Un grand merci à EmmaD qui a accepté d'être ma correctrice et qui vous épargne donc bien des fautes et des maladresses dans ce chapitre!


Chapitre X : Propos d'un journal intime (2)

Dumbledore entendit frapper à la porte de son bureau et revint dans la pièce alors que son professeur de potion y entrait. Son regard observateur nota immédiatement la fatigue physique et morale de son espion. Il lui indiqua sans un mot le salon et fit apparaître un service à thé des cuisines. Ils s'installèrent dans les confortables fauteuils et Dumbledore laissa son professeur commencer la discussion. Il y eut un long moment de silence avant que Severus ne dise enfin d'une voix lasse :

« Elle maîtrise les Impardonnables.

- Les a-t-elle déjà lancés contre quelqu'un ?

- Non. Mais cela ne saurait tarder. Ce n'est pas pour le décorum que Lestrange et moi avons dû les lui apprendre... ça et le Feudeymon »

Severus mit la tête dans ses mains.

« Ça me rend malade. Je suis censé la protéger, la ramener vers vous, et j'en fais une machine à tuer. »

Dumbledore sentait que quelque chose lui échappait dans le désarroi tout à fait inhabituel de son jeune professeur.

« Severus, demanda-t-il d'une voix douce, est-ce que la condition d'espion vous pèse trop ?

- Là n'est pas la question ! Vous savez aussi bien que moi que je suis le seul à pouvoir effectuer ce travail indispensable. Mais dites-moi, Albus ! Comment suis-je supposéla détourner du Seigneur des Ténèbres alors que j'obéis à ses ordres avec zèle ?

- Contentez-vous de surveiller ses agissements, Severus. Avoir une enfant de cet âge qui maîtrise de tels sorts est un danger potentiel pour les autres élèves. Je me charge de détruire peu à peu ses convictions.

- Le Seigneur des Ténèbres a parlé d'une tâche qu'elle aurait à accomplir une fois qu'elle les connaîtrait. »

Dumbledore fronça les sourcils.

« Eh bien ! Espérons que par le biais de cet ingénieux journal nous en apprendrons davantage et pourrons intervenir à temps. Mais je crois que je ne vais décidément pas laisser à Miss Gaunt le choix de ces petites discussions dans mon bureau. Au fait, j'aimerais lire ce qu'elle a pu écrire durant ces vacances.

- Rien, professeur. Elle n' a apparemment pas emportéson carnet.

- C'est dommage. Revenez donc me voir lorsque vous le jugerez nécessaire. Et Severus... ajouta-t-il alors que son professeur de potions s'apprêtait à quitter la pièce, mon enfant, vous savez que je suis toujours disponible pour parler de n'importe quoi...

- Je le sais, Albus, et je vous en suis reconnaissant, répondit-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. »

Maudit vieillard ! songea-t-il. Heureusement pour moi que le Seigneur des Ténèbres n'a pas une telle intuition !

Samedi 3 janvier 1992

Je suis de retour à Poudlard et les élèves autour de moi parlent tous avec animation de leurs vacances de Noël et discutent de leurs cadeaux. Je ne sais pas trop quoi en penser... Noël ne représente rien pour moi et l'idée même qu'on puisse m'offrir quelque chose me dépasse et me semble ridicule !

Je me sens... bizarre. L'idée de maîtriser les Impardonnables et le Feudeymon me procure une étrange sensation : puissance et frayeur à la fois. Je suis fière de ce que j'ai été capable d'apprendre et j'en acquiers un pouvoir accru, mais je suis aussi effrayée et dépassée par les possibilités qu'offrent de tels sorts. Père n'a apparemment pas l'intention que je les expérimente dans l'immédiat, ce qui est un soulagement, je dois le reconnaître. Mais dans le même temps, cette frayeur et ce soulagement, je sais au fond de moi que je ne devrais pas les éprouver. Bellatrix et Severus ont bien insisté sur le fait qu'un Mangemort ne doit pas hésiter, ne doit pas avoir de pitié. Or, c'est bien ce que j'ai éprouvé face à ces pauvres chiens : de la pitié. Je dois reconnaître que si le Seigneur des Ténèbres n'avait pas été là, je ne peux pas certifier que je serais allée jusqu'au bout ! C'est une faiblesse. Et je dois m'en débarrasser. Le Grande Cause fera forcément des victimes, et cela ne doit pas m'arrêter. De tout manière, en temps de guerre, c'est soi ou son adversaire... Bellatrix a parfaitement raison quand elle dit qu'il n'y a pas de place pour la pitié.

