Je m'excuse pour ce retard d'une semaine, mais je suis légèrement débordée ces temps-ci, et je n'avance pas sur la rédaction du prochain chapitre.

Quant à celui-ci, works en a vu passer un certain nombre de versions, mais je me suis finalement décidée pour une version assez minimaliste.

L'enquête touche à sa fin, mais ça ne veut pas pour autant dire que Kécile est tirée d'affaire...

Bonne lecture!


Chapitre XXV: Lézard et désespoir

Ils reprirent donc leur garde, mais rien ne se passa cette nuit non plus.

La nuit suivante en revanche...

Tout avait commencé comme les précédentes gardes. Caché sous la cape d'invisibilité, Kingsley frissonnait légèrement par le froid. La lune était pleine cette nuit, mais un léger brouillard humide était tombé, tamisant la lumière blanche. Parfois, une rafale de vent sifflait dans les rochers, puis tout redevenait silencieux et l'air immobile. Il devait être presque minuit lorsque le chien du voisinage recommença à aboyer. L'écho d'une voix humaine vociférant résonna, puis le chien se tut. Une chouette passa au-dessus de lui, avant de fondre quelques mettre plus loin sur une proie qui poussa un petit glapissement. Et l'attente se poursuivait. Puis, soudain, Kingsley perçut un sifflement suraigu: le strutoscope de Maugrey. Quelques secondes plus tard, le bruit s'interrompait, probablement par un sort de Maugrey. L'oreille tendu, l'oeil aux aguets, baguette prête, Kingsley attendit, imaginant d'ici l'oeil magique de Maugrey fouiller les environs du regard. Mais les minutes passaient sans que rien n'arrive. Ce pouvait-il que le bandit ait perçu le sifflement et ait été alerté? Plus les minutes passaient, plus la tension augmentait. Et si l'homme avait lui aussi une cape d'invisibilité?... Maugrey le verrait quand même, songea Kingsley. Il sursauta quand un renard fila en travers du chemin. Fausse alerte? Toujours rien... Les minutes se succédaient aux minutes sans que rien ne bouge. Kingsley finit par ce dire que le strutoscope de Maugrey était peut-être mal réglé et avait repéré un autre sorcier potentiellement nuisible dans le secteur. Un gros lézard passa rapidement devant lui, s'arrêta un instant la tête tourné vers lui, puis fila se mettre à l'abris. Le même que la dernière fois, probablement. Attends... Un lézard? En pleine nuit? Au mois de mars? Et si...

Kingsley sortit son calepin, griffonna un mot, et envoya voler la feuille de papier vers Maugrey d'un coup de baguette. La lettre lui revint quelques instants avec une réponse:

- OK. J'attends ton signal.

Kingsley patienta une demi-heure, les yeux sur sa montre. Trois heures sonnèrent. Se dégageant de la cape d'invisibilité, il lança alors à haute et intelligible voix:

- Maugrey!

- Oui, grogna l'interpelé.

- Personne ne viendra aujourd'hui! Je suis gelé. On devrait rentrer, ça ne sert à rien.

Un pas claudiquant s'approcha.

- Tu n'as rien vu de suspect? demanda Maugrey qui l'avait rejoint.

- Non. Je crois qu'on perd notre temps. On a du boulot, demain, alors allons nous coucher.

- C'est bon, j'ai compris! Ah ces jeunes! Maugréa le vieil auror.

Et les deux aurors commencèrent à redescendre. Mais alors qu'ils perdaient de vue l'entrée de la grotte, Maugrey fit signe à son collègue et tous deux quittèrent le chemin à peu près praticable pour la caillasse des flancs de la colline. Et tous deux remontèrent le plus silencieusement possible parmi les rochers. Maugrey soufflait péniblement derrière Kingsley, et une pierre roula son le pied rigide du vieil auror.

- Chut! murmura Kingsley

- Je fais ce que je peux, figu...

- Tais-toi! coupa le jeune auror. Regarde.

Devant les rochers qu'ils venaient de quitter, une ombre se dessinait et semblait avancer vers le chemin qu'ils venaient de quitter.

- C'est notre homme, constata Maugrey. Je lui lance un sort pour l'empêcher de se transformer, tu le stupéfixies.

Kingsley acquiesça.

- Un, deux, trois...

Deux rayons, l'un bleu, l'autre rouge fusèrent de leurs baguettes en sorts informulés. Leur victime n'eut alors pas le temps de réagir et se retrouva simultanément stupéfixiée et dans l'incapacité de se métamorphoser.

