Bonjour!

Il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine, car je suis en vacances, et voilà trois semaines que je suis victime du syndrôme de la page blanche...

Bonnes vacances!


Chapitre XXII: Complément d'enquête

A huit heures précises, Kingsley arrivait à la Ruche le lendemain matin. Maugrey était déjà là, remplissant de la paperasserie. Il leva tout juste un oeil sur son nouveau collègue en grognant:

- Ponctuel au moins.

"Qu'est-ce qu'il croyait? songea Kingsley. Que j'allais arriver en retard spécialement pour l'enquiquiner? Et ça signifie quoi ce au moins? "

Gardant ses réflexions pour lui, il sortit d'un tiroir la liste des faussaires connus des aurors. Il y en avait deux dans l'allée des embrumes, et un qui traînait régulièrement autour du Chemin de Traverse. Leur statut d'informateurs les protégeait plus ou moins de la justice... En périphérie de Pré-au-Lard, se trouvait le repère d'un quatrième. On n'avait encore jamais coincé le loustic. Après, une demi-douzaine de faussaires se dissimulaient dans le Londres moldu, sans parler de leurs collègues non-sorciers, et tous ceux qu'on pouvait trouver en dehors de Londres.

- Maugrey, Schaklebolt!

L'appel du Commandant résonna dans la Ruche. Fol-Oeil passa la tête au-dessus de la cloison et fit signe qu'ils arrivaient.

Kingsley regarda l'heure: 8h15. Mrs Bones n'avait pas traîné.

- Qu'est-ce que je disais, grogna Maugrey.

Le Commandant n'avait pas l'air très content lorsqu'ils entrèrent dans son bureau.

- Bon, j'ai une nouvelle mission pour vous. Vous aller laisser l'histoire des trafiquants de clés pour quelques jours; Bones m'a contactée à la première heure ce matin... Apparemment le dossier Gaunt n'est pas encore classé, soupira-t-il en s'asseyant derrière son bureau. J'aurais préféré que tu continues ça avec Dawlish, Shacklebolt, mais lui et Tonks sont sur une délicate affaire avec le département des mystères.

- C'est prudent de coller Tonks sur une mission de ce genre dès maintenant? marmonna Maugrey.

- Je sais qu'elle débute, mais de ce que t'en dis, elle est débrouillarde, et a de la suite dans les idées. Ses capacités de métamorphomages nous sont précieuses. Quant à Dawlish, ses compétences en potions sont indispensables dans cette affaire.

- Et Pears? interrogea Kingsley. Il savait que les capacités de son ancien mentor en la matière n'étaient pas négligeables non plus.

- Il est sur une lourde mission avec Sainte-Mangouste.

- Cette affaire de Gaunt, c'est quoi? demanda Maugrey d'un air totalement détaché.

- Une gamine qui est la fille de Tu-Sais-Qui. Envoyée à Azkaban il y a trois jours. Mais Amélia m'a recontacté ce matin, elle veut d'urgence un complément d'enquête. Voici un ordre d'interrogatoire auprès de l'orphelinat Saint-Patrick, et elle demande qu'on trouve l'identité du corbeau. Je sais pas où ça va la mener, mais grouillez-vous, parce qu'on n'a pas que cette histoire à régler. Ah, Maugrey, l'affaire est classée confidentielle.

- OK, grogna le vieil auror.

- Bones veut de ce fait que vous lui remettiez directement les rapports. Shacklebolt, tu expliqueras l'affaire à Maugrey.

- C'est le monde à l'envers...

- Des questions? coupa Scrimgeour d'un ton sec.

- Non, Commandant, répondit Kingsley.

- Alors vous pouvez y aller.

Une fois sortis de chez Scrimgeour, Maugrey indiqua à son collègue de le suivre jusqu'à leurs bureaux.

- Tu te rappelles des directives de Dumbledore?

- Oui.

- Bon, alors comme en début d'enquête, on n'a normalement rien à faire à Poudlard ou dans les archives, on va commencer par les faussaires. Tu as la liste? Selon toi, par qui on commence?

- Je pense qu'on peut éliminer la piste d'un moldu. Le message serait trop curieux.

