Salut la compagnie, je tiens avant tout à m'excuser pour le couac de la semaine dernière. J'avais prévu de faire une histoire avec un format un peu déconstruit mais suite à quelques remarques sur la cohérence, j'ai décidé de me raviser. C'est ce qui explique la subite disparition du chapitre 3. Pour ceux qui l'aurait déjà lu (il est resté un peu moins de 24h)... hé bien oubliez tout :D cette partie de l'histoire reviendra plus tard sous une autre forme. Pour les autres pas de problème... Voilà donc le chapitre 3 définitif qui n'a rien à voir. Encore désolé, j'espère que vous arriverez quand même à vous y retrouver.
Chapitre 3 : Alice au pays des Merveilles
Harry examina la fiole, le mot « Martes Foira» était finement gravé à la surface du verre. Une Fouine ? Ça n'aidait pas vraiment à comprendre ce qu'elle contenait. D'une manière ou d'une autre, ce mot lui rappela sa quatrième année, quand Maugrey Fol'oeil avait arbitrairement transformé Malfoy en petit mammifère touffu et hystérique. Malgré sa taille d'une trentaine de centimètre, ce dernier avait poussé des petit cris autoritaires en mordant ceux qui n'exécutaient pas correctement ses ordres. Tel emmerdeur, tel fouine !
Le filament argenté remuait lentement à l'intérieur en diffusant une faible lumière. Son attention se porta sur l'étiquette accrochée au goulot.
« Drink me ».
L'expéditeur devait avoir un certain sens de l'humour. Est ce qu'en avalant le contenu il allait devenir minuscule et rencontrer une chenille qui fume de l'opium ? Dans ce cas là, où était le gâteau qui fait grandir ? Le chat qui sourit ?
Bois-moi. Ça semblait innocent, mais ça pouvait aussi bien être du poison. Harry serait le premier Auror de l'histoire à mourir en buvant avec imprudence une potion d'origine inconnue. « oui mais le fiole me disait de la boire » serait son épitaf.
Il la regarda encore. Fixement. Petite fiole tentatrice ! Les risques étaient démesurés pour une toute petite semaine de perdue. Les partisans de voldemort se tairaient encore, c'était surement un piège.
Il la déboucha. Raisonnable ? Depuis quand est ce qu'il était raisonnable ?
Tant pis, il plongeait directement dans le terrier du lapin blanc ! Le liquide épais provoqua des étranges picotements sur sa langue. Ses yeux prirent une tinte bleue lumineuse et il toussa des petites gerbes d'étincelles. Et puis la sensation fut plus intense. Ses jambes se mirent à trembler, il fallait absolument qu'il s'allonge, tout de suite ! Il tituba sur quelques mètres et s'étala au sol, face contre terre. Le plancher l'englouti comme une mélasse gélatineuse et l'obscurité s'installa. La sensation de chute fut immédiate, le vent, le vide... des morceaux de souvenirs se déroulaient autour de lui en longue pellicule.
Les pierres couvertes de suie et les tapis brulés se dévoilèrent. Les tableaux boursouflés et tristement immobiles, la forte odeur de fumée presque irrespirable, toujours aussi vivace. Harry n'aimait pas cet endroit, mais il fut en même temps soulager d'y retourner parce qu'il était sur le point d'élucider un mystère.
Ses pieds s'arrêtèrent pendant un instant sur le seuil de la porte. L'étiquette de Malfoy était toujours parfaitement immobile au centre de la pièce, mais il ne pouvait pas encore voir sa silhouette à travers l'ouverture fracturée. Harry enjamba les débris de bois et pénétra à l'intérieur.
Il n'eut pas le temps de voir grand chose. Un sortilège le frappa de plein fouet et il fut expulser de la salle. Son corps percuta le mur adjacent et il glissa au sol avec une plainte de douleur. Il mit quelques secondes à reprendre ses esprits.
Des pas tranquilles s'approchèrent de lui.
- Cette salle possède certains mécanismes de protection qu'il faut savoir éviter, Potter !
Malfoy le toisait d'un sale regard supérieur.
- Si tu n'étais pas venu fureter par ici et m'espionner tu n'aurais pas subi un tel sortilège. Considère ça comme une juste punition pour les petits curieux dans ton genre ! Ajouta-t-il avec un sourire mauvais.
