Me revoilà enfin avec le premier chapitre de la troisième partie. Durant les deux années qui vont suivre, la vie va être un peu plus facile pour Kécile. Le ton devrait donc être plus léger. ça ne durera cependant pas!...

Je vais finalement garder la trame du tome IV de Rowling. Je pense malgré tout arriver "assez vite " à la cinquième partie, où on attaque vraiment les choses sérieuses. Par assez vite, j'entends que je pense ne pas mettre un an à rédiger ces deux parties comme je l'ai fais pour les deux premières...

Car, oui, cela fait un an que j'ai attaqué cette histoire. Ce que le temps passe vite!

Ici, il s'agit d'un chapitre de transition.

Sur ce, bonne lecture, et puis, vous connaissez le principe... Le petit bouton en bas!


Au chapitre précédent:

Un rayon vert qui fuse, un corps qui s'effondre.

Et le retour brutal de la conscience.

Un hurlement qui déchire les entrailles. Un rire qui glace le sang. L'esprit qui s'embrume, qui refuse le crime. L'inconscience libératrice appelée de tout son être qui se convulse.

- Kécile!

Déjà le fantôme vient la hanter.

- Kécile, réveilles-toi!

Si seulement cela se pouvait! S'il suffisait d'ouvrir les yeux pour se rendre compte que rien de tout cela n'a jamais eu lieu.

- Kécile! C'est un cauchemar, c'est fini.

Les cauchemars sont parfois réels...

- Allons, Kécile, courage! Ouvre les yeux

Pour quoi faire? La réalité est-elle meilleure que ce cauchemar? Oui, peut-être pour l'instant. Mais ouvrir les yeux, c'est laisser la possibilité au cauchemar de se réaliser...

- Laissez-moi!

- C'est fini, Kécile, tu es en sécurité.

- Mais pas vous!

C'est le hurlement d'une conscience exaspérée.

- Laissez-moi! Vous êtes en danger!

Cette fois-ci les yeux sont bien ouverts. Le visage en face est inquiet mais bien réel.

S'il suffisait d'ouvrir les yeux pour que rien de tout cela n'ait jamais lieu.

 


Chapitre XXXIV: Laisser le temps au temps

Un sourire cruel se dessina sur ses lèvres. C'était trop facile! Elle était tellement faible. Pour l'instant, elle se méfiait. Mais le moment venu, elle ne serait qu'un pantin. Cette double vengeance allait se manger froide. Qu'importe, elle n'en serait que plus délectable...

***

Un hurlement à glacer le sang retentit dans l'appartement.

Dumbledore se réveilla en sursaut et se leva rapidement. Le silence avait succédé au cri perçant. Il ouvrit la porte de la chambre où dormait Kécile. Celle-ci se convulsait, comme en proie à une vive souffrance, emmêlée dans ses draps, le visage couvert de sueur, mais sans que rien d'autre qu'un halètement pénible ne s'échappe de ses lèvres serrées.

Il alluma la lampe de chevet d'un coup de baguette et l'appela pour la tirer de son rêve. Elle semblait ne pas vouloir en sortir.

- Allons, courage, Kécile. Ouvre les yeux!

Enfin, elle répondit, la voix roque, avec une sorte de hargne contenue.

- Laissez-moi.

Elle n'avait toujours pas ouvert les yeux. Elle devait encore être dans son cauchemar...

- C'est fini, Kécile, tu es en sécurité.

Elle ouvrit brusquement grand les yeux en se dressant sur son séant d'un seul mouvement, l'air hagard.

- Mais pas vous! hurla-t-elle. Laissez-moi, poursuivit-elle d'une voix presque suppliante. Vous êtes en danger!

- Dans l'immédiat, je suis parfaitement en sécurité, répondit Dumbledore d'une voix sereine, et toi aussi. Calme-toi.

Il posa une compresse glacée sur son front brûlant, et l'aida à se démêler des draps dans lesquels elle était entortillée.

