Au fait les enfants, j'en parle plus jamais, mais y a un forum ffnet (accessible avec votre compte ffnet yay) fr sur haikyuu. On s'y amuse bien. Vous pouvez y lancer des défis et tout, c'est les vacances. Ça s'appelle Troisième Gymnase et le lien est sur mon profil, lol.
Merci pour votre lectuuure ! Je vous présente mon chapitre préféré :D (Pour l'instant, haha. Car j'aime le gros cliché.) Also il est long, oups. Bonne lecture :3
— Ils mentent.
Le sang d'Akaashi se glaça dans ses veines. Bokuto regarda par-dessus son épaule, cherchant la personne à l'origine de cette assertion. Shirofoku, elle, toisa le nouveau venu, les mains sur les hanches.
— Ils mentent ? l'interrogea-t-elle. Qui ?
— Ces deux-là, dit un garçon aux cheveux noirs retombant sur son visage constellé de taches de rousseur dont nul ne connaissait la provenance, ses parents ayant été dotés d'une peau quasi parfaite qui déclenchait les jalousies de tous ceux qui croisaient leur route. Ils sont que dalle ensemble. C'est des conneries, tout ça.
Il leva le menton en direction d'Akaashi comme s'il répugnait à prononcer son nom.
— Bien son genre, à celui-là. Inventer des couilles en croyant que tout le monde les avalera comme des profiteroles tout droit sorties du four.
On était mercredi. Ryōta, ses yeux sombres constamment cernés pour une raison qui restait mystérieuse, dévisageait les trois adolescents avec une expression de profond mépris.
— Ils sont ensemble, les défendit Shirofoku (le ciel bénissait Bokuto et les secrets qu'il lui vendait chaque soir !). Je peux te l'assurer, je vis avec eux quasiment toute la journée.
— Et je devrais te croire ?
— Connaître les relations liant les membres de mon équipe fait partie de mon rôle de manager.
Bien essayé, pensa Akaashi. Malheureusement, Ryōta n'achetait pas ; à vrai dire, il aurait refusé de la croire quand bien même lui aurait-elle annoncé que l'eau mouillait.
— J'te crois pas. Akaashi pourrait pas pécho même s'il achetait quelqu'un pour. Il a pas les couilles pour ça.
Shirofoku dut faire de gros efforts pour réprimer son sourire.
— Parce que tu peux, toi ? répliqua-t-elle.
Elle devait avoir les petits cons dédaigneux en horreur, pour soutenir ainsi ses coéquipiers sans aucune forme de rémunération.
— C'est moi qu'on paye, pas l'inverse.
— Sûrement que des vieux, commenta Akaashi à la tempe duquel une veine commençait à battre dangereusement. Tu sais que c'est pas légal, ton petit commerce ?
— Tu te prends pour un comique, Keiji ?
— Et toi pour une lumière, Ryōta ? J'espère que tu comptes pas devenir détective. Tu saurais pas reconnaître un cadavre en marchant dessus.
Bokuto et Shirofoku poussèrent des sifflements impressionnés.
— Pas besoin d'être un détective pour comprendre votre petit manège de merdeux. Qui tu crois tromper, hein ? J'suis sûr que tu l'as engagé.
— Mes amis à moi n'ont pas besoin que je les paye pour me suivre, lança Akaashi.
— Tes « amis », hein ?
— Et si t'allais voir ailleurs si j'y suis ? Moi qui avais osé espérer que tu t'étais amélioré en quatre ans.
— Tu devrais jouer au loto, Keiji. Ça te permettrait peut-être de t'acheter un sens de la répartie.
Reiko choisit cet instant précis pour arriver, Akio dans les bras, Kazuo et Mayu sur les talons.
— Ryōta ! Hitomi et les gamins sont arrivés, on se demandait où t'étais passé !
Hitomi, sœur de Ryōta de onze ans son aînée, s'était contentée de les saluer vite fait avant de déposer ses enfants à l'intérieur pour foncer sur Haruna.
Ryōta afficha son plus beau sourire angélique et se jeta dans leurs bras. Derrière eux, Mayu mimait silencieusement l'acte de vomir. Shirofoku leva le pouce en l'air.
— Reiko-neesan, Kazuo ! Ça fait teeeellement longtemps ! s'exclama-t-il en leur souriant avec ostentation.
