas. Elle avait levé la tête. Son regard transperçait Lexa. Elle ne voulait pas avoir cette conversation. Elle avait besoin de répit. Son inquiétude incessante la rongeait de l'intérieur. Elle allait s'effondrer, si elle poursuivait ainsi. Elle ravalait ses sentiments au quotidien, un cri coincé dans sa cage thoracique. Il grandissait, au même rythme qu'Aden. Trop vite pour Clarke. Elle n'arrivait pas à suivre. Elle manquait de solutions à des problèmes qui continuaient de s'accumuler.

- Si tu voulais tant me ramener à la métropole, pourquoi ne pas m'y avoir ramenée quand tu m'as arrêtée ? Pourquoi ne pas avoir prévenu tes collègues ? Pourquoi être venue jusqu'ici pour me dire ça, Lexa ?

Le visage de la gardienne se ferma. Les mâchoires crispées, le regard en fusil, elle prit un temps de raison pour ne pas s'énerver bêtement face à la mère et son enfant. Il était hors de question qu'elle se mette à hurler ici, quand le bébé lui-même parvenait à garder son calme.

- J'essaie de t'aider, Clarke. Tu prends des décisions qui te mèneront à ta perte, où tu emmènes ton fils.

Cela fit mal. Une vive claque qui rougit les joues de Clarke et teinta son regard de larmes. Un coup de poignard dans le cœur. Une pensée pour sa mère, qui aurait honte de celle que sa fille était devenue. Un rapide regard à Aden, qui à cinq mois avait déjà une vie malheureuse.

Clarke brûlait de colère, ses cheveux faiblement illuminés par les reflets des flammes mourantes. Mais sa colère n'était qu'une excuse. Elle était triste. Ses regrets la hantaient à chaque instant. Elle ne supportait pas le fait qu'une inconnue les mette en évidence. Cela ne les rendait que plus réels. Hors d'elle.

- Je fais de mon mieux pour Aden. Je ne suis pas la meilleure mère, mais je tiens le coup pour lui. Toi, je sais même pas ce que tu fais là. Avant de me juger, tu ferais mieux de nettoyer derrière ta porte. Si t'es là, c'est que t'es perdue aussi. Sauf que toi, tu l'assumes pas.

C'était vrai. Lexa dut se l'admettre. Mais elle refusait de le formuler. Elle refusait de penser aux véritables raisons qui l'avaient poussée ici. À prétendre être une héroïne pour une mère et son enfant, elle cachait ses propres maux. Son mal-être. Son présent.

Clarke alla se réfugier dans la chambre avec Aden. La porte fermée, Lexa se retrouva seule face au poêle. Le feu mourrait encore. Lexa le raviva. Elle gardait son calme, mais la rage montait en elle. Le petit foyer se moquait d'elle. Elle peinait à insuffler la vie dans un feu infime. Un feu simple à contrôler. Elle avait perdu le contrôle depuis longtemps. Elle vivait sa vie en rêves, par les souvenirs de son Précédent. Dompter le feu, aider les autres pour de vrai, leur porter secours, cela lui manquait.

C'était pour cela qu'elle se retrouvait ici, au cœur des bois avec Clarke et Aden. Elle voulait les aider. Mais elle portait aussi en elle un appel à l'aide. Et Clarke l'avait perçu.

Pour sortir de ce dédale, elles allaient devoir s'entraider. La collaboration s'annonçait difficile. Face à face, les deux femmes faisaient preuve de trop de fierté, alors qu'elles vivaient pourtant dans la même honte depuis des années.