La plupart des personnages ne m'appartiennent pas (ils appartiennent à Akira Amano).

Cependant, l'histoire m'appartient.


Tsuna finalisa de ranger ses affaires. Ils venaient de finir de manger le déjeuner, et Reborn avait décidé d'avancer dans leur périple jusqu'au soir ; ils n'avaient pas le temps de faire de l'éternel tourisme - si c'était pour en plus finir dans un pétrin dont lequel ils n'étaient même pas à la base -. L'ange soupira déjà de fatigue. Elle sentait que le chemin allait être long.

Lorsqu'elle vérifia une énième fois de n'avoir rien oublié, elle sortit de la chambre et verrouilla définitivement la porte.

En bas elle vit, en plus des éternels ivrognes du coin, Reborn qui réglait l'addition au comptoir. Une fois le montant réglé, il jeta un coup d'œil vers la jeune femme et lui fit signe de le suivre. Ils sortirent sur la place, toujours aussi bruyante qu'à l'habitude. Le Dragonnier sortit sa carte et se positionna correctement pour bien lire son plan. Ensuite, il invita silencieusement Tsuna à aller vers la gauche.

Ils atteignirent la forêt qui entourait Frocchio en cinq minutes et depuis, ils marchaient là-dedans. L'ange se demandait comment l'homme au fédora était capable de ne pas perdre son sens de l'orientation. Elle se serait paumée en dix secondes, avec tous ces arbres et buissons ! Peut-être qu'Irugorn l'aidait d'en haut, que c'était un autre de ces fameux « dons » ou alors, il était juste plus dégourdi qu'elle...

Elle se rendit compte qu'elle ne le connaissait pas forcément très bien, malgré tout. Quoique si, elle avait remarqué qu'il aimait le café et qu'il était absolument pas bavard. Mais elle se doutait que ça lui sauverait la vie ou l'aiderait à le comprendre, avec de tels informations. Ça serait plus pratique de venir de suite au fait, genre « En fait, ça s'est passé comment, ton enfance ? » ou « As-tu eu un quelconque traumatisme ? » et des millions d'autres questions qui lui venaient dans sa petite tête. Mais elle sut qu'elle n'aura pas les réponses. Du moins, pas de suite.

Lorsqu'elle eut marre de ce silence pesant, elle chercha un sujet de conversation pas embarrassant ou trop personnel. Elle en trouva enfin un après quelques minutes de recherche.

- Dis, si on doit aller au plus vite à HeavenGard, le mieux, ça serait pas d'y aller en volant ? demanda-t-elle.

Reborn détourna son regard du sentier et fixa l'ange de ses yeux vairons.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne peux pas voler, rappela-t-il.

- Mais tu vas sur le dos d'Irugorn ! On irait plus vite, non ?

Le Dragonnier soupira doucement avant de reprendre :

- Ça serait plus efficace, en effet. Le seul truc, c'est que pour que les gens ne voient pas Iru comme un dragon, il faut qu'il vole à une altitude très élevée, tellement qu'il est impossible à un simple humain d'y survivre très longtemps. Désolé, mais il faudra qu'on continue de marcher encore un peu.

- T'es pas un simple humain, Reborn, contesta Tsuna.

- Juste. Mais sur ce coup-là, si. Et on a aucun moyen de cacher Iru pour qu'il puisse voler assez bas pour que je respire, et moi, je n'ai pas non plus de bouteille à oxygène comme les mecs de la plongée pour voler à l'altitude habituelle d'Iru.

Il y eut ensuite un silence. Sur son chemin, le Dragonnier dut écarter une branche d'arbre. C'était à ce moment-là que Tsuna remarqua le gant de l'homme. Si on ne savait pas au préalable que c'était une patte de dragon que recouvrait le vêtement, on aurait pu penser que c'était bel et bien une main humaine.

- C'est quoi, comme tissu ? questionna-t-elle.

Suite à la question, Reborn prit délicatement dans sa main un bout de la cape de l'ange, qui servait à camoufler ses ailes.

