Chapitre XXX: Chacun dans son coin

Dumbledore avait vu Kécile s'agiter dans son sommeil, puis gémir et trembler sans parvenir à la réveiller. Quelque chose dans son cauchemar la terrorisait, et elle se débattait violemment dès qu'il voulait la toucher. Inlassablement, il l'avait appelé pendant cinq minutes et elle avait enfin semblé l'entendre à travers son mauvais rêve. Elle s'était brusquement calmée, mais n'avait pas ouvert les yeux. Elle paraissait... inconsciente.

"Ah non! s'exclama Dumbledore frustré. Ça ne va tout de même pas recommencer!"

Kécile avait de la fièvre, cette fois. Tandis qu'il la soignait, il l'exhortait à se réveiller. Un léger tressaillement de paupières lui fit espérer qu'elle l'entendait peut-être. Mais ce fut là le seul signe encouragent.

Dame Poufsouffle l'avait averti que le plus dur restait à faire. Dumbledore comprit pourquoi. Dans la semaine qui suivit, Kécile n'ouvrit que rarement les yeux avec un regard conscient. La plupart du temps, elle était assommée par la fièvre malgré les potions qu'il lui faisait avaler, et ses sommeils légers s'accompagnaient de crises d'angoisses qui tenaient autant du délire que du cauchemar. Il tentait alors par tous les moyens de la rassurer, mais elle refusait farouchement tout contact, se débattant, gémissant, criant parfois, cherchant visiblement à sortir de ses visions angoissantes dans laquelle elle était enfermée. La seule chose qui semblait l'apaiser quelque peu était la voix de Dumbledore qui lui parlait et l'appelait inlassablement et à laquelle elle finissait toujours par se raccrocher avant de sombrer à nouveau.

Dans les rares moments où elle était consciente, le vieux sorcier la nourrissait et la rassurait en lui rappelant qu'il était là pour l'aider, en lui promettant qu'elle allait s'en sortir. Kécile s'endormait alors d'un calme sommeil qui durait une ou deux heures avant que la fièvre ne la gagne à nouveau.

Dans ces moments, Dumbledore s'assoupissait souvent, mais ces rêves étaient peuplés d'étranges visions fantasques qui venaient se mêler à ses souvenirs du Clos-La-Rive auprès de Camille et Ludivine. Il y avait toujours cette étrange apparition dont il ne pouvait distinguer le visage qui lui serrait toujours le coeur dans un mélange d'angoisse, de nostalgie et de tendresse.

Kécile se sentait terriblement lourde, fatiguée aussi alors qu'elle passait son temps à dormir. Mais elle se sentait presque bien. Au chaud en tout cas et en sécurité.. Elle entendait le bruit d'un feu qui crépitait doucement auprès d'elle. Elle n'arrivait pas à ouvrir les yeux, et à quoi bon? Elle percevait la respiration de Dumbledore qui devait dormir, et cela la rassurait étrangement, peut-être parce que cela signifiait tout simplement qu'il était vivant, contrairement à ses cauchemars... et qu'elle ne rêvait plus.

Ses cauchemars... Elle ne se souvenait vraiment que d'un en particulier, sinistre, horrible et qui lui donnait encore des frissons rien qu'en y songeant. Par la suite, seules des bribes d'images de détraqueurs et de cadavres la poursuivaient... Et il y avait toujours Dumbledore qui l'appelait de son sommeil. Il était là, elle le savait. Mais elle avait tellement peur qu'il ne reparte.

- C'est idiot, Kécile, s'admonesta-t-elle. Tu n'es plus à Azkaban, tu es à Poudlard.

D'ailleurs... était-elle réellement à Poudlard? Elle ne se souvenait pas avoir reconnu l'infirmerie ni même la chambre du directeur. La seule certitude était que le vieux sorcier veillait sur elle, et c'était le plus important. Où était-elle vraiment?

