Heyya ! Merci pour vos review et votre indéfectible soutien, j'en ai bien besoin, mdr :'). Un chapitre un peu con pour vous avec des blagues sur la taille, cadeau.
— Akaashi !
Vingt paires d'yeux se tournèrent vers Bokuto ; il se passa une main dans la nuque.
— Pas pratique, commenta Shirofoku. Il va falloir trouver autre chose.
Akaashi se mit à craindre le pire.
— Pourquoi pas Aka-kun ? proposa Mme Akaashi en se glissant derrière eux.
Akaashi émit un bruit situé quelque part entre le grognement et un hoquet dégoûté.
— Acchan ? suggéra Shirofoku en se tressant nonchalamment une mèche de cheveux qui lui revenait devant le visage.
— Si l'un de vous ose m'appeler par autre chose que mon nom, je m'arrange pour vous abandonner avec Mashiro, siffla-t-il.
— Mais tout le monde partage ton nom, ici, remarqua Bokuto. J'ai pas envie que tes cinquante cousins accourent à chaque fois que j'essaie d'attirer ton attention !
— Pourquoi ne pas vous contenter de l'appeler par son prénom ? dit M. Akaashi, qui avait suivi la conversation. Ça simplifiera les choses, non ?
— Keiji ? dit Bokuto.
Akaashi grimaça. L'entendre de sa bouche avait quelque chose d'extrêmement embarrassant. Lui-même se savait incapable de l'appeler Kōtarō — cette pensée à elle seule eut le pouvoir de lui procurer de dérangeants frissons.
Cela dit, ses parents avaient raison. Il ne pouvait décemment pas le laisser l'appeler « Akaashi ». Ça fonctionnait en cours, ça fonctionnait sur le terrain, mais ça ne fonctionnait certainement pas au milieu d'une horde d'Akaashi tous prompts à y reconnaître leur propre identité.
— Bien, consentit-il. Va pour Keiji.
Le visage de Bokuto s'illumina comme un million d'étoiles. Shirofoku masqua un petit sourire amusé.
— Quitte à faire comme ça, autant appliquer le même régime à tout le monde, dit-elle. Appelez-moi Yukie.
Bokuto n'avait pas attendu son autorisation pour le faire, naturellement.
— Si ça te fait plaisir.
— Et on se contentera de Kōtarō, ajouta-t-elle avec un regard pour Akaashi.
Celui-ci ne réagit pas, raide comme un piquet. Bokuto lui posa une main sur l'épaule.
— Ouais, Aka— je veux dire, Keiji !
Ce dernier manqua de hurler.
— Tu ne vas quand même pas m'appeler « Bokuto-san » pour les dix ans à venir ! poursuivit Bokuto. C'est quand même pas très intime.
Intime ? Intime ?
— Dix ans ? Tu vises loin, remarqua Shirofoku.
— Il faut voir grand, dans la vie. Pas vrai, Keiji ?
Non. Non, non, non. Il était strictement impossible qu'il s'y fasse, quand bien même Bokuto l'appellerait-il comme ça pour le reste de l'année. Impossible. Imposs—
— Kei-ji, tu réponds ?
— Par pitié, marmonna celui-ci, laissez-moi au moins une période d'adaptation.
Ce n'était apparemment nullement leur intention. Bokuto allait insister quand une grande fille dégingandée déboula dans la pièce pour taper des mains sur la table.
— Kei-chan ! s'exclama-t-elle, et Akaashi eut une soudaine envie de quitter cet univers pour flotter dans l'espace intersidéral, là où le son n'existait pas, là où il ne serait pas obligé d'entendre ses cousines hurler les pires surnoms dans ses oreilles fragiles. C'est vrai, ce que p'pa m'a dit ? T'as un mec ? J'ai cru qu'il se foutait de moi ! C'est toi ?
Elle se pencha vers Bokuto, les yeux grands ouverts.
— Woah, Kei-chan, mais c'est pas du tout ton type ! Je croyais que tu les aimais plus —
Il se redressa pour lui plaquer une main sur la bouche ; Shirofoku riait doucement, tandis que Bokuto s'apprêtait à entrer en révolte. Heureusement, il fut distrait par l'arrivée d'un homme bien bâti, une paire de lunettes rectangulaires sur les yeux et une petite fille dans les bras.
— Quelle joie de rentrer à la maison ! s'écria-t-il en posant la fillette par terre. J'ai l'impression de ne plus y avoir été invité depuis une éternité !
— Maman devait en avoir assez que tu démontes les canalisations, commenta la fille. Je viens toutes les semaines, moi.
