Chapitre VII: Un serpent dans la cage aux lions

Kécile se réveilla à l'agitation qui régnait dans le dortoir. Ses camarades, fébriles, avaient peu à peu oublier de parler à voix basse, et le bruit de leurs allées et venues avaient fini par la sortir de son sommeil de plomb. Elle se redressa dans son lit et ouvrit les rideaux d'un coup de baguette.

" Salut, s'écria une de ses camarades, une dénommée Lavande. Désolée, on t'a réveillé, mais enfin de toute manière, tu devrais te lever si tu ne veux pas être en retard!

-Le jour de la rentrée, ça serait très mal vu! continua Hermione, sentencieuce.

- Je me lève, répondit Kécile d'un ton neutre, préférant ne pas regarder sa camarade. "En plus d'être une sang-de-bourbe, cette fille a l'air d'être une vraie je-me-mêle-de-tout! Décidément, j'ai vraiment tout interêt à me tenir éloignée d'elle si je ne veux pas commettre de bourde..."

Un quart d'heure plus tard, Kécile rejoignait la table des Gryffondors et écoutait avec attention ce qui se disait autour d'elle. Bien sûr, Hermione était en grande discussion avec le préfet au sujet des cours.

" J'ai hâte de commencer la métamorphose. ça m'a l'air d'être la matière la plus interessante!

- C'est aussi l'une des plus difficiles... Métamorphoser quelque chose demande une grande puissance magique! Il faudra commencer par transformer de tous petits objets, comme des allumettes. Le professeur MacGonagall est très sévère, mais c'est une bonne prof. Elle a pris la suite de Dumbledore, paraît-il... Pas une mince affaire... qu'avez-vous comme cours, aujourd'hui?

- Métamorpose, histoire de la magie et Botanique.

- Ah! Histoire de la magie! s'exclama l'un des jumeaux Weasley (impossible d'être plus précis) C'est tout un roman! Binns est un fantôme

- Et l'intérêt de ses cours est aussi pâle que lui! poursuivit son sosie...

-Aucune personne normalement constituée ne peut résisté à son effet soporifique!

- Moi, j'y résiste bien, déclara Percy avec emphase.

- Oui, mais jusqu'à preuve du contraire, tu n'es pas une personne normalement constituée, Perce! répliqua avec un sérieux presque scientifique l'un de ses jeunes frères, ce qui le vexa fortement.

- Comment ça se fait qu'un fantôme puisse être professeur? demanda Harry, curieux.

- On dit qu'il se serait endormi un soir au coin du feu et qu'à son "réveil" le lendemain, il ne se serait pas rendu compte qu'il était passé de vie à trépas durant son sommeil...

- Et il a continué à faire ses cours, comme d'habitude...

- Probablement au grand désespoir de ses élèves à l'époque, qui devaient espérer en être délivré à sa mort...

- Et au notre qui ne pouvons plus compter sur sa mort pour en être débarrassé...

Harry et Ron pouffèrent de rire sous les regards scandalisés de Percy et Hermione.