- Parfait, grogna Maugrey en quittant leur cachette. Kingsley, va avertir Stratford et Walken, je surveille le gibier pendant ce temps.

Alors que son collègue s'éloignait presque en dégringolant le long du chemin, il beugla:

- Et tâches de na pas te rompre le cou tant qu'on n'a pas achevé cette mission!

Bougonnant après les jeunes insouciants inconscients des risques qu'ils prenaient, Maugrey entreprit de fouiller son adversaire, de le démettre de sa baguette et de le ligoter soigneusement.

- Alors, mon gars, tu pensais nous échapper éternellement? Tu te croyais suffisamment malin pour nous défier en restant toujours au même endroit? Je suis certain que tes amis ne seront pas très contents d'apprendre ça quand ils recevront notre visite...

L'homme le regardait avec un air apeuré que Maugrey ignora superbement. Il s'installa en face de sa victime et ne la quitta pas des yeux pendant la grosse heure durant laquelle il dut attendre le retour de Shacklebolt.

Il entendit enfin un bruit de voix et de pas plus bas dans la colline et quelques temps après, trois silhouettes découchaient sur le chemin, marchant à vive allure.

- Maugrey, tout va bien?

- C'est bon, Shacklebolt.

- Punaise, j'arrive pas à croire que vous ayez mis la main dessus! s'exclama Walken. C'est bien Reagelt?

Stratford brandit sa baguette allumée sur le visage du bandit ligoté.

- C'est bien lui... souffla Walken. Pas de doute. Chapeau les gars!

- Le mérite en revient à Shacklebolt, répondit Maugrey.

- J'ai eu de la chance, rétorqua Kingsley en haussant les épaules.

- Bon, on l'embarque?

- Deux secondes, coupa Maugrey, on a quelques petites choses à mettre au point avant de l'emmener au QG.

Il jeta un sort de confidentialité autour d'eux tout en s'éloignant de quelques pas de Reagelt.

- Je ne tiens pas à ce que le loustic connaisse nos petites combines, expliqua-t-il devant le regard intrigué de Stratford.

- Nos combines?

- D'abord, c'est vous qui l'avez capturé. C'est clair?

- Mais, il n'y a pas de rai...

- Scrimgeour ne doit pas fourrer son nez dans notre affaire. Alors, vous vous débrouiller pour trouver un prétexte qui justifie cette opération.

- On vous a déjà dit que la reconnaissance ne nous intéresse pas sur cette affaire, enchaîna Kingsley.

- OK... concéda Walken, mal-à-l'aise. Alors,vous l'avez attrapé comment?

- C'est un animagus. Un lézard. Je suppose qu'il s'est transformé la fois où vous l'avez perdu de vue. Il a ainsi pu tranquillement rejoindre la sécurité de la caverne sans que vous vous doutiez de rien. Je l'ai moi-même vu se glisser sous cette forme à l'intérieur, il y a deux jours, mais je n'ai pas fait attention.

- Ça m'étonne pas! Comment tu as fais cette fois-ci pour y prêter attention?

- C'est le strutoscope de Maugrey qui nous a averti. Et comme on attendait que quelqu'un surgisse dans les parages à tout instant...

Kingsley leur expliqua comment il avait trouvé curieux de rencontrer ce type de bestiole à cette période de l'année et en pleine nuit, et les deux aurors relatèrent à leur confrères la capture du célèbre faussaire.

- Bien, maintenant, conclut Maugrey, vous rentrez au QG avec le lézard, vous le mettez sous clés, et vous faîtes un rapport pour expliquer comment vous l'avez coffré. Nous pendant ce temps, on fouille ses documents, on récupère ce qui concerne notre affaire. On vous rejoint, et on vous rend tout le reste. On l'interrogera aussitôt, et on vous le laisse par la suite.

- Comme tu voudras, Fol-Oeil, répondit Stratford en haussant les épaules.

Le jeune auror semblait vraiment considérer que son collègue perdait une sacrée chance de promotion...

Il se joignit à son coéquipier pour relever Reagelt qui attendait toujours ligoté qu'on veuille bien s'occuper de lui, alors que Kingsley et Maugrey se glissaient tant bien que mal une nouvelle fois dans la sombre caverne.

- En tout cas, Shacklebolt, je n'ai pas encore eu le temps de te le dire, mais bravo, déclara Maugrey en assenant un coup sur l'épaule de son partenaire. Tu as fais preuve d'une vigilance constante, et ça a payé.

- Merci, répondit Kingsley un peu gêné. Mais comme je l'ai dit, j'ai eu beaucoup de chance.