Si je veux obtenir le pardon de mon père, je dois lui prouver que je suis capable de le servir fidèlement et activement, même si pour cela je dois me faire violence. Je dois me dire que c'est pour la grande Cause.

Dumbledore regarda la petite qui se tenait raide et immobile devant lui. Elle paraissait nerveuse et surtout fatiguée. Et il était clair à ses yeux que cette fatigue n'était pas que d'ordre physique. À moi d'en tirer profit ! songea-t-il.

« Asseyez-vous, Miss Gaunt. Et détendez-vous ! Je ne vais pas vous jeter un sort ! tenta-t-il de la rassurer avec un sourire. Vous vous rappelez certainement, Miss Gaunt, ce que je vous ai dit avant les vacances, lorsqu'il est arrivé un... incident à Miss Granger.

- Oui, Monsieur.

- Avez-vous pu y réfléchir ?

- Non, Monsieur.

- Je suppose que vous étiez chez les Malfoy durant ces vacances ?

- ... Oui, Monsieur.

- Je veux bien comprendre que les conditions n'y étaient probablement pas propices. Maintenant, d'ici aux prochaines vacances, nous aurons tout le temps d'y réfléchir ensemble !

- D'y réfléchir ensemble ? À quoi donc, Monsieur, demanda Kécile en levant pour la première fois la tête face à son directeur.

- À vos idées, et aux miennes, répondit Dumbledore avec un sourire.

- Puis-je vous poser une question, Monsieur ?

- C'est ce que vous venez de faire, mais vous pouvez recommencer...

- Avez-vous proposé ce genre de « discussions » à Drago Malfoy ?

- Non.

- Pourquoi?

- Simplement parce que Drago, contrairement à vous, a toujours vécu avec ses parents, qu'il est donc plus imprégné que vous des idées dont nous allons débattre, et que son père exerce un puissant contrôle sur ses idées. S'il venait à penser différemment, cela pourrait lui coûter cher. Ce qui n'est pas votre cas. Et puis, ajouta Dumbledore sur le ton de la plaisanterie, cela reste entre nous, mais Mr Malfoy n'est pas à Gryffondor, lui ! »

Le visage de Kécile s'assombrit, mais Dumbledore fit comme s'il ne remarqua rien.

« Je veux qu'une chose soit bien claire entre nous, Miss Gaunt. Ici, vous pourrez dire le fond de votre pensée sans retenue. Rien de ce qui sera dit ne sortira de ce bureau ou ne se retournera contre vous. »

Kécile resta silencieuse, le visage fermé.

« Dites-moi, Miss Gaunt. Vous êtes une sang-pur, n'est-ce pas ?

- Oui...

- Que pensez-vous aujourd'hui de la condition des familles de sang-pur ?

- Nous devons nous battre pour nous faire respecter. Nous ne sommes pas reconnus à notre juste valeur ! répliqua Kécile avec feu. Nous sommes les héritiers d'un patrimoine et d'un héritage magique sans lequel le monde de la sorcellerie n'aurait pas de raison d'être. Nous avons constitué l'histoire de la société d'aujourd'hui, nous en sommes la mémoire vivante, et c'est nous qui assurons l'avenir de la société par la transmission de cet héritage. Et à cause de tout cela, on nous dénigre. Les familles de sang-pur font peur, justement parce qu'elles possèdent ce pouvoir et cet héritage. On devrait presque s'excuser aujourd'hui d'être de sang-pur ! On ne reconnaît plus leur supériorité.

- Et que pensez-vous des mariages mixtes ?

- C'est un gâchis! Et une honte ! Un moyen de tuer les familles de sang-pur, de dissoudre leur héritage et d'affaiblir la société sorcière.

