Chapitre XVIII: Le Serment Inviolable.

Severus fut interrompu par le bruit de la porte d'entrée du bureau du directeur. La porte du salon s'ouvrit, et le propriétaire des lieux pénétra dans la pièce, le front soucieux.

L'atmosphère s'alourdit brusquement. Pas un mot ne fut prononcé pendant quelques instants. Severus et Kécile étaient immobiles, l'un tendu avec l'espoir d'une réponse, l'autre honteuse, embarrassée par les souvenirs de la veille, et surtout résignée à mourir.

Dumbledore posa un regard chagriné sur la petite fille et tendit un vieux manuscrit à Severus qui s'en empara presque avec avidité et s'empressa de l'ouvrir... pour gronder de frustration: le livre était écrit en français. Il jeta un regard mécontent à Dumbledore, mais celui-ci ne le vit pas. Il s'était approché de Kécile et lui demanda d'une voix si douce que Kécile en frissonna:

- Comment te sens-tu, mon enfant?

- Soulagée, avoua Kécile.

- Tu as dormi correctement? s'inquiéta Dumbledore.

- Il y a longtemps que je n'ai pas aussi bien dormi, monsieur. Ma conscience est enfin apaisée.

Dumbledore voulut la prendre dans ses bras en un geste de réconfort, mais elle eut un mouvement de recul. C'était plus fort qu'elle. Elle vit le regard peiné du vieil homme, mais, à son soulagement, il n'insista pas. Comment aurait-elle pu lui expliquer cette sensation d'être indigne de son affection, cette peur du contact qui lui faisait toujours craindre une agression.

Ils s'assirent alors que Severus claquait la langue avec impatience et dès qu'ils furent installés, celui-ci attaqua:

- Maintenant, Albus, allez-vous enfin me dire ce que vous avez trouvé. Que voulez-vous que je fasse de ça, moi? demanda-t-il en lui rendant le manuscrit d'un geste brusque.

- Ce livre est unique au monde. Je l'ai trouvé dans la bibliothèque du Clos-la Rive. Il a été écrit par Erlésie Deschavelles, la grand-mère de mon épouse. Paroles et liens magiques, les éternels mystères.. J'ai passé une partie de la nuit à le chercher, l'autre à le lire en diagonale. Il ne donne pas de réponse claire à notre problème, cependant...

- Quel problème? interrompit Kécile, l'air perplexe.

- Tu as trahi un Serment Inviolable, Kécile. Le lien qui unit ta parole à Voldemort voudrait que tu sois morte, hors ce n'est pas le cas. Nous voulons savoir pourquoi. Il est possible que la punition n'arrive que lorsque Voldemort apprendra ta trahison.

Kécile s'enfonça dans le fauteuil, une boule dans la gorge. Elle s'était interrogée sur la raison qui faisait qu'elle était toujours en vie. Mais un espoir fou et inavoué lui soufflait qu'elle serait peut-être épargnée. Et Dumbledore la rappelait cruellement à la réalité. Elle ramena ses genoux contre elle et y enfouit la tête. Elle était résignée, mais elle avait peur, elle avait mal.

-... Mais ce livre nous dit aussi qu'il est possible, continua Dumbledore avec une ineffable douceur, que la trahison ne soit jamais prise en compte.

Kécile redressa brusquement la tête, imitée par Severus.

- Je ne veux pas te faire de faux espoirs, Kécile, la déception serait trop cruelle.

- Qu'est ce qui vous fait croire qu'il y ait un espoir? interrogea Severus.

- Avant de vous le dire, je veux d'abord savoir, Kécile, dans quelles circonstances tu as prêté ce serment. Peux-tu nous raconter en détail comment cela s'est passé? Même si cela est pénible, le moindre mot, le moindre geste peut tout changer.

Alors que Kécile, le regard fixé sur ses mains crispées, la gorge nouée, se demandait comment raconter l'horreur et la terreur qui l'avaient envahie, Dumbledore se leva et se rendit dans son bureau. Quelques instants plus tard, il revenait avec une pensine qu'il déposa sur la table basse en face de Kécile.

