Chapitre 4 : Le petit chaperon rouge

Sur le moment, s'introduire dans la chambre de Malfoy avait semblait être une bonne idée. Mais c'était beaucoup plus facile à dire qu'à faire. Le dortoir de Serpentard avait été déplacé dans une tour à l'est du château. McGonagall avait pris cette décision pour donner un nouveau départ aux étudiants en proie à une crise identitaire et dont la réputation avait été malmenée pendant la bataille de Poudlard. Le grand Serpent Vert et le lion doré avaient même changé de position sur le blason, ils se tenaient maintenant dos-à-dos comme des alliés, au lieu de se faire face.

Pourtant, Harry n'avait pas vraiment l'impression d'avancer dos-à-dos avec Malfoy. Mais cette fois il en avait fini avec le jeu du chat et de la souris. Après s'être assuré que Monsieur cachoterie passait du temps à faire des activités mystérieuses à la bibliothèque, Harry avait pris une décision radicale.

Une idée lui était venu un peu plus tôt dans la journée, et si Viribus n'était qu'un autre souvenir ? Martes foira. Fouine. Harry avait presque l'impression d'entendre Malfoy se moquer de lui. Les mots gravés dans le verre n'étaient peut être qu'un moyen mnémotechnique, un système de classification mis en place par un propriétaire consciencieux. Un propriétaire qui gardait tellement de fioles que nommer le souvenirs qu'elle contenait était la seule solution pour s'y retrouver... Ce court épisode dans le couloir brulé ne pouvait pas être la seule réponse. Malfoy avait surement passé des nuits entières à extraire sa mémoire, à l'ordonner, la classifier.

Ça expliquait sa fatigue, sa disparition, ses allers-retours à la bibliothèque et à l'infirmerie. Ça expliquait son air morne, déconnecté de la réalité et son détachement envers les autres élèves. Ça expliquait ses croquis, ses recherches, sa méfiance...

Harry avait bien l'intention de mettre la main sur le reste, même si c'était immorale, même si Malfoy ne lui pardonnerait jamais d'avoir fouillé dans sa tête.

La nouvelle entrée de la tour de Serpentard était gardé par une statue à taille humaine. Harry sentit un pincement en passant devant le visage de marbre du professeur Rogue, réhabilité au rang de héros de la guerre. Il tenait dans ses mains un longue liste d'ingrédients, habilement taillée dans la pierre.

Un premier année s'immobilisa en remarquant la présence de Harry devant le mur de briques vertes. Le garçon joufflu semblait très intimidé.

- Tu peux me donner le mot de passe ? Demanda Harry en lui adressant un sourire aimable.

Le jeune garçon semblait sur le point d'hyperventiler.

- Le règlement de l'école interdit à quiconque de divulguer le mot de passe du dortoir à un élève d'une autre maison, récita-t-il sans respirer.

Harry détestait déjà ce qu'il était sur le point de faire.

- Tu ne me connais, non ?

Le garçon hocha vivement la tête.

- C'est une question de sécurité, l'Ordre du Phénix et le professeur McGonagall t'en seront vraiment reconnaissant si tu m'aides à vérifier l'état des boucliers magiques dans les dortoirs, continua Harry.

Les mots « sécurité » et « Ordre du Phénix » eurent l'effet escompté. Face à une tache d'une telle importance, le garçon s'avança devant le mur et traça une rune de la pointe de sa baguette.

- Par ici, Monsieur Potter.

La formulation « Monsieur Potter » le fit grimacer. Harry s'en voulait un peu d'avoir abusé de la confiance d'un enfant de onze ans. Il traversa le mur de briques et le remercia en lui posant la main sur l'épaule. Le visage du garçon s'illumina, comme si on venait de lui annoncer que son anniversaire allait être fêté en avance.

Harry laissa le garçon dans la salle commune et gravit la volée de marche menant au dortoir. A force de surveiller Malfoy sur la Carte du Maraudeur, il connaissait la configuration de la tour de Serpentard par coeur. En arrivant devant la porte, il se rendit compte qu'il l'aurait de toute façon reconnu. Des insultes étaient gravées dans le bois. « Mangemort » « collabo » « traitre » « fils de troll » et autres messages d'amour.

Ça faisait mal de lire ce genre de conneries. Personne n'avait vécu ces évènements à sa place.

