Hey hey hey ! C'est moi, en retard, comme on pouvait s'y attendre. Mais ce chapitre est plus long, donc osef.

J'ai failli crever 10 fois en écrivant ce truc, alors tenez-vous prêts. C'est parti pour le chapitre tant attendu : La clairière aux confidences ! :D


— Une chance qu'on soit en été, commenta Bokuto en levant la tête vers le ciel. J'aurais pas aimé être coincé ici en plein hiver.

— Ah, ouais.

Akaashi s'était assis par terre sur une racine tordue qui, intriguée par les rumeurs propagées par les feuilles, avait apparemment décidé d'aller elle-même rechercher la lumière du soleil.

— Il neige souvent, dans le coin ?

— Pas vraiment. Ça dépend de l'année.

— Pas assez haut, peut-être ?

— J'en sais rien. J'imagine.

Il n'était pas d'humeur à parler météo, pour être honnête. Les paupières lourdes, les jambes tout autant, il avait simplement envie de dormir, de préférence dans son lit, loin des bruits bizarres et des ombres qui filaient dans la nuit.

— Tu veux qu'on s'arrête ? demanda Bokuto en voyant qu'il ne se relevait pas.

Il ne répondit que par un bâillement. Bokuto sourit, une main dans la nuque.

— Bon, d'accord. On attendra ici, si tu veux. Tu vas dormir ?

— Mh.

— Je crois pas pouvoir dormir ici. Ce serait pas prudent, de toute façon.

Akaashi le dévisagea un moment. Bokuto s'accroupit près de lui.

— Mais je peux veiller sur toi, si t'en as envie. Devenir ton gardien du sommeil.

— Ça ira, merci.

— Je combattrai les animaux sauvages à coup de bâton. J'ai déjà une harde d'oiseaux de nuit tout prêts à m'obéir au premier sifflement.

— Je ne suis pas sûr que harde soit le terme approprié, Bokuto-san.

— Un troupeau, une volée, une meute, c'est pareil. Regarde, j'ai même une sentinelle qui surveille l'arrivée d'éventuels ennemis.

Une chouette invisible, qui hululait déjà depuis plusieurs minutes, lâcha un cri strident. Akaashi afficha un léger sourire.

— J'ai toujours su que t'avais un faible pour elles, dit-il. T'es venu à Fukurodani juste pour ça, avoue.

— Et alors ? Ça te dérange ? fit Bokuto.

Il ébouriffa les cheveux d'Akaashi puis s'écarta un peu en ricanant.

— Où tu vas ? s'inquiéta le passeur.

— Nulle part. J'établis un périmètre de sécurité.

— Je vois.

Il entendit ses pas craquer sur les feuilles et les branches, puis s'éloigner, s'éloigner, s'éloigner...

— Bokuto-san ?

La chair de poule envahit ses bras. Il se retourna pour scruter les ténèbres.

— Bokuto-san ? répéta-t-il, plus fort cette fois.

Seul le silence lui répondit. Son cœur rata un battement.

— Boku...

Un mouvement brusque au loin ; quelques instants plus tard, Bokuto le retrouvait en trottinant.

Il essaya de ne pas manifester son soulagement.

— J'ai trouvé ! s'exclama le capitaine en pointant involontairement sur lui la lumière aveuglante de l'écran de son téléphone.

— Trouvé quoi ? demanda Akaashi en écartant celui-ci d'un bras.

— La clairière !

Il haussa les sourcils.

— Tu...

— Viens !

Sans attendre, Bokuto le saisit par le bras et le tira à son corps défendant quelques mètres plus loin. Les arbres, en effet, s'arrêtaient brusquement, de sorte qu'ils se retrouvèrent à l'air libre, libérés de la présence étouffante des troncs et des branchages.

— Regarde ! s'extasia Bokuto en courant au milieu de la clairière, un sourire aux lèvres qui disparut à la faveur de la nuit. On y est !

— C'est juste une clairière, Bokuto-san, le tempéra Akaashi.

Il était heureux de s'être débarrassé de la forêt, néanmoins, même pour un bref instant. Bokuto, qui s'était tourné vers lui, ouvrit grand les bras et embrassa les lieux du regard.

— Ce n'est pas juste une clairière, Akaashi. C'est notre chance !

— Notre chance ?

— Sept confidences, dit-il. C'est tout ce qu'il nous faut pour sortir d'ici.

— Bokuto-san...

Mais celui-ci revint vers lui pour l'attraper par les épaules, l'air aux anges.

— Regarde !