- Je n'avais pas l'intention de t'espionner. Je voulais juste te poser des questions, se défendit Harry en se massant les tempes.
Malfoy croisa les bras.
- Oh ? Et qu'est ce que j'ai fais mériter l'attention du très noble sauveur ?
Harry prit une inspiration.
- Si tu pouvais arrêter de faire ça, ça serait cool !
Malfoy plissa les yeux.
- Faire quoi ?
- Faire comme si on était sur le point de se battre. Je ne suis plus ton ennemis, tu te souviens ? Tu n'as plus aucun raison de vouloir me tuer.
Ça eut pour effet de lui fermer le clapet. Malfoy fit une moue boudeuse et s'éloigna, mais Harry n'avait pas l'intention de le laisser s'en tirer comme ça. Il le prit en chasse et attrapa son bras gauche pour l'obliger à s'arrêter. Ça devenait étrangement familier.
Malfoy lui lança un regard terrible, il fit un mouvement qui aurait pu donner l'impression qu'il allait lui mettre son poing dans la figure, mais il se dégagea simplement. Sa manche était légèrement remontée, la marque des ténèbres était visible sous le pan de tissu. Autour, des traces rouges récentes et plus anciennes qui avaient commencé à cicatriser.
Le visage de Malfoy se craquela pendant une fraction de seconde. Sous les coutures du mépris, on pouvait apercevoir son expression douloureuse. Harry se figea.
- Ces cicatrices...
Malfoy continua d'avancer dans le couloir.
- Tu as besoin d'aide ! Insista Harry.
Malfoy ricana avec amertume.
- Qui pourrait m'aider.
Il resta immobile alors que Malfoy continuait à s'avancer ce qui fait qu'il était presque au bout du couloir quand Harry lui donna une réponse clair.
- Moi je pourrais, dit-il avec force.
Malfoy fit demi tour dans sa direction. Un fois à sa hauteur il remonta sa manche pour exhiber le tatouage dans son ensemble. Le serpent releva la tête et gigota dans la bouche du crâne. De l'autre main, il fouilla dans sa poche arrière et en sortit un couteau aiguisé qui servait à trancher des racines ou des ingrédients coriaces.
- Tu ne peux pas faire grand chose contre ça.
Sur ces mots il abattit la pointe de la lame sur son avant bras, en plein sur la tête de mort à l'encre noire. Harry attendit l'effusion de sang avec une expression d'horreur. Avec cette force le couteau aurait du le perforer sans effort, mais il se brisa contre sa peau comme du verre. La marque des ténèbres semblait immunisée contre toute attaque. Malgré la chute de Voldemort, le mage noir avait encore trouvé le moyen de vivre à travers ses fidèles en leur laissant une marque indélébile.
Harry resta abasourdis pendant un moment. Il ressentit une forme de soulagement en se rendant compte que sa première théorie était invalide.
- Tu cherchais simplement à l'enlever ?
Malfoy lui lança un regard méprisant.
- Quoi ? Tu pensais que je voulais en finir ? Tu es mignon Potter. Je ne serais jamais revenu ici, à Poudlard, si c'était réellement le cas.
- C'est pour ça que tu te cachais ? Que tu trainais ici ? Pour trouver un moyen de t'en débarrasser .
Il hocha la tête.
- Pourquoi est ce que j'ai l'impression que tu ne me dis pas toute la vérité, demanda Harry avec un regard insistant.
- Je ne sais pas... parce que tu es un idiot paranoïaque ?
- Peut-être. Mais je ne sais toujours pas ce qu'il y a dans cette salle. Et à en voir ta tête, je vois bien que c'est un sujet sensible.
Malfoy pinça les lèvres avec un air de plus en plus agacé.
- Tu peux toujours essayer d'entrer par la force, ça m'a pris trois mois pour comprendre comment on passe la porte sans se faire expulser.
- En effet je pourrais essayer, ou tu pourrais me dire ce qu'il y à l'intérieur.
- ...Ou tu pourrais juste arrêter de me persécuter.
Harry poussa un long soupir.
- C'est jamais simple avec toi, pas vrai ? Tu sais que je ne m'arrêterais pas avant d'avoir obtenu les réponses à mes questions. Et pour le peu que j'en sache, elles sont nombreuses.
