Bonjour,

me revoilà avec ce neuvième et avant-dernier chapitre de cette histoire. J'ai eu bien des bâtons dans les roues pour cette fanfiction. J'avais initialement prévu de l'écrire pendant l'hiver pour avoir une histoire courte saisonnière, comme Le reflet du lac l'été dernier. Nous sommes au printemps et je n'ai pas terminé. Malheureusement, j'ai manqué de temps et il m'a été difficile de m'organiser pour jongler entre cette fanfiction et l'histoire qui l'inspire - en crossover avec Clexa, évidemment.

Ce confinement ne m'aide pas non plus puisque je travaille tout de même. Je me concentre désormais sur Précédent, qui est une histoire plus longue et complexe que cette fanfiction. Je ne sais pas encore quand je pourrai écrire le prochain et dernier chapitre d'Un passé sans dessein, mais en attendant j'espère que vous vous portez bien et êtes en sécurité.

Enfin, je poste chaque semaine un nouveau chapitre de Précédent sur watt pad, où je poste aussi cette fanfiction. Libre à vous de venir découvrir l'histoire si l'univers de cette fanfiction et mes personnages originaux (tous sauf les personnages de The 100 qui ne m'appartiennent évidemment pas) vous ont plu.

Sur ce, bonne lecture !


Lexa vivait en périphérie de la ville. Son immeuble était l'un des premiers qu'on apercevait lorsque le train était sur le point d'arriver en gare. Il faisait partie de ce groupe de bâtiments dont les logements revenaient en priorité aux gardiens, ainsi qu'à tous les personnels qui travaillaient en dehors de la métropole. Certains métiers demandaient de quitter régulièrement la sécurité de la grande ville.

Au quatrième étage, l'appartement offrait une vue impressionnante sur les villes mortes. Aucun haut bâtiment de ville morte n'était érigé aux abords de la métropole, mais on pouvait apercevoir au loin quelques groupes d'immeubles.

Devant la fenêtre, Clarke observait l'horizon. La vue l'avait frappée aussitôt entrée. Le paysage n'était qu'une preuve irréfutable de son retour. Cette fois-ci, Clarke ne pouvait plus fuir. Et si elle en avait encore la possibilité, elle n'était pas certaine qu'elle le ferait.

Quelque chose avait changé.

Elle ressentait le besoin de construire une routine ici. Elle se sentait moins en danger. Elle avait pensé ne pas pouvoir supporter son retour, mais elle parvenait à garder un certain calme, face au paysage triste sous ses yeux.

Elle se sentait responsable. Aden était devenu une priorité, mais alors qu'il était quelque part dans les rues, entre les bras de la sœur de Lexa qu'elle connaissait à peine, ce n'était plus le mot priorité qui venait à l'esprit de Clarke.

C'était l'amour.

C'est ça qui l'avait sauvée. Elle avait quitté la métropole pour avoir trop perdu. Sa famille, sa joie de vivre, sa motivation à poursuivre la voie de son Précédent... elle avait eu besoin d'une raison de continuer, d'une personne à aimer, quelqu'un qui avait besoin d'elle. Aden était cette personne.

Clarke se retourna.

Lexa était en train de servir deux verres d'alcool. Elle les posa ensuite sur la table. Elle ne prit compte du regard de Clarke sur elle que lorsqu'elle l'invita à s'asseoir.

- Un problème ? demanda-t-elle.

Clarke détourna les yeux. Elle trouvait la situation étrange. Ce sentiment ne la quittait pas. Elle s'était trouvée dans une cabane forestière, avait pensé vouloir y passer sa vie. L'endroit avait porté cette ambiance rassurante. Désormais, c'est l'appartement qui l'entourait de sécurité. Des murs blancs. Parfois jaunes. Le salon était petit, comportait aussi la salle à manger et la cuisine. À sa droite, Clarke aperçut deux portes fermées : certainement la salle d'eau et la chambre.

Clarke fit un tour de la pièce. Elle observa les meubles, en frôla la surface du bout des doigts. Un peu de poussière s'y était déposé en l'absence de la locataire. L'appartement était simple. Rien de très personnel. Il correspondait bien à Lexa. La gardienne ne semblait pas être matérialiste.