- Erreur, jeune homme. Les messages curieux, c'est leur pain quotidien. Par contre, un sorcier à qui ont confie un texte dans lequel on parle de fille du Lord Noir... c'est pas très discret.

- C'est juste, reconnut Kingsley... Donc on peut commencer par les faussaires moldus de Londres. Après, il y a toujours Reagelt; d'après son dossier, il est soupçonné de coopération avec les mangemorts.

- Ouais, une véritable anguille, celui-là. Si on lui met la main dessus, on aura pas perdu notre temps.

- Et pour terminer, les classiques: Heatel, Gordons...

- Ceux-là, on les ferra si on n'a rien trouvé ailleurs, trop connus. Maintenant, on s'y prend comment pour les démasquer?

- On peut jouer la carte des autorités avec un signalement précis, ou on peut fabriquer un faux document à faire copier, propre à rappeler la lettre de notre corbeau.

Maugrey hocha la tête.

- Tu vas me concocter un appât. On ira ensuite voir si ça mord côté moldu.

Un quart d'heure plus tard Kingsley tendait à son coéquipier un message qu'ils allaient montrer aux faussaires.

" Kécile Gaunt a bien été arrêtée par le ministère en tant que fille du Lord Noir et de Gwendoline Grunt. Elle a été transférée de Poudlard à Azkaban."

- Parfait, approuva Maugrey. On y va.

Ce genre de travail était fréquent chez les aurors et surtout, fastidieux. A deux, il pouvait se révéler moins rébarbatif, mais on ne pouvait pas qualifier Maugrey de partenaire bavard et jovial. Pears non plus, d'ailleurs, songea Kingsley, mais il avait au moins le mérite d'être un esprit sarcastique et son talent d'imitateur qu'il exploitait volontiers était très divertissant. Fol-Oeil, sa casquette enfoncée profondément sur la tête, dissimulant tant bien que mal son faciès difforme, marchait le nez dans le col de son pardessus long, et ne pipait pas mot. Il laissait Kingsley se dépatouiller avec les transports et l'argent moldu, et le jeune homme avait l'impression de passer un examen.

Il les mena dans un quartier glauque de Londres où le service des aurors avait repéré deux faussaires moldus qui avaient déjà croisé la route de sorciers sans le savoir. Ils arrivèrent bientôt dans un cul-de-sac boueux où des sacs poubelles s'entassaient, diffusant une odeur nauséabonde. Kingsley frappa à une porte d'un immeuble miteux et quelques secondes plus tard, un clapet s'ouvrit.

- C'est pour quoi? demanda une femme revêche.

- Je voudrais voir Mr Fylger, expliqua aimablement Kingsley.

- Qu'est-ce que vous lui voulez?

- J'ai un petit travail à lui confier, dit-il un ton plus bas d'un air entendu.

- C'est bon...

Le clapet se referma avant que la porte s'ouvre devant eux.

- Troisième étage, au fond à gauche.

- Merci.

La bonne femme regarda avec insistance les deux hommes grimper l'escalier, son regard s'appesantissant particulièrement sur Fol-Oeil qui ne pouvait cacher sa claudication.

Lorsqu'ils frappèrent à la porte du dénommé Fylger, une vois s'éleva de derrière la cloison et demanda à nouveau:

- C'est pour quoi?

- On a un service à te demander, compère.

- J'arrive...

L'homme ne payait non plus pas de mine. Ses cheveux sales trop longs étaient emmêlés, et ses habits d'une propreté douteuse. L'appartement dans lequel il les fit pénétrer dégageait une forte odeur d'humidité et de renfermé qui prenait à la gorge.

- Alors, qu'est-ce que vous voulez?

- On aurait besoin que tu nous copies ce document, répondit Kingsley.

L'homme prit le document et le lut sans sourciller.

- T'en as pour combien de temps? interrogea Kingsley.

- Ça dépend de ce que vous voulez, et pour quel prix.

- Écriture passe-partout, genre lettre anonyme.

- Ça fera 10 livres, et vous pourrez passer le prendre demain.

- 10 livres! Pour ces deux lignes? s'insurgea Kingsley. A ce prix, tu peux nous le donner tout de suite.

