Chapitre 5 : La Belle et la Bête
Le Harry dans le terrier du lapin blanc ouvrit les yeux. La luminosité l'aveugla, le temps qu'il s'habitue à la réverbération du soleil sur la neige étincelante. La flamme du bocal s'était éteinte mais il n'avait pas vraiment froid. Même si le souvenir se déroulait sur une poignée d'heures, son immersion n'avait durée que quelques minutes.
Malgré les picotements qui partaient de ses orteils et remontaient le long de sa colonne jusqu'au sommet de son crâne, il ne bougea pas d'un millimètre. Son souffle s'était coincé au fond de sa gorge.
Merde.
Il resta simplement assis là, à fixer les nuages dans une torpeur lancinante. La confusion qui régnait dans sa tête commençait doucement à s'expliquer. Il avait voulu absolument savoir ? Maintenant il savait. Bien fait, Harry !
C'était dur d'accepter qu'il avait fait le premier pas, qu'il avait effleuré sa peau, étourdis par sa voix rauque qui vibrait autour de lui. Comme une incantation. Malfoy avait enroulé ses bras autour de sa nuque, mais au début, ça ne signifiait rien. Presque rien. Hermione le faisait sans arrêt, ce n'est pas pour autant que Harry lui roulait une bonne grosse pelle pour lui montrer sa gratitude !
Merde.
Un mal de crâne intense le sortit de sa transe perplexe. Il se pencha en avant en empoignant sa tête à deux mains. Il avait l'impression qu'un minuscule oiseau était en train de lui picorer l'intérieur du crâne. Les effets secondaires ? C'était douloureux, mais pas question qu'il s'arrête maintenant ! Les autres fioles luisaient à coté de lui, prête à être consommer et à étancher sa soif d'informations. Il savait désormais que les algues et les morsures venaient du lac Noir, et que sa vie sexuelle trépidante n'était qu'un autre de ses fantasmes. Paradoxalement, embrassé Malfoy sur une plage déserte avait été un retournement de situation bien plus sage que ce qu'il avait imaginé. Et le formuler dans sa tête une sentence bien plus difficile.
Merde.
Est ce qu'il devait continuer ? Au risque de revivre des évènements dont il n'aurait pas aimer se rappeler, au risque de voir s'exprimer des sentiments dont il ignorait totalement l'existence.
Ou tout simplement s'arrêter là. Laisser tomber. Retourner dans sa chambre.
Il empoigna la fiole suivante. « Dopamine ».
Il la déboucha et la vida dans sa bouche. Son corps s'enfonça à nouveau dans la neige, le sol s'ouvrit et le plongea dans le vide.
Il faisait nuit. Une nuit noire, dense, sans lune ni étoile. Harry marchait sur une allée en pierre bordée de cyprès, la main fermement serrée sur la baguette qui éclairait leur pas.
- Tu es sur que ça vaut le coup de risquer ta peau ? Demanda-t-il à son compagnon de route qui avançait a ses cotés.
- Oui.
Draco n'avait pas dit grand chose de plus depuis leur arrivé. Il était droit, le dos parfaitement raide et le regard sombre fixé sur leur trajectoire. Le genre de langage corporel qui n'engageait pas la conversation. Harry se sentait nerveux. Il n'aimait pas ce silence là, celui qui disait « on ne reparlera plus jamais de ce qui s'est passé au bord du lac ».
Ses doigts touchèrent instinctivement la cicatrice sur son épaules, décidément il les collectionnait. Son corps était plein d'éraflures, de marques récentes, et d'autres plus anciennes. Comme un vieux chien blessé.
Ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas déshabillé devant quelqu'un et exhibé les sillons rosâtres qui parcouraient sa peau. Draco n'avait pas l'air dégouté par son aspect, pas qu'il ait eu vraiment le temps de voir quoi que ce soit avec l'obscurité, la vase et le sang séché. Harry lui n'avait rien vu, principalement parce qu'il avait perdu ses lunettes dans la manoeuvre. Quand les deux cul de bouteilles parfaitement sphériques s'étaient de nouveau superposé à sa vision, Draco était redevenu égale à lui même, si on oubliait la boue qui maculait ses cheveux et son regard fuyant. Mais ça... ça n'avait pas vraiment changé. Harry jeta un coup d'oeil à ses mains terreuses et ses ongles noirs.