Kécile ouvrit péniblement les yeux, et cligna des paupières, aveuglée par les lueurs flamboyantes du feu. Peu à peu elle distingua à sa droite un canapé dans lequel Dumbledore s'était assoupi, de l'autre une large cheminée sur lequel trônait un tableau représentant un sous-bois accueillant. Elle ne reconnaissait pas les lieux. Et renonça à comprendre en poussant un profond soupir.

Dumbledore ouvrit alors brusquement les yeux, comme s'il surveillait son repos. Elle le vit sourire en constant qu'elle était réveillée. Il s'approcha aussitôt et lui proposa de boire, ce qu'elle accepta avec gratitude. Il l'aida à se soulever et porta un verre d'eau fraîche à ses lèvres desséchées. Cela lui sembla le meilleur nectar du monde, et lorsque Dumbledore voulut retirer le verre, elle poussa un grognement mécontent et renversa une partie de l'eau sur elle en ramenant d'un geste brusque la main de Dumbledore vers elle. Mais elle n'en avait cure. Cela faisait même du bien.

- Doucement! fit le vieil homme en souriant. J'ai compris, je ne vais pas t'empêcher de te désaltérer. Tu sembles être davantage réveillée, aujourd'hui.

Kécile leva les yeux vers lui et abandonna le verre pour demander d'une voix roque:

- Où sommes-nous?

- Dans un des endroits secrets de Poudlard, crée par Helga Poufsouffle: les appartements loyaux. Tu te souviens peut-être d'avoir lu quelque chose là-dessus une fois où tu m'as attendu dans mon bureau?...

Kécile fronça les sourcils pour se souvenir, mais l'effort était trop intense, et elle renonça. Un léger mal de tête la prenait dès qu'elle devait réfléchir, c'était épuisant...

- Combien de temps? finit-elle par souffler.

- Cela fait deux semaines que nous sommes ici. mais tu avais déjà passé une semaine inconsciente à l'infirmerie. Tu as repris conscience il y a un peu plus de cinq jours.

- Il n'y a plus de détraqueurs? demanda-t-elle péniblement.

- Non, Kécile, maintenant ce ne sont plus que tes cauchemars.

- Oui.. fit-elle d'un ton hésitant en se laissant aller sur les oreillers moelleux. Oui, bien sûr...

- Est-ce que tu veux me parler de ces cauchemars? demanda doucement Dumbledore. Je sais que tu es épuisée, mais cela peut te faire du bien.

Il y eut un long silence.

- C'est juste que... c'est horrible, finit-elle par murmurer d'une voix tremblante. Ils sont là, partout et puis vous aussi... mort... Et il y souvent le Seigneur des Ténèbres... et puis... elle.

- Qui, elle?

- La petite fille. La petite fille que j'ai tuée.

Dumbledore sentit son coeur se serrer en voyant les larmes couler sur les joues blafardes, et le remord se refléter dans ce regard fuyant.

- Tu n'as plus rien à craindre, mon enfant, tenta-t-il de la rassurer. Les détraqueurs sont hors de portée, je suis bel et bien vivant, et je veillerai à ce que Voldemort ne puisse plus t'atteindre. Quant à cette petite fille...

Dumbledore soupira avant de poursuivre:

- Je sais qu'il faudra beaucoup de temps avant que tu ne parviennes à comprendre que tu ne pouvais rien faire pour elle, que tu ne mérites pas d'être punie pour ce crime. Mais tu dois t'en convaincre.

Kécile détourna la tête en reniflant et se tourna péniblement sur le côté. Dumbledore contourna le lit pour s'asseoir au plus près d'elle, l'empêchant de se dérober ainsi à son regard perçant.

- La guerre fait des victimes, Kécile. La plupart du temps, des victimes innocentes. Et tu en fais partie. Accepte le.

- Mais pourquoi elle et pas moi? demanda la petite fille d'une voix tremblante.

Dumbledore soupira profondément. Il n'y avait pas réponse, bien sûr.

- Il est toujours plus facile de partir que de rester....

Kécile vint se lover contre le vieux sorcier et agrippa dans son poing crispé la robe de celui-ci comme une bouée de sauvetage:

- Alors on doit vivre avec ce poids toute sa vie? murmura-t-elle.

