Hey,
j'espère que vous allez bien. D'une part, vis à vis de l'épidémie et du confinement. D'autre part, à l'approche de la dernière saison de la série. On va en entendre parler qu'on le veuille ou non, et des rumeurs circulent au sujet de Lexa. Que vous regardiez ou non, je souhaite vous rappeler de faire attention à vous. L'espoir du retour de Lexa est toujours là, mais on se doit de garder du recul. Sa mort nous a assez blessé, ne laissons pas la spéculation nous faire mal à nouveau.
Que Lexa réapparaisse un jour à l'écran ou non, elle continuera de vivre dans le fandom. Par les fanarts, les fanfictions, par l'espoir et la force qu'elle a pu nous apporter. *musique de violon en fond*
Bref, quoi qu'il advienne, Clexa, c'est nous tous. Je fais un piètre speech en pleine nuit, mais je suis tombée dernièrement sur des théories, et j'ai peur que certains finissent blessés si elles s'avèrent fausses, alors je tenais à écrire ce message. (Même si, croyez-moi, j'aimerais qu'elles soient vraies et qu'on revoie Lexa une dernière fois.)
Pour Un passé sans dessein, l'heure de la fin a sonné ! C'est le dernier chapitre. J'espère que l'histoire vous a plu. Depuis l'été dernier, j'ai écrit deux courtes fanfictions qui m'ont pris plus de temps que prévu à écrire, car j'écris une histoire personnelle à côté. Je pensais que ça serait plus simple pour celle-ci, car j'ai mis Clexa dans mon univers, mais en réalité, ç'a été difficile. Je vais me concentrer sur Précédent pour aller au bout sans m'interrompre, car cela entache la qualité de mes intrigues. Pour Le reflet du lac et Un passé sans dessein, j'ai choisi des intrigues simples, justement car j'écris Précédent en même temps et cette histoire a une intrigue bien ficelée, par conséquent plus difficile à écrire. Pourtant, on m'a déjà fait remarquer une ou deux coquilles, des incohérences dans mes fanfictions. Elles ne sont pas si graves, ne changent pas l'intrigue principale, mais ça m'embête tout de même. :')
J'espère donc que cette fanfiction est cohérente du début à la fin, mais je ne l'ai pas relue dans son intégralité avant d'écrire le dernier chapitre, donc je n'en suis pas sûre moi-même. Je n'aime pas négliger mes histoires, c'est pourquoi je me concentre vraiment sur Précédent, d'où l'intérêt de faire une pause de fanfiction. Mon long message terminé, je vous laisse lire ce chapitre final. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, on se reverra peut-être à l'occasion sur d'autres histoires. ;)
Le grincement de la porte salua le nouveau visiteur. Clarke se leva de table pour l'accueillir. Dans un t-shirt moulant noir et son pantalon pourpre de gardienne, Lexa apparaissait en fantasme devant la jeune mère. Mais ça n'était pas un rêve.
Voilà un peu plus d'un mois qu'elles ne s'étaient pas vues. Au matin de l'entretien de Clarke avec les archivistes, Lexa s'était réveillée seule dans son lit. Dans le salon, l'absence. Sa sœur et son petit-copain étaient partis eux aussi. Lexa était arrivée à temps pour se porter garante, mais elle l'avait fait par réflexe, car elle avait promis. Elle ne comprenait pas pourquoi Clarke avait pris le risque de se rendre seule à son jugement. Lexa aurait dû être son témoin. Finalement, le témoignage de Lexa aura été écouté à part.
Clarke avait accepté les conditions des archivistes. La stratégie qu'elle avait préparé avec Lexa et sa sœur avait fonctionné. Elle pouvait reprendre ses études sans lourde conséquence. Elle conservait la garde de son fils, mais à temps partiel. Elle le laissait en garderie pendant ses heures de cours. Si ses résultats universitaires montraient la moindre défaillance, elle perdrait la garde totale de son fils. Elle faisait de son mieux.
Lexa avait hésité à aller visiter Clarke. La jeune mère vivait sur le campus d'étude, au troisième étage du bâtiment jaune. Cette couleur était associée à la médecine générale. Clarke allait y rester jusqu'à la fin de ses études, y compris pendant sa spécialisation en pédiatrie.
Le regard de Clarke vacillait, face à une gardienne à l'apparence confiante et heureuse. Les longs cheveux bruns, rassemblés sur une épaule, tombaient, ondulaient librement. Clarke voulut y passer ses doigts. Elle se retint. Elle n'osa pas même dire un mot.