Le premier cours de métamorphose fut un véritable supplice pour Kécile. Il commença par un avertissement très claire de la directrice des gryffondors quant à la discipline dans sa classe, suivi d'une démonstration plutôt burlesque et clairement destinée à impressionner les élèves. Mais lorsque le professeur leur distribua des allumettes et commença à leur donner des explications sur la manière de parvenir à la transformer en aiguille, Kécile se rembrunit. La métamorphose n'était clairement pas son point fort, cependant, elle voyait difficilement comment manquer un exercice aussi simpliste. S'abstenir de "s'entraîner"? Avec un professeur tel que cette femme, elle craignait d'attirer l'attention sur elle plutôt qu'autre chose... Elle finit par opter pour un stratagème, qui , elle en était consciente, ne ferait pas long feu, mais lui permettrait , elle l'espérait, de passer le cap de ce cours, et de réfléchir à une stratégie plus fiable. Le professeur MacGonagall déambulait dans la classe, passant d'un élève à l'autre. A chaque fois qu'elle regardait dans sa direction, Kécile faisait mine de marmonner quelque chose, et arrêtait son manège dès qu'elle tournait le dos. Cependant, le professeur se rapprochait de plus en plus d'elle. Au bout de vingt minutes, Kécile prit une décision. Alors que le professeur MacGonagall consacrait son attention à un Ron Weasley qui agitait sa baguette comme un bâton de majorette, elle métamorphosa son allumette, et attendit patiemment que le professeur constate d'elle-même le résultat, ce qui ne manqua pas de se produire, cinq minutes plus tard. L'enseignante sembla très surprise et coula un regard suspicieux vers son élève lorsque celle-ci prit un air un peu confus, avouant ne pas trop savoir pourquoi et comment elle avait tout d'un coup réussi.

Elle sortit de la salle de classe avec un réel soulagement, et apprécia l'idée de se trouver dans un cours purement théorique, en se dirigeant vers la salle d'Histoire de la Magie.

Voir le professeur Binns arriver à travers le tableau de l'estrade était clairement amusant, mais ce fut bien le seul moment intéressant du cours qui suivit. Kécile comprit ce que les jumeaux Weasley voulaient dire en parlant de l'effet soporifique de ce professeur: sa voix n'était qu'un ronronnement monotone et monocorde d'un flot d'informations débitées à un rythme constant, d'une liasse de parchemin semblant dater au moins du début du siècle vu leur état, et dont le professeur ne levait pas les yeux.

Malgré l'ennui latent, Kécile ne se plaignait pas... pour une fois qu'elle pouvait passer inaperçue sans effort!

Durant le repas, Kécile dut faire face à la curiosité mal placée, à son avis, de certains élèves face à sa réussite en métamorphose. Heureusement pour elle qu'Hermione Granger avait aussi réussi sa métamorphose et que cette dernière était beaucoup plus prolixe en détails qu'elle. Kécile ne pouvait s'empêcher d'être quelque peu surprise de la réussite singulière de cette sang-de-bourbe. Simple coup de chance? Elle attendait de voir, et se faisait oublier derrière le flot de paroles de sa camarade.

Le cours de Botanique se passa de manière tout à fait tranquille, parfaitement au goût de Kécile: intéressant, et totalement nouveau, ou presque. Si elle connaissait nombre de propriétés des plantes qui les entouraient pour les avoir utilisées en potion, elle se gardait bien d'en faire le commentaire, et se consacrait plutôt sur le côté pratique des manipulations et de l'entretien, qu'elle ignorait complètement. Ce cours commun avec les Poufsouffle avait en revanche l'inconvénient d'être propice aux échanges, notamment à cause du travail en équipe. Comme à l'habitude, Kécile écoutait beaucoup, mais ne disait quasiment rien. Elle avait parfaitement consicence que son silence commençait à lui attirer des regards perplexes de ses camarades, et qu'elle allait se faire passer pour quelqu'un de taciturne, mais elle n'avait malheureusement guère le choix... du moins pour le moment. Les élèves étaient trop avides de faire connaissance entre eux (ce qui ne lassait pas de la surprendre: après tout, quand avaient-ils à faire de la vie personnelle de leurs camarades?) et les questions étaient beaucoup trop tournées sur la famille ou les expériences magiques (plutôt dérisoires, soit dit en passant), de chacun d'entre eux, au goût de Kécile. Moins on en saurait sur elle, mieux elle se porterait! Il lui faudrait donc attendre quelques semaines avant de pouvoir envisager de se rapprocher avec certains de ses camarades: elle en saurait plus sur eux, et éviterait des bourdes, leur curiosité se serait probablement calmée, et ils se seraient sûrement habitués à son mutisme concernant sa vie privée, et à ses dons ... particuliers

