Voici le début de la seconde partie. Ce chapitre n'était pas prévu au départ, mais il est sorti tout seul. C'est une sorte d'arrêt psychologique, mais je crois qu'il était nécessaire après les évènements du chapitre précédent.
Bonne lecture!
Chapitre 12: Conscience, mon ennemie
Les Malfoy avaient amené Kécile à la gare de King's Cross comme l'an précédent, et comme l'an précédent, Kécile avait cherché un wagon encore vide. Hermione, suivie d'une fille aux cheveux rouges flamboyants avaient bien poussé la porte de son compartiment, mais l'avait refermée aussi sec en constatant l'identité de son occupante. Le train était parti depuis une heure, quand Malfoy entra de son pas conquérant.
" Tu es toute seule, cette année? Pas d'autre gryffondor avec toi? demanda-t-il narquois
- Et toi? Où sont tes deux acolytes? répondit Kécile sèchement
- Ils m'attendent dans un compartiment. Où sont Potter et Weasley?
- Aucune idée, et ça ne me regarde pas.
Kécile se tourna résolument vers la vitre.
- Alors, ces vacances? Père m'a dit que tu as participé aux raids?
Kécile se tendit, mais acquiesça. L'attitude de Drago changea immédiatement. Probablement n'avait-il pas cru à ces propos.
- Et... comment c'était? interrogea-t-il visiblement impressionné.
Kécile ne répondit pas tout de suite. Le regard perdu au-dehors, elle entendait encore résonner dans sa tête les hurlement des femmes et des enfants, les cris des combattants, elle commençait à voir des images de souffrances, de feu, de sang, de massacres...
- C'est horrible, finit-elle par souffler. Drago sembla interloqué.
- Qu'est-ce que tu veux dire?!
- C'est horrible.
- Mais encore?
- Ces... ces massacres, ce...
- Attends! Ce sont des raids! Tu t'attendais à quoi?
- Je ne sais pas... Pas à ça.
- Tu as combattu?
- Une fois.
- Et alors?
- Je ne sais pas.
- Bon sang! Tu ne sais pas quoi?
- Je ne sais pas ce qui c'est passé.... ce qu'est devenu mon adversaire... comment je m'en suis sortie. Je ne sais pas.
- Comment ça se fait?
- Tout était si flou... On n'a pas le temps de comprendre ce qu'on fait, ce qu'il se passe autour de nous."
Drago observa la Princesse. Il ne lui avait jamais vu cette mine perdue. L'année passée, elle était toujours hautaine malgré son envoi chez les gryffondor. Mais elle paraissait différente. Abattue. Il ne la reconnaissait plus. Et il était surpris. Elle devrait être fière d'avoir participé à un raid, d'avoir combattu pour ce qu'elle appelait elle-même la Grande Cause. Elle semblait si enthousiaste l'an passé à cette même période de l'année. Drago n'était pas dupe. Il s'était passé quelque chose.
Dumbledore leva les yeux de ses papiers pour regarder une fois de plus la pendule en face de son bureau. Une nouvelle fois, il se leva de derrière son imposant bureau directorial pour regarder par la fenêtre qui donnait sur le parc. Il vit le professeur Vector qui remontait l'allée et le professeur Bibine qui disait bonjour à Hagrid.
Il soupira, retourna s'asseoir et reprit sa lecture. Rien ne servait de s'impatienter, il ne pouvait qu'attendre. Il entreprit donc de lire le rapport de Maugrey sur les actuelles activités des aurors et leur progression quant à l'arrestation des participants aux attaques de cet été. Autant dire qu'elle était nulle.
" Les témoignages des aurors et des victimes ont établi que les mangemorts étaient responsables de ces attaques très organisées. Le compte-rendu établit aussi que ces attaques ont toujours eu lieux dans deux endroits à la fois de manière coordonnée: offensive au même moment ou à quelques minutes de décalages lorsque les lieux sont rapprochés, retranchement exactement au même moment.
Comme vous le constatez, Albus, cela n'apporte rien de très nouveau. J'ai essayé de parler à Scrimgeour pour lui demander s'il n'envisageait pas que les mangemorts aient retrouvé leur leader. Il a dit que "cette solution n'est pas dans l'optique du ministère", pour reprendre ses termes exacts. Il envisage tout au plus qu'ils aient trouvé un nouveau leader. Mais la liste des mangemorts potentiels n'est pas clairement établie. Des noms tels que Malfoy ou Rookwood ne sont pas "sortables".
Je suis donc désolé, mais rien de bien nouveau du côté du ministère. La politique n'a visiblement pas changé. Des nouvelles de Fudge? Il n'a pas l'air décidé à se réveiller."
A sa grande déception, non. Cette série d'attaque n'avait même pas eu le mérite de faire réagir Fudge qui voulait continuer à faire croire à la population qu'il contrôlait une situation se dégradant sournoisement.
Dumbledore fut tiré de ses amères pensées par un coup frappé à sa porte. Quelques instants plus tard, Severus Rogue entrait dans le bureau, et s'asseyait en face de lui après une rapide salutation.
" Je suis désolé, déclara-t-il de but en blanc d'un ton dur.
- Vous n'avez pas de raison de l'être, Severus, Vous avez fait ce que vous avez pu.
- Je ne peux pas grand chose, apparemment, répondit le professeur, un tic amer au coin de la lèvre. Un vrai carnage. Que dit le ministère?
- Il continue à se cacher la vérité.
Severus eut une petite exclamation de dédain.
- Déplorable! Et comment va Miss Jones?
- Elle va s'en remettre. Mais ça n'est pas passé loin. Maintenant, avez-vous connaissance de prochaines attaques?
- Oui. Il y en aura, mais je crois qu'elles seront moins nombreuses. Encore une fois, je ne peux rien vous garantir. Le Seigneur des Ténèbres nous a souvent prévenu cet été au dernier moment. Et il est probable que je ne participerais pas aux prochains raids.
- Aucun des membres de l'ordre n'a vu Voldemort.
- Ils n'étaient jamais au bon endroit. Et le Seigneur des Ténèbres s'est surtout contenté d'observer le spectacle.