L'homme lui ébouriffa méchamment les cheveux.
— Han ça, la petite chouchoute vient toutes les semaines ! Ils avaient pas de quoi se payer du personnel de maison ? T'avais besoin d'un peu d'argent de poche ? Tu sais, tu peux me demander, si t'as des problèmes de loyers ! Ton frère en a les moyens, lui qui est un véritable adulte, avec une maison, un métier et une famille...
— Je devrais te féliciter pour ça ? T'as pas eu grand-chose à faire pour pondre un petit monstre comme celui-là !
Elle avait pincé les joues de la petite en souriant, pour lui signifier qu'il s'agissait d'une plaisanterie — cette dernière lui mordit la main.
— Qui s'y frotte s'y pique ! rit l'homme.
— Oh, la ferme. Viens plutôt voir ça. Kei-chan s'est trouvé un petit mari !
— Ça alors, Keiji ! T'es de ce genre-là, toi ?
Akaashi, le visage en paix, transcendait tous les états de l'esprit pour atteindre le vide béni de l'Éveil. Il ne répondrait pas. L'insignifiance de l'existence ne l'intéressait plus.
— Je plaisante, bien sûr, je plaisante ! Mamy le raconte à tout le monde à chaque fois qu'on va chez elle ! Alors, vous êtes qui, vous deux ? Si t'es le petit mari, c'est qui, elle ? demanda-t-il en s'adressant à Shirofoku.
— C'est la petite femme, intervint Mashiro avant que quiconque ait pu dire quoi que ce soit. Ils se battent pour le cœur de Keiji, cette semaine. Kōtarō est mon candidat. J'ai parié 5000 yens sur lui, il n'a pas intérêt à me lâcher. Quant à elle, c'est la prétendante invitée par Mariko !
Akaashi redescendit sur terre à son corps défendant. Depuis quand son oncle Mashiro avait-il décidé de s'investir dans la bataille ? Et depuis quand les paris étaient-ils autorisés ?
— Oooh, il y a un concours ? s'étonna la jeune femme. Je peux participer ?
— On tient un tableau des scores dans la salle à manger, lui apprit Mashiro. Je te conseille de miser sur Kōtarō. Il a du potentiel.
— Bien sûr qu'il a du potentiel, nota l'homme. C'est un mec viril. Aux dernières nouvelles, Keiji est plus porté testostérone qu'œstrogènes !
— C'est pas parce que t'as réussi à te dégoter un boulot minable dans un laboratoire que tu dois commencer à nous sortir tes termes scientifiques, gronda sa sœur.
— C'est pas des termes scientifiques, ça, frangine. Même le plus débile des lycéens sait ce que c'est.
Puis il agita une main devant son visage.
— Qu'est-ce qu'il fait chaud, ici ! J'vais prendre l'air. Bon courage, petit mari. Dans tous les cas, je vote pour toi !
Il fila aussi vite qu'il était arrivé, suivi par sa sœur qui maugréait dans son dos. La petite fille, elle, était restée sur place, les yeux fixés sur les trois adolescents.
— T'es qui ? demanda-t-elle à Shirofoku.
Elle la toisa de haut en bas.
— Yukie. Et toi, t'es qui ?
— Nanami. Et toi, t'es qui ?
Elle s'était tournée vers Bokuto.
— Kōtarō ! Salut, Nanami-chan ! Tu as quel âge ?
— Cinq ans. Et c'est Nanami. Et toi, t'as quel âge ?
— Dix-sept ans.
— Pouah. T'es vieux. Je parle pas aux vieillards croulants.
— Vieill...
— Et pourquoi vous êtes là ? asséna Nanami sans se préoccuper de la mine terrassée de Bokuto. Vous êtes pas de la famille. J'vous connais même pas.
— Parce que ce sont des amis à moi, dit Akaashi.
Elle réfléchit. Norie, qui était partie discuter avec ses neveux, lui épargna cette peine.
— Ce sont ses prétendants ! révéla-t-elle.
— Ses quoi ?
— Keiji doit choisir avec lequel se marier.
Pourquoi tout le monde avait-il soudainement décidé qu'il s'agissait de mariage ? Akaashi sentait son énergie s'échapper de tous les pores de sa peau. À côté de lui, Shirofoku dévisageait la petite, une étrange expression dans les yeux, mélange entre le dégoût et la fascination. Bokuto, lui, avait le regard perdu dans le vague, comme s'il contemplait sa vie depuis son commencement avec un profond recueillement. Il marmonna lentement le mot : « vieillard ». Personne ne l'entendit.
— Kei-kei peut pas se marier avec ces deux-là, déclara Nanami.