Il se plaça à côté de lui, de façon à regarder tous deux dans la même direction ; la faible lumière de la lune se reflétait dans une étendue noire et ondulante dont Akaashi ne voyait pas grand-chose d'ici.

— Le lac, souffla Bokuto. Ta cousine avait raison.

Ça ressemblait plus à une mare un peu sale, mais il n'en dit rien.

— Et alors ? demanda-t-il au bout d'un moment.

— Alors, c'est super ! On va pouvoir rentrer chez nous !

— Chez mon oncle, tu veux dire.

— C'est la même chose. Putain, j'suis trop heureux !

— Je vois ça...

Bokuto, fébrile, semblait attendre quelque chose. Finalement, Akaashi soupira.

— Je suppose qu'il est préférable de rester ici que de retourner se perdre dans la forêt, de toute façon, céda-t-il. Au moins, on peut voir le ciel.

À ces mots, Bokuto leva les yeux.

— C'est vrai qu'il est plutôt joli, remarqua-t-il. On voit bien les étoiles.

En effet, celles-ci scintillaient joyeusement au-dessus leur tête, des millions de diamants abandonnés sur un tableau noir, plus nombreuses que tout ce qu'ils avaient eu l'occasion de voir à travers la pollution qui surplombait la capitale.

— C'est autre chose qu'à Tokyo, commenta Akaashi.

— C'est clair. Tu viens ?

Bokuto s'éloignait à nouveau vers le centre de la clairière, les mains dans les poches. Il s'accroupit enfin, tapota le sol comme pour s'assurer de sa solidité, ce qui n'avait pas le moindre sens, et l'appela à nouveau.

Akaashi le rejoignit, perplexe.

— Quoi ? demanda-t-il.

— On est perdus au milieu d'une clairière avec une vue imprenable sur le ciel nocturne, répondit Bokuto. Tu trouves pas ça romantique ?

— ...Romantique ?

— Ouais ! Tu sais ce qu'on fait, dans ces moments-là ?

De nombreuses possibilités lui venaient à l'esprit, mais aucune ne pouvait décemment être prononcée à voix haute. Il s'éclaircit la gorge.

— Qu'est-ce qu'on fait, dans ces moments-là ?

Bokuto s'allongea au sol, les bras croisés derrière la tête.

— On regarde les étoiles, Akaashi. Avec un peu de chance, on pourra voir une comète ! C'est pas encore la saison, mais on sait jamais, hein ?

Akaashi, après une hésitation, se coucha à côté de lui, le cœur battant.

— On ne sait jamais, répéta-t-il, et Bokuto sourit.

Le silence les berça un moment et, les yeux perdus sur des constellations qu'ils étaient tous deux incapables de reconnaître, ils savourèrent l'instant, apaisés. Akaashi n'avait jamais passé du temps à contempler les étoiles. Il n'y avait vu aucun intérêt.

Il en voyait, maintenant.

— J'aimerais savoir comment elles s'appellent, murmura-t-il pour lui-même.

— C'est pas comme si on avait souvent l'occasion de les voir comme ça, commenta Bokuto. C'est dommage, d'ailleurs.

— Mmh.

Rester allongé et immobile le faisait somnoler. Il bâilla.

— Hé, t'endors pas, lui dit Bokuto en lui secouant l'épaule.

— Pourquoi ? Je croyais que tu pouvais rester éveillé toute la nuit pour veiller sur mon sommeil.

La main de Bokuto le relâcha, mais le souvenir de la pression qu'elle y avait exercée restait bien présent sur la peau d'Akaashi. Il frémit.

— T'as froid ?

— Non.

— Tu sais, si tu veux vraiment dormir...

— Je rigolais.

— Ah... parce que, hum... enfin, c'est pas très amusant de rester éveillé tout seul. Même si le décor est sacrément agréable...

— Je sais.

— Et puis, on doit toujours lui offrir sept secrets.

Akaashi lui lança un regard blasé qu'il ne perçut de toute façon pas.

— C'est juste une vieille légende, marmonna-t-il.

Son cœur, pour une raison inconnue, s'était emballé.

— Et puis, poursuivit-il, je n'ai pas sept secrets.

— Je suis sûr que si. Tout le monde en a, et sûrement tout plein. Y a un tas de trucs que tu sais pas de moi, par exemple.

Piqué par la curiosité, Akaashi se releva sur un coude.

— Ah oui ?

— Ouaip'.

— Quoi, par exemple ?

— Un secret pour un secret, Keiji, dit Bokuto. Et il en faut sept.