Sa visite s'arrêta au bord de la table. Elle saisit le verre laissé à son intention.

- Tu crois que ta sœur va en avoir pour combien de temps ?

Elle porta le verre à ses lèvres. Une gorgée. De la bière brune. Elle n'aimait pas, mais la boisson repousserait peut-être son anxiété.

Le bruit du verre reposé de Lexa attira l'œil de la jeune mère. Appuyée contre le plan de travail de la cuisine, Lexa observait tantôt Clarke, tantôt l'horizon.

- Elle prendra le temps nécessaire pour obtenir ce dont Aden a besoin. Ne t'en fais pas, elle est avec Cole.

Ce prénom résonna dans les oreilles de Clarke, puis jeta son écho dans son esprit. Cole. Ce nom lui parut drôle. Elle n'avait jamais rencontré de Cole, pourtant elle avait l'impression d'en avoir connu un.

- Cole ?

Elle posait la question par curiosité, pour faire la conversation. Une simple question, qui avait pourtant une importance capitale dans ce dialogue.

Lexa sembla hésiter à répondre, mais elle ne vit finalement pas l'intérêt de cacher l'information. Clarke l'aurait découvert tôt ou tard, autant le lui dire de suite. La gardienne se redressa. Elle se tint droite, certaine.

- Cole Atterris. Il étudie les neurosciences.

Elle observa la réaction de Clarke. Allait-elle se souvenir ? Tout le monde dans la métropole avait déjà entendu ce nom. Il avait fait polémique peu avant le départ de Clarke. Aujourd'hui, tout le monde savait, mais en parlait moins. Les métropolitains attendaient le jour fatidique où le garçon commettrait l'erreur fatale.

Le regard perdu de Clarke s'illumina. Il fusilla Lexa.

- Cole, l'héritier présumé d'Adrien Carlier ?

Elle demandait confirmation avant de tenter l'assassinat de la gardienne pour lui avoir caché cette information. Lexa hocha la tête, répondit calmement :

- Son cas est encore étudié, mais les Archives en sont quasi certaines, oui.

Le verre de Clarke trembla sur la table lorsque la jeune mère l'y posa abruptement. Son fils était en compagnie de l'héritier de Carlier. Cet homme était classé dangereux par Eternam. Les Archives de chaque métropole avaient leur liste de personnes à retrouver à tout prix. Si Carlier était bel et bien le Précédent de Cole, Clarke devait aller chercher son fils au plus vite.

- Clarke, calme-toi, l'arrêta Lexa.

La jeune mère était déjà prête à partir. Elle était une bombe à retardement. Sa tendance à prendre des décisions hâtives inquiétait Lexa.

- Je dois retrouver mon fils, cracha-t-elle.

La tenant par les épaules, Lexa la força à la regarder dans les yeux. Clarke n'avait pas d'autre choix que de lui faire confiance. Ce même schéma se répétait encore une fois. Son propre regard se refroidit lorsque Clarke recula, brisant leur contact.

- Cole n'est pas dangereux. Je ne l'aurais jamais laissé s'approcher de ma sœur si ç'avait été le cas, maintint fermement la gardienne.

Clarke baissa les yeux. Sa tête lui tourna un court instant, son monde à nouveau renversé. Elle était perdue dans toutes ses émotions. Elle se noyait, depuis longtemps, et faisait son possible pour analyser toujours la situation de manière rationnelle. Mais comment y parvenir quand on était constamment en état de détresse émotionnelle ?

Elle tituba sur deux pas, s'appuya sur le coin de la table. Lexa était une gardienne douée. Elle l'avait retrouvée rapidement. Elle avait su réagir dans les situations dangereuses. Elle avait su éteindre le feu qu'elle-même avait provoqué. Clarke pouvait compter sur elle. Si Lexa affirmait que le copain de sa sœur n'était pas un danger pour Aden, alors Clarke devait y croire. Voilà la confiance difficilement instaurée.

