Non, non, désolée, ce n'est pas un nouveau chapitre, mais je me suis rendu compte que le chapitre entier était posté en gras, souligné et italique... !
A cause de ma grande maîtreise de fanfic (on est prié de ne pas s'étouffer!) je n'ai pas eu d'autre solution que de le reposter.
J'en profite pour préciser que ce chapitre est le dernier de la première partie. Pour les impatients, oui, Harry va arriver progressivement, mais bien des choses doivent encore se passer pour qu'ils puissent être amis.
Bonne lecture!
Chapitre XI: Entrevoir l'abîme
La suite des évènement, tout le monde la connaît. Severus sur l'ordre de son directeur n'intervint pas dans l'épisode qui se déroula sous la trappe. Quirrell, grâce à Harry Potter, ne parvint pas à voler la pierre. Et Kécile se fit plus discrète que jamais, considérant qu'elle avait déjà fournit suffisamment d'aide à l'ennemi comme cela.
Lorsqu'elle fit ses bagages, elle retrouva le petit carnet de velours vert qu'elle avait abandonné depuis près d'un mois. Elle ne comprenait toujours pas comment Severus s'y était pris pour lire son contenu, mais elle avait en tout cas compris une chose: Severus faisait parti du camps de Dumbledore, et était un espion. Et même si probablement la société sorcière ne s'en rendait pas compte, c'était une guerre qui se menait entre les deux camps. Ce journal en était une arme. Elle ne pouvait pas le garder, aussi décida-t-elle de le jeter au feu. Pendant qu'elle regardait le petit cahier se consumer, elle se demandait quelle attitude elle devait adopter avec Severus. Après tout, il était un traître! Mais elle sentait qu'elle ne le dénoncerait pas. Pourquoi? Elle l'ignorait! Et elle sentait bien que c'était une faiblesse! En regardant les flammes lécher les derniers résidus de son journal, elle se disait qu'au moins, elle ne serait plus une arme en faveur de l'ennemi.... Pourquoi cette pensée sonnait-elle fausse?...
Dans son bureau, alors qu'il corrigeait les copies de ses élèves qui venaient de passer pitoyablement leurs examens, une fois de plus, Severus fut alerté par un crépitement. Il se retourna pour voir d'où provenait le bruit. Et il resta stupéfait. Là, devant lui, le petit journal intime en velours vert était entrain de se consumer, des flammes l'enveloppant comme dans un foyer et laissant échapper une fumée acre à l'odeur de tissu brûlé. Il n'y avait qu'une seule explication. Kécile avait jeté le sien au feu. Mais pourquoi? D'abord elle cessait d'écrire, et maintenant elle s'en débarrassait? Qu'est-ce que cela voulait dire?
La première quinzaine du mois de juillet se passa dans un silence total, le Seigneur des Ténèbres étant absent. Kécile supposait qu'il était parti dans une quelconque expédition, et elle n'en était pas mécontente, surtout après son échec face à Harry Potter. Elle passa donc ses premières semaines de vacances tranquillement à faire ses devoirs ou à lire dans la bibliothèque. En défaisant ses bagages, elle avait retrouvé les trois livres que Dumbledore lui avait fait lire, et après un moment d'hésitation, les avaient fourrés au fond d'un placard de sa chambre avec un sort d'illusion, là où son père ne les trouveraient pas. Quelqu'un lui aurait demandé pourquoi elle les gardait, elle aurait été bien incapable d'en donner l'explication. Mais personne n'était là pour lui poser ces questions dérangeantes. Elle les relégua donc au fond de son esprit et ne s'en préoccupa plus.
Un jour cependant, elle s'aperçut que les mangemorts arrivaient en nombre anormalement important au manoir. Parmi eux était Severus. Elle comprit que son père était de retour et qu'il y avait une réunion imminente, car tous se rendaient dans la salle du conseil, et tous portaient leurs masques. Elle entra à leur suite pour saluer comme il se devait son Maître. Mais elle devrait se retirer avant que la réunion ne commence.