- Ce sera peut-être plus facile ainsi. Sais-tu ce que c'est?

Kécile acquiesça.

- J'ignore cependant comment extraire un souvenir.

- Laisse-moi faire. Ferme les yeux et concentre toi sur cette scène.

Kécile obéit, mais tressaillit violemment en sentant la pointe de la baguette de Dumbledore sur sa temps. Celui-ci ne bougea pas et murmura simplement:

- Ne crains rien, Kécile. Concentre toi.

Kécile relégua à l'arrière de son esprit les souvenirs et les sensations cruels qui avaient soudain déviés vers son enfance, et se focalisa sur ce soir fatidique. Alors, doucement, Dumbledore éloigna sa baguette, tirant avec elle un long fil d'argent. Kécile sentit dans le même temps les émotions liées à ce souvenir s'amenuiser jusqu'à presque disparaître. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit Dumbledore lâcher le fil dans la pensine dont le contenu se mit à tournoyer.

- Nous autorises-tu à aller le voir? demanda-t-il.

Kécile hocha la tête.

- Mais je ne vous accompagne pas.

Dumbledore comprit et d'un geste, il s'enfonça dans son souvenir, suivi par Severus.

La surface de la pensine se mit à scintiller anormalement alors que Kécile se retrouvait seule dans le petit salon. Son regard se posa sur le vieux livre manuscrit. Erlésie Deschavelles. Ce livre contenait peut-être sa délivrance. Ce serait un heureux tour du destin. Et Kécile se prit à rêver de ce qu'aurait pu être sa vie... et de ce qu'elle serait peut-être un jour?

Pendant ce temps, Dumbledore et Severus avaient atterri dans la salle du trône du Seigneur des Ténèbres.

- Bienvenue en enfer, souffla Severus alors que Kécile baisait la robe de son Maître. Dumbledore observait la scène avec un dégoût manifeste, d'autant que dans ce souvenir, ils recevaient de plein fouet les émotions de la petite fille. En l'occurrence, il ressentait actuellement la crainte, mais aussi le respect de Kécile envers Voldemort.

" Alors, Kécile, que se passe-t-il à Poudlard.

- La chambre des Secrets a été rouverte.

- En effet. Et sais-tu comment?

- Non, Maître, je l'ignore totalement. Mais je cherche à comprendre. Pour l'instant, tout le monde, sauf Dumbledore, soupçonne Harry Potter.

Le Seigneur des Ténèbres eut un sourire satisfait.

- Parfait! Et l'amoureux des moldus, qu'en pense-t-il?

- Je ne sais pas, Maître.

- Te soupçonne-t-il?

- Non, Maître, je ne crois pas. Aucun signe ne le montre, assura Kécile.

- Bien. Je ne te demande pas de t'occuper de cette affaire, qui pour l'instant se déroule toute seule sans problème.

"Voilà qui confirme mes hypothèses", songea Dumbledore.

-...Je vais te confier une mission de la plus haute importance à laquelle tu devras consacrer toute ton énergie. Si tu réussis, tu effaceras ta trahison au sang de Salazar Serpentard.

Ils ressentirent alors l'appréhension croissante de Kécile.

- Depuis que je m'efforce de rassembler des partisans de la Grande Cause, j'ai toujours eu un adversaire farouche. Contrairement à ce que beaucoup pensent, mon plus grand obstacle jusque-là n'a pas été Harry Potter mais Albus Dumbledore.

L'appréhension se transforma en une peur glaciale.

- Je suis décidé à me débarrasser de cet obstacle. Et c'est à toi qu'incombera cette tâche.

Ils virent nettement Kécile se figer et sentirent une vague d'horreur et de terreur mêlées la traverser.

- ...D'ici à la fin de l'année, je veux que le monde sorcier annonce la mort d'Albus Dumbledore. Dès que tu l'auras fait, tu pourras quitter Poudlard et rejoindre définitivement les mangemorts. Tu auras l'insigne honneur de recevoir la marque.... Que se passe-t-il, Kécile, interrogea le Seigneur des Ténèbres d'une voix dangereusement douce. Tu ne sembles pas heureuse de cette mission...