Le soir, sitôt son dîner avalé, elle se rendit à la bibliothèque pour faire ses devoirs, puis commença à fouiller dans les rayons à la recherche d'un quelconque sujet intéressant et utile pour les exigences de son père. Après quelques recherches peu concluantes, et que Mme Pince, la bibliothécaire soit venue lui demander ce qu'elle cherchait, Kécile abandonna, et préféra trouver une salle de classe vide, où elle s'entraîna d'une manière pour le moins particulière: elle cherchait à rater ses sortilèges; et c'était bien plus difficile qu'on pouvait le croire! Elle tenta de se mettre dans la peau d'un sorcier n'ayant aucune conscience de ses flux d'énergie, mais que voulez-vous faire quand la votre est quasi instinctive!

Lorsqu'elle rejoignit la salle commune des Gryffondors, Kécile était dépitée. Elle allait encore devoir se faire discrète le lendemain au cours de sortilège, si elle ne voulait pas attirer l'attention sur ses capacités magiques, et pour couronner le tout, elle devait se retenir d'aller demander de l'aide à Severus, puisqu'elle n'était pas encore sensée le connaître. Elle avait décidément hâte d'être au vendredi...

La journée du lendemain démarra par le cours théorique d'astronomie, que Kécile jugea très intéressant , étant totalement novice dans ce domaine. Après le déjeuner, le double cours de sortilège ne lui faisait clairement pas le même effet.

Cependant, Kécile se rassura un peu en voyant qui enseignait cette matière. Le professeur Flitwick, également directeur des Serdaigle, n'avait rien à voir avec la stricte MacGonagall. Haut comme trois pommes ( à tel point qu'il se perchait sur une pile de livre pour parvenir à voir au-dessus de son bureau), il semblait malgré son âge certain déborder d'énergie et de jovialité. Kécile était en train de songer qu'il serait probablement plus facile de berner ce professeur, lorsque ce dernier qui faisait l'appel, dégringola de son échafaudage en lisant le nom de Harry Potter avec un petit cri parfaitement ridicule. Et bien! Si même les professeurs se laissaient subjuguer par le Survivant...

En revanche, toute inquiétude s'envola concernant ce cours pour Kécile, elle fut même remplacé par un ennui mortelle qui accompagna les théories parfaitement captivantes du mouvement du poignet de tout geste magique. A la fin du cours, le professeur incita ses élèves à produire un jet d'étincelles. Kécile préféra s'abstenir de l'expérience, à moins qu'ils ne veuillent se retrouver avec un feu d'artifice, probablement... explosif, compte tenue de la mauvaise humeur accumulée face à cette perte de temps pure et simple!

A la fin du cours, Kécile se précipita hors de la salle, et quitta le château d'un pas rageur, marchant jusqu'au bord du lac, où elle s'assit contre un arbre après avoir balancé son sac par terre. La marche forcée lui avait fait du bien, mais il lui fallut tout de même plusieurs minutes avant de se calmer vraiment, prenant de profondes inspirations.

Kécile ne comprenait pas pourquoi son père la condamnait à une telle perte de temps! Il avait besoin de quelqu'un dans la place! Bon sang, il avait Severus, ça ne lui suffisait pas?!Elle allait devoir endurer à longueur de journée des cours d'un ennui mortel, risquant à chaque fois de découvrir ses pouvoirs, et subir les propos farfelus ou insipides de ses camardes de dortoirs. Elle avait décidément hâte de recommencer les cours avec Severus pour apprendre quelques chose digne de ce nom et échanger une conversation constructive avec quelqu'un d'intelligent.

La semaine passa bien trop lentement au gout de Kécile. Si certains cours comme la botanique ou l'astronomie lui apprenaient des choses, les sortilèges et la défense contre les forces du mal étaient une perte de temps purs et simple. Et l'humeur de Kécile s'en ressentait.