Lorsque le Seigneur des Ténèbres entra dans la salle et monta sur l'estrade, tous les mangemorts tombèrent à genoux. Il leur fit son habituel discours de bienvenu, sec et menaçant, mais lorsqu'il commença à parler de la raison de cette réunion, Kécile se leva pour quitter la pièce. La voix de son père l'arrêta.
" Reste, Kécile. A partir de maintenant, tu te joins à nous."
Une bouffée de fierté et de peur envahit la petite fille. C'était un honneur... mais qu'allait-on lui demander de faire?
" Dumbledore a à nouveau rassemblé l'Ordre du phénix. Les années et votre travail ont fait disparaître bon nombre de ses membres, mais ils semblent qu'ils aient quelques nouvelles recrues à ne pas négliger. Vous avez sur eux le poids de l'expérience du combat pour la plupart. Mais certains parmi vous nous ont rejoins après nos réels derniers combats, et tous vous avez perdu la main par l'inaction. En août, je veux relancer une nouvelle campagne de raids sur la population moldue. Mais avant, je veux que vous vous entraîniez sérieusement. Pendant quinze jours, je veux que les plus expérimentés prennent les plus jeunes sous leur coupe, et que tous vous travaillez sérieusement. Je me chargerais personnellement de réveiller les plus endormis... Bellatrix, durant la première semaine, tu travailleras exclusivement avec Kécile. Severus, je veux que tu entraînes les autres. Vous savez ce qu'il vous reste à faire..."
Oh oui! Ils savaient! Et personne n'avait la moindre envie de se faire"réveiller" par le Seigneur des Ténèbres! Aussi se mirent-ils tous ardemment à la tâche. Tous sauf une.
Kécile savait qu'elle devrait un jour ou l'autre participer au combat, et il y a encore pas si longtemps, elle l'attendait avec impatience. Mais l'idée lui plaisait tout d'un coup beaucoup moins... A qui la faute? Kécile grogna intérieurement. A l'autre vieux fou, évidemment! Mais d'un autre côté, elle ne devait pas remettre en cause les idées de son père. Comme avait dit Severus, le Seigneur des Ténèbres y a probablement réfléchi et elle doit lui faire confiance. Attends! Qu'est-ce qu'elle était entrain de penser là?! Severus lui avait dit! Or Severus était un traître!... qu'elle n'avait pas dénoncer, et cela la mettait intérieurement mal à l'aise... Elle était grandement soulagée de ne pas avoir à travailler avec lui, accueillant même la désignation de Bellatrix avec joie.... Elle devenait folle!... Non, c'était ce foutu amoureux des moldus qui la perturbait.
" Kécile, dit soudain une voix doucereuse derrière elle, tu attends peut-être que je te conduise moi-même à la salle d'entraînement?"
Kécile sursauta violemment et se retourna pâle et tremblante.
" Pardon, Maître, je m'y rends immédiatement" souffla-t-elle en s'inclinant.
" Fais attention, Kécile... sur le champs de bataille, on ne peut pas se permettre de penser à autre chose. C'est immanquablement fatal. Tu as intérêt à travailler ta concentration dès maintenant. Je t'aurais prévenu.
- Oui, Maître, je vous remercie. Je serais plus vigilante."
Et le Seigneur des Ténèbres avait une fois de plus raison. Ce n'était absolument pas le moment de s'égarer en pensent à autre chose qu'à se préparer au combat. Peu importait Severus et l'autre timbré.
