Docteur Jekyll et M. Hyde

Il y avait les moments passé à se morfondre qui durait une éternité et puis les moments où le temps s'écoulait si vite qu'il était difficile de le rattraper. Harry, l'esprit embrouillé par des milliers de questions s'aventura à nouveau au deuxième étage. Pendant tout le trajet il avait hésité à faire demi tour pour foncer au ministère. Et puis quoi ? Il aurait fait une entrée fracassante en demandant à Nicols de libérer Malfoy sur le champ ? Ca n'avait aucun sens. Il ne ferait que se ridiculiser et perdre l'occasion de revenir avec une défense solide. Avant ça il devait démêler le noeud du problème, et ça commençait par le capharnaüm qui régnait dans sa propre tête.

Quand il arriva en haut des escaliers il fut arrêté par une armure ensorcelée à l'allure peu commode.

- Halte, on ne passe pas.

Ça ne laissait pas vraiment de place à la négociation. Harry avait déjà songé au problème quelques jours auparavant. Il se précipita sur la droite en évitant de justesse un coup de hallebarde et sortit de sa poche le minuscule marécage de Fred et George. Il le jeta au sol, alors que deux autres armures accouraient dans leur direction. Le marécage de poche s'étira rapidement en remplaçant le sol par de l'eau verdâtre et des nénufars. Les armures se retrouvèrent embourbés, tirées vers le fond par le poids du métal. Harry s'éloigna rapidement, il n'avait pas vraiment anticipé la taille du point d'eau qui continuait de s'étendre.

Il emprunta le couloir brulé en direction de la porte fracturée. Dans le premier souvenir Malfoy s'était moqué de lui en disant qu'il existait un moyen de ne pas se faire expulser par la porte mais il s'était bien gardé de lui donner la solution. Harry approcha sa main avec précaution pour voir si il pouvait sentir un phénomène magique. Malgré les fractures dans le bois, il heurta une surface dur comme un bouclier. Les sortilèges basiques ne furent d'aucune utilité. Ni Alohomora ni aucun autres sort de dissipation ou d'explosion. Quand il en avait parlé à Hermione, celle ci lui avait expliqué que les quatre fondateurs n'étaient pas dénués d'imagination en terme d'enchantements et qu'en plus des passages secrets et des mots de passe, on pouvait s'attendre à des énigmes farfelues. Ça... il n'y avait pas vraiment réfléchi.

Harry était assis contre le mur adjacent. Frustré. Il ne savait plus qui ou quoi croire. Il avait besoin de voir des choses concrètes, des choses qui ne mentent pas, comme ce foutue miroir qui l'avait hanté une partie de son adolescence. Après l'amnésie, les faux souvenirs, les mensonges, les cachoteries, c'était difficile de faire confiance à Malfoy. C'était peut être qu'une autres de ses stratégies tordues. Mais Harry voulait y croire. Tellement que c'était un peu pathétique. Est ce qu'il allait vraiment se faire encore avoir sans résister ? Témoigner encore en sa faveur et étaler ses tripes sur l'estrade du Magenmagot pour un type qui ne faisait que le manipuler. La peur faisait faire n'importe quoi. Harry le savait, il l'avait expérimenté à de nombreuses reprises. Sous son emprise Pettigrow avait vendu ses meilleurs amis, Fudge avait refusé de voir la vérité en face, Lucius Malfoy avait commis les pires crimes. Alors qu'est ce qui empêchait Draco d'aller jusqu'au bout de sa pièce de théâtre si ça pouvait lui éviter de tirer sa révérence à Azkaban ? Ça faisait mal. C'était comme courir après des chimères.

Et puis il se souvint de quelque chose. De quelque chose d'important. Il avait un complice, celui qui essayait par tous les moyens de dissimuler les images traitresses, celui qui se glissait dans sa chambre la nuit, celui qui murmurai des mots à son oreille.

Ça valait le coup d'essayer. Il se pencha tout prés de la porte.

- Tant que je respire, j'espère, dit-il dans un souffle.