— Et pourquoi pas ? demanda Norie.
— Parce que Kei-kei est un prince, et que ces deux-là sont moches. Les princes se marient pas avec les moches, pas vrai, Kei-kei ?
Akaashi s'étrangla ; il lui fallut un moment pour reprendre son souffle, les larmes aux yeux. Shirofoku lui lança un regard outré.
— Est-ce que tu viens de rire ?
— Moi ? Non. Non, jamais.
— Mais c'est vrai qu'ils sont moches, hein ?
— Voyons, Nanami, dit Mashiro. C'est vrai que Kōtarō n'est pas un modèle de beauté, mais...
Norie, Mashiro, Shirofoku et Akaashi se mirent à glousser. Bokuto, lui, croisa les bras.
— Tu dis ça simplement parce que t'es jalouse, grommela-t-il pour la petite.
— Oh, boude pas, Kōtarō ! s'exclama Mashiro. Y a pas que la beauté qui compte, de toute façon, hein ?
Il se tut, regarda chacun d'entre eux dans les yeux. Puis ajouta :
— Il y a aussi la taille !
Akaashi n'était pas certain de vouloir savoir ce qu'il entendait par-là. De toute façon, son oncle n'en avait pas fini avec son pauvre invité.
— Tu mesures combien, d'ailleurs, Kōtarō ? Au moins 1m80, non ? Tu es plus grand que moi, si je ne m'abuse !
— 1m85.3, l'informa Norie.
Elle et son frère échangèrent un long regard dénué de la moindre trace d'innocence.
— 1m85 ! Extraordinaire ! Mais le plus important, c'est les pieds. Quelle pointure, mon garçon ?
Bokuto, le visage marqué par l'incompréhension, répondit machinalement :
— 45,5.
— Eh bien, ma foi ! Comme on dit, grands pieds...
— Grande intelligence, termina Norie.
Réplique agrémentée d'un clin d'œil appuyé.
Pour la énième fois de la journée, Akaashi eut envie de mourir — cette fois, seulement, il était bien parti pour y parvenir. Il avait beau rester discret, il riait tellement qu'il en avait oublié comment respirer. Son visage se teinta d'un rouge magnifique que son oncle ne manqua pas de repérer.
— Respire, Keiji. Je sais que c'est beaucoup d'émotions. Enfin, je comprends désormais pourquoi tu l'as choisi.
— Voyons, Mashiro, dit Norie. Pas devant les enfants.
Nanami fronça les sourcils.
— Je sais que vous vous moquez !
— Désolé, ma puce, ce n'était pas contre toi. Tiens, j'ai une idée. Pourquoi tu ne trouverais pas une épreuve à faire disputer aux deux candidats, histoire de voir s'ils sont dignes de Kei-kei ?
Une bien mauvaise idée.
— Je veux qu'ils chantent, décida la petite.
Les visages de Bokuto et de Shirofoku s'illuminèrent instantanément. Akaashi secoua la tête avec une énergie nouvelle.
Mashiro réceptionna son geste d'avertissement. Par compassion pour les oreilles des personnes partageant son patrimoine génétique, et pour les siennes en priorité, il rejeta l'idée.
— Nous n'avons pas de micro, dit-il. Et puis, ce n'est pas très amusant, si ? (Il fit une pause, en intense méditation.) Oh, j'ai une idée. Puisque nous sommes encore relativement peu, pourquoi ne pas faire un petit concours de cuisine ?
Tous se turent pour évaluer cette proposition.
— Pourquoi pas, trancha Akaashi.
Il avait un peu faim, et n'avait aucune idée des talents culinaires de ses deux amis. Tant qu'il ne finissait pas mortellement empoisonné, il ne ferait pas le difficile.
Et puis, regarder Bokuto se démener avec un fouet électrique pouvait avoir quelque chose d'amusant. De toute façon, toutes les occasions étaient bonnes pour détourner l'attention de son oncle et de sa mère — de tout le monde, en vérité.
Quelques minutes plus tard, tous se retrouvaient dans la cuisine, plus large que toutes celles où Akaashi avait jamais eu l'occasion de pénétrer. Bokuto, lui aussi, paraissait stupéfait. Seule Shirofoku haussa les épaules.
— Pas pire que chez moi, dit-elle en s'avançant vers le plan de travail pour s'emparer d'un large couteau en céramique dont la tranche hurlait « meurtre » à qui voulait bien l'entendre. Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
— C'est pour toi, Keiji, observa Mashiro. Tu choisis. Mieux : vous gardez ça pour vous et nous en faites la surprise quand vous en aurez terminé. Le frigo est plein pour plusieurs semaines, alors n'hésitez pas à vous servir.