- La chance, on la provoque, mon vieux. Elle vient jamais toute seule. Bon, maintenant, poursuivit-il en s'avançant au fond de la caverne, voyons ce que contient cette fameuse cachette.

Ils défirent rapidement les sorts qui protégeaient l'ouverture du plafond et Kingsley, s'aidant de ses bras, se hissa jusqu'à passer une partie du buste par-dessus.

- Par la barbe de Merlin! s'exclama-t-il. Je n'aurais jamais cru que c'était aussi grand.

Maugrey entendit sa voix résonner dans la cavité.

- Je vais te faire la courte échelle, répondit-il. Rentre à l'intérieur.

Kingsley put bientôt allumer sa baguette et prendre conscience de ce que contenait la cachette.

- Ça va? interrogea Maugrey, intrigué par son silence.

- Ça va, répondit le jeune auror. Mais apparemment, la caverne où tu es, Fol-oeil n'est qu'une passerelle. Je crois que c'est ici qu'il travaillait, et en tout cas, il y stocke un sacré bazar. Je tiens debout sans problème. Il y a même une table et deux chaises. Des flambeaux aussi. C'est vraiment très profond, dit la voix de Kingsley qui semblait s'éloigner. Comment diable pouvait-il monter là-haut tout seul?

- Sous sa forme de lézard, bien sûr, grogna Maugrey. Bon, tu me passes les caisses les plus en vues, n'oublies pas de fouiller la table s'il y a des tiroirs, et tu redescends, qu'on cherche ses fichues preuves.

Kingsley lui passa immédiatement deux caisses de bois.

- Shacklebolt , tu veux faire attention?! Tu sens bien que celles là sont vides,, vues leur poids! râla Maugrey.

- Je sais, répondit Kingsley en sautant du trou.

- Qu'est-ce que tu fais?

- Je vais t'aider à grimper là-haut. Il n'y a pas de lumière ici. Et je pense que moins on déplacera de choses, mieux ce sera: Walken et Stratford voudront peut-être faire des photos.

Kingsley aida donc un Maugrey bougonnant et grimaçant à se hisser dans l'ouverture avant de s'aider des deux caisses empilées pour le rejoindre.

Maugrey reconnut que le déplacement valait la peine. Peut-être une vingtaine d'années de fraudes et d'activités illicites étaient entassées ici, et la clé de bien des enquêtes serait probablement trouvée dans ces caisses.

- Merlin, grogna Maugrey, je ne regrette pas d'avoir laissé le mérite de la capture de Reagelt aux autres! Ce n'est pas moi qui vais me payer des semaines entières de paperasses! Je leur souhaite bon courage...

Ils allumèrent les torches accrochées aux parois et entreprirent de fouiller tout ce qui n'était pas encore couvert d'une bonne couche de poussière. Il se révéla rapidement que Reagelt était très organisé dans le classement et le stockage de ses archives.

- Mais c'est un vrai maître du secrétariat, que nous avons là! ricana Maugrey.

- Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il a gardé tout ça! Il est cuit avec cet amoncellement de preuves...

- Tu est trop naïf, Shacklebolt. Tu as vu les noms? Hapner, Verpey, Johnik, Croupton, Malfoy, Kalmington, Rookwood, Ombrage... Des huiles du ministères! Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer quand les officiels vont découvrir le pot aux roses? Ils vont racheter son silence. Mon avis est qu'on aura beaucoup de chances si Reagelt est envoyé à Azkaban. L'affaire va être étouffée, tu peux en être sûr! Par les caleçons de Merlin! J'aimerais pas être à la place de Walken et Stratford. On leur a fait un cadeau empoisonné.

- A t'entendre, le ministère est corrompu jusqu'à la mœlle.

- Fudge a des ficelles et les fait jouer. C'est ça la politique, Shacklebolt.

- Scrimgeour est pourtant un homme intègre, non?

- Scrimgeour? Il est comme les autres, jeune homme. Il a besoin de garder sa place, et il fera ce que Fudge lui demandera de faire. C'est pas pour rien que Dumbledore veut pas qu'on lui parle de notre mission.

Kingsley, légèrement écoeuré, continua à inspecter les parchemins d'une série apparemment récente. Il finit par tomber sur un mince dossier soigneusement étiqueté au nom de Malfoy- Gaunt.

- Il nous simplifie vraiment le travail! Viens voir.

Ils s'installèrent sur la table, allumèrent un chandelier et entreprirent de lire le contenu des parchemins rassemblés. Il y avait d'abord le brouillon de la soi disante lettre de Gwendoline Grunt, puis ce qui ressemblait à une page de livre de compte moldu.