La gamine n'avait jamais pratiqué de duel, cela sautait aux yeux dès la première passe. Bellatrix se fichait pas mal de toutes ces soi-disant règles du code de duel. C'était bon pour les freluquets qui considéraient la magie comme un agréable passe-temps, et ceux-là, elles les écrasaient comme des moucherons. Que Kécile adopte l'attitude et la stratégie qui lui convenait. En revanche, voir aussi clairement l'appréhension dans les yeux de la gamine et son incapacité à répliquer au moindre sort un temps soit peu offensif, ça elle ne s'en fichait pas du tout. Ne nous méprenons pas. Que Kécile la craigne au combat, elle jubilait et elle comptait bien que cela dure. Et utiliser des sorts inoffensifs en entraînement n'était définitivement pas dans son intention. Non, cela ne plaisait pas à Bellatrix, parce que dans l'état actuel des choses, la gamine ne tiendrait pas cinq minutes dans un combat, et ce serait elle qui en payerait les conséquences. Non merci, elle passait son tour. Alors tant pis si la princesse morflait, mais elle sortirait d'ici dans une semaine en sachant se battre.
" Quand vous aurez fini votre pantomime, vous me préviendrez Princesse, que je cesse de perdre mon temps.
- Qu'est-ce que vous croyez que j'essaie de faire, Lestrange? Vous pourriez pas vous modérer un peu pour le début?
- Parce que vous croyez que je vous attaque vraiment? demanda-t-elle narquoise. Et vous pensez que vos adversaires dans quinze jours s'occuperont de vos états d'âme? J'utilise des informulés? Et alors? Ils ne vous préviendront pas à l'avance de leurs intentions. Utilisez votre instinct, bougez! Ne restez pas figés à attendre que le sort vienne sur vous!
- Facile à dire, grommela Kécile."
Mais un sort arrivait déjà sur elle. Elle n'eut que le temps de se baisser pour l'éviter pendant que Bellatrix criait de sa voix stridente: "Restez concentrez!"
Décidément ça allait être le mot d'ordre aujourd'hui...
Il n'y avait pas à dire, Bellatrix était peut-être désagréable, prétentieuse, fanatique et hystérique, c'était une bonne prof. Ces méthodes étaient on ne peut plus directes, mais très efficaces. Kécile était fière d'elle. Elle commençait à se battre correctement. Oh! bien sûr, elle ne faisait pas le poids contre Bellatrix! Celle-ci pouvait l'écraser en quinze secondes si elle le voulait! Mais tout de même, Kécile avait appris à esquiver les sorts quand elle le pouvait pour pouvoir répliquer, elle reconnaissait une bonne partie de ceux qu'elle recevait, n'hésitait plus à attaquer de manière très offensive et à utiliser toute la palette de sorts qu'elle avait acquise depuis l'été précédent. Ce que Kécile ne prenait pas en compte, c'était les multiples blessures dont elle avait éclopée. Son bras gauche avait été transpercé par une multitude de fléchettes qu'elle n'avait pas su éviter, elle s'était foulée la cheville droite en trébuchant et avait une vilaine plaie sur le torse qui avait saignée longtemps avant qu'elle ne parvienne à stopper le saignement malgré ses sorts de guérison. Sans parler de menues égratignures, plaies et froissements de muscles en tous genres. Bellatrix n'avait d'ailleurs pas pris la peine de s'arrêter quand son élève était blessée: au combat, l'adversaire en profite, il fallait donc s'entraîner.
Pourtant, elle n'avait que 12 ans.
Kécile n'était pas au meilleur de sa forme quand elle rejoignit une semaine plus tard le reste des mangemorts. avec qui elle devait maintenant s'entraîner. Mais une désagréable surprise l'attendait. A la stupeur (et l'inquiétude, pour ne pas dire la terreur) générale, le Seigneur des Ténèbres apparut sur la grande pelouse qui servait de terrain de travail, avec à ses côtés Severus et Bellatrix. Kécile qui avait soigneusement évité de croiser son professeur de potions détourna le regard du traître en étouffant un sentiment de culpabilité pour son silence. Son père s'avança vers elle et elle se raidit dans l'attente de ce qui allait se passer. Il s'arrêta à dix pas d'elle.
" Sors ta baguette. ordonna-t-il.
