La plupart des personnages ne m'appartiennent pas (ils appartiennent à Akira Amano).

Cependant, l'histoire m'appartient.


Le bruit du tonnerre se répétait dans le silence. Le vent soufflait tellement fort qu'il semblait hurler, en chœur avec les feuilles des nombreux arbres qui encadraient le sentier. Dans cette petite forêt, la jeune fille ne put se faire que toute petite. Elle maintint fermement l'unique sac à sa disposition, avant de tenter de relever la tête pour voir en face, pendant un moment de répit. Une entrée d'un village se présenta enfin à elle. Elle décida d'y accéder de ce pas.

Le village n'était pas grand : le temps gâchait la vue, mais ça aurait été un village tranquille et en paix sans les bourrasques de vents. À la droite et en face de l'entrée, l'espace était remplie de maisons de couleurs sobres à cause du ciel rempli de nuages. À gauche se trouvaient les magasins, hôtels et tout le bazar en plus. Ces bâtiments semblaient être la cause majeure de la longueur du village, car ils étaient placés tous en longueur, rangés maladroitement par deux ou par cinq au maximum. Les ruelles, qui permettaient d'accéder à n'importe quel magasin, avaient peu de zones de lumière et ne donnaient vraiment pas envie d'y aller. Cependant, la jeune fille décida de s'y engouffrer dedans pour trouver un coin à l'abri.

Au bout de la sixième rue empruntée, elle se trouva sur une place dégagée, ayant repéré enfin une demeure pour se reposer : un bar, qui pouvait même faire office d'un mini-hôtel pour voyageur et étranger. Il était petit, se cachant derrière la plupart des édifices, mais il dégageait une odeur agréable - et appétissante à renifler - qui pourrait attirer n'importe qui qui la sentirait. Par réflexe, la jeune fille vérifia une énième fois la présence du sac à main avant de traverser le seuil.

La température augmenta considérablement par rapport à dehors. Des chandelles trônaient sur chacune des tables, en plus d'une lampe qui pendait au-dessus de sa tête et qui offrait un univers chaleureux et attirant. Les meubles, faits majoritairement en bois, se trouvaient étonnement propres, sans aucune présence de poussière, alors que la qualité du matériau n'en était pas de même ; cela prouvait que malgré les aspects positifs que le mini-hôtel présentait, il ne fonctionnait pas pour le mieux. Le gérant - et barman - était assis derrière le comptoir. Une chemise blanc cassé avec un pantalon marron de cow-boy l'habillaient, et il possédait quelques cheveux blancs sur son crâne, malgré son âge supposé avancé. Lorsque son regard croisa celui de la jeune fille, ces yeux bleus s'illuminèrent et se remplirent de joie, comme s'ils s'étaient éteints depuis des centaines d'années.

- Rentre, petite. N'aie pas peur.

Normalement, si on entend un inconnu nous appeler comme ça, on ferait tout sauf ce qu'il demande. Mais comme le conseil était plein de sincérité - et qu'en plus, la jeune fille mourrait de froid -, elle s'avança doucement jusqu'au modeste comptoir. Elle sursauta légèrement en remarquant la présence d'un jeune homme déjà installé. D'habitude, elle apercevait au préalable l'aura de chaque gens, mais la sienne s'était comme effacée. Sa discrétion était tout à fait remarquable.

Habillé d'un fédora, un chapeau en feutre noir avec un ruban orange, l'homme svelte portait un gilet marron foncé sans manche sur une chemise à col relevé avec un pantalon ample noir. Il avait les cheveux noir corbeau, cachés par le couvre-chef, alors que deux rouflaquettes partaient de chaque côté de son visage. Cependant, des détails interpellaient la jeune fille : la manche de la chemise sur son bras droit avait disparu, comme déchirée, et était remplacée par un gant bleu foncé qui remontait jusqu'à son avant-bras. Le plus intriguant pour la fille - à la limite de l'énervement -, c'était qu'elle ne voyait pas les yeux du jeune homme ; le bord de son large chapeau les dissimulait.

Il se saisit du verre que le gérant présenta, et but à petites gorgées le contenu.

Après un petit moment qui lui semblait une éternité, la jeune fille se rendit compte qu'elle ne s'était pas assise, gardant tout son temps son regard sur l'homme qu'elle trouvait étrange. Gênée, elle prit une chaise derrière-elle et s'installa près du comptoir elle aussi.