- Malfoy a vraiment bien fait les choses, constata Maugrey. La directrice de l'orphelinat nous a dit avoir reçu une forte somme d'argent...

- Et il s'est débrouillé pour qu'il y en ait trace... conclut Kingsley.

Le document suivant était particulièrement intriguant. C'était apparemment une lettre écrite par Malfoy à une tierce personne.

" Besoin de souvenirs fabriqués. victime moldue, directrice d'un orphelinat. Doit avoir connu une enfant nommée Kécile Gaunt, déposée par sa mère en danger de mort. manifestations inoffensives de magie accidentelle. Reprise par un couple blond.

Date d'arrivée:***

Date de départ:***

Doit pouvoir produire témoignage

Proposez souvenirs par courriers sous deux jours.

Envoyez réponse à Reagelt.

Affaire doit être terminée vendredi. Proposez prix."

- Maugrey? On peut fabriquer entièrement des souvenirs?

- Il faut le faire à partir de quelque chose, je crois. En tout cas, on va interroger Reagelt. Il saura certainement à qui cette lettre était destinée.

Le dernier parchemin était simplement le texte de dénonciation.

- Il y a tout ce qu'il faut pour coincer Malfoy? constata Kingsley d'un ton satisfait.

- Ouais... vraiment, c'est trop facile.

- On va cuisiner notre homme, maintenant? proposa Kingsley.

Il était plus de six heures du matin quand ils furent enfin arrivés au QG. Ils devaient faire très vite. L'interrogatoire devait être terminé avant qu'on apprenne dans la Ruche que Reagelt avait été coffré.

Sans prendre le temps de parler à Walken et Stratford de l'étendue de leurs découvertes dans la caverne, ils se rendirent aux cellules provisoires où patientait leur proie et le menèrent dans une salle d'interrogatoire sinistre.

Kinsgley s'assit pour prendre notes des aveux du faussaire, tandis que Maugrey prenait en main la délicate entreprise de faire parler l'homme.

- Bien, Reaglet, allons droit au but, déclara-t-il. On a tous les deux une idée assez précise de tout ce que tu as à te reprocher, alors inutile de jouer au chat et à la souris.

L'homme le fixait d'un oeil dur.

- Nos collègues se chargeront de te délier la langue sur la multitude de combines que tu as à ton actif. Moi, aujourd'hui, ce qui m'intéresse, vois - tu, c'est la récente affaire que tu as eue avec Malfoy au sujet de Kécile Gaunt.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit sèchement l'homme.

- Allons, fit Maugrey avec un sourire mauvais. Si tu es très doué pour échapper aux filatures, tu mens en revanche très mal... tu vois ce dossier? Tu le reconnais? Non? Pourtant, on l'a trouvé dans ta cachette au-dessus de la caverne...

Reagelt pâlit un peu.

- Ah! Je vois que mes propos commencent à t'intéresser. Tu ne penserais pas qu'on trouverait ça, n'est-ce pas? Il y a là-haut de quoi t'assurer un procès en bonne et du forme...

- Pas que pour moi! cracha Reagelt.

- Oh! J'en conviens, répondit Maugrey. J'imagine que c'était d'ailleurs le but: si tu coules, tu entraînes un certain nombres de personnes plus ou moins hautement placées avec toi, n'est-ce pas?

- On ne me fera rien, ricana l'homme avec une assurance retrouvée. Je sais trop de choses.

- C'est possible, en effet. On peut aussi choisir de te faire taire en t'envoyant manu militari à Azkaban. Ça c'est déjà vu, constata Maugrey avec flegme.

Reagelt ne semblait pas avoir envisagé la chose sous cet angle.

- Maintenant, si tu te montres coopératif, je peux m'arranger pour que ça n'arrive pas. Je t'ai déjà dit, ce qui m'intéresse, c'est de coincer Lucius Malfoy. Sur cette affaire, je peux même t'assurer que tu ne seras pas inquiété... pour peu que tu répondes à toutes mes questions. Ça fera toujours ça de moins sur ton casier...

Kingsley sentit que l'homme allait céder. Il connaissait suffisamment le ministère pour savoir que seule la coopération, dans quel sens que ce soit, lui permettrait de sauver sa peau.

- C'est bon, j'ai compris. Qu'est-ce que vous voulez savoir?

Reagelt se révéla prolixe en détails. La conclusion du rapport était la suivante.