Aussi, lorsqu'un soir, Dragol'aborda avec un petit air supérieur, elle le reçut vertement et le remis promptement à sa place...

" Tu tombes bien, Drago, j'ai à te parler. Tu sais qu'on ne doit sous aucun prétexte découvrir mon identité... J'ignore pourquoi j'ai été envoyé à Gryffondor... et ne prends pas cet air méprisant! Mais je dois faire avec et donc prendre encore plus de précautions. Je vais devoir me faire accepter par les élèves, et surtout par Harry Potter, alors ne l'attaque pas devant moi comme tu as fait dans le Poudlard express., c'est compris?

- Je croyais que nous devions défendre la Grande Cause! s'exclama Drago. Est-ce ainsi que tu comptes le faire, ou bien ses stupides gryffondors commencent-ils déjà à déteindre sur toi?

- Silence! Je ne te permets pas de me parler comme ça Malfoy! Tu oublies à qui tu t'adresses!

Elle vit Drago retenir une réplique.

- Etre à gryffondor n'a absolument pas changé mes intentions, Malfoy, mais il va falloir jouer plus fin! Ce n'est pas en fonçant dans le tas comme tu l'as fait dernièrement que tu vas changer les mentalités! Apprends à jouer un peu plus délicatement, sinon tu ne me seras d'aucune utilité! Fais ce que tu veux chez les Serpentard, ça ne me regarde pas. Mais lorsque je suis là, modère un peu tes propos veux-tu? Potter sait que je te connais et je ne veux pas qu'il m'évite à cause de ça.

- Je crois, Kécile, qu'il y a un petit mal-entendu. Tu n'es pas à Serpentard, nous n'avons donc plus rien à voir ensemble.

Il avait à peine fini sa phrase qu'il se retrouva violemment projeté contre le mur avec la sensation d'y être collé et qu'on l'étranglait, la respiration de plus en plus sifflante, alors que Kécile ne le touchait pas. Mais sa baguette était pointée sous gorge et elle gronda, menaçante.

" Je ne permettrais pas que tu remettes mon autorité en question, Malfoy! Fais attention à ce que tu dis. Tout Malfoy que tu es, tu n'es que le fils d'un mangemort. Ne l'oublies pas ou tu risques de le payer chèrement..."

Et elle s'éloigna de sa victime qui resta clouée au mur jusqu'à ce qu'elle ait tourné l'angle du couloir.

Le vendredi arriva enfin, où ils avaient leur premier cours de potions avec Rogue. Kécile réalisa tout de suite que ce cours deviendrait vite son préféré devant les évènements qui eurent lieu en seulement deux heures de temps. Tout d'abord, il y eut le petit discours très engageant d'un professeur aigri, puis l'animosité flagrante de Severus envers Potter qui restait comme un poisson hors de l'eau face aux questions et sarcasmes de son professeur. Lorsque les élèves commencèrent à préparer la potion pour soigner les furoncles, il passa entre les chaudrons, critiquant vertement au passage les gryffondors, l'ignorant royalement, et félicitant Malfoy. Une heure s'écoula où Kécile commençait à envisager les différents moyens de faire exploser le contenu de son chaudron, lorsqu'un nuage de fumée verte accompagné d'un sifflement sonore emplit le cachot. Neveille Londubat, allez savoir comment, s'était débrouillé pour faire fondre le chaudron de Seamus Finnigan, provoquant un véritable désastre.

"Imbécile! gronda Rogue apparemment furieux, en faisant disparaître la potion qui se répandait sur le sol, j'imagine que vous avez ajouté les épines de porc-épic avant de retirer le chaudron du feu? Emmenez-le à l'infirmerie, ordonna-t-il à Seamus. Il se tourna ensuite vers Potter et Weasley, juste à côté des restes du chaudron de Neville. Potter, pourquoi ne lui avez-vous pas dit qu'il ne fallait pas ajouter les épines tout de suite? Vous pensiez que s'il ratait sa potion, vous auriez l'air plus brillant? Voilà qui va coûter un point de plus à Gryffondor."