Il s'éclipsa, suivi par Norie et Nanami, et bientôt ils ne furent plus que tous les trois, guettant les derniers bruits de pas qui leur parvenaient du couloir.
— Ils sont partis, remarqua Akaashi. Shirofoku-san...
— N'en parlons pas, le coupa-t-elle en brandissant son couteau sans se soucier des potentielles victimes collatérales. Dis-nous plutôt ce qu'on doit cuisiner.
Il soupira.
— Allez, Akaashi, c'est marrant, au moins ! dit Bokuto. Ça fera passer le temps, non ? De toute façon, tout le monde sait que Yukie n'a pas la moindre chance.
— Continue d'y croire, Kōtarō, répliqua cette dernière. Tu sais faire la cuisine, au moins ?
— Ça ne doit pas être bien compliqué !
— Pour une tête d'abruti comme toi ? Permets-moi d'en douter.
— Tu dis ça simplement parce que t'as peur que je t'éclate, dit Bokuto. Alors, Akaashi ?
Celui-ci, insensible à l'aura de compétition féroce qui s'installait doucement, prit un moment pour répondre :
— Vous savez faire des omurice ?
— Han ! Bien sûr que oui ! affirma Shirofoku. Et toi, capitaine ? Ou tu préfères qu'on vise plus bas ?
— Je sais tout à fait comment faire, merci bien !
Il retroussa ses manches jusqu'au coude et balaya la cuisine du regard, l'air un peu perdu.
— Bien, fit Shirofoku. Où sont les œufs ? Au fait, c'était qui, les deux de tout à l'heure ?
Tout le monde ne pouvait pas avoir étudié son arbre généalogique par cœur. Par compassion Akaashi répondit :
— La fille s'appelle Haruna, et l'autre Kazuo, avec sa fille Nanami. Ce sont les enfants de mon oncle.
Il omit de préciser que Mashiro en avait encore deux autre pour ne pas l'égarer. Elle essayait déjà de se répéter les noms pour être sûre de les garder en mémoire.
— Keiji ? l'appela une voix de femme dans le couloir. Tu peux venir une seconde ?
Avec une pointe de regrets, celui-ci abandonna les fourneaux aux deux autres qui, sans attendre un quelconque top départ, se bagarraient déjà pour ouvrir en premier la porte du frigo. Il ne risquait rien à les laisser seuls, après tout. Tous les deux étaient quasiment majeurs, et il ne s'agissait de rien de plus que d'une omelette et d'un peu de riz. Rien qui soit susceptible d'activer le septième cercle de l'enfer.
Il s'en convainquit suffisamment pour pouvoir quitter la pièce le cœur léger, gardant sa raison en sourdine, là où il n'entendait pas ses cris désespérés.
Il s'y concentrait tant et si bien qu'il ne vit pas la femme arrêtée sur son chemin ; il se la prit de plein fouet.
— Keiji ! s'écria-t-elle en faisant immédiatement volte-face.
— Ah, désol...
— Tu m'as fait peur, lâcha sa tante Yukiko en apposant une main légère comme une plume sur son cœur. Comment vas-tu ?
C'était une jolie femme aux cheveux coupés courts et qui, malgré ses cinquante ans passés, paraissait avoir cessé de vieillir depuis de longues années. Akaashi avait déjà voulu chercher le tableau contre lequel elle avait échangé son âme ; à l'évidence, quelque chose de surnaturel devait s'être produit dans les environs pour la garder ainsi aussi lisse qu'une pomme verte, dispensée de tous les soucis de l'âge dont sa mère à lui se plaignait en permanence.
— Ça va, merci, répondit-il en se frottant le nez un peu douloureux. Tu m'as appelé ?
— Ah, oui. Mashiro est en train de répartir les chambres — il vaudrait mieux que tu y jettes un coup d'œil avant qu'il ne te mette à dormir dans un placard à balais. Si tu pouvais y amener tes affaires, aussi, et celles de ton ami... si ça ne te dérange pas, bien sûr...
En plus de pouvoir se vanter d'une obligeance un peu extrême, sa tante Yukiko se trouvait être une maniaque de l'organisation qui détestait qu'on fasse traîner les choses, raison pour laquelle personne n'osait arriver plus tard (ou plus tôt) qu'à l'heure renseignée lors des réunions de famille ; Akaashi jugea donc préférable de lui obéir.