Le 26 février, Lucius Malfoy était venu lui demander de copier la lettre signée Gwendoline Grunt et le courrier anonyme à un certain Baltimey, avec lequel il avait souvent travaillé, spécialiste des manipulations de l'esprit. Reagelt pensant que les deux hommes avaient fini par se voir directement. Il ne savait rien de plus sur les pratiques de l'homme dans cette affaire. Malfoy était revenu quatre jours plus tard pour lui faire rédiger la dénonciation et avait apporté un exemple de livret de compte moldu qu'il avait dû reproduire et modifier. Malfoy avait apparemment l'intention d'insérer un ajout dans le livre de comptes de l'orphelinat Saint-Patrick.

Lorsque l'interrogatoire fut terminé, Maugrey et Kingsley ramenèrent rapidement Reagelt dans les cachots provisoires et remontèrent au QG. Il était presque huit heures et bon nombre d'aurors étaient déjà arrivés, à commencer par Scrimgeour. Ils se firent discrets. Dans moins d'un quart d'heure, toute la ruche connaîtrait la nouvelle: Reagelt avait été arrêté. Mais ça ne les regarderaient pas...

Malgré quelques zones d'ombres, leur enquête touchait à sa fin, et Dumbledore allait pouvoir commencer sa bataille contre Fudge et le Magenmagot.

***

Dumbledore avait le regard perdu par delà le parc de Poudlard. 10 jours pendant lesquels il avait dû attendre sans rien pouvoir faire, 10 jours à contacter les membres du magenmagot, un par un, pour tenter en vain de les rallier à sa cause, 10 jours que Fudge le surveillait du coin de l'oeil.

Aujourd'hui, il avait rendez-vous avec Amélia. Maugrey et Kingsley avaient fait un excellent travail tout en discrétion. Malfoy risquait clairement de ne plus pouvoir camoufler son statut de mangemort. Fudge étoufferait l'affaire, Dumbledore libèrerait Kécile en échange de son silence.

Dans quel état serait la pauvre enfant? Le sang de Dumbledore se glaçait à l'idée qu'elle puisse ne pas survivre. Et si elle était morte de faim ou de soif, faute de n'avoir pas repris conscience?

Dumbledore secoua la tête pour chasser ces craintes. Ce n'était pas le moment de songer à cela. Maintenant qu'il allait enfin pouvoir agir concrètement, il allait avoir besoin de toute son énergie: Malfoy allait se défendre, c'était certain.

Amélia le reçut une nouvelle fois dans son bureau. Elle lisait les sourcils froncés et le nez pincé un parchemin du dossier de Kécile.

- Bonjour, Albus. Asseyez-vous, je vous en prie. Avez-vous vu les derniers membres du magenmagot?

- Oui. Mais aucun ne semble prêt à entendre la cause de Kécile. Ils ne voient en elle que la fille de Voldemort, et ignorent l'enfant.

- Souhaitez-vous toujours un procès, Albus?

- Il faut essayer.

- Le problème, voyez-vous, c'est qu'il n'y a pas que Kécile en elle-même qui va rendre ce procès difficile. L'enquête d'Alastor et Kingsley accuse clairement Lucius Malfoy. on va s'interroger sur ses motifs.

- Un ordre de Voldemort.

Amélia fit la moue.

- Déjà qu'il sera difficile de faire comparaître Malfoy devant le tribunal sur le banc des accusés, qu'il sera difficile de faire prendre en pitié Kécile au magenmagot, personne ne voudra entendre que Voldemort est toujours présent.

- Vous même, Amélila, me croyez-vous?

- Je suis habituée à écouter avant tout ma raison, et je vous fais confiance, Albus. Donc, oui, je le crois. Mais ça m'est pénible. C'est remettre totalement en cause tellement de choses! A commencer par tous les procès tenus il y a une dizaine d'année... Fudge ne voudra pas en entendre parler.

- Je le sais bien. C'est un éternel sujet de discorde entre nous. En clair, vous pensez qu'un procès sera inutile.

- Long, fastidieux, décevant et incertain. Il pourrait se passer des mois avant que vous n'obteniez gain de cause.

- Je n'ai pas des mois.

- Je le sais, Albus. C'est pour cela que nous allons essayer autre chose. Quelque chose qui fera réagir Fudge et qui l'incitera à venir me voir pour obtenir un arrangement. Je vais demander un interrogatoire de Miss Gaunt sous véritasérum. Je vais envoyer immédiatement un ordre de mission à Maugrey et Shacklebolt.

- Je souhaite les accompagner.

Amélia griffonna sur un parchemin.