Cole n'était plus un problème. Mais il y en avait d'autres. Des milliers de pensées négatives envahissaient l'esprit de Clarke. Trop de problèmes. Trop de fins tragiques possibles. Clarke n'en pouvait plus, d'être constamment en état de survie. Elle était enfermée dans une bulle de pessimisme. Une bulle remplie d'eau lourde, visqueuse. Impossible de s'échapper.

C'est le même état de panique qui l'avait poussée à déclencher ce feu. Les flammes pourraient la sauver de la noyade.

Et si. Et si. Et si. Et si. Et si.

- Clarke !

Ces et si, voilà de longues secondes que Clarke les balbutiait désespérément. Elle était désormais assise sur une chaise, mais s'y était-elle laissée tomber là ou Lexa l'y avait-elle déposée, elle ne le savait pas.

Lexa lui laissa le temps de reprendre ses esprits. Elle tenait sa main pour lui rappeler sa présence. Quand le silence eut terminé d'envahir l'espace, Lexa demanda :

- Ce n'est pas la métropole que tu as voulu fuir, il y a quelques années.

Elle souhaita ajouter autre chose, mais elle préféra laisser sa chance à Clarke de l'admettre, de le dire à haute voix une bonne fois pour toutes. La négation s'était évanouie dans l'hiver, fondue par les flammes de l'incendie qui avait amené Clarke et Lexa sur le même chemin.

Clarke ne dit rien. Elle resta muette. Son visage affichait la honte qu'elle ressentait. Elle n'avait pas encore tout accepté.

- Tu as voulu fuir ta dépression, Clarke, affirma calmement Lexa. Mais ce n'est pas un ennemi que l'on peut fuir. Tu dois demander de l'aide pour guérir.

Clarke ne pouvait nier les propos de Lexa, mais la honte prit le dessus et elle répliqua sur la défensive :

- Tu peux parler, toi. T'utilises ta sœur en excuse pour ne pas demander ta mutation.

La gardienne se leva, sa main s'échappa de celle de Clarke. Elle se tourna, croisa les mains derrière son dos, et effectua quelques pas de réflexion. Clarke l'avait déjà vue se déplacer ainsi. Lexa réfléchissait à une stratégie, mais pas pour les Archives cette fois. Elle cherchait les bons mots pour Clarke. La jeune mère dut ravaler son émotion. Lexa faisait de son mieux pour l'aider, alors qu'elle-même avait ses propres soucis.

Lexa s'arrêta. En se tournant, elle ordonna :

- Lève-toi.

Elle se leva, tendit la main à Clarke. La jeune mère ne put qu'obéir. Lexa l'attira dans l'une des deux pièces fermées. La porte ouverte révéla une petite chambre. Toujours aussi sobre que le reste de l'appartement, mais avec des murs gris foncés. Aucune fenêtre. Lexa appuya sur l'interrupteur d'une petite lampe de chevet. Une lumière jaune.

Clarke fronça les sourcils. Cette pièce avait une ambiance ambiguë. Espace intime ou sombre prison, impossible de la définir. La gardienne ne devait pas y passer beaucoup de temps.

Assise sur son lit, Lexa se baissa pour tirer une petite boîte plate cachée sous le meuble.

- Inutile d'avoir encore la même conversation, admit-elle.

Elle tendit la boîte à Clarke. Cette dernière l'ouvrit. Elle était en métal et cachait en son sein de minuscules fioles. Clarke les reconnut. Cela faisait longtemps qu'elle n'en avait pas vu. Elle saisit une fiole entre deux doigts. Cela s'appelait la solution. Et cette solution que Lexa lui proposait s'avérerait peut-être plus efficace que leur conversation redondante.

- Ensemble ? offrit Lexa en prenant elle-même une fiole.

Elle ouvrit le fin bouchon métallique et ingurgita le contenu du récipient. Clarke avait encore le choix.

- Je n'en ai pas pris depuis ma première année d'étude, admit-elle. Je me retrouvais toujours dans les mêmes souvenirs. Ça faisait trop mal.

