A Poudlard?!

Les semaines s'écoulaient aussi tranquillement que possible au manoir de Voldemort. Plusieurs attaques avaient été déplorées par la Gazette du Sorcier par "d'anciens partisans du Seigneur Noir", des "mangemorts qui continuaient à semer la terreur malgré la mort de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom"ou selon d'autres articles indépendants du ministère, "des troubles qui laissaient planer un doute sur la mort de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom" "évènements bien organisés" par "des mangemorts en cavale toujours introuvables et actifs".

Mais loin de toutes ces inquiétudes médiatiques, Kécile continuait à travailler ardemment et dépassait chaque jour ses limites, obligeant Bellatrix à un certain respect, et inquiétant de plus en plus Severus. Kécile se sentait enfin reconnue à sa juste valeur et commençait à prendre confiance en elle. Cependant, le mois d'août était déjà bien entamé lorsque une nouvelle vint tout perturber.

Ce matin-là, Lucius Malfoy, Bellatrix, Severus et Kécile furent convoqués par le Seigneur des Ténèbres, sans qu'aucun n'ait la moindre idée de ce qu'il voulait. Il était très rare que Kécile soit convoquée en même temps que des mangemorts, et elle appréhendait cette rencontre. C'est pourtant la première et la tête haute qu'elle entra dans la salle du conseil, et elle s'inclina avant d'attendre les déclarations de son père. Celui-ci commença par s'adresser à Malfoy.

"Mon cher Lucius, as-tu exécuté la tâche que je t'ai confié?

-Oui Maître.

- La demande a-t-elle été acceptée?

- Oui Maître, sans le moindre doute.

-Parfait. Kécile, poursuivit-il, j'ai décidé qu'à la rentrée, tu intègreras le collège Poudlard, comme tous les jeunes sorciers de ton âge."

Il y eut un moment de stupeur. Kécile fut sur le point de demander à son père de répéter, mais se retint de justesse et laissa son père continuer.

- Tu y es inscrite par Lucius Malfoy comme cousine éloignée et orpheline de son fils Drago, sous le nom de Kécile Gaunt. Bellatrix, dès la rentrée, tu seras donc libérée de la charge que je t'ai confiée. En revanche, Severus, je te confie une tâche supplémentaire à Poudlard. Tu continueras d'enseigner la magie noire à Kécile à Poudlard, car ce n'est pas ce que lui apprendra cet imbécile de Dumbledore qui lui servira dans mes rangs. Débrouillez-vous pour le faire dans la plus grande discrétion. Il est hors de question que quiconque, et surtout pas l'amoureux des moldus, se doute d'une quelconque relation entre vous.

- Père, puis-je me permettre une question? Pour quelles raisons m'envoyez-vous à Poudlard? Quel sera mon rôle?

- Pour l'instant, aucun. Fais-toi discrète. Mais ensuite lorsque je t'en donnerai l'ordre, tu commenceras à créer ton cercle d'influence. Les rangs mangemorts ont manqué de sang neuf ces dernières années, et le moment voulu, tu pourras m'amener de nouveaux adeptes. Mais dans l'immédiat, je veux seulement avoir un oeil de plus dans la place. Poudlard est un lieu stratégique du monde sorcier que j'ai trop longtemps négligé. Severus, est-il besoin de préciser que tu traiteras Kécile comme n'importe laquelle de tes élèves?

- Bien sûr Maître.

- Très bien. Retirez-vous maintenant. Kécile, tu restes."

Lorsque les mangemorts furent partis, le Seigneur des Ténèbres poursuivit.

- Se faire discrète ne veut pas dire que tu resteras inactive, Kécile. J'attends que tu me signales le moindre fait intéressant, et que tu surveilles les agissements des Serpentard et ceux de leur directeur, ainsi que le professeur de défenses contre les force du mal, un dénommé Quirell.

- Surveiller Severus et ce professeur Quirell? Mais pourquoi, Maître?"