Il se rendit dans le salon où il ne trouva personne ; après quelques vagabondages à travers des couloirs qu'il n'avait encore jamais eu l'occasion de sillonner, il découvrit son oncle en pleine discussion avec son père, tous deux accompagnés de Kazuo et Haruna qui profitaient de leurs retrouvailles dans la demeure familiale pour se chamailler comme des enfants.
— Où est Nanami-chan ? demanda Akaashi en constatant l'absence de la fillette.
— Elle est partie accueillir Shōtarō et Sakurako avec ta mère, dit Mashiro. C'est ma femme qui t'envoie ?
Il acquiesça.
— On a tout juste le bon nombre de chambres pour que chacun y soit à son aise, expliqua son oncle, à condition de pouvoir les partager, bien entendu. Je suppose que tu vas partager la tienne avec Kōtarō ?
Il ignora le regard entendu pour faire oui de la tête.
— Je proposerais bien de laisser Yukie-chan vous rejoindre, pour qu'elle ne soit pas désavantagée dans la compétition, mais, par égard pour sa pudeur et parce que vous êtes beaucoup trop jeunes, elle aura droit à une chambre avec Mayu et Haruna, si elle survit à cette dernière.
Haruna lui lança un regard noir ; Kazuo, lui, éclata de rire.
Akaashi ne voyait pas exactement en quoi la pudeur de Yukie était plus en danger avec lui qu'avec Mayu et Haruna, mais, puisqu'il insistait, il n'avait rien à en redire. Connaissant Bokuto, il n'en serait pas le moins du monde gêné ; ils avaient dormi côte à côte suffisamment lors des camps d'entraînement auxquels ils avaient participé depuis son entrée au lycée pour ne plus être embêtés par des choses aussi futiles que l'embarras.
— Tu penses que Yū m'en voudra si je le laisse avec Kazuo et Akihiko ? demanda Mashiro.
— Il a l'habitude, répondit Akaashi.
— Yū m'adore ! s'immisça Kazuo en l'attrapant par les épaules. On jouait toujours ensemble, quand on était gamins !
— Tu lui faisais peur, soupira Mashiro. Enfin, soit. Je crois que tout le monde est casé... Reiko ira avec Takaya et leur petite... les enfants s'arrangeront entre eux... (Il ferma les yeux pour passer le reste de la famille en revue.) Ah, évidemment. Il reste encore Ryōta.
Le prénom résonna dans la tête d'Akaashi pour se répercuter le long de ses os tel un caillou jeté dans un gouffre sans fond. Ryōta. Ryōta. Le même Ryōta qui s'était amusé à le pousser dans un nid de fourmis « pour s'amuser » le jour de ses sept ans ? Celui qui avait jugé bon d'arracher toutes les pages de son livre préféré pour recouvrir le sol de sa chambre afin de ne pas s'y salir les pieds ? Le Ryōta qui cachait dans son assiette un énorme morceau de piment histoire de rire un bon coup au cours d'une soirée d'été ? Ce Ryōta ?
C'était pire que tout ce qu'il avait imaginé jusqu'ici. À côté de ça, la présence de Shirofoku était l'équivalent d'une couverture douillette au plus profond de l'hiver.
— Je ne savais pas qu'il venait, articula-t-il pour ne rien laisser transparaître des flashbacks de son passé traumatisant.
— Erina voulait le laisser avec son père, mais il a insisté. Incroyable, non ?
Pas tant que ça. S'il avait entendu la même chose que tous les autres, en bon cousin malveillant, il devait avoir sauté sur l'occasion. Lui et Akaashi avaient souvent « joué » ensemble, petits, sans doute parce qu'ils faisaient tous deux parties des benjamins de leur génération. Ils n'avaient qu'un mois d'écart, et Ryōta avait toujours fait en sorte de le lui rappeler de la pire façon possible. Par la terreur et l'humiliation.
Enfin, avec un peu de chance, il s'était amélioré avec le temps. La dernière fois qu'ils s'étaient croisés, Akaashi venait d'avoir douze ans. Quatre ans représentaient beaucoup dans la vie d'un adolescent, même si lui était resté le garçon taciturne qu'il avait toujours été, bien qu'un peu moins pleurnichard — du moins osait-il l'espérer.
— Je le mettrais bien dans votre chambre, continua Mashiro, si ça ne dérange pas. Il n'arrive que mercredi matin, de toute façon. Ça te va ?
On ne lui laissait pas vraiment le choix. Il répondit :
— Bien sûr.
Tout en pensant : Absolument pas.
Enfin, il lui restait encore deux jours pour trouver une façon d'affronter le problème. Ce n'était pas urgent.
— Vous serez dans la chambre près du jardin, dans ce cas ! Tu veux y emporter tes affaires ?