- Maître, je... il s'agit de Dumbledore, tenta Kécile avec désespoir, je... je ne crois pas être capable de le vaincre.

- Il ne s'agit pas de le vaincre, pauvre idiote! claqua le Seigneur des Ténèbres. Il s'agit de le surprendre. Tu maîtrises les impardonnables, tu possèdes suffisamment de connaissances en potions et tu auras le soutien de Severus! Tu ne pourras pas échouer! ... Et je vais m'en assurer personnellement, déclara-t-il en se levant brusquement.

Ils virent Kécile se faire la plus petite possible, mais Voldemort lui redressa le menton d'un geste brusque.

- Tu vas m'en faire le Serment Inviolable.

A ce stade, la peur avait fait place à la panique et au désespoir.

- Je ne devrais pas être obligé de prendre une telle mesure, Kécile. Mais tu m'y obliges. Ton envoi à Gryffondor et ta réticence lors des combats de cet été me font douter de ton engagement à la Grande Cause. Je dois te remettre dans le droit chemin. Lorsque tu auras accompli ta mission, tout cela sera pardonné et oublié. Je te fais un cadeau rare, Kécile. D'habitude je ne pardonne pas et je n'oublie jamais. Reconnais cette chance à sa juste valeur.

Dumbledore eut alors du mal à définir ce qu'il éprouva à travers le souvenir: l'esprit de l'enfant semblait totalement hagard, comme incapable de réfléchir.

D'un geste brusque, son Maître la redressa. Il attrapa une de ses mains tremblantes et posa sa baguette sur leurs deux mains serrées.

" Kécile , déclara-t-il d'une voix glaciale, jure que tu tueras de ta main Albus Dumbledore avant le mois de juillet."

Kécile tenta de répondre, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Ses genoux flageolants cédèrent sous elle, et elle tomba au sol, sa conscience lui hurlant de ne pas le faire.

Le Seigneur des Ténèbres émit un sifflement de colère, et lui jeta un bref mais violent doloris. Puis il la redressa à nouveau.

" Nous allons recommencer. Et je te conseille de répondre... menaça-t-il dans un murmure.

Kécile déglutit avec difficulté.

La pensée qui la traversa fut simple: c'était prêter le serment ou mourir. Une sorte d'écho résonna alors dans le souvenir, probablement une réminiscence de Kécile à ce moment-là:

"- Doit-on risquer sa vie, pour suivre sa conscience?

- En théorie, oui. Mais peu de gens ont suffisamment de courage pour suivre leur conscience même si cela doit leur coûter la vie. Et peut-on reprocher le manque de courage? Peut-on reprocher d'avoir peur de la mort?"

Comment aurait-elle pu alors se décider à mourir?

"Kécile, jure-tu de tuer de ta main Albus Dumbledore avant le mois de juillet?

-... Oui."

Sa voix était tremblante, mais elle avait répondu. Un mince filet de flammes s'échappa de la baguette du Seigneur des Ténèbres et s'enroula autour de leurs poignets avant de disparaître.

Le souvenir se brouilla, et les deux hommes surent qu'il était temps de remonter. Ils étaient secoués par la violence émotionnelle de ce qu'ils avaient vu.

Mais lorsque Kécile croisa le regard de Dumbledore, elle y vit pour la première fois en ce jour, la lueur qui s'était éteinte depuis la veille, et son coeur s'emballa, un espoir fou résonnant dans son esprit.

Ils se rassirent, et sans un mot, Dumbledore feuilleta le manuscrit, cherchant visiblement à retrouver un passage précis.

- C'est là, je crois:

Cependant, si comme nous l'avons constaté, des liens peuvent se forger à notre insu, il est possible que d'autres se détruisent ou ne se créent pas sans que nous nous en apercevions.

En théorie, cela est possible pour n'importe quel lien: empathie, mariage, union sorcière, il suffit en réalité de peu. Le lien ,qui semble solide et qui n'ait comme nous l'avons vu, que le fruit de deux volontés fortes, est détruit si l'une des deux volontés est irrémédiablement brisée. Par exemple...

