Chapitre XVI: L'aveu de l'Horreur
Le lendemain, des élèves tremblants eurent affaire à un Severus Rogue visiblement en colère qui passait sa mauvaise humeur sur eux.
Il était furieux contre Dumbledore. Ça ne pouvait plus durer ainsi. Deux mois que Dumbledore jouait avec ses nerfs, et il avait dépassé les limites la veille au soir. Il ne fallait pas qu'il compte sur lui pour attendre qu'une catastrophe arrive.
C'est donc un Severus Rogue très remonté et portant son masque glacial des grands jours qui frappa le soir venu à la porte du directeur.
Le sourire entendu avec lequel l'accueillit ce dernier acheva de l'exaspérer au plus au point.
- Mon cher Severus, qu'est-ce qui vous amène donc?
- Comme si vous ne le saviez pas, répondit-il entre ses dents.
- Asseyez-vous.
- Inutile. Je serai bref. Vous comptez jouer avec le feu encore longtemps?
- Que voulez-vous dire?
- Comment ce fait-il que vous ayez remis l'ancien mot de passe à votre gargouille?
- Pour permettre à Kécile de venir me voir si elle en éprouve le besoin.
- C'est ça. Vous ne voulez pas non plus vous empoisonner vous-même pour lui faciliter un peu plus le travail, pendant que vous y êtes?
- Je n'ai pas l'intention de la laisser me tuer, rassurez-vous, Severus.
- Ah oui? Alors expliquez- moi pourquoi vous étiez sagement entrain de la regarder alors que la gamine avait la baguette prête à sortir et le sort de mort sur les lèvres?
- Croyez-vous donc que j'agis ainsi de manière anodine?
- Oh! Non! Dumbledore! Il y a longtemps que j'ai cessé de croire que vous êtes naïf! Mais j'aimerais comprendre le but de votre attitude.
- La perturber suffisamment par ma confiance pour qu'elle ne passe pas à l'acte.
- Ne trouvez-vous pas ce petit jeu dangereux?
- Il l'est. Mais c'est à se demander pour qui, répondit gravement le directeur.
Devant le haussement de sourcils de son professeur, Dumbledore développa.
- Depuis que Kécile est arrivée à Poudlard, je m'efforce de détruire les convictions qu'elle a hérité de son père. Cette tâche n'est pas évidente, d'autant qu'elle lutte pour garder ses repères. Aujourd'hui, elle me l'a avoué elle-même il y a peu de temps, elle ne sait plus ce qu'elle doit croire. Je suis donc proche de mon but. Je dois profiter de ce doute pour l'empêcher de passer à l'acte. Seulement, si Voldemort se rend compte de ce qu'il se passe, et s'il apprend que volontairement elle ne m'a pas éliminé, Merlin sait ce qu'il peut se résoudre à faire pour la pousser dans ses derniers retranchements. Il est capable de l'obliger à commettre des actes abominables qui la mèneront au point de non retour. Vous voyez de quoi je veux parler, n'est-ce pas?
Severus hocha sombrement la tête, et se détourna de son mentor. Cette nuit resterait à jamais gravée dans sa mémoire.
Cela avait été l'une de ces nuits où le Seigneur des Ténèbres l'avait appelé malgré son statut de maître des potions et espion à Poudlard pour participer à une répression ciblée, commise avec la plus horrible des barbaries. Il était retourné à Poudlard dans un état proche de l'hystérie, ne pouvant plus se supporter lui-même.
Dumbledore n'interrompit pas la remontée de ce douloureux souvenir de son professeur. Lui aussi n'avait rien oublié de cette nuit où le jeune homme avait touché le fond de l'horreur. C'était bien la seule fois où il l'avait vu craquer. La seule fois où il s'était ouvert à lui, où il avait pu voir ce qu'il avait toujours soupçonné derrière le masque: une âme meurtrie et perdue.
- Laissez-moi partir, Monsieur. Je dois partir, Monsieur, s'il vous plaît.
La voix du jeune professeur était suppliante, presque éplorée, ce qui inquiéta considérablement Dumbledore.
- Severus, que s'est-il passé ? Qu'est-ce qui vous a mis dans un état pareil ?
- Mais on s'en contrefout de l'état dans le quel je suis, bon sang ! hurla-t-il, soudain furieux. Je suis un monstre, vous comprenez, un monstre ! Vous devez vous débarrassez de moi !
- Severus, calmez-vous, je vous en prie, et dites-moi donc ce qui vous est arrivé.