Malfoy semblait un peu décontenancé.
- Mais c'est quoi le problème avec toi, Potter ? Le tribunal et maintenant ça ? Tu vois bien que je suis une cause perdue.
- Justement ! Tu devrais savoir à quel point j'aime les causes perdues.
Silence. Malfoy toussa avec embarras. Oups.
- Euh...
- hein ? Merde. Fit Harry, un peu rouge.
- C'est rien. Marmonna Malfoy.
Harry toussa également.
- Bon... ça sonnait un peu comme du flirt... du mauvais flirt... mais je ne voulais pas dire que...enfin tu vois...
Malfoy tendit la main pour le couper.
- Tu parles trop, j'ai compris l'idée.
Sauf qu'il y'avait un tout petit sourire qui frémissait au coin des lèvres. Il essayait clairement de ne pas rire. Harry plaqua les deux mains sur son visage quand il réalisa qu'il venait réellement de dire « Tu devrais savoir à quel point j'aime les causes perdues » avec un air de poseur. Si Ginny et Hermione l'apprenaient, cette réplique finirait certainement dans une de leurs histoires pleines de fantasmes.
- S'il te plait, oublie ça !
Malfoy ricana.
- Bonne nuit, Potter.
- Ouais... Bonne nuit, lui répondit Harry.
- C'est ça, bonne nuit ! ajouta Rusard.
Le vieux concierge se tenait, là, une main sur les hanches, l'autre sur sa lanterne. Merde. Il allait devoir fournir de très bonne excuses...
La pellicule disparut, comme parti en fumée. Le Harry dans le terrier du lapin blanc reprit progressivement connaissance. Les drapées du lit à baldaquin remplacèrent la pierre noircie. En jetant un coup d'oeil à son réveil, Harry réalisa que son immersion avait duré moins d'une dizaine de minutes . Le temps s'écoulait différemment aux pays des merveilles.
Que conclure de ce filament ? Déjà l'expéditeur n'était plus vraiment mystérieux. Malfoy avait apparemment décider de répondre à ses questions. C'était la première fois qu'il entendait parler d'une potion qui permettait de visionner un souvenir sans l'intermédiaire d'une Pensine. Malfoy avait visiblement étudié la question si on pense aux croquis dans son carnet. C'était comme se laisser guider et revivre la scène à travers ses propres yeux. Harry était un peu plus avancé mais ça restait maigre. Malfoy s'était visiblement efforcé de justifier sa présence dans l'aile abandonnée sans pour autant faire coïncider cet extrait avec l'état de son corps ou encore l'endroit où on l'avait retrouver. Ça ne collait pas. Vraiment pas.
Plus tard dans la journée, Harry décida d'aller directement se renseigner auprès du seul témoin externe : Rusard. Parce qu'il savait comme c'était facile de modifier un souvenir pour le rendre plus acceptable aux yeux des autres. Slughorn l'avait fait. À maintes reprises. Discuter avec Rusard était probablement aussi compliqué et désagréable que de poursuivre Malfoy dans toute l'école, mais il avait besoin de sources supplémentaires pour reconstituer sa mémoire défaillante. Pourquoi fallait-il que ce soit ces deux là qui détiennent les réponses à ses questions ? Çe ne pouvait pas être quelqu'un de sympathique et d'agréable, comme Annah Abbot ou Colin Crivey ? Colin Crivey aurait été ravie de pouvoir l'aider, de l'inviter à prendre un verre ou de le trainer à en rendez vous. Son béguin pour Harry n'était un mystère pour personne. Il faut dire qu'il lui avait fait sa déclaration en grande pompe en plein milieu de la salle commune. Malgré un refus catégorique, Colin avait continué à se comporter comme un chevalier servant en lui offrant des fleurs ou des chocolats sous le regard critique des étudiants qui passaient par là. Horrible.
Jusque là, Harry n'avait jamais vraiment envisagé de sortir avec mec. Pas que cette perspective le dérangeait vraiment, mais il n'avait pas trop eu le temps de questionner sa sexualité en courant après les Horcruxes. Il avait souvent confondu affection, admiration et désir en choisissant la facilité. Ginny avait beaucoup souffert de son incertitude et la rupture avait été difficile. Les crises de larmes et les violentes disputes avaient animé les derniers jours de leur vie de couple. Ces derniers temps, il se sentait dans une mouvance un peu différente. Cette fois il voulait attendre d'être sûr avant de se lancer corps et âme dans une relation qui pouvait s'avérer décevante.
