Un grand merci à Léa, Louwyn et Aralicia qui m'ont aidé à trouver cette salle de Gryffondor. Du coup, ces idées seront peut-être exploitées plus tard dans l'Histoire. Pour l'instant, je reste à quelque chose de vague dans le texte, mais ça l'est beaucoup moins dans ma tête!lol!

Harry commence enfin à apparâitre un tout petit peu dans ce chapitre. ça ira crescendo au fil de l'histoire.


Chapitre XV: Esprits troublés

Deux coups brefs et sonores furent frappés à la porte. Il savait qui c'était.

" Entrez!" sa voix était très calme, comme inconsciente du drame qui se jouait.

Lorsque Severus pénétra dans la pièce, il sut pourtant immédiatement que quelque chose de grave s'était passé: son professeur portait un masque de froideur et d'indifférence auquel il associait depuis longtemps un état de grande agitation ou de souffrance.

" Bonsoir, Severus. Asseyez-vous. Je vois que les nouvelles ne sont pas bonnes...

- Non, monsieur le directeur, elles sont mêmes très mauvaises, répondit Severus sèchement.

- Je vous écoute.

- Le Seigneur des Ténèbres a ordonné à Kécile de vous tuer avant la fin de l'année scolaire, annonça-t-il de but en blanc

-Ah...

Dumbledore ne semblait ni surpris ni choqué. Il vit en revanche la mâchoire de son professeur se crisper avant qu'il ne demande d'une voix sifflante:

- C'est tout l'effet que cela vous fait?

- Je ne peux pas dire, Severus que je ne m'attendais pas à ce que Voldemort le demande un jour à sa fille. Je ne pensais simplement pas que ce serait aussi tôt.

- Et qu'allez-vous faire?

- Rien, Severus. Je ne peux rien faire. C'est exactement comme l'an passé pour la pierre philosophale.

- A la différence, souligna Severus, que l'an passé, je n'avais reçu aucun ordre pour aider Quirell. Cette fois-ci, je dois seconder Kécile!

- Et bien faîtes-le.

- Mais vous avez perdu la tête!

- Pas du tout. Il n'y a de toute manière pas d'autre solution. Si elle vous demande de l'aide, donnez-la lui. Nous serons ainsi en mesure d'intervenir à temps.

- Vous prenez des risques inconsidérés!

- Je ne crois pas Severus. Les risques seraient bien plus grands si vous vous révéliez maintenant.

- Je ne...

- Severus, coupa Dumbledore, une fois de plus, faîtes moi confiance, s'il vous plaît.

Severus eut un soupir agacé et jeta un regard noir au directeur, mais celui-ci savait qu'il avait gagné... pour l'instant.

- Je pense qu'il est beaucoup plus important pour l'instant de s'occuper de la menace qui plane toujours sur les élèves. Si nous n'interrompons pas ses attaques, le ministère va finir par s'en mêler. Je ne veux pas qu'un innocent soit à nouveau arrêté, et nous ne pouvons attendre qu'un nouvel élève meurt pour agir.

- Kécile n'est définitivement pas dans vos suspects?

- Non. Néanmoins, interrogez-là. Je sais qu'elle ne m'a pas tout dit lorsque je l'ai convoquée dans mon bureau.

- Elle était sur la défensive. Elle l'est toujours en votre présence.

- Je crois avoir réussi si ce n'est à gagner ma confiance, du moins à ne plus lui faire peur. Elle m'a dit ne pas parler le fourchelangue. Cependant, Voldemort le parle, lui. Elle m'a dit "l'avoir entendu suffisamment souvent pour le reconnaître". Je suis sceptique. Ce don se transmet généralement de génération en génération. Que savez-vous à ce sujet?

- Rien. Elle ne semble guère apprécier Nagini qui le lui rend bien. Et les serpents ne sont pas si courant au manoir qu'elle puisse leur faire la conversation! Je ne peux vous apporter aucune certitude. J'essaierai d'en savoir plus. Mais je ne vous promets rien. Kécile est assez distante avec moi depuis cet été.

- Elle l'est avec tout le monde depuis...

- Non, coupa Severus, les sourcils froncés. Elle a commencé à m'éviter avant. Depuis... depuis le moment où nous avons commencé à l'entraîner aux duels.

- Une explication?

Rogue secoua la tête.

- Très bien, soupira Dumbledore. Faîtes pour le mieux , Severus. En l'aidant dans ses projets, vous parviendrez certainement à l'amener à se confier.

- Etes-vous certain de ce que vous voulez que je fasse?

- Certain.

- Vous rendez-...

- Severus, coupa le directeur d'une voix autoritaire. Je sais ce que je fais.

Il y eut un silence tendu dans la pièce. Rogue avait bonne envie de se rebeller, mais le ton employé par son mentor l'incitait contre son gré à obéir.

- Très bien, finit-il par lâcher les dents serrées.

Il avait la main sur la poignée de la porte, lorsque Dumbledore ajouta d'un ton plus doux:

- Je vous fais confiance, Severus.

L'intéressé ne se retourna pas mais eut un reniflement de dédain avant de quitter le bureau. La porte se referma en un claquement sec derrière lui.

Près du bureau, Fumseck piailla doucement. Dumbledore alla le caresser et murmura.

" Oui. Il est contrarié. Et je sais que je lui demande beaucoup.

Fumseck lui mordilla affectueusement les doigts. Et Dumbledore eut un sourire que personne d'autre que l'oiseau ne vit.

- Il le niera de toutes ses forces, mais il s'inquiète pour moi!"

Seulement, Severus s'inquiétait aussi pour Kécile.

Oui, il était glacé rien qu'à l'idée d'être responsable de près ou de loin de la mort de son mentor, et aurait préféré beaucoup de choses plutôt que d'aider Kécile dans son objectif. Et il en voulait à Dumbledore de se montrer si insouciant envers sa sécurité. Il détestait cette manie du vieillard de faire confiance aussi facilement! Il détestait cet apparent manque de sérieux! Il détestait son ascendant sur lui! Il détestait ne rien pouvoir lui refuser! Il détestait le voir prendre des risques! Il.... était entrain de vitupérer contre son mentor. C'était parfaitement inutile. Il s'inquiétait pour... et bien oui! Quoi?! il s'inquiétait pour Dumbledore! Était-ce nouveau?! Et quand on voyait comment celui-ci se comportait, il avait des raisons!