On aurait dit une tout autre personne. Bokuto entrouvrit la bouche, sous le choc. Ses lèvres formèrent les mots : « une deuxième personnalité ? » et celles d'Akaashi répondirent aussi discrètement que possible : « non, un serpent. »
— C'est vrai, dis ? C'est vrai que Keiji et Bokuto-san sont ensemble ?
— Toi aussi, tu l'appelles Bokuto-san ?
Akaashi se jura d'appeler Bokuto « Kōtarō » pour les six cents années à venir.
— Je suppose qu'ils le sont, répondit Kazuo en riant. Ils forment une belle paire, hein ? Et il paraît que Kōtarō mesure 1m85.3 ! Incroyable.
Akaashi se jura de ne plus jamais laisser Bokuto renseigner sa taille à qui que ce soit.
— Genre, vraiment ? Ensemble ensemble ? Style, baisers gluants et compagnie ?
Akaashi se jura d'assassiner ce petit fils de pute dès qu'il en aurait l'occasion. Il ne prit même pas la peine de se morigéner sur le choix des termes. Il ne trouvait pas mieux.
Reiko gloussa.
— Ils sont plus discrets que ça, rit-elle. Keiji est un timide, au fond, pas vrai, Keiji ?
Il acquiesça vivement. De la timidité, c'était ça. Pas de complot ni d'étrange machination, sous aucune forme que ce soit.
— Discrets, vraiment ? Vraiment ?
Bokuto, Shirofoku et Akaashi déglutirent dans un mouvement parfaitement synchronisé.
— Pourquoi vous le feriez pas pour nous, les gars ? J'suis sûr que ça doit vous manquer. Faut vous habituer à avoir des témoins, hein ? Vu qu'on sera là toute la semaine...
Toutes les couleurs s'échappèrent des joues d'Akaashi pour se plaquer sur le visage de Bokuto.
— Oh, ils ont bien le droit d'avoir un peu d'intimité ! rit Kazuo. Regarde, ma femme et moi...
— Hé, Kōtarō, Keiji ! l'interrompit une voix au loin.
Akihiko arrivait vers eux, un grand sourire campé sur les lèvres.
— J'ai réservé le gymnase ! déclara-t-il d'une voix remplie de fierté. Pour qu'on puisse s'entraîner.
Akaashi remercia silencieusement tous les dieux connus et inconnus pour leur intervention plus qu'opportune.
— C'est dans vingt minutes et juste pour deux heures, alors on ferait bien de se dépêcher. On a le droit d'utiliser toute une moitié du terrain !
Bokuto, Akaashi et Shirofoku s'empressèrent de fuir vers la maison pour se changer et prendre leur sac, puis grimpèrent dans la voiture d'Akihiko en adressant de grands signes de la main à Ryōta. Celui-ci y réagit d'un geste très grossier dont, fort heureusement, ni Reiko ni Kazuo ne furent témoins.
La salle était vaste et bien entretenue. L'entraînement se passa si bien qu'Akaashi regretta de devoir le terminer lorsqu'un groupe d'enfants de primaire vint réclamer le terrain. Ils le cédèrent à contrecœur, discutèrent un peu des matchs qui les attendaient, de leurs équipes respectives, de l'habituel camp de Shinzen à venir. Il s'avéra qu'Akihiko était un joueur, si pas excellent, au moins d'un niveau honorable. Comme Bokuto, il jouait en tant qu'ailier, mais, au contraire de lui, se spécialisait dans la réception. Au niveau de la force, il rivalisait d'ailleurs presque avec ce dernier ; son côté technique, par contre, laissait un peu à désirer. Il leur apprit qu'il n'aimait pas les matchs officiels et se distinguait particulièrement en échanges amicaux, raison pour laquelle il restait la plupart du temps sur le banc.
Lorsqu'ils revinrent chez Mashiro, ils découvrirent un charmant chaos de tables et de chaises disparates placées dans le jardin, ainsi que deux barbecues rouillés en train de chauffer sous le regard vigilant de Yae, sœur de Norie et mère d'Akihiko et Mayu, et de Shun, son mari, avec qui elle discutait posément.