- Alors je vous signe une autorisation de visite, répondit-elle en souriant. Je suppose qu'il est inutile de vous rappeler qu'en cas de disparition de la détenue, vous serez dès lors considéré comme le premier suspect?

- C'est ce que vous venez de faire, mais en effet, c'est inutile.

Amélia donna un petit coup de baguette au parchemin qui se plia puis s'envola pour rejoindre son destinataire.

- J'espère simplement qu'ils ne sont pas déjà partis en mission...

***

Un vent glacial soufflait sur la côte qui ne voyait jamais le soleil. La mer noire était agitée de profonds remous qui venaient se fracasser contre les falaises. Le paysage terrestre était totalement sec, aride. Rien ne parvenait à survivre en ce lieu de désolation.

Au loin, en pleine mer, sur un haut rocher battu par des vagues immenses, se dressait la sombre forteresse d'Azkaban.

Dumbledore contemplait la sinistre prison. A l'intérieur de ses murs lugubres, hantés par les détraqueurs, dans lesquels devaient résonner jours et nuits les cris d'agonie et de démence des prisonniers, attendait une enfant de douze ans, une victime supplémentaire de la folie de Voldemort.

"Je te sortirai de là" Il fallait à tout prix qu'il tienne sa promesse. Elle n'avait que lui qui puisse la défendre. Et il savait qu'il devait faire vite. L'esprit d'un enfant était déjà très vulnérable au pouvoir maléfique des détraqueurs. Que dire alors de celui de Kécile, de l'esprit d'une fillette qui n'avait jamais connu ni l'amour ni le vrai bonheur, d'un esprit tourmenté et torturé par le doute et la culpabilité?

" Je tâcherai de résister. Mais faîtes vite." Kécile était consciente de sa faiblesse. Elle avait promis de se battre. Mais avec quoi? Avec quels souvenirs, quels espoirs? A quoi pouvait-elle se raccrocher?

Il aurait été présomptueux de sa part de croire que la promesse qu'il lui avait fait serait une aide. C'était trop tôt. Il n'était rien pour elle. Elle lui avait demandé d'être son mentor, mais ils n'avaient pas eu le temps de développer des liens. Le souvenir de lui, Dumbledore, n'était probablement pas une aide à la petite fille au fond de sa geôle.

Severus? Dumbledore n'osait y croire. Si l'homme comptait beaucoup pour Kécile, elle avait douté de lui récemment, et leur relation était trop pudique, incomplète, fondée sur trop de non-dits. Ce n'était sûrement pas suffisant pour lutter contre le désespoir ravageur que provoquaient les détraqueurs.

Le craquement de deux transplanages tirèrent brusquement le vieil homme de ses inquiétudes. Maugrey et Kingsley étaient arrivés, et passèrent la zone de limite de transplanage pour le rejoindre.

On accédait à la forteresse par bateau uniquement. En suivant un chemin qui s'enfonçait sous terre, on débouchait sur une crique étroite où était amarré un bateau de frêle apparence compte tenu de ce qu'il devait affronter. Cependant, différents sorts protégeaient l'embarcation, ainsi que les passagers du fracas des vagues. Après un quart d'heure de mer que seule la magie permettait de traverser sans sombrer, on accostait sur un pilon rocheux escarpé et dominé par la sinistre forteresse aux minces lucarnes. Trois patronus puissants, un bélier, un lynx et un phoenix, escortèrent alors les sorciers dans l'antre des détraqueurs. Malgré les boucliers, il était impossible de ne pas sentir le froid glacial qui emprisonnait les lieux dans une atmosphère malsaine. Un détraqueur leur barra le passage. Dumbledore laissa les deux aurors parlementer avec lui... La conversation avec un détraquer était toujours très limitée...

Lorsqu'enfin ils purent pénétrer à l'intérieur de la prison, il fallut encore monter une vingtaine d'étage. Plus on montait, et plus le vent sifflait à travers les pierres disjointes. L'impression de froid s'infiltrait aussi jusqu'à la moelle avec l'augmentation du nombre de détraqueurs. Quand ils atteignirent le couloir qui menait à la cellule de Kécile, Dumbledore sentit son coeur s'accélérer d'angoisse, et son patronus vacilla. Kingsley fronça les sourcils et les deux aurors se jetèrent un coup d'oeil. Ce n'était vraiment pas le moment que le patronus du vieux sorcier disparaisse...

Ils continuèrent à avancer, dépassant des cellules d'où s'élevaient des gémissements d'agonie et des cris d'angoisse qui prenaient Dumbledore à la gorge.