Elle obéit en tremblant redoutant la suite. Lorsque son père lui envoya un Diffingo, elle ne réagit pas. Pas parce qu'elle n'avait pas eu le temps, simplement parce qu'elle n'avait jamais levé sa baguette contre son Maître. Elle gémit quand une large coupure assez profonde vint s'ajouter à celle qu'elle avait reçue de Bellatrix et vacilla sur ses jambes.
" Défends-toi! Et attaque moi."
Le Seigneur des Ténèbres allait l'affronter en duel. Elle ne voulait pas. Mais elle n'avait pas le choix. Elle savait qu'elle serait écrasée et qu'elle aurait mal. Mais elle devait s'y soumettre.
Elle fit ce qu'elle put. Elle esquiva le deuxième sort qu'il lui lança et répliqua par un stupéfix qui s'évanouit bien avant d'avoir touché sa cible. Il lui envoya un sort d'entrave qu'elle évita suivi d'un sort qu'elle n'identifia pas mais qui la fit se sentir toute faible et s'effondrer au sol, sans force.. infirmus coercere reconnut-elle. Elle n'aurait plus la possibilité de se relever pour quelques secondes. Elle lança elle aussi un sort d'entrave, mais son Maître lui ordonna d'une voix glaciale d'être plus offensive, et l'attaqua à nouveau. Après avoir roulé pour éviter le sortilège, elle put se relever et lança le sort de fléchettes. Le Seigneur des Ténèbres eut un petit sourire satisfait. Elle ne restait pas passive, c'était ce qu'il voulait voir. Il avait assez joué. Quelques secondes plus tard, Kécile se roulait à terre de douleur sous un doloris qui lui avait fait abandonner sa baguette. Le "duel" était fini, elle était écrasée. Il leva le sort assez rapidement, et déclara:" C'est bien." avant de s'éloigner sans un regard pour les mangemorts stupéfaits et perplexes. Severus se pencha sur l'enfant meurtrie qui haletait au sol. Ses blessures lui donnaient l'impression d'être en feu et elle retenaient des gémissements de douleurs, se mordant la langue pour ne pas crier quand elle se releva.
Il lui tendit une petite fiole de potion anti-douleur qu'elle but avidement. Après deux sorts de guérison et la potion, Bellatrix l'obligea à se remettre debout pour débuter l'entraînement avec tous les autres mangemorts. Severus semblait rechigner à la faire travailler dans son état, mais comme Kécile ne protestait pas et évitait de croiser son regard, il dut l'intégrer à un groupe de jeunes recrues. Malgré sa fatigue, Kécile fut satisfaite de constater qu'elle se débrouillait très bien face à ces trois adversaires qu'elle affrontait un à un. Parfaitement lucide, elle ne s'enorgueillissait pas ,sachant pertinemment que c'était le niveau de ses trois lascars qui était faible et non le sien qui était élevé! Severus et Bellatrix ainsi que Lucius et Guhler, les quatre meilleurs duellistes du Seigneur des Ténèbres passaient d'un groupe à l'autre, critiquant vertement les stratégies, admonestant les combattants mous et lents, aidant à remettre sur pieds les blessés. On ne se ménageait pas. Les sorts incapacitants étaient parfaitement autorisés, de même que les blessures de sang. Seuls les sortilèges pouvant handicaper à long termes son adversaire étaient interdits... et encore... le sort des fléchettes pouvait parfaitement crever un oeil et était couramment employé!