Les deux femmes s'assirent à table. La gardienne ne savait pas si elle devait sourire ou se mettre en colère. Elle préféra rester neutre envers Clarke. Elle offrit cependant un sourire au nourrisson installé dans une chaise haute à côté de la table. Avec son hochet dans la main, Aden jouait au juge. Il reconnut Lexa, puisqu'il répondit à son sourire et tendit la main vers elle. Une poignée de mains échangée et Lexa craqua de nouveau pour le bébé. Sa mère, en revanche, avait des explications à fournir. Mais la seule phrase qui lui vint à l'esprit pour débuter la conversation fut :
- Ils font un hachis parmentier de légumes aujourd'hui.
Cela ne fut pas au goût de Lexa. Non le plat, mais ces premiers mots que cette femme lui accordait après des semaines de silence. Un mois que Lexa attendait des nouvelles de Clarke. Un mois qu'elle se demandait ce qu'elle avait pu faire de mal. Ce dont elle se souvenait de leur nuit sous l'effet de la solution n'était pas un mal. Ou peut-être l'était-ce pour Clarke ? Dans ce cas, Lexa aurait souhaité savoir plutôt que de rester dans l'interrogation.
La gardienne avait trouvé une occupation. Elle avait enfin osé demander sa mutation. Avant Clarke, les mentors de Lexa auraient craint la disparition de celle-ci, s'ils lui avaient rendu les missions qui faisaient battre son coeur d'adrénaline. Donner une mission trop lointaine à une femme fatiguée, et il n'est pas certain qu'elle en revienne. Mais Lexa avait désormais une raison de toujours revenir à la métropole. C'était peut-être Clarke, ou un changement de point de vue. Quand elle regardait par la fenêtre de son petit appartement, Lexa ne voyait plus un paysage maussade. Elle y voyait de l'espoir. Ce qu'elle avait ressenti auprès de Clarke, son conflit intérieur, ce désir étonnant, l'envie d'avancer, c'était un progrès pour la jeune femme qui se sentait plus vive. L'énergie qui l'accompagnait lui avait suffi à poursuivre son but d'intégrer l'équipe dont elle rêvait.
Jusqu'à ce qu'elle reçoive un message de Clarke par l'intermédiaire d'Alicia. Sa soeur l'avait croisée sur le campus. Un jour, Clarke vint la voir pour lui demander d'envoyer un mot à Lexa. Elles convinrent finalement d'un rendez-vous.
Les voilà ici, à la table d'un restaurant. Lexa profita du son de la clochette pour se lever et aller chercher les plats prêts au comptoir. Le commis venait de les y déposer. Clarke insista pour se lever à son tour, besoin de remplir la carafe d'eau.
Cette mascarade ne pouvait plus durer. Lexa voulait savoir. Clarke avait besoin d'expliquer ses décisions. Leurs lèvres s'entrouvrirent en même temps. Un faible son sortit de leurs bouches, pour s'évanouir dans l'air. Aden copia le bruit. Lexa, agacée. Clarke, honteuse.
Cette situation, leurs Précédents ne l'avaient pas vécue. Sinon, elles auraient su quoi faire.
- J'ai entamé une psychothérapie, admit Clarke.
Elle avait prévu un début de conversation différent, mais celle-ci s'avérait plus compliquée que prévue. A cette annonce, Lexa ne sut quoi répondre. C'est elle qui avait conseillé à Clarke de demander de l'aide.
- Pas de médicaments, alors ? interrogea la gardienne.
Le son de la clochette résonna à nouveau. Clarke se leva aussitôt. Le commis avait préparé un petit bocal pour Aden. Le nourrisson avait commencé à manger de la purée de légumes. Pendant plusieurs mois, il avait tout juste eu le lait de sa mère et quelques piètres condiments de temps à autre. Clarke avait craint pour la santé de son fils, mais il allait bien. Il était en sécurité. Il ne manquera plus jamais de rien.
Elle s'assit, le bocal en main. Elle prit la cuillère, souffla sur une bouchée de purée, et la proposa à Aden. Le petit garçon adorait découvrir de nouveaux aliments.
- Non, pas de traitement médicamenteux, répondit finalement Clarke. Je ne crois pas en avoir besoin. C'est autre chose qui m'a conduit à la porte de deux psychologues.