- Tu aurais pu au moins me laisser prendre une douche, observa-t-il.
- Je ne t'ai jamais demandé de m'accompagner, Potter. Rétorqua froidement Draco.
Harry leva les yeux au ciel derrière ses lunettes.
- Tu n'avais pas besoin de me le demander. Je sais prendre une décision par moi même.
Il n'ajouta rien, mais pour une raison qu'Harry ne comprenait pas, son aide ne semblait pas lui faire plaisir. Le Draco Malfoy qui aimait s'entourer de nombreux sous-fifre avait disparu, remplacé par un animal sauvage, solitaire, qui se méfiait de tout.
Il arrivèrent devant le portail en fonte de l'immense demeure. L'un des deux battants avait été complétement défoncé par ce qui semblait être un énorme bulldozer. Ils n'eurent qu'a se glisser au milieu du métal replié sur lui même pour pénétrer dans le parc et apercevoir le manoir Malfoy dans son ensemble.
Draco frappa deux fois dans ses mains, les claquements résonnèrent dans le silence de la nuit. Quelques lampadaires magiques s'allumèrent sous son ordre, les autres gisaient au sol, abattu comme des troncs d'arbre. Sous la lumière blanchâtre, le bâtiment prenait une allure encore plus lugubre. Certaine fenêtres étaient brisées et des traces de sortilèges maculaient la pierre autrefois blanche. Les vestiges de la guerre se lisaient absolument partout. Pendant que tout les regards étaient tourné vers la bataille de Poudlard, ce lieu avait été le théâtre de terribles affrontements entre les Aurors et les derniers partisans de Voldemort.
Cette ruine était loin de rendre hommage à la magnifique demeure où il avait été retenu prisonnier.
Harry observa l'expression de Draco, son visage était impassible quand ils traversèrent le seuil de la porte. Si il ressentait de la nostalgie ou de la tristesse, celles-ci étaient profondément enfouies sous sa carapace. Harry eut envie de dire quelque chose de réconfortant ou de drôle pour détendre l'atmosphère mais rien ne lui vint à l'esprit.
L'intérieur de la maison était encore pire. Il y avait de quoi tourner un bon paquet de films d'horreur, en comparaison Square Grimmaud était une agréable villa de plaisance.
Ils contournèrent le lustre en cristal explosé au sol et accédèrent au bras gauche de l'escalier. Draco s'apprêtait à frapper dans ses mains pour allumer les torches magiques mais Harry l'interrompit en le tirant doucement par le coude.
- Tu ne devrais pas faire ça. Inutile d'indiquer notre position.
Draco déglutit et hocha la tête. L'éclairage de la baguette était un moyen plus sûr de mener à bien cette expédition. Ils ne savaient pas sur qui ils allaient tomber. Les pillards devaient régulièrement visiter cette maison à la rechercher d'objets magiques de valeur, sans parler des Selkies qui utilisaient d'étranges portails aquatiques, des anciens Détraqueurs déchus qui erraient dans les alentours ou des spectres en colère... les ennemis potentiels se bousculaient aux portillons. Draco avait déjà allumé les lampadaires du Jardin, inutile de se faire remarquer d'avantage. Ils empruntèrent de long corridors décrépis et longèrent la salle des glaces dans la pénombre. Chaque craquement, chaque courant d'air plaintif les rendaient nerveux.
C'était étrange de parcourir ce lieu et de reconstituer les évènements qui hantaient toujours leurs cauchemars. Même si ils n'étaient pas dans le même camp à ce moment là, la souffrance et la solitude qu'il avait ressentit résultait des actes du même sorcier tyrannique. Harry se sentait tiraillé par les empreintes invisibles du passé. Tout avait changé. Mais rien n'avait changé. Voldemort semblait être sur le point de surgir d'une interstice sombre pour les enchainer à nouveau.
Et puis ils entendirent des chuchotements, à peine audible. Harry s'immobilisa devant un immense tableau de la renaissance animé, où s'affrontaient des anges et des créatures cornues enroulés dans de long drapés argentés. Les personnages avaient des expressions féroces, des yeux qui jetaient des éclairs, des bouches scellées.
Les voix venaient de derrière le mur.