La porte disparue comme un mirage, laissant une arche de pierre vide. Le coeur battant Harry avança dans la vaste pièce. Le feu avait rongé les tapisseries et le mobilier, les tables noircies gisaient dans les cendres d'un immense brasier. C'était triste à voir, on pouvait encore imaginer les flammes lécher le plafond et sentir l'odeur de brulé. C'était étouffant.

Plus loin, il remarqua des jeux d'empreintes qui se dirigeaient vers une immense silhouette drapée. Harry fit glisser le pan de tissu pour révéler le miroir menaçant. La dague qu'il avait conservé dans sa sacoche par précaution se mit à vibrer. Il la sortit du sac, elle émettait une faible lumière comme si elle réagissait à une présence magique. Malgré sa grande expérience en artefacts maléfiques, Harry n'était pas plus avancé qu'une poule avec un couteau. Il était désormais en possession d'un poignard lumineux énigmatique. Super. Plus de questions et toujours pas de réponse.

Quand ses yeux remontèrent à la hauteur du miroir, il tomba sur son propre reflet. Le Harry dans le miroir lui sourit, un sourire effrayant. Étrangement, ce Harry là n'avait pas de dague dans les mains. Un espace invisible se trouvait dans le creux de sa paume. Le reflet se contentait lui faire signe d'approcher plus prés. Harry ne le fit pas. Un étrange sentiment de malaise le traversait. Il y avait quelque chose dans cette pièce, une présence. Une présence qu'il avait déjà ressenti dans sa chambre. C'était dur de mettre des mots sur cette sensation qui glissait le long de sa colonne et faisait frissonner sa nuque.

L'image se brouilla. Le Harry du miroir quitta le cadre, son regard effroyable le suivit jusqu'à la dernière seconde, comme une menace muette. Quand l'image devint plus nette, il vit qu'il s'agissait d'une salle d'interrogatoire. Malfoy était assis sur une chaise le visage penché en avant et les mains enchainée à un anneaux scellé dans le sol. Le miroir était en train de lui montrer le lieu où il était détenu. Il avait déjà vu cet endroit au département de la justice magique lors des procès des Mangemorts. C'était une pièce étroite, sans vitre, ni fenêtre, occupée par une unique chaise. Un agent lui jeta un verre d'eau visage. Malfoy poussa un gémissement et releva la tête avec une expression de haine. Entre les gouttes qui ruisselaient, Harry put voir que son visage était parcouru de nombreuses contusions, son nez avait l'air cassé.

Le bureau des Aurors n'était pas connu pour faire usage de la violence inutilement mais il ne ménageait pas les Mangemorts quand il voulait leur soutirer des informations. Karkaroffe avait subit des tortures moyenâgeuses, on l'avait enfermé dans une cage étroite où des piques en aciers effleuraient le moindre centimètres de son corps. Harry avait pu voir Rodulphus Lestrange se faire trainer dans le tribunal comme un sac de farine, blessé et vomissant de la bile transparente sur les dalles de marbre. Il y avait une forme d'ironie dans cette manière de traiter les prisonniers quand on s'autoproclamait les gentils de la guerre. Harry n'avait ressentit aucune satisfaction à voir ces meurtrier se faire trainer dans la poussière.

Quand Draco Malfoy avait franchi la porte, l'air épouvanté et meurtri il avait été étonné d'entendre sa propre voix prendre sa défense. Ses yeux pâles s'étaient écarquillés, on aurait dis que Malfoy était sur le point de fondre en larme au milieu du tribunal. L'ensemble du Magenmagot avait bu le discours du sauveur comme parole d'évangile et applaudit avec exaltation. Après autant de scandales, après Ombrage, après Fudge, quel juge se serrait dressé contre Harry Potter ? Personne. Les membres de l'assemblée étaient prêt à ramper à ses pieds, avides de sa notoriété. Suite à ce plaidoyer, Draco Malfoy avait été gracié à l'unanimité. Mais désormais Harry savait que les Aurors n'avait pas plébiscité son acte avec autant de ferveur que le Magenmagot. La plupart des agents avaient vu cette libération d'un très mauvais oeil.

