Chapitre XIX: Choisir
Le trio s'asseyait à table pour dîner dans la Grande Salle. Les deux garçons avaient réussi à convaincre Hermione de quitter ses livres durant une petite heure pour un des dernières batailles de boules de neiges de l'année. A la fin du week-end, la neige qui recouvrait encore le parc de Poudlard se serait probablement transformée en une gadoue glissante et collante qui ferait hurler Rusard en maculant les couloirs de l'école.
Hermione regardait avec attention la table des Gryffondors et fronça les sourcils en s'asseyant.
- Tu cherches quelqu'un? demanda Harry.
- Kécile.
- Depuis quand cherches-tu la compagnie de cette prétentieuse? grogna Ron.
- Je ne cherche pas spécialement sa compagnie, Ronald, répliqua sèchement la brunette. Seulement, on ne l'a pas vue hier soir, et elle n'a pas dormi dans le dortoir cette nuit. Alors je commence à m'inquiéter.
- Pas besoin, vas! Miss Mystère nous a bien fait comprendre qu'elle n'a pas besoin de nous.
- La voilà! constata Harry.
Il lui fit signe de venir s'asseoir avec eux sans tenir compte du grognement de Ron qui maugréa: "T'es vraiment obligé?"
Elle semblait fatiguée.
- Ça va, Kécile? Tu n'as pas l'air bien?
- Ça va, Hermione, ne t'inquiètes pas pour moi, répondit-elle. Et elle lui adressa un petit sourire.
Le trio en resta soufflé. Que se passait-il?
Reprenant contenance, Hermione poursuivit:
- Tu n'as pas dormi dans le dortoir cette nuit. Où étais-tu?
- Tu ne peux décidément jamais t'arrêter de me poser des questions, constata Kécile d'un ton las mais néanmoins amusé.
- Ça t'étonne, Miss Mystère? demanda Ron agressif.
- Venant de Miss-J'ai-Toujours-Une-Question, non.
- Où étais-tu? insista Harry.
- Oh! J'ai eu envie de revoir mon serpent préféré. J'ai donc passé la nuit dans la chambre des Secrets, répondit Kécile narquoise en fixant Ron d'un oeil moqueur.
- Très drôle.
- Bon, assez plaisanté. Vous avez trouvé d'autres renseignements sur la chambre?
Il y eut un moment de malaise entre les trois élèves. Kécile continua.
- Hier soir, j'ai entendu à nouveau la voix fourchelangue. Et ce qui m'intrigue c'est que quand on arrive à la suivre, on se retrouve toujours à proximité des toilettes de Mimi Geignarde. Hier soir, encore, je me suis retrouvée là-bas. C'est à n'y rien comprendre. Tout le monde pense que ça s'est calmé, mais je ne le crois pas. Qu'est-ce que vous en pensez?
- Je rêve ou quoi? demanda Ron. Qu'avez-vous fait de Kécile Gaunt?
- Quoi?
- Depuis quand tu nous donnes des informations?
- Imbécile, répliqua simplement Kécile.
- Quelle éloquence!
- Ça suffit! ordonna Hermione. Finis de manger, Kécile, on te diras après.
- Attends! s'exclama à haute voix Ron. Vous n'avez quand même pas l'intention de...
- Ronald Weasley, le coupa Hermione d'un ton menaçant. Tu ne veux pas non plus crier plus fort. Je suis sûr que quelques Serpentards ne vont pas t'entendre!
Quelques minutes plus tard, Kécile s'enfermait avec le trio dans une salle vide et le sécurisait de puissants sortilèges d'intimité pendant que Ron pestait contre ses deux amis:
- Vous ne pouvez pas tout lui raconter! Vraiment c'est trop facile! On n'a aucune preuve qu'elle n'est pas mêlée à cette affaire.
- Ça suffit Ron, elle est dans cette affaire de la même façon que nous.
- Bon, alors? intervint Kécile avec un brin d'impatience. Vous vous décidez? Qu'est-ce qui s'est passé?
Ce fut Harry qui répondit.
- Tu te rappelles le journal de Jedusor qu'on a trouvé avec Ron dans les toilettes de Mimi Geignarde? Et ce jour de la Saint-Valentin?
Kécile ricana.
- Pas de danger que j'oublie ça!
- Il y a eu un accident idiot ce jour-là. Ma bouteille d'encre s'est brisée et renversée sur tous mes livres. Ils étaient tous tâchés. Sauf le journal de Jedusor.