Les bras croisés, Lexa observait Clarke. Elle n'avait pas faim, bien que le plat devant elle soit appétissant. Elle avait d'abord besoin de savoir. Le souvenir de sa dernière nuit avec Clarke lui créait une boule lourde au creux du ventre.
- Deux ? demanda-t-elle.
Ce n'était pas ce qu'elle voulait savoir, mais la conversation devait continuer, alors elle relançait avec des questions.
- Le premier psy était un con, plaisanta tristement la jeune mère.
Clarke n'osait pas aborder le sujet qui l'avait amenée ici. Elle continuait à nourrir son fils. Lexa perdait patience. La gardienne conservait sa colère. Elle voulait le dire, crier sur Clarke une phrase forte et douloureuse telle que : si tu ne voulais pas de moi, tu aurais pu le dire plutôt que de partir sans un mot. Mais Lexa savait que ça n'était pas la raison. Elle attrapa les mains de Clarke pour saisir le bocal. Clarke la laissa faire. La jeune mère observa la gardienne nourrir son fils. L'émotion eut raison d'elle.
- Je n'ai pas droit à l'erreur, mais je sais la chance que j'ai d'avoir un bon Précédent. Les archivistes me l'ont dit, si j'avais été-
- Je sais, Clarke, on en a déjà parlé, la coupa Lexa.
La gardienne avait reposé le bocal, laissé retomber la cuillère dedans, au grand dam d'Aden. Elle n'avait pas la force d'écouter la même histoire, celle qui les avait secouées pendant des jours, de la ville morte jusqu'à leur retour en métropole. Elle voulait la vérité. Elle voulait savoir pourquoi Clarke l'avait abandonnée.
Elle était blessée.
- Je me suis portée garante pour toi, mais c'est inutile, puisqu'on ne se voit pas.
Le témoignage de Lexa avait innocenté Clarke de l'incendie qui avait détruit un immeuble de la ville morte. Il prouvait que Clarke n'était pas dangereuse pour la métropole. Il lui laissait une chance de repartir sur une base positive. Les archivistes pensaient que Lexa gardait un œil sur Clarke. Lexa se leva de table. Si Clarke ne l'avait pas invitée ici pour lui donner la raison de son comportement, elle n'avait rien à faire ici.
- Je sais que tu pourrais leur dire, Lexa, avoua hâtivement Clarke. Je sais que tu leur fais un rapport chaque semaine et que tu leur fais croire que tout va bien alors que tu n'en sais rien. Je sais que j'ai merdé.
Elle avouait sa faute. Mais ça n'expliquait rien. Lexa n'avait pas besoin d'entendre Clarke admettre quoi que ce soit. Elle avait besoin de savoir pourquoi.
- Tu sais où j'habite, dit-elle fermement. Quand tu voudras m'expliquer tes conneries, tu viendras me voir.
Lexa quitta le restaurant sans avoir touché son plat. Clarke repoussa sa propre assiette. Elle n'avait pas été capable de le lui dire. Le hochet d'Aden la secoua jusqu'à son retour à la réalité. Elle devait encore s'occuper de son fils. Elle le prit sur ses genoux pour terminer son repas. L'avoir contre elle lui apportait du réconfort. Elle savait qu'elle ne le méritait pas.
Sa séance d'étude terminée, Clarke ne prit pas le chemin de la garderie. Elle avait trois heures devant elle pour récupérer son fils. D'habitude, elle allait retrouver Aden dès sa sortie de cours. La séparation était souvent difficile pour la jeune maman. Elle avait passé des mois sans jamais quitter son fils, sauf ce jour dans la ville morte, lorsqu'elle avait dû le laisser contre son gré à une inconnue.
Clarke se demanda un instant ce qu'était devenue Sian. Vivait-elle encore dans la ville morte ? À la rue, dans le froid et le doute. Clarke pensa à cette adolescente qui recherchait Sian. Elle se surprit à espérer qu'elle l'avait retrouvée, sans savoir si cette jeune femme la cherchait pour de bonnes raisons.
La pensée pour cette fille des rues donna du courage à Clarke. Elle monta les marches de l'immeuble avec conviction. Cet immeuble-là rendait Clarke anxieuse. Mais elle allait y arriver. Elle allait tout expliquer.
- Clarke.
Quand Lexa ouvrit la porte, Clarke manqua de s'enfuir. Immobile sur le paillasson, elle balbutia :
- Ta sœur m'a dit que tu serais là.