Des images défilèrent devant ses yeux. Un flash soudain qui s'imposa à lui comme une révélation. Flou, confus.
Un corps pressé contre le sien. Un sentiment de bonheur, mêlé à l'appréhension et à la tristesse. Des mains qui s'enfoncent dans sa poitrine, qui serrent sa chemise, sa gorge. Un douce suffocation qui lui retourne les tripes. L'herbe qui lui chatouille la nuque, la fraicheur de la nuit. Et l'odeur de l'autre, qui l'entoure et le remplie complétement.
Une douleur sourde s'empara de sa tête. Il s'appuya sur le mur pour reprendre ses esprits. Est ce que c'était les effets secondaires dont parlait Slughorn ?
- Qu'est ce que vous faites là, Potter... c'est une manie de fureter partout ? Le salua Rusard en pointant le chiffon sale qu'il tenait à la main dans sa direction.
Harry réajusta ses lunettes.
- C'est vous que je cherchais.
- Tiens donc, comme par hasard.
Ce vieux fou était toujours aussi paranoïaque.
- Je voulais simplement vous demander si, il y deux semaines, vous avez mis la main sur des étudiants dans l'aile abandonnée.
Rusard plissa les yeux qui s'étaient maintenant réduits à l'état de deux fentes étroites.
- A quoi vous jouez, Potter. C'était vous. Et vous avez eu la punitions que vous méritiez.
- Moi seul ?
Le concierge s'impatienta.
- Non, le rejeton des Malfoys était là, lui aussi. Je dois dire que c'était assez satisfaisant de vous voir marner et bouloter en ramassant le crin de licorne sur les berges du lac.
Le visage de Rusard s'illuminait au fur et à mesure qu'il évoquait son agréable souvenir. Il avait gagné l'attention de Harry au mot « Lac ».
- Je crois que le jeune Malfoy n'était pas vraiment satisfait de sa punition. Oh, le couard s'est plaint comme il pouvait, il a tapé du pied, exigé et même supplié. Un Mangemort qui a peur de se noyer, on aura tout vu...
Pour que Malfoy laisse de côté son amour propre et supplie Rusard de le laisser partir, il devait être sacrément effrayé.
- Et comment ça s'est terminé ?
Rusard l'envoya baladé d'un revers de main.
- Qu'est ce que j'en sais moi ? Il n'était pas question que je rate la publication de Sorcières Séduisantes.
Harry n'apprit rien de plus de la part du concierge de l'école. Expliquer à Rusard qu'il n'aurait pas dû abandonner un élève terrifié sur le bord du Lac pour aller lire Sorciers Séduisantes – aussi merveilleuses soit-elles- était une perte de temps. D'ailleurs Harry n'était même pas sûr de vouloir réellement savoir ce que contenait Sorcières Séduisantes.
Il traversa le parc du château en direction du Lac. L'air était humide et le ciel couvert d'une barrière de nuages. Ses pas le menèrent instinctivement vers une plage de galets, comme si il déjà avait effectuer ce trajet une multitude de fois. L'eau était lisse et sombre, même en plein milieu de la journée. Le vent troublait l'onde et provoquait des petites vaguelettes. A moins que ça ne soit l'activité aquatique du Peuple de l'eau, responsable des légers frémissements à la surface.
Les images revinrent à l'assaut. Puissante.
Plongé dans l'eau, il se sent happer par les profondeurs. Des mains, des griffes et des algues le maintiennent prisonnier de cette prison aquatique. La lumière de la lune se reflète à la surface comme un phare. Ses mains cherchent à l'atteindre. Mais c'est loin. Trop loin. Un sortilège le frappe à la poitrine. Les étincelles rouges dansent autour de lui. Et puis brusquement l'oxygène. Son torse perse là surface. Il respire. Sa poitrine brule, son esprit est en feu... Il se traine sur la plage de galet. C'est douloureux mais il respire. Enfin il respire...