— Ah. Oui.
Retrouver le chemin vers la voiture ne se révéla pas une mince affaire. Il finit par y parvenir, cependant, salua Shōtarō et sa fille Sakurako, se rappelant soudain l'avoir effectivement rencontrée une fois ou l'autre, sans savoir exactement quand. Il entendit Bokuto répéter : « La petite-fille du frère du mari de votre sœur Yae ». Shōtarō n'avait donc aucune espèce de lien avec lui ; c'était simplement le fils du frère d'un oncle par alliance (ou quelque chose comme ça) qui avait décidé de profiter d'un petit séjour au milieu de la nature.
Quelle idée.
Sa tante Yukiko le conduisit jusqu'à sa chambre dans laquelle il traîna tant bien que mal son sac et celui, un peu moins encombrant, de Bokuto. En dehors d'une boîte en carton fermée et de deux petites lampes de chevet posées à même le sol, la pièce était vide. Il nota avec plaisir la présence de l'air conditionné. Au moins ça de gagné.
— Les futons sont dans l'armoire, dit sa tante. N'oubliez pas de bien les secouer. Ils sont peut-être un peu poussiéreux.
Il la remercia, profita un peu de l'instant de calme qui lui était ainsi offert, puis les petites piques d'avertissements qui continuaient de tournoyer à l'arrière-plan de son esprit se décidèrent à reprendre la vedette.
Il avait laissé Bokuto et Shirofoku seuls dans une cuisine. Seuls. Dans une cuisine. Bokuto et Shirofoku.
Il fila à travers les couloirs aussi rapidement que si sa vie en dépendait. Elle en dépendait, tout bien réfléchi, car la cuisine, quand il l'atteignit, lui réservait une vision d'horreur.
Le tableau, figé, avait un petit quelque chose de Van Gogh mélangé à du Picasso et du Dali, un étrange méli-mélo de couleurs et de textures, et, surtout, une forte odeur qui hésitait entre le lait tourné et le plastique brûlé.
Mais le pire, si seulement c'était possible, s'illustrait dans les éclats de voix qui lui parvenaient aux oreilles dans une cacophonie sans fin.
— J'avais dit qu'il fallait d'abord mettre le sel ! s'emportait Bokuto en agitant une cuillère en bois couverte d'une substance brunâtre non identifiée.
— T'as rien dit du tout ! protestait Shirofoku en essayant d'évacuer la fumée qui emplissait joyeusement la pièce. On s'en serait peut-être sortis si tu savais casser des œufs sans laisser de la vieille coquille partout !
— Excuse-moi ? C'est toi qui en as foutu sur les taques parce que t'avais « oublié » qu'il n'y avait pas de poêle !
— Parce que tu l'avais retirée pour faire des « expériences » sans intérêt !
— J'ai juste voulu vérifier si ma tête rentrait !
— Et pour quoi faire ? Te préparer à communiquer avec les extraterrestres ?
— C'est toujours mieux que d'essayer de cuire du riz dans de l'eau froide !
— J'ai essayé de cuire du riz dans de l'eau froide ? Aux dernières nouvelles, c'est toi qui...
Le regard de Shirofoku glissa jusqu'à la porte, et tous deux s'interrompirent brusquement.
— Peut-être suis-je plus incroyablement naïf que je ne l'avais imaginé, prononça Akaashi en s'avançant pour constater les dégâts. Je devrais pourtant avoir l'habitude.
Bokuto et Shirofoku s'écartèrent respectueusement lorsqu'il s'approcha des fourneaux. Bien que le visage d'Akaashi fût le modèle même du calme et de la sérénité, ses yeux tremblotaient légèrement, unique reflet du carnage qui s'effectuait au sein de son esprit.
COMMENT ? hurlait-il silencieusement. Comment avaient-ils pu faire leur compte pour en arriver à ce résultat inhumain ? Comment avait-il osé croire qu'ils pourraient s'en sortir sans lui ? Par chance, il ne constatait pas de blessure sur leur visage hâve et creusé (encore qu'il lui semblait distinguer une légère trace de ce qui ressemblait à du sang sur le comptoir), et, en dehors de leur mine mortifiée, ils paraissaient en plutôt bon état, mais on ne pouvait pas en dire autant des casseroles et des paquets d'œufs ouverts et vides (ce qui était également le cas de la poubelle — leur contenu se trouvait dans ce qui devait être l'omelette, mais où diable étaient passées les coquilles ?), pas plus que des plans de travail qui resteraient sans doute longtemps traumatisés après le meurtre horrible dont ils avaient été le témoin. Dans ses pires cauchemars, Akaashi n'avait pas assisté à pareille barbarie. Il se sentit soudain en paix avec lui-même. Chaque erreur de sa vie, mise en contraste avec celle-ci, ne lui paraissait désormais rien de plus qu'une broutille sans importance.