- J'ai d'autres affaires plus importantes à m'occuper d'ici demain.

Maugrey jugea bon d'intervenir.

- 8 livres, tout de suite, et sans faire d'histoire.

- Je vais faire faillite à de tels prix! répondit l'homme en l'ignorant.

- Il pourrait t'arriver bien pire si tu ne le fais pas, mon gars, menaça Fol-Oeil d'une voix basse et impressionnante.

L'homme leva les yeux sur le visage de son interlocuteur qui avait soulevé sa casquette et pâlit en voyant sa mine.

Il s'assit précipitamment derrière sa table de travail sans répliquer, et s'attaqua aussitôt à la besogne. Un quart d'heure plus tard, il tendait le document et sa copie aux deux aurors. Maugrey jeta les huit livres sur la table et demanda:

- En prime, t'aurais pas vu un mec blond aux cheveux longs traîner dans le coin?

L'homme hocha la tête et leur ouvrit la porte, visiblement désireux de se débarrasser de cet étrange visiteur.

- Désolé. Au revoir.

Et la porte claqua derrière eux.

- Bon, on a fait choux blanc, remarqua Kingsley une fois arrivés en bas de l'immeuble. Sympas ta technique...

- T'es trop gentil, Shacklebolt. Avec ses loustics là, faut tout de suite leur montrer qui commande.

- Facile à dire pour toi. Avec ta mine d'atrophié...

Ils firent trois autres faussaires dans le coin, sans succès. Généralement Kingsley commençait la discussion, et Maugrey la terminait. Mais aucun indice ne put leur faire supposer que l'un d'entre eux aurait déjà entendu parlé d'une Kécile Gaunt ou d'un Seigneur Noir.

Kingsley suggéra alors d'essayer chez un autre trafiquant moldu que lui et Dawlish avaient découvert par hasard quelques temps auparavant.

Il les conduisit de ce fait dans une des artères principales de Londres, bien loin des ruelles mal famées, et s'arrêta devant la vitrine du centre d'un journal spécialisé dans l'économie et l'avis de consommateurs moldu.

- Tu sais qu'on cherche un malfrat, Shacklebolt!

- La discrétion et une façade parfaitement honnête ne nuisent pas à quelques pratiques louches pour arrondir les fins de mois. C'est pas à toi que je vais apprendre ça, Fol-Oeil! Et celui-ci à une dette envers moi. Viens, laisse-moi faire.

Maugrey le suivit à l'intérieur d'un air sceptique, mais laissa opérer son partenaire.

- Bonjour mademoiselle, fit-il à une femme qui semblait tenir l'accueil, nous souhaitons parler à Mr Niguel.

- Vous avez un rendez-vous? demanda la jeune femme avec un sourire aimable.

- Non.

- Je suis désolée, messieurs, mais ça ne va pas être possible alors. En revanche, vous pouvez me laisser votre carte, et Mr Niguel vous rappellera pour vous proposer un rendez-vous.

Kingsley sortit une carte de police londonienne, fournie par le ministère de la magie à tous les aurors, avec un grand sourire.

- Peut-être cette carte de visite suffira pour nous faire recevoir immédiatement?

- Euh... la jeune femme, décontenancée, pâlit légèrement. Oui, bien sûr, dit-elle d'une voix mal assurée, je vais voir avec Mr Niguel, s'il est libre...

Et elle s'échappa rapidement vers les bureaux.

- C'est un autre style, mais ça marche aussi le grand sourire avec la carte, apparemment. commenta Maugrey d'un air narquois.

- Évidemment, répondit Kingsley en haussant les épaules. J'avais pas besoin que tu la fasses tourner le de l'oeil avec ton visage d'échappé du bagne...

Moins de cinq minutes plus tard, ils étaient reçu par ledit Mr Niguel.

- Que puis-je pour vous, messieurs? demanda le journaliste, un sourire un peu obséquieux aux lèvres.

- Un petit renseignement... Vous nous devez bien ça.

- Mais certainement.

-Est-ce que ceci vous rappelle quelque chose? questionna Kingsley en tendant la fausse lettre.

L'homme lut le papier.