Kécile vit Potter être sur le point de répliquer, mais entendit Weasley lui souffler "Laisse tomber. Il paraît qu'il peut devenir très méchant quand il s'y met."

Après l'exploit de Londubat, Kécile se demandait comment elle allait faire pour écloper de cours particuliers ou de retenues, jusqu'à qu'il lui vienne à l'esprit d'utiliser la flagrante injustice de Severus contre les Gryffondors à son avantage. Si elle le poussait bien à bout, elle obtiendrait ce qu'elle cherchait sans éveiller les soupçons.

Elle s'affaira donc plus activement autour de son chaudron, oubliant totalement les instructions du livre et se lançant dans une potion de son cru qui ne servait probablement à rien, mais qui devenait de plus en plus instable. Severus qui avait bien vu son manège, finit par s'arrêter devant son chaudron et demanda d'une voix glaciale:

" Gaunt, je peux savoir ce que c'est que cette mixture?

- Ma foi, professeur, je n'en sais rien, mais je compte sur vous pour me le dire!

Devant l'impertinence de Kécile, tous les Gryffondors retinrent leur souffle. Severus sortit de sa poche une potion sensée révéler les différents composants de cette soupe, et en versa une goutte dans le chaudron. Il se passa alors ce que tous deux attendaient qu'il se passe: Le contenu du chaudron explosa littéralement, envoyant des jets de potions dans les chaudrons voisins qui explosèrent à leurs tours, déclanchant une réaction en chaîne désastreuse.

" Gaunt, tonna Severus, vous n'êtes pas ici pour faire des expériences! Mais pour apprendre à faire des potions!

- Je sais déjà faire cette potion, professeur, et je vous signale que c'est vous qui avez déclanché l'explosion , pas moi.

- Retenue demain soir à 18 heures dans mon bureau, Ganut. Et vous commencerez par me prouver que vous savez faire ces potions avant de prendre des initiatives. 20 point en moins pour Gryffondor pour votre inconscience et votre impertinence."

Kécile ne broncha pas, une expression légèrement moqueuse accrochée à son visage pour cacher le fou rire intérieur qu'elle retenait. Apparemment, Severus ne s'attendait pas à quelque chose de ce goût-là, mais avait bien joué le jeu. Décidément, les cours de potions promettaient d'être très amusants, même si Gryffondor risquait de perdre quelques points...

Cependant, Kécile n'avait pas prévu ce qui se passa cette après-midi là alors qu'elle était tranquillement entrain de lire dans la salle commune de Gryffondor, juste après le déjeuner. Hermione Granger l'aborda d'un air décidé:

" Ah! Kécile, je te cherchais!

- Que me veux-tu? demanda l'interpellée sans pouvoir retenir une intonation légèrement méprisante.

- Te parler du cours de ce matin. Je ne sais pas ce qui t'as pris, mais tu es complètement inconsciente!

- Je n'ai pas de leçons à recevoir de toi, Granger.

- Mais tu te rends compte! Si tu sais réellement faire cette potion, tu aurais pu rapporter des points, alors qu'au lieu de ça, tu en as perdu et récolté une retenue!

- C'est moi que ça regarde, Granger! Je n'ai pas besoin, à l'inverse de toi, de montrer ce dont je suis capable, espèce de s... d'insupportable miss-je-sais-tout! Ce n'est certainement pas toi qui va me dire ce que j'ai à faire.

Et elle replongea le nez dans son livre, ignorant totalement l'air scandalisée de Granger, les regards interloqués de ses camarades, et ceux nettement plus suspicieux des élèves plus agés.

Certains avaient du comprendre ce qu'elle avait manqué de dire... Elle ne devait pas s'emporter ainsi, ou elle allait faire une grosse erreur... Il fallait qu'elle voit Severus.