Son amitié avec Kingsley, nommé récemment ministre de la magie, avait du arrondir les angles mais Harry ne pouvait pas en leur en vouloir de détester les Malfoy. Et cet imbécile de Draco leur avait donné exactement ce qu'ils avaient besoins pour le mettre derrière les barreaux une bonne fois pour toute. Mais cette violence ? À quoi ça rimait ? Ce n'est pas comme si Malfoy pouvait leurs donner des informations supplémentaires, il avait déjà tout dis. Le sang qui coula de son arcade acheva de le convaincre. Harry allait faire quelque chose de stupide.


- C'est répugnant !

Hermione donna un coup de coude à Ron pour le faire taire.

- Ce qu'il veut dire c'est que cette histoire est très touchante, n'est ce pas Ron ! Insista-t-elle en le fusillant du regard.

- Oui oui très touchante, mais je ne veux plus jamais entendre parler des fantasmes de Malfoy surtout quand ils incluent Harry et le miroir du Rised. Je veux pas savoir ce qu'il faisait en te matant jours et nuits dans cette salle ! C'est probablement la branlette la plus longue de l'histoire !

Harry n'avait pas pu s'empêcher de tout leur raconter dans les moindres détails sans épargner les oreilles sensible de Ron.

- On pourrait en discuter plus tard ? Râla Harry en slalomant entre les passants sur le trottoir.

A cette heure de l'après midi, les rues de Londres étaient bondées de travailleurs en costume qui s'agglutinaient aux arrêts de bus et jetaient des coups d'oeil indigné au trio qui les bousculaient en se faufilant dans la foule.

- McGonagall ne va pas apprécier qu'on sorte de l'enceinte du château, s'inquiéta Hermione en jetant un coup d'oeil à sa montre.

- Elle à très bien compris ce que je m'apprêtais à faire.

Quand Harry avait quitté le bureau d'un air déterminé, la vieille directrice avait poussé un soupir résigné « essayez d'être revenu pour le dîner » avait elle dis.

- Pas que je remette en doute la sincérité de Malfoy ou celle d'un miroir trompeur - quoi que si, je remet complétement en doute la sincérité de Malfoy - On devrait peut être faire confiance au système judiciaire avant de foncer tête baissée ? Il te l'a quand même jeté, ce sortilège d'oubliette. Objecta Ron.

Harry fronça les sourcils.

- Je ne fais pas confiance à un système qui gracie des Mangemorts pour me faire plaisir.

Il l'avait toujours en travers.

- C'est vrai qu'on a rarement pu faire confiance au ministère de la magie, concéda Hermione. On sait très bien que la moitié des politiciens sont corrompus et ne voit que leurs intérêts.

Ron avait l'air scandalisé.

- Les gars, c'est quand même Kingsley le ministre de la magie, ce type à combattu les Mangemorts à nos cotés !

Harry était agacé.

- Tu veux vraiment débarquer dans le bureau de Kingsley et lui demander de libérer Malfoy ? Ce n'es pas lui qui s'occupe de cette affaire, il a d'autre chat à fouetter.

- Surtout qu'il n'a aucune raison de ne pas laisser les Aurors gérer cette arrestation. Renchéri Hermione.

- Très bien comme vous voulez, on a qu'a débarquer au département de la justice magique en hurlant « haut les mains, nous venons sauver le petit ami de Harry Potter des terribles complications juridiques !» Répliqua Ron avec mauvaise humeur.

- Aide moi à trouver la cabine téléphonique, plutôt, rétorqua Harry non sans cacher un petit sourire en coin.

Ron grimaça.

- Même de derrière je vois bien que ça t'as fait plaisir que je l'appelle comme ça ! T'es pas croyable.

- Surtout que c'est difficile à trouver de nos jours, dit Hermione dans un soupir.

- Quoi donc, les petits amis ou les cabines téléphoniques ? Demanda innocemment Harry.

Hermione gloussa.

- Les deux, surtout ceux détenu au département de la justice !

