Chapitre XX: Marquée
Un silence de mort régnait dans la salle. Les mangemorts agenouillés devant leur Maître fixaient avec appréhension les sol devant leurs yeux, tentant désespérément de disparaître aux yeux du mage ivre de fureur.
Assis sur son trône, ce dernier, le visage impassible, la mâchoire contractée, tentait de comprendre ce qui avait pu lui échapper ainsi pour que la situation dégénère de cette manière. Sa main diaphane aux longs doigts squelettiques tenait crispée dans son poing un rouleau de parchemin.
Une fureur sans nom s'était emparée de lui à sa lecture. Ceux qui le trahissaient le payaient de leur vie. Severus l'avait berné royalement durant toutes ses années, et il allait le regretter. Il le trouverait et le ferait tellement souffrir que le misérable le supplierait de l'achever. Quant à Kécile!..." Je te réduirai à néant" siffla-t-il.
L'aura du Seigneur des Ténèbres en cet instant était tellement puissante que les mangemorts commençaient à manquer d'air. Son poing se serra un peu plus sur la lettre froissée. Sa propre fille l'avait trahi pour l'amoureux des moldus! Elle allait lui payer cette humiliation au centuple. Il lui ferait regretter chaque instant de sa vie maudite et la détruirait psychologiquement jusqu'à la réduire à rien! Il savait que sa vengeance ne serait pas complète avant longtemps. Mais il pouvait déjà commencer à la faire souffrir...
Un sourire machiavélique s'étala sur son visage. Il appela d'une voix doucereuse:
" Lucius, mon cher ami...."
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- Reste là, stupide chouette! beugla Ron.
L'oiseau s'envola jusqu'au plafond, un rouleau de parchemin mal accroché pendouillant à la patte, et se posa sur un perchoir. Elle hulula d'un air insolent en ébouriffant ses plumes.
Harry finissait de lier la lettre d'Hermione à la patte d'Hedwige, et Kécile observait d'un oeil goguenard le rouquin s'époumoner après l'oiseau imperturbable.
- Descends de là, vieux tas de plume! Rends- moi ma lettre!
- Je ne suis pas sûre qu'elle te comprenne, Ron, remarqua Hermione d'un ton amusé.
- Tu vas voir si elle ne va pas comprendre!
Et le rouquin furibond sortit sa baquette cassée qu'il pointa sur la chouette.
- Non, Ron! Hurla Hermione
Une explosion impressionnante retentit dans la volière accompagnée d'un nuage de fumée violette et d'une nuée de plumes alors que tous les hiboux de l'école d'échappaient par les fenêtres dans un bruissement d'ailes affolé et un concert de hululements indignés.
Lorsque le calme fut revenu, ils restèrent un instant étourdis dans une pièce vide et silencieuse, un rouleau de parchemin abandonné sur la paille.
- Bravo! grogna Hermione, des plumes suspendues à ses mèches broussailleuses. Les deux garçons la regardèrent puis éclatèrent de rire.
Kécile s'avança jusqu'à l'une des fenêtres pour observer si les oiseaux s'étaient enfuis loin. La plupart étaient perchés sur les arbres en bordures de la forêt interdite.
- Je crois que tu vas devoir attendre un moment, Ron, avant de pouvoir envoyer ton courrier, constata-t-elle. Ils ne sont pas près de revenir.
- Et il faudra que tu puisses les approcher, ajouta Harry.
Ron bougonnait:
- Je vais finir par croire que la....
- Kécile! s'écria Hermione.
Les deux garçons se tournèrent vers la fenêtre où Kécile avait vacillé, le teint brusquement livide, le souffle court.
Cela avait duré à peine une seconde: la sensation d'être transportée ailleurs. Elle avait alors cru être devant le Seigneur des Ténèbres, transpercée par la peur devant le maître implacable et cruel et l'avait entendu siffler: "Je te réduirai à néant!". Son sang avait reflué vers son coeur pendant que le monde tournait dangereusement autour d'elle. Elle s'accrocha désespérément à la bordure de pierre, le temps que la sensation cesse. Elle prit alors conscience qu'Hermione l'appelait et lui demandait si elle allait bien. Elle finit par relever la tête vers le visage inquiet de sa camarade.
- Ça va, Hermione.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé?!
Elle s'assit contre le mur, ses jambes encore flageolantes de la frayeur qu'elle avait éprouvée.
- Je ne sais pas, murmura-t-elle. J'ai tout d'un coup eu l'impression de...
- De quoi? insista Hermione.
- Rien. Coupa Kécile d'un ton plus sec. Ce n'était qu'une illusion. Le vertige probablement, ajouta-elle.