Dumbledore s'était approché du jeune homme et le tenait fermement par les épaules. Il ne s'était pas attendu à un tel langage de la part d'un garçon si capable de se dominer, et l'état hystérique de son protégé commençait vraiment à lui paraître grave.
- Vous ne comprenez pas, vous ne comprenez pas, répétait Severus, un sanglot dans la voix. Je suis un monstre, un monstre, un monstre, Père le disait bien, un monstre, un monstre, je suis un mons…
- Severus, ça suffit ! ordonna Dumbledore d'une voix forte. Vous n'êtes pas un monstre ! Je vous interdis de penser de telles absurdités !
Le jeune homme se tut et leva les yeux vers le directeur. Il avait l'air si pitoyable! Son regard n'exprimait que le désespoir le plus profond et le plus terrifiant. Il continuait à trembler de tous ses membres. Dumbledore remarqua les traces de sueur et de vomissure sur le visage de Severus. Il ne l'avait pas lâché et tentait de trouver de quoi le réconforter.
- Allons, allons, Severus calmez-vous un peu. Vous allez me raconter ça tranquillement. Ne craignez rien. Vous savez que je vous fais confiance ; vous aussi, faites-moi confiance. Vous ne risquez rien, ici.
Severus le regardait sans comprendre. Pourquoi Dumbledore refusait-il de voir la vérité ? Pourquoi ne voulait-il pas le punir ? Il fallait tuer le vilain Severus, oh oui, le tuer, et laisser son corps pourrir dans les ordures, le tuer et l'oublier, le tuer et cracher sur sa tombe, le tuer et…
Soudain, ses nerfs lâchèrent. Severus, qui n'avait plus cédé aux larmes depuis des années, depuis avant son entrée à Poudlard, s'effondra en sanglots dans les bras de Dumbledore.
Celui-ci se contenta de serrer contre lui le jeune homme. Il s'était toujours étonné de la capacité de Severus à dissimuler ses émotions, à contenir ses sentiments, à ne rien laisser paraître de ce qu'il ressentait. Beaucoup pensaient qu'il s'agissait de froideur et d'insensibilité mais le vieux sorcier lui, s'était vite rendu compte que l'élève taciturne et méchant était avant tout un enfant malheureux qui s'était réfugié derrière une carapace solide et repoussante. Il attaquait avant d'être attaqué, il frappait avant d'être frappé. Le directeur n'avait jamais trouvé le moyen de percer cette armure de froideur cynique, même lorsque le jeune homme était venu à lui en trahissant Voldemort. Aujourd'hui cependant, toutes les protections que Severus Rogue avait bâties autour de lui semblaient avoir volé en éclats.
Dumbledore murmurait des mots sans suite à Severus, comme une mère à son enfant qui vient de faire un cauchemar. Seulement, Severus n'était plus un enfant, et le cauchemar qui le hantait n'avait rien d'imaginaire. Il était impossible de le consoler ou de le rassurer vraiment.
Peu à peu pourtant, il se calmait. Ses larmes, trop longtemps contenues, continuaient de couler librement le long de ses joues, mais son esprit commençait à raisonner de nouveau. Il se disait qu'il fallait quitter l'étreinte de Dumbledore, que cette situation était parfaitement ridicule, mais il n'en trouvait pas le courage. Faire face à Dumbledore, cela signifiait lui avouer les événements de la nuit et affronter son regard ensuite. Il n'en avait aucune envie.
Il finit tout de même par se dégager, et fixa le sol du regard, honteux de ce qu'il venait de faire et de ce qu'il s'apprêtait à dire. Il entendit la douce voix de Dumbledore, pleine de gentillesse et d'affection.
- Severus, mon garçon, si vous vouliez bien maintenant me raconter ce qui a pu vous troubler ainsi…
- Je… j'ai été appelé, cette nuit.
- Je sais cela, Severus, dit Dumbledore, en posant à nouveau une main rassurante sur l'épaule du jeune homme. Et ensuite ?
- Il… Il nous a envoyés… chez… chez… chez les McKinnon, finit-il dans un souffle.
- Oh mon Dieu, fit simplement Dumbledore, qui commençait à comprendre ce qui s'était passé.
- Il voulait que nous « rattrapions » nos bourdes, vous voyez, gémit Severus. Il voulait qu'on se surpasse…
- Severus, dit Dumbledore en le prenant encore dans ses bras. Si vous désirez vous arrêter là…
- Non, dit le jeune homme en se dégageant assez brutalement.