Ils explorèrent plusieurs rues sans mettre la main sur le précieux graal écarlate, la seule entrée du ministère qui n'était pas surveillée par les agent de la police magique, à la différence des cheminées et des toilettes publiques. Ils longèrent un square où des enfants jouaient à la marelle et à la balançoire sous le regard attentif de leurs parents. Tous ces moldus ignoraient qu'il avait échappé à la mort ou l'esclavage quelques mois auparavant. C'était une atmosphère paisible, la vie qui suit tranquillement son court. Parfois, pendant cinq minutes, Harry se demandait comment aurait été sa vie sans le monde des sorciers. Est ce qu'il serait assis sur un banc en train de réviser ses cours de littérature, comme la jeune fille à quelques mètres ? Et puis il se souvenait qu'il avait une famille de coeur, des amies, de la magie qui coulait dans ses veines et mangemort à aller sauver. Son soit disant petit ami. Même si ça sonnait bien dans sa tête, il n'y croyait pas vraiment.

Le trio finirent par tomber sur une cabine rouge vif, des touristes japonais se photographiaient devant la porte en prenant des poses extravagantes. Ils se faufilèrent derrière eux au risque d'être immortaliser sur la pellicule. Harry saisit le combiné et composa le 62442. La cabine se mit à trembler et la partie interne s'enfonça dans le sol. Ils atterrirent au milieu du hall de briques vertes. Ron pointa la statue de Harry du doigt en éclatant de rire.

- Je m'en laissera jamais !

Le Harry de marbre se tenait aux cotés de Dumbledore, baguette à la main, il faisait apparaître un arc magique. Il arborait un sourire éclatant insupportable, plein d'assurance, comme dans une pub de brosse à dent. Et pour couronner le tout, ses yeux avaient été taillé avec un léger strabisme. Le vrai Harry grimaça à la vue de son double et cacha son visage embarrassé derrière sa capuche.

Une jeune sorcière qui passait prés d'eux poussa un petit cri en le reconnaissant et attira l'attention des personnes qui faisaient la queue aux nombreux guichets. Des murmures s'élevèrent autour d'eux.

« c'est Harry Potter ? » « vous êtes sûres ? » « je l'imaginai plus grand » « Potter est ici » « le sauveur du monde sorcier ».

- C'est le moment de déguerpir ! Les pressa Harry avant que l'attroupement forme un cercle compact autour de lui.

Ils s'enfuirent vers un ascenseur à proximité. Un hommes les bras chargés de dossiers essaya d'entrer à leur suite mais Ron frappa le bouton pour que le rideau de métal se ferme.

- Vraiment désolé, s'excusa Hermione à travers le grillage.

Ils prirent la direction du département de la justice. Hermione sortit de son sac trois fioles.

- J'avais gardé du polynectar en cas de besoin.

Harry pétrifia le système mécanique et les engrenages de l'ascenseur qui s'immobilisa.

- on ne risque pas d'entrer en collision avec un autre ascenseur ? S'inquiéta Ron en sentant une secousse. Harry extirpa une pile de vêtements de son sac.

- On verra bien.

Il retira sa ceinture et fit glisser son jeans sur ses chevilles. Ron l'imita avec une moue boudeuse.

- Je vous jure que si on se fait choper à trois à poil dans un ascenseur par des employés du ministère je vous plante et je retourne à Poudlard !

Hermione qui avait choisit de prendre l'apparence d'une employée du département des objets moldus de même corpulence avala directement le contenu de sa fiole et commença à se transformer. Ron enfila un manteau d'Auror que Hermione avait conjuré en s'inspirant des photos de la gazette.

- Qui je suis exactement ?

- Kingsley junior, Auror émérite, parti en week end avec ton frère et Fleur. Il m'avait prêté son écharpé à Noël et j'ai oublié de lui rendre.

- Du coup tu as gardé un de ses cheveux ? T'es vraiment barjo...

Ron termina sa critique dans un glapissement alors que le talon vindicatif écrasait ses fragiles orteils. Après s'être remis de ses émotions, il examina le jeune homme de 30 ans dans le reflet de la vitre de l'ascenseur et passa la main sur son crâne rasé et sa barbe noire proprement taillée en collier.