Les trois autres avaient l'air sceptiques, mais n'insistèrent pas alors que leur camarade se relevait, son masque impassible à nouveau sur le visage.
- Tu es quand même pâle, constata Hermione. Tu veux qu'on aille à l'infirmerie?
Kécile secoua la tête.
- Non. Ce n'est pas la peine. Je vais simplement aller m'allonger dans le dortoir.
- On te retrouve pour le dîner, alors?
Elle hocha la tête et s'éloigna rapidement.
- Qu'est-ce que vous croyez qui lui est arrivé? questionna Harry.
Les deux autres haussèrent les épaules d'un air blasé.
- Miss Mystère, souffla Ron.
*****
Kécile n'avait en réalité aucune intention d'aller s'allonger. Ce n'est pas qu'elle n'en aurait pas eu besoin, mais la terreur sourde qui naissait en elle l' aurait très certainement empêché de trouver un quelconque repos.
Elle se précipita dans les cachots et alla frapper à la porte de Severus. Lorsque le Maître des lieux ouvrit, il arqua un sourcils, visiblement surpris de la trouver devant sa porte.
- Que faîtes-vous là, Miss Gaunt?
- J'ai besoin de vous parler, répondit-elle précipitamment.
Et sans attendre d'invitation, elle pénétra dans l'appartement et referma la porte derrière elle.
- Miss Gaunt, dois-je vous faire remarquer que vous n'êtes pas chez vous, et que je ne vous ai pas invité à entrer?
Kécile s'arrêta, interloquée, et le regarda sans comprendre.
- Que voulez-vous dire? Vous m'avez toujours...
- Je vous ai toujours laissé entrer et agir comme la Princesse. Maintenant ce n'est plus le cas, alors vous serez priez de vous comporter de manière moins cavalière.
Kécile baissa la tête.
- Pardon, murmura-t-elle. Elle se tut, ne sachant plus comment agir. Puis elle finit par demander d'une voix mal assurée:
- Est-ce que je peux vous parler?
- Pourquoi n'allez-vous pas voir Dumbledore?
Kécile redressa la tête, les yeux écarquillés.
- Je n'y ai pas pensé...
- Vous lui avez pourtant bien demandé d'être votre mentor.
Elle rougit violemment.
- Je n'aurais jamais dû, marmonna-t-elle.
- Et pourquoi donc? interrogea sèchement Severus.
- Moi, la fille de Voldemort, avoir pour mentor Dumbledore! C'est ridicule. Il n'aurait jamais dû accepter. Même si je le voulais, je ne pourrais jamais être vraie partisane de son camp. Je suis trop... noire.
- Miss Gaunt, les gens ne sont pas noirs ou blancs. Regardez- moi! Je suis un très bon exemple de personne plongée dans la magie noire qui s'est jointe à Dumbledore.
- Vous ne lui avez pas demandé de devenir votre mentor...
- Il l'est pourtant devenu, en quelque sorte, sans me demander mon avis, et en prenant des risques considérables aux yeux des autres. Mais laissons là ma relation avec ce vieux fou. Vous vouliez me parler. De quoi s'agit-il?
Il lui fit enfin signe de s'asseoir.
- Le Seigneur des Ténèbres a reçu ma lettre, annonça Kécile.
Severus la regarda, dubitatif.
- Comment le savez-vous?
- Je l'ai vu.
Il haussa les sourcils.
- C'est-à-dire?
- Je ne sais pas ce qui s'est passé, avoua Kécile. J'ai eu la sensation de me retrouver là-bas, et je l'ai entendu me menacer.
- Votre imagination.
- Je ne crois pas... Ça avait l'air bien réel. Sa voix... la sensation de froid... la peur... tout était si présent.
- Que vous disait-il?
- Qu'il me réduirait à néant.
Severus ne répondit rien. Il la regardait fixement sans laisser paraître aucune pensée.
- Aller raconter cela à Dumbledore. Je ne peux rien pour vous.
- Pourquoi?
- Il voudrait le savoir.
- Cela ne servirait- à rien.
- Alors pourquoi êtes-vous venu me voir? demanda presque méchamment Severus.
- Je... je croyais que je devais vous le dire.
- Je ne suis plus responsable de vous, Miss Gaunt! Et si j'ai dû jouer les psychologues avec vous, sachez que cela à cesser depuis le jour où vous avez trahi le Seigneur des Ténèbres. Je n'ai plus aucune raison de tenir le rôle de nounous. Prenez-vous un peu par la main! acheva-t-il en se levant. Et si vous avez besoin de parler à quelqu'un, allez voir Dumbledore. Moi, je ne suis plus d'aucune utilité.
Et il ouvrit grand la porte, indiquant clairement à Kécile de sortir.
La petite fille obéit, telle un somnambule, sans comprendre ce qui lui arrivait.