- Je vois... Il a décidé de semer la terreur insidieusement plutôt que d'ouvrir les hostilités avec le ministère. C'est très intelligent. Le ministère fera tout ce qu'il pourra pour nier la menace, du moins tant que Fudge sera à sa tête. Autre chose; Alastor m'a parlé d'un enfant sur le champs de bataille lors du deuxième raid. Je suppose que c'était Kécile?
- Oui.
- Alastor m'a aussi dit qu'elle se débrouillait.
- Ce qu'il a probablement omis de vous rapporter, c'est que sans mon intervention, la gamine serait morte.
- Alastor ne tue jamais ses adversaires. Encore moins un enfant.
Severus eut un reniflement sceptique.
- Est-ce vous qui lui avez appris à se battre?
- Surtout Bellatrix.
- A-t-elle participé à tous les combats?
- Non. Uniquement à celui-ci. En une sorte de punition.
- Pour quoi?
- Le Seigneur des Ténèbres l'a obligée à tuer.
Dumbledore sembla choqué.
- Il l'a torturée, jusqu'à ce qu'elle cède. Et le pire est que sa victime devait être un peu plus jeune qu'elle.
Le silence s'abattit entre eux. Chacun plongé dans de sombres pensées.
Ce soir-là, l'enfer avait recommencé. Il avait dû jouer au parfait mangemort pour rester en vie, et cela lui donnait toujours cette même nausée. La joie sadique brillait dans les yeux de ses collègues. Il avait torturé une femme dont il ignorait tout. Il l'avait ensuite tuée. Comme une délivrance. Et puis, il y avait eu cette sorcière et sa fille qui avaient eu le malheur de se trouver dans ce village. La femme n'avait pas souffert trop longtemps. Mais la petite fille... Et le regard de Kécile, horrifié. Il n'était pas sentimentaliste, loin s'en fallait, mais il s'était senti bouleversé par ce regard quand le Seigneur des Ténèbres lui avait ordonné de tuer cette gamine à peine plus jeune qu'elle-même! Ses hurlements avaient été plus insupportables que tous ceux subis ce soir-là: c'était les hurlements d'une conscience qui se débattait, perdue et désespérée de voir tout ce en quoi elle avait cru jusque là s'effondrer dans un bain de sang. C'était les hurlements d'une enfant qui luttait pour garder son innocence. C'était le cri d'une petite fille qui avait grandi trop vite au milieu d'un cauchemar.
Il avait vu aussi les larmes couler de ses yeux. Un pardon muet à sa victime. Un adieu à son enfance et son innocence.
Il en avait oublié sa propre horreur. Il aurait voulu soutenir cette enfant en détresse. Parce qu'il avait promis de la protéger et qu'il échouait lamentablement. Mais pas seulement. Les jours suivants, lorsqu'il l'avait croisé, il avait vu la fatigue puis les cernes sur son visage. Il voulait la secourir. Il voulait lui épargner ce dégoût d'elle-même qu'elle allait probablement commencer à ressentir, cette horreur de sa propre personne, cette sensation d'impuissance face à ses propres actes. Il voulait lui dire que ce n'était pas sa faute. Comme on le lui avait dit à lui-même. Mais il savait que c'était vain. Elle n'y croirait pas. Il n'y avait jamais cru. Cependant, n'était-ce pas différent pour elle?... Qu'importe! Elle ne le savait pas et ne le comprendrait pas. Severus était bien placé pour savoir qu'en de telles circonstances la morbide auto-flagellation qu'on s'inflige, l'interminable litanie de reproches et de remords sont les seules justifications qu'on accepte pour excuser sa vie. Il est bien plus facile de se convaincre qu'on doit vivre pour expier que de se convaincre qu'on est innocent. Un jour on finit par comprendre que le passé ne s'efface jamais et on apprend à vivre avec. Expier semble vain, s'absoudre semble ridicule.
Non, ce n'était pas seulement un élan de sentimentalisme et de pitié qui incitait Severus à aider Kécile. C'était aussi parce que cette nuit l'avait cruellement replongé dans sa propre jeunesse et dans l'expérience d'autres nuits semblables. D'une particulièrement, qui était restée gravée dans sa mémoire, surpassant toutes les autres en horreur.
Dumbledore n'avait guère des pensées plus réjouissantes. Encore sous le choc de la révélation, il songeait à ce que devait ressentir la petite fille.
Plus le temps passait, plus il était persuadé que Kécile reviendrait vers le droit chemin. Il avait conscience que sa réaction à ce meurtre serait décisive. Elle pouvait rejeter tout remord et refuser de s'embarrasser de sa conscience et la cause était alors probablement perdue. Mais il était certain qu'elle ne parviendrait pas à passer outre un tel acte. Elle avait lutté. Elle n'avait cédé que par la force. Elle allait avoir besoin d'aide pour passer au-dessus de cela. Merlin savait ce qui pouvait lui venir à l'esprit en ce moment même! Ce qu'il craignait par dessus tout était la perte de la confiance et de l'estime de soit. Severus était le meilleur exemple des ravages que cela pouvait provoquer.
Un regard à son professeur lui prouva que tous deux étaient remontés aux mêmes souvenirs. Il rompit le silence.
" Il faut l'aider.
- Je ne vois pas comment. Je ne peux pas me dévoiler, et elle ne vous fait pas confiance.
- Elle me fera confiance. C'est le moment ou jamais. Je dois profiter de la situation.
Severus sembla retenir une réplique cinglante et crispa ses poings de colère. Dumbledore attendit. Il savait ce que son professeur était sur le point de lui lancer. Il soutint le regard noir. Severus sentit les yeux bleus le traverser à nouveau, et il sut que toute discussion était inutile.
" Très bien, profitez de la situation, une fois de plus. Mais ne me mêlez pas à cela. Je ne peux plus rien. De toute manière, j'ai échoué sur toute la ligne avec elle. "
Et la porte du bureau se referma un peu brutalement derrière le professeur de potion.
"Pourquoi, Severus, vous inquiétez-vous autant de cette enfant?"
***
Severus était d'une humeur massacrante. Et pour cause!
Ses "vacances" avaient été un calvaire sans nom, il faisait régulièrement des cauchemars dans lesquels se mêlaient ses propres souvenirs et la Princesse, il savait qu'il ne pouvait rien faire pour aider la petite fille, et Albus avait l'intention de "profiter de la situation". Ce vieux fou manipulateur avait parfois le don de le mettre hors de lui. La rentrée avait vraiment très mal commencé. Et l'idée de retrouver les morveux de service n'aidait pas Severus à se calmer.