Durant l'après-midi, ils durent travailler par équipe de deux pour entraîner la coordination. Le partenaire temporaire de Kécile, un dénommé Alban Cohet, avait un bon instinct mais réagissait un peu lentement, et surtout, avait une puissance misérable aux yeux de Kécile. Anticipant relativement bien la réaction de ces adversaires (ce qui était cruellement le point faible de Kécile), il se retrouva à couvrir leur équipe pendant que la Princesse désormais plus libre, faisait pleuvoir toute une palette de sortilèges sur le couple adverse. . Un peu plus tard, alors que tous commençaient à sérieusement fatiguer malgré une courte pause, Severus ordonna aux équipes de quatre de se regrouper à trois contre un. Kécile se retrouva inévitablement la cible de ses trois partenaires, surtout les deux qui avaient dû essuyer ses maléfices. Cependant même à trois, ils n'étaient pas capable d'écraser une Princesse des Ténèbres, bien décidée à prouver de quoi elle était capable, et de montrer sa supériorité contre trois mangemorts de "bas étages". Sans oublier l'entraînement intensif de Bellatrix durant une semaine qui lui avait appris à ne pas avoir de scrupules pour ses adversaires.
Huit heures sonnèrent. Ils avaient bataillé pendant dix heures avec seulement deux heures de pause en tout et pour tout. Les blessures étaient nombreuses, leurs corps meurtris et courbaturés, seuls les plus solides moralement avaient tenus jusqu'au bout. C'était une volonté du Seigneur des Ténèbres de donner un moral d'acier à ses mangemorts ainsi qu'une endurance à toute épreuve.
Kécile était contente d'elle. Mais après un rapide dîner, c'est complètement éreintée qu'elle s'écroula sur son lit. Au bout de quelques minutes, elle sentit une étrange humidité sur sa chemise: absorbée par l'entraînement, elle n'avait pas prêtée attention que les blessures sur son buste s'étaient rouvertes, probablement après que Evrard l'ait envoyé boulé d'un expelliarmus qu'elle n'avait pas anticipé. Elle s'appliqua un nouveau sort de guérison, mais les plaies avaient vraiment mauvaises mines, et elle avait perdu beaucoup de sang aujourd'hui. Le doloris que lui avait envoyé son père, bien que bref, accentuait néanmoins les courbatures dans tout son corps, et elle savait qu'une fois qu'elle se serait détendue, elle ne pourrait plus bouger. Elle songea avec une grimace à l'entraînement du lendemain qui serait probablement encore plus rude. Elle s'endormit sur la pensée qu'elle aurait au moins une endurance à toute épreuve...
Mais dans la nuit, elle sentit quelqu'un la tourner doucement sur le dos. Elle ouvrit les yeux brusquement et tenta de se redresser mais on l'en empêcha.
"Chut! Ne bougez pas! Ne faîtes pas de bruit, chuchota Severus. Buvez ces deux potions. "
Elle obtempéra, remerciant la pénombre qui cachait son trouble au mangemort. Il lui appliqua ensuite une pommade sur les plaies purulentes. Elle ne savait pas comment réagir. Elle savait qu'il était un traître et cela rendait d'autant plus incompréhensible à ses yeux l'attention qu'il lui portait. Elle s'était déjà étonnée de ces soins qu'il prenait le risque de lui donner. Elle préférait ne pas imaginer ce que ferait le Seigneur des Ténèbres s'il découvrait qu'un mangemort était venu dans cette partie du manoir, et était entré dans l'intimité de la Princesse. Elle lui faisait confiance, là n'était pas le problème. Mais pourquoi, alors qu'il était finalement à la solde de Dumbledore, la protégeait-il de cette manière? Pourquoi prenait-il de tels risques? C'était d'autant plus déconcertant. Elle eut l'idée pendant un court instant de lui dire qu'elle connaissait la vérité à son sujet. Elle ne le fit pas. Parce qu'elle n'en avait pas le courage, parce qu'elle craignait sa réaction, parce que peut-être reconnaissait-elle au fond d'elle même, qu'avoir quelqu'un qui se soucie un peu de vous, même si c'est de manière distante et impersonnelle, même s'il n'y a pas d'affection, même si cette attention est purement calculée, c'était agréable, réconfortant. Après une dure journée, maintes blessures, beaucoup de courage et d'énergie donnée, avoir quelqu'un qui reconnaisse cela et qui vous soigne, cela compensait un peu les efforts.