Lorsqu'elle se fut un peu calmée, Dumbledore demanda doucement:

- Est-ce que tu veux me raconter ton cauchemar?

Elle ouvrit la bouche pour parler, mais ce furent des pleurs qui sortirent. Elle vint d'elle-même quémander une étreinte réconfortante. Les vannes longtemps contenues s'ouvrirent et son récit fut entrecoupé de sanglot. Elle n'omit rien, partagée entre le besoin de se livrer, et la volonté de faire comprendre à Dumbledore combien elle était dangereuse.

Celui-ci la laissa aller au bout de son récit, sans l'interrompre. Il traçait d'une main des gestes apaisants sur son dos parcouru de frissons, mais il la laissa pleurer toutes les larmes de son corps.

- Kécile, tu as rêvé de ce qui te fait le plus peur, déclara-t-il lorsqu'elle se tut. Mais il n'y a aucune raison que cela arrive. Tu as du mal à définir les sentiments que tu éprouves pour tes camarades, pour Severus et pour moi. C'est pour cela que nous nous sommes tous retrouvés dans ton rêve. Et tu ne peux te défaire de l'autorité que Voldemort avait sur toi par une simple lettre. C'était le premier pas, mais il a laissé une empreinte durable en toi. Personne ne peut t'en tenir rigueur. Ce n'était qu'un cauchemar, Kécile, empli de tes démons. Accepte les, et tu pourras alors refuser qu'ils régentent ta vie. Tu n'es pas seule pour les combattre. C'est à cela aussi que servent des amis.

Kécile finit par s'endormir d'épuisement, accroché à lui comme une noyée, la respiration encore secouée convulsivement par ses sanglots, ses derniers pleurs roulant sur ses joues pâles.

Dumbledore la recoucha après avoir déposé un baiser sur ses cheveux noirs et retourna dans sa propre chambre. Mais il ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il éprouvait pour Kécile une profonde tendresse et le malaise de l'enfant le secouait, en partie parce qu'il s'en sentait responsable. Il savait que demain, elle s'éloignerait à nouveau. Kécile ne se laissait aller ainsi, n'acceptait le réconfort, que lorsqu'elle avait épuisé toutes ses propres ressources d'énergie pour lutter. Il craignait de plus, convaincue comme elle l'était d'être dangereuse pour lui, qu'elle ne cherche encore à l'éloigner davantage.

Le lendemain matin, Kécile n'évoqua pas son mauvais rêve. Dumbledore respecta son silence. Il était probable qu'elle réfléchissait. Lorsqu'il lui demanda si elle souhaitait voir ses camarades de classe (il prit soin de ne pas dire ses amis), elle hésita, avant d'accepter.

Ron avait vigoureusement protesté lorsque ses deux amis lui avaient dit qu'ils montaient voir Kécile, mais les accompagna finalement.

- Cette fille ne se prend vraiment pas pour de la fiente de hibou. Vous avez vu un peu comment elle nous parle?

- Elle n'a pas été incorrecte, la défendit Hermione.

- Juste un peu réfrigérante, rétorqua Harry.

- Eh! Faudrait savoir! protesta Ron. C'est toi qui a dit à Dumbledore qu'on revenait aujourd'hui.

- Qu'est-ce que tu voulais que je fasse d'autre? Je n'allais pas l'envoyer promener!

- T'étais pas obligé de lui tendre une perche!

- Ron! Tu n'as vraiment aucune indulgence envers Kécile, s'agaça Hermione.

- Parce qu'elle en a, elle, pour nous?! s'offusqua le rouquin.

- Comprends la un peu! Est-ce que tu réalises le bouleversement qu'elle a vécu cette année?

- Ce qui m'intéresse surtout, coupa Harry, c'est ce qui a pu la détourner de Voldemort.

- Arrête de prononcer ce nom, grogna Ron.