- Pourquoi considérez-vous que cela affaiblit la société sorcière ?

- Les pouvoirs se dispersent et donc s'affaiblissent, c'est purement physique. De plus, les moldus ne connaissent rien au monde sorcier et ne nous comprennent pas. Ils nous considèrent comme une espèce de bizarrerie, au mieux, à exposer en foire, au pire, à exterminer.

- Mais croyez-vous que les sorciers connaissent mieux les moldus que ceux-ci ne nous connaissent ?

- Non ! Pourquoi faire ? Nous n'avons pas besoin d'eux pour vivre !

- Eux non plus n'ont pas besoin de nous...

- Ça reste encore à prouver ! Nous sommes moins nombreux, mais nettement plus puissants qu'eux. Ils ne peuvent rien contre nous alors que nous pouvons beaucoup contre eux.

- En effet. Mais avons-nous pour autant le droit de les gouverner par la force ?

- C'est ce qu'on appelle la loi du plus fort.

- La loi du plus fort entraîne l'anarchie.

- Elle entraîne la sélection naturelle. Seuls les plus forts restent.

- Et une fois qu'il ne reste que les plus forts ? Comment savoir qui doit diriger les autres ?

- Il faut déterminer le plus puissant.

- Et comment ?

- Exactement de la même manière.

- La sélection naturelle ?

- La soumission par la force s'ils ne veulent pas entendre raison.

- À ce rythme là, il n'y aurait bientôt plus personne à diriger... Voyez-vous, Miss Gaunt, le défaut de cette loi ?

- C'est pourtant elle qui régit la nature !

- Le monde animal peut être régi par cette loi parce que les animaux ne réagissent que par instinct de survie. La quête de la domination n'est elle-même régie que par cet instinct de survie de l'espèce. Ce n'est pas le cas chez l'homme. L'homme a en plus des ambitions, des émotions, des aspirations, qui corrompt la loi naturelle. C'est pour cela qu'une loi juridique a été créée. La loi du plus fort ne peut pas fonctionner dans la société car elle entraîne un cercle vicieux, et on ne sait jamais quand elle doit s'arrêter. Vous comprenez ?

- Oui...

- Et êtes-vous d'accord ?

- Je ... je ne sais pas...

- Et bien, dans ce cas, je vous laisse réfléchir à tout ce que je vous ai dit aujourd'hui. Et lorsque vous aurez réfléchi, je serai tout à fait prêt à discuter avec vous si vous n'êtes pas d'accord et à étudier votre point de vue. Je vous ferais parvenir un mot pour vous dire quand nous nous reverrons. D'ici là, travaillez bien, Miss Gaunt.

- Oui, Monsieur. Bonsoir. »

Dimanche 4 janvier

Étrange discussion que celle que j'ai eue avec le directeur, ce soir. Je ne sais pas trop quoi en penser... Dumbledore n'a pas l'air de vouloir m'imposer un changement d'idées... Il veut qu'on discute... Qu'est-ce que cela cache ? Je n'ai pas confiance. Ce doit être un piège et je n'ai pour l'instant aucun indice. Et puis je déteste ses yeux qui semblent voir ce qu'ils ne devraient même pas percevoir ! On dirait qu'il en sait toujours plus qu'il ne le dit... Mais d'un autre côté, il semble bien persuadé que je vis chez les Malfoy avec Drago. « S'il venait à penser différemment, cela pourrait lui coûter cher » ! cela s'applique bien plus encore à moi ! J'imagine d'ici la réaction du Seigneur des Ténèbres si après avoir été envoyée à Gryffondor, je me mettais à partager les idées de cet amoureux des moldus. Je crois qu'il m'éliminerait sur-le-champ! Comment réagirait-ils'il savait ce que Dumbledore tente de faire? Je ne sais pas... Et je me garderai bien de le lui dire !