C'était ridicule. Elle le savait. Mais elle se laissa aller par le sommeil, alors que Severus finissait d'appliquer un baume sur ses dernières contusions.
Elle n'avait que 12 ans.
Arriver à vaincre trois novices, c'était une chose. Se battre contre des sorciers expérimentés en était une autre. C'est pourtant ce qu'elle dut faire les jours qui suivirent. Progressivement, Severus et Bellatrix l'intégraient à des groupes aux capacités et à l'expérience magique de plus en plus poussée. Malgré la fatigue physique évidente qu'elle éprouvait, elle faisait de son mieux pour ne pas s'avouer vaincue trop vite et perdre de manière honorable. Elle détestait perdre. Même contre des sorciers aguerris. Elle était une sorcière de haut rang, et elle savait que sa puissance magique était bien supérieure à celle de n'importe quel de ses adversaires. Mais elle prenait conscience que l'expérience qui ne vient qu'avec l'âge pouvait compenser la puissance. Alors, elle mettait par pur amour propre toute son énergie à ne déclarer forfait que lorsqu'elle était pieds et points liés, baguette arrachée, après avoir tenu un vaillant combat. Elle en avait surpris plus d'un, notamment Nott, lorsque celui-ci pensait en avoir terminé avec un simple maléfice du saucisson qu'il ne lança probablement pas avec assez de puissance puisqu'elle parvint à se libérer de ses entraves et à le stupéfixier. Severus et Bellatrix constataient chaque jour les progrès impressionnants qu'elle faisait. Mais Severus avait mal au coeur de la voir se battre ainsi corps et âme pour une hypothétique reconnaissance du Seigneur des Ténèbres. C'était avec dégoût qu'il regardait ce qu'il en avait fait durant toute cette année: une machine à tuer. Oh! Dumbledore et lui savait qu'il n'avait pas le choix. Mais en la préparant ainsi au combat, en la rendant impitoyable avec les autres et elle-même, n'était-on pas entrain de la perdre complètement?
Après la dure semaine d'entraînement, le Seigneur des Ténèbres accorda à ses troupes quelques jours de repos, satisfait du travail effectué. Ses troupes seraient au meilleur de leur forme, et il se réjouissait d'avance des "festivités"qui auraient lieux.
Kécile pour sa part, restait enfermée dans sa chambre à dormir ou à lire. Mais la veille du raid, elle sentait la tension qui commençait à monter dans le manoir, notamment auprès des plus jeunes, et elle se laissait gagner par un mélange d'excitation et d'anxiété. Les doutes qu'avaient insinués en elle Dumbledore étaient partis. Mais elle préférait ne pas trop penser que demain soir, très probablement, elle utiliserait des impardonnables contres des hommes.
Le stress d'avant combat gagna progressivement tous les mangemorts dans la journée du lendemain. Bellatrix était très excitée, Lucius avait un léger sourire carnassier sur les lèvres, et Severus, fidèle à lui même , semblait ne rien éprouver du tout. Kécile se demanda comment il pouvait bien se sentir lors de ces raids auxquels son statut de maître des potions ne le dispensait pas de participer. Comment personne ne s'était-il rendu compte de sa véritable allégeance? Se battait-il contre son propre camp?
A dix heures, le Seigneur des Ténèbres les convoqua tous dans la salle du trône pour leur donner ses directives.
" Je sais que des membres de l'ordre seront probablement là. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que nous attaqueront dans deux endroits différents. Le premier groupe fera diversion pendant que le second sous mon commandement attaquera par derrière. Bellatrix et Lucius, vous prendrez la tête du premier groupe. Vous avez quartier libre. La seule directive précise, c'est que l'ordre du Phénix ne se doute pas d'une autre attaque. Ne vous repliez qu'à mon signal. Je prends avec moi Rogue, Guhler, Nott, Yaxley, Dolohov et Rookwood. Et Kécile."