Quand il ouvrit les yeux, Harry était allongé sur la plage. Il avait du perdre connaissance pendant quelques minutes. Une seule certitude le tiraillait, la punition avait mal tourné... vraiment mal tourné. Et Malfoy avait anticipé l'attaque. Pourquoi ? Comment ?
Peu de créatures hostiles avaient élu domicile dans les profondeurs du Lac Noir. Newt Scamander et le professeur Dumbledore s'en étaient assurés afin de garantir la sécurité des élèves. Il pouvait dire merci aux cours accélérés de l'histoire de Poudlard donné par Hermione pendant leurs sessions de révision ! Les élèves adoraient colporter des ragots sur le Kraken ou le monstre du Loch Ness, mais personne n'avait aperçu le moindre tentacule. Pour ce qu'il en savait, ce n'était que des légendes urbaines. Et d'ailleurs Harry avait été bien trop stupéfait de découvrir l'existence des Sirènes, pour en plus envisager qu'un calamar géant de la taille d'un building semait la terreur à quelques centaines mètres du château.
Quelque chose attira son attention, roulée en boule entre des racines. Ce n'était peut être rien, mais ça valait le coup de regarder. En dégageant le bois mort ballotté par le vent, il mit la main sur un sweat zippé rouge. En le touchant il eut l'impression de le reconnaître. Pourtant cette veste ne lui appartenait pas, c'était une certitude. Le tissu était de bonne qualité et orné de broderies noires et argentées sur les manches. Harry le plaqua contre son visage et prit une grande inspiration. Il connaissait cette odeur. Très bien. Elle était cendrée, forte, agréable et réconfortante. Et masculine...
Il relâcha subitement la veste. Qu'est ce qu'il était en train de faire, bon sang ? Sniffer les affaires d'un inconnu comme un limier flairant une piste ? Rien à voir avec les méthodes d'un Auror ! Heureusement que personne n'était dans les parages pour assister à ça. Il la roula sous son bras et retourna vers le château.
Il essaya de ne pas trop penser au fait qu'il y ait de grande chance qu'elle appartienne à Malfoy. Personne ne venait jamais dans ce coin, trop proche de la forêt interdite. Les étudiants préféraient flâner sur la berge opposée, aménagée avec des bancs en pierre et des petites tables de jardin en fer forgé. Peut-être que ça ne voulait rien dire. N'importe qui d'autre aurait pu égarer sa veste en survolant les environs en balai.
Quand il traversa le hall il fut intercepté par Ron.
- Qu'est ce que tu foutais, t'as raté tous les cours de la matinée. Mme Fauconnet n'a pas arrêté de dire qu'elle voulait te voir dans son bureau.
Harry était tenté de tout lui raconter. Mais cette histoire était encore trop compliqué à démêler dans sa propre tête et il ne savait même pas par quoi commencer. Ron et Hermione aurait grandement désapprouvé tous les risques qu'il avait bêtement pris pour une toute petite semaine d'amnésie. Ses flashs de mémoire et leurs effets secondaires étaient inquiétant mais sous contrôle, il n'avait pas besoin que ses meilleurs amis lui mettent des bâtons dans les roues. Sans parler du vampire et de la veste. Il décida pour l'instant d'en rester au minimum, quitte à tout leur raconter quand il aurait obtenu plus de réponses.
- J'avais besoin de prendre l'air, dit-il.
Ron le dévisagea avec un regard suspicieux.
- Tu n'es en train d'enquêter dans ton coin, pas vrai ?
Harry poussa un soupir.
- Je crève la dalle. J'ai besoin de manger, Ron...pas d'un sermon.
Ron fronça les sourcils.
- Très bien, Monsieur cachoterie...
A son avis Malfoy était un bien meilleur candidat pour Monsieur cachoterie. Ils pénétrèrent dans la grande salle et s'installèrent sur le banc de Gryffondor. Comme à son habitude, Harry sonda la table de Serpentard, ça devenait une routine. Sans surprise, Malfoy avait apparemment décidé de ne pas les honorer de sa présence. Mais aujourd'hui il ressentit une forme de déception, après le souvenir, Harry avait espéré qu'ils puissent enfin discuter normalement. Hermione se laissa tomber en face d'eux en lui cachant la vue.