Severus souffla bruyamment pour se calmer. Tempêter tant est plus contre son directeur ne servait à rien, si ce n'est à amuser ce dernier. Ou le mettre en colère. Et Severus voulait éviter à tout prix la colère de son mentor.

Il allait donc une fois de plus obéir et tâcher de voir ce qu'il pouvait obtenir de Kécile. Le silence dans lequel la petite fille se murait depuis la rentrée le préoccupait. Ce qui l'agaçait le plus, s'était de ne pas arriver à déterminer exactement la cause de ce silence. Le choc de cet été?... En grande partie probablement. Mais il aurait souhaité qu'elle vienne lui en parler. Stop!! Depuis quand, Severus Rogue, chauve-souris des cachots de Poudlard avait-il vocation à jouer les psychologues? C'était le rôle de Dumbledore, pas le sien!

"Oui, lui souffla cette enquiquineuse présence dénommée conscience, sauf que Dumbledore n'a pas toute les clés en mains, que tu ne peux pas les lui donner et que tu es bien content d'avoir cette excuse...

- La paix! Les révélations que j'ai faites à Kécile ne sont pas responsables de ses cinq derniers mois de vie d'ermite ni de ses cauchemars."

Il était bien placé pour savoir ce qu'une telle réaction signifiait. Le réveil de cette foutue voix qui faisait valoir son point de vue aux moments les plus inopportuns était généralement douloureux et amer. En son temps, sans l'aide précieuse de Dumbledore, il aurait totalement coulé à ce moment-là... Il avait pourtant été envoyé à Serpentard, lui. Il était pourtant un maître de l'occlumencie. Et il n'avait pas le même âge que Kécile. Et cependant, sans Dumbledore, il n'aurait pas résisté au choc. Alors il considérait, aux vues des engagements qu'il avait pris, être en droit (ou plutôt en devoir) de s'inquiéter. En cinq mois, la gamine aurait dû décider de quel côté elle voulait être. Or, Severus n'était sûr de rien. L'attitude de Kécile indiquait l'appréhension, la peur, le doute, mais aucune conviction dans un sens ni dans l'autre.

D'autant que Dumbledore avait fait ce qu'il fallait depuis l'an passé pour installer ce doute, avec ses soi-disantes leçons! Il serra sans s'en rendre compte les poings. Ah, ça! Il fallait lui faire confiance pour "profiter de la situation"! Si Dumbledore était très doué dans une chose, c'était très certainement la manipulation des gens. Et il en résultait que toutes les convictions de la gamine s'en allaient à vau-l'eau.

Que par dessus le marché, Kécile ait dû mal à gérer les récentes révélations qu'il lui avait faites, ne faisait aucun doute, et la poussait un peu plus encore dans le trouble.

Si Severus avait été honnête avec lui-même, il se serait dit que l'incertitude de Kécile était dans un sens une bonne chose, puisqu'elle ne s'était pas rangée définitivement du côté de son père, et il aurait dû reconnaître que Dumbledore était le seul à pouvoir faire changer ses opinions. Mais voilà. La douloureuse expérience de la fillette lui rappelait trop sa propre expérience pour ne pas être un sujet sensible; il était remonté contre son mentor qui n'avait aucun scrupule à infliger cette épreuve à Kécile, qui ne prenait pas en compte les risques que cette instabilité impliquait, et il avait tout, sauf envie d'être honnête avec lui-même!

Ce vendredi après-midi, à la fin du cours de potions que Rogue avait supporté en compagnie des gryffondors et des Serpentard (franchement, quand est-ce que Dumbleodre cesserait de s'obstiner à rassembler ses deux classes?!), il ordonna à Kécile de rester à la fin du cours. Lorsque tous les élèves eurent quitté la salle, il lui donna rendez-vous ce soir même pour 20 heures dans ses appartements.

A la sortie de la salle, Kécile eut la surprise de trouver Potter et Weasley qui l'attendaient. Devant ses sourcils haussés, Potter marmonna:

" On voulait simplement s'assurer qu'il ne t'arrive rien.

- Pardon? Ses sourcils montèrent encore plus haut si c'était possible.

- Qu'est-ce qu'il te voulait, Rogue, interrogea Weasley.

- Rassure-toi, pas me manger, répondit Kécile narquoise en avançant dans le couloir.

- Il ne t'a pas collé de retenue?!

- Non. Il voulait simplement me faire un commentaire sur ma potion, mentit Kécile.

- Et il attend que tout le monde soit sorti pour le faire? C'est pas son genre!

- Ouais, dès qu'il peut humilier quelqu'un!

- Qui te dit que c'était pour me critiquer? demanda Kécile avec un sourire moqueur. Moi, je ne ratte pas mes potions!

Potter dût se sentir viser parce qu'il grogna entre ses dents:

- Oh! ça va! Je sais que je suis nul en potion...

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, coupa Kécile. Tu réussirais probablement un peu mieux si Rogue n'était pas sans arrêter sur ton dos. Non, en réalité, je me demandais simplement où est Hermione.

Les deux garçons eurent l'air tout d'un coup embarrassés.

- Elle est malade, finit par répondre Ron.

- Votre petite expérience a mal tourné? demanda Kécile ironique.

Il fut amusant de constater comment Weasley rougissait à vue d'oeil, alors que Potter devenait blanc comme un linge.

- Qu'est-ce que...

- Votre potion n'était pas correctement préparée, apparemment...

- Mais comment tu es au courant?

- Harry! Les toilettes de Mimi Geignarde ne sont pas le laboratoire idéal par les temps qui courent! Alors? Qu'est-ce qui s'est passé? reprit-elle d'un ton inquisiteur.

- Elle s'est trompée au dernier moment. Elle a mis un poil de chat dans son gobelet en croyant que c'était un cheveu... avoua Ron, dépité.

Kécile éclata de rire.

- Inutile d'en dire plus! Je vois le tableau d'ici. Elle avait une queue, des oreilles et une moustache? s'enquit-elle avec curiosité.

Harry hocha la tête.

- Géniale! J'ai de quoi la faire taire jusqu'à la fin de l'année au moins!s'exclama-t-elle avec un grand sourire. Au fait, reprit-elle plus sérieusement, mais sans se départir de son sourire moqueur. Et que vous a révélé d'intéressant Mr Malfoy à mon sujet?