- Il finira par partir, Kécile. Laisse-lui le temps.

***

Severus boucha le dernier flacon de potion contre la fièvre qu'il allait mener à l'infirmerie. Il n'avait pas caché son inquiétude lorsqu'il avait appris la violente fièvre qui dévorait Kécile. Il avait beau augmenter la puissance de ses potions, il savait que si d'ici une semaine, cette fichue fièvre ne disparaissait pas, l'accoutumance à la potion compromettrait la guérison.

En s'acheminant vers l'infirmerie, il se demanda une fois de plus, où Dumbledore pouvait bien être. Pompom avait été folle de colère en découvrant qu'il avait emmené Kécile avec lui dans quelque coin perdu. Lui doutait que Dumbledore soit bien loin. Le vieux renard avait plus d'un tour dans son sac, et il ne doutait pas qu'il gardait encore d'une manière ou d'une autre un oeil sur ce qui se passait au château. Il n'était pas assez optimiste pour espérer que Dumbledore puisse un jour perdre cette satanée manie de tout savoir...

Il s'apprêtait à pousser la porte, lorsqu'il entendit parler dans l'infirmerie. Il y avait quelqu'un.

Potter... Qu'est-ce que gamin fichait encore là? Dans quel ennui s'était encore-t-il fourré? Tiens, Weasely était avec lui pour ne pas changer...

- J'y suis presque...

- Essaie de te dépêcher, si Mme Pomfresh revient...

- Il n'y a pas raison... Ça y est!

- Vas-y, lis!

- De tous les monstres et créatures qui hantent nos contrées, il n'en est guère de plus étrange ne de plus mortel que le Basilic, connu également sous le nom de Roi des Serpents. Ce reptile, qui peut atteindre une taille gigantesque et vivre plusieurs centaines d'années, naît d'un oeuf de poulet couvé par un crapaud. Pour tuer ses victimes, la créature recourt à une méthode des plus singulières: outre ses crochets venimeux, le Basilic possède en effet des yeux meurtriers qui condamnent à une mort immédiate quiconque croise son regard. Il répand également la terreur parmi les araignées dont il est sans nul doute le plus mortel ennemi. Le monstre, quand à lui, redoute plus que tout le chant du coq qui lui est fatal si d'aventure il lui parvient aux oreilles.

"Merlin! Qu'est-ce que ces deux monstres avaient encore découvert!"

- Ça y est s'exclama Potter, voilà l'explication. Le monstre enfermé dans la Chambre des Secrets est un Basilic, un serpent géant! c'est pour ça que Kécile et moi, on entendait parler fourchelang... Le Basilic tue par son simple regard. Mais personne n'est mort, parce que personne ne l'a regardé droit dans les yeux.

"Intelligent, Potter..."

- Colin l'a vu à travers un appareil photo. Le regard du Basilic a brûlé la pellicule, mais Colin n'est pas mort: il a été seulement pétrifié. Justin, lui, a dû voir le Basilic à travers Nick-Quasi-Sans-Tête! Nick a pris le regard de plein fouet, mais il ne pouvait pas mourir une deuxième fois... Et quand on a trouvé Hermione et la préfète de Serdaigle, il y avait un miroir à côté d'elles. Hermione devait savoir que le monstre était un Basilic. Je te parie qu'elle a conseillé à la première personne qu'elle a rencontrée de regarder avec un miroir si la voie était libre avant de tourner l'angle du mur.

" C'est bien du Miss-Je-Sais-Tout tout craché, ça... songea Severus."

- Et Miss Teigne? demanda Weasley.

Il y eut un moment de silence, puis Potter répondit:

- L'eau... dit-il. L'inondation qui venait des toilettes de Mimi Geignarde. Miss Teigne n'a dû voir que le reflet de la créature.

" Je ne vous connaissais pas une telle capacité de réflexion, Potter... Vous allez finir par remplacer Granger!"

- Le monstre quant à lui, redoute plus que tout le chant du coq qui lui est fatal. Et les coqs de Harry ont été tués! Le responsable des attaques n'en voulait surtout pas à proximité du château une fois la Chambre Ouverte! Il répand la terreur parmi les araignées! Tout ce tient!