Il ne savait pas ce qui l'avait poussé à accepter ; l'utilisation de son prénom, peut-être, ou bien le ton malicieux que Bokuto avait pris, ou l'envie d'entendre ce que nul autre n'avait entendu avant lui, de partager ce qu'il préférait d'ordinaire conserver à l'abri des regards. Toujours était-il qu'il répondit :

— Très bien. Toi d'abord.

— Mmh...

Bokuto réfléchit un moment.

— J'ai peur de l'orage, lâcha-t-il enfin.

— Ah.

— Je veux dire, genre, vraiment. Super méga peur. J'ai horreur de ça. Le tonnerre me fout les boules, et les éclairs, c'est vraiment...

Il frissonna. Akaashi esquissa un sourire.

— C'est vrai ? demanda-t-il.

— Te moque pas, Akaashi !

— Ça explique le camp de l'année dernière, se souvint-il, une main sur le menton.

— Oh, c'est bon...

Bokuto, en effet, l'avait passé la plupart du temps terré dans le local qui leur servait de dortoir, si bien que Konoha avait dû le traîner derrière lui malgré ses cris d'orfraie en menaçant de lui couper tous vivres pour les sept jours suivants. L'orage avait duré des jours.

— Tout s'éclaire enfin, dit Akaashi.

— Ça fait un, rappela Bokuto. Maintenant, c'est ton tour.

Son sourire disparut soudain. Trouver sept secrets n'aurait rien de facile. Pour faire égale mesure avec Bokuto, il lui fallait mettre la main sur quelque chose d'un peu embarrassant, mais pas suffisamment pour réduire sa fierté en miettes. Quelque chose comme...

— J'ai pleuré le jour où j'ai dû me débarrasser d'un chien dans Nintendogs, confessa-t-il, un peu honteux. J'avais douze ans.

Bokuto étouffa un rire.

— Je t'imagine tellement pas...

— Ouais, je sais, le coupa-t-il.

— Pourquoi tu l'avais relâché ?

— Pour pouvoir en prendre un autre. Fallait bien que j'avance dans le jeu. C'était un labrador.

— C'est cruel.

— T'as vu ? Allez, à toi.

Il n'avait pas vraiment envie de s'attarder là-dessus plus longtemps.

— Tout le monde me prend pour un imbécile, révéla le capitaine, mais je suis pas aussi con que j'en ai l'air.

Par chance pour Akaashi, il ne faisait pas assez clair pour que Bokuto remarque son air sceptique.

— Ah ? demanda-t-il de son ton le plus innocent, mais Bokuto dut l'entendre dans sa voix, car il le frappa à l'épaule.

— Toi aussi, Akaashi ! Raah, c'est juste que je suis super nul pour bosser. Et écouter. Et étudier les trucs qui m'intéressent pas. J'ai une bonne mémoire, en vrai. J'ai failli passer une année quand j'étais gamin.

— Sans rire.

— Sur ma vie. Pour ça que j'ai retenu ta liste. C'était trop facile, en fait.

— Parce que ça t'intéressait ?

— Bah, c'était ta famille.

Ils restèrent un moment silencieux à se demander si cette affirmation avait pour eux une implication quelconque. Akaashi décida de changer de sujet.

— D'accord, à moi. Tu te souviens de la fois où t'as retrouvé ton MP3 complètement foutu au fond de ton sac de sport ?

Bokuto plissa les yeux.

— Plutôt, ouais. Il m'avait coûté un bras.

— On avait fait une enquête au sein de l'équipe, et on avait fini par accuser Konoha, mais il avait toujours clamé haut et fort son innocence...

— Par pitié, Akaashi. J'espère que c'était pas...

— Je suis navré, Bokuto-san. J'avais voulu déplacer ton sac et il s'est retrouvé par terre sans que j'aie eu le temps de le voir venir. J'ai peut-être un peu marché dessus sans faire exprès.

— Akaashi !

— J'te demande pardon, s'excusa Akaashi tout en retenant un rire incontrôlable. Je l'ai juste remis dans ton sac en me disant que t'y verrais que du feu.

— T'es un monstre ! Et ce pauvre Konoha !

— Bah...

— Quand je pense que t'as gardé une poker face tout du long, en plus ! Que tu m'as aidé à interroger les suspects un par un ! Aah, j'ai été roulé...

Il se posa une main sur les yeux d'un geste hautement dramatique. Akaashi gloussa.

— Je me sentais comme un flic ripou. C'était génial.

— Ça te fait rire, en plus !

— Bah...

— Je te déteste. Comment tu peux m'annoncer ça aussi naturellement ?

— Shh. C'était mon deuxième secret. À toi.

— J'en reviens pas !