— Bénie soit cette famille, murmura Shirofoku avec un profond recueillement, et Bokuto posa la main sur son cœur en acquiesçant gravement.
Haruna se jeta sur eux dès leur arrivée pour les supplier d'aider en cuisine. Akaashi préféra envoyer ses deux amis dresser la table, par sécurité, et se dirigea avec Akihiko à l'intérieur. Ryōta, constata Akaashi, avait lui aussi été mis à contribution. Ils s'ignorèrent superbement ; vu les êtres naïfs qui vaquaient à leurs occupations dans la pièce, c'était encore la meilleure stratégie à adopter. Après tout, certains prenaient toujours Ryōta pour un petit angelot cul nul et grassouillet sorti tout droit du ciel, sa harpe à la main, son couteau caché dans l'autre.
Ryōta, malheureusement, ne resta pas stoïque bien longtemps. Il s'extirpa de sa coquille d'affabilité dès le début du dîner.
Le repas, au grand bonheur de la plupart d'entre eux, était gargantuesque. Shirofoku avait entassé tant d'aliments sur son assiette qu'Akaashi douta un instant de sa capacité à les ingurgiter. Elle le détrompa en quelques minutes. Pour cette assiette-là et pour les trois suivantes.
— C'est tellement bizarre, se confia Ryōta à sa voisine d'en face, juste assez fort pour qu'Akaashi qui, par malheur, se trouvait juste à côté de lui, puisse l'entendre.
Haruna lui adressa un regard étonné.
— Quoi ? demanda-t-elle.
— Ce Bokuto-san semble vraiment sorti de nulle part. Je me demande pourquoi Keiji ne nous en a pas parlé avant.
— Je suis juste là, signala celui-ci en attrapant rageusement un morceau de viande qui n'avait rien demandé. Et il n'est pas sorti de nulle part. On se connaît depuis plus d'un an.
— Ah bon ? s'exclama Ryōta, faussement surpris. Ça alors. Quand je pense que tu nous as caché ça si longtemps. Vous êtes ensemble depuis quand ?
— Février, répondit machinalement Bokuto qui, bien sûr, avait suivi la conversation.
— Février ? Eh bah. Ça fait un petit temps.
— Ça durera longtemps encore, rétorqua-t-il sèchement.
Akaashi n'était pas le seul à exécrer le personnage, apparemment.
— Et dire que Norie n'en avait jamais entendu parler ! T'es du genre discret, c'est ça ?
Quiconque avait vu Bokuto savait qu'il était très loin d'être « du genre discret ». Akaashi serra les dents.
— Je n'ai pas besoin que toute la Terre soit au courant, cracha-t-il.
— Bien sûr. Mais quand même, ta sœur... je croyais que vous vous racontiez tout.
— Tu croyais mal, répliqua-t-il froidement.
— Oh, ne te mets pas sur la défensive, je disais ça pour rire.
Pour rire. Il en avait de bonnes, celui-là.
— Mais quand même... ce serait marrant, non, que Keiji ait juste amené quelqu'un pour nous faire croire qu'il était pris ?
Il ricana. Bokuto enlaça d'un bras un Akaashi qui eut bien du mal à réagir de façon naturelle et répondit :
— Qu'est-ce qui te fait dire ça, Ryōta-kun ? Ta propre incapacité à te trouver une petite amie qui accepte de subir ta présence plus d'une heure ou deux ?
La plupart des témoins échangèrent des regards impressionnés.
— Keiji n'est pas le seul à être sur la défensive, on dirait, continua Ryōta. Enfin, ce n'était qu'une plaisanterie. Personne ne serait assez stupide pour organiser un truc pareil, n'est-ce pas ? Et personne non plus pour l'accepter.
Les yeux de Bokuto et Ryōta s'affrontèrent un moment, puis ce dernier décida de reporter son attention sur son assiette et de parler d'autre chose.
Akaashi, en son for intérieur, se sentait ulcéré. Il ne prit plus la parole de tout le reste du repas.
Le soleil avait disparu depuis quelques heures quand on mit les enfants à coucher ; toujours dehors, seulement éclairés par les lueurs des lanternes allumées çà et là, les adultes riaient entre eux, leurs assiettes et bols vides abandonnés sur la table. Une bouteille de saké passait de mains en mains, remplissant joyeusement les verres et égayant les esprits. Elle s'arrêta devant Reiko qui la tendit à Shirofoku avec un sourire goguenard.