Il avait cru un moment que Merlin était avec lui en tombant sur Potter et Weasley. Il avait été à deux doigts de les faire renvoyer! Quel doux exutoire! Mais évidemment, Albus avait pris la défense de Potter et son espoir de vengeance était parti en fumée.
C'est donc furieux qu'il était remonté dans la grande salle. Et y voir Kécile ignorer totalement le contenu de son assiette, et envoyer bouler ses camarades de classe avant de quitter la salle pour rejoindre probablement son dortoir.
Et pour clore le festival, il avait découvert l'imbécile heureux qui servirait de professeur de défense contre les forces du mal cette année. Gilderoy Lockhart l'avait assailli de son babillage incessant, lui expliquant en détail comment il avait eu maintes fois recours à l'art des potions, comment il avait crée ses propres potions dans un accès de génie et comment il avait même été à l'origine de la découverte de Damoclès Belby sur la Potion Tue-Loup grâce à sa grande expérience avec ces créatures. L'inconscient avait été jusqu'à proposer son aide au maître des potions qui lui avait alors jeté un de ses regards glacials à couper au couteau dont il avait le secret. Son importun voisin s'était alors tourné vers le professeur Sinistra et n'avait plus adressé la parole à Severus de la soirée.
Décidément, l'année s'annonçait merveilleuse! Potter avait trouvé un sérieux concurrent. Il avait pourtant bien assez d'un arrogant prétentieux pour gâcher sa vie à Poudlard!
***
"Noooonnnnn"....
Kécile se réveilla au son de son propre hurlement et se dressa sur son séant, empêtrée dans ses couvertures, sa chemise collée de sueur à son dos et le corps parcouru de tremblements. La respiration saccadée, elle regarda frénétiquement autour d'elle avant de comprendre où elle se trouvait: les tentures rouges d'un lit à baldaquin, elle était à Poudlard dans le dortoir des filles de Gryffondor. Elle se calma peu à peu. C'était encore ce cauchemar. Il ne commençait jamais de la même manière, il n'arrivait jamais au même moment, mais toutes ses nuits se terminaient sur les mêmes images.
Elle écarta les rideaux et attrapa sa baguette pour lever le sortilège de silence qu'elle avait placé autour d'elle. Puis elle regarda l'heure. 3h30. Kécile soupira. La nuit avait été courte! Mais elle se leva, prit ses habits et se rendit dans la salle de bain pour une bonne douche. Inutile de chercher à se rendormir, ça ne donnerait rien de bon. A chaque fois qu'elle avait essayé, elle avait eu des crises d'angoisses ou de paniques semi conscientes qui étaient presque pires que les cauchemars.
Assise près du feu, elle regardait les flammes danser dans l'âtre, attendant la pointe du jour avec impatience. Elle savait que son angoisse et cette terreur sourde qu'elle étouffait ne partiraient qu'aux premiers rayons du soleil. Mais rapidement, les mouvements hypnotiques du feu l'entraînèrent vers des images d'un village enflammé qu'elle voyait au loin, debout auprès du Seigneur des Ténèbres. Le son des cris commençait à monter à son oreille quand elle se secoua, et commença à faire les cents pas. C'était toujours la même chose. Il fallait qu'elle s'occupe l'esprit si elle ne voulait pas céder à la panique. Ses mains tremblaient. Elle se sentait nauséeuse. Elle voulait que le jour arrive, elle voulait voir la lumière qui lui donnerait l'illusion de sortir des ténèbres dans lesquels elle sombrait chaque nuit. Elle remonta presque en courant dans sa chambre, attrapa un livre de potion et redescendit précipitamment près du feu.
Elle s'effondra sur le fauteuil le plus proche avec l'envie de crier à l'aide. Elle ne supportait pas le noir. Elle devait lutter pour ne pas avoir peur du bruit de ses propres pas dans l'escalier, le bruit de la respiration de ses camarades lui rappelait les râles d'agonie des batailles et des raids. Mais la seule source de lumière était ce feu aux lueurs machiavéliques. "Merlin! Faîtes que ça s'arrête!"
Elle sentait l'angoisse monter et l'envahir. Elle ouvrit le livre d'un geste rageur, et commença à lire à voix haute. mais le son de sa voix lui sembla sinistre dans cette grande pièce sombre. Elle se tut rapidement, se roula en boule et reprit la lecture silencieuse du livre, se concentrant pour comprendre ce qu'elle lisait et ne pas prêter attention à son angoisse.
Peu à peu, elle parvint à l'oublier, et lorsque plusieurs heures après, elle leva les yeux, les premières lueurs du jour étaient déjà apparues, et le soleil ne tarderait pas à se lever à l'horizon.
Elle resta immobile, les yeux tournés vers l'Est, tous les muscles tendus. A chaque fois, elle avait cette ridicule angoisse de savoir si le jour se lèverait bien. En temps nuageux, c'était encore pire.
Mais ce matin-là, un premier rayon d'or vint frapper le visage pâle et fatigué, et quelques secondes plus tard, le soleil apparaissait enfin, apaisant le coeur angoissé de l'enfant. Elle poussa un soupir de soulagement, ferma le livre de potions, et le visage tourné vers la lumière, elle laissa le sommeil la gagner pour une ou deux heures encore.
Il était tout juste six heures et demi quand Kécile se réveilla en sursaut, alertée par un groupe d'élèves qui descendaient assez bruyamment les escaliers. Quoique se réveiller n'était probablement pas le terme le plus approprié. Elle descendit prendre son petit déjeuner dans la grande salle, les fonctions vitales de son cerveau en état de marche, le reste ne semblant pas vouloir bouger du mode pause. La salle, comme tous les matins de rentrée était très animée mais Kécile ne participait pas l'agitation générale. Elle se servit un café très fort pour essayer de se tirer de sa torpeur, mais elle remarqua sans comprendre ses voisins de classe très excités par l'arrivée d'une beuglante dont elle ne suivit pas un mot.
Quand le professeur McGonagall s'arrêta devant elle pour lui donner son emploi du temps, elle remarqua:
" Vous avez vraiment très mauvaise mine! Miss Gaunt! Les vacances sont faites pour se reposer pas pour s'épuiser! Vous devriez aller voir Mme Pomfresh.