- Hum, cela ne nous intéresse pas. Cela doit être plus loin.

Dumbledore tourna quelques pages.

Dans le cas d'un sort, d'une incantation ou d'une malédiction, c'est-à-dire lorsqu'une seule personne est responsable du lien, la position passive de la personne qui le subit est en réalité déterminante. Elle peut accepter ou empêcher le lien par sa seule volonté ou sa seule puissance. Cela nécessite évidemment une grande puissance magique et une grande force de volonté. Mais on a vu des sorciers lever des sortilèges sans baguette par la seule force du contrôle de leur énergie magique: nous étudierons plus loin les cas les plus courants des sorts incapacitants. L'imperium est l'exemple le plus explicite de sort enchaînant le sorcier à sa victime, que la volonté seule suffit à briser. Nous avons vu plus haut dans les incantations runiques...

- Non, ce n'est toujours pas ça... Il tourna encore plusieurs s pages ouvertes d'une fine écriture penchée. Ah! Voilà!

... Il est donc difficile de déterminer précisément ce qui brise ou empêche le lien de se créer par la multiplicité des actes ou simples pensées qui peuvent interférer.

Il reste un lien dont nous n'avons cependant pas encore parlé de ce point de vue là, c'est le Serment Inviolable. Nous avons vu précédemment comment et pourquoi sa trahison entraîne la mort, et il semblerait, de par son nom même, qu'il soit impossible de le trahir. De rares expériences nous démontrent néanmoins le contraire. Bien que les raisons restent obscures nous pouvons faire des hypothèses: il s'agit surtout de déterminer si le Serment Inviolable est un lien de type union ou sortilège. Dans un premier temps, la conséquence de la trahison n'atteignant qu'une personne, nous sommes tentés de conférer à celle-ci un rôle passif de "victime". Le lien à sens unique semble donc de type sortilège. Cependant, ce serait oublier que le Serment inviolable est consenti au moment où les deux sorciers lient leurs mains par celui qui sera sous son emprise. Le serment Inviolable est fait volontairement et il n'est en aucun cas possible de le faire à l'insu de l'une ou l'autre des personnes. En ce sens, il s'agit donc d'un lien de type union.

Ceci posé, il existe malgré tout un cas de figure dans lequel le Serment Inviolable pourrait n'avoir aucune valeur. Cela expliquerait les rares fois où il a pu être trahi sans entraîner la mort de l'assermenté. Il faut en effet bien insister sur l'action volontaire de celui qui prête serment. Il soumet sa parole et sa volonté à l'emprise du sort en acceptent de son plein gré de prêter serment. Une fois de plus, nous avons alors affaire à ce que nous appelons la conscience de la magie. On dit souvent qu'on ne trompe pas un Serment Inviolable. Je dirais plutôt qu'on ne trompe pas la magie essentielle. On ne peut en effet pas prêter volontairement serment en se disant qu'on ne le tiendra pas (à moins d'être prêt à mourir.). Mais ne peut-on pas envisager que cela fonctionne dans l'autre sens? N'a-t-on pas des raisons de penser qu'on ne peut pas prêter un Serment Inviolable sous la contrainte? Car alors, il n'y a pas de volonté réelle qui s'engage et la parole est faussée. L'assermenté devient victime, l'union n'en est plus une. La question qui se pose alors est: dans quelles circonstances la magie considèrera t'elle le sorcier qui doit prêter serment comme victime? Fait-elle une différence entre le manque de volonté, la lâcheté ou la couardise, et l'incapacité réelle à résister dans une position de faiblesse? Il nous est impossible de répondre à cette interrogation, car cela fait partie de l'étendue de la conscience de la magie, un domaine qui comme nous l'avons vu est encore fortement contesté de nos jours et garde son mystère.

Dumbledore cessa sa lecture et leva les yeux vers Kécile assise en face de lui. Si Severus avait l'air songeur, elle, semblait perdue.

- Kécile? l'appela-t-il doucement.