- Tu réalises que je suis en train de violer la loi dans l'apparence du fils de ministre de la magie, qui est notre ami, soit dit en passant !

Harry roula les yeux.

- Je ne t'ai pas demandé de m'accompagner Ron, je peux très bien me débrouiller avec Hermione.

Ron lui lança un regard plein de stupeur.

- Harry ? Est ce que tu es en train d'enfiler une jupe à Hermione ? Tu es tellement plus gay que je l'imaginais...

Harry vida le contenu de la fiole sans prêter attention à la remarque de son ami. C'était toujours aussi désagréable. Une fois sous l'apparence de l'Auror Nicols il enfila une paire d'escarpin qu'Hermione avait modifié pour qu'elle soit à la bonne taille. Il avait récupéré un cheveux dans le bureau de Mcgonagall avant de partir.

- Il va falloir faire quelque chose pour ta voix ou tu risques de griller ta couverture à la moindre syllabe prononcée, lui fit remarquer Hermione.

Il n'avait pas songé à ça, prendre une voix de fausset un peu trop aiguë serait plus ridicule qu'efficace.

- J'ai ce qu'il faut !

Ron extirpa dans sa poche des vieux bonbons d'un air victorieux.

- George m'a donné des caramels à Angine, au cas où j'aurais envie de rater des examens. Avec ça on aura l'impression que tu fumes des cigarettes depuis tes douze ans.

Hermione lui jeta un regard réprobateur, elle qui avait passé des semaines à organiser des séances de révisions pour les aider. Visiblement, Ron avait quand même prévu un plan b. Harry le déballa avec méfiance, ça ressemblait à un caramel normal. Il mordit précautionneusement dans un coin de la friandise. Hermione avait l'air soucieuse.

- Ça signifie que Harry sera malade si les choses tourne mal.

- ...Malade et en talons aiguilles, ajouta Ron.

- A vaincre sans péril on triomphe sans gloire ! Ironisa Harry en fourrant le caramel dans sa bouche.

En quelque seconde il ressentit une sensation très désagréable au niveau de la gorge.

- Qu'est ce qu'on fait si on tombe sur le vrai agent Nicols, demanda Ron.

- Je l'ai suivit ce matin, elle a pris un train pour Liverpool, répondit Harry d'une voix enrouée.

Hermione jeta un « finite incantatem » sur l'ascenseur qui reprit sa course à travers le dédale de tunnels. Il s'immobilisa au niveau -2. Hermione réajusta ses lunettes et Harry fit quelques pas maladroit dans le couloir. Il devait marcher mieux que ça si il voulait être crédible. Il se concentra et tacha d'avancer en ligne droite. Quoi qu'il face, il avait l'impression que toutes les personnes présente dans le hall était en train de le juger, mais personne ne faisait vraiment attention à eux. Un Auror passa prés d'eux, plongé dans un dossier, il évita machinalement un avion en papier qui vola prés de sa tête.

Quelques mois auparavant, Robards, le directeur du bureau des Aurors, lui avait fait la visite des locaux quand Harry lui avait confié son voeux de travailler pour lui. Heureusement d'ailleurs, il n'aurait jamais pu trouver les salles d'interrogatoires sans ce rapide tour des lieux. On aurait dis que le département de la justice magique faisait en sorte de rendre le trajet si compliqué que personne n'aurait pu s'y échapper sans escorte. Ils atteignirent sans encombre les bureaux administratifs. Des agents, cigarettes ensorcelées dans le bec, tapaient sur leur machine à écrire avec frénésie. Les documents fraichement imprimé s'élevaient dans les airs et se pliaient d'eux même en divers origami. Les avions en papier virevoltaient vers les autres départements du ministère et les souris avalaient des timbres et se jetaient dans les tubes, direction la poste centrale des hiboux.

- Kingsley, Nicols, les salua un homme cerné qui buvait un café la main tremblante.

- Bien le bonjour, répondit maladroitement Ron.