Les deux garçons restèrent interloqués un moment avant que Ron ne demande, soufflé:

- Mais comment tu sais tout ça?

- Un manque de discrétion de votre part, peut-être?! Alors? Je suis curieuse de savoir ce que Drago pense de moi.

- Pas du bien, ça s'est certain, mais il parlait surtout par allusion...

- Ouais! Goyle et Crabbe devaient déjà être au courant, et apparemment, il n'avait pas envie que toute la salle commune entende ce qu'il disait. On n'a pas tout compris.

- Comme par exemple? insista Kécile.

- Lui aussi se demande si tu n'es pas mêlée à l'affaire.

- Alors ce n'est pas lui, l'Héritier de Serpentard? s'exclama Kécile goguenarde.

- Faut croire que non... répondit piteusement Ron.

- Et qu'est-ce qui peut faire penser à Mr Malfoy que je suis mêlée à cette histoire?

- Il nous a dit que son père lui avait formellement interdit d'intervenir, et de laisser faire l'Héritier. Il a ajouté ensuite: "je me demande si Kécile a reçu le même ordre"

- Il a dit aussi que sans ton envoi à Gryffondor, il aurait parier que c'est toi qui a ouvert la Chambre. Il semble croire que tu parles fourchelangue.

- Il n'a pas l'air de te porter dans son coeur...

- Ouais! Il te considère comme traître à ton sang.

- Comme c'est étonnant!

- Mais il a aussi l'air d'avoir peur de toi... ajouta Potter. Son père lui a interdit de s'en prendre à toi, que ça pourrait leur coûter cher.

- Ça veut dire quoi?

- Beaucoup de choses, Ron. Rien d'autre?

- A ton sujet non.

- Bien, Malfoy n' a pas été trop indiscret... Et que sait-il de la Chambre des Secrets?

- Il a l'air de croire que son père a des informations.

- D'après les propos qu'il nous a rapporté, on peut même se demander si Malfoy père ne sait pas qui a ouvert la Chambre.

- Vraiment?

-Hum... C'est ce qu'a conclu Hermione quand on lui a raconté toute la conversation, en tout cas.

- Mais ça n'empêche que Malfoy ne sait rien; son père n'a rien voulu lui dire.

Kécile resta un moment les sourcils froncés avant de dire lentement:

-Ça peut signifier beaucoup de choses, si Lucius sait qui a ouvert la Chambre... surtout après ce que Père m'a dit à Noël...

- Qu'est ce qu'il t' a dit, ton père? interrogea Potter avec curiosité.

- Rien qui ne puisse vous éclairer! répondit Kécile d'un ton sec avant de s'éloigner à pas vifs.

- Eh! Non mais! Attends! Tu trouves pas que t'es un peu gonflée?! s'insurgea Ron en la rattrapant par le bras. On te donne des tas d'informations et toi, une fois que tu as obtenu ce que tu veux, tu te tires! C'est un peu trop facile!

- Depuis le temps, tu devrais savoir que c'est comme ça que je fonctionne.

- Tu pourrais au moins nous dire ce que tu as compris et qui tu soupçonnes! s'exclama Harry.

- Pour l'instant, je ne fais aucune conclusion. Et je ne soupçonne personne. Je ne suis pas comme certains à faire des conclusions hâtives, et j'ai besoin de temps pour réfléchir. Maintenant, vous m'excuserez, mais je n'ai pas ma soirée à vous consacrer.

Et Kécile fit demi tour sans plus se préoccuper d'eux.

Ron, perplexe, demanda:

- Tu crois que quelqu'un a lancé un sortilège de confusion au Choixpeau magique pour qu'il l'envoie à Gryffondor?

***

A vingt heures précises, Kécile frappa à la porte des appartements de son professeur de potions.

Rares étaient les élèves qui connaissaient l'antre de la "chauve-souris des cachots", et encore plus rares, ceux qui ne s'y rendaient pas sans trembler.

Kécile n'envisageait pas non plus avec sérénité de se retrouver face au mangemort. Trop de choses s'étaient passées ces derniers temps pour qu'elle soit aussi à l'aise qu'avant avec son professeur. Mais elle prit une mine décontractée et son rôle de Princesse.

Severus vint lui ouvrir, le masque impénétrable en place sur son visage. Kécile songea qu'il cachait décidément bien son jeu.

Elle s'avança dans le salon et s'assit sur un fauteuil. Sur la table basse en face d'elle, elle avisa un gros volume en cuir intitulé "Les ingrédients secrets des grands Maîtres". Avec un sourire, elle le prit et feuilleta les pages jaunies. Severus la laissa faire. Elle finit par demander d'un ton anodin:

- Il y a des choses intéressantes?

- Oui...

- Il existe donc des ingrédients secrets?

- Quelques uns qui restent de la légende, d'autres d'emploi de prime abord incongru. Surtout des utilisations particulières.

Elle reposa le volume avant de constater:

- Je me demande d'où vient cette rumeur qui veut que vous ayez toujours désiré le porte de Défense contre les forces du Mal... quand on connaît votre passion pour les potions!

- C'est pourtant la vérité. L'art des potions est trop subtil pour être enseigné à une bande d'imbéciles qui n'en a pour la plupart rien à faire. Enseigner cette matière n'est pas une sinécure! Je crois que la Défense Contre les Forces du Mal apporte plus de satisfaction, autant que l'enseignement peut en apporter, bien sûr....

Kécile eut une moue dubitative. De toute manière, Severus n'avait pas la fibre pédagogique. Elle reconnaissait qu'il lui avait appris beaucoup de choses, mais en toute modestie, entre apprendre à préparer des potion ou lancer des sorts complexes à une élève douée, et tenter de faire rentrer dans des caboches entêtés comment préparer une potion contre les furoncles ou différencier les caméléons des morphorepti, il y a une marge! Elle préféra cependant ne pas insister et demanda plutôt:

- Vous avez une idée de l'auteur de toutes ces agressions?

- Non... répondit Severus. Le directeur, les autres professeurs et moi n'avons aucune piste sérieuse. Dumbledore en est à se renseigner sur les descendants de Serpentard pour voir si l'un d'entre eux se trouve actuellement à Poudlard.

Kécile fronça les sourcils, mais ne fit aucun commentaire.