Harry poussa la porte et pénétra dans la pièce. C'était une chambre individuelle avec une petite fenêtre. Les affaires de Malfoy étaient toujours dans sa malle, aucune étagère n'avait été utilisée, comme si il s'apprêtait à quitter l'école à tout moment. Le bureau en revanche, était désordonné et occupé par des notes et des ingrédients. En ouvrant les tiroirs, Harry rencontra tout un tas d'ustensiles, de fioles vides, de couteaux aiguisés de forme divers et variées, son ancienne baguette, des croquis. Aucune fiole de viribus ou autre souvenir en bouteille. Est ce qu'il s'était trompé ?

La veste rouge était posée sur le dossier de la chaise de bureau. Harry passa sa main sur le tissu fluide en longeant les coutures. Tout lui semblait étrangement familier, sa texture, sa couleur... ça ne pouvait pas être anodin. Il reporta son attention à la pièce. Quelle était la meilleur cachette pour dissimuler des flacons ? Il agita sa baguette.

- Revelio.

Rien ne se produisit. Evidemment, c'était trop facile. Il s'allongea sur le lit sans défaire les couvertures. Pour réfléchir. Pour mettre les choses en perspective. Mais c'était dur de penser entouré par son odeur. Harry le limier n'avait apparemment de flair que pour trouver des vêtements abandonnés et se rouler dans ses draps. Pathétique.

Et puis ses yeux se posèrent sur la canne serpent de Lucius Malfoy. Elle reposait sur le rebord de fenêtre comme une menace, tout crochet dehors. C'était sûrement pour effrayer les imprudents qui pénétrait dans sa chambre. Harry empoigna le pommeau et tira la baguette de son fourreau. Elle était lourde et hérissée de piques. Avec un peu de chance, la baguette contenait un ventricule de Dragon, ce qui signifiait qu'elle pouvait changer d'allégeance à tout moment. Il fit un petit mouvement.

- Revelio.

L'espace devant les étagères vides se brouilla légèrement et quatre coffrets en bois apparurent comme un mirage. Harry mit immédiatement la main sur celui qui portait l'inscription Mélusine.

Ce mot, encore. Gravé dans sa chaire, dans le bois et dans son subconscient.

Comme attendu, Harry découvrit cinq fioles lumineuses en soulevant le couvercle. Il en serra une dans sa paume comme un camé qui mettait enfin la main sur son fix d'héroïne. Enfin. Enfin il allait pourvoir compléter les trous de sa mémoire. Ce fut à cet instant qu'il réalisa a quel point c'était nécessaire. Vital. Ou il allait devenir fou. C'était dingue comme une toute petite semaine perdue pouvait avoir son importance. Il ignora le mal de crâne qui tambourinait dans sa tête, les tremblements de sa main et les signaux de son corps.

Il faillit partir comme un voleur, mais se ravisa au dernier moment. Les fioles atterrirent dans ses poches et une note les remplaça dans le coffret.

« désolé »


S'en servir dans sa propre chambre était trop risqué. Pour une raison ou une autre, Harry avait besoin d'intimité pour plonger en immersion dans leurs souvenirs. Pas question de partager son expérience avec les gars du dortoir ! Il choisit de s'installer dans un coin isolé du parc, emmitouflé dans sa cape. Le soleil était encore haut et faisait scintiller le manteau de neige. Une flamme ensorcelée dans un bocal lui servait de source de chaleur.

Harry examina le butin qu'il avait dérobé. Les cinq fioles portaient des inscriptions de substances chimiques « adrénaline » « dopamine » « sulfure » « hydrogène » « ocytocine ». Des noms de code difficiles à déchiffrer. Par quoi commencer ? L'ordre chronologique était le seul moyen de démêler cette affaire sans se noyer dans les spéculations inutiles. A force de les manipuler, il finit par remarquer des irrégularités à la surface. Des numéros ? Difficile à dire, ça ressemblait d'avantage à des runes écrites à la va-vite. Il choisit de commencer avec celle qui ressemblait vaguement à un « 2 ». Adrénaline donc. Ça sonnait plutôt bien pour une heure de colle à dix mètres de profondeur, au milieu des algues et des créatures aquatiques.

La potion pétilla sur sa langue et son corps s'enfonça dans la neige. Puis la chute. Le vent dans ses cheveux. Le terrier du lapin blanc et la pellicule qui se déroulait autour de lui.