— Tu veux sortir d'ici ou pas ?

— D'accord, d'accord. Alors, mmh... laisse-moi réfléchir... t'as intérêt à me racheter un MP3 !

Akaashi lui plaqua une main sur la bouche.

— Ça suffit. C'est oublié. Ce qui se passe ici reste ici, pas vrai, Bokuto-san ?

Celui-ci tenta vainement de se dégager, mais Akaashi l'immobilisa d'un sourire malveillant.

— Il y a prescription, siffla-t-il d'une voix terriblement basse.

— Mm-m-mmmm !

— Je prends ça pour un : « C'est d'accord, je passe l'éponge avec plaisir. Je vais maintenant t'annoncer mon troisième secret de sorte à nous permettre de retrouver un toit et de la nourriture qu'on ne sera pas obligés de prendre sur un animal vivant. »

Bokuto fit mine de lui mordre la main ; Akaashi l'éloigna vivement.

— Quoi qu'on n'ait pas vraiment besoin d'en chercher, à ce que je vois.

— Te crois pas sorti d'affaire. On en reparlera !

— Ton tour, Kōtarō.

Comme prévu, entendre Akaashi prononcer son prénom le calma immédiatement. Il grommela quelque chose, puis déclara d'une voix assurée :

— Quand j'étais en troisième primaire, ma classe a décidé d'organiser une pièce de théâtre pour la fête de l'école. Je t'ai dit que j'avais bonne mémoire ? Eh bah, c'était compter sans ma tendance à la nervosité. Il y avait une bonne centaine de spectateurs, dont mes parents et un oncle, bien sûr. À cause du stress, j'ai tout oublié. Au moment où j'aurais dû parler, je me suis mis à pleurer. Devant tout le monde.

Il en paraissait toujours absolument mortifié.

— Tu jouais quel rôle ?

— Un paysan. J'avais trois lignes. Pire jour de ma vie. Mon oncle le ramène toujours sur la table à un moment ou l'autre, quand on se croise. Je crois même qu'il en a gardé une vidéo.

— J'ai honte de le dire, mais j'aimerais beaucoup voir ça.

— Je suis sûr qu'il serait ravi de te le montrer. Quelle horreur. Plus jamais un truc pareil, plus jamais.

Akaashi trouvait étrange que Bokuto garde un si mauvais souvenir d'un moment de faiblesse comme celui-là, compte tenu de ce qu'il lui avait déjà fait subir au cours de matchs amicaux et d'entraînements ponctuels. Il jugea néanmoins préférable de se taire — pas la peine de déclencher une nouvelle crise de larmes. Il masqua le petit sourire qui cherchait sournoisement à étirer ses lèvres.

— À toi, Akaashi, rappela Bokuto.

Il sonda sa mémoire un long moment. Il ne lui revenait aucun souvenir d'enfance traumatisant — Ryōta, Yū et Reiko ne comptaient pas vraiment — ou particulièrement humiliant, si bien qu'il se mit à repasser les quelques dernières années devant ses paupières pour y trouver de quoi satisfaire Bokuto — ou, plutôt, la mystérieuse divinité qui les avait perdus au milieu de nulle part.

Lorsqu'il y parvint enfin, il fronçait les sourcils.

— Avant de rentrer à Fukurodani...

Il hésita une seconde.

— Quoi ? s'enquit Bokuto, interloqué.

— Je détestais jouer au volley. Le club, au collège... c'était un cauchemar. Pas à cause des joueurs, évidemment. J'étais juste... j'avais horreur de ça.

— Sérieux ? Pourquoi t'y étais inscrit, alors ?

— Ma mère m'y a forcé. Elle était un peu mère poule, à l'époque. Elle s'est améliorée depuis.

— Mais t'as continué au lycée, finalement, remarqua Bokuto. C'est que ça te dérangeait pas tant que ça, si ?

— Ah...

Il se rendit compte qu'il ne lui avait effectivement jamais parlé de ça. Il laissa ses yeux vagabonder dans le ciel un moment, perdu dans ses pensées.

— À vrai dire, je jouais au baseball, quand j'étais petit.

— Sérieux ?

— Ouais.

— Tu faisais quoi ?

— Je voulais être lanceur. Mon frère jouait au lycée, et ma sœur n'a pas tardé à le suivre. Quand j'étais en dernière année de primaire, mon frère s'est pris une balle morte en plein dans la tête. Il n'a pas été blessé, heureusement, mais il aurait pu. Ma mère n'a pas trop apprécié. Elle a décrété que c'était trop dangereux et qu'il fallait que je trouve autre chose. L'équipe de volley lui paraissait plus sûre, je suppose.

