Chapitre V: Dans le Poudlard Express
Le lendemain matin, lorsque Kécile ouvrit les yeux, elle se demanda un moment où elle se trouvait avant de remettre ses idées en place. Elle était au manoir Malfoy, et se rendait aujourd'hui à Poudlard.
Kécile avait vite oublié tous les souvenirs de la veille,trop anxieuse à l'idée de se retrouver au milieu de tous ces élèves, face à leurs regards, leurs jugements, et surtout se demandant si elle parviendrait à leur cacher son identité.
Drago n'était guère plus serein à la perspective de passer sa première année au côté de la fille du Seigneur des Ténèbres. Malgré la proposition de cette dernière, il avait l'intention de l'éviter le plus possible, mais il ne pourrait pas se permettre de le lui montrer sous peine de l'irriter, elle ou son père, et d'en subir les conséquences. Il allait aussi falloir lui montrer un certain respect, sans que cela éveille pour autant les soupçons des autres élèves.
Le petit-déjeuner commença parfaitement silencieux, jusqu'à ce que Kécile sorte de ses réflexions et demande:
" Pouvez-vous me parler de Poudlard?
- Que voulez-vous savoir, Princesse?
- Appelez-moi Kécile. Plus de 'Princesse' dorénavant. Maintenant, je ne sais pas, qu'est-ce que tout enfant d'une famille de sorcier doit déjà savoir en arrivant là-bas? Que sait Drago que j'ignore?
- Les élèves sont répartis à Poudlard en quatre maisons durant une cérémonie de répartition grâce à un chapeau ensorcelé qui voit dans l'esprit des élèves leurs aptitudes et leur caractère.
- Il voit dans l'esprit des élèves! Mais alors, il verra que je suis la fille du Seigneur des Ténèbres!
- Très probablement, oui. En revanche, à ma connaissance, il a toujours gardé ce qu'il voyait pour lui-même.
- Pourvu qu'il continue... Et ces maisons, comment sont-elles?
- Elles ont chacune leurs caractéristiques propres. Mais la seule qui doit vous intéresser est Serpentard. La plupart des mangemorts en viennent, et le Seigneur des Ténèbres y a très probablement été, bien qu'il ne l'aie jamais confirmé. Severus est le directeur de Serpentard.
-Et le directeur de Poudlard est donc Dumbledore?...
-Oui.
- Vous ne croyez pas qu'il pourrait découvrir rapidement qui je suis?
- Ce vieux fou n'a jamais découvert la véritable allégeance de Rogue. Il est trop confiant envers les gens et lui-même. Aucun risque!"
Kécile ne répondit pas, mais songeait que vieux fou ou pas, cet homme était le seul à faire peur à son père. Bien sûr, jamais celui-ci ne le lui avait dit, mais elle l'avait compris à certaines remarques et à la façon dont il en parlait. Si le Seigneur des Ténèbres lui-même craignait le directeur de Poudlard, à quoi pouvait-il bien ressembler?...
Il était 10h30 lorsque les elfes de maisons descendirent les malles des deux enfants dans le hall. Lucius les réduisit à la taille d'un petit sac et ils sortirent du manoir pour marcher à travers le parc, jusqu'au delà des grilles. Lucius attrapa alors fermement le bras de Kécile, Narcissa celui de Drago, et tous quatre transplanèrent dans un cul-de-sac désert et miteux aux abords de King's Cross. Après que les malles eurent retrouvées leurs tailles normales, ils entrèrent dans la gare, et Kécile sentait un mélange d'excitation et de peur l'envahir. Elle agrippait fermement son chariot pour ne pas que les Malfoy voient ses mains trembler, et tentait de paraître aussi indifférente que possible. Drago semblait très calme, mis à part la légère teinte rosée de ses joues, tout à fait inhabituelle, qui traduisait son excitation. Ils suivirent les deux adultes entre les voies 9 et 10 jusqu'à la barrière magique.
" Bien. Nous allons la traverser deux par deux. Kécile, vous...euh, tu viens avec moi, Drago, avec ta mère. "
Kécile dut prendre sur elle pour marcher d'un pas calme vers la barrière. Elle ne put s'empêcher de fermer les yeux au moment où le choc aurait dû se produire, mais elle ne sentit rien, si ce n'est l'impression de traverser un rideau de voile ou d'eau, avant de déboucher sur la voix neuf trois-quarts.