C'était une petite plage de galets à l'abri des regards. L'eau avait dévoré une partie du paysage en créant une crique naturelle entourée de promontoires de terre, perforés par les énormes racines des arbres centenaires qui s'entremêlaient comme des tentacules. Plus en hauteur, on apercevait l'orée de la foret interdite et ses énormes chênes aux feuillages denses. Poudlard et ses dizaines de tours n'étaient plus visible, c'était un coin coupé du reste du monde. Les rivages du Lac noir s'étendaient a perte de vue et venaient caresser le flan des pierres scintillantes. Au loin, on devinait la silhouette des montagnes camouflées par la brume.

Harry contourna le squelette de la licorne qui reposait au milieu des galets et examina l'énorme excroissance nacrée qui sortait de son crâne.

- C'est dingue ! Commenta-t-il en enfilant sa paire de gants en cuir de Sombral.

Il empoigna la corne à deux mains et se mit à tirer avec force pour la décrocher au niveau de la base. C'était dur. Elle ne bougea pas d'un millimètre.

- Il y a un sortilège pour ça, Potter ! S'agaça Malfoy en lui donnant un petit coup de coude pour qu'il s'écarte.

Harry le laissa faire. Malfoy découpa nettement la corne de la pointe de sa baguette à l'aide d'un Diffindo, elle tomba dans son autre main.

- Une bonne chose de faite ! Approuva Harry, on doit encore nettoyer les os et récupérer le crin et les organes entiers.

Malfoy grimaça.

- C'est répugnant. J'arrive pas à croire que ça t'amuse.

Harry haussa les épaules

- J'ai passé les onze premières années de ma vie à penser que les licornes n'existaient pas. Je trouve ça plus excitant qu'un cours d'histoire de la magie !

- Dommage qu'on soit toujours obligé de risquer nos vie pour en rencontrer, répliqua Malfoy avec amertume.

Cette référence à leur escapade avec Hagrid dans la forêt interdite le fit sourire.

- Ça ne sera jamais pire qu'en première année.

- On verra bien.

- Oh allez, Malfoy, tu sais très bien qu'il n'y a pas de créatures hostiles dans le Lac Noir. Ne me dit pas que tu as peur de rencontrer un Kraken.

Tout en disant ça, Harry s'avança pour tremper ses semelles dans l'eau.

- Potter, ne t'approche pas du rivage, lui ordonna Malfoy avec nervosité.

- J'ai pas le choix, Les corbeaux ont trainés les viscères jusqu'aux pierres là bas.

- Potter. Reviens. Maintenant.

- Je récupère les poumons...

- Il y a un foutue sortilège pour ça ! Accio poumons !

Il avait mis tellement de colère dans son incantation que les organes s'élevèrent brusquement hors de l'eau et se propulsèrent dans sa direction. Malfoy du s'aplatir au sol pour ne pas recevoir la chair ruisselante en pleine face, sous les grands éclats de rire de Harry.

Son rire se coinça dans sa gorge quand un long tentacule visqueux s'enroula autour de sa jambe. Son premier réflexe fut de le faire lâcher prise par la force. Malfoy recula sur la plage de galet et hurla à son attention.

- POTTER ! SORTILÈGE !

Harry retrouva son calme. Il avait pris l'habitude de se servir de la magie qu'en cas d'extrême urgence et il n'y avait pas meilleur urgence que de faire agresser par...un je-ne-sais-quoi caché en-dessous de la surface de l'eau.

- Diffindo

Le tentacule se scinda en deux. Il fut libre pendant quelques secondes, le temps que trois autres bras gélatineux couverts de ventouses viennent à nouveau entraver ses mouvements. Il les coupa à l'aide du même sortilége et bondit hors de l'eau pour rejoindre Malfoy.

- Merde, c'était quoi, ça ?

Malfoy fixait l'eau sombre avec une expression épouvantée. Il tira sur la veste de Harry et la froissa dans sa paume avec force.

- On doit se tirer de là.

Il détala vers le sentier qui traversait le talus en direction de la forêt interdite.

- Tu es sûr que c'est une bonne idée d'aller par là ? Lui demanda Harry en le suivant.

- L'autre chemin est beaucoup trop proche de l'eau.