" Bon sang, pesta intérieurement, Severus, qu'attendez-vous pour me dire que c'est vous et le Seigneur des Ténèbres qui l'êtes? Quoique Dumbledore n'en est pas sûr, ses intuitions sont généralement bonnes..."

Il se résigna à l'interroger directement.

- Je serais curieux de savoir si vous, vous avez une idée de l'identité de l'Héritier.

- Pas la moindre! J'ai beau éplucher toute la liste des élèves, serpentards ou non, aucun ne me semble crédible, et certainement pas Potter, ajouta-t-elle avec une moue méprisante.

Severus eut une exclamation dédaigneuse.

- En tout cas, c'est un beau coup! Le véritable coupable doit bien s'amuser! En dehors de toute attaque, que le Golden Boy soit accusé par l'opinion générale est certainement une satisfaction en soit.

- Hum... cela signifierait que l'Héritier est ennemi de Potter. Je ne crois pas que celui-ci est quelque chose à voir dans l'affaire...

- C'est ce que pense Dumbledore. Pourtant, il parle Fourchelangue, répliqua Severus, décidé à jouer la mauvaise foi.

- Severus, je sais bien que vous détestez Potter et que vous seriez ravi de pouvoir le faire renvoyer, mais regardez les choses en face! Il est un pur produit des Gryffondors et est ami avec des sang de bourbe. Ça ne tient pas debout! Je ne le crois pas capable de se mettre tout d'un coup à défendre la cause des sang-purs alors que lui-même n'en est pas un, et être suffisamment sournois pour cacher son jeu et jouer ainsi l'innocent.

- Je vois que nous en arrivons à la même conclusion. Dommage que Dumbledore la partage aussi... ajouta Severus avec un sourire mauvais.

- Le directeur a beaucoup plus de raisons de me croire coupable.

- Pourquoi croyez-vous qu'il pourrait vous soupçonner?

- Oh! Je ne sais pas! répondit Kécile caustique. Le fait que je sois la fille du Seigneur des Ténèbres, que j'aurais dû être envoyée à Serpentard...

- Il ne le sait pas.

Kécile lui jeta un regard ironique.

- Voyez-vous, je crois que Dumbledore en sait beaucoup plus qu'il ne le peut de par lui-même.

Elle ne vit cependant pas une ombre d'inquiétude traverser le masque de son professeur, qui répondit d'un ton neutre:

- C'est malheureusement une habitude de Dumbledore de savoir plus de choses qu'il ne le doit. Mais puisque nous parlons du directeur, à ce sujet, qu'avez-vous l'intention de faire avec lui?

- J'imagine que c'est la raison de cette discussion?

Severus acquiesça.

- Le Seigneur des Ténèbres m'a ordonné de vous aider. Je suis donc là pour vous conseiller, d'autant que je connais bien mieux que vous votre cible. Il vous faut définir par quel moyen vous voulez l'éliminer.

- Je n'ai pas encore décidé, répondit Kécile d'un ton sec.

- Vous avez deux solutions: l'attaque frontale directe par la surprise ou le poison, plus vicieux.

"Attaque par surprise? songea Kécile. Tu parles!"

- Mais quelque soit votre décision, poursuivit Severus, vous n'aurez pas le droit à l'erreur. Une fois qu'il sera sur ses gardes, vous pourrez toujours courir pour le surprendre!

- Je sais tout cela, coupa Kécile. Et je n'ai pas l'intention de vous demander de l'aide. Je tiens à le faire seule, et je pense y parvenir sans vous. S'il se trouve, ajouta-t-elle que j'ai besoin d'ingrédients de potion, je vous les demanderai. Ce sera tout.

Et elle se leva, signifiant ainsi que la conversation étaient terminée.

Severus était frustré et alarmé. Frustré parce qu'il n'avait rien obtenu de plus que Dumbledore, alarmé parce que Kécile se méfiait de lui. Il n'avait pas manqué le ton plein de sous-entendu sur lequel elle avait dit" Dumbledore sait beaucoup plus de choses qu'il ne peut en savoir de par lui-même". Ajouté à cela le fait qu'elle refusait qu'il connaisse son plan pour tuer le directeur, il était persuadé qu'elle le considérait comme la source des informations de Dumbledore. Cela pouvait expliquer son éloignement. Mais dans ce cas, il ne comprenait en revanche pas pourquoi il était encore en vie... Si elle avait compris son vrai rôle, il ne pouvait croire qu'elle ne l'ait pas dénoncé.

Severus aurait apprécié être éclairé par Dumbledore, mais le directeur s'était absenté pour une durée indéterminée d'après Mcgonagall. Pestant contre l'inconscience de son directeur qui abandonnait le château en période de trouble, il dut prendre son mal en patience pendant une semaine.

Lorsqu'il revit son mentor, le visage fermé et fatigué du vieil homme lui apprit que les nouvelles n'étaient pas bonnes. Dumbledore l'écouta cependant attentivement lui relater tout son entretien avec Kécile et le laissa lui faire part de ses inquiétudes. Puis le silence s'installa. Il n'était interrompu que par le bruit soyeux de Fumseck lissant ses plumes sur son perchoir.

Enfin, sortant d'une intense réflexion, Dumbledore déclara:

- Il est fort probable en effet que Kécile est compris que vous êtes un espion. En fait, cela expliquerait pourquoi elle a brûlé son journal intime l'an passé.

- Mais...

- Mais elle ne vous a pas dénoncé. Pourquoi? Et bien, je crois que c'est parce que le Choixpeau a eu raison de l'envoyer à Gryffondor.

- Votre désir de voir le bien en tout le monde vous fait probablement oublier qu'à aucun moment de la conversation, Kécile n'a dit qu'elle n'avait pas l'intention de vous tuer, souligna Severus

- C'est un autre problème, et elle seule a les clés en main pour le résoudre. En attendant, continua Dumbledore avec un geste pour couper Severus qui avait voulu répliquer, j'ai trouvé des preuves cette semaine dans la descendance de Serpentard qui confirme que Tom Jedusor, autrement dit Voldemort, est bien l'Héritier de Serpentard. Néanmoins, je persiste à penser que Kécile n'est pas responsable des agressions qui ont eu lieu.

- Dumbledore! Soyez lucide un instant! Si ce n'est pas elle, qui...

- Qui, je crois le savoir depuis un moment. C'est surtout par quel moyen.