A travers la fumée de la grosse locomotive rouge du Poudlard Express, Kécile aperçut quelques familles de sorciers, arrivées en avance elles aussi, qui aidaient leurs enfants à charger les lourdes malles à bord du train, ou se faisaient leurs adieux. En s'avançant derrière les Malfoy le long du train, elle vit des parents étreindre leur fille et l'embrasser avant de lui donner quelques recommandations:
" Envois-nous un hibou dès demain matin pour nous dire dans quelle maison tu seras.
-Et ne t'inquiète pas, quelque soit celle où tu seras envoyés, nous serons fiers de toi.
-Travaille bien, et n'hésite pas à nous écrire si tu as des difficultés.
-De toute manière on t'écrira toutes les semaines..."
Kécile n'entendit pas la suite, mais cela avait suffi pour la plonger dans d'étranges réflexions. Son chariot butta celui de Drago lorsque les Malfoy s'arrêtèrent face à un wagon.
"Ici, il n'y a encore personne" Les malles furent rapidement montées à bord du train. Kécile décida de quitter les Malfoy pour les laisser en famille.
" Bien, Lucius, Narcissa, je vous remercie de votre hospitalité.
- C'était un plaisir, Kécile, répondit Narcissa.
- Nous nous reverrons aux vacances de Noël, je suppose...
- Oui, nous viendrons vous chercher.
- Très bien. Au revoir, donc.
- Oui, au revoir , et prends soin de toi.
- Ne vous inquiétez pas."
Et après un dernier signe de tête, elle monta à bord du train soufflant au passage à Drago:
"Ne me cherche pas, je serais au fond du train, au calme."
Elle traîna sa malle à travers les wagons déserts jusqu'à atteindre le dernier compartiment. Elle s'affala sur la banquette, la tête appuyée contre la vitre, et laissa libre court aux réflexions qui lui venaient à l'esprit à la suite de ce qu'elle avait vu avec la famille de la petite fille.
Jamais personne ne l'avait serrée dans ses bras, encore moi embrassée, et l'idée que Voldemort puisse un jour le faire était parfaitement risible, d'autant qu'elle ne le souhaitait pas: elle frissonnait de peur et de dégoût rien qu'en y pensant. Elle ne se voyait pas non plus envoyer un hibou au Seigneur des Ténèbres pour lui raconter comment se passaient ses cours (où elle s'attendait à s'ennuyer royalement) ou quels amis elle s'était fait (elle doutait qu'il apprécierait beaucoup l'idée, n'ayant autour de lui que des serviteurs). Au final, la perspective d'écrire à son père était presque aussi risible que celle de l'embrasser... Quant à recevoir de ses nouvelles, moins elle en aurait mieux elle se porterait. Recevoir une lettre signifierait recevoir des ordres, et les ordres du Seigneur des Ténèbres n'était généralement pas agréables à exécuter...
Un garçon brun traînant une malle tout aussi grosse que la sienne ouvrit la porte du compartiment.
"Je peux?" demanda-t-il timidement. Kécile acquiesça en silence. Elle aurait dû se douter qu'elle ne serait pas tranquille longtemps. Elle entendait vaguement la conversation d'une famille excitée pendant qu'elle sortait un livre de son sac, et commençait à lire. Lorsque le train démarra quelques minutes plus tard, elle jeta un vague coup d'oeil au quai qui s'éloignait et se replongea dans sa lecture jusqu'à ce que la porte du compartiment s'ouvre à nouveau sur un garçon dégingandé aux cheveux d'un roux spectaculaire.
"La place est libre? demanda-t-il. Les autres compartiments sont pleins."
Kécile ne répondit pas mais vit l'autre garçon hocher la tête et le nouveau venu s'installer. "Formidable! pensa-t-elle, je ne vais pas pouvoir lire tranquille..."
Quelques instants plus tard, (Kécile se demanda quand cette invasion serait terminée), deux garçons plus âgés, jumeaux sans aucun doute possible, aux cheveux roux, ouvrirent la porte et s'adressèrent à celui qui semblait leur frère.
"Hé Ron, on va dans le wagon du milieu. Lee Jordan a une tarentule géante, on va aller voir ça.
- D'accord, marmonna Ron.