Lexa roula les yeux et la laissa entrer. Leur déjeuner de la veille n'avait pas eu une très bonne conclusion. Lexa n'attendait rien de cette entrevue. Clarke attendait tout. Elle pariait sa vie sur cette conversation.
À l'abri dans le cocon de la gardienne, Clarke laissa défiler les pensées. Ne pas s'attarder sur aucune. Eviter le stress. Vite.
- Quand les archivistes m'ont demandé ce qui m'avait convaincue de revenir, j'ai pensé à toi, admit-elle.
Lexa croisa les bras. Stratégie d'auto-défense. Cette phrase la touchait, mais ça ne suffisait pas, et ça n'expliquait rien. Clarke était partie avant son passage aux Archives. Lexa s'appuya contre le comptoir de la cuisine. Clarke restait debout au milieu de la pièce.
- Puis j'ai pensé à Aden, reprit-elle. Au besoin d'avoir un foyer stable où l'élever. Puis j'ai vu mon père, ma mère, à la honte que j'ai ressenti quand j'ai croisé le regard de son ancienne collègue et amie, et j'ai eu l'impression de me retrouver là avant mon départ, quand plus rien n'avait de sens ni de goût, à ce soir où ce mal-être est devenu insupportable, et...
- Clarke, l'interrompit Lexa. Tu te perds. Viens-en au fait.
Les larmes aux yeux, Clarke s'approcha lentement de la gardienne. Elle peinait à expliquer ce qu'elle ressentait, car il était difficile d'y poser des mots. Elle saisit la main de Lexa entre les siennes. La gardienne la laissa faire, mais elle eut un léger recul que Clarke ressentit. Cette dernière déglutit difficilement. Les mots restèrent longtemps coincés dans sa gorge. Lexa ne la brusqua pas, cette fois, car elle vit la terreur dans le regard de la jeune femme face à elle.
Les mains de Clarke s'étaient refermées sur la sienne. Lexa eut peur de savoir, mais elle refusait de reculer face à cet obstacle. Elle leva sa main libre et essuya la larme qui traçait une route de tristesse sur le visage de Clarke. Cette route n'était qu'un passage pour elles, après tout le chemin déjà parcouru. La larme précieusement récoltée, Lexa n'ôta pas sa main. Elle la laissa posée sur la peau chaude de la jeune femme.
- Clarke, dis-moi, l'encouragea-t-elle.
Et Clarke baissa la tête. Honteuse. Terrifiée. Cette peur, tout le monde l'avait, mais tous ne la ressentaient pas comme elle. Tous ne l'avaient pas vécue. Les images défilèrent à nouveau dans l'esprit de la jeune femme, mais cette fois-ci elles ne furent pas brusques. Elles ne firent que passer, doucement, pour permettre à Clarke de le dire enfin :
- Je t'ai vue morte, Lexa.
Elle étouffa un sanglot, qui rebondit dans sa gorge. Lexa baissa la tête, son front s'approcha inconsciemment de celui de Clarke.
Lexa ne put éprouver de la colère face à l'abandon de la jeune mère. Clarke avait trop perdu. Elles avaient brièvement discuté de ce deuil difficile. Lexa aussi avait subi la mort des siens. Elles pensaient avoir un chemin à parcourir pour accepter la perte des personnes aimées. Elles en avaient oublié une peur enfouie. Celle de perdre à nouveau.
- Tu as vu ça aux Archives... murmura la gardienne.
Son métier était dangereux. Elle comprenait la peur de Clarke. Mais ce risque, cette peur de la mort, tout le monde les portait, quelque part en soi. On vivait avec. On n'avait pas d'autre choix. La mort était un risque de la vie.
- Non, Lexa, je l'ai vu auprès de toi. Ce cauchemar m'a réveillée. Après une nuit sous les effets de la solution, je pensais me sentir mieux. Ça semblait... réel...
Elle n'expliqua pas son rêve. Elle n'arrivait pas à le décrire. Elle avait peur qu'il ait lieu ici, en métropole. Elle avait vu Lexa, dans son uniforme de gardienne, transpercée par un projectile en essayant de la protéger. Puis elle était tombée, les flammes l'avaient enveloppée, et elle avait disparu à jamais dans l'incendie.
Ce n'était qu'un cauchemar. Clarke avait essayé de s'en convaincre. Mais ce rêve n'avait fait que lui rappeler l'état dans lequel la mort de ses proches l'avait plongée. Elle n'avait pas réussi à amortir sa chute. Elle était tombée dans une obscurité si profonde qu'elle peinait à la décrire lors des consultations thérapeutiques.