Qu'importe qu'elle n'ait que 12 ans.
A onze heures, tous les mangemorts transplanaient de chaque côté d'un village moldu, perdu dans la bruyère. Ombres silencieuses, les six mangemorts attendirent d'entendre les premiers cris et d'être sûrs qu'aucun membre de l'ordre ne les attendait et pourrait donner l'alerte. Puis, ils s'avancèrent dans la première maison et y entrèrent en forçant la porte. Kécile, sur un geste de son père, resta à côté de lui. Elle souffla intérieurement. Il n'avait pas l'intention de la faire participer apparemment. Elle entendit des cris, puis des hurlements inhumains, suivis de sorts de mort, de pleurs et suppliques, mêlés à des rires sadiques. Le cri d'une femme déchira l'air. Les pleurs d'un bébé se firent entendre avant de se taire brutalement. Quatre mangemorts ressortirent pour pénétrer dans deux autres maisons. A nouveau des cris. A nouveau les hurlements de la victime du doloris, à nouveau ses pleurs , ses imprécations et ses prières adressées aux bourreaux.
Kécile tremblait. Elle luttait pour tenir sur ses jambes qui allaient se dérober au dessous d'elle. Elle voulait se boucher les oreilles pour ne plus entendre ces hurlements, elle ne voulait pas imaginer les corps maltraités et sans vie qui devaient joncher le sol de ces maisons. Elle ne voulait pas voir la lueur sadique dans les yeux des mangemorts. Les explosions, les cris et les hurlements se faisaient aussi entendre à l'autre bout du village. Et Bellatrix y était. Ce devait être un carnage. La tête lui tournait. Les larmes salées lui piquaient les yeux, mais elle devait les contenir. Elle ne devait pas être faible, et elle ne devait pas montrer sa faiblesse au Seigneur des Ténèbres.
Deux mangemorts s'avancèrent vers eux emmenant visiblement avec eux des prisonniers. Des prisonnières, réalisa-t-elle. Une femme et sa fille.
" Ce sont des sorcières" dit-l'un d'entre eux. Kécile aurait dû reconnaître la voix de Yaxley.
" La garce s'est bien défendue poursuivit-il en jetant la femme au pied de son Maître. Que doit-on en faire?
- Cela dépend, répondit le Lord d'une voix glacial. que font deux sorcières parmi cette racaille de moldu?
- C'est vous, la racaille! hurla la femme. Mon mari est parti aider de l'autre côté du village, mais vous êtes assez lâches pour attaquer par derrière et vous en prendre à des gens sans défense!
- Fais la taire."
Yaxley la bâillonna d'un silencio, mais elle, probablement consciente qu'elle n'avait plus rien à perdre, cracha sur les pieds du Seigneur des Ténèbres. Ce geste, brave, fou, ou encore insolent, et blasphématoire, fut le dernier. Le Maître la punit d'un sort de mort.
Il se retourna ensuite vers la petite fille. Dix ans tout au plus. Son visage livide portait les traces des larmes qui ne cessaient de couler. Ses grands yeux étaient écarquillés par la terreur. Elle ne gémissait pas. Mais son regard se porta sur Kécile, et elle y lut une supplique muette. Kécile détourna les yeux. Et elle rencontra ceux de son Maître. La lueur qu'elle y vit la fit frémir. Il lança un doloris à l'enfant. Qui hurla, se roula au sol de douleur. Lorsque le sort fut levée, la victime pantelante jeta à nouveau un regard suppliant à Kécile. Elle faillit vomir. Cette violence était gratuite et elle ne la comprenait pas. A quoi servait-elle? Elle avait peur, vraiment peur. Pas cette peur malsaine mêlée de respect et d'admiration qu'elle éprouvait envers son père et Maître. Non. Elle avait peur de ce qu'elle voyait, de cette lueur sadique, de ce plaisir malsain que prenaient les bourreaux à torturer les victimes. Elle savait qu'elle ne pourrait jamais ressentir la même chose.