Samedi 10 janvier

J'ai repris les cours avec Severus. Il veut me faire étudier les sorts de guérison. D'après lui, je connais maintenant la majorité des sorts utilisés et il considère que savoir se soigner ou soigner ses partenaires est indispensable. Ce qui me plaît le plus là-dedans, c'est qu'on va surtout faire de la théorie. Il dit qu'après les sorts que j'ai appris à maîtriser, cela me suffira pour les mettre en pratique le jour où j'en aurais besoin.... Moi, je crois surtout qu'il ne veut pas qu'on s'inflige des blessures pour s'entraîner. Et je dois bien reconnaître que ça m'arrange. Aujourd'hui, on a vu comment guérir une plaie... bien utile, c'est vrai, et bien contente de ne pas avoir eu à m'en infliger... D'un autre côté, je ne suis pas certaine que Père approuverait cette méthode d'enseignement : on doit être prêt à recevoir des coups et des blessures, je suis sûre qu'il considèrerait ça comme un entraînement...

Mercredi 14 janvier

Depuis dimanche dernier, je ne peux m'empêcher de penser à la discussion que j'ai eue avec Dumbledore. Ce principe de la loi du plus fort qui me semblait si évident, je commence à y voir des défauts...

Mais après tout, les moldus étant plus nombreux, ne sommes-nous pas obligés d'utiliser la force pour maintenir notre place ? Sinon ce serait laisser champ libre aux persécutions que nous avons subies pendant des siècles ! Je suppose qu'il faut trouver le juste milieu... D'un autre côté, c'est ce que Grindelwald a voulu faire, et il faut voir le résultat !....

Sincèrement, je ne sais pas. Et je crois que ça ne sert à rien que je me pose toutes ces questions. Je fais confiance au Seigneur des Ténèbres, je ne vais pas remettre ses idées en doute à cause d'un vieillard amoureux des moldus ! Non ?

« Je suis étonné qu'elle n'ait rien écrit à ce sujet plus tôt ! constata Severus.

- Cela ne m'étonne pas, au contraire. On évite toujours de penser à ce qui nous dérange... Elle a tenté d'oublier notre discussion, mais elle n'a pas pu, pour deux raisons. La première, c'est que je lui ai demandé de réfléchir à ce dont nous avons parlé. Je lui ai dit que j'étais prêt à discuter tout nouvel argument. Si elle n'en trouve pas, c'est qu'elle doit reconnaître que j'ai raison, et pour l'instant, elle est loin de pouvoir l'accepter. Donc elle ne peut pas s'empêcher d'y réfléchir pour voir par où elle pourrait me contrer... De plus, mais cela, elle ne veut pas en prendre conscience, ce que je lui ai dit la trouble parce qu'elle en voit le bon sens... Et même en y réfléchissant, elle craint déjà que ses arguments ne tiennent pas. Sinon, pourquoi s'en remettrait-elle aussi facilement aux idées de son père ? C'est une protection rassurante pour elle.

- Que vous allez vous empresser de détruire !

- La confiance qu'elle donne à son père est en effet un repère que je veux détruire. J'ai conscience que c'est cruel et que ce sera difficile, mais nécessaire ! Tant que je n'y parviens pas, elle restera fidèle aux idées de Voldemort. Et il faut ensuite que je gagne sa confiance.

- Rien que cela ! ricana Severus.

- Grâce à votre idée très ingénieuse de sort de double miroir sur ce journal intime, nous allons pouvoir anticiper ses réactions et connaître le fond de sa pensée, indépendamment de ce qu'elle me dira dans ce bureau. C'est un avantage conséquent.

- Sans parler de votre art de manier les gens et les mots, vieil homme !

- C'est l'un des nombreux avantages de l'expérience de la vieillesse, mon enfant ! »

« Alors, Miss Gaunt ! Avez-vous réfléchi à notre précédente discussion ?

- Oui, Monsieur.

- Avez-vous des questions ?

- Oui, Monsieur, j'en ai une. N'a-t-on pas le droit de compenser la faiblesse du nombre par la puissance pour lutter contre les moldus ?

- Vous parlez d'eux comme s'ils étaient une nuisance !

- N'est-ce pas le cas ?

- Et pourquoi donc ?

- Ils nous empêchent de vivre librement et s'ils connaissaient notre existence, ils nous persécuteraient !