Hermione en profita pour s'éloigner en direction du bureau de Robards qui se trouvait un tout petit peu plus loin dans le couloir. Elle avait amassé tout un tas de plainte fictive contre le bureau des Aurors à présenter au directeur, connaissant sa verve en matière de défense des animaux et des créatures magiques, il allait être retenu pendant des heures.

- Tu n'étais pas sensé être en mission, Annie ?

Harry se focalisa à nouveau sur l'homme fatigué quand il réalisa qu'il s'adressai à lui.

- Ça ne s'est pas déroulé comme prévu, je dois faire un rapport. Dit-il simplement.

Le mensonge eu l'air de prendre. L'homme lui tendu un bonbon à la menthe.

- Tu ne devrais pas jeter autant de sortilège, ma petite. Tu sais que tu peux demander de l'aide aux hommes du service.

Ma petite ? Harry se sentit tellement dégouté par cette remarque qu'il eut du mal à garder son personnage. Du peut qu'il en savait, l'agent Nicols avait l'air d'une Auror tout à fait capable, elle avait maitrisé Malfoy en quelques seconde avec assurance dans le bureau de McGonagall. Elle ne méritait pas que ce sale type la rabaisse à cause d'un mal de gorge. Comment faisait-elle pour bosser avec lui ?

- Merci, ça ira bien comme ça. Tu peux me dire où ils ont enfermé Malfoy, j'aimerai bien lui poser des questions, dit-il d'un ton glacial.

L'homme haussa les épaules.

- Demande à Martins. Je m'occupe plus des interrogatoires. Il doit dormir sur sa chaise comme d'habitude.

Harry le remercia et s'éloigna d'une démarche incertaine.

- Ma petite Annie, tu es sur que tout va bien ? Je peux t'accompagner si tu...

Ron vola à son secours.

- Je m'en charge !

Il aida Harry à marcher un peu. L'homme désagréable lui fit un clin d'oeil entendu.

- Au secours, murmura Harry, cinq minute que je suis dans le corps d'une femme et je me tape déjà des commentaires sexistes. Réussir à marcher chaque jours avec ces foutues talons et même réussir à jeter des sortilèges mérite de l'admiration.

- Kingsley junior va nous haïr, ce gars crois qu'on s'envoit en l'air.

Ils trouvèrent sans peine le dénommé Martins, un homme rondouillard, ronflant le nez en l'air prés des cellules. Les lourdes portes bétonnées se multipliaient sur des centaines de mètres sans qu'ils puissent voir à l'intérieur. Le temps de la transformation était court, ils ne pouvaient pas se permettre de chercher à l'aveuglette. Ron toussa pour réveiller le garde. Comme ce n'était pas très efficace, il lui donna quelques tapes sur le visage. Martins sursauta.

- On voudrait voir Malfoy, auriez vous l'amabilité de nous conduire à lui ?

- Vous avez vos pass? Demanda-t-il d'une voix ensommeillée.

Harry et Ron échangèrent un regard anxieux.

- J'oubli toujours le mien, mais vous savez qui je suis ? S'excusa Ron.

Martins lui jeta un regard étrange et le détailla de la tête au pied.

- Ce n'est pas l'uniforme standard.

Ron dansa d'un pied sur l'autre. La photo qui avait servit à conjurer son manteau ne datait pas d'hier, Plus les minutes s'écoulaient plus il perdait en crédibilité. Son plan était compromis et Martin était intransigeant.

- Pas de pass, pas d'entrée.

Harry n'avait pas le temps pour ses conneries. Si Martins tenait tête au fils de Kingsley, ça allait être compliqué de le faire ployer. Il le chopa par le col.

- C'est moi qui l'ai arrêté, Malfoy est mon prisonnier !

Martins plissa ses petits yeux porcins, il en profita pour lorgner dans son décolleté.

- Tu connais la procédure, Nicols, je ne fais pas de favoritisme.

Harry perdait patience.

- Tu veux vraiment que je retourne chez moi chercher mon badge ou en vérité tu n'as aucune idée de l'endroit où il se trouve ?