- Mais comment le Basilic a pu se déplacer sans qu'on le voie? interrogea Weasley. Un serpent aussi énorme, quelqu'un l'aurait vu...

- Hermione y a répondu: les tuyaux. Il se déplaçait dans la plomberie. Quand j'entendais sa voix, elle venait de l'intérieur des murs.

Weasley s'exclama tout d'un coup d'une voix teintée d'angoisse et d'excitation mêlées:

- L'entrée de la Chambre des Secrets... Et si c'était dans les toilettes? Si c'était dans...

- Les toilettes de Mimi Geignarde! acheva Potter.

Severus en avait assez entendu.

Un basilic! Il fallait impérativement prévenir Dumbledore. Encore fallait-il savoir où le trouver... Mais il y avait urgence. Sans compter que Potter et Weasley étaient bien capable de foncer tête baissée dans le danger avec ce qu'ils avaient découvert. Fichus Gryffondors! Comment Minerva ne finissait-elle pas par avoir une crise cardiaque! Et Granger qui se débrouillait pour être encore le cerveau du groupe, même pétrifiée... Il fallait le faire tout de même!

D'un pas rageur et anxieux, Rogue se dirigea vers le bureau du directeur. Lorsqu'il donna le mot de passe, la gargouille refusa de se déplacer.

- Bon sang, siffla-t-il d'un ton menaçant, ce n'est vraiment pas le moment! Je dois absolument joindre Dumbledore.

Mais la gargouille semblait le fixer d'un oeil torve, sans bouger.

Excédé, Rogue fit demi-tour, prêt à retourner à l'infirmerie, lorsque la voix amplifiée du professeur MacGonagall résonna dans le couloir:

" Tous les élèves doivent immédiatement regagner leurs dortoirs. Les professeurs sont attendus dans leur salle. Dépêchez-vous, s'il vous plaît."

Une petite boule d'angoisse vint alors se loger au creux de son estomac. Que s'était-t-il donc encore passé?...

D'un pas rapide, Severus dégringola les cinq étages qui le séparait de la salle des professeurs, et entra dans la pièce en même temps que Flitwick et Chourave, qui étaient tous les deux très pâles. Les professeurs n'échangèrent pas un mot jusqu'à l'arrivée de Minerva.

Celle-ci leur dit aussitôt de but en blanc:

- Le pire est arrivé. Une élève a été capturée par le monstre et emmenée dans la Chambre.

"Ce n'est pas possible! songea Severus. Comment aurait-il pu agir sans qu'on le voit? Bon sang tout est surveillé!"

- Comment pouvez-vous en être sûr? finit-il par demander.

- l'Héritier de Serpentard a laissé un autre message, lui répondit Minerva, livide. Juste au-dessous su premier message, il a écrit: Son squelette reposera à jamais dans la Chambre.

Tandis que Flitwick éclatait en sanglots, Bibine demanda:

- Qui est la victime?

- Ginny Weasley, répondit Minerva.

" Merveilleux! songea amèrement Severus. Alors là, on cours droit à la catastrophe.. Potter et Weasley ne vont pas restés les bras croisés, c'est certain.

- Nous allons devoir renvoyer tous les élèves chez eux dès demain, poursuivit MacGonagall. C'est la fin du collège Poudlard. Dumbledore a toujours dit...

Elle fut interrompue par l'entrée fracassante de Lockhart et son éternel sourire.

- Désolé, je m'étais endormi. J'ai manqué quelque chose? lança-t-il à la cantonade.

Il s'attira des regards furieux des autres professeurs, mais Rogue s'avança vers lui, un sourire sadique sur les lèvres:

- Voilà l'homme qu'il nous faut, l'homme idéal. annonça-t-il d'un ton doucereux. Le monstre a capturé une jeune fille Lockhart. Il l'a emmenée dans la Chambre des Secerts. il est temps que vous agissiez.