- Je vous remercie, professeur, ça devrait aller, ce n'est rien."
Le professeur eut une moue dubitative mais n'insista pas.
Cet après-midi là, les Gryffondors avaient cours de défense contre les forces du mal. Kécile ne prêta pas plus attention au début du cours qu'elle ne l'avait fait avec le professeur Chourave, mais elle dut malgré tout sortir de sa torpeur quand le professeur leur distribua un paquet de copie.( Bon sang! il n'avait pas honte de s'habiller avec des couleurs aussi voyantes? Il fallait peut-être trouver un juste milieu entre lui et Severus! Du turquoise! Franchement! En plus ça faisait mal aux yeux!) Après avoir cligné plusieurs fois des yeux pour effacer de sa rétine le flash turquoise qui batifolait devant son regard, elle s'intéressa vaguement au contenu des parchemins. D'abord, elle ne réalisa pas ce qu'elle était entrain de lire. Puis elle se dit qu'elle était probablement trop fatiguée et n'avait pas bien lu. Malheureusement non.
1) Quelle est la couleur préférée de Gilderoy Lockhart? Euh... le turquoise?
2) Quelle est l'ambition secrète de Gilderoy Lockhart? Attends! Si on le sait ce n'est plus secret! C'est quoi ce questionnaire bidon?
3) A votre avis, quel est le plus grand exploit réalisé par Gilderoy Lockhart à ce jour? ... Avoir lancé un sort de confusion suffisamment puissant pour que Dumbledore l'engage?
4) Comment qualifieriez-vous l'attitude de Gilderoy Lockhart face aux loups-garous dans Promenade avec les Loups-garous.? Euh... je suppose s'il est encore devant nous, qu'il a fait ce que tout être normalement constitué fait en pareil cas... il prend ses jambes à son coup ou transplane. C'est une attitude qu'on appelle instinct de conservation.
Kécile s'arrêta un instant pour considérer la probabilité qu'il y avait à répondre à ce genre de questions en cours de défense contre les forces du mal. Normalement, elle aurait dû être nulle. Mais elle décida de jouer le jeu et de répondre à toutes les questions de manière très franche ou très serpentarde, comme on voulait...
Cela eut au moins le mérite de la réveiller un peu. Kécile s'amusa franchement à retrouver son esprit caustique pour quelques instants.
Une demi-heure plus tard, Lockhart ramassa les copies et y jeta un coup devant la classe.
Après quelques commentaires, son visage se crispa, et il demanda d'un ton qu'il s'efforçait visiblement de rendre aimable: "Qui est Kécile Gaunt?"
- C'est moi.
- Je vois. Savez-vous qui je suis, miss?
- Notre nouveau professeur de défense contre les forces du mal.
- Mais encore?... Vous ne voyez pas? Avez-vous lu vos livres de défense?
- Non.
- Et bien vous apprendrez en les lisant que je suis un aventurier célèbre et que j'ai acquis au cours de mes nombreuses pérégrinations une connaissance des forces sombres peu commune.
- J'ai hâte de voir ça... murmura Kécile suffisamment fort pour être entendu de tous. "
Elle avait la ferme impression que ce cours allait être soit hilarant soit d'un ennui mortel. Disons qu'elle n'avait aucune envie de passer l'année à apprendre quelle était la marque de shampooing utilisée par Gilderoy Lockhart, mais attendait avec impatience les travaux pratiques qui promettaient d'être très amusants. Kécile ne pensait pas être aussi vite comblée. Quoiqu'elle ne prévoyait pas franchement d'apprendre à se défendre contre des lutins de cornouailles... Comme disait Seamus, à moitié écroulé de rire sur sa table, ce n'était pas vraiment le genre de créatures à proprement parlé dangereuses. Mais Lockhart semblait avoir une vision du danger très particulière. Ces petites bestioles devaient sûrement l'avoir décoiffé un jour où il s'était égaré dans une forêt...
Euh... toute considération faite, une bande de lutins excités était capable de mettre une sacrée pagaille dans une classe d'élèves incapables de lancer le moindre sort d'entrave... Et à la fin du cours, Kécile commençait à sérieusement se demander si Lockhart n'était pas tout simplement un cracmol frustré ou un moldu parachuté dans le monde des sorciers.
" Je vous demanderai simplement de remettre ceux qui restent dans leur cage. " Mais bien sûr! C'est-à-dire tous ceux qui ne se sont pas encore enfuis par la fenêtre brisée?
" Non, mais qu'est-ce que c'est que ce bonhomme? rugit Ron tandis que l'un des lutins lui donnait un coup sur l'oreille.
- Il a simplement voulu nous faire faire des travaux pratiques, répondit Hermione.
- Des travaux pratiques?! s'exclama Harry en essayant d'attraper un lutin qui lui tirait la langue. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il fallait faire!
- Tu dis des bêtises, répliqua Hermione. Tu as lu ses livres? Tu as vu tous les prodiges qu'il a accompli?
- Ça, c'est ce qu'il prétend! marmonna Ron.
- Pour une fois, je suis parfaitement de ton avis, Ron, intervint Kécile. Quel charlatan! Bon, on ne va pas rester là indéfiniment!
Elle répara la fenêtre d'un coup de baguette, et les poussa de l'autre côté de la porte. Puis elle traça un grand cercle noir dans l'air englobant tout l'espace de la pièce qui se trouva bientôt emprisonné dans une sorte de bulle. Elle lança ensuite un petrificus totalus, et l'ensemble des lutins s'égrenèrent au sol dans de curieuses positions.
- Remettons les dans la cage. Lockhart en fera ce qu'il voudra par la suite.
- Dis donc, Kécile demanda Ron. Comment tu sais faire des choses pareilles?
- Je croyais naïvement que vous aviez renoncé à savoir! J'ai dit tout ce que j'avais à dire.
- Ça n'empêche que tu nous caches beaucoup de chose, répliqua Hermione d'un ton ferme. On finira bien par trouver quoi.
- Je ne doute pas de vos qualités de fouineurs, mais je vous conseille de ne pas vous mêler de mes affaires. Particulièrement vous trois.
- C'est pour ça que MacGonagall m'a ordonné de rester éloigné de toi, l'an passé?
Kécile s'arrêta un instant, interloquée.
- Elle t'a dit ça?