- Attends! Tu veux dire que tu te balades avec ce journal en permanence sur toi?
- Pendant un temps, oui.
Kécile fronça les sourcils, mais lui fit signe de poursuivre.
- En fait, j'ai constaté que le livre absorbe l'encre et quand j'ai commencé à écrire dessus, il m'a répondu. Je lui ai demandé s'il savait quelque chose au sujet de la Chambre des Secrets, et il m'a répondu oui. Il m' a confirmé que la Chambre des Secrets a bien été ouverte il y a trente ans, quand il était en cinquième année. Il a fini par découvrir le coupable et l'a fait renvoyer. Les attaques ont cessées.
- Et qui était-ce? demanda Kécile les lèvres pincées
- C'est justement là que les choses se gâtent. Il m'a proposé de m'emmener dans son souvenir pour que je puisse voir de moi-même.
- Et tu as accepté?demanda Kécile éberluée.
- Oui.
- Tu es complètement inconscient! s'insurgea Kécile
- Eh! Ça va! Je suis vivant!
- Je vois ça! Et alors? C'était qui?
- Hagrid.
-... Pardon?!
- Voilà, constata Hermione. Tu as la même réaction que nous.
- Mais c'est complètement stupide!
- C'est pourtant ce que j'au vu.
- Mais Hagrid n'est pas un fourchelangue.
- On en sait rien après tout.
- Attends, Ron! Les fourchelangues, crois-moi ça ne court pas les rues!
- Il n'y a peut-être tout simplement pas besoin d'être fourchelangue pour accéder à la Chambre des Secrets, suggéra Hermione
- Si, répondit Kécile d'un ton catégorique.
- Comment tu le sais? attaqua Ron.
- Je le sais, c'est tout.
- Bien sûr, on va te croire, Miss Mystère!
- De toute manière, intervint Harry, le monstre n'était pas un serpent. C'était une araignée.
Il y eut un blanc, pendant lequel Kécile le fixa les yeux écarquillés avant de demander d'un voix totalement incrédule:
- C'est quoi encore cette idiotie?!
- Ce n'est pas une idiotie, s'emporta Harry.
- Réfléchis deux secondes, Potter!s'agaça Kécile. Depuis quand le monstre de Serpentard est-il une araignée? Tu crois que ça existe une araignée qui parle fourchelangue?!
- C'est pourtant ce que j'ai vu!
- C'est ce que ce Tom Jedusor a bien voulu te faire voir!
- Kécile! C'est un souvenir!
- Ah, oui? Permets-moi d'en douter! Depuis quand les souvenirs réfléchissent-ils par eux-mêmes. Déjà rien que cette histoire de journal qui te répond, ça me paraît louche. Ce bouquin transpire la magie noire, Harry! Ce Tom Jedusor, on ne le connaît pas, et il t'annonce que c'est Hagrid qui a ouvert la Chambre des Secrets et que le monstre de Serpentard est une araignée! Tu vas croire ça? Qu'est-ce que tu fais de cette voix qu'on entend tous les deux? Et les victimes? Elles n'ont pas été mordues, étouffées,non, pétrifiées. Et Hagrid? Si c'était lui le responsable de ce meurtre, explique moi ce qu'il fait en liberté!
Le trio était ébahi devant la virulence de Kécile, et réalisait la justesse de ce point de vue.
- On sait qu'il a été renvoyé, argumenta pourtant Harry Et on sait aussi qu'il adore les créatures monstrueuses.
- Je n'ai pas dit que Hagrid n'a jamais possédé une araignée et il est tout à fait possible que ce Tom Jedusor l'ai découvert et que Hagrid ait été renvoyé. Mais ça ne peut décemment pas être lui, l'Héritier de Serpentard. Les autorités de l'époque se sont grossièrement trompées et ont eu de la chance que les attaques aient cessées, c'est tou.
- Alors Tom Jedusor n'était pas si intelligent que ça finalement, s'il a cru avoir capturé le coupable, remarque Ron d'un air satisfait.
- Ouais! marmonna Kécile. Ou alors, justement, il l'était trop.
Kécile coupa court à la conversation en quittant la pièce. Les trois Gryffondors restèrent un court instant silencieux dans la pièce avant que Harry ne demande:
- C'est moi, ou elle s'est inquiétée?