Son regard se focalisa sur lui et l'interrogea.

- Comprends-tu l'espoir que cela nous laisse?

Kécile secoua lentement la tête en signe de négation et Dumbledore se tourna vers Severus qui déclara:

- Votre ancêtre envisage la possibilité que le serment inviolable pourrait être nul, parce que la magie du sortilège considèrerait Kécile comme une victime qui a agi sous la contrainte et non de sa propre volonté.

- C'est cela.

- De quand date ce manuscrit?

- Des dernières années du XIXème siècle.

- Cette idée de conscience de la magie est très audacieuse surtout pour l'époque...

Dumbledore acquiesça.

- Erlésie y consacre tout un chapitre dans lequel elle explique en détail ce qu'elle pense être cette conscience et comment elle peut se manifester. Si aujourd'hui on reconnaît qu'une part de la magie nous dépasse, elle pousse en revanche les hypothèses bien plus loin que nous ne sommes capables de le reconnaître.

- Qu'en pensez-vous?

- Erlésie était une femme originale ( Severus ne put retenir une moue moqueuse: si Dumbledore disait cela, qu'est-ce que cela devait être!) ... mais extraordinaire. Les Deschavelles sont les héritiers d'une longue tradition de la métaphysique et de la magie essentielle. Je n'ai pu que constater jusque-là la justesse et la sagesse de l'enseignement qu'a reçu Camille, ma femme et petite fille d'Erlésie. J'ai bon espoir, Kécile.

Il vit des larmes couler silencieusement sur les joues de la petite fille.

- Nous ne pourrons être définitivement fixés que lorsque Voldemort sera au courant de la trahison, remarqua Severus

- Je le sais bien.

- Il faut donc l'en avertir.

- Ce serait cruel!

- Non, intervint Kécile la voix légèrement tremblante. Ce serait mieux. Si je dois mourir, autant que ce soit rapidement. Même si vous avez de l'espoir, je trouve cette incertitude plus cruelle.

- Je vais donc aller informer le Seigneur des Ténèbres que....

- Attendez! coupa Dumbledore. Rasseyez-vous Severus, ordonna-t-il. Vous ne pouvez pas y aller ainsi. Kécile, est-ce que Voldemort soupçonne Severus d'être un agent double?

- Non.

- Eh bien! Vous voyez, quel est le problème? grommela Severus.

- Le problème est la réaction de Voldemort lorsqu'il l'apprendra. Outre qu'il vous fera subir sa fureur, que croyez-vous qu'il va vous ordonner de faire?

Severus haussa les sourcils d'un air interrogateur.

- De la tuer.

- Si le Serment ne l'a pas déjà fait, répliqua le professeur de potion d'un ton narquois.

Dumbledore lui jeta un regard glacial, et il se sentit brusquement coupable d'avoir dit cela devant Kécile qui avait gardée la tête baissée.

- Je crois que votre rôle d'espion arrive à son terme, constata Dumbledore un peu sèchement.

- Le Seigneur des Ténèbres ne prendra pas le risque de gâcher ma couverture.

- Il existe bien des moyens de tuer en faisant passer pour un accident, surtout par les temps qui courent. Et Voldemort est bien trop rancunier pour laisser en vie quelqu'un qui l'a trahi, à fortiori sa fille. Il est hors de question de prendre le moindre risque, que ce soit en ce qui concerne la vie de Kécile ou la vôtre.

- Ma vie n'est pas si importance pour que vous perdiez toutes les informations que je peux vous rapporter.

- Vous vous trompez, Severus, répondit Dumbleodre d'une voix plus douce. Votre vie est importante. Je ne dénigre pas la valeur de votre travail d'espion, mais je ne veux pas que vous soyez obligé de vous retirer en catastrophe des rangs de Voldemort, ou qu'il soupçonne votre véritable allégeance. Or, soit il vous demandera d'abattre Kécile, soit il vous ordonnera de me tuer à sa place. Peut-être même les deux. Vous ne pourrez faire ni l'un ni l'autre et votre trahison sera découverte. Mieux vaut qu'elle le soit pendant que vous êtes ici en sécurité à Poudlard.