- Harry, je ne sais plus si nous nous sommes présentés. Fred et George Weasley. Et lui, c'est Ron, notre frère. A plus tard. "
Et la porte se referma sur eux. Kécile se remit à lire lorsque le dénommé Ron demanda:
" C'est vrai que tu es Harry Potter?" En entendant cela, Kécile tourna brusquement la tête vers le garçon brun. Celui-ci acquiesçait et lui jeta un regard embarrassé.
"Je m'étais dit que c'était peut-être une blague de Fred ou George. Et tu as vraiment cette...tu sais, la..."
" Cicatrice" finit Kécile dans sa tête. Elle regarda tout comme Ron la mince marque en forme d'éclair, mais n'avait pas du tout la même réaction vis-à-vis d'elle. Ron la contemplait les yeux ronds:
" Alors, c'est là que Tu-Sais-Qui...
-Oui, répondit Harry, mais je ne m'en souviens pas.
- Vraiment pas?
- Je me souviens d'une lumière verte éblouissante, c'est tout...
- Et ben, dis donc..."
"Une lumière verte? pensa Kécile. Pas besoin de demander ce que c'était." Dire que ce gamin avait résisté à l'Avada Kedavra lancé par son père...
Pendant que la conversation dérivait sur la famille de Ron, Kécile inspecta le garçon: Mince, presque maigre, plutôt petit pour son âge, et visiblement timide bien que très curieux. Dire que Harry Potter était à un mètre d'elle... Si son père savait cela... Mais, réalisa-t-elle soudain, il devait forcément savoir que le "Survivant" serait dans la même année qu'elle à Poudlard... voilà pourquoi il l'y avait envoyé! Elle s'était longtemps demandé pourquoi Voldemort l'avait envoyé dans cette école dirigée par le seul sorcier qu'il redoutât, et ou elle était certaine de s'ennuyer. Je le sais maintenant", pensa-t-elle avec un frisson. Qu'allait-il lui ordonner de faire?
Elle reporta son attention sur la conversation des deux garçons.
"Jusqu'à ce que Hagrid me l'annonce, disait Harry, je ne savais pas que j'étais un sorcier, je ne savais même rien de mes parents, ni de Voldemort."
Ron laissa échapper une exclamation étouffée.
- Tu as prononcé le nom de Tu-Sais-Qui!
"Et alors? se demanda Kécile, il ne va pas surgir de nul part pour autant!"
- Je pensais que tu serais le dernier à...
- Ce n'est pas pour faire le malin, répondit Harry. Simplement, je ne suis pas encore habitué à ne pas dire son nom. J'ai beaucoup de choses à apprendre... Je suis sûr que je serais le plus mauvais élève de ma classe.
- Oh non, dit Ron d'un ton rassurant. Il y a plein d'élèves qui ont vécu dans des familles de Moldus et ils apprennent très vite. Au fait, comment t'appelles-tu, demanda-t-il à Kécile en s'apercevant qu'elle les fixait.
- Kécile. Kécile Gaunt."
Et elle replongea dans son livre, ne souhaitant pas aller plus loin dans les présentations.
Lorsqu'un chariot s'arrêta devant la porte du compartiment et qu'une jeune femme souriante fit glisser la porte, leur demandant si ils souhaitaient quelque chose, Kécile se rendit compte qu'elle commençait en effet à avoir faim et acheta un sandwich qu'elle entama de bon coeur. Elle faillit s'étouffer lorsqu'elle vit la quantité effarante de friandises que ramenait Harry.
Elle n'écoutait pas la conversation, réalisant soudain que jamais dans toute son enfance elle n'avait pu profiter de ce genre de choses. Chocogrenouilles, Ballongommes, Dragées Surprises, patacitrouilles, tous ces noms lui étaient connus, mais elle n'y avait jamais goûté. Ou peut-être que si, mais il y avait tellement longtemps... Aussi sursauta-t-elle légèrement lorsque Harry se tourna vers elle et l'invita à se servir. Kécile, gênée et confuse, refusa en marmonnant que son sandwich lui suffisait. Elle écouta incrédule la conversation des deux garçons. "Partager". Voilà un mot qu'elle ne connaissait pas. Le geste de Harry l'avait perturbée. Pourquoi lui avait-il offert quelque chose alors qu'il ne la connaissait pas? Elle ne lui avait pas adressé la parole, n'avait pas eu un geste amical, et tout d'un coup... tout d'un coup, Harry Potter s'était tourné, souriant en lui tendant des bonbons, à elle, Kécile Voldemort...