Niveau vestimentaire, elle se démarquait un peu plus que l'homme au fédora ou que le gérant. Elle portait une cape violette avec une capuche, salie maintenant par la pluie, cachant ses habits. Ses longs cheveux avaient été ébouriffés par la tempête, mais gardaient encore une couleur miel, mais légèrement ternis par la faible lumière des lampes. Une frange cachait son front, et à certains endroits, atteignait même ses yeux. Ses yeux brillaient toujours d'une couleur marron chocolat. Contrairement à l'homme, elle était petite - c'était un de ces plus grands complexes - mais étant elle aussi mince. Son sac en bandoulière, fait d'une matière semblable à du cuir clair synthétique, renfermait un objet précieux, avec en bonus quelques objets simples mais importants pour vivre : argent, lampe, quelques vêtements et sûrement d'autres choses.

Le gérant arriva vers elle avec encore un sourire sur les lèvres.

- Alors... petite, tu veux boire quelque-chose ?

- Eh bien... auriez-vous du lait, s'il vous plaît ?

Elle avait conscience qu'elle avait un léger accent, et le barman haussa un sourcil en l'entendant - peut-être n'y était-il pas habitué. Déjà qu'elle avait du mal à parler une autre langue que la sienne, si en plus on lui demandait de parler avec un autre accent, ça allait être compliqué ! Cependant, il ne fit aucune remarque là-dessus et reprit son sourire, puis s'en alla prendre la boisson demandée. Il remplit le verre et l'apporta à la jeune fille avant de nettoyer les couverts.

L'étranger se retourna alors vers elle pour lui parler : elle remarqua qu'il avait un cache-œil sur son œil gauche. Il était des plus simples ; tout noir. Son œil valide demeurait de la même couleur qu'une pierre d'onyx.

- Dites-moi, d'où vous venez ?

Sa voix était grave, profonde, mais elle trouva ça agréable à écouter. Son accent semblait plus tonique que celui du gérant - peut-être n'était-il pas d'ici, non plus ? - Cependant, elle le regarda curieusement parce que c'était la dernière question qu'elle aurait posé à un parfait inconnu ! La question demeurait bizarre - comme la personne -, mais elle sentit que ce n'était pas pour draguer ou flirter, mais pour un but personnel - ce qui accentua sa curiosité. Elle avait toujours eu ce genre d'intuition qui ne lui avait jamais fait défaut.

Elle finit son verre rapidement et le gérant passa une serviette en papier à la jeune fille, amusé, car celle-ci possédait une moustache blanche.

- Je... je ne viens pas d'ici, déclara t-elle. Je peux rien dire, mais disons que je voyage un peu partout.

- Tiens tiens, un voyageur aussi, remarqua le barman.

En disant ces mots, il fixa l'homme au fédora, comme si ces paroles lui étaient destinées.

Par ennui, la jeune fille observa dehors, et constata que le vent et la pluie étaient partis pour céder leur place à quelques rayons de soleil traversant les derniers nuages restants. Elle pesta silencieusement pour être rentrée dans la demeure pile au moment où la tempête se terminait.

Soudain, le calme se rompit avec un coup violent à la porte. La jeune fille sursauta en synchronisation avec le gérant ; seul l'homme au fédora ne paniqua pas et regarde d'un œil attentif le seuil du mini-hôtel. Sans même avoir de preuve concrète, la fille sentit qu'une tension se créait : le sourire du gérant se dissipa. Cependant, il parla avec assurance et gentillesse.

- Vous pouvez entrer !

Et les personnes ne se gênèrent pas d'entrer. Les cinq hommes étaient habillés d'une cape noire avec des bordures en rouge et or étincelants et leur capuche cachait leur visage, sauf un sourire satisfait. Ces trois couleurs réveillèrent en la jeune fille des souvenirs : ces couleurs appartenaient à la police spéciale de chez elle, mais elle se douta qu'il y avait un quelconque lien avec ces assassins-là. Ils dégainèrent en même temps une lame d'argent cachée dans leurs manches, déjà souillées par le sang encore collé au glaive. Celui du milieu semblait être le chef, qui se distinguait avec une lame en or.