Elle entendit la porte claquer derrière elle.
Elle resta immobile dans les courants d'airs glacials des cachots, une douleur lancinante au coeur. Que se passait-il? Elle ne comprenait plus. Et elle avait mal. Très mal. Il n'y avait pas si longtemps, il la soignait et s'inquiétait d'elle, et maintenant, il la rejetait. Est-ce que son attention était donc due à son statut de Princesse?
Elle ne pouvait en supporter l'idée. La tête lui tournait à nouveau. Elle se sentait étouffée, suffoquée. Ce n'était pas possible!
Elle n'avait pas conscience des larmes brûlantes qui coulaient sur ses joues glacées. Elle eut simplement un violent besoin de se réfugier dans un cocon de chaleur, d'oublier le monde extérieur.
Elle se mit à courir comme si sa vie en dépendait, comme si elle n'allait pouvoir reprendre son souffle qu'arrivée à son but. Elle courrait dans les couloirs sans se préoccuper des élèves qu'elle croisait. Elle n'entendit pas Rusard beugler après elle. Elle courrait parce qu'elle ne voulait pas voir son monde s'effondrer complètement. Elle voulait désespérément que Severus au moins continue à faire partie de sa vie. Et elle voyait son dernier repère s'effacer sans raison.
Elle arriva devant la gargouille bafouilla le mot de passe et monta quatre à quatre l'escalier tournant. Ce ne fut qu'arrivée devant la porte massive au heurtoir doré qu'elle pensa à reprendre son souffle et un semblant de calme. Lorsqu'elle frappa, personne ne lui répondit, mais elle entra néanmoins. Alors que la porte se refermait dans un bruit feutré, elle se sentit immédiatement mieux. Elle pouvait à nouveau respirer plus librement. Le calme du lieu la rassurait un peu, et Fumsec l'accueillit avec un petit trille mélodieux, comme s'il la saluait.
- Bonjour Fumsec, dit-elle en s'approchant du phénix.
Elle tendit une main légèrement tremblante pour caresser l'oiseau qui ferma les yeux de contentement. Il exerçait toujours sur elle une fascination incroyable et le contact des plumes soyeuses était merveilleux. A regret, elle cessa ses caresses pour s'asseoir sur le fauteuil qui faisait face au bureau directorial, mais l'oiseau s'envola de son perchoir et vint se poser sur ses genoux.
- Fumsec...
Il la regardait avec ses grands yeux noirs, attendant visiblement quelque chose, et comme elle ne bougeait pas,émit un petit son mélodieux avant de s'installer confortablement. Kécile finit par le caresser à nouveau et attendit l'arrivée de Dumbledore, ses pensées vagabondant autour de Severus Rogue, comme tirées par un fil.
De tous les mangemorts, il était elle le seul pour qui elle eût du respect et un certain attachement. Il n'avait pas été plus tendre que les autres! Mais il avait toujours été là, silencieux et taciturne, pour la soigner quand son père l'avait puni, pour la soutenir quand elle rencontrait un obstacle dans son apprentissage de la magie, et ce depuis son arrivée au manoir. Et il lui avait transmis une passion pour les potions, et ce que cela supposait de rigueur et de patience. Les uniques moments passés au manoir dont elle garderait un bon souvenir étaient ceux écoulés dans le cachot de Severus, au milieu des chaudrons bouillonnant doucement à suivre des instructions données d'une voix calme, à peine plus élevée qu'un murmure, un peu froide, mais jamais menaçante... Elle ferma les yeux, et tenta de retrouver cette étrange sensation de protection mêlée de froideur que distillait l'homme au charisme si particulier, qui repousse et attire en même temps.
Mais maintenant,il n'y avait rien. Rien que le froid qui l'enveloppait et l'oppressait. Il l'avait rejeté, la colère glaciale aux yeux. Parce qu'il n'avait plus à jouer son rôle. Parce qu'elle n'était plus la Princesse. parce qu'au fond, pourquoi aurait-elle une quelconque importance pour lui? Elle lui devait beaucoup, il ne lui devait rien. Il fallait qu'elle se fasse une raison...
Fumsec émit un hululement de protestation et s'envola brusquement de ses genoux pour se poser sur son perchoir. Il se tourna alors vers elle et il sembla à Kécile qu'il la regardait avec une sorte d'indignation. Qu'avait-elle donc encore fait?
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Dumbledore entra dans son bureau et vit Kécile plongée dans ses pensées, Fumsec sur les genoux. Elle ne devait pas aller bien. Il ne bougea pas et observa diverses émotions passer sur le visage de la petite fille, puis le phénix retourna sur son perchoir avec un hululement, visiblement mécontent du cours des pensées de l'enfant qu'il tentait d'aider.