Il plongea son regard dans celui du directeur et durcit sa voix. Il ne fallait pas que le vieux eût pitié de lui ! Il fallait qu'il comprît enfin à qui il avait affaire ! Severus savait maintenant sans doute possible qu'il était vraiment un monstre. On n'a pas pitié des monstres : on les tue. Il voulait tant que Dumbledore lui offre une mort rapide et immédiate !
- Vous ne comprenez pas, répéta-t-il. Nous ne les avons pas seulement tués. Nous les avons torturés, nous les avons fait souffrir de toutes les manières possibles, dit-il d'une voix atone. Même les gosses, cria-t-il soudain, à nouveau proche de l'hystérie. Vous ne pouvez même pas imaginer ce que nous avons fait à ces gamins ! Ce que j'ai fait à ces gamins ! Vous n'avez pas le droit de me laisser en vie ! Encore moins de me laisser enseigner !
- Mon Dieu, Severus, pourquoi les enfants ? ne put s'empêcher de demander le directeur.
- Mais pour le plus grand plaisir du Maître, bien sûr ! hurla Severus. À quoi vous croyez que lui sert la légilimencie ? Il s'en est servi pour admirer le spectacle ! Et nous le faire revivre !
Le jeune homme se prit la tête entre les mains, frissonnant.
- Severus, dit simplement Dumbledore d'une voix désespérée, incapable de trouver d'autres mots.
- Tuez-moi, cria Severus. Je vous en prie, tuez-moi, répéta-t-il dans un souffle, à nouveau tremblant.
- Certainement pas, Severus. Je ne vous tuerai pas, et vous ne vous suiciderez pas, répondit le vieux sorcier qui avait retrouvé toute sa force d'âme.
- Bon sang, Albus, faut-il que je vous fasse un dessin ? Non seulement, j'ai fait cette nuit des horreurs dont vous n'avez pas idée, mais j'y ai pris plaisir. Plaisir, Albus ! Comme Lui ! Je ne vaux pas mieux que lui ! cria le jeune sorcier. Tuez-moi, s'il vous plaît, finit-il dans un gémissement.
- Severus, il n'en est même pas question.
- Vous ne m'avez pas entendu, ou quoi ?
- Je vous ai parfaitement entendu, mon garçon. Je ne vais pas vous dire que je suis content de ce que vous avez fait, mais je vois ce que vous ressentez, Severus. Vous avez encore un cœur, une conscience. Vous n'êtes pas un monstre. Vous êtes un homme.
- Vous croyez ça normal, vous, de prendre plaisir à la souffrance de gamins sans défense ? Vous m'inquiétez, Monsieur !
- Vous n'imaginez pas le nombre d'hommes qui aiment la douleur qu'ils infligent. Hélas, ma trop longue vie m'a permis d'en rencontrer beaucoup. Et bien peu avaient assez d'humilité pour reconnaître leurs fautes.
- Je ne suis pas humble pour deux sous, Monsieur, vous devriez le savoir.
- C'est vrai, reconnut Dumbledore avec l'ombre d'un sourire, mais vous êtes relativement lucide sur vous-même.
- Je ne mérite pas votre pardon, ni votre compréhension, Monsieur. Vous ne pouvez pas me punir à la hauteur de ce que je mérite. Laissez-moi partir, si vous ne voulez pas me tuer vous-même.
- Severus, reprit-il gravement, je ne peux pas vous pardonner pour ce que vous avez fait, ce n'est pas en mon pouvoir, mais je n'ai pas non plus le droit de vous condamner. Ne vous jugez pas non plus vous-même, mon garçon. Vous ne savez pas ce qui se serait passé en d'autres circonstances. Moi-même, à votre place, eussé-je agi différemment ? J'aimerais en être sûr…
- Mais enfin, Monsieur, vous ne vous rendez pas compte ! Ce que j'ai fait cette nuit à ces gamins, je peux très bien le faire demain à mes élèves ! Je suis dangereux, vous m'entendez, dan-ge-reux !
- Severus, je vous fais confiance. Si vous ne croyez pas en vous, croyez en moi, et soyez sûr que je n'accorde pas ma confiance à n'importe qui. Et si je vous dis d'avoir confiance en Severus Rogue, mon garçon, vous pouvez vous fier à mon jugement.