— Triste, fit Bokuto.

— Ouais... enfin, au moment où je me suis inscrit au lycée, j'ai songé à reprendre le baseball sans son accord. J'ai essayé de lancer chez moi, mais j'avais pas eu assez d'entraînement, alors... c'était pas terrible. Je me suis réinscrit au volley un peu par dépit.

— Tu me brises le cœur.

— Je sais. Désolé.

— T'es content, maintenant ? D'avoir continué.

Akaashi sourit.

— Oui.

— Tu t'amuses ?

— Oui. Beaucoup plus qu'avant. Je crois que je détestais seulement pour la forme. La frustration, quelque chose comme ça.

Bokuto soupira.

— Heureusement que t'as continué, déclara-t-il. L'équipe aurait pas été la même, sans toi.

— Tu ne l'aurais jamais su.

— J'suis sûr que si.

— Tu parles. Allez, à toi.

Il ferma les yeux si fort que son front se plissa.

— Quitte à parler du collège, entama enfin Bokuto, j'ai eu une période hyper rebelle, en troisième année. Jusqu'à la fin de ma première année de lycée, en fait. Ma mère en pouvait plus, mes profs non plus. Je crois qu'il n'y avait que le coach qui arrivait encore à m'apprécier — faut dire que je me donnais à fond, à l'époque. Enfin, autant que maintenant, quoi.

— Rebelle à quel point ?

— Bah, tu sais... disons que j'étais plutôt classique, avant ça. Petite coupe qui attire pas l'attention, toujours tiré à quatre épingles, en plus, parce que mon père voulait absolument que son fils se fasse bien voir du reste du monde. Un jour, j'en ai eu assez, et j'ai commencé à traîner après les entraînements et entre les cours. J'en ai loupé un petit paquet, en fait. De cours, hein, pas d'entraînements.

Maintenant qu'il l'évoquait, Akaashi en avait peut-être bien entendu parler. Il avait toujours cru qu'il ne s'agissait de rien de plus qu'une légende urbaine.

— J'ai laissé mes cheveux pousser un peu, poursuivit Bokuto, puis Kuroo m'a aidé à m'en décolorer une partie. J'ai cru que mon père allait s'évanouir, quand il m'a vu.

— Qu'est-ce qu'il a dit ?

— Oh, on s'est juste un peu disputés. Cette fois et plein d'autres. C'était un peu la guerre ouverte, faut dire. Et, évidemment, tout ce qui sortait de ma bouche n'était qu'un tissu de connerie motivé par la sacro-sainte « crise d'adolescence », à ses yeux.

Il sourit aux étoiles.

— Je me suis battu une ou deux fois, continua-t-il. Avec une bande qui traînait autour du lycée.

— Sans blague.

— Ouais. Avec Konoha, en fait, en première année. Ils saoulaient une fille de ma classe.

— Et t'as été les voir ? Chevalier servant, hein ?

— Je comptais pas vraiment leur péter la tronche, juste discuter poliment. Enfin, ils ont quand même failli bien m'amocher.

— T'as gagné ?

— On était deux contre trois. Non. Kuroo est venu nous arrêter. Je sais même pas comment il a été mis au courant. Peut-être à cause de Yukie ? Quoi qu'il en soit, il a prétexté l'arrivée d'un flic de patrouille dans le coin et les autres se sont taillés. Ils devaient pas être revanchards, parce que je les ai plus vus, après ça.

— Wow.

— Quoi ?

— Je sais pas, ça change l'image que j'avais de toi.

Bokuto se releva sur ses coudes.

— Pas en mal, hein ? s'inquiéta-t-il.

Akaashi pouffa.

— Non, pas en mal. C'est juste... étonnant. Enfin, je suppose qu'on cache tous une certaine facette de notre personnalité.

Rassuré, Bokuto se recoucha.

— J'avoue. J'aurais jamais pensé que tu serais le genre de mec à pleurer devant Nintendogs, par exemple.

— Oh, ça va...

Bokuto lui donna un léger coup d'épaule. Il s'était allongé si près que leurs bras se touchaient presque. Frappé par cette soudaine réalisation, Akaashi sentit son cœur s'emballer.

— Enfin, conclut le capitaine, je me suis calmé depuis. Mon père aussi. Il me laisse aller où je veux — j'y serais allé de toute façon. J'ai juste gardé les cheveux, parce que j'aimais bien. Et ma plus jeune sœur adore.

— Moi aussi, dit Akaashi à l'étourdie.