- Qu'appelez-vous vivre librement ?

- Disposer de tous les espaces que nous voulons, faire de la magie sans se soucier de savoir si des moldus peuvent nous voir !

- Des sorts limitent ces inconvénients.

- Nous ne devrions même pas avoir à nous en occuper !

- Admettons. Mais pouvez-vous concevoir que ces inconvénients peuvent être compensés par un avantage important ?

- Vraiment ! J'aimerais savoir lequel !

- Savez-vous ce qu'est la consanguinité, Miss Gaunt ?

- Non.

- C'est un phénomène génétique dû aux mariages entre membres d'une même famille. Je ne vais pas vous expliquer moi-même ce que cela entraîne. Ces ouvrages vous le démontreront mieux que moi, dit-il en lui tendant deux livres assez épais. Je vais vous donner un petit travail supplémentaire. Tous deux traitent des problèmes liés à la consanguinité, celui-ci prend l'exemple chez les moldus de la lignée des rois de France . Celui-ci parle uniquement des familles sorcières. Revenez me voir lorsque vous les aurez lus.

- Bien, Monsieur. »

Samedi 17 janvier

...

Aujourd'hui durant ma leçon avec Severus, je lui ai posé la question de ce qu'il pensait de la consanguinité. Il m'a regardé avec des yeux ronds, puis s'est renfrogné en me conseillant de ne pas m'occuper de ces balivernes ! Et je ne sais pas si c'est pour se venger, où me décourager de poser ce genre de questions, mais aujourd'hui, le cours était plutôt rébarbatif... étudier le squelette humain... passionnant ! Il dit que c'est pour réparer correctement des fractures, qu'il faut savoir quels os on touche et comment on doit les déplacer... il a fait des études de médicomagie ou c'est Pomfresh qui a déteint sur lui ?

Jeudi 29 janvier

...

La lecture de ce livre sur les rois moldus s'est révélée très instructive. Mais je ne vois pas en quoi cela nous concerne...

...

Samedi 1 février

Ça y est ! J'en ai fini avec le squelette ! Severus a dit que je le connais suffisamment pour pouvoir passer à l'apprentissage des sorts... Ce n'est pas dommage...

Un peu plus tard dans la soirée (pourquoi ne pas dire plutôt au beau milieu de la nuit), au cours d'une de mes fréquentes visites à la réserve... j'ai surpris une algarade entre Severus et Quirrell. Severus a visiblement l'intention de faire dire à Quirrell ce qu'il cherche exactement en tournant ainsi autour de la pierre.

Jeudi 6 février

J'ai vu Quirrell fouiner dans la section interdite de la bibliothèque ce soir... Je sais bien qu'il est professeur et qu'il en a donc le droit, mais je me demande s'il ne cherche pas des renseignements qui lui permettraient de passer les protections qui gardent la pierre...

Samedi 8 février

Ce n'est pas vrai ! Severus a l'intention de me convertir en médicomage ou quoi ? Après l'étude du squelette, il veut qu'on étudie la musculature ! Au moins si je suis une mauvaise Mangemort, je pourrais toujours entrer à Saint-Mangouste! Moi qui me réjouissait de travailler les sorts de guérison...

Lundi 24 février

J'ai achevé le livre de Dumbledore, avec beaucoup de mal, je dois le reconnaître... Tout ça, ce n'est que des balivernes ! Après tout, ils peuvent nous raconter n'importe quoi avec leurs tests sanguins et magiques, et leurs expériences, on ne pourra pas vérifier... L'héritage magique reste malgré tout la propriété des sang-pur et donne le droit d'exercer le pouvoir, cela, rien ne pourra le changer. Je me demande vraiment ce que cherche Dumbledore à me faire lire ce genre de chose. J'espère pour lui que ce n'est pas avec ça qu'il compte me faire changer d'avis !

Dimanche 2 mars

Évidemment, Dumbledore m'a reconvoquée aujourd'hui. Et il a voulu me faire dire que les mariages mixtes étaient nécessaires pour éviter les problèmes de consanguinité. Il peut toujours courir ! Ce serait donner trop d'importance aux moldus ! Nous n'avons pas besoin d'eux et il est hors de question de leur donner plus de place qu'ils n'en prennent déjà !