Severus resta interloqué avant de comprendre ce que voulait dire Dumbledore. Il laissa alors paraître sa confusion et sa perplexité.

- Vous croyez que... qu'il aurait pu ouvrir la chambre sans passer par Kécile? Mais comment?

Albus secoua la tête en signe d'ignorance. Cette hypothèse pouvait sembler fantaisiste. Il aurait été tellement plus simple d'accuser Kécile...

Celle-ci de son côté n'était pas en reste de ses réflexions.

Elle repensait à la conversation qu'elle avait eu à Noël avec son père. Sur le moment, elle n'avait pas prêté attention aux propos concernant la Chambre des Secrets. Elle avait été trop bouleversée par ce qui avait suivi. En revanche, avec un peu de recul, elle aurait dû être frappée par ce qu'il avait dit: "Les choses semblent bien marcher toutes seules"... Ajouté au fait que Lucius savait apparemment beaucoup de chose, sur ce qui se passait dans l'Ecole, pouvait-elle supposer que le Seigneur des Ténèbres était responsable de l'ouverture de la Chambre? Oui. Mais elle ne pouvait pas aller jusqu'à imaginer son Père libérant lui-même le monstre et inscrivant un message sur le mur du couloir du second étage... non, décidément pas. "Les choses semblent bien aller toutes seules"... comme une machine, un sort... mais on revenait toujours au même problème: qui pouvait servir de tierce personne au Seigneur des Ténèbres? Pas de Quirell en vue, personne susceptible de se voir confier une telle mission.

En faisant cette supposition, la première réaction de Kécile était de se demander pourquoi son père ne lui avait pas confié cette tâche, à elle, l'héritière de Serpentard. Mais un arrière goût amer dans la gorge lui rappela que le Seigneur des Ténèbres mettait cruellement en doute sa loyauté, et qu'en toute honnêteté, il avait raison de se méfier.

Au final, cependant, savoir que son Maître était derrière les attaques ne l'avançaient finalement pas beaucoup.

Elle songea un instant aux paroles de Dumbleodre:" Je vous demande de venir m'avertir si vous apprenez quoique ce soit. Même si cela ne vous semble pas très important."

Elle eut un sourire amer.

***

Début février arrivait. Avec le retour d'Hermione, et un nouvel incident... en apparence banal, mais Hermione et Kécile pressentaient que ça n'était pas aussi insignifiant. Intuition féminine?

A la grande satisfaction de Kécile, Potter et Granger semblaient considérer comme acquis que Kécile n'était pas l'héritière de Serpentard. Ce n'était pas l'avis de Weasley, mais la minorité a toujours tort... Sans être une amie ni même une camarade, Kécile s'intégrait parfois d'autorité au trio.

Hermione avait d'abord été paniquée d'apprendre que Kécile avait découvert leur plan et celle-ci prenait un malin plaisir à lui faire des sous-entendus douteux qui lui attirait les regards perplexes des autres Gryffondors. Puis, rapidement, l'intelligence et l'audace de la née-moldu avait attiré et amusé Kécile et inversement, l'attitude assurée et secrète de cette dernière éveillait la curiosité d'Hermione et était un défi à sa réflexion. Elle était bien décidée à comprendre les dessous de l'attitude de Kécile, et Kécile elle-même reconnaissait que fréquenter le trio pouvait lui apporter de nouveaux éléments.

Vous auriez demandé à la fille de Voldemort si elle appréciait un tant soi peu la compagnie des trois gryffondors, elle vous aurait répondu d'un ton sec qu'être opportuniste et apprécier n'avait rien à voire. Elle ne vous aurait cependant pas répondu un non catégorique...

Un soir dans la salle commune, Kécile vit le trio assemblé en une sorte de conciliabule. Lorsqu'elle s'approcha, elle entendit Harry expliquer à Hermione qu'ils avaient trouvé avec Ron quelque chose dans les toilettes de Mimi Geignarde. Elle tendit la tête pour voir qu'il s'agissait d'un carnet noir qui lui rappelait assez son éphémère journal intime. Les trois n'eurent aucune réaction en la voyant, si ce n'est lui faire un peu de place pour qu'elle se joigne à eux. Hermione attrapa le carnet et l'observa sous toutes ses coutures d'un air assez excité bien qu'il soit parfaitement vierge.

- Peut-être qu'il a des pouvoirs cachés!

- Alors, ils doivent être très bien cachés! répondit Ron, mis de mauvaise humeur par la présence de Kécile. C'est peut-être un journal tellement intime qu'il en est devenu timide? Tu ferais mieux de t'en débarrasser, Harry.

- Ce qui m'intéresse, justement, c'est pourquoi quelqu'un a essayé de s'en débarrasser, répliqua Harry. Et j'aimerais bien savoir quel genre de service Jedusor a rendu à Poudlard pour recevoir une récompense.

- C'était peut-être un élève exceptionnel, ou alors il a sauvé un professeur d'un poulpe géant. Ou alors, continua Ron, c'est peut-être lui qui assassiné Mimi Geignarde. C'était un grand service à rendre à la communauté.

Mais loin des hypothèses farfelues de Weasley, Kécile voyait que les deux autres se posaient la même question qu'elle.

- Qu'est-ce qu'il y a? demanda Ron en les regardant successivement.

- La Chambre des Secrets a été ouverte pour la première fois il y a trente ans , non? répondit Harry

- Oui...

- Or, on sait que ce journal date d'il y a une trentaine d'années, ajouta Hermione d'une voix surexcitée.

- Et alors?

- Réveilles-toi un peu Ron! s'exclama Hermione. On sait que celui qui a ouvert la Chambre des Secrets la première fois a été renvoyé de l'école il y a trente ans. On sait aussi que T.E. Jedusor a reçu une récompense pour services rendus à Poudlard il y a trente ans. Et si Jedusor avait obtenu cette récompense pour avoir démasqué l'Héritier de Serpentard? Son journal intime permettrait sans doute de tout savoir: l'emplacement de la Chambre, comment l'ouvrir et quel genre de créature y est enfermée. L'auteur des agressions actuelles n'aurait pas du tout intérêt à ce qu'un tel journal traîne n'importe où.

- Magnifique raisonnement, commenta Ron d'un ton acide. Il y a juste un petit défaut: c'est qu'il n'y a rien d'écrit sur ce journal.