La jeune fille sauta de sa chaise surprise avant de vérifier la présence de son sac, seul élément qu'elle possédait et qui pourrait la protéger comme il fallait. Le barman paniqua quelques secondes puis se saisit courageusement d'un fusil accroché au mur. Un déclic retentit.

- Partez immédiatement, sinon je fais appelle à la police !

- C'est inutile. Ils ne vous feront pas de mal, n'est-ce pas ?

L'homme au fédora prit une voix assurée. Depuis le début, il fut tapi dans l'ombre sans rien faire, restait calme et ne bougeait pas. Enfin, il se décida d'aller dans la direction des personnes capuchonnées. « Connaît-il ces personnes ? », pensa la jeune fille.

L'homme à la lame d'or accentua son sourire et rapprocha l'arme de la gorge de l'homme, mais celui-ci ne sourcilla même pas.

- Tu fais le bon choix, Reborn. Sache que les types de ton genre doivent être les premiers à être éliminé, non ?

- Tout est une question de point de vue, dit Reborn en haussant des épaules.

Sans cri égard, le plus à droite du groupe se jeta à une vitesse folle sur l'homme au fédora, mais malheureusement, se retrouva la seconde suivante le visage écrasé au sol, le nez éclaté. Comme une sonnerie d'alarme dans leur tête, les quatre autres firent de même à leur tour. Reborn décida de s'enfuir par la porte - avant qu'un des hommes continue d'endommager le mur - rapidement suivis par les quatre agresseurs. La jeune fille resta paralysée de stupéfaction : ces auras...

En resserrant la bandoulière de son sac, elle s'élança à leur poursuite : elle devait absolument savoir qui ils étaient - en espérant se tromper -, et surtout, qui il était...

En arrivant dehors, malgré les protestations en arrière plan du gérant, elle remarqua l'homme au fédora se débrouiller au même moment plutôt bien.

Il esquivait avec facilité les attaques de ces adversaires et faisait une parade de contre-attaque pour les faire reculer - au risque, sinon, de perdre des dents. Pour l'instant, rien ne pouvait lui faire perdre l'avantage. Pourtant, pendant les moments de répits, il regarda anxieusement, ou plutôt agacé, le ciel, comme à l'attente d'une aide en plus. Le chef des mercenaires - qui avait entre temps perdu trois dents - afficha un air satisfait à l'inquiétude de Reborn.

- Eh ben alors, on cherche quelqu'un ?

Reborn reporta son attention sur l'homme capuchonné, avant de mettre un bon direct dans le visage, qui était malheureusement trop près de lui.

Le barman arriva, essoufflé par autant d'émotion d'un coup. Il observait de droite à gauche la scène qui se passait sous ces yeux, incrédule, tout en cherchant s'il n'y avait ne serait-ce qu'un témoin devant l'agression devant lui.

Puis le chef fit un geste rapide, comme pour signaler un top départ - il baissa rapidement sa main pour rien, en apparence. Les autres hochèrent la tête, puis enlevèrent synchroniquement leurs capes. Le barman crut bien tomber dans les pommes en voyant ce qu'il se passait, et la jeune fille était aussi impressionné que l'homme au fédora - cela voulait dire pas trop : des ailes aux plumes noires demeuraient accrochées à leur dos. Leur tenue de combat contenait des sacoches où à l'intérieur se trouvaient toutes sortes d'armes blanches. Leurs yeux, cachés jusqu'à maintenant par les capuches, étaient teintés de rouge sang avec des iris pervenches.

Les hommes profitèrent de la stupéfaction de tout le monde pour monter dans les airs et être hors de portée de Reborn, qui pesta alors tout bas. Le barman perdit l'équilibre mais la jeune fille le rattrapa de justesse. Elle le posa délicatement par terre.

- Des anges..., souffla-t-il. Je croyais que ce n'était que dans les légendes.

Vous voyez que s'ils existent en légende, c'est qu'il y a bien quelqu'un qui les a rapportés, non ? déclara t-elle. Vous pourriez garder mon sac, s'il vous plaît ? (elle jeta un coup d'œil au combat) Je ne sais pas s'il va résister longtemps.

- Des anges... tireurs de bazookas ?

En effet, dans les mains de chacun, un énorme lance-roquette - sorti de nulle part - prenait appui sur une des deux épaules. La jeune fille se dépêcha de sortir le matériel qui lui était nécessaire à sa survie : une paire de moufles blanches.