- Non.

- On ne vous a pas confié un document avec des termes similaires?

Il relut le bout de parchemin, mais cette fois-ci, son regard se faisait plus fixe.

- Certains noms me disent quelque chose...

- Lesquels?

- Gwendoline Grunt... Poudlard... mais c'est il y a longtemps... plus de 10 ans.

- Dans quelles circonstances?

- Vous ne croyez tout de même pas que je m'en souviens encore?! Ce genre de messages, on n'est pas censé les garder en mémoire.

- Qui vous l'a amené?

- Je ne sais plus, râla le journaliste.

- N'est-ce pas un homme aux cheveux longs blonds presque blanc?

- Ça ne me dit rien.

- Une femme, alors, blonde elle aussi et l'air pincés? insista Kingsley.

- C'était il y a une dizaine d'année, monsieur. Des femmes blondes, j'en ai vu passer!

- Vous n'avez pas entendu parler d'une secte avec un Lord Noir, ou Seigneur des Ténèbres ou encore Voldemort et des Mangemorts? poursuivit le jeune auror.

- Si, reconnut Mr Niguel à contre coeur. Mais c'était il y a longtemps. Je ne me rappelle plus dans quelles circonstances, expliqua-t-il avec une mine embarassée qui fit penser le contraire à Maufrey.

- Vraiment? Alors voici mon adresse, se résigna à conclure Kingsley en écrivant sur un bout de papier. Si vous arrivez à vous souvenir de cette affaire un peu plus précisément, faîtes-moi signe. Rien par écrit, compris?

- Compris.

- Si vous nous apportez un élément déterminant, il se pourrait que mon service vous récompense.

- Je pourrais faire un article? interrogea le journaliste tout d'un coup intéressé.

- Si vous tenez à la vie, je vous le déconseille, répondit placidement Kingsley. Cette secte secrète est très dangereuse et n'hésite pas à éliminer les personnes trop curieuses...

Alors qu'il se levait, l'homme était devenu très pâle.

- J'attends de vos nouvelles.

Et Maugrey suivit son collègue sans un mot vers la sortie.

- Intéressante cette visite.

- Dommage qu'il n'ait pas pu en dire plus, regretta Kingsley

- Je suis au contraire certain qu'il aurait pu. Mon avis est qu'il n'a pas oublié ce fameux message d'il ya dix ans , aussi vite qu'il l'aurait dû...En tout cas, avec ton avertissement, ça m'étonnerait qu'il te recontacte, grogna le vieil auror.

- Qu'est-ce que tu voulais que je fasse? s'agaça Kingsley. J'ai aucune envie qu'un mangemort débarque chez lui parce qu'il aurait écrit Merlin sait quoi sur une secte inconnue dirigée par un Lord Noir...

- T'énerves pas mon gars, je te reproches rien; et t'as eu le nez fin en nous menant ici. Il faut maintenant déterminer s'il y a un rapport entre la visite qu'il a eu il y a plus de 10 ans et notre affaire.

- J'en ai plein le bottes, si on allait manger quelque chose et qu'on rentrait au QG faire notre rapport?

- Déçu?

- Frustré.

- C'est le métier qui rentre.

- Ça me console!

Cette après-midi là, alors que Kingsley se coltinait le rapport (l'avantage d'être à un grade supérieur c'est qu'on pouvait laisser faire ce boulot aux jeunes...) et qu'il devait y fouiller dans les archives, Maugrey lui, se rendit à Poudlard.

Dumbledore ne l'accueillit pas cette fois avec son habituel sourire. Il avait la mine sombre et semblait réellement fatigué. Il rappelait à l'auror la période où Rogue était à Azkaban en attente de son procès, et où son vieil ami, tourmenté par sa conscience, ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il l'avait vu en ce temps passer des nuits entières à faire les cents pas dans son bureau, et il ne doutait pas que le manège avait dû recommencer ses dernières nuits. Maugrey tenta donc pour une fois de ranger son esprit cynique et de soutenir son ami plutôt que de lui faire part de ses doutes quant au bien fondé de vouloir faire sortir la fille de Voldemort d'Azkaban.