- Je crois qu'elle a raison, Harry, répondit Hermione. Fais attention avec ce livre. Après tout, c'est vrai, ce n'est pas normal qu'il te réponde.
- Pour une fois, je suis de son avis, reconnut Ron. En ce qui concerne le journal, et en ce qui concerne Hagrid.
- Tu ferais mieux de t'en débarrasser.
- C'est ce que quelqu'un a déjà essayé de faire.
- On comprend pourquoi, grommela Ron.
Mais lorsque les deux garçons remontèrent dans leur dortoir, Harry s'agenouilla devant sa malle.
- Qu'est-ce que tu fais? demanda Ron
- Je vais suivre le conseil d'Hermione, sans le suivre.
- Hein?
- Je ne vais plus garder ce journal en permanence avec moi. Mais je le conserve. On sait jamais. Il pourra peut-être nous être utile.
- C'est toi qui voit, vieux. répondit Ron en se mettant au lit.
- Dis...? finit-il par demander un peu plus tard
- Hum?
- Tu penses quoi de Kécile, maintenant?
- Plus rien du tout, Ron!
Et tous deux partirent d'un éclat de rire.
Pendant ce temps, dans le dortoir des filles, l'atmosphère était particulière. Hermione sentait que quelque chose avait changé. Kécile était plus détendue. Elle n'avait plus ce masque de froideur digne de Malfoy sur le visage, elle semblait plus... ouverte. Mais en même temps, son visage était marquée par une certaine tristesse... peut-être était-ce trop fort... mélancolie, alors? Elle n'arrivait pas à le définir.
Kécile dut sentir le regard d'Hermione fixé sur elle car elle leva les yeux de son livre.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Rien, répondit Hermione en secouant la tête et en commençant à préparer ses affaires pour la nuit.
- Je sais que je n'aurais pas dû m'emporter comme ça tout à l'heure, mais c'est tellement débile de votre part de croire ça! Et tellement inconscient de la part d'Harry!
- Ce n'est pas ça. T'inquiètes. J'ai parfaitement compris ce que tu voulais dire tout à l'heure.
Et Hermione s'enferma dans la salle de bain.
A nouveau seule, Kécile se prit à songer que finalement, s'ouvrir, comme le lui avait demandé Dumbledore, n'était peut-être pas si difficile. Enfin, se dit-elle, tant que les autres ne cherchaient pas à savoir tout ce qu'elle avait à cacher... ce serait toujours une barrière, regretta-t-elle amèrement.
Une heure plus tard, .Kécile sortait de la salle de bain, et constatant que Lavande et Parvati étaient montées, lança:
- La salle de bain est libre, les filles.
Elle n'eut pas de réponse, mais ne s'en préoccupa pas et allait ranger son livre lorsque Parvati lui demanda:
- Il neige?
Kécile la regarda sans comprendre:
- Non, pourquoi?
- Tu viens de nous adresser la parole.
Kécile haussa les épaules et se détourna pendant que Lavande gloussait bêtement.
- Si ça te dérange, dis le moi! répondit-elle.
- Non, ça va, répliqua Parvati en se dirigeant vers l'autre pièce. Maintenant que le choc est passé, je serais préparée à ce que Princesse Lointaine puisse me faire l'honneur de me parler de son propre chef.
Lavande gloussa un peu plus fort alors que Kécile s'était retournée pour fixer d'un air éberluée la porte de la salle de bain.
- Comment elle vient de m'appeler? demanda-t-elle d'une voix blanche.
- Princesse Lointaine, répondit Lavande.
- C'est le surnom que t'a donné toute la maison de Gryffondor, expliqua Hermione sans pouvoir retenir un sourire.
- Ne m'appelez jamais comme ça devant moi! aboya Kécile en se fourrant sous ses couvertures d'un geste rageur.
Le lendemain matin, Kécile arriva un peu en retard à la table du petit-déjeuner pour avoir trop dormi. Elle s'assit entre Hermione et Lavande, en face de Harry.
- Bonjour, dit-elle en se servant son chocolat.
- Bonjour, répondit Hermione, tandis que Ron et Harry se lançaient un regard perplexe. Bien dormi?
- Très bien, avoua Kécile avec un léger sourire.
- C'est vrai que tu as meilleure mine qu'hier, remarqua Harry.
- Au fait, désolée pour mon coup de gueule, hier soir.
- C'est rien, j'ai compris, répondit Harry en haussant les épaules.