- C'est le même que celui-ci, déclara-t-il : un simple tissu ou on a « injecté » de la Brume.

La jeune femme acquiesça de la tête sans rien ajouter. Elle pouvait poser des questions bêtes, parfois ! À côté d'elle, l'homme au fédora eut un rictus au lèvres.

- Dis donc, tu n'essayerais pas juste de taper la discute, tout simplement ? sourit-il davantage en voyant les joues rouges de Tsuna.

- Euh... eh ben... c'est que... bégaya-t-elle maladroitement. J'ai pas l'habitude de pas parler. Il faut que je trouve un sujet de conversation, sinon je suis gênée ou je m'ennuie.

Le sourire du Dragonnier s'accentua.

- Prépare-toi à te faire chier très longtemps, alors, conclut-il.

Ils ne rajoutèrent plus rien et continuèrent à marcher d'un pas vif.

Au fur et à mesure que les heures passaient, le soleil se déclinait à l'horizon. Tsuna se faiblissait et commençait à manquer de force pour garder le même rythme qu'au début, contrairement à Reborn qui était sûrement plus habitué au promenade de quinze kilomètres. À un moment, l'ange eut un point de côté et elle dut s'arrêter. Le Dragonnier dut en faire de même pour l'attendre.

- On a... encore beaucoup... à marcher ? haleta-t-elle.

- Ben, je voudrais bien qu'on arrive au moins au lac, répondit l'homme au fédora.

- Et... c'est... beaucoup ?

- Mouais, je dirais encore une petite dizaine de minutes si on garde ce rythme.

Tsuna soupira d'épuisement. Comme elle aurait voulu y être de suite !

Pour faire accélérer les choses, l'homme au fédora se saisit de la main de la jeune femme pour l'inciter à avancer.

- Allez, en route, mauvaise troupe ! encouragea-t-il. Si tu continues à te lamenter comme ça, ça sera dans une heure qu'on arrive !

L'ange ne répondit pas. Elle était plus occuper à gémir de lassitude que de former une véritable réponse. Cependant, malgré la fatigue, elle ne lâcha pas de suite la main de Reborn.

...

En fait, Tsuna n'eut pas conscience qu'elle venait de se réveiller. Et encore moins de s'être totalement évanouie quelques minutes après sa plainte. Elle reprit enfin sa lucidité et constata qu'elle ne touchait pas le sol. Elle avait même la sensation que le sang lui montait à la tête ; elle comprit que Reborn l'a portée encore comme un sac de patate. Elle remua pour pouvoir remettre ses pieds sur terre, mais quelques instants après elle eut mal au cœur.

Soudain, le Dragonnier s'arrêta et posa la jeune femme lourdement sur l'herbe. Dans sa tête, celle-ci fut heureuse qu'il n'y avait pas de pierre en dessous de ses fesses.

- On est arrivé, annonça l'homme au fédora.

L'ange regarda autour d'elle et vit en face d'elle un grand lac. En fait, il était même géant ! Une falaise sans verdure se dressait à sa droite. La lune, qui était pleine, se reflétait sur l'eau, et aucun objet polluant flottait à la surface. Tsuna respira un grand coup : l'air était plus léger, moins odorant que le village et moins humide que dans la forêt. Elle se sentait vraiment bien.

Reborn s'accroupit en face d'elle, lui cachant la vue qu'elle avait. Elle leva ses yeux vers ceux de l'homme au fédora, et ceux-ci étaient incontestablement plus durs que les siennes. Il soupira bruyamment.

- Dis donc, ça serait sympa de ne pas tomber dans les pommes comme ça, non ?

- Je... je suis désolée, s'excusa-t-elle. Je ne pensais pas être fatiguée à ce point.

- Bon, la prochaine fois, tu préviens au préalable que t'as plus d'énergie. Ça m'éviterait de te trimbaler sur deux kilomètres.