Il retint un rire devant le regard courroucé de son Oiseau. Fumsec avait décidément un sacré caractère! Il décida néanmoins d'interrompre la réflexion de sa nouvelle protégée.
- Kécile?
Il la vit sursauter et elle se retourna pour le fixer d'un air perdu, comme se demandant qu'est-ce qu'elle faisait devant lui. Elle se leva précipitamment et s'approcha, balbutiant un vague bonjour.
Dumbledore voyait des traces de larmes sur son visage pâle et anxieux. Il avait envie de la prendre dans ses bras, de sécher ses larmes, de lui demander ce qui n'allait pas et de la consoler. Mais il se retint. Au lieu de cela, il lui sourit, comme s'il ne voyait pas ses larmes, comme s'il ne s'en inquiétait pas. Il savait que c'était la seule attitude qui ne l'effrayerait pas. Malgré ses réels progrès, Kécile supportait encore difficlement le contact, et il devait l'apprivoiser.
- Je suis content de te voir, Kécile. Viens donc dans le salon. Fumsec? interrogea-t-il pour inviter l'oiseau à les suivre. Mais celui-ci eut un petit cri mécontent et leur tourna le dos. Dumbledore rit doucement devant les manières de son phénix et remarqua sur un ton de plaisanterie.
- Je ne sais pas ce que tu as fait, Kécile, mais tu l'as vexé!
Il comprit aussitôt qu'il n'aurait pas dû dire cela en voyant la mine déconfite de la petite fille qui s'asseyait sur le canapé.
- Ne t'inquiète pas, ajouta-t-il alors, en prenant place en face d'elle, Fumsec est assez susceptible et aime diriger notre pensée. Il a horreur qu'on ne soit pas d'accord avec lui.
Kécile lui jeta un regard confus.
- C'est parfois assez agaçant de ne pas pouvoir s'inquiéter tranquille sans le voir s'incruster dans notre réflexion, plaisanta-t-il.
Mais sa plaisanterie ne fit pas sourire Kécile. Au contraire, elle baissa les yeux avec un air triste qui faisait peine à voir.
- Voyons, Kécile, reprit-il plus doucement et avec sérieux, quelque chose ne va pas? Tu sais que tu peux me parler de n'importe quoi.
- Ce n'est rien, répondit Kécile en secouant la tête.
- Ce n'est pas l'avis de Fumsec. Ni l'impression que tu donnes... Puis voyant qu'elle ne disait toujours rien, il insista:
- Kécile?
Elle poussa un profond soupir, et releva ses yeux bleus humides vers lui.
- C'est juste que je viens de réaliser que Severus s'est occupé de moi jusque là uniquement parce qu'il le devait pour maintenir son rôle d'espion, et que maintenant, il ne veut plus rien avoir affaire avec moi, répondit-elle d'une traite.
Dumbledore fut vraiment surpris par ses propos et ne put retenir un sourire amusé mêlé de soulagement en réalisant que les craintes de l'enfant n'étaient pas fondées et que cette tristesse-là serait dissipée...
- Peux-tu m'expliquer ce qui te fait croire cela?
- Il m'a rejeté.
- C'est-à-dire?
- Lorsque je suis allée lui parler, il m'a presque jeté dehors en disant qu'il n'avait plus à jouer les nounous et qu'il ne servait plus à rien... Je ne comprends pas. Il ne m'a jamais parlé ainsi. Probablement parce que je ne suis plus la Princesse... songea-t-elle amèrement. On aurait dit qu'il s'adressait à Harry Potter!
- Et tu n'as pas compris ce que cela signifiait?
- Je croyais que si...
- Non, ce n'est pas cela. Je peux t'assurer que tu es importante pour lui. Mais Severus reste Severus. Il ne te le montrera que rarement, dans des circonstances exceptionnelles, et... à sa façon. Severus est avant tout un homme rancunier, et il a beaucoup de mal à accepter que son rôle d'espion soit terminé. D'autant que nous n'avons pas attendu son accord définitif pour envoyer la lettre à Voldemort lui révélant le double jeu de Severus. Il dit nous en vouloir, mais il rejette surtout sa frustration sur nous. Et comme il te l'a dit lui même, il est persuadé de ne plus avoir aucune utilité.
- Mais, est-ce que c'est vrai?
- Déclarer que Severus est inutile est très exagéré. Disons que maintenant, en étant devenu la cible numéro un après Harry et toi, il ne pourra plus participer à bon nombre d'opération. Mais cela ne va pas durer... Si cela peut te rassurer, je lui réserve un travail de première importance. En attendant, toi, tu peux lui faire comprendre qu'il n'est pas inutile parce que tu as besoin de lui. N'est-ce pas?