Harry regarda son dos s'enfoncer entre les arbres. Sa veste rouge se détachait au milieu des troncs de couleur terne. La luminosité avait grandement baissée. Il n'aurait pas su dire si c'était le soleil qui était en train de se coucher ou les ramures des arbres opaques qui les plongeaient dans une semi obscurité.

- Tu sais qu'il y a probablement pire dans la forêt Interdite, insista Harry.

- Peut être, mais ces monstres là n'ont pas mis de contrat sur ma tête.

Un contrat ? Mais de quoi est ce qu'il parlait ?

- Malfoy... arrêtes de courir, on est assez loin maintenant.

Malfoy s'arrêta et reprit son souffle. Ils avaient parcouru une bonne distance et le chemin commençait à se rétrécir et à être discontinu. En cédant à la panique, ils avaient de grandes chances de rater un embranchement et de se perdre. Malfoy rabattit sa capuche rouge sur sa tête en jetant des coups d'oeil inquiets autour de lui.

- Tu peux m'expliquer ? Lui demanda Harry, déconcerté.

- J'ai mis en colère les mauvaises bestioles. Ces saloperies de poissons en ont après moi !

- Mais c'est impossible. Le peuple de l'eau est totalement pacifique.

Malfoy passa les doigts sur ses tempes.

- Tout ce que tu dois savoir c'est que ma famille leurs a dérobé quelque chose de très important. C'était il y a des années, à l'époque où mon père était élève ici, à Poudlard. Et j'ai eu la bêtise d'y retourner en leur demandant comment m'en servir. Tu imagines bien leur réaction, ils ont immédiatement demandé à la récupérer.

- « La » récupérer ?

Malfoy regretta immédiatement sa formulation.

- C'est une dague, précisa-t-il les dents serrées.

Harry prit le temps de réfléchir à ce qu'il venait d'apprendre.

- Est ce que ça un rapport avec ton tatouage ?

- Oui.

Il comprenait mieux la raison de l'attaque. Mais ça n'expliquait pas tout.

- Ça m'étonne qu'ils s'en prennent à toi. Ils ne risquent pas de se faire génocider par le Ministère de la Magie en s'attaquant à un sorcier ?

- Je t'ai dis que c'était important. Vraiment très important. Ça a un rapport avec leurs croyances polythéistes de race sous-développée.

- Hum... Je commence à comprendre pourquoi ils ne t'apprécient pas.

Malfoy fronça les sourcils.

- Ce sont des animaux, Potter. Et le Ministère de la Magie leur offrirait surement une médaille pour mon exécution.

Harry croisa les bras.

- Tu ne crois pas que tu exagères ? Le ministère t'as innocenté.

Malfoy explosa.

- C'est toi qui ne te rend pas compte. Sans ton intervention, je serais déjà dans une cellule. Le MagenMagot t'a offert un privilège. Pas parce que c'était juste. Pas parce que c'était la bonne chose à faire. Mais parce que tu l'as demandé. Il a cédé à ton caprice et t'a donné le jouet cassé que tu voulais, à toi, le gosse de la rébellion.

Ça faisait mal. Comme de regarder quelqu'un se faire blesser devant ses yeux. C'était une douleur indirecte, vécue par procuration. Il avala sa salive difficilement, l'amertume la rendait infecte. Le visage de Malfoy s'était encore craquelé, mais Harry ne voyait pas très bien avec l'obscurité.

- On est plus des gosses. Et tu n'es pas un jouet cassé, finit-il par dire.

C'était vrai. La guerre les avait changé, rapidement, en les débarrassant de la naïveté de l'adolescence. Ils étaient des vétérans. Des adultes. Des hommes. Des survivants.

A ce moment là, Harry eut envie d'arracher sa capuche, de prendre son visage à deux mains et de lui hurler qu'il allait s'en sortir. Et de le secouer jusqu'à ce que son expression change, de lui décrocher un sourire. De mettre des pansements là où ça faisait encore mal. De le rouler dans une couverture, de le mettre au chaud. C'est ça qu'on faisait pour réparer les gens, non ?

Ou peut être qu'il essayait simplement de réparer un jouet ? Parce que la guerre lui manquait, l'adrénaline lui manquait.

Peut être qu'il faisait fausse route.

Pourtant ça ne ressemblait pas à une erreur. Le visage de Malfoy s'était craquelé et on pouvait apercevoir le vrai lui à travers les coutures.