- Qu-Quoi ?! s'exclama-t-elle. Mais ça se voyait bien que j'étais claquée !

Pour la calmer, Reborn frappa le dessus de la tête avec la tranche de sa main. Tsuna se frotta les cheveux jusqu'à que la douleur passait. Il pouvait frapper fort, le bougre !

- Peut-être, mais en attendant, si tu avais un peu de force, je n'aurais pas pris une demi-heure en plus ! gronda-t-il. De plus, c'est une courte distance, ce qu'on vient faire.

Pour preuve, il s'installa à côté d'elle et déroula la carte. Dans un premier temps, Tsuna regarda le visage de Reborn, rivé sur le plan ; éclairé à la faible lueur de la lune, la jeune femme le trouva drôlement... beau. Elle détourna son regard quand elle sentit que ses joues allaient frôler les cent degrés, et observa à son tour la carte. Le Dragonnier pointa du doigt un point noir, puis remonta le remonta jusqu'à un point bleu. La distance était ridiculement minuscule.

- En gros, on a fait que ça, expliqua Reborn en refaisant le trajet de l'index. Et on doit aller jusqu'à... là.

Il traversa tout le continent - une bonne moitié de la carte, donc - et alla jusqu'à la petite île où se trouvait l'unique accès pour HeavenGard. Dans sa tête, Tsuna pleura : tout ça encore à faire ! Elle ne fit que soupirer.

- Après, c'est vrai que d'habitude, je ne marche pas plus que ça par jour, avoua-t-il, mais quand même, à en tomber dans les pommes... tu as mangé, ce midi ?

- Oui, bien sûr ! déclara-t-elle. J'ai même mangé plus que d'habitude, en fait.

- Peut-être que ça a pesé sur l'estomac. Ou alors...

Reborn reporta son regard sur les jambes de la jeune femme. Aujourd'hui elle portait un legging noir, qui moulait plutôt bien la silhouette de Tsuna. Cependant, le Dragonnier regarda plus avec un œil « analytique » et dit son verdict rapidement :

- Ou alors, t'es pas musclée, continua-t-il.

- Euh... je sais pas... bégaya-t-elle.

Elle se sentit rouge comme une pivoine. Elle recroquevilla ses jambes contre sa poitrine et posa sa tête sur les genoux. Finalement, elle allait continuer d'observer l'horizon le temps que son embarras partait. Dans le ciel, un grand oiseau volait à toute allure vers eux. Il semblait grossir au fur et à mesure de son approche.

Reborn comprit en premier - par expérience - ; il cacha ses affaires derrière-lui, pour protéger un minimum de ce qu'il allait arriver. Il se retourna vers Tsuna :

- Si t'as des choses que tu veuilles pas que ça se mouille, mets-les derrière toi, invita-t-il.

Machinalement, l'ange obéit et plaça son sac en bandoulière à l'abri. Elle tilta quand elle se rendit compte qu'elle ne connaissait pas la raison du conseil.

- Euh... pourquoi ?

- Pour ça.

Comme une grosse bombe, Irugorn plongea dans l'eau. Un mini-tsunami sortit de chaque côté du lac. Une partie du tsunami renversa le Dragonnier et l'ange en arrière.

Lorsque Tsuna se redressa, elle était trempée de la tête au pied. Elle jeta un regard vers son collègue ; il en ressortit idem. Leurs sacs ont miraculeusement échappé à l'inondation. L'ange regarda le lac : heureusement, une grande partie de l'eau était restée. Seule la partie littorale du lac s'en était échappée. Soudain, une tête sortit de l'eau, puis un corps entier : le dragon se posa sur la terre, puis se secoua comme un chien pour enlever l'eau sur lui. Ses écailles brillaient davantage sous la lune, et il fixait le Dragonnier avec de l'excitation et de l'amusement.

- C'est très chouette : tu devrais essayer, un jour ! pensa Iru.

- Non merci... répondit l'homme au fédora, tout en se le murmurant à voix basse.