Un bref doloris l'envoya au sol en criant.

- Je n'ai pas de compte à rendre de mes ordres, déclara le Seigneur des Ténèbres d'une voix glaciale. Obéis!

- Oui Maître, répondit l'enfant tremblante, avant de s'éclipser sur un signe de son père.

Et elle monta s'enfermer dans sa chambre pour réfléchir.

A Poudlard! Son père l'envoyait dans l'antre de Dumbledore, au milieu de sorciers probablement incapables alors qu'elle s'évertuait depuis un mois et demi à se hisser à un niveau digne d'un mangemort compétent... Son moral en prenait un sérieux coup... Mais un regard à la bague qu'elle portait depuis quelques semaines au doigt lui redonna du courage. C'était pour la Grande Cause et elle devait faire confiance au Seigneur des Ténèbres. Mais pourquoi surveiller ce professeur Quirell? Et surtout, pourquoi surveiller Severus?!

Ce dernier n'avait guère perdu son temps. Aussitôt sorti de la salle du conseil, il s'était rendu dans ses appartements, s'y était enfermé et avait pris une poignée de poudre de cheminette qu'il avait jeté dans l'âtre et avait prononcé l'adresse du bureau de Dumbledore.

Celui-ci avait réagi comme à son habitude avec une surprise polie et joviale, comme si son professeur de potions s'invitait à prendre le thé.

"Severus! Que me vaut le plaisir de votre visite!

-Pas de bonnes nouvelles, je le crains fort!

-Asseyez-vous donc! Alors que se passe-t-il?

-Monsieur, savez-vous combien d'enfants sont inscrits cette année par la famille Malfoy?

Dumbledore réfléchit un moment.

- Deux, à ma grande surprise... Minerva m'a fait part la semaine dernière de la demande de Lucius Malfoy d'inscrire une cousine éloignée de son fils à Poudlard.

-Et vous avez acceptez?

- Ma foi, oui, je ne voyais pas de raison d'empêcher cette enfant de faire ses études ici si elle le souhaite.

-Vous êtes-vous seulement renseigné de son nom, professeur Dumbledore?

- Non, mais je suppose qu'à votre remarque, j'aurais dû. Est-ce là la raison de votre visite?

- Oui, monsieur. Cette enfant, s'appelle Kécile Gaunt.

- Gaunt...

- Ce nom ne vous dira probablement rien, puisque il est faux.

Dumbledore fixa son professeur de potion sans rien dire.

- Je suppose que vous avez compris ce que je suis venu vous annoncer: la fille du Seigneur des Ténèbres va suivre sa scolarité à Poudlard, ou plutôt, infiltrer Poudlard, puisque je doute que ce soit ses études qui aient poussé le Seigneur des Ténèbres à l'y inscrire. Bellatrix et moi ayant été chargés de faire son éducation déjà beaucoup trop avancée pour son age!

- Ainsi c'est donc elle, cette fille de Voldemort donc vous aviez déjà fait allusion.

-J'avoue n'avoir jamais attaché beaucoup d'importance à cette enfant dans mes rapports. Voldemort ne semblait pas vouloir l'utiliser pour l'instant.

- Cela a probablement changé.

-Sans aucun doute! Cette fille n'est pas ordinaire. Je trouve que c'est une très mauvaise idée de l'autoriser à pénétrer dans l'enceinte de Poudlard.

-Pourquoi, Severus?

-Pourquoi! Mais enfin, Albus! C'est de la fille du Seigneur des Ténèbres dont nous parlons! Une gamine plongée jusqu'au cou dans la magie noire! Je devais être un enfant de choeur comparée à elle à cet âge!

Dumbledore pouffa.

-Voilà qui n'est pas peu dire!

-Je ne plaisante pas! S'énerva Rogue. Cette fille manie des sorts bien trop puissants et dangereux pour son âge.