- C'est Noël à retardement, ou quoi? demanda Ron, sans chercher à cacher sa surprise.
Kécile fronça les sourcils, se doutant que le commentaire lui était attribué:
- Quoi, Ron, qu'est-ce que j'ai dit encore?
- Tu t'es excusée! C'est une première!
- Eh bien, quoi? Il en faut bien une à tout! On attend toujours celle où tu feras preuve d'intelligence...
Ron s'étouffa dans son café au lait, pendant qu'Harry mordait dans son toast pour ne pas éclater de rire.
- Rectification, grogna-t-il, rien n'a changé.
- Tu me cherches, tu me trouves, Weasley. Cela, je suis d'accord avec toi, ça ne changeras jamais.
Neville interrompit l'échange en arrivant d'un air affolé à la table.
- Qu'est-ce qui t'arrive, Neville, s'enquit aussitôt Hermione.
- Potions, gémit celui-ci.
- Quoi? Potions?demanda Kécile sans comprendre.
- Il y a contrôle de potion aujourd'hui, répondit Harry à sa place d'un air sombre.
- Et c'est ça qui te met dans un état pareil? s'exclama-t-elle.
Neville hocha la tête, la mine grise.
- Au cas où tu serais trop dans ton petit monde pour l'avoir remarqué, répondit Seamus, je te signale que Rogue a une légère tendance à s'acharner sur Neville.
- J'ai surtout remarqué que Neville en est au moins à son dixième chaudron fondu depuis le début de sa scolarité.
- Bien sûr, ce genre d'accident, ça ne t'es jamais arrivé, Miss Parfaite.
- Euh... non.
- Ouais, pourtant, c'est pas toi qui t'es ramassée une année de cours particuliers avec Rogue, l'an passé? constata Dean.
- Tu as raison, reconnut Kécile. Mais son sourire en coin n'échappa pas à Hermione. Et au vue de mes résultats cette année, je ne peux qu'avouer que c'était efficace. Tu devrais peut-être lui demander des cours particuliers, toi aussi, Neville...
Et un sourire narquois sur les lèvres, elle se leva de table, devant une assemblée de Gryffondors sidérée.
A la table des professeurs, le directeur et Rogue échangèrent un regard. Dumbledore eut un sourire. Kécile suivait son conseil.... à sa manière, bien sûr.
Durant la journée, élèves et professeurs allèrent de surprise en surprise avec Kécile. En réalité, Kécile ne comprenait pas pourquoi il suffisait qu'elle ouvre la bouche ou lève la main pour donner une réponse en cours pour que tous la regardent avec de yeux ébahis, jusqu'à ce qu'Hermione ne lui fasse remarquer qu'elle n'avait jamais adressé la parole à quiconque si ce n'est pour l envoyer plus ou moins vertement sous les roses. Le seul à trouver ce changement de comportement normal était Rogue qui lui glissa à la fin du cours qu'il l'attendait après dîner.
Kécile était aussi agacée de voir que malgré ses efforts, on lui répondait souvent d'un ton mauvais, suspicieux ou moqueur.
- Tu t'attends à quoi? lui demanda Ron au cours du dîner. Ça fait un an et demi que tu nous envoie bouler dès qu'on te parle, et là tout d'un coup t'arrives la bouche en coeur, et tu voudrais qu'on te reçoive à bras ouverts? Faut pas rêver!
- Ron! Kécile fait un effort pour être aimable, tu pourrais en faire un toi aussi.
- Explique-moi pourquoi tout d'un coup Miss Mystère cherche à être aimable avec nous?
La moitié de la table des Gryffondors écoutait la conversation.
- Il a dû lui arriver quelque chose, répondit Hermione, comme si l'intéressée n'était pas présente.
- Oui! Et une fois de plus, on ne sait pas quoi!
- Hermione, intervint Kécile alors qu'elle allait répliquer, laisse. Il n'a pas tort. C'est vrai que je n'ai jamais rien révélé à mon sujet, et ça ne va pas changer. Je reconnais cependant comme tu me l'as fait remarqué tout à l'heure que l'attitude générale est méritée. Je vous ai tous trop ignoré.
- Oh! s'exclama Dean. Son altesse Princesse Lointaine admet nous avoir ignoré et consent à poser son...