...

Vendredi 7 mars

Impossible chez les Gryffondors d'ignorer le match de Quiddich de demain, Gryffondor contre Poufsouffle. D'autant qu'il semblerait que Severus arbitre le match ! Quelle idée ! Je me demande si je ne vais pas aller voir ça !

...

Samedi 8 mars

Tout compte fait, j'ai renoncé à assister à ce match, surtout si c'est pour entendre vilipender Severus pendant une durée indéterminée !

Et il semble que j'ai bien fait. En rentrant de la bibliothèque, j'ai surpris Potter, Weasley et Granger qui s'enfermaient dans une salle vide. Je me suis dit qu'il serait peut-être intéressant de savoir ce qu'ils allaient dire. Et en effet. Il semblerait que Severus tente ou bien de faire dire à Quirrell qu'il travaille pour le Seigneur des Ténèbres, ou bien de le faire passer de son côté par la force. Je ne sais vraiment pas si c'est une très bonne idée...

Dimanche 16 mars

Aujourd'hui, Dumbledore a voulu me faire dire que les sang-de-bourbe pouvaient parfaitement être aussi puissants que des sang-pur ! Et il a pris pour exemple Malfoy et Granger ! Je suis pourtant persuadée que si Drago travaillait plus et que la Miss-je-sais-tout passait moins de temps dans la bibliothèque, les tendances s'inverseraient ! Quoique, d'un autre côté, Granger soit toujours la première à réussir ses métamorphoses ou ses sortilèges... C'est quand même bizarre...

Samedi 22 mars

Je suis soulagée. On en a enfin fini avec l'étude du corps humain. La musculature humaine, c'est encore pire que le squelette ! Avec tout ça, j'espère que je suis armée pour guérir n'importe quelle blessure...

À la fin du cours, j'ai essayé de parler un peu des conversations que je suis obligée d'avoir avec Dumbledore. J'ai la claire impression que Severus évite mes questions. Il a l'air de dire que Dumbledore est un vieux fou qui délire, et que je ne dois pas prêter attention à ses propos si je fais confiance au Seigneur des Ténèbres.

Dimanche 6 avril

Ça sentait le coup fourré.... aujourd'hui, Dumbledore m'a proposé une tasse de thé et a voulu me faire parler de mon enfance. Et puis il a une manière de poser les questions pièges, dangereuses, avec un air de ne pas y toucher... Je suis de plus en plus persuadée qu'il en sait plus qu'il ne le dit à mon sujet. Mais comment ? En tout cas, ce soir, je suis épuisée après cette discussion. Je crois que c'est la chute de tension après la montée d'adrénaline. J'ai eu la sensation de marcher sur un fil toute la soirée et ce vieux fou est diablement curieux... et intelligent. Je savais que le moindre faux pas, en l'occurrence, la moindre parole de travers, pouvait détruire le mensonge laborieusement construit et laisser place à tous les doutes et soupçons, et à la vérité... Je crois que je préfère encore les discussions sur le pouvoir des sang-de-bourbe !

Samedi 29 mars

Severus veut m'apprendre à préparer certaines potions poussées de guérison. Voilà qui va me plaire normalement. On a commencé aujourd'hui avec une potion anti-douleur puissante. Rien à voir avec ce que donne Pomfresh aux élèves d'après Severus. En fait, je me demande, vu la couleur et l'odeur, si ce n'est pas celle qu'il distribue à moi ou aux mangemorts après qu'on a essuyé la colère du Seigneur des Ténèbres.

Mercredi 9 avril

J'ai surpris Malfoy à comploter contre Potter et ses amis... Il semblerait que le garde-chasse possède en toute illégalité un dragon ! J'ai dit à Malfoy qu'il ferait mieux de s'occuper de ce qui le regarde, mais il est décidé à nuire le plus possible à Potter. Quel idiot !

...