Lockhart pâlit visiblement, mais les autres professeurs enchérirent aussitôt dans un magnifique élan de solidarité... Et il ne se priva pas d'en rajouter une nouvelle couche. Quel plaisir de faire perdre son horrible sourire à ce freluquet! Celui-ci finit par sortir, soit disant pour se préparer après le coup de grâce de Minerva qui s'exclama dédaigneusement:

- Bien, au moins, nous ne l'aurons plus dans nos pieds. Maintenant, il faut informer les élèves de ce qui s'est produit. Vous leur direz que le Poudlard Express les ramènera chez eux dès demain matin. Et assurez-vous que tous les élèves ont bien regagné leurs dortoirs.

Severus attendit que les autres professeurs aient quittés la salle avant d'interpeller la directrice-adjointe.

- Que voulez-vous, Severus? demanda celle-ci d'une voix lasse.

- Je ne suis pas certain que Dumbledore approuverait votre décision de fermer l'école, Minerva.

- Je suis désolée, de vous contredire, mais Albus avait envisagé cette solution.

- Ce n'est pas une solution. Un pis-aller, tout au plus. La solution serait de trouver le responsable des agressions ou à défaut la Chambre des Secrets. Je suis certain que Dumbledore s'y emploie, et j'ai de nouveaux éléments à lui faire parvenir.

- De nouveau éléments? s'exclama Mac Gonagall. Lesquels? Et comment?

- Minerva, je ne suis pas espion pour rien, répondit sournoisement Rogue. Ou plutôt, je ne l'ai pas été, poursuivit-il amèrement. Quoi qu'il en soit je dois contacter le directeur.

- Vous pourriez peut-être commencer par me faire part de vos informations, remarqua sèchement la sorcière.

- Je n'en vois pas l'intérêt, répondit tout aussi directement Rogue. Ces informations seules ne suffiront pas à résoudre le problème. En revanche le directeur pourra probablement les recouper avec ses propres idées.

- Et comment comptez-vous l'en informer?

- Par Fumsec. Le phénix doit passer ce soir à l'infirmerie. Je lui confirais un message.

- Très bien, capitula MacGonagall. Si une solution est envisagée d'ici à demain matin, j'accepte d'annuler le renvoi des élèves. Mais je ne leur en dis rien pour l'instant. Il sera toujours temps de les avertir.

Et la vieille femme sortit d'un pas accablé qui décidément ne lui allait pas...

Severus hésita un instant à la retenir et à lui conseiller de surveiller Potter, mais il se ravisa. Une surveillance avait-elle déjà empêché Potter de faire ce qu'il voulait? Au contraire, tant qu'il ne se savait pas surveillé, il avait encore une chance de pouvoir garder un oeil sur lui. Et puis... Potter avait la manie de se fourrer dans les ennuis. Hors, il fallait être honnête, en l'occurrence pour résoudre définitivement cette histoire de Chambre, la seule solution était de se fourrer dans les ennuis, c'est-à-dire de trouver le monstre. Avec son don horripilant, Potter serait bien capable de les mener sur la piste.

- C'est ce qu'il a déjà commencé à faire lui souffla sa conscience, et si tu continues à glander, c'est tout seul qu'il va aller se fourrer dans la gueule du basilic.

Merlin! Il n'aurait plus alors qu'à réfléchir aux différentes poisons à sa disposition pour lui laisser le temps d'annoncer ça à Dumbledore, mais pas suffisamment pour subir ses représailles...

Severus se dirigea donc d'un pas preste vers l'infirmerie. Il ne voulait surtout pas songer que son obstination à maintenir Potter en vie malgré ce dernier n'avait pas pour seule raison un vieux sorcier à barbe blanche, mais aussi une sorcière rousse aux yeux verts...

Dumbledore était entrain de lire un vieux grimoire sur la magie de l'âme emprunté à bibliothèque du Clos-La-Rive lorsqu'il fut interrompu par le retour flamboyant de Fumsec.

Celui-ci vint se poser auprès de lui, une poche de potions au bec qu'il posa avant de fouiller dedans avec un trille empressé pour en tirer un parchemin.