Dean ne put achever sa phrase brusquement suffoqué, et commença à tousser pour pouvoir respirer. Kécile s'était brutalement levée, et un silence de mort s'était abattu sur la Grande Salle. Les Gryffondors la voyait trembler et sentait son aura électriser l'air ambiant. Elle finit par cracher alors que Dean reprenait son souffle:
- Ne m'appelez plus JAMAIS Princesse!
***
- Brillant, votre petit esclandre, commenta Severus d'un ton narquois.
Kécile souffla bruyamment dans la tasse de thé qu'il venait de lui servir.
- Je peux en connaître la nature exacte? poursuivit-il.
- Ils m'ont surnommé Princesse Lointaine.
- Et alors? Reconnaissez que c'est bien trouvé.
Kécile lui jeta un regard noir qui se tinta rapidement de tristesse. Deux minutes plus tard, elle pleurait silencieusement, pelotonnée sur le fauteuil, et Severus dût se lever pour lui retirer la tasse de thé de ses mains tremblantes avant qu'elle ne se brûle. Il se sentit un peu coupable de l'avoir provoquée de cette manière. Il se traita intérieurement de tous les noms pour ne pas avoir compris que la gamine souffrait bien plus qu'elle ne le laissait paraître. Après tout, son monde s'était effondré en peu de temps, et une menace de mort planait toujours au-dessus de sa tête.
Il s'assit sur l'accoudoir et caressa d'une geste maladroit ses cheveux noirs.
- Je suis désolé, souffla-t-il.
- Ne le soyez pas, hoqueta-t-elle. Après tout, vous le pensez réellement, que je mérite ce surnom, n'est-ce pas?
- Oui, avoua-t-il. La Kécile que tout le monde voit mérite ce surnom. Mais celle que j'ai vu avant hier soir et hier ne le mérite pas.
Kécile sécha ses larmes.
- Ils ont raison. Ils m'ont fait prendre conscience de ma vanité. Dire que je croyais mériter ce titre! Princesse... C'est grotesque.
Severus secoua la tête en se relevant.
- Non, dans le contexte où vous avez grandi, ça ne l'était pas. Je vous ai appelé ainsi pendant des années sans penser que c'était ridicule. De la même manière que j'appelais votre père le Seigneur des Ténèbres.
Il se rassit dans le canapé en face d'elle et attendit qu'elle parle à nouveau. Elle avait repris son thé et le sirotait en réfléchissant. Au bout d'un moment, elle reposa sa tasse avec une légère moue de dégoût et déclara:
- Dumbledore a tort de me faire confiance.
- Pourquoi?
- Moi-même je ne me fais pas confiance.
- Ça n'est pas un bon argument.
- Et que je me sente mal d'avoir trahi le Seigneur des Ténèbres, c'est n'est pas un bon argument, peut-être? demanda-t-elle en haussant légèrement la voix dans une naissance de colère contre elle-même.
- Non. C'est normal.
- Normal?!
- C'est votre père.
- C'est un monstre.
- Heureux que vous le réalisiez. Mais vous ne pourrez malgré tout pas le reniez comme cela. Il a fait ce qu'il fallait pour.
- C'est-à-dire?
- Il vous a élevé dans la crainte et dans le respect des liens du sang. Alors bien sûr, vous vous sentez coupable. Et puis tourner le dos au Seigneur des Ténèbres est lourd de conséquences. C'est signer son arrêt de mort. Et à moins d'avoir des appuis solides, on n'y échappe pas.
- Et si je trahissais Dumbledore comme j'ai trahi le Seigneur des Ténèbres.
- Vous ne le trahirez pas, il n'y a pas de danger.
- Pourquoi en êtes vous aussi certain?
-Vous partagerez rapidement ses idées. Vous êtes à Gryffondor après tout! La maison des éternels égalitaires... répondit Severus avec une pointe d'ironie.
- Vous voulez parlez de ces idées sur les moldus?
- Entre autre. Vous semblez finalement bien vous entendre avec Granger.
- Elle est intelligente, et douée, je suis bien obligée de le reconnaître. Au fait, pourquoi vous acharnez-vous autant sur Londubat? C'est un sang-pur...
- Et un cornichon.
Kécile pouffa devant le ton de constatation de son professeur.
- Vous ne croyez pas être un peu lapidaire?
- Réaliste.
- Il est peut-être très timide.
- Il n'est surtout pas doué.
Kécile haussa les épaules.
- Il n'est pas méchant.