Dimanche 20 avril

Malfoy est ravi de son coup ! Grâce à lui, Gryffondor a perdu 150 points la nuit dernière. Je ne sais pas ce qui s'est réellement passé, mais apparemment, il a dénoncé Potter et Granger qui se sont fait prendre hier soir à minuit passé en haut de la tour d'astronomie. Seul petit détail qu'il n'avait pas prévu, c'est que lui aussi est en retenue pour rôder dans les couloirs après le couvre-feu... Ça m'a bien fait rigoler !

Samedi 26 avril

Aujourd'hui, pendant ma leçon particulière avec Severus, Drago est venu chercher le professeur à la demande de Dumbledore. Quand il m'a vue, il a semblé surpris puis a eu un sourire narquois. J'ai horreur de cette expression ! Il se prend pour qui ce petit prétentieux ? Severus est parti et on s'est retrouvé tous les deux. J'en ai profité pour mettre quelques petites choses au clair. Malfoy oublie un peu trop souvent le respect qu'il me doit, et je ne le tolère pas.

« Cours de rattrapage ? a-t-il dit à mi-voix avec une moue méprisante que je me suis empressée d'effacer.

- Qu'est ce que tu crois, Malfoy ? Je t'estimaisvraiment plus intelligent que ça. T'es vraiment pas mieux que les autres si tu as gobé cette mascarade de début d'année ! Tu pensesvraiment que Severus me donnerait des retenues ? ou des cours de rattrapage ? Crois-tu que moi, la Fille du Seigneur des Ténèbres, j'ai besoin de cours de rattrapage comme le dernier des cancres ? Pas un seul des élèves de cette école n'a mon niveau. Alors tu gardes tes réflexions pour toi, compris ?

- Et ça t'apporte quoi de savoir ces choses maintenant ? Je les apprendrai juste un peu plus tard. Le résultat final sera le même. Mais moi au moins, je n'ai pas déshonoré mon nom ! »

Malfoy s'est retrouvé violemment lancé à terre contre une étagère. Les bocaux au-dessus de lui ont vacillé dans un cliquetis inquiétant, et deux d'entre eux sont venus se fracasser à ses pieds, l'inondant d'une substance jaunâtre visqueuse.

« Pour qui tu te prends, fils de Mangemort, pour me juger ?

- J'ai cru pourtant comprendre que le Seigneur des Ténèbres était furieux contre toi et que tu n'avais plus la place de privilégiée.

- Ne prends pas tes désirs pour des réalités, Malfoy ! La réaction du Seigneur des Ténèbres ne te concerne absolument pas, et je serai toujours au-dessus de toi quoi qu'il arrive.

- J'ai touché là où ça fait mal, hein, répliqua Malfoy sans se départir de son petit sourire écœurant. »

Alors, au moment où Severus revenait, je lui ai lancé un sort de découpe qui lui a profondément entaillé le bras. Évidemment, il a hurlé comme si je lui avais arraché le bras !

Je crois que Severus est en colère contre moi, parce qu'il m'a dit d'un ton assez froid de mettre en pratique mes toutes nouvelles connaissances en soignant Malfoy, et qu'ensuite, il nous a mis dehors, en disant que le cours était fini pour aujourd'hui. Ou alors, c'est son entrevue avec Dumbledore qui l'a mis de mauvaise humeur...

J'ai l'impression que Dumbledore s'absente régulièrement de Poudlard. Je le vois rarement aux repas ces temps-ci, et il ne m'a pas convoquée à une prochaine « discussion » depuis un certain temps...

Dimanche 4 mai

J'ai la confirmation de ce que je pensais. Dumbledore est bien absent ces temps-ci du château. Il m'a fait parvenir un bouquin intitulé Mein Kampf écrit, d'après la note qu'il a jointe, par le dictateur avec lequel Grindelwald a tenté de coopérer. Il m'a prévenue que je ne comprendrais probablement pas tout, mais me dit que les idées de Hitler méritent d'être étudiées... En quoi les pensées d'un moldu peuvent-elles m'intéresser ?