- Oui, souffla Kécile.
- Severus est rancunier. Mais le fait même qu'il t'ait laissé entrer chez lui plutôt que de te claquer la porte au nez directement, prouve qu'il est tiraillé entre sa rancoeur et son souci de toi.
- Vous croyez?
- Si tu n'es pas persuadé de son réel attachement envers toi, demande-toi s'il était obligé de faire tout ce qu'il a fait pour toi lorsqu'il était espion.
Il vit Kécile baisser les yeux et réfléchir à ce qu'il venait de dire. Fumsec avait apparemment cessé de bouder, et vint se poser sur le dos de son fauteuil.
Lorsque Kécile releva la tête, elle souriait doucement.
- J'étais stupide, remarqua-t-elle. J'aurais dû le comprendre plus tôt. Je suppose que c'est ce que tu voulais me montrer, Fumsec?
L'oiseau cligna des yeux en s'ébouriffant. On pouvait prendre cela pour un oui.
- Fumsec semble bien t'aimer, Kécile, constata le directeur en riant.
Ils restèrent un moment silencieux avant que Dumbledore ajoute:
- En attendant que Severus ait terminé sa crise d'ermitage, Kécile, tu sais que tu peux venir me parler de n'importe quoi. Après tout, je suis ton mentor...
- Vous ne m'en voulez pas? demanda-t-elle honteuse.
- T'en vouloir? De quoi? interrogea Dumbledore surpris.
- D'avoir osé vous demander cela.
Dumbledore se leva et vint s'asseoir à côté d'elle.
- Kécile, je t'ai dit que cela me faisait plaisir, au contraire. Est-ce que tu ne pensais pas ce que tu as écrit à Voldemort?
- Si! s'exclama Kécile avec virulence. Mais... je me dis que peut-être je vous en demande trop... continua-t-elle plus bas.
- Tu as fais ton choix, moi aussi.
Kécile ferma douloureusement les yeux. Elle finit par murmurer, comme une petite fille détresse, (et n'était-ce pas ce qu'elle était?!):
- Vous l'empêcher de me faire du mal, n'est-ce pas?
Elle le regardait avec un réel désarroi, et il tendit les bras vers elle, tout doucement pour lui laisser le choix de refuser le contact. Mais elle le laissa faire. Il l'enveloppa dans un geste protecteur et elle se laissa glisser contre sa poitrine.
- Ne t'inquiète pas, Kécile, je te protègerais.
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Pendant ce temps, à plusieurs centaines de kilomètres de là, au Manoir Malfoy, Lucius Malfoy rentrait chez lui après une rude journée au ministère.
Il s'assit las, auprès de sa femme dans le somptueux salon et annonça d'une voix fatiguée:
-Ça y est. Tout est prêt. Demain, je mets la machine en branle.
- Tu ne peux pas attendre un peu?
- Narcissa, le Seigneur des Ténèbres m'a donné une semaine pour nous préparer, et ce n'était pas de trop. Maintenant, que tout est prêt, inutile d'attendre.
Elle baissa la tête.
-Qu'est-ce qu'il y a Narcissa?
- C'est cruel.
- Elle nous a trahi.
- Nous l'avons élevé! Comment peux-tu être aussi insensible?!
- Ce n'est pas notre fille.
- Je le sais. Mais malgré tout...
- Enfin, Narcissa! s'exclama Lucius avec colère. Qu'est-ce que tu veux que je fasse? Il serait suicidaire de demander sa grâce. Je ne fais qu'obéir et nous protéger des conséquences que cette punition peut avoir sur nous.
- Je le sais bien.
- Maintenant, tant que cette affaire ne sera pas terminée, évite de sortir, et pas un mot de tout cela à Drago. Je vais déjà avoir un mal de chien à faire taire la Gazette...
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Dumbledore sirotait son thé en réfléchissant au comportement de Kécile et de Severus. Son professeur de Potions lui avait vertement exprimé sa colère lorsqu'il avait appris le contenu de la lettre envoyée à Voldemort, allant même jusqu'à le menacer de démissionner de l'Ordre. Menace que Dumbledore n'avait pas pris au sérieux. Mais s'il acceptait de payer les frais (jusque dans une certaine mesure) de la mauvaise humeur de son professeur, il trouvait que l'attitude de Severus vis-à-vis de la fillette commençait à outrepasser l'admissible, tenu de la Kécile était fragile et avait besoin du soutien de la seule personne en qui elle avait totalement confiance. S'il continuait ainsi, cette confiance allait se briser, et Merlin savait quelles pouvaient en être les conséquences. Il pensait pourtant que Severus en serait le premier conscient: c'était lui-même qui lui avait expliqué le comportement de la petite fille, deux jours après le terrible soir où Kécile leur avait révélé l'engagement qui la liait à un meurtre.