— La flatterie ne te mènera nulle part, Akaashi. Tu dois toujours me dire ton quatrième secret.

— On en a dit sept, en tout.

— C'est sept chacun. T'essaies de te défiler !

— Pas du tout. Laisse-moi réfléchir...

Sa main était si proche de celle de Bokuto qu'il avait très envie de l'y glisser. Ce secret, cependant, en resterait encore un pour un moment.

— J'ai embrassé Kenma, avoua-t-il enfin, jugeant qu'il s'agissait là d'une confession acceptable. Pour un pari.

— Quoi ? s'écria Bokuto. Non ! Quand ?

Sa voix portait en elle des notes de désespoir qui lui tirèrent un sourire.

— Fin de l'année dernière, répondit-il.

— J'y crois pas !

— Ah, et...

Bokuto se redressa d'un bond.

— Y a plus ?

— J'ai peut-être aussi embrassé Kuroo... occasionnellement. Une fois ou deux. Ou trois.

— Mec ! J'arrive pas à y croire, pourquoi tu m'as rien dit ?

— J'avais aucune raison de le faire.

— Pourquoi il m'a rien dit ?

— Il voulait put-être pas t'attrister.

— Ah ? Pourquoi ?

Akaashi tourna le visage vers lui.

— T'as pas dit que t'étais, je cite : « un petit peu gay pour ton meilleur ami » ?

Bokuto lui renvoya un regard outré.

— Je... c'était... c'est ses cuisses, c'est tout ! C'est du grand n'importe quoi, ça devrait être illégal ! T'as vu ses muscles ? Pire que moi, ma parole !

— C'est-à-dire qu'on n'a pas souvent l'occasion de les comparer, vu la taille de tes genouillères.

— Parce que t'as déjà essayé de les comparer ?

— Pure curiosité scientifique.

— Regarde-les. Les miennes sont mieux.

Il leva la jambe pour le lui prouver. Akaashi la pinça d'un air intéressé.

— Mieux, je ne sais pas. Mais ça reste honorable.

— Je finirai bien par te faire changer d'avis. Un jour.

Il y eut un bref silence, puis Bokuto reprit :

— Toi et Kuroo... j'en reviens pas. J'aurais bien aimé voir ça, cela d—

Il fut interrompu par une poignée de brins d'herbe humide dans la figure.

— Argh ! s'exclama-t-il en les retirant vite fait. Monstre !

Akaashi ne répondit rien. Il l'aida à retirer un brin qu'il avait miraculeusement aperçu dans ses cheveux.

— Donc, dit Bokuto, est-ce que Kuroo embrasse b...

— Bokuto-san.

— Quoi ?

— Passons à la suite.

— C'était juste de la curiosité !

— Ton tour, cette fois.

Bokuto marmonna des mots dont Akaashi ne put saisir le sens puis réfléchit quelques longues secondes. Quand il reprit la parole, sa voix avait changé. Pas grand-chose. Juste une hésitation.

— J'aime bien tes mains, lâcha-t-il simplement.

Silence. Bokuto ravala sa salive.

— Je veux dire, corrigea-t-il, j'aime vraiment beaucoup tes mains. Je, euh...

Akaashi examina ses paumes, intrigué.

— C'est un peu gênant, dit Bokuto.

— Un peu, confirma Akaashi avec un demi-sourire.

— Et un peu gay, continua Bokuto.

— Très gay.

— C'est ton influence.

— On va dire ça.

Ils échangèrent un regard puis pouffèrent.

— Bref, à toi. Dis-moi un truc embarrassant.

Akaashi soupira. Il se sentait bien, ici, à partager des secrets ridicules au milieu de la nuit. La main reposant sur son ventre, il dit :

— La première chose que j'ai pensé en arrivant dans l'équipe, commença-t-il, puis il s'interrompit pour s'éclaircir la gorge.

— Allez, dis.

— Mmh...

— Akaashi, j't'ai dit les pires trucs que j'avais sous la main. Chacun son tour !

— La première chose que j'ai remarquée, reprit Akaashi, c'est que je t'ai trouvé plutôt très bien foutu. J'veux dire, comme ça.

— Sérieux, t'as pensé ça ?

— Mmh, oui ? Je veux dire... c'est pas comme si j'avais arrêté de le penser à un moment donné.

— Aww, Akaashi !

Il se sentit rougir.

— T'as rien à m'envier, toi non plus, ajouta Bokuto. T'as toujours été le mec le plus BG de l'équipe.

— C'est ton sixième secret ?

— C'est pas comme si ça en avait déjà été un. J'veux dire, c'est évident. Mon sixième secret...