Le dragon gambada et s'installa près du bord pour boire un peu d'eau. Reborn tentait du mieux qu'il pouvait de coiffer ses cheveux aplatis ; en vain. Il trouva son chapeau près de lui, et le posa sur sa tête immédiatement après. Il soupira d'exaspération avant de se retourner vers la jeune femme qui chercha dans son sac si quelque-chose était trempée. Suivant son intuition, Tsuna releva son visage vers l'homme. Celui-ci se mit à soupirer :

- Tu me croirais si je te disais que ce dragon a dix mille ans ?

Tsuna regarda étonnée le Dragonnier avant de voir tour à tour l'animal mythique qui s'amusait à recracher l'eau comme une fontaine de sa bouche - très bien réussi, d'ailleurs - et l'homme en total désespérance. Elle se mit à rire sous cape avant de répondre :

- Oui. Peut-être que pour un dragon, il n'en est qu'à son adolescence.

- Non, c'est un vrai papy, contredit Reborn.

- En fait, ça vit combien de temps, les dragons ?

À son étonnement, Reborn regarda tristement Irugorn.

- Dix mille ans, déclara-t-il.

- Je ne risque pas de claquer de suite, pensa Iru aux deux gens.

- C'est sûr qu'en gardant cette vitalité, c'est moi qui risque de mourir avant lui, ricana l'homme au fédora.

- Faut faire quand même attention à ce qu'il ne lâche pas en plein effort ! rappela la jeune femme.

- Et que proposes-tu ?

Tsuna se mit à faire des propositions aussi absurdes que désastreuses comme conseils - genre, lui brosser chaque écaille chaque jour ; un véritable travail fastidieux -. Reborn ajoutait peu de commentaire à chaque fois, mais cela lui ré-appris à communiquer « oralement ». Et à passer du bon temps. En arrière-plan, Irugorn diversifiait quelques fois ses figures aquatiques pour occuper son temps en attendant. Il intervenait rarement dans la discussion, mais il pouvait suivre le fil conducteur de la pensée du Dragonnier.

Bref, c'était bien sympa tout ça. Au bout d'un moment, le ventre du Dragonnier gargouilla.

- J'ai faim, déclara-t-il. Pas toi ?

Moi, non, ça va-

Le ventre de l'ange se protesta avec une cacophonie ventrale. Elle caressa sa panse, gênée. Le pire, ce fut Irugorn : alors qu'il n'y avait plus aucun bruit, un bruit semblable à un tremblement de terre retentit. Reborn sourit narquoisement au dragon qui le fixait, interpellé de ce bruit soudain.

- T'as faim, aussi ? pensa l'homme au fédora.

- Ouais, sûrement, répondit l'animal mythique.

Reborn rigola silencieusement. Ils se levèrent et préparèrent à manger dans une bonne humeur contagieuse.

...

Au « Centre d'Enquête, de Délit, d'Effraction et de Forfait », ou CEDEF...

La même routine pour Iemitsu. « On ne change pas une équipe qui gagne », pouvait-on penser. Cependant, là, il était plus en situation de défaite que de victoire : ça faisait trois jours qu'il tentait en vain de trouver sa fille, Tsunayuki. Une autre image qui pouvait être intéressante était venue depuis l'extrait : c'était juste le pied du Dragonnier qui écrabouillait le badge. Génial. Les choses vont avancer plus vite en sachant que le badge est pété en plus.

Mais bon sang, qu'est-ce qui avait pris à Tsuna de partir comme ça ?! Était-ce à cause de ce qu'il lui avait dit et elle avait pris sous le coup de la colère ? C'était sûr que quand rentrait une idée dans la tête de sa fille, plus rien ne pouvait la faire changer d'avis, à part d'avoir un sacré argument. Mais à ce moment-là, il n'en avait pas.

Il se tournait les pouces, cherchant un nouveau moyen mais tout aussi efficace pour la trouver et la ramener à la maison.

- Iemitsu, t'as des invités, appela une voix féminine.