— Reiko, fit Akaashi, mais elle posa un doigt sur ses lèvres pour le faire taire en désignant Yukiko, Erina et Shōtarō qui se préparaient à quitter la table pour profiter d'une nuit de sommeil bien méritée.
— Juste une fois, dit Reiko à voix basse. On est entre nous. Et puis, tu ne vas pas continuer à tirer la tronche toute la soirée !
Elle parlait comme si c'était sa faute ; Ryōta, à côté de lui, attendait sa réaction, dans les yeux une lueur de défi, sûr et certain qu'Akaashi refuserait la proposition par principe. Hors de question qu'il lui fasse ce plaisir, néanmoins. Il attrapa la bouteille en le fixant intensément, puis remplit son verre qu'il vida d'un trait et sans sourciller.
— Eh bah, Keiji ! commenta Akihiko qui s'était rapproché d'eux. Tu nous en caches, des choses !
Pas vraiment. Il avait développé une telle maîtrise de lui-même qu'il parvenait simplement à masquer la brûlure intense qui lui dévorait la gorge et les larmes qui lui montaient aux yeux. Il posa son verre sans un regard pour Ryōta.
— Il fait juste semblant, asséna ce dernier avec une moue méprisante qu'il n'essayait même plus de cacher.
— Il est doué ! s'exclama Reiko. Je n'en attendais pas moins de toi, petit frère !
Enthousiasmée par cette première expérience, elle décida de servir tous les verres disponibles devant elle, à l'exception de celui d'Akihiko, celui-ci se refusant à toucher à la moindre goutte d'alcool. Ryōta observa son verre un long moment ; à côté de lui, Shirofoku avala le liquide sans un tressaillement, tandis que Bokuto débouchait une nouvelle bouteille, bien décidé à rendre à l'irritant cousin la monnaie de sa pièce.
Ryōta, courroucé, tenta de vider son propre verre. Il toussa. Akaashi eut un sourire.
— Trop fort pour toi, Ryōta ? Désolé, j'aurais peut-être dû te prévenir.
— Keiji devient vraiment sauvage quand il est énervé, nota Shirofoku. Je suis si heureuse d'être en vie pour voir ça.
— J'te prends quand tu veux, Keiji, siffla Ryōta. Ramène-toi si tu l'oses.
— Pour autant que j'en sache, c'est toi qui as une longueur de retard. À ta santé !
Il vida un autre verre qu'il tendit ensuite à sa sœur ; Ryōta, furieux et plus que tout désireux de battre son cousin à toutes les occasions possibles, le suivit en grimaçant.
Une heure plus tard, le front sur la table, Akaashi marmonnait des menaces que personne ne prit la peine de traduire en langage humain, Reiko et Akihiko chantaient bruyamment un air de leur invention, Haruna observait la scène, la mine interdite, Shirofoku empilait consciencieusement des assiettes sur la tête de Ryōta, et Bokuto, d'apparence aussi sobre qu'un enfant nouveau-né bien qu'il ait ingurgité une quantité d'alcool plus terrible que tous les autres réunis, essayait d'empêcher Akaashi de lancer des grains de riz secs sur son monstrueux cousin — ce dernier, parfaitement immobile, le dévisageait sans la moindre pudeur.
Shirofoku lâcha un cri de victoire quand les six assiettes sur lesquelles elle avait réussi à mettre la main tinrent sur le haut du crâne de celui-ci malgré quelques tangages dangereux.
— Chuis une artiste, déclara-t-elle. C'est de l'art contemporain. C'est pas vrai, ce que je dis ? Hein, Akaashi ? Ke-i-ji-chan ?
Akaashi releva la tête.
— C'est la chose la plus moche que j'ai jamais vue, jugea-t-il, puis il envoya méchamment un tas de grains de riz qu'il avait conservé au chaud dans son poing malgré la surveillance de Bokuto en imitant les détonations d'une mitraillette.
Ryōta chercha à les éviter d'un mouvement brusque ; Akihiko, qui avait vu venir le danger, rattrapa les assiettes avant qu'elles ne s'écrasent au sol, et les reposa sur la table avec un soupir de soulagement.