Le diamètre du canon pouvait facilement faire deux têtes empilées et le canon n'utilisait sûrement pas des balles de petit pistolet. Mais le fait marquant, c'était que sur aucune des deux poignées de l'arme se trouvait une détente.

Ce détail semblait avoir été remarqué par Reborn. Il leur sourit froidement.

- Dites donc ! Vous croyez pas que votre machine va avoir un petit problème de démarrage ?

- Cette arme nous a jamais fait une fausse note, décréta le chef. Et nous allons te le prouver.

Et pour preuve, une aura de couleur chaude entoura les anges. La température atmosphérique augmenta rapidement et l'aura se transforma alors en flamme rouge. La flamme prit de l'ampleur et une tâche de couleur apparût au fond de la machine. Et elle grossit, grossit, grossit... jusqu'à ce que ce soit littéralement une boule de lumière sur le point d'exploser. Elle éblouit tout le monde, puis partit à une vitesse phénoménale et alla droit dur l'homme au fédora. Celui-ci s'était projeté sur le côté pour tenter de l'esquiver, mais il se serait tout de même pris la boule en pleine tête si celle-ci ne s'était pas arrêtée soudainement. La lumière commença alors à disparaître... précisément, à être aspirée.

Debout dans le ciel, la jeune fille aspira jusqu'à la dernière lueur avant d'atterrir au sol. Comme les agresseurs, elle avait elle aussi de grandes ailes ; seulement, elles, étaient d'une blancheur éclatante, à part aux quelques zones où la terre s'était soulevée et s'était accrochée aux ailes. Elle avait décidé d'enlever sa cape ; elle était simplement habillée d'un short bleu foncé et d'un pull rouge sans épaule sur un débardeur jaune - tu parles qu'elle avait hâte de trouver un abri sous la pluie, vu comment elle s'était habillée chaudement !

Elle se retourna vers l'homme, qui fut incontestablement étonné du changement de ces yeux : alors qu'elle possédait des yeux marron chocolat, ceux-ci étaient dorénavant d'une lueur orangée, plus foncée à là où ça doit être sa pupille. Reborn la regarda curieusement, avant d'afficher un petit sourire et de se mettre à côté d'elle.

- Eh ben... merci de ton intervention, commença-t-il. Mais tu es qui, en fait ?

- Je m'appelle Tsuna. (le ton de sa voix avait légèrement changé, avec plus d'assurance) Mais ce qui est étrange, c'est que l'arme qu'ils utilisent est normalement interdite à la vente, chez nous... mais d'abord, pourquoi ils t'en veulent ?

- Sérieusement, mon existence même est une raison aux anges de m'éliminer... même toi, peut-être.

Même elle ? Elle n'était pas du genre à critiquer les gens, et encore moins à les condamner pour une simple question « d'existence ».

C'était au tour de Tsuna de le regarder bizarrement.

- Mais pourquoi ?

- Je voudrais bien te le dire, mais ce n'est pas le moment ni l'endroit. De plus, il y a l'autre qui veut son entrée en scène « distinguée ». Enfin, en ce moment, il est plus occupé à se prélasser et à déguster des poissons dans le lac voisin.

GRRRRRRRRROOOOOOORRR !

Un hurlement retentit dans toute la vallée. Un peu comme un chien qui montrerait ses dents pour impressionner, sauf que ce coup-là, ce fut en dix mille fois plus fort. Aucune espèce ne serait normalement capable de pousser un telle rugissement ! Tout le monde trembla d'effroi en entendant ce cri, sauf Reborn. Celui-ci se contenta juste de sourire.

- Ça, ça veut dire : "Reborn, je vais te passer au barbecue si tu continues sur ta lancée."

- C... c'est pas vrai ! déclara un ange aux ailes noirs. Ne nous arnaque pas avec tes mauvais coups ! Tu ne feras pas le poids face à nous, avec ou sans l'autre !

De nouveau, ils braquèrent les pseudo-bazooka sur leur ennemi commun. Reborn se retourna vers Tsuna :

- Ça marche comment, ces machins ?

- On appelle ça des bazooka à flamme pure. En concentrant toute la flamme dans le canon, elle peut brûler la rétine. On peut croire qu'elle est toute blanche, mais c'est seulement l'éclat de la balle : sinon, elle est de la couleur de la flamme de l'utilisateur...

