Au manoir Malfoy

Plus aucune objection ne fut soulevée par la suite quant à l'inscription de Kécile Gaunt à Poudlard, ni d'un côté, ni de l'autre. Et le 30 août arriva, où le Seigneur des ténèbres annonça à Kécile qu'elle se rendrait le lendemain matin au manoir Malfoy afin de se préparer à la rentrée.

Lucius passa la prendre le lendemain pour transplaner devant les grilles du manoir qu'elle avait connu durant les premières années de sa vie. Lorsqu'elle pénétra dans le parc, une foule de sensations et de souvenirs l'envahirent et ne la lachèrent plus. C'est donc un peu troublée qu'elle refit face à Narcissa Malfoy, la seule personne se rapprochant de la mère qu'elle n'avait jamais eu. Elle restait fidèle à son souvenir. Toujours élégante, le maintien digne et hautain, mais une certaine douceur propre à la mère qui retrouve son enfant après une longue séparation.

« Le grand jour était arrivé. Lucius était parti le chercher, et tout était prêt pour le recevoir. Drago dormait déjà dans son berceau et demain, lorsqu'il se réveillerait, il aurait un petit frère ou une petite soeur. Narcissa ne put s'empêcher de plaindre un instant la mère inconnue qui allait perdre son enfant et la vie. Cependant, elle ne pouvait guère se lamenter sur son sort et considérait comme un honneur d'avoir été choisie pour élever l'enfant du Seigneur des Ténèbres. Qui aurait jamais cru d'ailleurs que le mage noir puisse un jour avoir un enfant...

Elle entendit son mari l'appeler: ça y est, il était là! Lorsqu'elle pénétra dans le salon, elle vit Lucius donner ses ordres à un elfe, tenant un paquet de couvertures dans les bras.

-Tiens ma chérie, lui dit-il en les lui tendant. Je te présente Kécile.

- Kécile? Curieux nom...

- Je trouve aussi. Mais sincèrement, je ne vois pas le Seigneur des Ténèbres s'occuper de trouver un nom! C'est la mère qui l'a choisi. Une dernière volonté en quelque sorte... dit-il en grimaçant.

- Tu l'a vu?

- Elle? non. Mais j'ai entendu le sort de mort, répondit-il frissonnant. »

Narcissa prit dans ses bras le petit bébé qui était bien silencieux. Il ne dormait pas mais ses yeux d'un bleu surprenant était grand ouverts.

- Et bien, ma chère Kécile, bienvenue parmi nous.»

Merlin qu'elle avait changé! Cinq ans qu'elle ne l'avait pas revu, et la petite fille timide mais espiègle avait disparu. Kécile avait toujours gardé une petite taille quelque soit son âge. Elle avait toujours ces longs cheveux noirs lisses et luisants, ce teint pâle et ces yeux bleus étonnamment perçants, mais son regard s'était durci, son visage avait perdu toutes ses rondeurs et ses trais étaient maintenant décidés et presque anguleux.

Mais cela devait-il l'étonner? Depuis son départ du manoir, Kécile avait vécu à la dure au milieu des mangemorts. Et même au temps de sa petite enfance, Narcissa se rappelait combien il était dur, parfois, de respecter les ordres du maître: ces anniversaires, ces noël où elle ne recevait rien, alors que Drago était gâté comme un petit prince, cette relation mère-fille qui leur avait été refusé, cette distance qu'ils avaient dû installer entre son fils et Kécile, allant même jusqu'à la sermonner un jour où elle avait oser donner le nom d'ami à Drago...

« Bonjour, Princesse.

- Bonjour Narcissa, je suis heureuse de vous revoir. Drago est ici?

- Je crois qu'il est dehors, entrain d'essayer son nouveau balai. Je vais l'appeler.

- Inutile. Je le verrai tout à l'heure.

- Dobby! appela Lucius.

Un elfe de maison que Kécile reconnu aisément apparut et ses yeux globulueux et protubérents s'ouvrirent encore plus lorsqu'il reconnut la nouvelle venue.

- Monte les bagages de la Princesse dans sa chambre.

- Celle que j'occupais avant est toujours libre?

- C'est la même, Kécile, répondit Narcissa. Elle vous appartient.

- Je vous remercie.

- Je vais monter avec vous pour vous montrer les fournitures que j'ai acheté pour vous sur le chemin de Traverse.»

Narcissa était gênée, Kécile pouvait le sentir. Elle n'était plus sa fille d'adoption, mais bien la fille du Seigneur des Ténèbres. Son attitude était plus distante. Elles n'avaient jamais été réellement ce qu'on peut appeler "proches", mais il y avait toujours eu avant une certaine chaleur entre elles. Maintenant, plus rien. Kécile se rendait aussi compte qu'elle ne considérait plus Narcissa de la même manière. Plus de chaleur. Pas de tendresse. Juste un peu de nostalgie... qu'ele chassa bien vite de son esprit.

Après avoir prit connaissance de ses nouveaux livres, qu'elle avait regardé avec dédain, et vérifié la taille de ses robes, Kécile était sortie dans le parc pour retrouver Drago. Elle l'aperçut de loin voltigeant au-dessus des arbres, une activité qui l'avait toujours passionné...

« Drago ouvrait le papier d'une main fébrile et impatiente devant le regard dubitatif de Kécile. Lorsqu'il découvrit enfin son contenu, il sembla en extase devant son premier vrai balai.

- Un brossdur 3, souffla-t-il. Le tout dernier modèle sorti...

- Ravie de le savoir, ironisa Kécile.