— T'as couvert tous les miroirs de chez toi, Keiji ? grogna Ryōta. S'il y a quelqu'un de moche, ici, c'est toi.
Shirofoku et Bokuto émirent une exclamation outrée.
— Akaashi est le mec le plus canon de l'équipe ! s'indigna Bokuto. Pas vrai, Akaashi ?
Celui-ci sembla réfléchir à la question, puis répondit :
— Oui, c'est vrai. Le plus canon. Moi.
— Et il est super bien foutu, renchérit Shirofoku. Pas aussi bien que Bokuto, mais quand même.
— Ooh, merci, Yukie ! dit Bokuto. Toi aussi t'es le mec le plus canon de l'équipe !
Elle gloussa.
— Kōtarō, quel beau parleur, dit-elle, puis elle rit encore de longues minutes, incapable de s'arrêter.
— J'vois pas ce que vous lui trouvez, grommela Ryōta en vérifiant que son verre était bien vide.
Il voulut se resservir, mais Akihiko avait caché les bouteilles trop loin pour qu'ils aient l'énergie d'aller les chercher.
— Mais t'en fais pas, Ryō-chan ! s'exclama Yukie. Toi aussi, t'es mignon comme tout, surtout quand on regarde de loin !
Elle appuya sur son nez du bout du doigt et lui ébouriffa les cheveux malgré ses cris de désespoir, puis profita d'un instant de déconcentration du garçon pour le prendre en photo.
— J'vais envoyer ça à Konoha. Il va voir comme on s'amuse bien. Eh, Keiji, j'peux te poser une question ?
— Ouais, quelle question ?
— C'est quoi, ton type ? Tout le monde a l'air de dire que c'est pas du tout comme ce drôle d'oiseau, dit-elle en désignant Bokuto du menton.
Il plissa les yeux, la dévisagea longuement, puis se tourna vers le capitaine qu'il scruta au point que ce dernier s'en sente mal à l'aise.
— Pourquoi tu poses la question ? rit Reiko. C'est évid—
— Plutôt petit, répondit-il enfin. Les cheveux mi-longs. Et calme. Et aussi, les cheveux teints.
— Est-ce que tu parles de Kenma ? s'étrangla Shirofoku.
— Mon cœur est brisé à jamais, geignit Bokuto.
— Bah, ça pourrait être pire ! Au moins, t'as les cheveux teints !
Ce fut au tour de Bokuto de poser le front sur la table. Akaashi, étonné, lui appuya sur la joue. Comme il ne réagissait pas, il continua plusieurs fois, puis se mit à compter à voix haute et deux par deux, « parce que les chiffres impairs portaient malheur et que tout le monde le savait ».
— Quarante-six, quarante-huit, pourquoi tu pleures, Bokuto-san ? Hé, Bokuto-san, pourquoi tu pleures ?
— Parce que tu me hais, se plaignit celui-ci. T'es trop cruel !
— Mais toi aussi, t'es pas mal, Bokuto-san. Pas mal du tout.
Il laissa tomber sa tête sur le bras de Bokuto et y frotta le front sous les rires de Reiko qui tapait la table du plat de la main.
— J'aime tes biceps, Bokuto-san. T'as les plus beaux biceps de tout le pays.
— T'as vu ceux de Kuroo ?
— Ses biceps sont trop flappy, pas élégants du tout. Je préfère les tiens. Ils sont tout moelleux.
Le visage de Bokuto s'illumina.
— Merci, Akaashi !
— Et moi ? intervint Shirofoku.
— Toi, fit Akaashi, t'as les plus beaux yeux de toute la planète. Plein d'étoiles et de fleurs et de feux d'artifice. Les plus beaux.
— Oh, c'est vrai ?
Il hésita.
— Je ne sais pas, Shirofoku-san. Il fait un peu noir. Il faut que je regarde ceux de Bokuto-san.
Il attrapa les joues de celui-ci pour le fixer bien en face. Bokuto ne prit pas la peine de se défendre. Il se concentrait pour ne pas ciller.
— Vous êtes à égalité, décréta-t-il en le relâchant. Les deux... non, les quatre plus beaux yeux.
— Les six, corrigea Bokuto.
— Hein ? Pourquoi ?
— Avec toi, ça fait six, Akaashi !