Ses yeux s'écarquillèrent quand des tentacules sorties de nulle part s'enroulèrent autour de leurs mollets. En observant mieux, Harry remarqua d'étranges flaques d'eau dispersées au sol. Le monstre semblait les utiliser comme moyen de transport. Harry voulu hurler quelque chose, mais Malfoy et sa veste rouge avait déjà disparu dans le portail aquatique. Engloutis par le grand méchant loup. Si seulement ils avaient couru. Si seulement ils s'étaient enfoncer d'avantage dans la forêt. C'était la dernière fois qu'il sous-estimait ses avertissements.

La baguette glissée à sa ceinture était totalement inaccessible. Les tentacules se hissaient sur ses jambes, s'enroulaient autour de ses hanches et entravaient le moindre de ses mouvements. Son corps fut brusquement tiré en avant. En voyant la surface brillante se rapprocher dangereusement, Harry eut le bon sens de prendre une grande inspiration.

Il brisa l'onde et s'enfonça dans les profondeurs obscures. La vitesse des déplacements aquatiques l'empêchait de voir son ravisseur, pris dans un tourbillon de bulles. Les pensées qui traversaient son esprit étaient très pragmatiques. Combien de temps était-t-il capable de retenir sa respiration ? Le record n'était pas beaucoup plus élevé que dix minutes. Mais Harry n'était pas un moldus. Il se rappelait vaguement avoir entendu Hermione parler de la magie instinctive qui leur permettait de résister plus longtemps à des conditions extrêmes.

Son ravisseur s'arrêta. C'était une créature avec un torse féminin, un visages effrayant et huit tentacules en guise de jambes. Une Selkie. Harry avait déjà fait leurs connaissances pendant le tournois des Trois Sorciers. Elle n'était pas seule. Une dizaine de Selkies les entouraient, armées de lances et d'arcs aquatiques. D'étranges lanternes étaient accrochées à leurs tailles squelettiques et diffusaient une lumière verdâtre.

Harry ne voyait pas grand chose dans l'eau, mais il reconnut Malfoy par la tache rouge que formait sa veste. Les selkies communiquaient dans une langue étrange, certaines semblaient plus agitées que d'autres. Harry sentait qu'il arrivait à sa limite d'oxygène. Il jeta un coup d'oeil vers la surface. La lumière de la lune brillait comme un phare au-dessus d'eux, tellement inatteignable. Il leurs faudrait une force considérable pour se dégager et regagner la surface.

- REPULSO, hurla Malfoy malgré l'eau qui envahissait sa bouche.

Le sortilège le frappa en pleine poitrine et Harry se sentit propulser vers le haut. Les étincelles rouges et les résidus d'explosions magiques dansaient autour de lui. C'était comme assister à un combat de sortilège au ralenti. Les Selkies poussèrent des cris de rage. Une flèche en forme de trident passa à coté de son visage. Harry utilisa ce qui lui restait d'énergie pour nager vers la surface. Ses vêtements trop lourd l'entrainaient vers le fond, mais il persista. Il n'était qu'a quelques mètres. Il n'avait qu'a percer l'immense miroir brillant qui luisait au-dessus de lui.

Quand il émergea, il fut saisi par la fraîcheur de la nuit. Ses poumons se remplirent enfin d'oxygène. Il respira. Profondément.

Tout en se munissant de sa baguette, il plongea à nouveau. Les Selkies nageaient à toute vitesse dans sa direction.

- Stupefix

Il en toucha deux. Se fut insuffisant pour se débarrasser de ses ravisseurs aquatiques, des mains palmées se saisir de ses chevilles. Mais cette fois, il tenait fermement sa baguette dans son poing. Il en assomma une de plus, et encore une autre. Les Selkies étaient coriaces, à chaque fois qu'il se débarrassait d'une créature, une autre la remplaçait aussitôt.

Harry essaya d'apercevoir Malfoy entre les explosions colorées qui éclairaient le fond du lac, en espérant qu'il soit soit toujours sain et sauf. Son moment d'inattention lui coûta cher. Des dents acérées se plantèrent dans sa cuisse et son épaule. Le sang s'échappa des plaies dans un nuage pourpre. Il poussa un cri de douleur étouffé par l'eau.