Leurs cheveux se dressèrent dans leurs nuques quand deux têtes blanchâtres traversèrent les craquelures de la toiles et leur adressèrent leurs salutations.
- Ce ne sont que des fantômes, souffla Draco, rassuré.
Harry cligna plusieurs fois des yeux avec un air perplexe.
- C'est bien la première fois que j'entends un truc pareille dans une maison hantée !
Les ectoplasmes voletèrent de-ci de-là en soulevant les rideaux et disparurent dans une galerie adjacente. Toute l'ironie de la situation lui sautait littéralement aux yeux; dans quel univers parallèle pouvait-on bien se réjouir de tomber sur un fantôme au beau milieu de la nuit, dans un couloir en ruine ?
- Tu sais où la trouver, cette fameuse dague ? Lui demanda Harry, pressé d'en finir et de se glisser dans la chaleur des couvertures.
- Ce n'est plus très loin.
Draco désigna un pan de mur parfaitement normal. Il tira sur la torche pour la faire basculer vers l'avant, dévoilant un passage secret.
Ils pénétrèrent dans une immense bibliothèque surmontée d'une coupole de verre. Depuis l'extérieur c'était impossible de savoir qu'un tel édifice se cachait entre les corridors du manoir Malfoy. Les boiseries sculptées, les escaliers en colimaçon qui s'élevaient entre plusieurs niveau d'étagères, les centaines de milliers d'ouvrages implacablement rangés participaient à la splendeur de la pièce. Hermione aurait tué pour passer du temps dans un lieu comme celui ci. Draco s'approcha d'un bureau en bois massif qui trônait sur une estrade au milieu de la salle. Il ouvrit le troisième tiroir avec assurance et s'empara d'un morceau de chiffon.
Il déballa méticuleusement ce qu'il contenait.
- C'est une miséricorde, elle servait à se glisser dans les interstices des armures et achever les blessé sur les champs de bataille. Celui qui a fait d'elle un objet magique devait avoir un drôle de sens de l'humour, expliqua Draco en lui présentant la lame étroite et serpentine.
- … Ou une passion pour les objets morbides.
Draco lui fit un sourire carnassier.
- Reconnaît que ça ne manque pas de style !
Il passa lentement son doigt sur la garde cruciforme. Son sourire retomba immédiatement.
- C'est une fausse, murmura-t-il d'une voix éteinte.
Harry s'approcha de lui et regarda par-dessus son épaule.
- Tu en es sûr ?
- Elle n'a aucune éraflure, aucun défaut, cette dague a été conjuré par magie.
Draco la jeta au sol avec rage.
-Quelqu'un se paye ma tête, gronda-t-il.
Harry lui serra l'épaule d'un poigne ferme.
- Il y a peut être une autre solution...
Draco se dégagea vivement.
- Tu ne comprends pas Potter, ce n'est pas un objets que je peux trouver sur le chemin de traverse. Cette dague... est unique en son genre. C'est une relique, il n'en existe qu'une seule.
Malgré sa fureur, il arrivait toujours à lui cacher des choses et à être évasif sur la question. Harry fronça les sourcils.
- Du calme, il faut réfléchir la tête froide. Cet endroit n'a pas été vandalisé par les pilleurs, il est parfaitement intacte. La personne qui a dérobé cette dague connaissait l'existence du passage et l'endroit où elle était rangée.
- JE ME FOU DE TOUT ÇA ! Hurla-t-il en renversant la chaise avec violence.
Son visage était rouge, des veines étaient apparues sur ses tempes. Il donna des coups de talon dans les barreaux du dossiers qui cédèrent sans peine.
Harry s'approcha de lui avec précaution.
- Tu commences à m'inquiéter... s'il te plait, assis toi et discutons.
- LA FERME ! LA FERME ! LA FERME !
Il avait brandit sa baguette et la tenait dans sa direction. Harry lui lança un regard décontenancé, dans ses yeux il ne lisait que la colère, la glace, le froid. C'était impossible de l'atteindre avec des mots.
- REDUCTO !
Une puissante explosion retentit, le sortilège frappa une étagère en expulsant les livres qui s'étalèrent au sol dans un fracas. Les pages arrachées volaient autour d'eux comme des feuilles mortes. Ça n'eut pas l'air de calmer.
- INCENDIO !