- Oui.
- Elle t'a donné une raison?
- Non. Mais tu peux peut-être nous en donner une, toi.
- Non.
- Pourquoi?
- Il y a des choses qu'il vaut mieux ignorer, Hermione."
Et quelques chose, autant dans le ton de Kécile que dans le fait qu'elle ait appelé Hermione par son prénom, les convainquit que ce n'était pas une rebuffade mais bien un conseil... d'ami.
Kécile traversa la semaine suivante dans une sorte de brouillard qui devenait peu à peu une véritable purée de pois. Les cauchemars ne l'avaient pas épargnée une seule nuit et lui laissaient tout juste trois heures de sommeil, après quoi elle devait lutter contre une crise d'angoisse ou une attaque de panique. Et cela lui demandait beaucoup d'énergie. Elle était complètement épuisée nerveusement au lever du jour et ne pouvait jamais s'assoupir plus d'une heure et demi avant d'être réveillée par ses camarades de maison.
L'attitude froide et cinglante de Kécile l'an passé avait le mérite de continuer à décourager ses camarades de venir lui parler. En fait, on l'ignorait, et cela lui convenait très bien. Le seul problème à l'horizon était en réalité le professeur McGonagall. Celle-ci l'observait un peu trop à son goût. Elle se demandait qu'est-ce que le directeur lui avait dit exactement. Kécile n'était pas dupe. L'ordre qu'elle avait donné à Potter de se tenir éloigné d'elle venait de Dumbledore, ça ne faisait aucun doute. Mais lui avait-il dit qui elle était? Kécile n'en était pas sûre. Elle ne percevait dans son regard aucun mépris, peur ou haine. Juste de la perplexité... et ces derniers temps de l'inquiétude.
Le professeur finit par la convoquer dans son bureau dans le courant de la troisième semaine. Et Kécile n'avait aucun doute sur le sujet qui serait abordé.
" Miss Gaunt, je vous trouve depuis la rentrée très mauvaise mine, mais cela semble empirer au lieu de se résorber. Les professeurs ont noté un manque particulier d'attention de votre part en cours, j'ai remarqué que vous sauté beaucoup de repas, ne mangez guère quant vous descendez dans la grande salle et Mme Pomfresh me dit ne pas vous avoir vu à l'infirmerie. Elle décèle pourtant chez vous les mêmes symptômes que ce que je soupçonne: la fatigue. Il n'y a apparemment pas de raison pour que vous soyez épuisée ainsi. Est-ce que vous dormez la nuit?
- Très mal.
- Pourquoi? Vous faîtes des cauchemars, vous n'arrivez pas à vous endormir...
- Je fais des cauchemars.
- En connaissez-vous la cause?
Kécile hésita à répondre.
- Oui, finit-elle par concéder avec réticence.
- Et quelle est-elle?
- Je ne veux pas en parler.
Le professeur se leva de derrière son bureau pour venir de manière conciliante poser sa main sur l'épaule de Kécile. Mais elle eut un brusque geste de recul, et Mac Gonagall, le sourcils haussé répliqua:
- Miss Gaunt, si cela vous donne des cauchemars au point de vous empêcher de dormir et de vous épuiser, il est nécessaire que vous en parliez à quelqu'un. N'importe quel membre de l'équipe pédagogique serait prêt à vous écouter.
- Je vous remercie, mais c'est impossible, répondit Kécile d'un ton définitif.
Le professeur McGonagall sembla le comprendre.
- Très bien, personne ne peut vous y forcer. Mais n'oubliez pas que je suis à votre écoute quand vous le voulez. Moi ou quelqu'un d'autre.
Kécile hocha la tête par politesse.
- Maintenant, j'exige, et je ne vous laisse pas le choix, que vous alliez voir Mme Pomfresh pour trouver une solution à votre insomnie. Vous ne tiendrez pas jusqu'aux vacances de Noël si nous ne faisons rien.
Kécile capitula. Après tout, une potion de sommeil sans rêve de temps en temps ne lui ferait pas de mal!
Mme Pomfresh l'avait harcelée de question, avant d'envisager de lui donner une quelconque potion. Kécile avait échappé de justesse à devoir passer ses nuits à l'infirmerie, et n'était pas définitivement débarrassée de la menace, puisque si son état ne s'améliorait pas rapidement, l'infirmière lui avait assuré qu'elle n'y couperait pas. En attendant, elle était autorisée à trois potions de sommeil sans rêve par semaine. Kécile avait soigneusement décidé des soirs où elle les prendrait. Et ces trois nuits où elle pouvait enfin dormir étaient une véritable délivrance. Elles lui permirent de ne plus traverser ses journées dans un éternel brouillard et de ne plus agir dans un état de perpétuelle semi conscience.
Mais Kécile se rendit aussi compte que trois nuits de sommeil avaient un prix, et qu'être à peu près en possession de ses moyens n'avait pas que des côtés positifs. Les nuits où elle n'était pas protégée contre les cauchemars étaient encore pire. Son subconscient semblait vouloir se venger de ne pas disposer de toutes les nuits pour s'exprimer en déployant toute sa force de frappe les soirs où elle était sans défense. Et lorsqu'elle pouvait réfléchir clairement dans la journée, sa conscience venait l'envahir de doutes, et lui soufflait sournoisement qu'elle n'avait rien à faire au milieu de ces enfants innocents, que sa place était avec les mangemorts, au manoir du Seigneur des Ténèbres ou peut-être même à Azkaban, mais certainement pas ici.
Enfin, ce que Kécile n'avait aussi pas prévu (et pourtant, elle aurait dû s'y attendre) se fut la curiosité de Granger. Aucune de ses camardes ne savait que la plupart de ses nuits étaient hantées de cauchemars, sauf Granger qui se doutait bien évidemment que Kécile ne dormait pas normalement. Elle l'interrogea inévitablement sur le pourquoi de ces potions mais fut vertement envoyée sous les roses.
Seulement, il est des circonstances où on est obligé d'en dire plus qu'on ne l'aurait voulu.
C'était une de ces nuits où Kécile ne prenait pas de potion pour dormir et jetait soigneusement un sort de silence autour d'elle. Il y avait quelque chose de morbide dans cette attente du cauchemar. Elle ne s'en révoltait pas, elle ne s'en plaignait pas. Elle trouvait cela normal. Et elle voulait affronter cela toute seule. Personne ne devait l'aider, personne ne pouvait l'aider. Ce dont elle n'avait pas conscience , c'était que certaines personnes voulaient l'aider.