Il lui fut malgré tout offert le thé et les éternels bonbons au citron. Puis lorsque les deux hommes furent installés, Maugrey entama la discussion:

- On a commencé à bosser sur le cas de Gaunt avec Shacklebolt. Scrimgeour avait pas l'air ravi, d'ailleurs. Il considérait l'affaire comme close.

- C'est malheureusement le cas de bien trop de monde.

- On se posait une question. Pourquoi Malfoy aurait-il dénoncé la gamine? Qu'est-ce que ça lui apporte?

- A lui, rien, je suppose. A Voldemort, la vengeance. C'est une manière vicieuse et efficace de s'en prendre à elle alors qu'elle était dans la sécurité des murs de Poudlard.

Devant le regard haussé de l'auror, Dumbledore jugea nécessaire d'expliquer.

- Jusqu'à Noël dernier, on peut dire que Kécile était dans le camp qui aurait dû être naturellement le sien, du côté de son père. Cependant celui-ci lui a confié une tâche qu'elle n'a pas eu la force d'exécuter. Et elle s'est rangée de notre côté. Lorsque Voldemort l'a appris, je suppose qu'il a décidé de lui faire payer sa trahison.

- Que lui a-t-il donc demandé?

- De me tuer.

- Et comment peux-tu être sûr qu'elle ne le fera pas? demanda Maugrey avec un air des plus suspicieux.

- Elle en avait fait le Serment Inviolable et l'a volontairement trahi.

- C'est ce qu'elle a bien voulu te raconter. Et jusqu'à nouvel avis, on meurt en cas de trahison...

- J'ai vu le souvenir du moment où Voldemort l'a liée. Et pour des raisons qui seraient trop longues à t'expliquer, le Serment qu'il lui a fait prêter n'était apparemment pas valide. C'est pour cela qu'elle est encore en vie, Alastor.

- Et tu crois donc que Voldemort a demandé à Malfoy de dénoncer sa fille au ministère? C'est prendre beaucoup de risques.

- Je ne crois pas que Voldemort ait pris cet élément en considération. Quant à Lucius, il a dû prendre ses précautions.

- Je crois, oui! C'est un sacré écheveau qu'on a là!

- Vous avez trouvé quelque chose?

- Rien de très concluant, pour l'instant, mais il va falloir que tu patientes un peu, Albus.

- Essayez de faire vite.

- On fait ce qu'on peut!

- Je le sais bien, répondit Dumbledore avec un profond soupir. Mais en attendant, Kécile croupit à Azkaban.

- Albus! sermonna Maugrey, tu ne vas pas recommencer à culpabiliser. Tu n'y es pour rien, et tu fais ce que tu peux pour l'en sortir.

- Pour l'instant, justement, je ne peux rien faire, répondit amèrement le vieil homme.

- Et comme à chaque fois que tu ne peux pas agir directement, tu te ronges les sangs. Tiens! Tu peux faire quelque chose dans l'immédiat: appeler Rogue. J'ai deux mots à lui dire.

Dumbledore haussa un sourcils, mais fit ce qu'on lui demandait.

Severus était en train de concocter une potion délicate dans son laboratoire pour s'occuper l'esprit et les mains.

Depuis trois jours, sa mauvaise humeur avait mis en déroute une bonne partie de ses élèves, et deux Gryffondors et trois Poufsouffles s'étaient retrouvés à l'infirmerie dans une véritable crise de larmes....( si on ne omettait Longbubat, bien sûr, qui lui y était allé pour une vilaine brûlure au visage.) S'ajoutait à cela le fait que Malfoy fils était insupportable, et qu'il avait récolté deux retenues, au grand dam des autres Serpentard, et au grand plaisir des Gryffondors. Enfin, pour couronner le tout, sa marque le brûlait en permanence depuis quinze jours, et si la douleur restait supportable, tous ces essais pour la diminuer s'étaient avérés inutiles.