" Tu vois, gamine, ce qui attend tous ceux qui s'opposent à ma puissance. Ton père est probablement déjà mort en voulant se battre contre mes fidèles, ta mère est morte pour m'avoir injuriée, et toi? Tu mourras parce que tu es la fille de sorciers traîtres à leurs sangs. Défendre les moldus! Vivre parmi eux! C'est s'abaisser à leur niveau, se rendre esclave de leur société."
Et il lui lança un nouveau doloris. Kécile avait la hideuse image d'un prédateur jouant avec sa proie avant de l'achever. Ce petit jeu dura bien 10 minutes. Kécile n'en pouvait plus des hurlements de l'enfant. Lorsque le Seigneur des Ténèbres levait le sort, elle n'était même pas soulagée parce que ces pauses faisaient parties du jeu. Elles permettraient à la pauvre victime de tenir plus longtemps, de prolonger le jeu. Et les larmes finirent par jaillirent des yeux de Kécile. La petite fille était à peine plus jeune qu'elle-même. Elle aurait probablement dû rentrer à Poudlard à la rentrée. Mais elle n'en aurait pas l'occasion. Sa vie se terminerait tragiquement un soir où elle avait eu la malchance de tomber entre les mains du Seigneur des Ténèbres.
" Kécile!" La voix du Maître sonna comme un glas dans cet espèce de silence qui suivait la torture de la petite fille. Elle trembla violemment. L'angoisse lui serra la gorge, mais elle parvint à murmurer:
-Oui, Maître?
- Tue la."
Le cerveau de Kécile s'arrêta un instant. Ce n'était pas possible! Il ne pouvait pas lui demander de la tuer comme ça, froidement, en dehors du contexte d'un combat! Et une fille de deux ans de moins qu'elle tout au plus! Ce n'était pas possible!
- Maître! je...
- Tue la!"
Elle sortit sa baguette. mais elle ne pouvait pas la lever. Son bras était trop lourd! Le sort ne monterait jamais à ses lèvres! Et ce regard suppliant! Ces larmes sur ce visage innocent! Non! Elle ne pourrait jamais!
"Endoloris!" Elle s'effondra au sol en hurlant. Cette fois-ci, c'était elle. Elle le méritait, n'est-ce pas? Elle avait refusé d'obéir. A quoi pouvait-elle s'attendre? Son père l'avait prévenue que toute hésitation serait fatale. Elle savait qu'il ne supportait pas la résistance. Mais avait-elle le droit de tuer cette fille? Ses pensées furent interrompues par un nouveau pic de douleur. Elle se roula au sol , tentant d'échapper à ce fer chauffé au rouge qui lui labourait les entrailles. Lorsque le Seigneur des Ténèbres leva enfin le sort, elle ne parvenait plus à réfléchir correctement.
L'ordre claqua à nouveau.
" Tue la.
- Je ne peux pas, souffla-t-elle misérablement.
- Tu le pourras. Endoloris"
Kécile eut l'impression que son cerveau allait éclater, tout son corps était déchiré de l'intérieur, sa peau lacérée. Elle n'en pouvait plus! Jamais son père n'avait utilisé une telle puissance pour lui lancer ce sort. Elle comprenait maintenant ce que c'était que la vraie douleur. Il fallait qu'elle fasse quelque chose.
Le sort fut levé.
" Tue la"
Il y eut un nouveau silence. Puis lentement, Kécile se leva. Elle n'était plus en état de réfléchir. Elle était amorphe. Mais les larmes coulaient abondamment sur ses joues.
Une voix morne et sans timbre qu'elle ne reconnut pas lança: Avada Kedavra. Le sort jaillit de sa baguette et frappa l'enfant de 10 ans qui mourut sans un gémissement, son regard éternellement suppliant fixé sur le fantôme d'une autre enfant. Qui n'en était plus une.
Elle n'avait pourtant que 12 ans.