- C'est toujours plus interessant de savoir ça que de connaître les propriétés de l'anacampe! Allez viens! On va l'essayer.

- Tu vas l'essayer! Il est hors de question que je décolle les pieds du sol!

- Allez, insista Drago, tu vas voir, c'est formidable!

- Hors de question!

- Viens au moins me voir...

Et Kécile avait fini par céder et suivre le petit garçon. Tous deux avaient couru jusqu'au parc, ou plutôt, Drago avait tiré Kécile derrière lui en courrant, jusqu'à ce qu'ils tombent nez à nez avec Lucius qui avait rappelé d'un ton glacial que des enfants bien élevés ne courraient pas dans les couloirs. Drago s'était excusé et ils avaient continué leur chemin au pas de course jusqu'à la grande pelouse où le petit blondinet avait aussitôt enfourché son balai sous le regard réprobateur de Kécile. Celle-ci avait assisté à toutes les acrobaties de son camarade mais avait catégoriquement refusé de monter sur l'engin.»

Lorsque Drago aperçut une silhouette aux cheveux d'ébène, il comprit que la fille du Seigneur des Ténèbres était arrivée et atterrit devant elle.

- Bonjour, Princesse, salua-t-il.

- Bonjour Drago. Je vois que je te dérange dans ton occupation favorite!

- C'est un nouveau balai que mon père m'a acheté hier. Un Comète 260.

- Ravie de le savoir!

Ils échangèrent un sourire devant l'écho de cette réponse, mais Drago ne laissa aucune complicité d'antan s'installer. Les ordres de son père avait été parfaitement clair. Il devait maintenir ses distances avec Kécile, qui était dorénavant la Princesse, et d'un rang supérieur à tous les mangemorts. Il n'avait donc plus rien à voir avec elle.

-J'ai été surpris d'apprendre que vous alliez entrer à Poudlard. Mon père m'a dit que vous appreniez actuellement des sorts d'un niveau très supérieur à tout ce qu'on peut y apprendre.

- J'ai moi-même été surprise de cette décision du Seigneur des Ténèbres, mais je n'ai pas à discuter. Ce qui est certain, c'est que je vais m'y ennuyer. Mais Severus Rogue continuera à m'apprendre des sorts dignes de ce nom.

- Vous avez bien de la chance. Car pour ma part, je n'ai eu ma baguette qu'hier, et je ne connais rien de plus que de la théorie de bas étage...

- Que veux-tu Drago! Même parmi les sang-purs, rares sont les sorciers qui possèdent les mêmes pouvoirs et le même héritage que moi!

Drago pinça les lèvres. Il était fier du nom de Malfoy et supportait mal qu'on discute sa suprématie. Cependant, il se tut devant le ton supérieur de la Princesse. Décidément, Kécile avait bien changé...

« Il se rappelait parfaitement ce souvenir. Ils avaient quatre ans, et Drago venait de recevoir une nouvelle robe, sa première robe d'apparat avec le blason de la famille Malfoy. Vêtu de ses nouveaux atours, il se pavanait dans sa chambre, admirant à chaque passage devant le grand miroir son reflet et les armes resplendissantes cousues au fil d'argent sur la robe verte. Kécile, assise sur son lit l'observait avec amusement depuis cinq bonnes minutes, lorsqu'elle finit par lui dire:

- Mais oui, Drago, tu es très beau.

- Mais je porte le blason des Malfoy!

- J'ai vu ne t'inquiète pas! Mais ça ne change rien.

- Si! C'est un honneur!

- Un honneur?! C'est un bout de tissu, Drago! dit en riant la petite fille.

- Cela représente la noblesse de ma famille, répliqua Drago d'un ton suffisant

- Et bien! s'exclama Kécile en se levant et en s'inclinant pompeusement devant lui, votre seigneurerie me pardonnera de ne pas trouver cela très interessant et me permettra de me retirer.

Et alors qu'elle se redressait, Drago sentit quelque chose sur sa tête et vit son reflet dans la glace affublé d'une couronne en papier. Il poussa un cri de rage, et poursuivit Kécile qui s'échappa en riant à gorge déployée.»

Plus d'espièglerie chez la princesse, et beaucoup d'autorité. Oh! Leurs relations avaient toujours été très formelles malgré tout. Ses parents ne l'avaient jamais laissé se rapprocher suffisamment d'elle pour qu'il puisse considérer Kécile comme une amie, encore moins comme une soeur! Elle avait toujours été traitée très différemment, probablement selon les ordres du Seigneur des Ténèbres.

Ils retournaient en silence vers le manoir. Kécile sembla s'apercevoir qu'elle avait vexé son ancien camarade car elle proposa:

« Si tu le souhaite, Drago, je pourrais toujours t'apprendre certaines choses. Et il va sans dire que je serais toujours disponible pour t'aider si tu as un problème.

- Je vous remercie, Princesse. J'userai très certainement de cette offre.

- Je sais que beaucoup de choses ont changé, Drago, à commencer par moi, poursuivit Kécile alors qu'ils s'apprétaient à pénétrer dans le grand salon pour le déjeuner. Cependant, je souhaite que nous reprenions des relations amicales. Toi comme moi, nous ne connaîtrons personne en arrivant à Poudlard. Je sens qu'une nouvelle vie nous attend là-bas, et nous avons tout interêt à l'affronter ensemble, comme avant.

- Vous parlez de cette vie comme d'un combat. Il ne me sembla pas pourtant que les six premières années de notre enfance étaient aussi rudes. Contre quoi voulez-vous vous battre.

- Je veux défendre la Grande Cause, Drago. Toi comme moi y sommes appelez par notre héritage.