Et bien sûr, c'était sans considérer les nuits agités par des cauchemars qui le renvoyaient 11 ans plus tôt, lorsqu'il était lui-même à Azkaban, peuplés de ses pires souvenirs et d'une voix qui le maudissait pour n'avoir pas su tenir sa promesse. Il ne parvenait généralement pas à se rendormir, et finissait sa nuit sur un fauteuil devant le feu de son salon à penser à la gamine qui dépérissait au fond d'une geôle, entourée des détraqueurs qui devaient se délecter de son désespoir et des souvenirs croustillants de remords qui mijotaient dans son esprit torturé.

Entre deux cours, le laboratoire était donc devenu son refuge, le seul endroit où il pouvait tenter de laisser de côté tous les doutes, les angoisses et les inquiétudes qui s'agitaient derrière son masque impénétrable et froid.

Mais une sonnerie brève et discrète l'avertit que quelqu'un, probablement le directeur, avait passé sa tête dans la cheminée.

Agacé d'être dérangé, il posa brusquement le bocal d'écaille de tortue et jeta un sort pour stabiliser son chaudron après en avoir baissé le feu... il verrait s'il pourrait la récupérer après une interruption, mais qu'elle ne fasse au moins pas de dégâts pendant son absence.

- Que voulez-vous? demanda-t-il sèchement en entrant dans la pièce à la tête blanche qui dépassait de l'âtre.

- Alastor est là, et souhaiterait vous parler, Severus.

Il pinça les lèvres, unique signe de contrariété, et répondit simplement:

- Très bien j'arrive.

Et la tête de Dumbledore disparut.

Tandis qu'il arpentait les couloirs, le professeur tenta de faire taire les désagréables sentiments qui l'envahissaient chaque fois qu'il s'agissait de Maugrey Fol-Oeil. Ce n'était pas vraiment de la peur, ce n'était pas non plus de la haine, mais c'était en tous cas un profond malaise qu'il avait toujours du mal à surmonter, une sensation d'être en position de faiblesse qu'il détestait et l'impression d'être vulnérable. Il savait pourtant que Fol-Oeil et lui étaient dans le même camp, maintenant, mais le fait que ce soit le vieil auror qui l'ait arrêté et conduit aux tribunaux, peu de temps après qu'il soit allé voir Dumbledore pour changer définitivement de côté, lui laissait toujours un arrière goût amer. Le bonhomme avait en lui une partie de ce passé qu'il voulait absolument oublier, et ratait rarement une occasion de le lui rappeler...

C'est pourtant avec un visage impassible qu'il pénétra dans le bureau du directeur. Il n'eut qu'un simple signe de tête en direction de l'auror.

- Vous vouliez me parler?

- Oui.

- Asseyez-vous, Severus, ne restez pas debout, interompit Dumbledore. Une tasse de thé?

- Non merci, Albus. Je suppose que c'est au sujet de Kécile? poursuivit-il à l'adresse de Maugrey.

- Pas nécessairement. C'est plutôt au sujet de Gwendoline Grunt, sa mère. Quelles étaient ses relations avec Voldemort.

- Je croyais qu'Albus vous l'avait déjà dit, répondit Severus d'un air pincé.

- Je ne vous parle pas de son rapport de Mangemort, je parle du point de vue intime.

Severus haussa un sourcil.

- Je ne crois pas qu'on parle du même mage noir, alors. A ma connaissance, le Seigneur des Ténèbres n'a jamais entretenue une quelconque relation intime avec qui que ce soit!

- Il a pourtant une fille. Il ne l'a pas faite toute seule, que je sache!

Severus ne répliqua rien, sentant la pente de la discussion devenir beaucoup trop dangereuse à son goût..

- Ce que je veux savoir, poursuivit cependant Maugrey, c'est si Gwendoline Grunt est devenue mère de gré ou de force.

- Je suppose de force, se résigna à répondre Severus.

- Pourquoi?

- A l'époque où je l'ai connue, c'est-à-dire à peu près durant cette période, elle aimait quelqu'un d'autre, se décida-t-il à répondre.

- Qui?

- Je ne sais pas exactement, mais ce n'était ni Voldemort, ni un mangemort, répondit sèchement Severus.

- A votre avis, c'est pour lui qu'elle a quitté les rangs mangemorts? insista Maugrey.

- Je n'en ai aucune idée, et de toute manière, je crois que nous nous éloignons un peu du sujet.