- Une des sept couleurs de l'arc-en-ciel : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo ou violet. Les flammes de dernière volonté.

Tsuna le fixa, stupéfaite : comment pouvez-t-il savoir tout ça ? Seuls les Élus connaissaient cette information, mais elle sentit qu'il n'en était pas un. Alors comment ?

Cependant, les ennemies ne semblèrent pas attendre : ils étaient déjà parés au tir. Hélas, elle prit trop de temps pour s'en rendre compte et elle ne fut pas capable d'aspirer cette attaque-là. Elle déploya alors ses ailes et vola le plus haut pour l'éviter. Elle se rappela que l'homme au fédora ne pouvait voler et qu'il était resté au sol. Elle voulut se retourner, mais la boule de lumière frappa en plein fouet la cible. La jeune fille paniqua en se rendant compte des dégâts causés : sur les côtés, le sol était calciné, et la verdure, présente jusqu'à là, avait disparu. La fumée s'échappa des arbres incendiés et cacha la partie centrale, celle la plus touchée par la balle de lumière.

Cependant, elle se fit violence pour oublier le sort de l'homme perdu dans la fumée, sûrement lui aussi calciné, et jugea le moment opportun pour attaquer les mercenaires : elle se jeta sur un des anges et lui envoya un coup de pied à la verticale entre les omoplates - le muscle des ailes : très fatal pour les anges - pour le faire atterrir. Les autres réagirent au quart de tour et le chef tenta d'assommer Tsuna, mais celle-ci esquiva le coup et lui renvoya un coup avec le genou, alors que le chef en faisait de même.

Alors que la bataille faisait rage, une ombre recouvra le sol et les combattants : l'obscurité pouvait bien faire 20 de longueur et 15 de large. Aucun ne leva la tête, trop occupé à s'occuper de l'autre.

En bas, la fumée au sol se dissipa enfin grâce à un vent fort venu de nulle part : au milieu du terrain, Reborn regarda le ciel.

- QUOI ?! s'emballa le chef. Comment as-tu pu... ?!

Tsuna était heureuse, loin de là. Sauf que deux détails lui empêchèrent de se réjouir de suite ; elle remarqua dans la main gauche de l'homme son cache-œil, avec en prime le gant bleu foncé qu'il portait jusqu'à maintenant.

- C'est simple, déclara Reborn avec un sourire narquois. Je suis Dragonnier.

Il dévoila sa main droite : une véritable patte de dragon. Des écailles rouge pourpre recouvraient sa main humaine déformée pour ressembler à celle de l'animal mythique, avec les doigts recroquevillés en forme de serres.

À sa volonté, l'homme alluma une flamme jaune dorée qui s'enroula autour de sa patte. Avec l'autre main, il ré-haussa le bord de son chapeau pour voir le monde de ses deux yeux : son œil gauche était doré avec une pupille fine, en contraste avec son œil noir humaine. Il observa le ciel, regardant la raison de l'ombre planant sur le village. Le gérant, depuis tout ce temps, était déjà tombé dans les pommes.

- Et lui, c'est Irugorn, mais on peut aussi l'appeler Iru.

- La ferme. Je ne permets pas tout le monde de m'appeler comme ça, Chibi.

Les anges avaient mis du temps avant de comprendre qu'ils avaient entendu la pensée ferme et grave d'un dragon, qui raisonnait dans leur tête. Tsuna sentit dans sa voix une âme ancienne, une sagesse non acquise aux hommes - et sûrement jamais. Par contre, le vocabulaire un peu cru peu très bien le faire pour un humain, s'il ne mesurait pas dix mètres de haut. Ses écailles étaient d'un jaune éclatant, qui éblouissaient au soleil. Tsuna reconnut alors dans les yeux du dragon celui de Reborn : d'un jaune or vif, avec une pupille aiguisée à trancher quiconque oserait soutenir son regard.

Le dragon battit des ailes et provoqua de mini-tornades « accidentelles » : les ailes faisaient chacune environ sept mètres de longueur, avec une membrane qui recouvrait ses muscles puissants et qui pouvait être en quelque sorte du cuir foncé, en apparence. Le dragon fixa alors le Dragonnier, quelques mètres plus bas.

- Pour la peine, je t'aide même pas, continua mentalement le dragon.