- J'ai déjà maîtrisé des situations périlleuses. Laissez-moi donc juger s'il est temps pour moi ou non de me retirer des rangs du Seigneur des Ténèbres, répliqua sèchement le maître des potions.

- Severus, intervint Kécile d'une petite voix, bien loin de son ancienne assurance, je vous en prie, ne prenez plus de risques inutiles. Le professeur Dumbleodre a raison. Restez. Si je survis, je... je vais avoir besoin de vous, avoua-t-elle en baissant les yeux.

Il y eut un moment de silence dans la pièce. Dumbledore attendait de voir la réaction de Severus, Kécile fixait obstinément ses mains en espérant que son professeur ne rejetterait pas sa prière.

Celui-ci poussa un profond soupir et ferma les yeux. Elle était loin, la fière Princesse! Il aurait dû s'en réjouir, mais cela l'écoeurait. Cette petite fille brisée n'était pas plus proche de ce qu'il avait promis qu'elle serait: une petite fille heureuse. Et elle disait qu'elle avait besoin de lui. Hormis Dumbledore, personne ne lui avait jamais dit cela. Il réalisa qu'il avait en face de lui les deux personnes qui aujourd'hui comptaient pour lui. Rien n'avait d'importance dans sa vie, si ce n'est eux. Alors pouvait-il les décevoir?

- Je vais y réfléchir, finit-il par concéder.

- Merci Severus, répondit Dumbledore..

- Je n'ai pas dit que j'acceptais! souligna-t-il néanmoins d'un ton sec.

- Je le sais bien.

Oh... que ce sourire et ses yeux pétillants de malice l'exaspéraient parfois! Le vieux fou était persuadé d'avoir gagné la partie... Et en toute honnêteté, n'avait-il pas raison? Il détourna son regard du visage satisfait du directeur vers Kécile à qui il demanda d'un ton cassant:

- Et vous, Miss Gaunt? Vous aussi, vous devez choisir votre camp, à présent. Il est hors de question que je brise ma couverture pour rien.

Il y eut un nouveau temps de silence. Puis Kécile souffla:

- Je choisis le vôtre. Mais pas par conviction. Je n'en ai plus. Je veux dire... je ne crois plus aux méthodes de mon père, mais je ne crois pas non plus en vos idéaux. Tout ce que je sais c'est que... c'est que je ne pourrais pas vous tuer. Alors je ne peux pas retourner là-bas.

- Vous êtes en train de nous dire, Miss Gaunt, que vous choisissez le camp qui vous permet de rester en vie.

- Oui, avoua-t-elle.

- Et bien! Où est donc passé le légendaire courage des gryffondors? persifla Rogue

- Ça suffit, Severus! Vous oubliez qu'elle a trahi volontairement un Serment inviolable. Vous ne trouvez pas cela courageux, peut-être?!

- Non, suicidaire.

- Je n'ai jamais prétendue être courageuse, Severus. De toute manière, je n'ai jamais compris pourquoi le choixpeau magique m'a envoyé à Gryffondor. Je n'y ai pas ma place.

- Si, Kécile. Tu viens de démontrer que tu y avais ta place. Gryffondor te permettra de découvrir des qualités qui étaient étouffées en toi. Gryffondor te permettra de t'épanouir quand tu auras admis que c'est ta maison.

- Mes qualités n'ont rien à voire! J'aurais dû être à Serpentard parce que je... elle soupira profondément, consciente d'un nouvel aveu à faire, mais Dumbledore la devança:

- Parce que tu es l'Héritière de Serpentard.

Elle le regarda avec stupéfaction.

- Vous le saviez?!

Dumbledore hocha la tête. Kécile sembla alors s'emporter, toute tristesse un instant envolée:

- Alors j'avais tort de vous faire confiance. Voilà la raison de tous ses interrogatoires en règles! Vous n'attendiez que d'avoir une preuve pour me renvoyer, n'est ce pas?

- Calme toi, Kécile, intima Dumbledore. Je suis certain que tu n'es pas responsable de ces attaques. Je n'ai pas le moins du monde l'intention de te renvoyer.