- Clarke...
Un faible murmure. Lexa ne savait quoi lui dire. Comment la convaincre qu'il ne lui arrivera aucun mal, alors qu'elle venait d'intégrer une équipe de gardiens dont le but était de prendre de hauts risques pour protéger et sauver autrui ?
- Attends, l'arrêta Clarke.
Elle n'avait pas terminé. Elle avait encore un fait à avouer.
- Ce n'est pas seulement ça, Lexa. Les archivistes m'ont posé une question et je n'ai pas su répondre. J'ai réalisé mon erreur et je n'ai pas su la corriger. J'ai été obligée de raconter mon histoire avec le père d'Aden, et j'ai dû mentir en leur disant que son départ m'avait attristée. Mais c'est pas ça que je ressens. Je l'ai compris avec toi. J'ai peur de l'abandon, alors je t'ai laissée tomber. Je sais, j'ai eu tort.
La main de Lexa quitta sa joue. Clarke eut peur d'avoir échoué. Elle maintint l'autre main de la gardienne entre les siennes, comme une supplique. Ne pars pas.
- C'était quoi, la question ? demanda Lexa.
Son calme surprit Clarke. Influencée par le comportement de Lexa, la jeune mère put justifier :
- Est-ce que je regrette d'avoir eu Aden seule ?
Elle héritait d'un pédiatre. Elle avait raconté comment cette douloureuse expérience l'avait aidée à comprendre et ressentir la vie de son Précédent sous un nouvel angle. Elle avait expliqué de mille manières différentes pourquoi Aden était le résultat de l'introspection. Mais cette question n'était pas correcte. Pas pour Clarke. Elle avait accouché de son fils seule, certes, mais elle n'était pas revenue qu'avec lui.
Pendant le mois suivant, elle avait pensé à sa réponse. Non, elle ne regrettait pas, car son fils était le résultat d'une expérience incroyable, d'un retour dans le passé. Elle était en phase avec son Précédent.
C'est ce qu'elle avait dit aux archivistes. Mais ça n'était pas la juste vérité. Elle n'eut pas besoin d'expliquer tout cela à Lexa, car cette histoire, elles l'avaient préparées ensemble pour convaincre les Archives de donner une seconde chance à Clarke.
Lexa ne dit rien, car elle attendait ces quelques mots prévisibles, conclusion attendue. Lexa avait besoin d'entendre ces quelques mots. Quand Clarke les prononça enfin, le soulagement apaisa la gardienne.
- Je regretterais d'avoir élevé mon fils seule, si je ne nous donne pas une chance.
Lexa saisit Clarke par la taille, libérée du poids de l'attente et de l'incompréhension. Elle l'enlaça. Clarke faisait part de son souhait de la revoir. Où avait-elle mal compris ? Lexa la relâcha, recula et demanda :
- Tu as peur que je meure mais tu veux qu'on élève ton fils ensemble, c'est ça ?
Clarke gloussa. Un rire mêlé de larmes. Cette conversation était trop compliquée, elle espérait ne plus avoir à justifier. Ses sentiments étaient emmêlés. La jeune femme avait encore du chemin à faire pour retrouver l'équilibre. Elle ne se voyait simplement pas le parcourir sans Lexa.
- C'est un risque que je suis prête à prendre, affirma-t-elle. Mais sache au moins que je suis fière de toi. Ta sœur m'a dit que tu avais obtenu ta mutation. Je te préviens, si tu meurs en mission, je trouverai ton héritier et le hanterai jusqu'à la fin de ses jours.
Elles se mirent à glousser bêtement, l'atmosphère de la pièce allégée. Il restait cependant un sujet à aborder. Lexa se lança en première :
- Sous l'effet de la solution, on a failli...
- Me le rappelle pas ! la coupa Clarke.
Elle se cacha honteusement le visage. Lexa saisit ses mains. Quand Clarke croisa son regard, elle vit le sérieux avec lequel Lexa souhaitait aborder le sujet. Clarke soupira. Encore un point à expliquer.
- Les effets de la solution s'estompaient et mes idées se sont embrouillées.
Lexa s'accouda au comptoir de la cuisine. Elle avait eu peur d'avoir fait quelque chose de mal pendant des semaines. Elle voulait tirer ce point au clair.
- On était sur le point de faire l'amour et tu m'as repoussée, puis engueulée. Tu as le droit de ne pas vouloir, mais puisqu'on essaie de définir notre relation, il faut en parler.