Kécile avait renoncé à se concentrer sur son livre, l'esprit trop étonné par une foule de nouvelles constatations. Elle regardait sans le voir le paysage défiler sous ses yeux, perdue dans ses pensées, lorsque la porte du compartiment glissa à nouveau sur un garçon joufflu qui leur demanda s'ils n'avaient pas vu un crapaud, et se lamenta de l'avoir perdu.
" Je me demande pourquoi il s'inquiète tellement, demanda Ron, une fois que le garçon fut parti. si j'avais un crapaud, je ferais tout mon possible pour le perdre. Remarque, je n'ai rien à dire avec Croûtard. Il pourrait aussi bien être mort, on ne verrait pas la différence. Hier, j'ai essayé de lui jeter un sort, je voulais changer sa couleur en jaune pour le rendre un peu plus drôle, mais ça n'a pas marché.
" C'est pourtant pas compliqué",pensa Kécile
" Je vais te montrer, poursuivit Ron à l'adresse de Harry. Regarde... "
Il fouilla dans sa valise et en sortit une vieille baguette magique toute abîmée.
" Elle est tellement vieille que le poil de licorne commence à sortir. "
Il s'apprêtait à lancer un sort à son malheureux rat, lorsque le garçon qui avait perdu son crapaud revint à la porte du compartiment, accompagné cette fois d'une fille aux cheveux bruns volumineux et en batailles qui leur demanda d'un ton assez autoritaire s'ils n'avaient pas vu le batracien fugueur. lorsqu'elle s'aperçut que Ron avait sa baguette à la main, elle s'installa clairement sur la banquette en face de Kécile et attendit de voir ce qui allait se passer. un instant prit de court, Ron s'éclaircit la gorge et lança:
" Soleil, jonquille et canari, Que ce gros rat gris/ En jaune soit colorié/ De la tête jusqu'au pieds." Il agita vainement sa baguette et tout le monde contempla un instant le rat qui n'avait pas bougé d'un poil.
Kécile s'était reteint d'éclater de rire en entendant la prétendue incantation. A sa connaissance, aucune incantation de ce genre ne donnait quoi que ce soit!
Mais la nouvelle venue déclara d'un ton péremptoire:
" C'est ça que tu appelles jeter un sort? Pas très brillant comme résultat. Moi, j'ai essayé de jeter des sorts pour m'entraîner et à chaque fois, ça a marché. Personne n'est sorcier dans ma famille, j'ai eu la surprise de ma vie en recevant ma lettre, mais j'étais tellement contente. on m'a dit que c'était la meilleure école de sorcellerie. j'ai déjà appris par coeur tous les livres qui sont au programme, j'espère que ce sera suffisant pour débuter; Ah, au fait, je m'appelle Hermione Granger, et vous?"
" Et bien, sacré caractère, cette fille, pensa Kécile. Ainsi donc, c'est une sang-de-bourbe... intéressant..." Elle vit le regard interrogateur de la fille assise en face de lui.
-Kécile Gaunt, répondit-elle.
-Je m'appelle Ron Weasley, marmonna Ron.
- Moi c'est Harry Potter.
- C'est vrai? s'exclama Hermione. Je sais tout sur toi, j'ai lu quelques livres supplémentaires pour ma culture générale et je peux te dire qu'on parle de toi dans Histoire de la magie moderne, Grandeur et décadence de la magie noire et Les Grands Évènements de la sorcellerie au XXème siècle.
-Ah bon, s'étonna Harry, abasourdi.
-Tu ne savais pas! Si c'était à moi que c'était arrivé, j'aurais lu tous les livres où on en parlait! Vous savez dans quelle maison vous serez? Moi, j'espère bien aller chez Gryffondor, ça m'a l'air d'être la meilleure. on m'a dit que Dumbledore y a fait ses études, mais les Serdaigles ne doivent pas être mal non plus. enfin, bon, on va essayer de retrouver le crapaud de Neville. vous feriez mieux de mettre vos robes de sorciers, on ne va pas tarder à arriver..."
"J'espère en tout cas qu'elle ne sera pas dans la même maison que moi, celle-là, s'exclama Ron lorsque la dénommée Granger fut partie. Il rangea sa baguette dans sa valise poursuivant, "complètement idiot, ce sortilège. C'est Georges qui me l'a appris, il devait savoir que ça ne marchait pas" Ron se tourna vers Kécile en l'entendant se rire dans son coin.