- Encore faut-il qu'elle s'en serve...

-Je sais, connaître ne signifie pas utiliser, l'un de vos refrains préférés! Mais Albus! Votre confiance vous aveugle! Croyez-vous que Voldemort et Bellatrix ont enseigné les scrupules, la conscience et les bonnes manières à la Princesse durant les leçons! Et croyez-vous que c'est ce qu'on m'a demandé de lui apprendre!

- Calmez-vous, Severus. Ne pensez pas que je prends cette affaire à la légère... La Princesse?

- Oui, c'est ainsi que nous devons l'appeler.

- Je vois... Seigneur des Ténèbres et Princesse des Ténèbres... décidément, Tom a toujours le sens du grandoliquent!

- Je suis désolé, ça m'a échappé.

- Comment s'appelle cette enfant, déjà?

- Kécile.

- Bien, alors appelons-la Kécile, voulez-vous, plutôt que "princesse", un titre qu'elle ne gardera certainement pas à Poudlard. Maintenant, Severus, je comprends parfaitement vos craintes, mais je n'envisage pas la chose de la même façon. Tout d'abord, il est évident que Kécile fera l'objet d'une surveillance de tous les instants et que la moindre attitude douteuse de sa part mettrait en péril son inscription à Poudlard.

-Pourquoi prendriez-vous de tels risques?

-Pour beaucoup de raisons qui en valent la peine, croyez-moi. La seule chose qui m'inquiète est que Kécile se retrouvera dans la même année que Harry Potter...

-Ah, oui, évidemment, grogna Rogue, comment ais-je pu l'oublier! Le précieux Potter!

-Mais nous parlerons de cela plus tard, voulez-vous? Si je prends ce risque, c'est que le jeu en vaut peut-être la chandelle...

-Comment ça?

-Tout d'abord, si je n'autorise pas Kécile à entrer à Poudlard, Voldemort va se douter que quelqu'un m'a informé de sa véritable identité, ce qui pourrait vous porter grandement tort...

- En effet.

- De plus, c'est peut-être l'occasion rêvée de ramener cette enfant dans le droit chemin!

- Vous n'y pensez pas!

- Au contraire!

- C'est la fille du Seigneur des Ténèbres, Dumbledore! Une gamine qui n'a vécu qu'au milieu des mangemorts!Imaginez les principes qu'elle peut avoir!

- Oh! Je m'en doute!

- Vous vous en doutez! Je crois que vous ne saisissez pas l'ampleur de la chose, Albus! Kécile ignore tout de l'égalité! Elle a vécu dans un clan on ne peut plus hiérarchisé, dirigé par la loi du plus fort, ou du plus cruel, comme vous voudrez! Pour elle il lui faut être la plus puissante et la plus implacable possible! Vous verriez comment elle sait se comporter avec nous autres mangemorts, elle pourrait presque être aussi terrifiante que son père! Seul son âge l'empêche d'être aussi sadique que lui. Nous lui devons respect total, et seul le Seigneur des Ténèbres est au-dessus d'elle! Et elle doit être persuadée que c'est la réalité. Elle n'a jamais été entourée que de serviteurs! Comment voudriez-vous qu'elle pense autre chose! Et quand elle va se rendre compte qu'elle en sait plus que les septièmes années, croyez-vous que cette constatation va la détromper?! La seule chose qu'elle respecte, ou plutôt qu'elle craint, c'est le Seigneur des Ténèbres! Sans parler du fait qu'elle a pour profession de foi la pureté du sang et tout ce qui va avec!

-Poudlard lui offrira la possibilité d'un nouvel horizon. Il y plusieurs choses que vous venez de dire que je souhaite approfondir. Tout d'abord, approuve-t-elle les opinions de son père?

-Probablement puisqu'elle n'a jamais entendu autre chose!

- Apprécie-t-elle l'ambiance dans laquelle elle vie?

-Je ne crois pas qu'elle se soit jamais posé la question.