Clarke recula et se tourna. Elle ne s'était pas sentie aussi bêtement honteuse depuis l'adolescence. Elle préférait recommencer la partie douloureuse de la conversation plutôt que d'admettre cela. Elle va se foutre de ma gueule, pensa-t-elle. Elle souffla un coup fort et se retourna pour lancer :
- J'ai paniqué, d'accord ? Le premier psy pensait que c'était dû à la peur de retomber enceinte, le deuxième croit que c'est les hormones. La grossesse, ça laisse des traces, c'est tout.
C'est tout. Ce n'était pas une explication très claire, mais Lexa ne retint qu'un morceau de cette phrase, et un sourire malicieux illumina son visage tandis qu'elle s'approchait de Clarke. Elle observa de haut en bas la posture incertaine de la jeune mère, puis redressa subitement la tête, pour demander, dans un élan de fierté :
- Tu as peur que je te mette enceinte, Clarke ?
La jeune femme repoussa Lexa, amusée par sa bêtise, puis l'attrapa par le col pour l'attirer à elle.
- T'as l'air déterminée, répliqua-t-elle.
Elle jouait le jeu, ce qui poussa Lexa à poursuivre.
- On va déjà élever notre premier enfant avant de penser au deuxième.
Clarke étouffa sa joie dans le baiser que lui offrit la gardienne. Elle tirait sur son col, heureuse de tourner cette nouvelle page de sa vie avec Lexa. Les malheurs subis jusqu'ici la laissaient terrifiée, mais ce qu'elle ressentait pour Lexa ne s'effacera pas avec le temps, et la peur du regret avait vaincu la peur de perdre l'être aimé.
En tirant indéfiniment Lexa par le col, entre deux baisers échangés, Clarke buta contre la porte de la chambre. Avant que celle-ci ne l'ouvre, Lexa tint à clarifier un ultime point :
- Je ne te dénoncerai jamais aux Archives, Clarke. Que tu restes auprès de moi ou non. Je t'en ai voulu à cause de ton silence, mais je crois que tu mérites cette deuxième chance. On me l'a donnée, je ne vais pas t'ôter la tienne.
Clarke sourit. Ces propos la rassuraient, mais ce n'était pas cette crainte qui l'avait ramenée auprès de Lexa. C'était le désir de la revoir et de voir comment leur lien pouvait se développer.
- C'est notre deuxième chance, appuya-t-elle.
La douleur du passé et l'angoisse du futur ne vinrent pas entraver le désir des jeunes femmes. Bientôt, sur le lit défait, à la lueur d'une bougie que Lexa tint absolument à allumer, les deux corps se trouvèrent et les esprits apaisés s'envolèrent sans l'aide d'aucune solution.
Au-delà d'un foyer, Clarke trouva dans les bras de Lexa l'union aimante qui lui manquait pour élever son fils. Lexa avait retrouvé la passion de son métier et de l'amour d'une femme.
Le soir, de retour de la garderie, ils dînèrent tous ensemble. Clarke était censée rentrer au campus, où tous les étudiants vivaient pendant leurs études. Elle refusa. Elle savait que la gardienne en charge de son suivi de conduite ne la dénoncera pas.
Aden dormait depuis trois heures lorsque Clarke et Lexa décidèrent enfin de dormir. Hypnotisée par les mèches ondulées de Lexa, la jeune mère mit du temps à fermer les yeux. Lexa avait clos les siens, mais les rouvrit sous le poids du regard de Clarke.
- Tu devrais te rhabiller, il fait froid ces temps-ci, lui fit-elle remarquer.
Clarke sourit. Elle avait passé des nuits au froid. Cette nuit-là n'en sera pas une.
- Ça me donnera une excuse pour me coller contre toi, plaisanta-t-elle.
Lexa baissa les yeux pour cacher son sourire. Elle voulait avoir raison, mais le contact de Clarke nue contre elle calmait son élan de fierté. Elle remonta la couverture sur elles et accueillit la jeune femme contre son torse.
Avant de se laisser emporter par le sommeil, Clarke se redressa pour souffler sur la dernière bougie allumée. Lexa grommela. Elle n'appréciait pas qu'on éteigne ses bougies, mais l'étreinte de Clarke la repoussa dans son repos.
Ce jour restera dans la mémoire de leurs héritiers comme une victoire, une porte sur des souvenirs heureux.