Samedi 10 mai

La lecture de ce livre fait naître beaucoup de doutes en moi... et confirme mon opinion que Grindelwald a eu tort de vouloir s'allier avec cet égocentrique mégalomane. J'ai voulu en discuter avec Severus, et il m'a rabrouée. Voici ses paroles à peu de choses près : que ce n'est pas pour rien que Dumbledore est surnommé l'amoureux des moldus, que tout ce qu'il me dira tendra à me faire changer d'avis, que sous ses remarques censées me faire réfléchir, il me manipule. Que je dois bien me douter que Voldemort a déjà dû réfléchir à toutes ces théories, et que s'il suit une idéologie, c'est qu'il a la certitude de sa valeur. Il a fini son discours en me disant:

« Princesse, une bonne fois pour toutes, cessez de vous occuper des propos de ce vieux fou ! Je ne crois pas que votre père apprécierait que vous remettiez ainsi en cause ses opinions ! Vous devez lui faire confiance. »

Oui, c'est vrai, je dois lui faire confiance. Et je lui fais confiance ! Mais... Est-ce que je commence à remettre en cause ses idées ?

Mercredi 21 mai

J'ai terminé la lecture de Mein Kampf. Et ça m'agace parce que d'un côté il y a beaucoup de bêtises dans ce livre, et de l'autre, je ne peux nier qu'il y des ressemblances de principes et d'actions entre ce Hitler et mon père....

Dimanche 1 juin

Dumbledore m'a envoyé un autre de ses petits mots en s'excusant de ne pas pouvoir me consacrer plus de temps, accompagné d'un livre qu'il me conseille de lire au sujet de la seconde guerre mondiale moldue qui correspond à l'ascension et la chute de Grindelwald, en espérant que cela ne prendra pas trop sur mes révisions d'examen ! Il en a de bonnes ! Comme si ces examens allaient me demander un quelconque travail ! Sauf peut-être en histoire de la magie, où la guerre des gobelins n'a pas plus réussi à captiver mon attention que les techniques des mouvements du poignet de Flitwick !

Samedi 7 juin

Aujourd'hui, alors que j'étais en train de me promener dans le parc, un hibou m'a abordée. Je ne reçois jamais de courrier, je savais donc à l'avance que c'était le Seigneur des Ténèbres. Et en effet, il me demande de lui envoyer son rapport. Je n'ai pas grand-chose de nouveau à lui révéler... en ce qui concerne la pierre, du moins. Pour le reste, il est hors de question qu'il en entende parler ! Mais j'ai ma petite idée en ce qui concerne Severus...

« Ce qui m'intrigue, voyez-vous, c'est la raison pour laquelle le Seigneur des Ténèbres a demandé un rapport à Kécile, alors que normalement, à ma connaissance, elle ne devait pas le lui écrire mais le lui remettre durant les vacances.

- Il faut supposer que Voldemort a l'intention de passer à l'acte en ce qui concerne la pierre.

- Il est donc grandement temps de prendre des mesures radicales contre Quirrell. Je le menace depuis janvier pour parvenir à lui faire dire qu'il travaille pour le Seigneur des Ténèbres, mais rien n'y fait ! C'est à vous de prendre des mesures.

- Certainement non.

- Non ! Comment ça, non ? Vous n'avez tout de même pas l'intention de le laisser prendre la pierre !

- Je ne peux malheureusement rien faire en prévention. Je devrai intervenir au moment où il passera à l'acte. Pas avant. Sinon, comment expliquez-vous que je doute de mon professeur de défense ? Il ne faut pas oublier que sans le journal de Kécile, nous ne saurions rien, et nous serions tombés droit dans le piège de Voldemort. J'espère que Kécile nous dira par le même biaisles projets du Seigneur des Ténèbres, ou ce qu'elle en suppose. Je suis persuadé que sa curiosité gryffondorienne lui permettra de découvrir plus précisément les plans de Voldemort. Après tout, c'est elle qui jusque-là en a eu la vision la plus juste... »

Ni le directeur ni le professeur de potion ne se rendirent compte qu'une ombre furtive se glissait le long de l'escalier, refermant la gargouille, et se rendait d'un pas rageur vers la salle commune des Gryffondors.

Mais à partir de ce jour, tous deux s'interrogèrent sur le fait que Kécile Gaunt semblait avoir abandonné son journal...