— Akaashi, murmura Bokuto, mais celui-ci se tourna vers eux avec un regard si calme qu'ils se recroquevillèrent sur eux-mêmes.
— Bokuto-san. Shirofoku-san.
Ils tentèrent bien de battre en retraite lorsqu'il fit mine de les approcher, mais le mur subtilement placé là leur ferma toute possibilité d'échappatoire. Akaashi posa une main sur leur épaule.
— Je ne sais même plus quoi faire de vous.
— Pitié, ne nous tue pas, le supplia Bokuto. C'était un accident, un simple accident !
— Tu parles, marmonna Shirofoku entre ses dents.
Akaashi resserra sa prise — ils grimacèrent.
— On va tout nettoyer, jura Bokuto. Et ranger. Et on fera le repas du soir. Je ferai tout ce que tu veux, je te le jure. Akaashi...
Le capitaine transpirait à grosses gouttes. À côté de lui, Shirofoku attendait une ouverture pour fuir le plus vite possible. Akaashi voulut parler. La porte s'ouvrit à la volée.
— Ça ne sert à rien d'essayer de le raisonner quand il est possédé par le démon, les informa une jeune femme au regard brillant. Il tient ça de ma mère.
Son visage harmonieux était encadré par de courts cheveux noirs indisciplinés ; la ressemblance avec Akaashi était si frappante que les deux écervelés en restèrent ébahis.
— N'essaie pas de les sauver, la prévint Akaashi d'un ton funeste.
— Ils essayaient juste de conserver leur honneur.
Ce qui s'était révélé un véritable échec.
— Je ne suis pas sûr qu'ils méritent d'avoir la vie sauve.
— Tu veux rester tout seul face à l'oncle Mashiro ? Shh, qu'ils s'en aillent. Ils auront toutes les occasions du monde de se faire pardonner. Laisse-moi arranger ça.
Il accepta de mauvaise grâce. Bokuto laissa échapper un soupir de soulagement.
— Alors c'est toi, le petit copain, hein ? dit la jeune femme en le détaillant un moment. C'est marrant, c'est exactement comme ça que je t'avais imaginé. Au fait, je ne me suis pas présentée. Je m'appelle Akaashi Reiko. Son adorable sœur aînée.
— Je ne savais même pas que tu avais une sœur, souffla Shirofoku.
— Et un frère ! précisa Reiko en riant. Il déteste parler de nous. Ça lui rappelle trop de mauvais souvenirs. La différence d'âge, vous savez, ça ne pardonne pas quand on a six ans.
Akaashi resta de marbre. La différence d'âge n'avait pas tant à voir que leur goût prononcé pour les plaisanteries douteuses. Persécuter son frère de huit ans son cadet avait fait de Reiko une jeune femme heureuse et épanouie. Être persécuté par sa sœur de huit ans son aînée avait fait d'Akaashi un adolescent sur le qui-vive, prêt à affronter toutes les circonstances et tous les dangers.
Quant à l'aîné de la fratrie, mieux valait ne pas l'évoquer.
Reiko les chassa de la cuisine sans leur laisser le loisir de protester, ce qu'ils ne tenaient de toute façon pas particulièrement à faire, et tous trois se retrouvèrent dans le couloir, immobiles, enfermés dans un silence pesant.
— Je crois que je vais aller ranger mes affaires, prétexta Shirofoku avant de filer sans demander son reste.
Akaashi soupira.
— Je vais faire comme si tout ça n'était jamais arrivé, décida-t-il pour le bien de sa santé mentale.
— Super, lâcha Bokuto en lui passant un bras autour des épaules. Je savais que t'étais quelqu'un de bien, Akaashi !
Ce dernier haussa un sourcil.
— Ça fait zéro partout, commenta-t-il en se mettant en marche. Mashiro va être déçu.
— Je m'en sortirai mieux la prochaine fois. Hors de question que je la laisse gagner !
— Mh.
— À part ça, juste pour info, t'aurais un pansement ?
Bokuto regardait son index saigner avec un air intéressé. Si Akaashi avait pu se taper la tête contre un mur pour manifester sa frustration, il ne s'en serait pas privé. Heureusement, il avait été élevé pour ravaler ce genre d'émotion intrusive ; il n'en laissa rien paraître de plus qu'une légère contrariété.