- On ne s'en sort pas dans la vie en n'étant simplement "pas méchant", Miss Gaunt! Vous pouvez au moins retenir cela de vos années passées parmi les mangemorts.
- Peut-être, mais Crabbe et Goyle, par exemple, ne sont pas plus doués que Neville, je dirais même qu'ils sont pires, et avec ça ils sont méchants. Pourtant vous ne vous acharnez pas sur eux. Ce n'est pas juste!
- Ils sont de ma maison.
- Et alors?
Severus lui lança un regard narquois.
- Voilà une remarque qui devrait vous éclairez sur pourquoi vous n'êtes pas à Serpentard, et pourquoi vous aurez votre place dans le camp de Dumbledore, ricana-t-il.
Kécile ne répondit pas et médita sur ce qu'ils venaient de dire. Une heure s'écoula tranquillement. Puis Kécile se leva pour partir. Elle demanda alors:
- Qu'est-ce qui vous a fait comprendre que les sang-de-bourbe...
- Les nés-moldus, coupa Severus.
- Pardon, que les nés-moldus ne sont pas inférieurs aux sang-purs?
Severus soupira.
- Une femme. Une née-moldue. Brillante, Intelligente. Belle. Et profondément humaine.
- Vous l'aimiez? demanda Kécile.
Severus fronça les sourcils et répondit d'une voix menaçante:
- J'ai tout gâché par cette stupide idéologie de sang-pur, alors que moi-même je n'en suis pas.
- Vraiment? s'étonna Kécile.
- Qu'est-ce que vous croyez?cracha Severus. Que tous les mangemorts sont des sangs-purs? Les rangs de votre père seraient bien clairsemés si c'était le cas.
- Je l'ignorais, avoua Kécile d'une petite voix.
Severus inspira profondément pour se calmer.
- Le Seigneur des Ténèbres vous a probablement caché bien d'autres choses pour ne pas vous effrayer, reprit-il d'une voix neutre. Il agit toujours ainsi avec ses adeptes jusqu'à ce qu'ils soient marqués. Après, qu'ils découvrent la vérité! C'est trop tard.
Le vendredi soir, après une semaine éprouvante, où Kécile fit tous les efforts du monde pour être aimable avec ses camarades, elle ressentit le besoin de voir Dumbledore. Durant le dîner, elle avait croisé son regard pétillant et espérait que le sourire qu'il lui avait adressé lui donnait l'autorisation de monter dans le bureau du directeur.
Le mot de passe n'avait pas changé. Lorsqu'elle pénétra dans la pièce à l'atmosphère chaleureuse, Fumsec hulula doucement et cligna des yeux comme pour la saluer. Elle sourit légèrement, se sentant un peu rassurée.
Elle avait pris une grande décision. Une décision qui allait probablement changer sa vie. Si Dumbledore acceptait, elle espérait parvenir à tenir la promesse qu'elle s'était faite. S'il refusait, ce serait beaucoup plus difficile, mais elle essaierait malgré tout.
Le vieil homme entrait justement dans le bureau et lui sourit avec chaleur.
- Bonsoir,Kécile.
- Bonsoir, professeur.
- Viens donc dans le salon. Ce bureau est trop protocolaire! dit-il en ouvrant la porte.
- Je l'aime bien, avoua Kécile.
Dumbledore sourit, et fit apparaître du thé et des biscuits sur la table basse. A côté de la théière, reposait encore le manuscrit d'Erlésie Deschavelles. Elle frôla du doigt, une ombre passant sur son visage. Et s'ils se trompaient? Elle ne regretterait rien, finalement, reconnut-elle.
Dumbledore observait la petite fille. En une semaine, elle avait incroyablement changé. Il avait été le témoin de ses efforts envers ses camarades, l'avait vu sourire et parler avec animation avec le fameux trio de Gryffondor, avait entendu les commentaires satisfaits des professeurs. Mais surtout, son visage s'était éclairé. Sa conscience était vraiment apaisée, elle était sure de son choix. Son masque hautain et froid avait laissé place à un visage digne et plus doux. Sa carapace, loin de disparaître lui servait encore souvent d'armure, mais elle montrait de plus en plus souvent ce qu'elle était vraiment: une enfant meurtrie mais courageuse qui cherchait à accepter ce qu'elle était et à assumer ses choix.