- Dumbledore a refusé de me le dire, poursuivit Harry.

- Tu comptes l'interroger? demanda Hermione avec curiosité.

- Si l'occasion s'en présente, oui.

- Est-il admissible que Dumbledore se trompe? intervint Ron d'un ton narquois.

Harry se tourna vers son ami.

- Qu'est-ce que tu veux dire?

- Histoire de me préparer psychologiquement, j'aimerais savoir si, quelle que soit la raison que Kécile nous donne, Dumbledore a raison de lui faire confiance, ou si vous pouvez envisager l'éventualité qu'il puisse se laisser abuser.

- Je ne crois pas qu'on puisse tromper Dumbledore... répondit Hermione.

- Hum... Si, rétorqua Ron. Preuve numéro un: Lockhart. Preuve numéro deux: Rogue.

- Va pour la preuve numéro un, mais la numéro deux, on s'est planté l'an dernier en étant persuadé que c'était Rogue le coupable, alors que c'était Quirell, remarqua Harry.

- OK, ben si tu y tiens, remplace le numéro deux Rogue par Quirell, ça fait quand même deux fois en deux ans que Dumbledore accorde sa confiance à quelqu'un qui ne la mérite pas. D'ailleurs, souligna Ron, ça va finir par devenir une tradition de se méfier des profs de défense contre les forces du mal.

- Dans ce cas, comme ni Rogue, ni Kécile ne sont profs de défense contre les forces du mal, répondit Hermione ironique, on peut leur faire confiance!

- Si tu y tiens, je veux bien patienter jusqu'à ce que Rogue devienne prof de défense contre les forces du mal. A partir de ce moment là, il sera toujours temps de le considérer comme ennemi déclaré, répondit Ron sur le même ton.

- Ridicule! soupira Hermione en levant les yeux au ciel.

Le dispute s'arrêta là car Harry frappait à la porte du bureau du directeur.

Ils trouvèrent Kécile dans la même position que la veille, le même air indifférent sur le visage.

- Bonjour, Mademoiselle l'Héritière de Serpentard, salua Ron aussitôt que Dumbledore eut fermé la porte.

- Bonjour, Weasley.

- Ne fais pas attention à lui, intervint Hermione. Comment vas-tu?

- Très bien, merci.

- Pas trop bouleversée par ce qu'on t'a appris hier? demanda Harry

Kécile se contenta de hausser les épaules.

- J'imagine que ça ne doit pas être très facile pour toi d'apprendre que ton père n'est pas un sang-pur.

- Au fond, ça ne change pas grand chose, répondit Kécile d'un ton un peu trop indifférent. De toute manière, je lui ai tourné le dos. Alors...

- Justement, je voulais te demander ce qui t'a détourné de lui.

Kécile le fixa un moment avant de demander:

- Dumbledore ne vous l'a pas dit?

- Non. Je lui ai posé la question, mais il n'a pas voulu y répondre.

Elle hésita un instant avant de déclarer d'un ton sec:

- Et bien moi non plus.

- Tu ne nous fais pas confiance? interrogea Hermione.

- Ça n'a rien à voir. C'est personnel.

Harry préféra ne pas insister devant le ton péremptoire de Kécile, et la conversation roula sur l'année qui se terminait et le départ imminent des élèves. Le lendemain, ils devaient prendre le Poudlard express pour retourner dans leurs familles. Devant le peu d'enthousiasme de Harry, Kécile s'interrogea. Celui-ci l'éclaira rapidement:

- Tu sais que je vis chez mon oncle et ma tante. Ce sont des moldus. Et ils haïssent tout ce qui a trait de près ou de loin avec la magie. Autant dire que, si jusqu'à mes dix ans, ils supportaient tant bien que mal ma présence sous leur toit, maintenant, c'est plutôt mal que bien. S'ils le pouvaient, ils m'enfermeraient tout l'été dans le placard sous l'escalier.