- Est-elle autoritaire, se sert-t-elle de son pouvoir.

- Elle le fait de manière "naturelle", si je puis dire, mais elle n'en abuse pas.

- Bien. Et quelles sont ses relations avec Voldemort.

- Elle le craint.

- Rien d'autre? Le respecte-t-elle, l'admire-t-elle, l'aime-t-elle.

-Aimer est un gros mot qu'elle n'emploie jamais. J'ignore si elle l'admire; maintenant, peut-être le respecte-t-elle...

-Je doute fort que la crainte et le respect puisse cohabiter, mais admettons. En conclusion, croyez-vous que Kécile soit heureuse?

- Non. Mais elle l'ignore

- Ne pensez-vous pas qu'en découvrant un nouvel univers, elle ne se mette pas, inconsciemment à chercher le bonheur?

Severus eut une moue dubitative.

- Pour le seigneur des Ténèbres, le mot bonheur est signe de faiblesse! Il n'y a que le pouvoir et la puissance.

-Oui, bien sûr, mais à ma connaissance, Tom Jedusor à l'âge de 11 ans était déjà passé maître dans l'art de la perfidie et du sadisme. Or, vous venez de me dire que ce n'est pas le cas de Kécile.

- Je dois le reconnaître.

-Alors nous avons une chance. Si Kécile n'a pas le même tempérament de son père, peut-être que Poudlard la rattrapera avant qu'elle ne sombre tout à fait... en revanche je pense qu'il faudra être particulièrement vigilants à ses réactions les premières temps du moins...

- Que voulez-vous dire?

-J'imagine que Voldemort vous a chargé de veiller sur sa fille durant l'année scolaire...

-Veiller n'est pas le terme approprié... Il m'a ordonnée de continuer son éducation. Vous imaginez bien que ce ne sera pas pour lui apprendre à faire apparaître des petits oiseaux!

- Certainement pas, sourit Dumbledore, mais cela signifie que vous aurez donc de fréquents contacts avec elle, ce qui est une excellente chose. Car la découverte de valeurs nouvelles peut aussi bien entraîner un changement complet d'opinion qu'un rejet total de la société, et un enfermement définitif dans les idées de Voldemort. Je compte sur vous pour veiller à ce que cela n'arrive pas.

-Etes-vous conscient du fait que vous me demandez de jouer le parfait mangemort tout en poussant Kécile vers vos idéaux?

- En quelque sorte... Mais j'ai confiance en vos talents, Severus.

Severus soupira.

- Votre confiance finira par vous perdre, vous et tous ceux qui vous auront suivi...

- Et pourtant, c'est ce que vous faîtes.

- Ais-je le choix?!

- On a toujours le choix, Severus, répondit Dumbledore d'une voix douce. Vous le savez, et je suis sûre que Kécile finira par le comprendre. C'est ce que je vous demande de lui faire entendre. Qu'elle suive ou non la trace de son père, que ce soit par un choix délibéré, et non par un conditionnement.

Il y eut un long moment de silence entre les deux hommes, puis le directeur reprit la parole.

- Severus, l'intéressé releva la tête, je voudrais vous parler au sujet de Harry Potter.

Rogue grogna

- Je sais parfaitement que vous allez aborder cet enfant avec beaucoup d'a priori, et je veux que vous cherchiez à connaître ce garçon avant de le juger. De la même manière que je laisse une chance à Kécile, laissez une chance à Harry de nous montrer qui il est réellement.

Severus ne répondit pas.

Dumbledore soupira et se leva de derrière son bureau, imité par son professeur de potion.

-Je sais que ce sera difficile pour vous, Severus, mais je vous demande d'essayer. Maintenant, je vous laisse retourner auprès de Voldemort, avant qu'on ne s'aperçoive de votre absence.»

Severus acquiesça et après avoir salué son directeur rentra au manoir de Voldemort, inquiet et contrarié.