- Kécile a-t-elle été battue par Voldemort?
Severus se retourna vers le directeur, surpris.
- Pourquoi me posez vous cette question?
Dumbledore alla s'asseoir dans son fauteuil avec lassitude avant de répondre:
- Elle craint le contact. Le mien particulièrement. Alors je réitère ma question, est-ce que Voldemort l'a battue.
Severus secoua la tête.
- C'est bien pire que ça. Il ne l'a jamais giflé, ou frappé. Elle a en revanche été élevée depuis l'âge de six ans à coups de doloris. Pour un rien: une question, un geste de trop, une étourderie, un erreur d'apprentissage, et plus la "faute" était grave, plus long et plus douloureux était le doloris. Quelques autres sorts venaient varier le plaisir de temps à autre.
Les rares contacts physiques qu'elle a pu avoir avec son Père n'étaient que menaces. Il voulait pour reprendre ces propres termes qu'elle "apprenne à craindre la main qui tenait cette baguette." Ce qui explique qu'elle n'aime pas qu'on la touche.
- Ça n'explique pas le mouvement de panique qu'elle a eu avant-hier, et la claire répulsion que je lui inspire.
Severus eut un regard légèrement condescendant.
- J'aurais cru que vous comprendriez. Ce n'est pas vous qui lui inspirez une quelconque répulsion, mais elle-même.
Devant le regard confus de son directeur, il développa:
- Je crois pouvoir dire sans me tromper que vous exercez sur elle une réelle attraction. Mais en même temps qu'elle vous admire, elle vous craint et a peur de vous parce qu'elle ne se juge pas digne de vous.
Dumbledore ne répondit rien. Il fixait simplement Severus., attendant la suite. Mais Severus n'ajouta rien. Il n'y avait rien d'autre à dire.
- Je vois...
Si Severus avait aussi bien compris l'attitude que Kécile avait envers lui, songea Dumbledore, il devait parfaitement avoir saisis l'importance que lui-même avait aux yeux de la fillette. Depuis deux jours, elle tentait par tous les moyens de lui parler mais se trouvait à chaque fois devant un mur. Il l'avait vue revenir chaque soir un peu plus démoralisée. Il savait par expérience que Severus pouvait être très blessant, et il était hors de question que Kécile en paye les frais.
Sur cette résolution, le directeur prit de la poudre de cheminette près de l'âtre et annonça le bureau de son professeur de potions. Un instant après, il passait la tête dans l'âtre du jeune homme. Celui-ci lisait un livre sur son canapé, et se contenta de poser un regard indifférent sur lui.
- Bonsoir, Severus. Je voudrais vous parler. Venez dans mon bureau, s'il-vous plaît, tenta Dumbledore, conciliant.
- Désolé, monsieur le directeur, je n'en ai ni le temps, ni l'envie.
- Très bien, alors c'est moi qui vient chez vous.
Et Dumbledore se retira du feu pour retourner cette fois-ci en intégral dans les appartements de son irascible professeur. Celui-ci n'avait pas bougé d'un pouce, mais il voyait à la légère contracture de sa mâchoire qu'il était agacé.
- Bien, Severus, inutile de tourner autour du pot....
- C'est pourtant votre habitude préférée, coupa l'intéressé.
- Je comprends votre colère, mais j'aimerais que vous cessiez de la faire subir à Kécile. Elle n'a rien à voire dans cette affaire.
- Ah bon? Et qui donc a écrit la lettre? Ou bien est-ce vous qui lui avez fait rajouter cette phrase: Je vous informe de plus que vous ne reverrez plus dans vos rangs Severus Rogue, espion de Dumbledore et principal responsable de mon changement de camp.?
- Non, elle l'a écrite de sa propre initiative.
- Vous voyez! s'exclama Severus avec colère en se redressant. Cette gamine a pris la décision sans même me demander mon avis.
- Elle a cru que vous vous étiez rangé à notre avis, ce qui était la décision la plus raisonnable.
- Elle savait, tout comme vous que je ne serais pas d'accord. Et comme vous, elle est passée outre. Mais je ne vais pas me laisser dicter ma conduite par une gamine, fut-elle l'ex-Princesse! Qu'elle cesse de se croire tout permis.
- Severus! s'exclama Dumbledore en haussant légèrement le ton. Elle n'a pas écrit cela dans cette optique et vous le savez très bien! Cessez cette mauvaise foi flagrante. Kécile a besoin de vous, et elle vous l'a montré. En écrivant cette information à Voldemort elle marque son désir de vous voir à ses côtés.
- Je ne suis pas une baby-sister!