Il gloussa comme une collégienne, quand Ryōta l'interrompit :
— Hé, j'croyais que vous faisiez un concours, moi. Tu veux te faire les deux, ou bien ?
— Ah, ça, sûrement pas ! s'indigna Bokuto.
— De toute façon, j'ai gagné, dit Shirofoku. Deux à quatre. T'as aucune chance, aucune, aucune, aucune, aucune...
— Parce que tu triches ! Tu fais que des épreuves où je suis sûr de perdre !
— Ah bon ? Keiji, choisis une épreuve qu'il a une chance de gagner !
— Il va faire exprès de tricher, siffla Ryōta. J'vais en choisir une, moi, et une vraie.
— Celui qui te frappera le plus fort ? proposa Shirofoku.
— Ooooh, j'aurais pas aimé, commenta Bokuto, puis il se mit à rire silencieusement.
— Non. Un concours de...
Il ferma les yeux si longtemps qu'Akaashi le crut endormi. Il lui pinça la joue pour le réveiller.
— Je réfléchissais ! protesta Ryōta. Un concours de... du meilleur patin ! Celui qui bécote le mieux, voilà, ça c'est de l'épreuve !
Akaashi ouvrit la bouche en un « o » parfaitement rond.
— Oh, facile, dit Shirofoku en éloignant un moustique agressif d'un geste de la main. Prem's !
Akaashi se protégea le visage en une fraction de seconde.
— Tu rêves !
— Eh bah, pourquoi ? J'suis pas à ton goût, Keiji ?
Il réfléchit à toute allure, aussi bien qu'il le pouvait vu l'état brumeux de son cerveau.
— Bokuto-san embrasse mieux, dit-il. C'est évident. Je ne vois pas pourquoi on devrait vérifier.
— Comment tu peux savoir ? Tu l'as jamais...
Bokuto plaqua sa main contre sa bouche pour la faire taire. Akaashi termina :
— Comparé ? Pas besoin.
Ryōta leur lança un regard soupçonneux.
— J'suis sûr que vous mentez. Vous vous êtes jamais embrassés, c'est ça ? Hein ? Hein ?
— Évidemment que si ! s'offensa Bokuto. Plein de fois, même.
— Ah ouais ?
— Ouais.
— Ah bon ?
— Puisque je te le dis !
— Keiji, avoue, il raconte n'importe quoi.
Akaashi hocha gravement la tête.
— Il dit la vérité, affirma-t-il, heureux d'avoir conservé sa capacité à mentir malgré l'alcool qui lui faisait tourner la tête.
— J'te crois pas, insista Ryōta.
Akaashi se leva en titubant.
— Je vais te le prouver.
— Vas-y.
— J'vais te le prouver tout de suite. Ici et maintenant.
— Allez, alors.
— Je vais le faire !
— J'attends !
Reiko siffla ; Haruna avait croisé les mains sur la table, aux aguets ; Akihiko les observait avec un sourire ; Shirofoku regarda Ryōta puis Akaashi puis Bokuto d'un air surpris ; Bokuto, lui, essayait de saisir ce qu'Akaashi entendait par-là.
Il comprit quand celui-ci le força à se tourner vers lui pour plaquer les mains sur ses joues, les traits peints d'une moue concentrée.
— Akaashi—
Akaashi secoua lentement la tête.
— Shhht, shhhht, Bokuto-san.
— Attends une seconde, tenta-t-il, mais Akaashi ne l'écoutait pas ; il le fixait droit dans les yeux, comme s'il cherchait à y trouver la force de s'opposer à son cousin en prouvant publiquement ses allégations.
— Je vais t'embrasser, le prévint Akaashi.
— Quoi ? Je, t'es sûr que c'est une bonne...
Le passeur se pencha en avant, si proche que leurs nez se frôlaient presque.
— Bon, articula Bokuto, euh, d'accord, j'imag—
Les lèvres d'Akaashi étouffèrent ses mots sans attendre la suite. Il s'en détacha avec un regard triomphant pour Ryōta. Les autres, eux, les dévisageaient dans le plus grand silence.
— Tu vois ? fit Akaashi, très fier de lui.
— Tu l'as pris par surprise, marmonna Ryōta.
— Faux. Je le lui ai demandé. Hein, Bokuto-san ?