Une femme amena les « invités » en question dans le bureau du boss du CEDEF. Iemitsu reconnût de suite leurs visages, enfin, un exactement : c'était celui de Trior. Ils avaient l'air chacun en pleine forme, excepté celui de tout à gauche qui avait le visage tendu de douleur. Ils saluèrent correctement leur boss (à part le « blessé » qui avait une note faussement aigu) avant que celui-ci se levait.

L'agente du CEDEF était restée contre le coin de la porte, les bras croisés. Elle portait des cheveux bleus foncés, ses yeux rouges scrutait chaque détail de la pièce et des personnes, et la vilaine marque rouge sur sa joue - une brûlure de longue date, disait-elle - la rendait en apparence dure et agressive. Et ça tombait bien, car au faible et pleurnichard, elle était sans pitié.

- Merci Lal de me les avoir apportés, remercia Iemitsu.

Les cinq avancèrent avec un coup de poing dans l'épaule, tremblotant. Ils n'osèrent pas parler d'eux-mêmes, ce fut Lal qui enchaîna :

- Ils sont venus faire le rapport. Ils ont juste un peu peur que tu les massacres parce qu'ils ont laissé ta fille filer entre leurs doigts.

- Allons allons, j'évite la violence ! rigola le boss.

- Bon, tu vas te mettre à parler, toi ? ordonna-t-elle à Trior.

Sous la pression de recevoir un autre coup de la femme s'il gardait le silence, le chef des mercenaires s'exécuta : il raconta les événements passés. Lal écouta d'une oreille attentive : elle n'était pas du tout au courant de cette affaire ! Elle soupçonna son supérieur d'avoir gardé le silence pour elle car il était question de « Dragonnier ». C'était la seule chose qu'elle savait de base.

Là où elle tilta, c'était quand Trior était à un moment précis du récit :

- … on avait bien rechargé nos bazookas, hein les gars ? (il cherchait constamment du soutien avec ses collègues, même s'ils participaient le moins qu'ils pouvaient) Et on a bien tiré sur lui... alors, on l'a cru mort ! Et c'est là qu'on le voit au milieu du terrain ! Il avait aussi retiré son bandeau et son gant, sûrement pour qu'il puisse avoir plus de pouvoir : il avait un œil jaune, et complètement une patte de dragon à la place de son bras droit ! C'était effrayant ! Il avait comme dévié les flammes de derniè-

- Attends, que dis-tu ? coupa net Lal.

Un bras métamorphosé ? Des yeux vairons ? Elle devait avoir la certitude.

- Ben... il avait un bras de dragon... et un œil jaune... et une pupille hyper fine ! Comme ceux des dragons.

Iemitsu fixa l'agente du CEDEF. Elle semblait déstabilisée, en pleine et dure réflexion. Soudain, elle se retourna vers son boss.

- Il paraît que vous avez une image de lui, non ? demanda-t-elle. J'ai besoin de vérifier si c'est... lui.

- Cela pourrait-il faire avancer les choses ?

Il lut dans les yeux de la femme qu'elle réfléchissait à une vitesse ahurissante.

- Oui. Je pourrai vous aider à l'arrêter.

Iemitsu sourit. Enfin il va se passer quelque-chose ! Il n'attendait plus que ça. Il espéra de tout son cœur que c'était bel et bien la personne auquelle l'agente pensait.

Il remit alors l'extrait. Lal regarda l'écran noir avant d'être sorti de la petite poche. Iemitsu mit pause à ce moment-là. En plus qu'on voyait la fille du boss, on distinguait un homme portant un fédora.

Elle plaqua sa main contre sa bouche pour ne pas pousser d'exclamation.

C'était lui. C'était vraiment lui !

« Renato... » pensa-t-elle.

Cependant, elle dut reprendre son calme le plus tôt possible pour ne montrer aucune surprise aussi intense.

Iemitsu se retourna vers elle quand il arriva enfin à mettre l'image en plein écran.