Tous les cauchemars commencent de la même manière: sans qu'on s'en aperçoive. Le rêve apparemment banal glisse peu à peu vers des signes qui nous sont familiers et on sait alors où ils vont nous mener. On devrait pouvoir se réveiller à ce moment, avant que tout ne dérape. Mais cela se passe rarement ainsi.
Son rêve avait commencé aussi "normalement" que Kécile pouvait rêver. Elle vivait une étrange séance d'entraînement au duel, en plein air, très semblable à la semaine qu'elle avait passée avec les autres mangemorts durant les vacances d'été. Son adversaire était Bellatrix, contre qui elle peinait à se défendre. Celle-ci était de plus en plus offensive, et elle sentait qu'elle allait perdre. Mais curieusement, cela lui faisait peur, et elle s'accrochait au duel comme si sa vie en dépendait. Un sort de mort fusa vers elle par la droite, et elle l'évita de justesse. Quelqu'un la bouscula violemment. Elle se tourna: c'était un mangemort vêtu de sa cape et de son masque. Pourquoi portait-il cette tenue maintenant?La voix de Severus sortit de derrière la masque d'argent à la fois agacée et inquiète: "Ne restez pas là!" Un nouveau sort fusa vers eux. Elle se retourna vers Bellatrix. Mais ce n'était plus elle. C'était un homme au physique effrayant, agile dans la bataille malgré une jambe de bois, un oeil magique roulant constamment dans son orbite et surveillant tout sort qui arriverait par derrière ou par le côté, son visage couturé de cicatrices profondes, et du sang coulant depuis le haut de son front d'une vilaine coupure. Kécile était paralysée. Que faisait-elle ici? Où était Bellatrix? Le sorcier l'attaqua, cependant, Severus s'interposa et lui ordonna à nouveau de partir. Elle obéit à l'aveuglette, trébuchant sur des corps sans vie, glissant sur des mares de sang. Les maisons autour d'elle n'étaient plus qu'une multitude de brasiers et la chaleur devenait insupportable. La terreur l'envahissait lentement mais sûrement. Tout était brouillé dans une teinte rouge, orange, et l'odeur du sang commençait à lui faire tourner la tête. Elle s'éloignait peu à peu du coeur de la bataille. Mais les cris ne faiblissaient pas. Ils se transformaient même en hurlements de plus en plus déchirants. Kécile s'arrêta, les jambes flageolantes. Elle devait trouver un moyen de sortir de ce cauchemar! Elle voulait appeler à l'aide, mais sa gorge était trop sèche pour produire le moindre son. Les hurlements devenaient de plus en plus perçants, et se mêlaient de suppliques et de pleurs qui lui donnaient la chair de poule.
Le Seigneur des Ténèbres apparut soudain devant elle, la faisant reculer brutalement de plusieurs pas. Il jeta à ses pieds une enfant au corps meurtri qui gémissait doucement. Elle se figea d'horreur. Pourquoi s'en prenait-il à cette gamine? Elle avait peut-être deux ans de moins qu'elle! Elle imagina les mangemorts tuer des enfants, peut-être même des bébés, tous innocents.
" Ne sont-ce pas des moldus? l'interrogea sa conscience.
- Ça n'a rien avoir!
- Et pourquoi donc? N'as tu pas décidé de débarrasser le monde sorciers des moldus?
- Pas de cette manière! Pas dans ce carnage!
- Comment voulais-tu que cela se fasse?
- Je ne sais pas! Je ne sais plus! Je veux juste que ça s'arrête!
- Tu t'es engagée, Kécile! Tu ne pourras pas faire demi-tour comme ça. Tu ne peux plus reculer maintenant, à moins de mourir toi-même. Ce soir, tu dois aller jusqu'au bout. Et alors peut-être que demain, tu pourras te battre pour la bonne cause.
- Quelle est-elle?
- C'est à toi de le déterminer. Demain, tu pourras peut-être te faire ta propre opinion sur ce que tu appelais la "Grande Cause", Kécile "
La voix se tut. Et Kécile aurait voulu ressasser ses propos, mais le Seigneur des Ténèbres lui donna cet ordre brutal, en désignant le corps étendu à ses pieds.
- Tue la.
Elle ne pouvait pas faire ça! N'est-ce pas? Sa conscience restait silencieuse. Mais elle n'en avait pas le droit! C'était une fille plus jeune qu'elle! C'était impossible!
Sa panique fut interrompue par un violent doloris qui la fit s'effondrer au sol en hurlant. Sa gorge asséchée semblait se déchirer, ses poumons étaient en feu et la douleur qui traversait chaque muscle de son corps en vagues successives lui secouait le corps de violents tremblements convulsifs. Elle avait l'impression que ses veines avaient doublé de volume et que des torrents de lave s'y écoulaient. Il fallait que ça cesse! Elle n'en pouvait plus! Elle allait devenir folle...
Quelque chose de glacé fut répandu sur son visage et elle ouvrit brusquement les yeux sans comprendre ce qui se passait, encore sous l'emprise de la douleur du doloris.
« Est-ce que ça va? lui demanda une voix inquiète»
Elle ne répondit pas, complètement déboussolée. Peu à peu, elle comprenait, que tout ça n'était encore qu'un cauchemar. Et que quelqu'un l'avait réveillé. Comment était-ce possible?
- Dis, Kécile, je peux aller chercher l'infirmière, si tu veux, reprit la voix, ou le professeur McGonagall.
- Non, ça va aller, bégaya Kécile en se redressant. Mais elle sentit alors la personne qui l'avait réveiller la secouer un peu brusquement.
- Et!oh! Kécile! Tu m'entends?
Kécile avait amorcer un mouvement de panique vers sa baguette pour se défendre, mais son regard s'arrêta à la lueur d'une autre baguette: c'était Hermione. Bien sûr qu'elle ne pouvait pas l'entendre! Elle attrapa sa propre baguette et leva le sortilège de silence.
- C'est bon, je vais bien.
- Tu as jeté un sort de silence, n'est ce pas? C'est pour ça que je n'entendait rien alors que tu te tordais de douleur? Qu'est-ce qui t'es arrivé?