Un geyser de lave s'échappa de sa baguette. Cette fois c'était trop. Harry le ceintura par la taille et le plaqua au sol avant que l'incendie ne gagne la bibliothèque. Il fallait faire cesser cette rage destructrice. Peu habitué aux attaques physiques, les sorciers savaient rarement réagir avec ce genre de prise. La baguette de Draco roula sur la dalle en pierre. Harry le maintenait face contre terre, un genoux dans le dos et une clef de bras solide. C'était une prise que les amis de Dudley s'entrainaient à faire sur lui quand il était enfant, comme les policiers à la télé. Malgré tout, Draco se débattait comme un diable en poussant des cris de rage.
- CALME TOI, PUTAIN, TU VAS NOUS TUER ! Hurla Harry.
Les flammes commençaient à gagner les livres étalés au sol.
Harry prit une inspiration.
- Je vais te lâcher, j'ai besoin d'arrêter ça avant que tu ne réduises tout en cendre avec nous à l'intérieur.
Il ne répondit pas. Mais il semblait relativement calme.
Harry se redressa et jeta un sortilège d'eau pour étouffer les flammes. Draco s'était relevé, son visage caché derrière sa main. Harry eut juste le temps de voir la marque des ténèbres rougeoyer, l'instant d'après il était suspendu dans l'air dans une position de croix. Il se souvint de Kattie Bell et de son corps qui flottait au-dessus de la neige comme une poupée de chiffon.
Draco le regardait, le bras tendu, le visage tordu par la haine.
Harry était conscient mais la douleur s'était emparé de tous ses muscles, sa chair, ses veines se tordaient. Une goutte de sang coula de sa narine et glissa sur sa lèvre supérieur. Son souffle était coincé au fond de sa gorge.
- Draco...Draco... articula-t-il faiblement.
L'appel de son nom eu l'air de le faire réagir, Draco baissa brusquement son bras. Harry retomba mollement au sol.
- Je suis désolé, je suis tellement désolé...
Draco s'agenouilla à ses cotés, l'air bouleversé. Ses yeux gris étaient rouge de larmes et il pressait fermement sa main sur son avant bras pour aveugler le crâne et le serpent qui gigotait sur sa peau. Son visage s'était à nouveau craquelé.
- C'est la marque... elle... je ne voulais pas...
Harry déplaça lentement sa main pour toucher l'extrémité de ses doigts posés au sol.
- Je vais t'aider, dit-il simplement, je te jure qu'on se débarrassera de cette saloperie.
Ils étaient toujours aussi sale, toujours aussi fatigués et toujours aussi peu avancés. A cette heure de la nuit, le peu de passant qu'ils croisaient dans les rues londoniennes étaient trop alcoolisés pour faire attention à eux. Draco frappa à la porte d'un immeuble bourgeois à l'architecture élégante.
- Tu es sur que c'est une bonne idée.
-Ça fait cinq fois que tu me poses cette question, se plaignit Draco en le soutenant jusqu'à la porte.
- T'es sûr qu'elle ne pas essayer de me jeter un sortilèges.
- Oui. Presque sûr.
Harry s'étouffa.
- Tu as dis « presque ».
Draco lui adressa un sourire qui laissa apparaître ses canines.
- Je te faisais marcher.
- Oh bon sang. Je crois que je préfère dormir dans le manoir avec les Fantômes et les Selkies.
Draco leva les yeux au ciel et écrasa son index sur la sonnette.
- J'étais pas prêt, glapit Harry.
Il eut seulement le temps de prendre quelques inspiration rapide et la porte s'ouvrit.
Narcissa Malfoy se tenait sur le seuil, vêtue d'une robe de chambre en soie et d'une ceinture dorée. Une tresse blonde était enroulé autour de sa tête dans une coiffure élaborée. Elle posa un regards critique sur son fils.
- Bon sang, qu'est ce que tu as encore fait ? Tu es couverts de boue et d'égratignures.
- Sans l'aide de Potter ça aurait pu être pire, dit-il en désignant Harry qui s'était enraciner dans le trottoir.
C'était déjà hallucinant qu'il le reconnaisse. C'était encore plus hallucinant qu'il le reconnaisse devant sa mère. Contre toute attente, elle remercia silencieusement Harry d'un petit mouvement de tête plein de gratitude.