- C'est lui ? devina-t-il.

Le mensonge ne servirait à rien ; il le sentirait immédiatement. Elle opta pour la vérité :

- Oui, c'est bien lui.

Iemitsu scruta le visage ferme de la femme. Elle était très tendue. Il lui sourit :

- Eh eh ~ c'est un ancien amour ?

- Ça, absolument pas ! s'emballa Lal. Je... je le croyais mort, en fait.

Et c'était vrai. C'était il y a... combien de temps déjà, qui la séparait de ce foutu jour maudit ? Quasiment dix ans.

Iemitsu lui rappela à la réalité.

- Tu peux donc vraiment les retrouver ? demanda-t-il.

- … Oui. Je sais ce qu'il veut faire, dit-t-elle enfin. Je veux bien vous rendre ce service en échange d'une chose.

- Laquelle ?

- Que je parte aussi pour la prochaine expédition, déclara Lal d'un ton dur.

...

Le repas se passait légèrement. Avant de manger pour de bon, Reborn avait un peu pêcher pour qu'ils puissent manger du poisson. Après avoir englouti ses kilos de poissons, Irugorn se lécha les babines, encore affamé.

- T'en as pas marre, d'en bouffer autant ? demanda Reborn à voix haute.

- Tu... tu trouves que je mange trop ? s'inquiéta Tsuna.

- Non, je parlais à Irugorn.

- On dirait juste un gros schizophrène, se moqua le dragon. D'ailleurs, gentille Ō-Tsuna-sama ! Puis-je avoir un autre morceau de poisson, s'il vous plaît ?

- Mais... Mais ne me vouvoies pas ! s'énerva étrangement la jeune femme. Tu... tu peux très bien me le demander normalement.

- Et après, c'est moi le schizophrène... se plaignit Reborn.

- Tu la contamines à ton trouble mental, Chibi.

- Et toi, tu l'as rends d'autant plus débile, le Petit !

- Attention, ça peut dégénérer !

Pour preuve à sa menace, Irugorn cracha une colonne de feu dans le ciel. Pendant l'espace d'un instant, Tsuna crevait de froid puis avait la sensation de brûler. Le froid s'installa de nouveau après l'arrêt de la flamme. Reborn resta scotché, totalement hébété.

- Mais t'es malade ! hurla-t-il.

- Il fallait pas m'énerver, Chibi, se plaignit le dragon.

- Mais... pourquoi semble-t-il en colère ? demanda l'ange, qui n'avait pas reçu de communication.

- Tout ça parce que je l'ai traité de « Petit », rigola Reborn avec un sourire malicieux.

Il insista bien sur le dernier mot. Irugorn détourna du regard et, vexé, frappa fort au sol avec la queue. La terre trembla et Tsuna fit même un petit saut.

- Mais il n'est pas petit ! contesta la jeune femme sans comprendre. Il fait cent mètres de haut !

- Cent mètres ? ricana le Dragonnier. Il fait maximum dix mètres ! Ou peut-être quinze si on va jusqu'à la tête...

- Oh, t'as pas besoin de la corriger ; ça me dérange pas qu'elle exagère sur les mesures, pensa le dragon.

- Ça serait dommage qu'elle apprenne de fausses données, non ?

Une espèce d'étincelle passa entre les yeux des deux garçons, mais ils ne continuèrent pas la dispute. Tsuna les regarda et eut un petit sourire : c'était une bonne nuit de sommeil qui allait commencer.

Pourtant, du haut de la falaise, une silhouette apparut. La personne regardait les trois êtres qui étaient sur son territoire. Qui étaient-ils ? Et bon sang, un dragon, en prime ?! Non, il n'allait pas accepter ça. Il alla de suite s'occuper de leur cas...