Enfin, ils atteignirent la cellule où était retenue Kécile. Aucun bruit ne parvenait au travers de la porte. Face à ce silence, Dumbledore eut une telle bouffée d'angoisse qu'il fut un instant saisi de vertige et que son patronus s'évapora. La clé grinça dans la serrure gonflée par l'humidité, et la porte s'ouvrit sur la pénombre.

La lumière qui filtrait à travers la mince fente qui servait de fenêtre était si faible qu'il fallut plusieurs instants à Dumbledore pour parvenir à percer l'obscurité. Son sang se glaça. A même le sol, sur une misérable paillasse, était étendu le corps frêle de Kécile. Il se précipita vers elle et tomba à genoux pour la redresser. Une véritable litanie tournait dans son esprit, priant pour que l'enfant soit encore en vie. Il tourna le visage livide vers lui, mais les paupières étaient closes, les joues glacées. Il se dévêtit de sa cape pour en envelopper le torse amaigri de Kécile duquel il ne parvenait pas à percevoir le moindre signe de respiration.

- Kécile, je t'en supplie, réveilles-toi, implora-t-il vainement.

D'un geste très doux, il caressait les joues creuses de l'enfant, et pressait le petit corps contre lui pour tenter de le réchauffer, inconscient des larmes qui coulaient sur ses joues.

Ce n'était pas possible! Il ne pouvait pas être arrivé trop tard. Son esprit tournait en une muette litanie, refusant de croire que la destinée de l'enfant pouvait se terminer ainsi.

- Du..le..do...

Il entendit plus avec son coeur qu'avec son ouïe, le souffle imperceptible qui passa entre les lèvres gercées de l'enfant, et respira enfin.

- Kécile... mon enfant, accroche-toi, pria -t-il vainement.

Les yeux étaient toujours clos.

- Est-ce que tu m'entends, Kécile?

Il glissa sa main dans celle menue et glacée de la fillette en lui demandant de la serrer. Rien. Elle avait à nouveau glissé dans l'inconscience. Alors que Dumbledore, désespéré, croyait que tout était perdu, que jamais ils ne pourraient l'interroger, un halo de flammes surgit dans la cellule, illuminant un instant les parois d'une lueur fantasque, avant de laisser paraître un phoenix.

- Fumsec...

L'oiseau pépia doucement, avant de s'installer sur la poitrine de Kécile et de la réchauffer de sa chaleur réconfortante. Quelques minutes plus tard, un nouveau souffle s'échappa du corps inanimé.

- Dumbledore, appela-t-elle cette fois-ci plus distinctement.

- Je suis là, Kécile, répondit le vieil homme, la gorge nouée. Je suis désolé, murmura-t-il. C'est bientôt fini. Il faut que tu gardes confiance. Tu seras bientôt dehors, je te le promets.

Kécile ouvrit enfin les yeux. Des yeux hantés et désespérés qui firent monter les larmes dans ceux de Dumbledore. Il caressa ses cheveux sales et poursuivit.

- Je vais te faire boire quelque chose, tu te sentiras mieux.

Il la redressa un peu contre lui, déplaçant Fumsec qui vint se poser sur son épaule, et versa ensuite le flacon que lui avait confié Severus, massant délicatement sa gorge pour l'aider à avaler. Pendant que la respiration saccadée et chétive de l'enfant se stabilisait, il continua:

- Quand tu te sentiras mieux, on va te poser des questions. C'est pour pouvoir te libérer, tu comprends. Kingsley va te faire boire du véritasérum. Je sais que tu ne mens pas, mais c'est pour que le ministère soit sûr que tu dis la vérité. Ne t'inquiète pas, quoi que tu dises, tu es innocente.

Fumsec hulula doucement tandis que Kingsley s'approchait lentement avec un flacon de véritasérum dans les mains. Avec beaucoup de précaution, il pencha la tête de Kécile en arrière et entrouvrit les lèvres bleuies pour y glisser trois gouttes de la potion, tandis que Dumbledore continuait à caresser les longs cheveux emmêlés dans un geste de réconfort.

- Commençons. Comment vous appelez-vous?

- Kécile Gaunt.

- Etes-vous la fille du seigneur des Ténèbres?

- Oui.

- Où avez-vous grandi?

- Chez les Malfoys. Et au manoir du Seigneur des Ténèbres.

- Vous n'avez pas été dans un orphelinat?

- Non.

- Voldemort est donc en vie?

- Oui.

- Vous connaissez les mangemorts?

- Oui.