Celui-ci, rouge pivoine, n'avait mis qu'un instant pour dessoûler. Il s'éclaircit la gorge.
— Hein ? Euh, ouais. Pas par surprise. Je... on devrait rentrer, non ? Il est super tard, déjà.
— Heiiin ? se plaignit Shirofoku. Mais il est que... (elle regarda sa montre.) Une heure du matin !
— L'heure de dormir, les enfants, dit Akihiko en se levant. Vous saurez retrouver le chemin ?
Akaashi acquiesça ; à peine eut-il tenté de faire un pas, cependant, qu'il s'emmêla dans ses propres pieds ; il ne s'étala pas au sol que grâce aux réflexes étonnamment vifs de Bokuto qui le rattrapa derechef.
— 'Peux pas marcher, grogna Akaashi. Aide-moi.
— Comment ?
— T'as qu'à me porter. Ma sœur porte bien Shirofoku-san.
En effet, Reiko essayait tant bien que mal de la faire monter sur son dos, tandis qu'Akihiko et Haruna s'occupaient d'aider Ryōta qui tentait maladroitement de les écarter de son chemin.
Akaashi tendit les bras pour l'inviter à le prendre. Après un instant d'hésitation, Bokuto le laissa s'accrocher à lui, soutint son dos d'un bras et souleva ses jambes de l'autre.
Rejoindre la chambre se révéla une épreuve digne d'un Indiana Jones ; les ennemis, semblait-il, les attendaient derrière chaque mur, si bien que la petite troupe devait parfois s'immobiliser en silence pour être certains de ne pas susciter l'ire de ceux qui dormaient, surtout celle de Yukiko qui, à en croire les rumeurs, se réveillait de temps à autres avec l'étrange désir d'égorger ceux qui se trouvaient sur son chemin, surtout au milieu de la nuit. Les obstacles, sur leur route, ne manquaient pas, les enfants ayant — sciemment ? — laissé traîner moult jouets et petits objets en tout genre, à commencer par les haïs Lego qui paraissait leur tendre une embuscade à chaque pas. Quand Shirofoku posa le pied sur l'un d'entre eux, Akihiko et Reiko durent étouffer précipitamment ses cris de douleur. Ils réussirent enfin à la conduire à sa chambre, où Mayu dormait déjà, laissant Ryōta, Bokuto et Akaashi se diriger vers la leur.
— Le sol... marmonna soudain Ryōta en pointant celui-ci du doigt.
Bokuto s'arrêta, inquiet.
— C'est... un vortex vers un autre espace-temps, poursuivit-il en rasant les murs. Il y a de gros vers de terre géants tueurs sous cette maison. Ils vont l'utiliser pour...
Il se plaqua une main sur la bouche ; Bokuto, incapable de savoir s'il s'agissait là d'une manifestation d'horreur ou d'une simple nausée, préféra s'en éloigner un peu. Il avança d'un pas quand Akaashi s'agrippa plus fort à lui.
— N'y va pas, Bokuto-san, supplia-t-il contre son oreille. Les gros vers de terre...
— T'en fais pas, Akaashi, je gère.
Il avança à nouveau, mais Akaashi resserra son étreinte autour de son cou, au risque de l'étouffer.
— Ne meurs pas, Bokuto-san. Reste avec...
Bokuto profita de son instant d'inattention pour foncer vers la chambre sans se préoccuper des gémissements désespérés du passeur qui avait plongé le visage contre son épaule pour ne pas avoir à assister au massacre.
— Sauvés ! déclara Bokuto en le reposant doucement sur ses pieds. Mais je crois qu'on a perdu Ryōta.
Akaashi tâta le sol du bout des orteils avec circonspection.
— Merci, dit-il finalement en tâchant de trouver le chemin vers son futon. T'es un héros, Kōtarō.
Sa vision était un peu incertaine, mais, le temps d'un instant, il aurait juré l'avoir vu rosir. Il retira son t-shirt avec difficulté, abandonna l'idée de se débarrasser du short qui refusait toute coopération, puis se glissa dans son futon, prêt à oublier toute la soirée pour ne pas avoir à en affronter les conséquences le lendemain matin.
— T'as oublié de remettre ton pyjama, nota Bokuto en se changeant lui-même.