Elle lui jeta un regard de défi. Et ce regard ressemblait tellement à celui que lui lançait Severus quand il était enfant!... Il n'allait cependant pas reproduire la même erreur. S'il avait laissé Severus s'éloigner, il ferait tout pour la rapprocher. Il s'accroupit devant son fauteuil et lui dit doucement:

- De la même manière que j'ai confiance en toi, fais moi confiance.

Les yeux de Kécile se troublèrent. Elle fixait son visage, guettant le moindre signe de mensonge, mais elle n'y vit que la sincérité. Allait-elle accepter de laisser tomber ses barrières?

- Pourquoi me faites-vous confiance? finit-elle par demander.

- Parce que c'est un vieux fou, commenta Severus d'un ton neutre.

Dumbledore sourit et Kécile eut un rire nerveux.

- Parce que je sais que tu ne ressembles pas à ton père. Parce que je sais que tu as un coeur.

- Et vous n'avez pas peur d'être déçu?

- On prend toujours le risque d'être déçu par ceux à qui on a donné sa confiance. Mais en le faisant, tu les empêches souvent de te décevoir.

- Moi, je ne peux pas vous faire confiance. J'aurais trop peur d'être déçue, avoua Kécile.

- Et comment pourrais-je te décevoir? demanda doucement Dumbledore.

- En ne voulant plus de moi.

Cette remarque presque puérile surprit le vieil homme. Comme un enfant qui demande à ses parents si ils l'aiment, elle semblait demander: "Est-ce que vous voudrez toujours de moi?": une question pleine d'un besoin d'attention et d'amour. Non. Ce n'était pas exact..." En ne voulant plus de moi." Elle admettait donc, presque inconsciemment qu'il serait là pour elle. Elle n'avait pas peur de ne pas être accepté, elle avait peur d'être rejetée.

- Qu'est-ce qui te fait croire que je ne pourrais plus vouloir de toi un jour? finit-il par demander.

Elle ne répondit pas. Elle haussa simplement les épaules en rougissant. Peut-être venait-elle de réaliser la portée de sa phrase. Il insista.

- Kécile? Réponds-moi, s'il te plait.

- Un jour, vous réaliserez qui je suis vraiment, et alors...

- Kécile, je sais qui tu es, et je sais surtout ce que tu peux devenir.

- Il y a des choses qui ne changent pas.

Severus comprit de quoi elle parlait. Jusqu'où irait-elle dans les aveux? Guère loin, apparemment. Elle ne rajouta rien, et Dumbledore semblait ne pas vouloir pousser le sujet plus en avant pour lors.

- Je sais que tu n'as pas été habituée à accorder ta confiance, Kécile. Il te faudra du temps, et je te l'accorde volontiers.

Dumbledore se leva et fit tourner sa baguette au-dessus de la pensine.

- Veux-tu récupérer ton souvenir, Kécile?

Elle hésita:

- Je ne sais pas... Je pense que ce serait mieux.. oui, je vais le... ou plutôt non, gardez-le, finit-elle par se décider.

- Tu pourras toujours le reprendre quand tu le souhaiteras.

Elle hocha la tête.

- Pas maintenant. Je... je ne suis pas prête à l'assumer, avoua-t-elle.

Dumbledore ne répondit rien, et alla ranger la pensine dans la vitrine de son bureau. Lorsqu'il revint s'asseoir dans le petit salon, Kécile demanda lentement:

- Professeur? Si je veux pouvoir rester dans votre camp, je dois partager vos convictions, n'est-ce pas?

- Kécile, répondit gravement Dumbledore, tu ne dois pas avoir mes conviction ou celle de ton père. Tu dois avoir les tiennes propres. Tu as vécu suffisamment de choses pour avoir ton propre jugement sur le monde qui t'entoure. Oublies tout ce que tu as appris jusque là. Observe. Ouvre-toi. C'est tout ce que je te demande.


Bon, ceci est ma théorie. J'espère que j'ai été assez claire. A la semaine prochaine!