— J'en ai dans mon sac, répondit-il de la voix la plus blasée dont il disposait.
Une boîte de sparadraps constituait le minimum à avoir avec soi quand on fréquentait une équipe de bras cassés. Il conduisit Bokuto dans ce qui serait leur chambre pour les jours à venir (et celle de Ryōta, songea-t-il dans un instant d'indicible angoisse — mais il s'interdit d'y penser) et fouilla dans son sac à la recherche de sa trousse de premiers secours.
La moitié des pansements de la boîte s'étaient déjà envolée, la plupart sacrifiés pour le bien du même capitaine qui tendait obligeamment la main vers lui. Akaashi pinça les lèvres.
— Tu pourrais le faire toi-même, Bokuto-san.
— T'es beaucoup plus doué que moi pour ces choses-là. Quand j'essaie de le faire, il finit par être collé n'importe comment.
Akaashi ne répondit rien. Il versa un peu de désinfectant sur un coton et l'appliqua sur la blessure, déclenchant chez Bokuto un frisson incontrôlé.
— Désolé, s'excusa-t-il comme le passeur haussait les sourcils. Ça m'a surpris.
— Petite nature.
Bokuto lui sourit.
— Seulement avec toi, plaisanta-t-il. T'es bien plus gentil que mes parents quand ils s'en occupaient. La douceur incarnée.
Akaashi dut se concentrer pour ne pas tousser. La douceur incarnée ? Lui ? Il faisait simplement attention à ne pas empirer les choses. À quoi servait un attaquant avec une main blessée ?
Le poids de la main de Bokuto dans la sienne, cependant, le frappa comme un éclair, et il lui fut difficile de poursuivre sa tâche sans en être un peu trop conscient. Il s'éclaircit la gorge.
— Voilà, dit-il en collant une bande colorée sur la petite coupure.
— Super, merci ! J'adore tes pansements, Akaashi. Ils sont trop mignons. Je devrais me blesser plus souvent.
— Essaie d'éviter, s'il te plaît, marmonna son interlocuteur entre ses dents.
Il ouvrait et refermait la main pour faire disparaître la sensation qui s'y était accrochée. Après une seconde, il se leva.
— L'arène nous attend, soupira-t-il. Tu viens ?
— Et mon bisou magique ?
Akaashi faillit s'étrangler. Il secoua la tête.
— C'est hors de question, Bokuto-san.
— Comment tu veux que ça se soigne si j'ai pas eu de bisou magique ?
— Tu n'auras qu'à en demander un à Shirofoku-san.
— Hein ? Mais j'en veux pas un de Yukie. J'en veux un de toi.
Akaashi aurait bien voulu répondre, mais son cerveau avait cessé de fonctionner. Fermer le programme ou envoyer un rapport d'erreur ? dit une voix mécanique pourvue d'un étrange humour aux tréfonds de son inconscient. Il l'ignora.
— Bokuto-san, dit-il, mais Bokuto, qui était resté au sol, agrippa le bas de son t-shirt, le regard larmoyant, avec une mine pitoyable qui, comme d'habitude, le transperça en plein cœur.
Il grinça des dents, se maudissant d'être aussi faible, et s'agenouilla devant lui.
— Cette fois seulement, céda-t-il. N'espère pas en profiter.
Puis il porta sa main à ses lèvres et y déposa un baiser. Bokuto gloussa.
— Merci, Akaashi ! Ça va beaucoup mieux.
— J'espère bien, marmonna celui-ci.
Le sang, sourd à ses protestations, lui était monté aux joues, implacable. Il détourna les yeux.
Aperçut Shirofoku, qui, à sa porte, poussa un sifflement.
— Eh bah, fit-elle. Chaque jour apporte son lot de merveilles, par ici.
Incapable de répondre, Akaashi quitta la pièce d'un pas vif.
Geh. Long. Je suis au chapitre sept. 21 000 mots. Je suis supposée en faire 13. Ma vie m'abandonne. Je vais mourir. Adieu. :'(
Ecrire 4K par jour c'est le décès. Allez j'vous laisse lol je retourne souffrir pour le bien du BokuAka (et parce que sinon je me fais défoncer par KusoIcry :'()
Au final y a peu de chances pour que je parvienne à terminer d'ici dimanche, puisque j'ai dû intégrer un chapitre imprévu (aka je voulais introduire un chapitre et ça a fini par faire 3K oups). Vu qu'elle va plutôt toucher aux 40-45K qu'aux 30K (que j'aurai d'ici dimanche hein héhéhé), je ferai durer mon calvaire jusqu'au moins mercredi. *pleure*