Hermione sortit sa baguette magique de son sac.

- C'est peut-être de l'encre invisible, murmura-t-elle.

Elle tapota trois fois le livre noir avec sa baguette en prononçant: Aparecium! Rien ne se produisit. Elle tira alors une grosse gomme rouge de son sac.

- C'est un Révélateur, expliqua-t-elle. Je l'ai acheté dans un magasin du Chemin de Traverse.

Mais elle eut beau frotter les pages, rien ne se produisit.

- Je te le dis, on ne trouvera jamais rien là-dedans, déclara Ron. Jedusor a dû recevoir en cadeau de Noël un carnet pour écrire son journal intime et il n'a pas eu envie de s'en servir, voilà tout.

Mais Kécile avait un tout autre sentiment.

Le journal était chargé de magie. Et plus alarmant, une magie instable et noire qui réagissait avec la sienne propre et... elle pouvait presque l'assurer, avec la magie d'Harry.

Pourquoi cet artefact était-il aussi puissant?

En voyant Harry ranger le journal dans ses affaires, elle ne put retenir la pensée que c'était une mauvaise idée...

***

Dumbledore faisait les cents pas dans son bureau depuis un long moment sous l'oeil perplexe de son phénix.

L'ouverture de la Chambre des Secrets dévoilait des zones d'ombres inquiétudes et impénétrables, semblait-il. Supposer que Voldemort puisse agir dans le château sans le biais de Kécile soulevait tellement de questions... Jusqu'alors, Dumbledore avait plutôt envisagé la complicité d'un résident de Poudlard, mais son récent voyage dans l'enfance de Tom Jedusor lui avait apporté de nouveaux éléments qui l'incitait à croire en la présence d'un sort ou d'un artefact magique capable de déclancher les évènements actuels. Cependant, cette hypothèse, loin d'éclairer le problème, impliquait tellement de suppositions, d'élucubrations, d'apparentes incohérences qui ne pouvaient se résoudre que par des actes qui dépassaient la plus haute magie noire...

Dumbledore ne doutait pas un instant que Voldemort soit capable d'une telle folie! Mais les conséquences seraient alors effroyables. Il eut un moment de profonde lassitude et de désespoir et s'affaissa dans son fauteuil. Cela semblait un combat sans fin.

Fumseck s'envola de son perchoir et vint se poser sur les genoux du vieil homme avec un doux trille mélodieux. Il le caressa machinalement, et lui revint alors en mémoire ce qu'il avait dit à Kécile, quelques temps auparavant: "L'immortalité n'existe pas, car on est toujours vulnérable. Les plus grandes choses ont leurs faiblesses, et les phénix n'échappent pas à la règle."

C'était valable pour son phénix, ça l'était aussi pour Voldemort.

Dès à présent, il allait fouiller le passé de Tom Jedusor de fond en comble. Cela prendrait le temps qu'il faudrait , mais il savait qu'il finirait par rassembler toutes les pièces du puzzle.

***

La Saint-Valentin avait eu lieu à Poudlard dans un flot de papiers roses et de petits mots écoeurants, à l'initiative de Lockhart. Kécile avait été ébahie de découvrir la décoration de la grande salle ce matin de 14 février, jour parfaitement normal à ses yeux. Elle n'avait pas grandi au milieu des petits coeurs et des sentiments à l'eau de rose, et avait mis un certain temps avant de comprendre le pourquoi de cette journée complètement folle. Restant en dehors du désordre et du trouble des autres élèves, elle avait observé d'un oeil circonspect les démonstrations grotesques de ses camarades.

Depuis maintenant le mois de décembre, il n'y avait pas eu de nouvelle attaque, et l'école semblait peu à peu avoir oublier la menace qui pesait sur elle. Cependant, Kécile restait sur ses gardes et ne fut pas déçue lorsque la fin février approchant, elle distingua un soir la voix désincarnée qui proférait des menaces de mort en fourchelangue, glisser à travers les murs.

Elle la suivit en courant, baguette sortie. Quelques minutes plus tard, elle se retrouvait une fois de plus aux toilettes du deuxième étage. Mais une fois de plus, la voix sembla alors disparaître dans les profondeurs. Frustrée, elle inspecta les murs dans l'espoir de trouver un passage secret, mais la pierre ne laissait deviner aucune fissure indiquant un quelconque passage.

Elle songea alors qu'une attaque allait probablement avoir lieu, si ce n'était pas déjà fait. Deux solutions s'offraient à elle. Retourner dans la sécurité de la tour Gryffondor et attendre que les évènements se produisent sans s'en mêler, ou aller prévenir le directeur. Après maintes hésitations, elle décida d'aller voir Dumbledore. Il lui avait dit qu'il ne la croyait pas coupable, et elle voulait lui faire confiance.

Lorsqu'elle arriva devant la gargouille, elle prit cependant conscience qu'elle ignorait le mot de passe. Elle tenta néanmoins le mot de passe encore en vigueur avant les vacances de Noël et eut la surprise de voir la statue se déplacer pour lui livrer passage. Quelques instants plus tard, elle frappa à la porte massive, mais personne ne répondit. Elle hésita avant d'entrer dans la pièce sans autorisation.

Il n'y avait personne dans le bureau. Enfin, il y avait Fumsec qui avait bien grandi depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu et qui resplendissait à la lumière des bougies. L'oiseau la regarda avant de hululer doucement et de s'ébouriffer reprenant une sieste qu'elle avait probablement interrompue.

Bien qu'elle soit entrée sans autorisation dans la pièce, elle ne se sentait pas tendue. Elle se rendait compte que la pièce était très apaisante, avec ses meubles chatoyants, ses instruments étranges qui scintillaient et le large bureau où s'étalait un certain fouillis. Devant l'imposant fauteuil directorial était ouvert un antique volume en cuir relié, aux pages jaunies. La curiosité l'emportant, elle contourna le bureau et le referma à demi pour en lire le titre. En lettres d'or était gravé Le guide des secrets de Poudlard pour les directeurs. De plus en plus intriguée, elle reprit la page à laquelle était ouverte le livre, et commença à lire:

"En leurs temps, les quatre fondateurs fournirent à Poudlard des ressources dont certaines sont encore inconnues, et aucun directeur n'est à l'abri d'une découverte inattendue ou d'un lieu qu'il pourrait découvrir un jour, et ne plus jamais retrouver par la suite, car l'expérience à prouver que les bâtiments de Poudlard sont dotés dans une certaine mesure d'une intelligence artificielle probablement due à la grande concentration de magique en ce lieu mythique.