- Bien sur que je sais où il est, se vexa-t-il.

Ses yeux se déportèrent sur une porte à gauche. Ça ne dura qu'une fraction de seconde mais Harry le tenait. Il le stupefixia. Ron bloqua la vue du couloir et fit mine de faire la conversation à l'homme inconscient pendant que Harry lui arrachait son badge.

- Fais vite, si n'importe qui d'autre passe par ici, on est cuit... le pressa Ron, les dents serrées.

De loin ça pouvait faire illusion, mais de prés, tout Auror aguerrit remarquerait le sortilège assommant. Harry plaqua le badge contre la porte et celle si disparu le temps qu'il pénètre dans la pièce.

Malfoy avait la tête baissée comme dans l'image du miroir. Les mains croisées et menottées entre ses genoux. Il avait l'air si vulnérable. Quand il releva la tête Harry constata qu'il n'était pas blessé. Il avait bien une petite coupure sur la lèvre inférieur, mais rien de bien grave. Pourtant, le nez cassé, le visage en sang étaient nettement apparut dans le reflet. Le miroir ne lui avait donc pas montrer la vérité ? Qu'est ce que ça signifiait ? Il avait eu l'intention de l'arracher de force à l'interrogatoire mais peut être qu'il valait mieux reconsidérer les risques et ne pas laisser Malfoy passer pour un fugitif.

- J'ai déjà tout dis à votre collègue, déclara Malfoy avec de l'inquiétude dans la voix.

Harry croisa les bras.

- Je veux le réentendre de ta bouche, dit-il.

Il n'était pas fière de son petit stratagème mais Malfoy s'était foutu de sa gueule alors tant pis pour lui. Ce dernier paraissait méfiant.

- Si tu me dis la vérité, je reviendrai te chercher avant qu'il te foute à Azkaban.

Malfoy écarquilla les yeux, il était confus. L'agent Nicols ne devait pas vraiment s'exprimer comme ça.

- Potter ?

Mais Harry avait décidé de ne pas lui facilité la tache.

- Qu'est ce qui te fait croire que je suis Potter ?

Malfoy gesticula un peu, avec malaise. La chaine le gênait.

- J'aimerai bien que ce soit Potter.

Ça avait l'air sincère.

- Désolé, mais je suis l'agent Nicols.

Malfoy secoua la tête.

- C'est la voix de Potter.

Harry serra la baguette dans sa poche. Legimen. Leur esprits se heurtèrent. La chambre d'Hôtel apparut à nouveau, et la tapisserie, et le vieux lit, et les cadres poussiéreux. Dans cet espace mental, il avait repris son apparence masculine. Malfoy se tenait prêt de la fenêtre, les mains dans les poches. Il observait les trains à l'extérieur.

- Je ne sais pas pourquoi tu es venues, mais merci. dit-il dans se retourner.

- Nous avons peu de temps et je suis à deux doigts de tout laisser tomber alors c'est la dernière fois que je te pose la question. La toute dernière fois. Qu'est ce qu'il s'est passé au deuxième étage ?

- J'ai essayé de toutes mes forces de te laisser en dehors de ça.

Sa voix était calme. Il semblait juste épuisé.

- Ça n'a pas marché.

- Non ça n'a pas marché. Quand tu m'as trouvé, assis dans cette salle lugubre, tu t'es dis que c'était encore l'occasion de jouer aux héros. Evidemment, tu n'allais pas me laisser dépérir, dévorer par le miroir du Rised. Parce que c'est toi. Tu fonctionnes comme ça. Au début j'ai cru à une apparition. Mais même dans mes fantasmes les plus fous, tu n'essayais pas de me trainer dans le bureau de Mcgonagall alors je me suis dis que c'était probablement la réalité.

Harry contracta la mâchoire, désormais il savait que ce n'était pas la seule raison.

- Au risque de te décevoir... Je suis beaucoup plus égoïste que tu l'imagines.

Malfoy continua.