Severus regarda le vieil homme avec surprise. Il lui demandait bien de faire confiance à Severus Rogue parce que lui-même avait confiance en Severus Rogue ? C'était vraiment n'importe quoi ! Pourtant, le jeune homme sentait sur lui le regard bienfaisant du directeur, et il avait l'impression qu'il devait lui obéir. Il devait avoir confiance…
- Vous êtes sûr, Monsieur ? demanda-t-il en hésitant encore.
- Absolument, lui dit Dumbledore d'un ton sans réplique.
- Alors, admettons que je partage votre confiance en Severus Rogue, soupira le dénommé Severus Rogue, résigné. Ce serait quand même plus simple si le Seigneur des Ténèbres n'avait pas lui aussi confiance en Severus Rogue…
- Il ne connaît pas le Severus Rogue que j'ai vu ce matin, dit simplement Dumbledore.
- Ça vaut mieux si vous voulez conserver votre espion ! rétorqua Severus, qui retrouvait peu à peu son esprit sarcastique.
- Hélas, mon garçon, je ne peux pas me passer des informations que vous me rapportez. Me pardonnerez-vous un jour ce que je vous fais subir ?
Severus, interdit, fixa le vieil homme un long moment. Comment peut-il croire que c'est lui qui avait des choses à lui pardonner ? (*)
- Et s'il arrive une telle chose à Kécile? finit par demander Severus à voix basse, sans se retourner.
Dumbledore soupira.
- Dans l'état actuel des choses, je crains qu'elle ne soit perdue. Voldemort la poussera à bout, et personne ne sera là pour la rattraper. Elle cèdera. Ou elle mourra.
- Et malgré cela, vous... commença Severus , la colère filtrant à travers sa voix.
Mais le directeur le coupa d'un ton dur.
- Il n'y a pas d'autre solution, Severus. Ou alors si vous en voyez, faites m'en part! Vous comprenez que je ne peux pas abandonner le combat contre Voldemort en me laissant tuer, et je ne peux pas non plus demander directement à Kécile de nous rejoindre. Elle n'est pas prête à s'opposer à son père, cela se retournerait contre nous. Manipulée par Voldemort, elle peut devenir une arme redoutable. Je préfère prendre le temps et les risques nécessaires pour nous en faire une alliée.
- Mais vous, vous la manipulez sans que cela ne vous dérange, répliqua Severus d'une voix sourde. Exactement comme pour moi.
- C'est vous qui êtes venu me trouver, Severus, n'inversez pas les rôles.
- Mais vous avez amplement profité de la situation. Et ce, après que votre fille ait soigneusement préparé le terrain!
Une ombre passa sur le visage de Dumbledore.
- J'ai fait ce que je jugeais nécessaire de faire. Je ne vous ai jamais forcé à maintenir votre position d'espion.
Severus se tourna enfin vers le directeur, les traits du visage crispé par la colère.
- Mais vous savez aussi pourquoi je reste espion. Vous savez que je déteste suivre vos machinations obscures sans savoir où elles mènent avec pour simple garantie " Faites-moi confiance."! Mais vous savez aussi parfaitement que je vous obéirai parce que je ne pourrais jamais me sentir libéré de cette obligation. Et je veux éviter à tout prix cette épreuve à Kécile. Je ne vous laisserais pas en faire un instrument à vos plans.
- J'aimerais vraiment comprendre, Severus, pourquoi vous êtes aussi protecteur envers cette enfant? répondit Dumbledore d'un ton curieux, en décidant d'ignorer les reproches qui de toute manière revenaient périodiquement.
- Ça ne vous regarde absolument pas.
- Severus, je...
- Inutile d'insister, Dumbledore, vous m'avez déjà posé la...
Dumbledore et Rogue s'interrompirent brusquement en entendant frapper à la porte du bureau. Pris dans leur conversation, ils n'avaient pas prêté attention à l'arrivée d'un visiteur.
" Entrez!" lança le directeur d'une voix calme.
La porte massive s'ouvrit lentement. L'objet de leur dispute entra, tête basse dans le bureau, sans un regard pour ses occupants, et s'appuya sur le lourd battant pour le refermer dans un claquement sourd. Acculée ainsi à la porte, et fixant obstinément ses pieds Kécile murmura un timide bonjour.
Les deux hommes échangèrent un regard perplexe, et inquiet, Rogue s'écarta dans un coin, sortant discrètement sa baguette de sa poche, prêt à intervenir à tout geste suspicieux de la gamine.