Elle s'assit sur le lit, à côté de la gardienne. La tête baissée, les yeux rivés sur sa paume ouverte, elle contemplait l'objet. La solution était une drogue illégale. Elle plongeait le consommateur dans les souvenirs de son Précédent. La plupart des personnes qui en prenait avait la sensation d'être dans le corps de ce dernier. Vivre comme lui dans le présent en revivant des souvenirs du passé.

Une main se posa sur le poignet de Clarke. Celle-ci tourna la tête. Lexa lui souriait. Les effets de la solution étaient plus ou moins rapides selon les personnes. Il semblait que Lexa commençait déjà à quitter sa réalité.

- Je crois que tu dois revivre ton passé dans un présent différent.

La réplique de Lexa poussa Clarke à avaler le liquide. Lexa avait raison. Il fallait se confronter au passé. En compagnie de la gardienne, Clarke vivra peut-être de plus beaux souvenirs. Elle ne les ressentira plus de la même façon. Du moins, elle l'espérait.


En début de soirée, Alicia et Cole parvinrent enfin à ramener les courses à l'appartement. Dans les bras de Cole, Aden s'amusait. Il avait profité d'une sieste dans son nouveau landau. Alicia posa le double des clés sur la table et déplia le lit parapluie, où le jeune homme put déposer l'enfant.

- Merci de m'avoir accompagnée, lui dit sa copine, je ne m'en serais pas sortie sans toi.

Cole sourit largement. Le temps passé en compagnie du nourrisson et de sa compagne lui avait changé les idées. Il en avait eu besoin. Un dernier sourire benêt accordé à l'enfant et il détourna la tête. Des rires provenaient de la chambre. Il porta à sa petite-amie un regard interrogateur. Alicia se dévoua pour aller toquer à la porte.

- Lexa ? appela-t-elle.

L'interpellée ouvrit la porte, prise d'un fou rire. Alicia recula aussitôt.

- Lex, rhabille-toi ! grogna sa cadette.

En un rire rauque, Lexa claqua la porte. Alicia et Cole échangèrent un regard suspicieux. Des voix, traversant le mur de la chambre, vinrent confirmer leurs suspicions.

- Arrête de mentir j'ai gagné ! Lâche ça c'est mon tour ! LEXA !

- T'es pas cap de manger le papier peint !

- Naaaan c'est mon tour de te défier tais-toi !

Les lèvres pincées, Alicia rejoignit son petit-ami. Elle passa ses bras autour du cou de ce dernier, incapable de savoir si elle était plus blasée ou amusée par la situation. Ils avaient tous les deux compris que les deux adultes avaient bu la solution, mais le résultat était quelque peu étonnant.

Le rire finit par gagner Alicia à l'écoute de sa sœur et de son invitée. Elle redressa la tête, découvrit agréablement le regard attentionné de son petit-copain. Une nouvelle fausse dispute entre les deux femmes arracha un soupir aux adolescents.

- Je crois qu'elles sont coincées dans de très jeunes souvenirs, s'amusa Cole.

Il avait lui-même fourni les solutions à Lexa, à la demande d'Alicia. Ni lui ni elle n'avait pensé que Lexa les aurait utilisées en cette occasion.

Alicia pouffa et cacha son visage dans le cou du jeune homme, chatouillée par les fins cheveux blonds du garçon, un peu honteuse de le faire assister à ce pauvre spectacle.

- J'avais lu que le Précédent de Lexa avait été un pré-ado con, mais si celui de Clarke l'était aussi, ça va être long.

Cole gloussa avec elle. Ils souhaitaient prendre Aden et quitter les lieux, mais Alicia craignait pour sa sœur. Elle proposa à Cole de rentrer au campus, mais il préféra rester pour la soutenir.

Enfermées dans la chambre, Clarke et Lexa s'amusaient dans les vieux souvenirs d'enfance de leurs Précédents. Dans le salon, Cole et Alicia s'occupèrent du nourrisson et s'installèrent sur le canapé. Ils profitaient tous d'une nuit de légèreté avant l'aube, qui annoncera le point final de l'histoire.