- Cauchemar.
Hermione lui tendit un verre d'eau qu'elle accepta avec gratitude.
- Comment se fait-il que tu m'ais réveillé si tu ne m'entendais pas? Les autres ne sont pas réveillées?
- Je me suis levée pour aller aux toilettes, et j'ai vu les rideaux de ton lit bouger anormalement. Quand je les ai tirés, je t'ai vu... je ne sais pas comment te décrire ça, on aurait dit qu'on te torturait. J'ai eu peur et j'ai voulu te réveiller. Mais je n'y parvenais pas. J'avais beau te secouer, tu ne sortais pas de ton cauchemar, et en plus c'était vraiment terrifiant d'avoir cette impression que tu hurlais, mais de ne rien entendre. Alors j'ai fini par te verser de l'eau sur le visage. Je suis désolée, je n'ai pas trouvée d'autre solution. Tu m'as vraiment fait peur.
- Ce n'est rien. Merci. Mais bon, il ne fallait pas trop t'inquiéter, j'aurais fini par me réveiller toute seule.
- Tu veux dire que... tu fais ces cauchemars souvent?
- Toutes les nuits où je ne prends pas la potion de sommeil sans rêve. "
Et Kécile se leva et alla sous la douche pour couper court à la conversation.
Mais lorsqu'elle descendit un moment après dans la salle commune, elle ne s'attendait pas à trouver Hermione assise sur un fauteuil près du feu.
- Qu'est-ce que tu fais là? Pourquoi n'es-tu pas retournée de te coucher?
- Je voulais te poser des questions.
- Écoute, Hermione, je sais que après donner les réponses c'est ton activité favorite. Mais moi, vois-tu, j'ai horreur d'y répondre.
- Surtout quand elles parlent de toi, n'est-ce pas?
- Oui.
- Kécile, tu te rends bien compte que faire des cauchemars comme ça n'est pas normal. Tu en as parlé à quelqu'un?
- Je sais que ce n'est pas normal, mais je ne crois pas non plus être une fille normale. Et non, je n'en parlerai à personne, et certainement pas à toi.
- Pourquoi es-tu aussi secrète? On ne sait rien de toi, hormis que tu t'appelles Kécile Gaunt et que tu sembles avoir une connaissance bien plus étendue de la magie qu'aucun d'entre nous.
Harry et Ron se demandent pourquoi tu n'es pas à Serpentard.
- T'inquiète, je me pose la même question! grogna Kécile.
- C'est pour ça que tu es aussi distante avec nous? Tu ne sembles pas plus proche avec les serpentard, pourtant.
- Non, en effet.
- Mais pourquoi?
- Hermione, s'exclama Kécile, agacée, je vais te redire ce que je t'ai dit il y a quelques semaines: il y a des choses qu'il vaut mieux ignorer.
- Et on ne peut pas t'aider?
- Non, Hermione, vous ne pouvez pas m'aider. Personne ne le peut.»
Malheureusement, cette idée, semblait particulièrement difficile à comprendre.
Un soir, alors que Kécile lisait dans la salle commune, le professeur McGonagall vint la chercher en lui annonçant que le directeur voulait la voir. Elle était perplexe... pourquoi Dumbledore voudrait-il la voir, maintenant?
Lorsqu'elle entra dans le bureau en laissant à la porte sa directrice de maison, elle commençait à s'inquiéter, se demandant si Dumbledore n'avait pas décidé de prendre en compte le fait qu'elle était la fille du Seigneur des Ténèbres. Ou bien, Severus lui avait raconté ce qui c'était passé cet été, et il avait décidé que sa place n'était plus à Poudlard... mais peut-être à Azkaban!
Le directeur n'était pas là. Elle s'assit dans un fauteuil et attendit.
Depuis que Kécile savait qu'elle était découverte, elle s'était plusieurs fois demandée pourquoi Dumbledore semblait lui faire conscience. Elle avait compris qu'il avait en fait toujours été au courant de sa réelle identité, et restait perplexe au sujet de ce qui avait pu l'inciter à la laisser entrer à Poudlard. Depuis qu'elle avait surpris cette fameuse conversation au mois de juin, elle avait beaucoup réfléchi aux propos de Dumbledore: il avait de manière habile paru convaincu du mensonge qui avait été construit autour d'elle et s'en était servi pour tenter de lui ouvrir les yeux.
Mais il n'y était pas parvenu, songeait amèrement Kécile. Elle n'avait ouvert les yeux que ce fatal soir où elle était devenue une meurtrière. Comme à chaque fois qu'elle y pensait, son coeur se souleva. Et ce qui l'écoeurait peut-être le plus, c'était aussi qu'elle n'était pas capable de faire un choix. Elle sentait que ces massacres auxquels elle avait assistés étaient des non-sens abominables, mais elle continuait à éprouver du mépris pour les moldus. Et surtout cette question qui au-delà son sentiment de culpabilité, revenait sans cesse: que devait-elle faire?
Elle était horrifiée par ces actions menées par les mangemorts, malade à en avoir la nausée à l'idée d'y assister à nouveau, mais elle savait qu'elle n'aurait pas le courage de s'opposer à son père. Et elle ne pouvait même pas dire avec certitude qu'elle ne partageait plus les opinions du Seigneur des Ténèbres. Peut-être était-elle juste opposée à sa méthode?...
" Je crois surtout que tu as peur de faire tes propres choix!" se dit-elle avec un sentiment de mépris envers elle -même de plus en plus profond. C'est pourtant ce que lui criait de faire sa conscience. Une conscience qui, dans ses cauchemars, se manifestait de plus en plus souvent, avec une voix qui lui rappelait Dumbledore. Et elle sentait vaguement que faire ses propres choix, décider enfin de s'opposer ou non à son Père apaiserait ces cauchemars.
- Je m'excuse de t'avoir fait attendre, s'éleva soudain la voix du directeur.
Elle leva les yeux pour le voir entrer, un magnifique phénix sur l'épaule. Elle fut aussitôt hypnotisée par l'oiseau. Sa chaude couleur rouge aux reflets dorée l'attirait, mais elle n'osait pas faire un mouvement, comme si elle craignait qu'il ne s'enfuit. Lui la fixa d'un oeil impénétrable.
- Il s'appelle Fumsec.
- Il est... fascinant.