" Bonjour, Miss Gaunt, répondit aimablement le directeur. Que me vaut le plaisir de votre visite?
- Je m'excuse de vous déranger, monsieur le directeur, mais... en fait, je... j'ai besoin de vous parler.
- Ne restez pas à la porte!
Kécile fit quelques pas hésitants à l'intérieur de la pièce, mais s'arrêta à bonne distance du bureau du directeur.
- Asseyez-vous donc! Insista Dumbledore. Kécile fit non de la tête.
- Très bien, soupira Dumbledore, alors je vous écoute, Miss. Vous devriez peut-être vous retirer, Professeur Rogue.
- Non! s'exclama Kécile sans lever la tête pour autant. Vous pouvez rester, Severus. En fait, ce sera plus simple...
Les deux hommes échangèrent un regard surpris. Jamais Kécile n'avait pris la liberté d'appeler son professeur de potion ainsi devant témoin! Intrigué, Rogue revint près du bureau, et attendit avec Dumbledore que l'enfant se décide enfin à parler.
- Voilà...Je suis venue vous faire un aveu. Je...
- Oui, l'encouragea doucement Dumbledore.
- En réalité, je suppose que je ne vais rien vous dire que vous ne sachiez déjà, commença Kécile en levant enfin la tête et en posant un regard calme et triste sur Rogue. Mais je dois vous le dire moi-même... Voilà...
Kécile prit son courage à deux mains.
- Je ne suis pas apparentée aux Malfoy, et je ne m'appelle pas Kécile Gaunt. Je suis la fille de Voldemort, avoua-t-elle. Et en disant cela, elle baissa à nouveau la tête, comme de honte. Le silence s'installa un moment, avant d'être brisé par Dumbledore qui demanda d'une voix douce.
- Pourquoi croyez-vous que je le sais déjà, Kécile?
- Il y a belle lurette que j'ai compris la véritable allégeance de Severus Rogue...
-Et pourquoi me dîtes-vous cela?
- Parce que... Sa voix se mit à trembler. Parce que j'ai reçu un ordre de mon père... J'ai reçu l'ordre de vous tuer, finit-elle dans un murmure.
Dumbledore resta silencieux un instant avant de demander d'une voix grave.
- Et pourquoi ne le fais-tu pas?
Kécile tomba à genoux.
- Parce que je ne peux pas! Hoqueta-t-elle. Je ne peux pas!
Severus fixait l'enfant éplorée d'un regard incrédule. Il n'avait jamais imaginé que cette histoire finirait ainsi!
Dumbledore s'était levé et s'approcha de la petite fille qu'il voulut relever, mais celle-ci s'écarta brusquement de lui dans un mouvement de panique. Devant le regard surpris de son directeur, Severus s'avança à son tour et fit s'asseoir la petite fille sur un fauteuil en face du bureau.
- Voyons, mon enfant, calmez-vous! dit doucement Dumbledore. En effet, j'étais au courant de tout cela et il n'était pas dans mon intention de me laisser faire lorsque le moment serait venu. Vous avez un courage admirable de vous opposer ainsi aux ordres de Voldemort et venir me l'avouer est d'autant plus remarquable. Mais ne vous inquiétez pas Kécile, nous allons faire tout ce qui est entre notre pouvoir pour vous protéger des conséquences de votre désobéissance.
Kécile se leva brusquement du fauteuil, voulant échapper à la pression des regards posés sur elle, et alla se réfugier près de la fenêtre. Le front appuyé contre la vitre, le regard perdu au loin, elle tentait d'oublier et de se calmer. Elle ne voulait pas céder à la panique. C'était trop tard maintenant, de toute façon!
Dumbledore et Rogue se taisaient, attendant que la petite dise quelque chose. Celle-ci hoquetait toujours, mais les larmes ne coulaient pas de ses yeux clos. Peu à peu, sa respiration se calmait. Au bout d'un long moment, elle rompit le silence d'une voix brisée. Elle sentait ses genoux trembler. Elle n'allait bientôt plus pouvoir rester debout. Elle n'allait bientôt plus pouvoir parler, peut-être même dans quelques instants, ne respirerait-elle même plus. Mais elle devait le dire. Avant.
"Je ne pourrais pas échapper aux conséquences, souffla-t-elle. Le Seigneur des Ténèbres ne m'a pas seulement ordonné de vous tuer, il m'en a fait faire le Serment Inviolable"
...