Akaashi grommela, s'assit et tendit les bras en l'air en bâillant.
— Je sais pas où il est, dit Bokuto en réponse à sa demande muette.
Il finit néanmoins par dénicher le t-shirt bleu ciel sous l'oreiller du passeur et, après l'avoir remis à l'endroit, le lui enfila maladroitement sur le crâne. Akaashi n'avait nullement l'intention de l'aider à s'acquitter de sa tâche ; il ne bougea pas d'un pouce quand Bokuto essaya de trouver un moyen de faire passer ses bras et sa tête de façon efficace, et eut même la bonne idée de cacher ces derniers croisés dans son dos pour l'embêter, un sourire espiègle aux lèvres, pour les lui rendre quand le capitaine le lui demanda d'une voix un peu désespérée.
— T'es le meilleur, marmonna Akaashi alors qu'il avait enfin réussi à faire sortir sa tête du t-shirt après une lutte acharnée.
Bokuto rit nerveusement.
— Bonne nuit, Akaashi, dit-il en faisant mine de partir.
Ce dernier, cependant, lui attrapa la jambe avec la vivacité d'un caméléon gobant une mouche, et déclara d'une voix pâteuse :
— Merci d'être venu, Bokuto-san. T'es le meilleur petit ami de la Terre. De l'univers, même. Je t'aime beaucoup, beaucoup...
Bokuto lui détacha doucement les mains puis releva la couverture sur lui. L'air conditionné le faisait frissonner.
— Moi aussi, répondit-il si bas qu'Akaashi se demanda s'il ne l'avait pas rêvé.
Il se glissa dans son propre futon, les yeux grands ouverts sur le plafond. Akaashi, de son côté, se tournait et se retournait, tendant parfois les bras au-dessus de sa tête, repliant ses jambes sous lui, se redressant pour quelques secondes avant de retomber lourdement sur son oreiller.
— Akaashi...
La voix de Bokuto résonna dans le noir. Akaashi, quelque part sur la route qui menait au sommeil tant espéré, rognonna quelque chose pour lui signifier qu'il l'écoutait.
— C'est vrai, pour Kenma ? Je veux dire...
Akaashi ouvrit un œil.
— Kenma ?
— Tout à l'heure, rappela-t-il nerveusement. T'as dit que, hum...
— Ah, ça ? Nan, c'était une blague.
Pour un peu, il aurait presque cru percevoir un soupir de soulagement.
— Ah, fit Bokuto. (Il se tut quelques secondes.) Et, hum... est-ce que... il y a quelqu'un que t'aimes bien ? Genre...
Akaashi cilla, puis prononça un « mmh » peu convaincant. Il ne sut jamais si Bokuto lui avait ou non répondu ; un instant plus tard, il était profondément endormi, loin des défis étranges et des vortex dans le sol, là où les vers de terre géants tueurs ne pourraient plus l'atteindre.
whooooooooooooooooops
Demain, du volley. Merci pour vos reviews et merci d'avoir lu, vous êtes des angelots cul nu venus tout droit du ciel. Je vous aime.
Also, c'est officiel : j'ai rempli 1 objectif sur 2 de cette fanfic. Comme elle s'est un peu allongée, j'aurais jamais pu la finir en une semaine (45K en une semaine lol si j'pouvais faire ça je gérerais tellement bien mon NaNoWriMo :')), MAIS j'ai atteint les 30 K, ce qui était l'autre partie de l'objectif, huhu, sortez champagne.
Bon okaaay il me reste 3 chapitres à écrire (ou deux, parce que j'suis pas sûre, parce que je dois voir si c'est vraiment la peine de séparer la fin en 2 chapitres mdr. Je crois pas.) MAIS BON.
En attendant puisque j'ai fini j'vais ralentir un peu le rythme d'écriture (quasi 5 K par jour ça tue) de cette fic pour avancer un peu dans mes autres. De toute façon ça change rien pour vous puisqu'on en reste au 1 chapitre par jour hahahaha :D Allez ma gueule, bye.
PS : j'ai fait un arbre généalogique d'Akaashi pour FujoshiChan8, lol. Si vous voulez checker, c'est sur crimson-realm sur tumblr. Non je mets jamais à jour ce blog et non je vais plus sur tumblr lol mais t'sais.