- Comprendre l'histoire de Gwendoline Grunt peut nous apporter de nouvelles pistes contre Malfoy, Rogue.

Severus haussa les épaules, l'air peu convaincu.

- Autre chose? demanda-t-il négligemment.

- Je vous signale que c'est surtout à vous de me dire si vous avez d'autres éléments au sujet de Gwendine Grunt.

- Désolé de vous décevoir, répondit Severus avec un rictus faussement mielleux, je ne sais rien de plus. Si vous n'avez plus besoin de mes services...

- C'est bon, grogna Maugrey, vous pouvez partir.

Rogue quitta donc le bureau d'un air satisfait. Cependant, sous ses dehors décontractés, c'était le coeur étonnement lourd qu'il retournait à ses cachots. Et si son mensonge avait des conséquences pour Kécile?

N'aurait-il pas dû révéler au moins une partie de la vérité?

***

Quand Maugrey rentra au QG, il trouva Kingsley plongé dans un volumineux dossier, une pile d'autres posée à côté du bureau.

- Alors? lui demanda-t-il.

- Je viens de commencer, et je suis pas sorti, constata Kingsley, blasé. Et toi?

- En résumé, ce serait Voldemort qui aurait demandé à Malfoy de dénoncer la gamine pour se venger. Elle a apparemment changé de camp, et ça ne plait pas à Milord. Quant à Gwendoline Grunt, Rogue ne pense pas qu'elle ait pu éprouver quelque attirance que ce soit pour Voldemort. Elle aimait quelqu'un.

- Qui?

- Pas un mangemort, c'est tout ce qu'il a pu me dire.

Kingsley sembla réfléchir un instant.

- On pourra peut-être trouver des précisions là-dedans, finit-il par dire en désignant la pile de dossiers. En tout cas, Grunt a détruit tout ce qui concernait ses activités de mangemort. D'après l'index, on n'a rien trouvé de probant. Tout au plus quelques lettres avec de vagues allusions qui ne signifient en elles-mêmes pas grand-chose.

- Pas de courrier aux Malfoy, par hasard?

- Tu penses! C'est ce que je cherche.

Maugrey s'assit et attrapa l'index.

- Bon, eh bien, il ne me reste plus qu'à t'aider à éplucher ces dossiers, constata-t-il d'un air fataliste.

Ce soir-là, cependant, lorsqu'ils décidèrent de s'arrêter, ils n'avaient rien trouvé d'intéressant.

Le lendemain matin, lorsque Kingsley arriva au QG, il trouva son collègue penché sur un rapport qui n'avait apparemment rien à voire avec l'affaire Gaunt.

- Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il prudemment en essayant de lire par-dessus l'épaule de Maugrey.

- Le dernier rapport de Stratford et Walken. T'as entendu parler de l'affaire Hemptson?

- Celle du détournement d'héritage?

- Ouais. Reagelt y a grandement participé en fournissant toute une panoplie de faux faux testements, de fausses lettres, et a récolté un joli magot au passage. Mais ils n'ont pas réussi à mettre la main sur lui. Il se volatilise toujours arrivé à la colline de Pré-au-Lard. On pense qu'il a son repère par là, mais on n'a jamais pu le trouver.

- Tu veux qu'on essaye, c'est ça?

- On va mettre des jours à éplucher ses dossiers pour un résultat hypothétique, constata Maugrey en désignant les dossiers empilés à côté d'eux. Il faut qu'on démarre une autre piste. Dumbledore veut qu'on fasse vite.

- On n'est pas sûr que Reagelt soit de notre histoire. On est loin d'avoir fait tous les faussaires moldus.

- S'il n'y a aucune chance de le trouver, on laissera tomber, au moins jusqu'à ce qu'on n'ait plus le choix. Mais ça m'étonnerait pas que ça soit lui... Il est connu pour échapper aux autorités depuis des années et a eu des contacts avec les mangemorts. Malfoy le connaît probablement.

- Qu'est-ce qu'on fait alors?

- On va à Pré-au-Lard.

- Tu ne crois pas qu'il aurait pu changer de repère, si vous avez cerné la zone? remarqua Kingsley.