Ce soir-là, Kécile ne se rendit pas à la bibliothèque. Après le dîner, elle ne remonta pas le grand escalier de marbre qui menait aux étages. Elle se glissa discrètement vers les cachots et alla frapper à la porte du directeur des Serpentard, qui vint lui ouvrir avec sa brusquerie habituelle.

- Je me doutais que vous viendriez! Vous auriez pourtant pu patienter jusqu'à demain! remarqua-t-il en la faisant entrer.

-Demain, nous travaillerons, ce soir, nous discutons, déclara Kécile qui s'installait confortablement dans le canapé, sans attendre l'invitation du propriétaire des lieux. Rogue eut un sourire sarcastique et s'assit dans un fauteuil face à son élève.

- Permettez-moi de vous dire que votre petit numéro de ce matin était très convaincant, à ceci près que jamais un élève n'a osé me tenir tête ainsi!

- Et bien! Cela va changer! Du moins jusqu'à ce que vous jugiez utile de me donner des cours particuliers ou des retenues jusqu'à la fin de l'année... mais ce n'est pas pour parler de cela que je suis venue.

-Et de quoi voulez-vous parler, Miss Gaunt?

-J'ai besoin de faire le point. Et puis, voilà quatre jours que vous avez été voir mon père, je veux savoir comment cela s'est passé. Kécile perdit son air assuré. J'imagine qu'il était furieux!?

-Assez, oui... répondit Rogue évasif.

- Qu'a-t-il dit? insista Kécile.

- Inutile de vous répéter les propos exacts, peu élogieux pour le moins, dont il vous a gratifié.

- Laissez-moi deviner: honte des forces sombres, ignominie de son rang, incapable, esprit faible, traître à son sang...

- Les deux derniers sont rigoureusement exacts, confirma le mangemort la mine sombre.

Kécile eut un pauvre sourire.

- La faiblesse d'esprit est considérée comme le pire des défaut par le Seigneur des Ténèbres, vous le savez tout comme moi. Et trahir le sang de ses ancêtres est proprement impardonnable. Je n'aurais pas pu mieux m'y prendre! Et pourtant! Ce n'était nullement mon intention! ajouta-t-elle, penaude. Elle se leva et commença à tourner en rond dans la pièce. Quand on a la chance d'avoir un héritage tel que le mien, on ne le trahit pas! On s'en montre digne! Je me voyais déjà être un exemple pour des gens tels que Drago Malfoy, tenir haut le fanion de la gloire du nom porté avec honneur, et voyez le résultat! Je vois d'ici mon père me lancer son exemple à la figure!

Il y avait dans sa voix, un mélange de rage, de chagrin, de honte et de peur, devant lequel Rogue resta impassible.

- Oh! ça! Elles vont être belles les vacances de Noël! s'exclama-t-elle avec amertume en se laissant à nouveau tomber sur le canapé, la tête dans les mains. Je sens que je vais chèrement payer cet affront!... Et je ne pourrais même pas dire que je ne l'ai pas mérité!

- Vous n'êtes pour rien dans la décision du Choixpeau, Princesse.

- Mais c'est bien qu'il y a quelque chose qui cloche chez moi!

- Bien qu'il m'en coûte de le dire, je dois bien reconnaître que les Gryffondors ont aussi des qualités, et vous avez un tempérament suffisamment fort pour rester vous même parmi ses naïfs insolents!

- Vous ne comprenez pas! coupa Kécile, le désespoir dans la voix... Vous ne pouvez pas comprendre, continua-t-elle dans un murmure, avant de s'enfoncer dans un flot de pensées amères.