Elle l'avait dit. Elle se sentait doucement glisser à terre. Elle ne pouvait pas pleurer. Pourquoi ne pouvait-elle pas pleurer?! Cela la soulagerait tellement! Mais elle n'avait jamais pu réellement...
Dumbledore et Severus n'avaient pas réagi, trop horrifiés par ce qu'ils venaient d'entendre.
Severus n'en revenait pas. Elle avait osé trahir un Serment Inviolable. Pour Dumbledore. Un visage paniqué le suppliant de toujours taire le secret lui revint en mémoire. Voilà pourquoi... Pauvre folle!
Sortant soudain de son horreur, Dumbledore rejoignit l'enfant à terre et la prit dans ses bras.
" Kécile! Comment as-tu pu! Il n'est pas encore trop tard pour réparer ton acte!
- Non, cria Kécile! Mon choix est fait! Cela fait deux mois que j'y réfléchis. Je ne peux pas! Je ne peux pas! Plutôt mourir!
- Oh! Kécile! "
Bouleversé, Dumbledore ne put retenir des larmes de rouler sur ses joues avant de se perdre dans la barbe d'argent. Il n'y avait rien à faire, hélas! Rien! Jamais il ne s'était senti aussi impuissant. Il s'assit avec elle sur le sofa et la tint serrée dans ses bras, comme pour retenir la vie en elle.
- J'ai peur! Murmura enfin Kécile. J'ai peur de mourir!
Dumbledore caressa les cheveux de l'enfant secouée de tremblements. En lui se mêlaient rage, chagrin et impuissance. Et il ne pouvait rien dire.
- Je suis lâche, souffla Kécile.
- Tu es tout sauf lâche, Kécile! Il n'y a pas de mot pour décrire ton courage!
Kécile se dégagea brusquement de l'étreinte de Dumbledore
- Je ne devrais pas avoir peur de la mort! Je mérite de mourir! Je ne mérite pas de vivre!
- Kécile, tais-toi! Aucun enfant ne peut mériter la mort. Ce que tu dis est monstrueux!
Toutes ses barrières cédèrent alors brusquement.
- Parce que ce n'est pas monstrueux, à mon âge d'avoir du sang sur les mains! hurla-t-elle. J'ai tué, Dumbledore! J'ai tué une enfant de dix ans! J'ai tué un être impuissant et mille fois plus innocent que moi! Une enfant! Ce que je ne suis plus. Peu importe mon âge. J'ai tiré un trait définitif sur l'enfant par cet acte. Je ne suis qu'un monstre! J'ai mérité la mort, et c'est encore trop doux de savoir que ma mort sauve votre vie, ça ne change rien à ce qui est déjà fait!...C'est trop tard, murmura-t-elle en s'effondrant une nouvelle fois à terre.
Quelques instants plus tard, elle se retrouvait à nouveau dans les bras de Dumbledore, incapable de réagir, s'accrochant désespérément à la robe du sorcier, comme pour ne pas sombrer.
- Quoi que tu ais fais, Kécile, tu n'es pas un monstre! tenta de l'apaiser doucement Dumbledore. Ne serait-ce que par ton remord présent, mais surtout parce que même les adultes ne peuvent pas toujours résister à certains chantages: tuer ou être tuer, tuer ou être torturé, alors comment un enfant pourrait-il y résister? Car tu ne l'as pas tuée de sang-froid, n'est-ce-pas, Kécile?
-Non, gémit l'enfant.
- Tu ne mérites pas ce qui t'arrive Kécile. Tu mérites de vivre, maintenant plus que jamais.
Alors, Kécile craqua enfin, de vraies larmes coulèrent de ses yeux, et le flot libérateur se perdit dans la barbe d'argent. L'étreinte de Dumbledore se resserra, et elle se laissa bercer par cette douceur totalement inconnue. Non, elle ne la méritait pas, mais c'était si bon! Pour une fois, pour ses dernières heures, elle se laissait aller, plus rien n'avait d'importance maintenant. Elle pouvait laisser parler son coeur.
(*) Ce souvenir vient de l'excellente fic d'emmaD Une année particulière que vous pouvez retrouvez dans mes favoris. Après bien des modifications, j'ai fini par le laisser tel quel, pour lui garder son intensité émotionelle.
Eh oui! Vous ne saurez pas encore ce qui va arriver à la pauvre Kécile... Bon, j'espère que je n'ai pas trop cédé à mon irréversible penchant pour le pathétisme!lol!
A la semaine prochaine!