Un peuple pacifique ? A peu près autant que des Loups-Garoux !

- Protego

Un bouclier magique se forma autour de son corps en créant une petite onde de choc qui le débarrassa de ses ravisseurs. Les Selkies dérivèrent légèrement, inconscientes. Leurs cheveux argentés flottaient autour d'elles et leur donnaient une allure surnaturelle. Il fallait qu'il sorte de là. Et vite. Le Lac était un environnement beaucoup trop désavantageux et ses adversaires ne tarderaient pas à revenir à la charge.

- Accio veste rouge

C'était un peu hasardeux, mais ça pouvait marcher. En espérant que Malfoy ne l'ai pas égaré pendant la lutte. En espérant que le tissu pourpre ne se déchire pas en privant son propriétaire de son seul moyen d'identification. Ça pouvait marcher. Ça devait marcher.

Le temps parut mortellement interminable. Les algues remuaient lentement au rythme des courants, l'eau rendait l'atmosphère paisible malgré l'urgence de la situation.

Faites qu'il soit vivant.

Et puis il le vit. Un corps avança dans sa direction, tiré par un fil magique invisible relié à sa baguette. Harry le réceptionna les bras ouvert. Malfoy semblait avoir perdu connaissance. Un sortilège de Têtenbulle incomplet lui couvrait le bas du visage, cette protection ne devait pas lui fournir assez d'oxygène.

Les Selkies commençaient à revenir à elles, certaines hurlaient des mots incompréhensibles en agitant leurs lances. Harry serra les bras autour de la taille de Malfoy et ferma les yeux. C'était compliqué de transplaner dans un environnement intangible. Sans la sensation du sol sous ses pied, se projeter ailleurs était quasiment impossible. Dumbledore le faisait, mais son ancien mentor était reconnu par ses paires comme le plus puissant sorcier de sa génération. Ses yeux se posèrent sur le visage inconscient qu'il tenait dans les bras et les mèches blondes qui caressaient la base de son front. Ça le remmena des années en arrière, lors de la deuxième tache du tournois des Trois Sorciers. Cette fois ci, le danger était réel et ça serrait un étau dans sa poitrine. La même sensation horrible de traîner le corps de Ron, d'Hermione ou celui de Cho, la même infinie solitude, le même sentiment de désespoir. Il visualisa la plage, l'eau qui caressait ses semelles, les galets luisants, l'odeur de vase...

Ils disparurent.

La plage se matérialisa en-dessous d'eux. Harry tomba genoux, tout en prenant soin d'allonger le corps inerte de Malfoy sur les galets, une main derrière sa nuque pour ne pas le blesser. Il se laissa enfin aller contre le sol en prenant de grandes inspirations, son torse se soulevait frénétiquement au rythme de ses gémissements pulmonaires. Ses poumons étaient en feu. Il devait se ressaisir, ce n'était pas le moment de s'évanouir sur la plage et de se faire attraper par une autre créature aquatique.

Malfoy était toujours inconscient, il ne pouvait pas fuir avec lui dans cet état.

- Finite Incantatem

La bulle respiratoire éclata, libérant son visage, mais ses yeux ne s'ouvrirent pas pour autant. Harry essaya de ne pas céder à la panique et de réfléchir avec pragmatisme, ses doigts prirent le pouls au niveau de la jugulaire. C'était lent, faible, mais il sentit tout de même des battements. Réguliers. Rassurants.

Il alluma sa baguette et la planta dans le sol pour obtenir suffisamment de lumière. Faute de sortilège anti-noyade dans son répertoire, il tacha de se souvenir des gestes de premiers secours. Il exerça des compressions sur la cage thoracique.

- Ouvre les yeux espèce d'insupportable emmerdeur ! Cria-t-il en ponctuant chaque syllabe d'une pression sur son torse.

Ses lunettes glissèrent pendant son effort et se brisèrent au sol. Il ne diminua pas le rythme pour autant. A force de s'acharner Harry avait l'impression qu'il allait lui briser les os. Il souffla dans sa bouche entre-ouverte. Dans un autre contexte ça aurait pu lui paraître étrange, mais l'urgence et le désespoir ne lui permettait aucun état d'âme. Il pressa leurs lèvres ensemble, encore et encore...

Et puis une toux. Une respiration difficile.