Il s'agita un peu, puis se tourna sur le côté pour lui faire face.

— J'étais vraiment content que tu m'invites ici. Je, mh... vraiment, vraiment content. En fait, ce jour-là, j'en ai pas dormi de la nuit, avoua-t-il avec un rire nerveux.

Le cœur d'Akaashi se contracta douloureusement dans sa poitrine. Il déclara, le souffle court :

— Quand ma mère m'a annoncé qu'on allait devoir passer une semaine en famille, j'ai cru que ce serait un cauchemar. Que je supporterais pas de passer plus d'un jour ici, surtout en sachant que tout le monde serait sur mon dos. Mais finalement...

Il inspira une bouffée d'air en espérant calmer la vigueur nouvelle de ses pulsations cardiaques. Bokuto le contemplait en silence. Akaashi croisa son regard pour ne plus le lâcher.

— Ça ne me dérangerait pas de rester ici un mois de plus si c'est pour être avec toi.

Bokuto ouvrit légèrement la bouche, la referma, puis, toujours en le regardant fixement :

— Je... j'ai pas vraiment... je suis pas réputé pour mes talents d'acteur, confia-t-il à voix basse. Je suis pas non plus un très bon menteur. Je...

Il déglutit. Prit une inspiration.

— Je, euh... suis amoureux de... quelqu'un.

Akaashi n'eut pas la maladresse de demander de qui. Il n'en avait pas besoin, de toute façon.

Il y eut un long silence durant lequel ni l'un ni l'autre n'osa prononcer un mot, par peur, peut-être, de briser la fragile bulle d'intimité qui s'était formée autour d'eux. Akaashi finit par baisser les yeux, le cœur pratiquement à l'arrêt.

— La dernière fois, souffla-t-il enfin, quand je t'ai embrassé... (Il s'interrompit, incertain.) J'étais... heureux. Je me suis dit...

Bokuto cilla. Son regard voyageait des iris d'Akaashi à ses lèvres et, si on avait demandé l'avis du passeur, il aurait juré l'avoir vu s'arrêter de respirer.

— ... que j'aurais aimé pouvoir recommencer.

Il était content d'être protégé par l'obscurité ambiante. Quelque chose lui disait qu'il n'aurait pas aimé connaître la couleur de son visage à cet instant précis.

Bokuto le dévisagea une seconde, muet, puis sa main se détacha lentement de son corps pour effleurer doucement la joue de son vis-à-vis qui retenait son souffle, le cœur battant.

— Keiji, murmura-t-il d'une voix qui sonna agréablement douce à ses oreilles, suave, et il fut soudain pris du désir irrépressible de l'entendre chuchotée tout contre elles.

Les doigts de Bokuto descendirent jusqu'à sa bouche, légers comme la caresse d'une plume, puis il demanda :

— Je peux...?

Il acquiesça silencieusement. Bokuto sourit.

Presque au ralenti, le capitaine s'approcha de lui, laissa glisser sa main jusque sous son oreille et, avec une douceur irréelle, posa ses lèvres sur les siennes.

Le contact ne dura qu'un instant. Juste assez pour faire bouillir le sang d'Akaashi dans ses veines. Ils étaient si proches, désormais, que leur souffle se mélangeait dans la nuit. Akaashi ne pensait plus aux étoiles. Il ne pensait même plus à la forêt ou aux secrets.

Ses mains traversèrent les cheveux de Bokuto, y plongèrent avec un contentement tel qu'il en devenait presque insupportable, puis partirent retrouver sa nuque, son cou, son front, et, bientôt, ce fut lui qui initia le contact, incapable de tenir plus longtemps, avide de revivre des sensations que sa bouche commençait déjà à oublier.

Il comprit, après un moment, qu'il se fichait d'être perdu dans les bois, qu'il se fichait des dieux et des légendes, des esprits vengeurs ou des animaux sauvages. Il pouvait tout aussi bien rester ici jusqu'à la fin de ses jours, sous le ciel nocturne, les chevilles chatouillées par l'herbe humide, le bras de Bokuto autour de lui, sa main dans son dos, ses lèvres sur les siennes et sur son front et sur ses joues, les battements de son cœur contre sa propre poitrine, présents sous chaque centimètre carré de sa peau tiède. Ils échangeaient parfois un regard, souriaient, s'embrassaient à nouveau, et une fois de plus le monde prenait des couleurs impossibles derrière ses paupières closes.

— Je t'aime, souffla Bokuto entre leurs lèvres, et Akaashi lui répondit par baiser pressé plus fort, un autre, et un autre, puis un rire étouffé.