Les rares écrits que l'Histoire a conservé prouvent que chacun des fondateurs a laissé sa marque dans les murs de l'Ecole.

Helga Poufsouffle parle de ce qu'elle a appelé le Refuge, des appartements cachés accessibles uniquement à des personnes courant un grave danger, pour qui la seule protection est Poudlard et aux intentions pures et loyales envers l'Ecole. Le seul témoignage que nous avons de nos jours vient du chevalier Troyzac qui en 1348 se battit pour la communauté sorcière et juive, accusée d'être responsable de la Peste Noire qui sévissait partout en Europe et n'épargnait pas l'Angleterre. Son implication politique contre Edouard III en faveur de la paix, et la découverte de sa nature magique par la cour moldue en firent la cible prioritaire des polices secrètes, auxquelles une bonne partie des sorciers s'allièrent de manière anonyme. Le climat de tension dans laquelle vivait la communauté magique depuis le début de la Guerre de Cent Ans ne jouaient en effet pas en faveur des discours pacifiques et conciliateurs de Troyzac. Il raconte dans ses écrits comment Poudlard fut son dernier refuge, et comment il vécut jusqu'à la fin du règne d'Edouard III caché au regard de tous dans l'enceinte de l'Ecole. La seule allusion à l'entrée de ses appartements est un aigle, et non pas un blaireau ( qui semble orner l'intérieur) comme on pourrait s'y attendre. L'hypothèse la plus probable serait l'aigle sculpté de l'escalier tournant menant au bureau directorial, mais personne n'a jamais pu le certifier.

Godric Gryffondor assure avoir doté le château d'une très puissante protection le jour où l'Ecole sera en danger. Un texte de sa main a traversé l'histoire, mais ne révèle malheureusement que peu de choses:

Le jour vient, où hélas, Poudlard est en péril?

Un pouvoir redoutable se réveillera.

Il faut alors laisser les anciennes guerres futiles:

A ce prix, lors du mal, Poudlard triomphera.

Il faudra le Blaireau: patient, juste et loyal

Il faudra le Serpent: rusé et ambitieux

Le Griffon, si hardis, têtu et courageux

Et l'Aigle réfléchi, si sage et impartial.

Aucun ne maîtrise ce pouvoir ancestral,

Leur loyauté vacille, l'issue est fatale...

Mais des trésors de chaque, il ouvrira la porte,

Si malgré le trouble, l'union est la plus forte.

Personne n'a jamais pu localiser le lieu où se cache se pouvoir, ni la nature exacte de ce pouvoir.

Rowena Serdaigle révèle quant à elle la création d'une pièce dite "va-et-vient". D'après Serdaigle, elle aurait la propriété de prendre la forme dont la personne qui la fait apparaître a besoin. Il semblerait qu'on puisse demander à cette pièce de révéler sa présence, mais elle peut aussi décider d'apparaître en dehors de toute intention de celui qui passe devant. Selon les propos de Dame Serdaigle, son contenu est alors "de nature à aider la personne à qui elle fait cet honneur." Les différentes sources qu'a conservé l'histoire la situe dans le couloir du septième étage.

Enfin, le plus grand mystère de Poudlard reste la Chambre des Secrets, construite par Salazar Serpentard. Accessible uniquement aux héritiers de Serpentard, elle ne fut ouverte qu'une fois durant la Guerre de Cent Ans. Le légendaire monstre qu'elle renferme attaqua et plusieurs élèves moururent. Cependant, personne n' jamais trouvé, ni même soupçonné l'emplacement de cette Chambre, à tel point que la Chambre des Secrets est devenue pour la très grande majorité des sorciers un mythe fantaisiste, et les attaques de 1283 sont totalement oubliées.

La connaissance de l'existence de ses pièces reste un privilège dévolu au seul directeur, bien qu'au cours de l'Histoire, quelques élèves ont fini par..."

- Je vois que tu as trouvé de quoi t'occuper en m'attendant.

Kécile sursauta violement et se retourna pour voir Dumbledore qui était entré dans la pièce sans qu'elle l'entende, absorbée par sa lecture. Elle contourna précipitamment le bureau et s'excusa les yeux baissés, consciente d'avoir été indiscrète. Et l'indiscrétion était toujours très sévèrement punie par le Seigneur des Ténèbres. Mais Dumbledore ne la punit pas. Il constata simplement.

- J'aurais dû ranger ce livre, ce n'est pas de ta faute. Néanmoins, je te demande instamment de ne pas dire un mot de ce que tu as pu apprendre à qui que ce soit. Ces secrets ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains.

Kécile acquiesça, mais se sentit terriblement mal à l'aise en s'asseyant sur un signe du directeur. Qu'entendait-il par "de mauvaises mains"?

- Alors, Kécile, reprit Dumbledore d'une voix douce. Tu voulais me parler, je suppose...

Kécile hocha la tête tout en se remémorant ce qui l'avait initialement menée ici. Et tout d'un coup, deux réalités la frappèrent simultanément avec la violence d'un coup de poing. Si comme elle le supposait, son Père était responsable de l'ouverture de la Chambre des Secrets, elle s'apprêtait ni plus ni moins à s'allier au camp adverse. De son propre gré, elle venait fournir des informations. Elle s'apprêtait à trahir son Maître. Elle ne put s'empêcher de pâlir. Et une autre pensée encore plus troublante lui faisait prendre conscience que Dumbledore était en face d'elle, sa baguette posée à côté de lui, l'air totalement confiant. En cet instant, il y avait de grande chance que si...

Dumbledore vit la pâleur et le trouble de Kécile, et avait une assez bonne idée de sa cause. Il perçut aussi le discret mouvement de la main de la fillette vers la poche où se trouvait sa baguette. Mais il continua à la fixer d'un regard calme et confiant, sans effectuer un geste.

Kécile semblait en proie à un débat intérieur. Elle finit par dire lentement:

- Vous m'avez demandé de venir vous avertir si je découvrais quoi que ce soit au sujet de la Chambre des Secrets...

Dumbledore acquiesça.

-Je... Je sais que les choses semblent s'être tassées un peu ces derniers temps, mais...