- Entrez, vous devez être épuisé et affamé.
Elle serra son fils dans une étreinte rapide et les conduisit dans le hall.
Harry se rendit compte qu'il était 2h du matin en passant devant l'horloge de la salle à manger. Mère et fils eurent une conversation silencieuse de regards et de hochement de tête. Harry les soupçonnait d'utiliser la legimencie pour communiquer à son insu.
- Je préfère manger dans ma chambre, je suis fatigué, trancha Draco.
Sans attendre de réponse de sa mère, il prit la direction de l'escalier. Narcissa poussa un soupir.
- J'imagine que tout ne s'est pas déroulé comme il voulait.
Harry ne savait pas si cette affirmation lui était destiné, mais il décida de répondre quand même.
- Non, pas vraiment. Cette journée a été assez difficile.
Narcissa berça ses épaules comme si elle avait brusquement un peu froid et regarda vers l'endroit où son fils avait disparu.
- Merci de me répondre avec sincérité. J'ai l'impression que ça fait des mois que ses journées sont difficiles, certaines sont pire que d'autre et je ne sais pas quoi faire pour l'aider. Il ne me confie rien, bien sur. Je ne sais pas du tout ce que vous préparez tous les deux.
Harry dansa d'un pied à l'autre.
- Euh...
Narcissa lui adressa un sourire malicieux. Tellement, tellement ressemblant à celui de son fils.
- Ne t'en fais pas, je ne vais pas verser du Veritaserum dans ta tasse de thé ou te faire passer un interrogatoire. J'aimerai simplement que tu continues à l'aider et à l'empêcher de faire des bêtises.
Harry hocha gravement la tête. Il avait probablement gagné sa sympathie, son expression se fit plus chaleureuse.
- Tu peux monter le rejoindre, je vous apporte des plateaux d'ici quelques minutes. Deuxième étages, première porte à gauche.
Harry la remercia et gravit les marches recouvertes d'un tapis rouge. C'était très étrange de faire si facilement adopter par Narcissa Malfoy. Harry admirait sa force et sa détermination. Dans un monde parallèle où il aurait pu être ami, lui et Draco aurait surement passé des après-midi à prendre le thé en sa compagnie.
Il toqua timidement à la porte qui s'ouvrit d'elle même. C'était une pièce avec un parquet en bois et un haut plafond orné de moulures. Elle n'était occupé par aucun mobilier à l'exception d'un matelas au sol recouvert de drap de soie et de couvertures raffinées. Harry enjamba les croquis et le matériel de dessin qui jonchaient le sol pour rejoindre leur propriétaire. Draco était accoudé a la fenêtre et fixait l'extérieur d'un air pensif.
- le camping c'est le nouveau luxe ? Lui demanda Harry avec un air sarcastique.
Draco balaya sa chambre de yeux.
- J'ai tendance à briser les meubles quand je suis en colère.
Ça semblait logique. Il avait déjà pu admirer ses performances sous l'emprise de la rage.
- Je crois que ta mère s'inquiète pour toi.
Draco contracta la mâchoire, le regard sombre.
- Je ne veux pas la mêler à ça. Elle a assez souffert.
- Elle pourrais nous aider a savoir qui à volé la dague. C'est surement quelqu'un que vous connaissez.
Draco étudia son observation.
- mmh... peut-être.
Il retira ses chaussures en cuir noir maculées de boue et les jeta au sol sans aucune considération.
- J'ai besoin d'une douche.
Ses yeux gris considérèrent Harry au milieu de la chambre.
- Tu as besoin d'une douche.
Harry sentit un frémissement à la commissure de ses lèvres. C'était tout simplement trop beau pour ne pas s'engouffrer dans la faille.
- Ça sonne comme une proposition ! Lui fit-il remarquer en se mordant l'intérieur de la joue.
Draco se débarrassa de la chemise crasseuse qu'il était en train de déboutonner.
- Peut-être. Peut-être pas, répondit-il d'un ton désinvolte en disparaissant dans la pièce d'à coté.
Quelques secondes après, le bruit de l'eau se fit entendre à travers la porte entre-ouverte qui menait à la salle de bain.
Harry compta jusqu'à 10 dans sa tête. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10.
Puis à l'envers. 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1.
Puis en diagonal et en transversale et... et...