- J'étais tellement en colère et honteux que tu me trouves dans cette situation que je t'ai repoussé plutôt violemment. Mais tu n'avais pas l'air de comprendre. Tu es tenace et c'est extrêmement agaçant, Potter. Alors j'ai supplié au miroir de me débarrasser de toi et tu sais ce qui est le plus drôle, c'est qu'il a pris ma demande à la lettre. Quelque chose est sorti de la glace. Quelque chose qui me ressemblait. C'était comme un reflet, mais plus fort. Et il a commencé à t'effrayer. Il sait comment entrer dans la tête des gens parce qu'il voit tout à travers nos fantasmes. Il peut observer nos faiblesse, nos peurs, nos inquiétudes.

Harry était stupéfait. Il avait été témoin des capacités exceptionnelles du miroir lors de son premier tête à tête avec Voldemort mais cette nouvelle aptitude dépassait l'entendement. C'était étrange, difficile à croire. Pourtant il avait ressentit une présence en l'examinant quelques heures auparavant. Le miroir c'était peut être chargé de la magie de la salle sur demande lors de l'incendie ? Ou un fragment résiduel avait pu entrer en contact avec lui... ça ouvrait beaucoup de possibilité et c'était dangereux. Malfoy continua, d'une voix étranglée.

- Le reflet a changé. Je crois qu'il a pris l'apparence de ta mère. Elle vomissait du sang partout, même pour moi c'était difficile à regarder. Et toi tu hurlais, un hurlement tellement terrifiant que ça m'a glacé jusqu'aux entrailles. Malgré tout ce que tu as fais pour moi, le procès... la salle sur demande... j'étais en train de matérialiser ton pire cauchemar sous tes yeux. Alors je lui ai dis de partir, de toutes mes forces, et ça a marché. Mais toi tu convulsais au sol. Tu pleurais et hoquetais comme un enfant. Et tu avais mal. C'était encore de ma faute...

Malfoy se retourna brusquement, le visage plein de colère.

- J'étais sensé faire quoi, Potter ? Dis le moi ! Qu'est ce que tu aurais fait à ma place ? Hurla-t-il. Tout ce que tu accomplis se termine toujours par une victoire, moi je n'ai pas cette chance. Dis moi ce que tu aurais fais.

- Je ne sais. Répondit-il doucement.

- Je voulais juste réparer mes fautes. Je voulais juste que tu oublies tout.

Harry hocha lentement la tête. Au fond de lui il était soulagé, tellement soulagé. Même si Malfoy avait essayé de maquiller ses actes de la pire des manières, ça partait d'un bon sentiment. D'une manière extrêmement tordue, c'était même un acte de protection et d'amour. Et c'est tout ce qui comptait à ses yeux.

- Je comprends.

- Tu devrais être en colère au lieu d'approuver bêtement ma décision stupide ! Parce que tout ce qui suis tu l'as très bien décrypté. Comment j'ai pu en douter ? Tu es le grand Harry Potter. Tu fini toujours par flairer le piège. Moi j'étais paniqué, je ne voulais pas finir mes jours à Azkaban, mais maintenant... je sais que c'est ce que je mérites. Tu as eu raison de te méfier de moi.

Harry voulait se déplacer pour le serrer dans ses bras et lui dire combien il était désolé de l'avoir laisser s'infliger cette douleur. Mais l'entêtement et la colère aveugle de Malfoy le tenait à l'écart. Il avait construit tellement de barrière dans son esprit que Harry était incapable de bouger. La chambre d'hôtel se transforma en cave sombre, Harry reconnu les cahots du manoir Malfoy, avec ses barreaux, sa porte rouge et sa lumière froide. Il perdait le contrôle. Dans les cahots il faisait froid, Harry pouvait sentir le vent glacial de ses tourments le traverser. Il essaya de courir dans sa direction mais la pièce s'étira en mettant plus de distance entre eux. Harry fut expulser de son esprit, mais avant de disparaître, il remarqua une autre silhouette aux cotés de Malfoy. Un reflet de lui...


Suite et Fin au prochain chapitre,

n'hésitez pas à me laisser vos impressions, c'est toujours super important pour les auteurs. Merci de l'avoir lu et à bientôt ;)