En bas, personne n'avait remarqué l'individu, mais l'intuition de l'ange l'avertit d'un danger. Elle se retourna, mais elle ne voyait rien sur la falaise, à part des arbres et de la verdure. Cependant elle ne se détendit pas pour autant. Elle se mit en mode « alerte » : elle tournait fréquemment la tête de droite à gauche pour voir tout autour d'elle, ses ailes étaient à moitié déployées, prêtes à s'envoler à la moindre frayeur.

Reborn commença à sentir que quelque-chose n'allait pas ; il se sentait observé. Irugorn regarda vers la falaise.

- Ça sent le chat, communiqua le dragon à l'homme au fédora.

Soudain, derrière Tsuna, un Élu fonça sur le trio. Par réflexe, l'ange voulut s'enfuir, mais elle alla droit sur Irugorn et se cogna contre le flanc du dragon. Elle se tenait la tête pour se calmer la douleur du mieux qu'elle put. Lorsqu'elle vit leur agresseur, elle se demanda si son mal de tête ne lui avait pas déjà donné des séquelles.

Déjà, c'était un garçon de son âge - du moins, en apparence, car avec les Élus, il ne fallait jamais se fier uniquement au apparence -. Il avait des cheveux argentés avec des yeux verts. Il portait un tee-shirt noir à manche courte avec une tête de mort blanche dessus, et une veste blanche où il a relevé les manches. Il possédait en plus un simple pantalon noir. Mais ce qui le démarquait d'un simple être humain, c'était ses deux oreilles qui sortaient de ses cheveux avec une petite queue.

Tsuna leva ses yeux vers la lune : elle était pleine, et en plus aucun nuage la cachait. Ils faisaient face à un loup-garou !

Cependant, Reborn ne fut pas impressionné de se retrouver face à la bête de la nuit. Il montra à l'Élu sa main changée et alluma sa flamme. L'inconnu semblait être impressionné.

- Un simple humain qui utilise une flamme de dernière volonté... rugit le loup-garou. Décidément, vous préparez la guerre contre nous, ou quoi ?!

- On ne veut rien déclencher, je t'assure, rassura le Dragonnier. Par contre, si on me cherche, on me trouve, lycanthrope.

- A-attends, Reborn ! paniqua Tsuna, totalement dans les vapes. Il ne faut pas l'affronter : s'il te blesse, tu deviendras à ton tour un loup-garou !

Le loup-garou ne laissa aucun temps : il s'attaqua rapidement à l'homme au fédora. Celui-ci esquiva facilement chaque attaque, mais pour ne pas se faire blesser, il n'osa pas contre-attaquer en retour.

Tsuna s'appuya contre Irugorn pour se tenir un minimum debout. Celui-ci s'intéressa davantage au poisson de la jeune femme qu'au combat. L'ange, elle, s'inquiéta pour le Dragonnier.

À un moment, Reborn avait décidé d'enfin attaquer : il envoya le poing dans le ventre du lycanthrope. Il en eut le souffle coupé. Par vengeance, il allait le griffer et bel et bien l'atteindre, mais une cape le recouvra et il rata son coup. De colère, il l'enleva et regarda autour de lui qui aurait pu lui jeter un vêtement dans la figure. En se retournant, il vit un ange. Enfin, une, plutôt. Elle semblait épuisée, mais il la vit se mettre en mode dernière volonté.

Et d'un seul coup, cela fit tilte dans la tête de l'Élu.

Cette flamme.

Cette apparence.

Et un ange, en prime !

Le lycanthrope resta bouche bée, puis se mit à genou devant Tsuna, sous les regards choqués des autres. Le combat se termina ainsi. D'un seul mouvement, le Dragonnier et son dragon fixèrent l'ange tremblante - mais plus de fatigue -. Le loup-garou brisa le silence :

- Vous êtes encore vivante, Jūdaime.


Ça y est, le chapitre est fini.

J'ai bien aimé écrire le petit quiproquo pendant leur repas, ça détend l'atmosphère. Alors que pendant ce temps, les choses accélèrent...

Un remerciement pour Lesmeal pour le favori, et rendez-vous au prochain chapitre pour la suite ^^.