Dumbleodre le prit et reconnut immédiatement l'écriture en patte de mouche de son professeur de potion.

"Albus, il faut que vous reveniez, et au diable Malfoy!

Le monstre a emmené Ginny Weasley dans la chambre, Minerva veut renvoyer tous les élèves dès demain, et Potter et Weasley ont réussi à dégotter des renseignements apparemment par Granger (allez savoir comment!). D'après leur raisonnement (vous connaissez pourtant mon scepticisme face à tout Potter qui raisonne...) le monstre serait un Basilic, et l'entrée de la Chambre se trouverait dans les toilettes désaffectées du second étage. Faites ce que vous voulez de ces informations, mais j'ai bien peur que Potter et Weasley ne se lancent à la recherche du monstre... Savez-vous qu'ils ont déjà rendu visite à un nid d'accromentula? Après avoir chanté une berceuse à un Cerbère, que vont-ils inventer encore?

Dumbledore resta un moment à considérer la nouvelle. Un basilic! Ginny Weasley! Elle était là l'explication. Et dire qu'il n'y avait pas songé avant... Et il allait peut-être être responsable d'une nouvelle mort... Ginny Weasley... Encore que... Avec Harry...

Harry, qui était bien capable de se retrouver une nouvelle fois seul face à Voldemort.

Non. pas seul, il y veillerait. Il allait rejoindre Severus et Minerva. Il ne pouvait plus rester ici.

Son regard se posa sur Kécile. Il ne pouvait pas la laisser ici sans surveillance.

Il vint s'asseoir à ses côtés et entreprit de la réveiller. Mais celle-ci n'avait visiblement aucune envie de sortir de son sommeil pour une fois apaisé. C'était une pitié de devoir la réveiller alors qu'elle semblait réellement reposer...

- Kécile..., réveille-toi mon enfant, dit -il doucement. Allez, sors de ton rêve. Je sais que tu m'entends! Kécile! Ne triche pas en n'ouvrant pas les yeux, ça ne sert à rien, tenta-t-il de plaisanter.

Il ne tira qu'un grognement mécontent.

- Je suis désolée, Kécile, mais il faut que tu te réveilles. Tu pourras te rendormi dans cinq minutes, mais pour l'instant, il faut que nous quittions cet endroit. Courage!

La petite fille finit par soulever une lourde paupière et le regarda d'un oeil embrumé.

-Ça y est? Prends le temps de te réveiller, mon enfant, lui dit-il affectueusement. Je dois envoyer un message et puis nous partirons. Fumsec? poursuivit-il à l'adresse du phénix, aurais-tu la gentillesse de confier cette réponse à Severus?

L'oiseau s'ébouriffa avec pépiement digne et condescendant.

- Je te remercie, lui répondit le vieux sorcier, je te promets que dès que tous ces problèmes seront résolus, je cesserais de t'employer comme un hibou!

Dumbledore écrivit rapidement à Severus de le retrouver avec Minerva et Pompom dans le bureau du professeur de métamorphose, puis il retourna auprès de Kécile qui tentait péniblement de se redresser.

- Attends, Kécile, je vais t'aider.

Une fois qu'elle fut assise il lui demanda si elle se sentait capable de poser un pied à terre.

- Je vais essayer, souffla-t-elle péniblement.

- Ne vas pas trop vite. Tu serais prise de vertige.

Difficilement, Kécile finit par se retrouver debout, le souffle court, vacillante sur ses jambes fragiles. Dumbledore renonça à lui faire monter les escaliers qui les conduiraient jusqu'à ses appartements, et se décida à la porter. Kécile se laissa faire sans broncher et posa sa tête contre la poitrine rassurante du directeur, le nez dans sa barbe qui lui chatouillait le visage. Elle se sentait encore bien trop fatiguée pour être embarrassée d'être ainsi porté, et puis comment aurait-elle pu refuser ce réconfort.