Il s'allongea, dos au sol, toutes les étoiles du ciel dans ses iris, et continua à rire sans pouvoir s'arrêter. Bokuto l'enferma dans une cage invisible, les mains appuyées sur l'herbe de part et d'autre de sa tête, le visage fendu d'un sourire radieux, puis il laissa son nez pousser un peu contre le sien, s'y frotter légèrement, et répéta :

— Je t'aime.

Akaashi enroula ses bras autour de son dos afin de lui couper toute chance d'échappatoire.

— Tu quoi ? demanda-t-il.

— Je t'aime.

— J'ai pas bien entendu...

Alors Bokuto le lui murmura à l'oreille, lui tirant un frisson agréable le long de la colonne vertébrale, le lui répéta encore et encore, sur chaque portion libre de sa peau, sur la courbe de sa mâchoire et la ligne de son cou, au creux de son épaule, et sur ses mains, un million de fois sur ses mains.

— Je t'aime. Je t'aime, je t'aime, je...

Akaashi, s'il n'avait pas été si concentré sur Bokuto et ses gestes et sa voix et sa chaleur et la douceur de ses doigts qui, désormais, s'étaient entremêlés aux siens, se serait peut-être mis à pleurer — son sourire, cependant, gardait les larmes dans un territoire si éloigné de lui-même qu'il douta même en avoir versé une seule au cours de sa vie.

La joie qui gonflait sa poitrine remplissait son corps tout entier, illuminait son visage et déposait ses bourgeons partout dans sa cage thoracique, cherchait à grandir encore, à sortir de lui-même pour s'enraciner tout autour, éclairer la clairière de la lumière du soleil.

Ils étaient couchés l'un contre l'autre, les mains de Bokuto jouant distraitement avec ses cheveux, son corps pressé contre le sien, quand résonnèrent les premiers chants d'oiseaux. Les étoiles, constata Akaashi, pâlissaient à vue d'œil. Il cilla.

— Le soleil se lève, annonça-t-il doucement.

— C'est vers quelle heure, ces jours-ci ? demanda Bokuto d'une voix un peu engourdie.

Ni l'un ni l'autre n'avait pris le temps de dormir.

— Quatre heures et demie, répondit Akaashi en se redressant.

Bokuto s'était assis lorsqu'ils aperçurent enfin les premières lueurs du jour. L'herbe verdit, la marre, plus loin, refléta timidement les rayons du soleil et la forêt s'éclaircit jusqu'à paraître moins dense et effrayante qu'elle l'avait été la veille.

Et puis, juste en face, entre deux troncs sombres, deux petites pierres sculptées annonçaient le commencement d'un étroit chemin ocre qui sinuait pour s'enfoncer dans le bois. Sitôt qu'il l'eût remarquée, Bokuto se releva d'un bond et manqua de perdre l'équilibre.

— Le chemin ! s'exclama-t-il, rayonnant. Ça a marché !

Il aida Akaashi à se mettre debout.

— Je suis quasiment certain qu'il était là depuis le début, soupira Akaashi.

— Sept secrets, dit Bokuto en se tournant vers lui. On va pouvoir rentrer !

— Incroyable, Bokuto-san, dit Akaashi.

Bokuto lui adressa un large sourire.

— Je savais qu'on y arriverait ! Viens !

Et, sans prévenir, il glissa sa main dans la sienne pour le conduire sur le chemin du retour.


Moult notes :

– La veille j'ai rêvé d'un orage horrible où tout le monde mourrait. Bokuto m'a influencée. (En vrai j'aime l'orage, lol. C'est cool.)

– Il est fort probable que vous voyiez souvent mention du baseball dans mes fics HQ parce que c'est ma passion mdr. C'est tellement cool le baseball.

– Vous reverrez aussi Bokuto-rebelle parce que j'ai un 3shot prévu centré sur lui, mdr (oui Bokuto l'ado difficile est un de mes hc). Ce sera pas un préquel de cette fic, par contre. C'est pour le bien du BoKuroo. :D

– KuroAka ftw 8)

– Je suis nulle af pour écrire le fluff en vrai, ça me prend des heures, alors j'espère que ça vous a quand même plu. :B

Le prochain chapitre est le dernier ! :D Sera-t-il là demain ? Aucune idée parce que j'ai une séance de coworking et que je suis pas sûre de la passer à écrire lol, mais gardons espoir. Merci d'avoir répondu au poll pour ceux qui l'ont fait. Et, bien sûr, merci pour vos reviews et votre lecture ! À demain ou dimanche :D