" Quoi? pourquoi ris-tu?
- C'était évident qu'un tel 'sort' ne marcherait pas! On aurait dit une formule de conte moldu! Si tu veux changer la couleur de ton rat, essais plutôt galbinus colorare.
- Ben, t'as qu'à le faire, toi!"
Kécile reteint à peine un haussement de sourcils. Elle n'était pas habitué à ce qu'on s'adresse à elle sur ce ton. Mais elle ravala son commentaire, et sortit sa baguette d'un geste rapide.
- galbinus colorare. Aussitôt, le rat sursauta et se trouva avec un pelage d'un jaune rayonnant qui fit éclater de rire Harry. Ron resta bouche bée.
" Comment tu sais faire ça?" s'étonna-t-il
Kécile haussa les épaules mais ne répondit pas. " Si tu savais ce que je sais faire, pensa-t-elle, tu t'enfuirais en courant, et je serais accueillie par un comité d'Aurors à la gare...
" Toi, tu seras sûrement à Serdaigle... décréta Ron.
- Peu probable...
- Vous pourriez m'en dire un peu plus sur les maisons de Poudlard? demanda Harry.
- L'école est divisée en quatre maisons, répondit Ron. les élèves sont répartis dans chaque maison selon leur personnalité. Il y a les Gryffondor,les Serdaigle, les Serpentard et les Poufsouffle.
- Et tes frères, ils sont dans quelle maison?
-Gryffondor, répondit Ron d'un air sombre. Mon père et ma mère y étaient aussi. Je me demande ce qu'ils diront si je n'y suis pas... j'imagine que ce ne serait pas trop grave si je me retrouvais chez les Serdaigle, mais si jamais ils me mettent chez les Serpentard... C'était là qu'était Tu-Sais-Qui.
- Vol... je veux dire, Tu-Sais-Qui a fait ses études à Serpentard?
- C'était il y a très longtemps.
- Les frères et soeurs ne vont donc pas forcément dans les mêmes maisons?
-Pas forcément non."
Kécile cessa de suivre la conversation des deux garçons. elle se demandait quelle serait la réaction de Voldemort si elle n'était pas envoyée à Serpentard... D'un autre côté, Kécile était l'Héritière de Serpentard, aussi elle savait pertinemment qu'il y avait peu de risque pour qu'elle n'y soit pas. Magie noire, héritière du fondateur et donc fourchelangue, voilà qui devrait suffire, non?
"Kécile, intervint tout d'un coup Harry, tu ne veux pas prendre quelque chose, dit-il en montrant le reste de leurs victuailles.
-Je...
-Allez, vas-y... S'il-te-plaît..." Et il lui tendit une chocogrenouille avec un regard qui fit tendre à Kécile une main un peu tremblante. Elle prit le bonbon en bafouillant un "merci" avant de se renfoncer dans son siège, troublée.
Ron et Harry échangèrent un regard étonné face à sa réaction bizarre, ce n'était qu'un bonbon après tout!
Mais pour Kécile, tout cela signifiait beaucoup plus. Le comportement de tous ces enfants autour d'elle l'intriguait. Tout semblait tellement simple, ils parlaient ouvertement à des inconnus, avides de faire connaissance, évoluant dans un contexte inconnu avec aisance, alors que Kécile se sentait constamment sur ses gardes. Échanger les quelques mots qu'elle avait prononcé lui avait demandé un réel effort, comment pouvaient-ils s'échanger aussi facilement, avec plaisir et confiance?
De plus, elle, Kécile Gaunt venait d'accepter un présent de Harry Potter! C'était de la folie!
Le terme de présent était très probablement poussé pour une simple friandise, mais c'est ainsi que Kécile le ressentait. Jamais personne ne lui avait rien offert, et cela lui semblait parfaitement normale. Alors, Merlin! Pourquoi Harry Potter lui avait-il donné quelque chose?...
Kécile tourna la tête en entendant la porte du compartiment s'ouvrir une nouvelle fois. Elle vit Drago entrer, suivi de deux lascars qu'elle ne connaissait pas. Drago lui jeta un rapide coup d'oeil, mais s'adressa à Harry.
" Alors, c'est vrai? lança-t-il. On dit partout que Harry Potter se trouve dans ce compartiment. C'est toi?
- Oui, répondit Harry.