Le bruit de l'eau cessa. Un Draco les cheveux mouillés, ruisselant de gouttes, apparut dans l'encadrement de la porte. Il ne dit rien. Parce qu'il n'y avait rien à dire. Harry fit quelques pas, Draco en fit quelques autres.
Quand ils furent à une longueur de bras de distance, Draco attrapa sa chemise sale en la froissant avec force et le happa dans la salle de bain. Et puis le temps se remit à défiler. Rapide.
Harry avaient des vêtements. Puis plus de vêtements du tout. La boue tachait ses lunettes. Puis elles disparurent, remplacé par un monde flou et humide. L'eau tiède glissait sur son corps. Les mains de Draco aussi. Elles traçaient les sillons de ses cicatrices du bout des doigts, elles serraient sa mâchoire... Ils se laissèrent aller contre les vitres froides de la cabine de douche, en s'embrassant, en se mordillant. Les genoux d'Harry était faible. Sa tête était faible.
Puis le souvenir tressauta, se déforma, comme si on venait de bruler la pellicule.
On l'empoigna dans l'obscurité calme qui l'entourait et il fut rapidement ramené à la réalité.
- Potter ? Ressaisissez-vous mon garçon, l'interpella une voix inquiète.
Le décor de l'infirmerie et ses voutes en arc brisées apparurent. L'infirmière scolaire était penché au-dessus de lui, accompagnée de McGonagall. Harry se redressa péniblement, il avait un goût métallique dans la bouche et une désagréable sensation de picotements aux niveau des jambes.
- Vous étiez inconscient quand on vous a retrouvé dans le parc, est ce que vous vous souvenez ? Exposa McGonagall.
Harry clarifia immédiatement la situation.
- Oui, je me souviens.
- C'est Monsieur Malfoy qui s'est chargé de vous ramener.
Draco se tenait contre une colonne, l'air distant. Harry fronça les sourcils, est ce qu'il avait fait ça pour se venger ? Pour le punir d'avoir voler dans sa chambre ?
- C'est la deuxième fois, ces absences commencent à devenir préoccupante. Est ce que quelqu'un aurait une raison de s'en prendre a vous, Potter ? Poursuivit McGonagall.
- Non, cette fois c'est de ma faute, j'ai... j'ai du boire une potion de sommeil en pensant que c'était du jus de citrouille. Ça n'a rien avoir avec la fois précédente, réfuta Harry avec un petit rire nerveux.
McGonagall leva un sourcil circonspect. Elle échangea un regard perplexe avec l'infirmière qui haussa les épaules.
- Il faut être plus vigilant à l'avenir, Potter, vous ne devez pas plaisantez avec ces choses là.
Harry prit une inspiration et se leva du lit d'appoint en faisant mine d'être en parfaite forme. Il contrôla ses jambes flageolantes du mieux qu'il put.
- Désolé Professeur, ça ne se reproduira plus.
Il enfila ses chaussures et traversa les rangées de lits. Arrivé à la hauteur de Draco, il s'assura que McGonagall et l'infirmière scolaire était occupé à discuter.
- Traitre, murmura-t-il les dents serrées.
- Fouineur, rétorqua Draco tout bas.
- J'avais le droit de savoir.
- Tu convulsais dans la neige, pauvre veracrasse, j'étais censé te laisser crever ?
Il semblait énervé. Mais qu'est ce qui ne l'énervait pas ?
- Ça t'arrangeait bien de m'envoyer à l'infirmerie.
- Crois le ou non, je n'ai rien manigancé.
- J'avais le droit de savoir, répéta Harry plus fort.
Draco pinça les lèvres, comme si il retenait les mots qui auraient voulu s'échapper.
- Où sont les autres fioles ?
- En sécurité.
Harry n'obtiendrait rien d'autre de lui.
- parfois, Je te hais vraiment.
Draco avala sa salive difficilement, son visage s'était craquelé. Un tout petit peu. Suffisamment pour que Harry comprenne qu'il l'avait blessé.
- Je sais, murmura-t-il.
Mais ce n'était pas vrai, Harry ne le haïssait pas. Tout était confus dans sa tête. Les morceaux de souvenirs se superposaient aux évènements réels et il ne savait plus quoi penser. Il sortit de l'infirmerie, un goût amer dans la bouche et le ventre serré.