- Concernant vos activités de mangemort, vous n'avez pas reçu la marque...

- Non.

- A qui va votre loyauté?

- A Dumbledore.

- Pourquoi?

- Je ne pouvais pas le tuer.

- Expliquez-vous.

- C'était l'ordre de mon père, mais je ne pouvais pas, souffla péniblement Kécile.

- Pourquoi? intervint Maugrey

- Alastor, je ne crois pas que cette question face partie du questionnaire. Elle est trop faible pour qu'on s'égare, allez droit au but! exigea Dumbledore

- Quand avez-vous changé de côté? continua Shacklebolt

- En février.

- Severus Rogue faisait-il partie des mangemorts que vous fréquentiez chez Voldemort?

- Oui.

- Confirmez-vous malgré tout qu'il était un espion pour Dumbledore?

- Oui.

- Lucius Malfoy est-il un mangemort?

- Oui.

- Sa femme?

- Non.

- Bien, conclut Kingsley en finissant de griffonner, je crois qu'on a fait le tour.

De toute manière, l'effort qu'avait produit Kécile l'avait complètement vidée du peu d'énergie conférée par la potion de Severus. Elle ferma les yeux, et s'appuya contre Dumbledore en frissonnant, cherchant la chaleur et la protection.

- Il faut partir, maintenant, professeur Dumbledore, prévint Kingsley.

Les deux aurors commençaient à ressentir la fatigue causée par le maintien constant de leurs patronus.

- Je sais, murmura le vieil homme.

Mais son coeur se serrait de manière insupportable à l'idée d'abandonner à nouveau la petite fille si proche de sombrer, aux détraqueurs. Elle avait à nouveau fermé les yeux, et son visage s'était un peu détendu, protégée par son étreinte. Le courage et la volonté lui manquaient pour se relever, et abandonner cruellement l'enfant à son triste sort. Ils étaient si proches de la perdre!

- Albus, il faut y aller!

Maugrey secoua son ami par l'épaule pour le tirer de sa torpeur.

Alors, lentement, avec des gestes doux et douloureux, il reposa le petit corps sur la paillasse.

- Je suis désolé, Kécile. Je reviens bientôt. Courage.

La perte du réconfort et de la chaleur réveilla brusquement Kécile qui rouvrit ses grands yeux hagards et les posa sur lui avec un regard d'incompréhension.

- Je ne peux pas t'emmener, Kécile, murmura Dumbledore. Pas encore.

Il s'était relevé, mais n'arrivait pas à partir. Le regard de Kécile le brisait de culpabilité, tellement innocent, tellement perdu, tellement désespéré...

- Albus! appela une nouvelle fois Maugrey.

- Dumbledore! gémit Kécile, refusant de croire que son mentor allait une nouvelle fois l'abandonner.

Le vieil homme serra les poings, les larmes roulant sur ses joues parcheminées, mais se détourna du regard suppliant. Alors qu'il franchissait la porte, un hurlement déchirant, résonna dans la cellule. Il se figea, prêt à revenir sur ses pas, mais Maugrey le tira brutalement dans le couloir, et Kingsley referma la porte et tourna la clé dans la serrure.

Jamais les deux hommes n'avait vu le directeur de Poudlard dans cet état: livide, secoué d'un léger tremblement, le visage crispé, incapable de surmonter une souffrance visible sur chaque trait de son visage.

Le silence avait suivi le cri de Kécile, l'enfant avait probablement sombré à nouveau dans l'inconscience.

Dumbledore, s'éloigna alors à pas vifs de la cellule, sans patronus, avec pour seule protection Fumsec sur l'épaule qui semblait flamber doucement comme pour protéger son maître. Les deux aurors devaient presque courir. Ils dévalèrent les escaliers, Maugrey se laissant inévitablement distancé.

Arrivé dehors, dans la bise et les embruns des vagues, Dumbledore murmura:

" S'il-te plait Fumsec, ramène-nous à Poudlard.".

Le magnifique oiseau prit alors son envol et dans un halo de flamme et un cri empli de tristesse, l'homme et le phoenix disparurent de ce lieu maudit.


J'espère avoir bien exprimé ce que peut ressentir Dumbledore à ce moment là, sans être tombé dans un pathétisme exagéré qui ne sied pas au personnage...

J'espère à la semaine prochaine, mais ne m'en voulez pas si vous n'avez pas de nouvelles de moi avbant trois semaines, j'enchaine presque tous les soirs répétitions sur répétitions la semaine prochaine, et représentations sur représentations la semaine suivante...