- Oui? l'incita à continuer Dumbledore.

Sa main tremblait sur sa baguette. Elle pouvait le faire! Il était à sa merci! Jamais il n'aurait le temps d'attraper sa baguette.

- J'ai entendu à nouveau la voix fourchelangue tout à l'heure. Le monstre se déplace encore. Et quand je l'ai suivi, je me suis à nouveau retrouvée dans les toilettes de Mimi Geignarde. Tout semble tourner autour de cette pièce.

- Je vois... Dumbledore croisa ses mains sous son menton et fixait la surface de son bureau en réfléchissant. Kécile crut que c'était le moment. Mais à l'instant où elle allait sortir sa baguette, on frappa à la porte.

- Entrez!

Severus pénétra dans la pièce avec un air de rapace et avisa d'un coup d'oeil Dumbledore et Kécile assis l'un en face de l'autre, ainsi que la baguette de la gamine prête à jaillir.

- Je vous apporte la potion, professeur, expliqua-t-il avec une mine qui était pour Kécile un mélange de dégoût et de mécontentement.

- Ah! Merci! Je vais aller la lui porter immédiatement, répondit Dumbledore en se levant et en mettant le flacon dans sa poche. Kécile, je te remercie de m'avoir dit cela. N'hésite pas à revenir, et tu sais de toute manière que ma porte t'est toujours ouverte.

Elle eut un hochement de tête crispé, et suivit son professeur de potion hors du bureau.

Lorsqu'ils furent dans le couloir silencieux, Severus demanda d'une voix sourde:

- Pourquoi ne l'avez-vous pas fait?

- J'avais peur de rater mon coup. Mêlez-vous de ce qui vous regarde! répliqua Kécile d'un ton cassant avant de s'éloigner presque en courant.

Elle se fichait d'avoir répondu de cette manière à son professeur, elle se fichait que le couvre-feu avait déjà sonner, elle se fichait du froid mordant des couloirs glacials. Elle errait sans but dans l'école, incapable de se décider à retourner dans l'atmosphère chaleureuse et enjouée de la tour Gryffondor.

Elle était furieuse et désespérée. Furieuse parce qu'elle avait été à deux doigts de le faire. Une minute de plus seule avec Dumbledore et le calvaire aurait été fini, elle reprenait sa place au sein des mangemorts. Furieuse d'avoir autant hésité et convaincue qu'une telle occasion ne se reproduirait pas de sitôt: Severus avait compris qu'elle avait failli passer à l'acte. Mais désespérée parce qu'une part d'elle était soulagée. Désespérée parce qu'elle n'avait pas le choix: c'était elle ou lui. Et plus elle retarderait cela, plus ce serait difficile.

Une porte surgit soudain de nul part dans le mur de gauche qu'elle longeait. Elle s'arrêta, surprise, hésita entre passer son chemin ou répondre à sa curiosité naturelle et pousser la porte. Elle se décida pour la deuxième option et baguette à la main, ouvrit lentement le battant. Mais lorsqu'elle pénétra dans la pièce, rien ne se produisit. Elle referma la porte et observa les lieux.

Ce qu'elle avait lu un moment avant dans le bureau de Dumbledore lui revint alors en mémoire: Rowena Serdaigle révèle quant à elle la création d'une pièce dite "va-et-vient". Elle peut décider d'apparaître en dehors de toute intention de celui qui passe devant. Son contenu est alors "de nature à aider la personne à qui elle fait cet honneur."

Il pouvait s'agir de cette salle. Elle ressemblait à une petite chapelle avec sa voûte basse et cette lumière tamisée qui semblait venir de nulle part. A une vingtaine de pas, au fond de la pièce totalement vide siégeait un miroir.

Kécile se demanda vaguement en quoi une telle pièce était actuellement censée l'aider. Rien ni personne ne pouvait résoudre à sa place le dilemme dans lequel elle se trouvait, qui de toute manière n'avait qu'une solution. Et quelque chose lui disait que cette pièce n'avait pas l'intention de lui fournir les armes nécessaires au meurtre d'Albus Dumbledore.

Elle s'approcha cependant du miroir. Il était très vieux. L'argent massif était oxydé par endroit, et la glace était piqueté d'humidité. Au-dessus, une inscription gravée à même le métal indiquait" rised elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej. " Perplexe, elle s'avança et tenta de définir quelle langue cela pouvait être... Les résonances lui rappelaient quelque chose. Mais à ce moment-là, elle sentit son coeur faire une ratée, et elle se retourna brusquement: deux personnes étaient apparues dans le miroir en même temps qu'elle. Il n'y avait cependant personne d'autre qu'elle dans la pièce. Déboussolée, elle se rapprocha encore du miroir jusqu'à toucher la glace. Mais elle semblait bien solide. Et son souffle se bloqua dans sa poitrine, son coeur se serra. Ses doigts qui frôlaient la surface froide tremblaient. Elle ne comprenait pas. Une telle chaleur, un tel... amour se dégageait du reflet qu'elle sentait les yeux lui piquer. Elle resta un long moment debout, immobile dans le froid, à contempler simplement le miroir.

"rised elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej." La signification la frappa soudain. C'était tellement idiot! " Je ne montre pas ton visage mais de ton coeur le désir." Au bout d'un certain temps, elle prit conscience que ses jambes tremblaient. Elle alla s'asseoir contre un mur, et cacha sa tête contre ses genoux. Le reflet scintillait encore dans son esprit , au milieu de la brume qui l'avait obscurci. Et peu à peu, le sentiment de chaleur qui l'avait pénétré en voyant cette image s'effaça. Une douleur glacée l'envahit alors qu'une évidence s'imposait.

Minuit avait sonné depuis bien longtemps lorsque Kécile sortit de la salle.

Elle savait ce qui lui restait à faire.


Qu'a donc vu Kécile dans le miroir? Vous le saurez plus tard! Et je serais curieuse voir votre opinion sur ce qu'elle va faire.

En ce qui concerne Ginny, j'ai eu deux propositions à son sujet: Zacharias Smith et Neville Longdubat. D'autres envies?

Ah! Et est-ce que quelqu'un se rappelle où Rowling parle de Daphnée Greengrass, la soeur ainée d'Astoria Greengrass avec qui Drago est censé se marier?

En attendant reviews, please! Je suis en période de blanc dans la rédaction...

A la semaine prochaine!