- Ça fait des années qu'on a cerné la zone, et il n'en a pas bougé...

- C'est pas normal.

- Je ne te le fais pas dire. Tiens voici un portrait robot de notre homme. Je vais voir Walken pendant que tu le mémorises. j'ai quelques informations complémentaires à lui demander.

Quelques minutes plus tard, Maugrey revint et tous deux transplanèrent jusqu'à la périphérie de Pré-au-Lard, au pied d'une haute colline rocailleuse.

- A l'époque où je travaillais sur une affaire avec ce loustic, on avait déterminé que son repère était dans le secteur. Walken m'a donné quelques indications supplémentaires. Viens.

Ils empruntèrent l'étroit chemin caillouteux qui grimpait à flanc de colline. Les pierres roulaient sous leurs pas et l'ascension n'était pas facile. Au bout de vingt minutes de marche, Maugrey s'arrêta.

- Ouf! souffla-t-il en grimaçant et en se massant le haut de sa jambe atrophiée. Je ne suis plus fait pour ce genre de terrain!

Il reprit un peu son souffle avant d'expliquer:

- D'après Walken, ils ont perdu de vue Reagelt ici, il y a deux mois.

Kingsley parcourut les environs du regard. Le chemin tournait brusquement au niveau d'un gros rocher et leur cachait momentanément la vue du haut de la colline. Pour peu que les deux aurors se soient laissés distancés, il était facile pour l'homme de mettre ce temps à profit en disparaissant. Le tout était de savoir comment.

- Je suppose qu'il n'a pas transplané?

- A moins de savoir le faire silencieusement, non.

- Ça veut donc dire que sa cachette est là, tout près.

- Charmante déduction, mais le problème c'est qu'ils n'ont rien trouvé.

- Alors qu'est-ce que tu propose? demanda sèchement Kingsley.

- On fouille nous aussi. On va cherche un quelconque passage secret.

Ils commencèrent donc, armés de leurs baguettes, à déplacer certaines pierres, à sonder le sol sous des rochers, à fouiller la moindre crevasse. Mais rien. Ils dérangèrent un renard qui s'enfuit en leur filant entre les jambes, rencontrèrent quelques araignées de tailles respectables, mais lorsque le jour tomba, fatigués et courbatus, ils durent se résigner à rentrer. Au QG, ils replongèrent dans le dossier de Grunt.

Trois jours passèrent ainsi, sans rien de nouveau et ils commençaient à désespérer. Les documents ne leur apportaient aucun élément intéressant et ils avaient dû élargir leur champ d'investigation sur la colline.

Kingsley avait soumis sa crainte que le malfrat ne les repère entrain de fouiller les environs.

- On n'a pas le choix, avait répondu Maugrey. C'est un risque à prendre. De toute manière, je pense qu'il s'aventure par là plutôt la nuit, à l'abri des regards.

Un matin, cependant, ils découvrirent enfin une étroite faille qui cachait l'entrée d'une caverne dans le flanc de la colline. Kingsley se glissa à quatre pattes, mais Maugrey eut toutes les peines du monde à y pénétrer. Cependant, il jugea l'effort valable.

- On dirait qu'on a enfin mis la main sur quelque chose.

- Sauf que c'est vide et qu'on est à dix minutes de l'endroit ou Stratford et Walken ont perdu de vue Reagelt, rétorqua Kingsley.

- Je sais. Mais il y a présence de magie ici, tu ne le sens pas?

Kingsley secoua la tête.

- On va inspecter cette grotte à fond. On finira bien par trouver quelque chose...

Cependant, malgré tous leurs efforts, ils ne décelèrent aucun passage secret, ni aucune cachette, et c'est passablement dépités qu'ils décidèrent de rentrer au QG vers la fin d'après-midi.

Maugrey alla faire un rapport au commandant, alors que Kingsley s'accordait une soirée de libre et rentrait chez lui.

Mais arrivé à son appartement, il eut la surprise de trouver une lettre de Mr Niguel. Il l'ouvrit hâtivement et en tira un petit mot très bref.

"Passez me voir dimanche matin à 9heures. J'ai peut-être des éléments pour vous."