Malfoy se redressa, balayant les alentours du regard avec un air paniqué. Ses yeux s'accrochèrent à ceux d'Harry.

- Je sais ce que tu vas dire ! « Il y a un sortilège pour ça » mais je n'ai pas vraiment eu le temps de...

Contre toute attente Malfoy ne lui fit aucun reproche de ce genre. En fait, il avait carrément enroulé ses bras autour de sa nuque et le serrait dans une forme d'étreinte humide, glacée et haletante. Peut-être qu'il était encore sous le choc de l'attaque ou que la peur le rendait plus tactile. Harry avait juste du mal à croire qu'un Malfoy complétement flou était en train de l'enlacer.

- Par Merlin ! J'ai cru que je t'avais tué ! Murmura Malfoy.

C'était bien sa voix pas de doute. Etrangement rauque, mais c'était la sienne. Personne n'avait échangé Malfoy contre un mec amical et sincère quand ses lunettes avaient disparu au milieu des galets. Même si c'était un peu hésitant, Harry glissa ses bras autour de sa taille et posa son front sur ce qu'il supposa être son épaule.

- Ce n'est pas de ta faute si elles s'en sont prises à moi, mais j'aurais aimé que tu me parles avant d'être noyé par un groupe de Selkies vraiment furieuses.

Malfoy ne répliqua pas comme il avait l'habitude de faire. Il se contenta de le fixer. Harry n'arrivait pas à décrypter son expression sans ses lunettes, même en plissant les yeux.

- euh... Malfoy ?

Les secondes s'égrainaient.

- Malfoy ? Répéta-il.

Ce dernier était totalement silencieux. Mais ses bras étaient toujours autour de sa nuque et il respirait lourdement. Après tout ce qu'ils venaient de vivre, la noyade, sa réanimation en catastrophe, utiliser autant de formalité semblait ridicule.

- Draco ? Tenta-t-il.

- C'est juste...Tes yeux... c'est la première fois que je te vois sans tes lunettes, répondit-il d'un air un peu confus.

Il ne releva pas l'usage de son prénom. Harry lui adressa un petit sourire.

- Je suis quasiment aveugle, avoua-t-il.

- Hum... ça rend les choses plus facile.

Même avec une vue incertaine, Harry pouvait sentir la tension palpable entre eux. Ça le frappa. Comme une révélation. Leurs peaux étaient chaudes à l'endroit où leurs mains se touchaient, malgré le froid de l'extérieur et leurs vêtements trempés.

- Du sang ?

Malfoy agita sa paume dans son champ de vision, elle était floue mais on pouvait nettement voir la tache sombre.

- Elles m'ont mordu.

- Tu devrais soigner ça. Tout le monde va penser que c'est de ma faute.

- Que tu m'as mordu, toi ? Demanda Harry dans un rire surpris, ça serait vraiment louche. Vraiment... vraiment louche...

- Merlin ! Tu parles trop, s'exaspéra Draco. Episkey

La plaie de son épaule se ressouda. Draco passa son pouce sur la chair à peine cicatrisée en lui arrachant un frisson. Son visage devait être plus proche qu'il l'avait imaginé, parce qu'il n'eut qu'a parcourir une toute petite distance pour que leurs nez se frôlent. C'est comme si Harry venait d'activer les engrenages d'une machine inarrêtable.

- J'ai toujours eu envie de... commença Draco en raffermissant la prise de sa main sur sa nuque.

- Ca va te paraitre dingue mais... débuta Harry en froissant sa veste rouge.

Ils n'eurent pas l'occasion de terminer leurs phrases respectives. Parce que l'instant d'après ils s'embrassaient. C'était un peu pathétique. Un peu brouillon. Un peu improvisé.

Ils y avaient beaucoup de morsures de lèvres et de dents qui s'entrechoquaient. Leurs respirations étaient à nouveau difficile. Peut-être qu'ils auraient du attendre de s'être remis de la noyade avant de partager leur oxygène. Ou peut-être pas. Ils avaient l'air déterminé à savoir si ils allaient tenir plus de dix minutes le souffle coupé.


To be continued !

Un grand merci pour tous vos gentils commentaires qui m'ont beaucoup aider à trouver l'énergie d'écrire ce chapitre. Ceux qui pensaient que la morsure était l'oeuvre de Draco, ne me haïssez pas s'il vous plait ! :D