Dumbledore eut un instant la crainte de ne plus pouvoir revenir sur ces pas une fois qu'il aurait quitté les appartements loyaux, mais il espérait que Dame Poufsouffle lui pardonnerait son brusque départ si elle avait le temps de s'en rendre compte. Il grimpa l'escalier raide qui menait jusqu'à la statue, puis attendit que celle-ci pivote pour continuer son ascension jusqu'à la porte de son bureau qui s'ouvrit toute seule devant son propriétaire.

Il se rendit jusque dans sa chambre où il déposa Kécile qui commençait à peser dans ses bras, essoufflé. C'était bon signe. Certes, il n'était plus de la première jeunesse, mais cela signifiait aussi que Kécile avait reprit un peu de poids.

- Comment te sens-tu? lui demanda-t-il une fois qu'elle fut bien installée entre les couvertures.

- Mieux, murmura-t-elle. Fatiguée, finit-elle par reconnaître.

- Hum, fit Dumbledore en portant la main à son front. Tu as encore de la fièvre. Repose-toi, je vais te chercher une potion et je reviens. Tu ne crains rien, ici.

- Je sais, murmura Kécile en fermant les yeux.

Dumbledore retourna devant la statue d'aigle qui s'ouvrit sans difficulté à sa demande.

A peine eut-il refermé la porte des appartements loyaux que le portrait d'Helga Poufsouffle l'interpella.

- Ah! Dumbledore! Vous voilà! Que se passe-t-il? Il semble que tout le château soit en ébullition, et je dois avouer que lorsque je suis venue pour vous l'annoncer, j'ai été surprise de ne pas vous trouver, sans parler de l'absence de Kécile!

- J'ai reconduit Kécile dans mes appartements. J'ignore si je vais pouvoir retrouver ma place au sein de Poudlard, mais dans les heures qui viennent, l'école a besoin de moi, et je ne pouvais pas la laisser sans surveillance, ni conduire une tierce personne ici.

- Que se passe-t-il donc? demanda la sorcière d'un ton impatient. On parle d'une nouvelle attaque du monstre de Salazar, et d'une mort.

- Une mort, je l'ignore, et j'espère qu'il n'en est encore rien, mais en effet le monstre a encore frappé, et une élève a semble-t-il été emmené dans la chambre. Je n'en sais guère plus pour l'instant si ce n'est que le monstre est un basilic.

- Un basilic... souffla le portrait, soufflé. Comment a-t-il pu s'en procurer?

- Ces reptiles naissent d'un oeuf de poule couvé par une grenouille...

- Un crapaud, rectifia Dame Poufsouffle.

- Ah, oui! un crapaud...

- Les oeufs du village, songea la sorcière à voix haute.

- Pardon? demanda Dumbledore interloqué.

- Je réfléchissais à un souvenir qui me revient... Il y a eu une période où les oeufs du fermier de Pot-de Lard disparaissaient mystérieusement. A l'époque on accusait les Kneazles, les loups et même les sombrals... J'imagine qu'en réalité, ce devait être Salazar qui faisait ses expériences... expliqua Dame Poufsouflle qui commençait visiblement à se mettre en colère. Le triple sot! Comment a-t-il pu oser faire une telle chose au sein de Poudlard! Si je le croise, je lui dirais ma façon de penser! Ah! ça oui, alors! Il n'est pas près d'oublier le sermon auquel il va avoir droit. Quand je vais dire ça à Rowena! Soyez prudent, dit-elle soudain soucieuse à l'adresse de Dumbledore. Si vous ne n'avez plus besoin de ses appartements, vous ne pourrez plus venir ici, mais je passerais vous voir dans votre bureau pour savoir si vous avez réussi à vous débarrasser de ce monstre.

Dumbledore acquiesça et la sorcière quitta son portrait ne laissant plus que le sous-bois derrière elle. Il fit alors disparaître le lit et récupéra les livres qu'il avait ramené du Clos-La-Rive avant d'attraper le sac de potions déposé un peu plus tôt par Fumsec. Il se doutait qu'il n'aurait probablement plus l'occasion de revenir en ces lieux, et c'est avec une pointe de nostalgie qu'il referma la porte derrière lui.


La prochaine fois, l'épisode de la Chambre des Secrets, nouvelle version...

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