- Vous êtes son unique garde-fou. La dernière personne de son ancienne vie qu'elle conserve, la seule en qui elle a confiance, et vous êtes en train de briser cette confiance par votre attitude puérile!
- Et vous ne trouvez pas son attitude à elle égoïste? Décider de mon avenir sans me prévenir, simplement parce que la Princesse a besoin de moi à ses côtés.
- Vous ne savez donc pas faire la différence entre l'attitude d'une enfant gâtée qui obtient tout ce qu'elle veut dans un caprice ou un excès d'autorité, et le besoin d'une enfant brisée à conserver son dernier rempart? J'avais pourtant cru comprendre que vous teniez à elle. Vous devriez être satisfait de voir qu'elle tient à vous.
- Et vous croyez que ça sera d'une grande utilité de "soutenir une enfant brisée" pour lutter contre le Seigneur des Ténèbres?
- Ah! Voilà! Nous atteignons enfin le coeur du problème.
- Parce que vous trouvez que ça n'a pas d'importance peut-être? Admirable mission auprès de l'ordre que de jouer le psychologue de la fille du Seigneur des Ténèbres! Voilà qui va rudement nous avancer!
- Je considère en effet l'équilibre psychologique de Kécile comme une priorité, car tant qu'elle ne sera pas confiante en son entourage et incertaine d'elle-même, elle est une proie facile pour Voldemort. Et comme je vous l'ai déjà dit, elle ne sera pas une arme à négliger. S'il vous faut à tout prix une raison stratégique pour vous occuper d'elle, vous l'avez. Mais je ne pense pas qu'apprendre que vous ne voyez en elle que l'arme lui fasse plaisir. C'est d'ailleurs vous-même qui m'avez dit il y a moins de deux semaines: "Je ne vous laisserais pas en faire un instrument à vos plans." Où est donc passé votre volonté de protéger cette enfant? Est-ce qu'il n'a réellement fallu qu'une malheureuse preuve d'attachement maladroite pour briser cette volonté?
Severus ne répondit pas.
- Maintenant, Severus, ajouta Dumbleodre d'une voix basse et froide qui le fit se sentir tout petit, je ne veux plus apprendre que vous avez parlé durement à Kécile. Au pire, taisez-vous. Et si votre attitude vis-à-vis d'elle ne change pas rapidement, je n'hésiterai pas à prendre des mesures de sanctions envers vous. Je vous attends dans mon bureau si vous souhaitez réviser votre comportement.
Et sans rien ajouter, Dumbledore retourna dans son bureau par la cheminée.
En cette fin d'après-midi de dimanche, il savait que Kécile viendrait le voir avant le dîner. Elle venait tous les jours, après lui avoir demandé timidement si cela ne le dérangeait pas, et elle appréciait ses moments. Elle lui parlait généralement de ses journées: comment les gryffondors l'avaient surnommés Princesse Lointaine et comment elle détestait ce surnom, comment Hermione tentait par tous les moyens de découvrir ce qu'elle cachait, comment Severus s'acharnait sur Neville et Harry. Ils avaient aussi discuté de la pureté du sang. Kécile n'était pas encore convaincu , mais elle reconnaissait qu'être sang-pur ne signifiait pas forcément être plus puissant... mais c'était vrai assez souvent, non? Dumbledore ne lui parlait pas de son enfance, ni de Voldemort, ni de la chambre des Secrets. Avant d'entamer ces sujets, il voulait qu'elle lui fasse confiance, et qu'elle ait un peu de normalité. C'était ce qu'il cherchait à lui donner actuellement: l'impression d'être une enfant comme les autres qui avait un adulte à son écoute pour parler de tous les petits tracas de la vie quotidienne. Lui permettre oublier un peu qu'elle n'était pas une enfant comme les autres, qu'elle avait tué, qu'on voulait sa mort, et que si son identité était révélée, sa liberté serait en péril.
Il sourit lorsqu'il entendit frapper doucement.
- Entrez!
Kécile pénétra dans la pièce.
- Je ne vous dérange pas?
- Non, Kécile, je t'attendais.
Et il se leva pour entrer dans le salon privé, et s'y installa avec Kécile, en faisant apparaître d'un geste un service à thé et des biscuits.
- Fumsec n'est pas là?
- Non.
- Où est-il?
- En vadrouille.
- Vous voulez dire que vous ne savez pas où il est?!
- Non. Il reviendra quand il en aura envie.
- Mais.. et si vous avez besoin de lui?
- Il réapparaîtra. Les phénix sont malgré leur fidélité des oiseaux indépendants et n'ont pas besoin de l'homme pour vivre.
Quelqu'un frappa à la porte du bureau.