- Lui, c'est Crabbe et l'autre, c'est Goyle, fit le nouveau venu en désignant ses deux gardes du corps. Moi, je m'appelle Malefoy. Drago Malefoy."
Ron ne put retenir un ricanement. Drago se tourna vers lui.
" Mon nom te fait rire? Inutile de te demander le tien! Mon père m'a dit que tous les Weasley ont les cheveux roux, des taches de rousseur et beaucoup trop d'enfant pour pouvoir les nourrir. Fais bien attention à qui tu fréquentes, Potter, continua-t-il. Si tu veux éviter les gens douteux, je peux te donner des conseils."
Kécile vit Malefoy tendre la main à Harry, mais celui-ci refusa le geste.
- Je n'ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens douteux, répondit-il avec froideur.
"Là, tu ne l'as pas volé, Drago, franchement! quelle diplomatie! songea Kécile" Mais Malefoy n'apprécia pas le commentaire.
- Si j'étais toi, répliqua-t-il , les joues légèrement rosies, je serais un peu plus prudent, Potter. Si tu n'es pas poli, tu vas finir comme tes parents. Eux aussi ont manqué de prudence. Si tu traînes avec de la racaille comme les Weasley ou ce Hagrid, ils finiront par déteindre sur toi."
Les deux garçons se levèrent d'un même mouvement.
-Répète un peu ça menaça Ron, aussi rouge que ses cheveux.
- Vous voulez vous battre, tous les deux? demanda Malefoy avec mépris.
- Ça suffit, intervint Kécile, en se levant à son tour. Elle se plaça entre les deux groupes.
- Inutile de vous énerver, ça n'en vaut pas la peine, dit-elle à Harry et à Ron. Quant à toi Drago, modère un peu tes propos, veux-tu? Chacun voit midi à sa porte, et tu n'as pas à t'en mêler, tout Malefoy que tu es, c'est compris?
- Explique-moi alors ce que tu fiches avec Pot...
- Silence! Tu ne vas tout de même pas me dire ce que j'ai à faire Malefoy?"
Drago entendit parfaitement la menace dans la voix de la "Princesse". En cet instant, Kécile ressemblait assez à son père, et il préféra mener profil bas, conscient d'avoir été un peu trop loin, au ton et au regard glacé de la fille du Seigneur des Ténèbres. Les trois garçons quittèrent le compartiment sans ajouter un mot.
" Euh... j'ai pas tout compris... dit Ron en se tournant vers Kécile qui se rasseyait comme si de rien n'était . Tu le connais?
- Oui. Kécile ne voulut pas donner de précisions supplémentaires.
- Et toi, Harry, tu le connaissais déjà, ce Malefoy?
-Oui, on s'est rencontré sur le Chemin de Traverse chez Mme Guipure. Il m'a fait penser à mon cousin Dudley: gâté, arrogant, imbu de lui-même...
-J'ai entendu parler de sa famille, dit Ron d'un air sombre. Ils ont été parmi les premiers à revenir de notre côté quand Tu Sais Qui a disparu. Ils ont prétendu qu'ils avaient été victimes d'un mauvais sort, mais mon père n'y croit pas. Il dit que le père Malefoy n'a pas besoin de mauvais sort pour se mettre dans le camp des forces du Mal...
"Décidément, je vais entendre bien des choses intéressantes, tant qu'on ignore mon identité... Ainsi, la communauté sorcière a bien cru à cette immense supercherie... Je dois bien reconnaître que père a des idées vraiment géniales pour mener à bien ses projets... En tout cas , il va falloir que je prène drago entre quatre yeux... Qu'il se débrouille pour ne pas provoquer les élèves devant, moi, je ne dois pas me faire remarquer... Ce serait quand même idiot que ma couverture soit dévoilée à cause de lui..."
- il commence à faire nuit, remarqua Harry.
- On ne va plus tarder à arriver, alors... On ferait bien d'enfiler nos robes.
Ils venaient tout juste de revêtir leurs robes de sorciers par-dessus leurs vêtements, qu'une voix retentit dans le train:
" Nous arriverons à Poudlard dans cinq minutes. Veuillez laisser vos bagages dans les compartiments, ils seront acheminés séparément dans les locaux scolaires."
Kécile eut tout d'un coup une bouffée d'appréhension. A partir de maintenant, elle allait devoir jouer fin... Kécile Gaunt devait être convaincante... et ce n'était pas gagné...