- J'arrive très bien à m'en sortir sans toi.

Le dragon regarda le ciel d'exaspération, avant de battre plus fort des ailes, obligeant tous les anges de revenir sur terre. Une fois les mercenaires au sol, ils voulurent dégainer une arme au corps à corps, mais Reborn fut plus rapide et en éjecta un contre un arbre - pas encore cramé - avec son genou. Tsuna s'occupa d'assommer un ange avec un direct, avant de voir que derrière elle un autre brandit une lame de boucher à moitié défoncée - que voulez-vous, il a trouvé ce qu'il a trouvé ! -. Par réflexe, elle souleva son pied pour atteindre les parties génitales de l'ennemi. Il ne put s'en sortir après un tel choc. Aucun son ou bruit ne sortit tellement la douleur se trouvait énorme. Même les autres combattants debout s'arrêtèrent de se battre un instant pour rendre hommage au soldat.

- Le pauvre, chuchota Reborn - ce fut la seule fois où le chef aura été d'accord avec lui -. Que son âme aille en paix.

- Chibi, ça fait si mal que ça, un coup dans les couilles ? demanda innocemment Irugorn.

- Tu ne peux pas savoir à quel point ça peut être douloureux.

Cependant, le combat reprit de la rigueur quand le chef lança un poignard en direction de l'homme au fédora. Celui-ci esquiva facilement, mais l'ange sauta alors sur lui et attaqua avec une épée en réserve - vous connaissez, la dimension d'où sont sortis aussi les bazookas à flamme pure... -. Reborn se protégea alors avec sa main droite hybride : la lame se fracassa contre les écailles de dragon. Reborn prit alors l'arme restante et la brisa entre ses doigts, avant de donner un bon coup de poing dans la figure de l'ange terrorisé. Il atterrit quelques mètres plus loin, la tête dans les pommes.

L'homme aux yeux vairons se dépoussiéra son pantalon et regarda autour de lui ; il restait plus que lui et la jeune fille debout. Il reporta son regard vers Tsuna : ses yeux avaient repris leur couleur marron clair et s'adoucissaient.

- Vous... vous allez bien ? s'inquiéta Tsuna.

Ça va, rassura-t-il. Ton accent... elle vient de HeavenGard, n'est-ce pas ?

- Hm hm. elle acquiesça de la tête. Ça vous arrive de vous battre contre les anges ?

- Hélas, ce n'est que du self-défense, ricana le Dragonnier.

- Ouais, généralement, ils se relèvent pas après, confirma Irugorn. Mais c'est juste parce qu'ils sont pas d'accord avec lui ou qu'ils veulent le tuer, c'est tout...

- D'accord avec lui ? répéta doucement l'ange.

Elle espérait une réponse de l'homme au fédora. Reborn resta silencieux un moment en regardant le gérant endormi. Il soupira doucement.

- Je cherche à éviter la Grande Guerre.

Tsuna trembla de tout son corps pendant un court instant. La Grande Guerre ? Pensait-t-il au moins à la même chose qu'elle ?

La jeune fille le regarda avec plus d'attention. Cependant, elle ne demanda pas d'explication, sentant que le sujet risquait d'être un terrain glissant. Reborn avança vers le barman et le porta jusqu'à l'intérieur de l'établissement.

L'ange observa autour d'elle : à part le terrain de combat, le reste du décor n'avait pas changé. Heureusement, aucune maison n'avait pas été touchée. Elle tressaillit une seconde fois - d'excitation ou d'appréhension ? - : avait t-elle trouvé la personne qui pourrait enfin l'aider ?

Irugorn se posa à côté d'elle : la terre trembla pendant deux secondes ; Tsuna en tomba à la renverse, avant de se relever précipitamment. Le dragon jeta un regard à la jeune fille - elle aurait juré qu'il se moquait d'elle ! - avant que son sixième sens l'appela ; pouvait-il lire dans son esprit ?

- En fait, merci.

- Euh... merci de... ?

- Sans toi, il aurait été dans la merde, donc je te remercie à sa place. Vois-tu, il est de nature à être un peu fier et-

- Iruuu.

Reborn siffla son surnom en sortant du mini-hôtel, légèrement agacé. Il regarda le dragon avant de reporter son regard sur Tsuna.

- On rentre : c'est mieux de parler de tout ça au chaud, non ?