- Reste là, Kécile, dit Dumbledore. Je crois savoir qui c'est.
Et la supposition de Dumbledore se révéla exacte. Lorsqu'il pénétra dans son bureau, il y trouva Severus, la mine fermée et froide.
- Je vous attendais Severus. Kécile est dans le salon. Je vais vous laisser vous expliquer avec elle.
Et il ouvrit la porte pour le faire pénétrer dans la pièce avant de la refermer sur lui. Il s'installa derrière son bureau, avec un de ses papiers administratifs qui encombraient inutilement la surface de travail pour patienter.
Severus s'avança vers Kécile et lui dit de but en blanc:
- Je suis désolé. Ma réaction était excessive. On va considérer que les torts sont effacés des deux côtés. De toute manière, ce qui est fait est fait.
Kécile se leva et répondit à voix basse.
- Je suis désolée aussi Severus. je ne voulais pas décider à votre place. Je croyais réellement que votre décision était prise. Je.. Severus... Est-ce que... est-ce que... vous vous occupiez de moi uniquement parce que j'étais la Princesse?
Severus secoua la tête.
- J'ai dit cela sous le coup de la colère. Oubliez ce que j'ai pu vous dire. Vous pourrez toujours venir me voir si vous avez un problème, et je me soucie réellement de vous.
Un sourire éclaira le visage de Kécile.
- Vous venez de dire que vous vous souciez de moi?
- Profitez-en, je ne le répèterai pas, maugréa Severus
- Pas besoin!
Et Kécile vint se serrer brièvement contre l'homme avare de gentillesse, avant de se précipiter vers la porte qui menait au bureau, laissant en plan un Severus légèrement choqué et qui se demandait déjà dans quoi il s'était embarqué cette fois...
Dumbledore vit surgir une Kécile tout sourire devant lui qui s'écria:
- Ça y est! Tout est arrangé.
- Déjà? Eh bien, voilà une bonne chose de faite. Nous allons maintenant peut-être pouvoir travailler de manière constructive. Severus, ajouta Dumbledore au professeur qui venait d'entrer dans la pièce, dois-je considérer que votre pardon ne va qu'à Kécile, ou suis-je amnistié moi aussi?
- J'ai bonne envie de vous faire mijoter encore un peu, vieillard...
Mais devant le sourire un brin moqueur de son directeur, il capitula.
- C'est bon, vous avez gagné, une fois de plus.
- Parfait. Un bonbon au citron? proposa-t-il avec un grand sourire. Un regard noir lui répondit.
- J'espère pour vous que vous aller me trouver un travail intéressant, Dumbledore. Je n'ai pas l'intention de rester à moisir dans mes cachots.
- Franchement, Severus, intervint Kécile, ragaiardie, je me demande ce que vous pouviez trouver d'intéressant à aller vous mettre sous la baguette du Seigneur des Ténèbres.
- Le défi était de taille. Rien de tel pour entretenir un homme que de mettre tous ses sens et toutes ses capacités en éveil, répondit Severus, une lueur rusée dans les yeux.
- Vous jouiez votre vie!
- C'était pour la bonne cause.
Kécile grimaça. "la bonne cause"! Sa conscience l'avait assez torturée pour cela...
- Vous m'excuserez de ne pas être encore prête à mettre ma vie en jeu pour "la bonne cause",toute bonne et toute juste soit elle.
- Tu n'as pourtant pas hésité à la sacrifier pour moi, répondit doucement Dumbledore.
- Ça n'a rien à voir, s'exclama Kécile. Croyez-moi, aucune conviction, quelle qu'elle soit n'est entrée en ligne de compte dans cette décision. Et je vous détrompe tout de suite, pour que vous ne me preniez pas pour l'héroïne du siècle, j'ai longtemps hésité!
Elle fut interrompue par de nouveaux coups frappés à la porte.
- Entrez!
Le professeur MacGonagallapparut, suivi de trois personnes, extérieures à Poudlard, qu'elle ne connaissait pas de ce fait.
- Le ministre de la magie, professeur, annonça Mac Gonagall.
- Cornelius! s'exclama Dumbledore en allant saluer le nouveau venu, tandis que Kécile et Severus se levaient. Messieurs Dawlish, Shacklebolt...
- Bonsoir, Albus, répondit le dénommé Cornelius. j'espère que je ne vous dérange pas?
- Jamais. Asseyez-vous je vous en prie.
- Ce ne sera pas nécessaire, je vous remercie. Je viens pour une affaire délicate.
- Est-ce cela qui nécessite la venue dans l'école de deux aurors?
- Oui.
- Je vous écoute.
- Je viens arrêter la fille de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, cachée sous le nom de Kécile Gaunt, pour un aller simple vers Azkaban.