- Je viens de passer 15min dans le bureau de Mme Fauconnet. Elle dit que ce n'est pas grave si tu rates quelques cours, vu la situation, mais que tu dois essayer de te reposer et de rattraper le retard.
On pouvait entendre les reproches dans sa voix. Elle se pencha sur la table pour que personne d'autres ne puisse entendre.
- ...et courir après Malfoy n'est pas une activité reposante. Tu dois faire attention Harry, ne triture pas trop ta mémoire, tu connais les risques.
Harry mordit dans sa tranche de rôti avec un air irrité. Il pouvait difficilement parlé de ce qu'il avait découvert avec elle.
Ses yeux se fixèrent immédiatement sur une tête blonde qui traversait la salle. Il s'attendait presque à être déçu de croiser le regard de Colin Crivey. Mais non. Sa seigneurie en personne avait finalement décidé de se montrer à l'heure du dessert. Comme Malfoy avait développé un certain talent dans la discipline olympique qui consistait à éviter tout contact visuel, Harry décida d'attirer son attention tout en vérifiant sa théorie. Il récupéra la veste rouge qu'il avait plié à côté de lui et l'enfila. Elle n'était pas vraiment adaptée à son corps, bien trop grande au niveau des manches et des épaules. Mais elle était tiède, probablement ensorcelée avec un sortilège chauffant et il fut encore envahi par l'odeur de son propriétaire. Il essaya de ne pas trop y penser.
- Sympa, ta veste, commenta Ron en mastiquant un bonbon au caramel.
Oui. Elle était sympa... et surtout mystérieuse. Quand Harry redressa la tête à la hauteur de la table de Serpentard, Malfoy le fixait avec un air perplexe. Harry mit tous les efforts du monde à paraître le plus naturel possible. Aucun doute. C'était sa veste. Définitivement sa veste.
- Je l'ai trouvé et j'ai décidé de la garder, expliqua-t-il à Ron avec un petit sourire.
Quelques minutes après, un oiseau en papier traversait la salle et se posait dans son assiette vide. Harry le déplia, il contenait un message. « voleur ».
- Ne me dit pas que cette veste appartient à celui-que-tu-dois-arrêter-de-poursuivre, s'étouffa Ron qui lisait par-dessus son épaule.
- Pitié, Harry... ajouta Hermione l'air profondément exaspéré.
L'oiseau en papier était une marque déposée, évidemment que Ron et Hermione allaient s'en apercevoir. Harry fouilla dans son sac pour sortir une plume et de l'encre. Il ajouta « viens donc la récupérer » et le renvoya à l'expéditeur en soufflant sur ses ailes en papier.
Pas loin d'une heure plus tard, ils étaient face à face dans le couloir qui menait aux escaliers magiques.
- Rends-la moi, ordonna Malfoy.
Harry, les mains dans les poches, ne bougea pas d'un millimètre.
- Seulement si tu réponds à mes questions.
Malfoy le jaugea du regard. Puis il sembla se résigner.
- D'accord, tu as le droit à une seule question.
Ce n'était pas très généreux de sa part. C'était loin d'être suffisant pour étancher sa soif d'informations.
- C'est pas cher payé.
- C'est ça ou rien, répliqua Malfoy les dents serrées.
Harry accepta à contre-coeur.
- La veste en premier, exigea son propriétaire.
Harry fit descendre la fermeture éclair sous le regard attentif de son interlocuteur. C'était comme un échange entre un agent Russe et Américain pendant la guerre froide. Intransigeant.
- Tu ne me demandes pas où je l'ai trouvé ? C'était plutôt intéressant. Au bord du Lac Noir, là où j'ai failli me noyer, commenta Harry en observant sa réaction.
Malfoy récupéra sa veste et l'enfila à son tour avec mauvaise grâce.
- C'était ta question, Potter ? Lui demanda-t-il en réajustant son col.
Elle lui allait mieux. Les broderies tombaient parfaitement sur la courbe de ses épaules.
- Non. Voilà ma vraie question : Est ce que tu as toujours la marque des ténèbres sur ton bras gauche ?
La question n'avait pas l'air de lui faire plaisir. Il avait le sourire de celui qui venait d'encaisser un coup vraiment bas. En guise de réponse, il souleva la manche pour exhiber son avant-bras. Pâle. Immaculé. Sans le moindre tatouage.