Dumbledore hocha la tête et s'assit.
" Du thé?
Kécile, un peu surprise, acquiesça.
- Un bonbon au citron?
- Euh... Son expression perplexe fit sourire Dumbledore.
- Rassurez-vous, ils ne sont pas empoisonnés!"
Elle finit par accepter le bonbon d'un geste hésitant et lança un regard confus au directeur. A quoi cela rimait-il?
- Bien, maintenant que nous sommes installés, je veux m'excuser, Miss Gaunt, de la manière dont je vous ai abandonné l'an passé."
Alors là, elle ne comprenait plus rien du tout!
- La fin de l'année a été chargé, poursuivit Dumbledore sans prêter attention au trouble de son élève. Je me suis beaucoup absenté, et je n'ai pas pris le temps de vous revoir après le mois d'avril.
- Ah!... comprit enfin Kécile. Ce... Ce n'est vraiment rien.
- Je suppose que vous avez largement eu le temps de réfléchir à tout ce que nous avons dit l'an passé. Quelle est votre opinion?
-... Je n'en ai plus. avoua Kécile, piteuse.
- Qu'est-ce qui a ainsi tout balayé?
Elle ne répondit pas. De toute manière, il connaissait déjà la réponse. Le silence s'installa entre eux. Dumbledore ne semblait pas vouloir le rompre. Il la fixait simplement d'un regard neutre, comme si cette conversation était normale. Kécile finit par demander avec hésitation:
- Monsieur... est-ce que , lorsqu'on croit en une cause, cela nous donne tous les droits pour la défendre?
- Non. Personne ne peut avoir tous les droits. Même pour la meilleure cause du monde.
- Pourquoi?
- Parce qu'on prend alors des choses qui ne nous appartiennent pas: la liberté, la vie ou la mort des autres. Et la meilleure cause du monde devient alors une infamie.
- Et qu'est-ce qui définit une cause bonne ou mauvaise?
- Notre conscience, répondit Dumbledore d'une voix grave. On peut pardonner aux hommes de se tromper. Pas de bafouer sa conscience. L'erreur est humaine. Et la conscience est ce qui nous différencie de l'animal ou du monstre.
Le silence tomba à nouveau. Kécile réfléchissait à ce que Dumbledore venait de dire. Elle finit par poser la question qui la perturbait:
- Doit-on risquer sa vie pour suivre sa conscience?
- Cette question n'a jamais été résolue, soupira Dumbledore. En théorie, oui. Mais la réalité est bien plus complexe. Peu de gens ont suffisamment de courage pour suivre leur conscience même si cela doit leur coûter la vie. Et peut-on reprocher le manque de courage? Peut-on reprocher d'avoir peur de la mort?
- Alors... comment....
- Alors, c'est à chacun de faire ses propres choix.
- Je n'arrive pas à choisir. Je suis désolée.
- Je comprends.
-... C'est lâche, n'est-ce pas, de ne pas choisir?...
- Tu as 12 ans, Kécile. tu as la vie devant toi pour choisir.
- A 12 ans, on peut déjà avoir fait de graves erreurs.
Dumbledore hocha doucement la tête.
- Non, dit-il tristement. On subit les erreurs des autres. "
Kécile retournait à la tour des Gryffondors, plongée dans le doute le plus complet, et perplexe quant à la vérité des dernières paroles de Dumbledore. Elle ne pouvait pas envisager ne pas être responsable de son crime. C'était incompréhensible. Mais d'un autre côté... Dumbledore savait tout. Elle en était certaine. Severus avait assisté au sinistre spectacle, et le lui avait rapporté: trop de signes le montraient. Kécile n'était pas dupe quant à l'orientation de la conversation... bien qu'elle ne s'attendait pas à ce type de discours. Il ne semblait pas la juger, il semblait ne pas la tenir responsable! C'était une folie. Mais il cherchait à la guider. Il voulait l'aider... Et peut-être parce que lui savait tout, parce qu'il ne la jugeait pas, parce qu'il lui donnait sa confiance en lui permettant de rester à Poudlard, elle ressentait... de la gratitude. De la reconnaissance.
- Il est temps de tuer...
- Que... Quoi? Qui est-là?
- depuis longtemps... l'odeur du sang...
"ça s'éloigne!" réalisa Kécile. elle tendit à nouveau l'oreille, mais l'étrange voix avait disparue.
" Ou bien, c'est quelqu'un parlant le fourchelangue qui était près de moi contre le mur, mais invisible... hum... c'est peu probable...cette voix n'a rien d'humaine, et puis les personnes parlant fourchelangue, ça ne court pas les couloirs de Poudlard... ou alors un serpent qui se balade... dans les murs?! Encore plus improbable!" Elle resta un moment, indécise au milieu du couloir avant de hausser les épaules et de retourner dans la tour. Et elle oublia vite la voix.
Car cette nuit-là, son cauchemar fut un peu différent des autres... Dumbledore vint la chercher sur le champs de bataille pour lui proposer de s'enfuir, d'échapper à ce qui allait se passer ensuite. Elle hésitait, elle allait peut-être le suivre, mais le Seigneur des Ténèbres apparut, dissipant la rassurante présence de Dumbledore, et laissant place à une nouvelle vague de terreur. Elle se réveilla comme toujours au moment tragique où elle voyait le corps sans vie de sa victime, en sueur et tremblante.
Un peu plus tard, sur son éternel fauteuil près du feu, elle songeait à son cauchemar et à Dumbledore. Les bras enserrés autour de ses genoux dans un geste vain de protection, elle essayait de comprendre la curieuse sensation qui l'avait envahi en le voyant dans son rêve...
C'était toujours sa conscience, qui prenait de plus en plus le visage du vieil homme, qui lui soufflait de le suivre, de lui faire confiance. Mais elle avait peur. Peur de faire confiance à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Peur de s'opposer à son Père. Peur de perdre tous ses repères.
Elle enfouit son visage dans ses genoux avec un gémissement sourd. Elle n'y arrivait pas. Elle ne parvenait pas à prendre la bonne décision, celle dictée par sa conscience. La peur était la plus forte. Le Seigneur des Ténèbres avait gagné. Elle restait.
"Pardon.."
J'attends vos commentaires avec impatience... C'est souvent très instructif, et ça encourage. A la semaine prochaine!