Durant les conversations presque quotidiennes avec Severus, le mangemort lui avait ouvert les yeux, parfois de manière crue, sur l'anormalité de son enfance, la cruauté de son éducation. Elle était encore loin de tout accepter, mais elle avait compris d'après Severus que Voldemort n'était pas ce qu'elle pouvait considérer comme un père. Elle commençait à comprendre qu'elle avait été embrigadée de force, et qu'elle pouvait se dégager des idéologies de son père.
- Je voulais vous dire quelque chose, professeur.
- Quoi donc?
- Je... J'ai décidé de vous faire confiance.
Dumbledore sourit.
- Et donc, si j'ai bien compris, de te faire confiance à toi-même?
- Je vais essayer.
- C'est bien Kécile.
Et il y avait une telle douceur dans sa voix qu'elle sentit ses yeux piquer. Elle battit frénétiquement des paupières et prit son courage à deux mains pour oser lui poser la question qui l'avait amenée ici, ce soir.
-J'aurais une requête, avoua-t-elle dans un murmure.
- Je t'écoute.
- J'ai peur que ce ne soit trop vous demander, mais est-ce que... est-ce que...
Dumbledore la voyait bafouiller, rougissant brusquement, comme si elle allait lui demander une énormité. Il l'encouragea d'un regard. Elle finit d'un ton très bas, le regard fixé sur ses genoux:
- Est-ce que vous accepteriez d'être mon mentor?
Il ne répondit pas tout de suite. Il la voyait attendre la réponse immobile, légèrement tremblante, et en voulut tout d'un coup terriblement à Voldemort d'avoir ainsi brisé cette enfant. Il s'approcha d'elle et lui redressa le visage d'une main douce. Elle tressaillit violemment au contact et lui jeta un regard apeuré qu'il tenta d'ignorer.
- Je te remercie, Kécile, de me le demander. J'accepte avec joie. Et je suis conscient de l'effort qu'une telle demande exige de toi. Elle soupira de soulagement et sortit d'un geste fébrile un rouleau de parchemin de sa poche qu'elle lui tendit.
- J'ai aussi décidé d'avertir moi-même V... Voldemort de ma trahison. Voici la lettre que je vais lui envoyer.
Impressionné et légèrement ému, il déroula le parchemin et lut la lettre adressée au mage noir. Une lettre qui montrait une telle volonté de changer, de se libérer, un telle envie de faire confiance en l'avenir, qu'il sentit les larmes lui venir aux yeux.
Monsieur,
Cette lettre va probablement provoquer une grande fureur chez vous, et je plains d'avance les Mangemorts qui auront à essuyer votre colère. Néanmoins, ma pitié pour vos serviteurs reste très limitée. Contrairement à moi, ils ont fait ce choix, qu'ils l'assument.
Cette entrée en matière vous laisse augurer de la suite...
La raison de cette lettre, la voici: J'ai décidé, moi aussi de faire mon choix, et comme vous vous en doutez, il n'abonde pas dans votre sens. Je n'ai pas tué Albus Dumbledore, et je me refuse définitivement à le faire. Contre toute attente, la trahison du Serment Inviolable n'a pas eu de conséquences, il semblerait que je sois bien vivante...
Cette désobéissance délibérée à votre ordre n'est que le premier d'une longue série, puisque dorénavant, je ne reconnais plus votre autorité sur moi, et je me place sous la protection de celui que j'aurais dû tuer et qui sera mon mentor.
J'ai décidé d'assumer le nom tristement célèbre que vous m'avez donné, et je pense un jour pouvoir assumer toute mon ascendante.
Je vous informe de plus que vous ne reverrez plus dans vos rangs Severus Rogue, espion de Dumbledore et principal responsable de mon changement de camp.
Je crois qu'il est inutile d'ajouter quoi que ce soit. Je suis parfaitement consciente que ma rébellion va faire de moi l'une de vas cibles prioritaires, mais ne comptez pas que j'attende la punition sagement et patiemment, avec soumission, comme je l'ai fait jusqu'à présent.
Kécile Voldemort.
Ouf!!Fini! Cette lettre était prête depuis des lustres, mais j'étais vachement stressée en l'a retappant! Dingue! Encore plus que pour rédiger la fin du chapitre 11!
Bon j'espère que ça vous a plus.
Je préfère quand même vous avertir que la vie ne va pas se révéler tout rose pour Kécile dans les prochains chapitres! ben non! Vous pensez bien qu'après réception d'une telle lettre, Voldemort ne va pas rester de marbre...
A la semaine prochaine!