Non, personne ne pouvait comprendre à quel point elle avait trahi son sang. Trop effrayée à l'idée que son identité puisse être découverte, occupée à ne pas faire de faux pas durant cette première semaine éprouvante, Kécile n'avait pas réfléchi à cette implication de son envoi à Gryffondor. Elle avait géré les problèmes au cas par cas, et la réaction de son père n'avait pas été une priorité pour elle, de toute manière inéluctable. Mais maintenant qu'elle songeait à ce qu'avait du être la réaction du Seigneur des Ténèbres, un mot, une insulte terrible lui revenait en plein visage avec la force d'un sortilège impardonnable, un crime impardonnable: traître à son sang. Elle savait son père trop calculateur pour qu'il ne la tue, mais elle allait payer, et il allait sûrement durcir avec elle pour pallier à cette faiblesse d'esprit. Le choixpeau pensait lui rendre service? Elle en doutait fortement. En tant que Gryffondor, son statut de Princesse des Ténèbres allait sérieusement être compromis au sein de la société mangemort, Drago en était le meilleur exemple! Encore heureux qu'aucun d'entre eux ne pourrait réaliser à quel point elle avait trahi ses ancêtres, héritiers de Salazar Serpentard...

Severus interrompit ses pensées en lui demandant comment cela se passait parmi les gryffondors.

-Oh! Merveilleusement bien! J'ai déjà failli appeler Granger sang de bourbe, et je dois constamment écarter des questions indiscrètes!

- Les enfants sont habituellement très curieux à votre âge, et avides de se faire de nouveaux amis.

- A quoi cela sert-il?A quoi cela me servirait-il? Avoir des amis, je suppose que cela nécessité une certaine confiance, hors je ne peux faire confiance à aucun d'entre eux, et je doute qu'ils resteraient mes "amis" en apprenant qui je suis! Je suis déjà fatiguée d'être constamment sur mes gardes! Et si au moins les cours étaient intéressants, mais la plus part sont d'un ennui mortel, et je dois prendre sur moi pour ne pas éclater! Sincèrement, je me demande comment je vais tenir toute l'année ainsi! Se contenir ainsi en permanance est insupportable!

- Avec autant de tentions, vous aurez certainement le besoin de déverser votre colère ou vos pensées.

- Bien sûr! Et Comment? Je viens vous voir tous les soirs pour vous compter mes malheurs, c'est ça?! demanda Kécile sarcastique.

- Non, répondit Severus en allant ouvrir un tiroir de son bureau. J'avais prévu votre réaction, et j'ai quelque chose qui pourrait vous aider.

Il revint avec un petit carnet de velours vert émeraude qu'il lui tendit.

- Qu'est-ce c'est?

- Un journal intime. Il est doté de toutes les protections possibles et imaginables pour garder le secret de son propriétaire.

- Et que voulez-vous que je fasse de cela?!

- Vous en servir! Ecrire est un bon moyen de contrôler ses réactions car il permet de tout déverser et parfois même de mieux analyser et de prendre du recul avec certains évènements. Kécile eut une moue dubitative. Ce n'est pas forcément une activité de petite fille de bonne famille que de tenir un journal. Moi-même je l'ai fait pendant des années.

- Vraiment? Dans ce cas, je vais essayer. Il n'y a vraiment aucun risque pour que quiconque ne le lise?

- Une fois que vous aurez mis votre nom sur la première page, non, plus aucun. Il apparaîtra comme un simple carnet de notes à tous autres yeux.

- Très bien, je vous remercie, Severus.

Une heure plus tard, Severus tira de son bureau un deuxième carnet exactement identique à celui qui était la propriété de Kécile et l'ouvrit à la première page. Un sourire satisfait apparut sur ses lèvres. Sur la page vierge était apparut ces lettres:

" Ce journal appartient à Kécile Voldemort"


Voilà! Les pions sont en place pour les prochains chapitres! J'attends avec impatience vos commentaires! Pour ceux qui se demandent quand va apparaître Harry, et bien il faudra patienter un peu parce qu'il ne joue un rôle qu'à partir de la deuxième année (chapitre 12).