- Charmant!

- C'est d'ailleurs ce qu'ils font de toutes mes affaires.

- Et tu ne leur as pas encore donné une bonne leçon?

- Une leçon?! Comment veux-tu?! La magie nous est interdite en dehors de l'école!

- Et la magie accidentelle, tu en as déjà entendu parler Potter? lui fit-elle avec un sourire un peu complice.

- Tu crois que ça passerait? fit Harry en exagérant son air intéressé.

Hermione s'affola aussitôt.

- Non, Harry! Ne fais surtout pas ça! Tu pourrais être renvoyé!

Kécile leva les yeux au ciel.

- Tu parles! Comme s'ils allaient renvoyer le précieux Potter de Poudlard! J'y crois pas un seul instant.

- Arrête de parler comme ça, on croirait entendre Rogue!

- Ça tombe bien, je l'ai fréquenté pendant 7 ans...

- Merlin, et tu n'es pas encore morte? fit Harry faussement tragique.

- Non, ce serait même plutôt l'inverse, remarqua Kécile avec une grimace.

Lorsque les trois Gryffondors quittèrent Kécile, quelques barrières étaient tombées et d'un côté comme de l'autre, on acceptait une certaine complicité. Ce n'était pas de l'amitié, mais une connivence qui résultait d'un secret commun et d'une confiance que Kécile était obligée de donner à ses trois camarades pour ne pas révéler son identité aux autres élèves.

Le lendemain, les élèves quittèrent le château, et les couloirs devinrent silencieux. Kécile prit alors conscience de la rumeur constante qui habitait le château. L'école avait brusquement un air tristounet... Elle occupait ses journées à lire ou à rattraper les cours qu'elle avait manqué.

Puis, Mme Pomfresh vint la sortir des appartements de Dumbledore et l'entraîna dans le parc pour des promenades de plus en plus longues effectuées sous sa stricte vigilance. Quelque soit la personne avec qui elle se promenait (car il lui était interdit de sortir seule), elle devait systématiquement consulter l'infirmière en revenant au château, pour faire contrôler son état de fatigue.

Le fait était qu'elle avait perdu la plupart de ses forces. Les premiers temps, descendre simplement jusqu'en bas dans le hall l'épuisait. Le premier jour, elle ne put aller plus loin et s'écroula, difficilement soutenue par Mme Pomfresh, sur les marches de l'escalier qui menait au parc en déclarant qu'elle ne ferait pas un pas de plus. Mme Pomfresh l'obligea néanmoins à rester deux heures dehors pour prendre l'air. Selon elle, cela devait lui faire du bien. Kécile constata surtout qu'elle était épuisée en revenant dans les appartements de Dumbledore et elle s'écroula sur son lit, pour s'endormir aussitôt les yeux fermés. Elle dormit d'un sommeil de plomb jusqu'au petit matin du lendemain.

A son réveil, elle trouva Dumbleodre à son bureau, penché d'un air soucieux sur un parchemin qu'il rangea quand il l'aperçut.

- Que se passe-t-il? demanda Kécile d'une voix encore mal réveillée.

- Des soucis pour trouver un nouveau professeur de Défense Contre Les Forces Du Mal. Les candidats se font de plus en plus rares ou sont incompétents.

- Comme Lockhart, marmonna Kécile en s'affalant dans le fauteuil en face du bureau.

- Oui, comme lui, reconnut Dumbledore en souriant.

- Honnêtement, monsieur, pourquoi avez-vous embauché cet homme? Pour sa notoriété? demanda Kécile avec curiosité.

- Pour avoir la paix, avoua le directeur. Durant tout l'été, Fudge m'avait demandé de le prendre, me vantant ses mérites, ses talents pédagogiques tant et si bien que ne trouvant personne, j'ai fini par accepter. Je n'aurais pas dû, cela va de soit. Et je ne veux pas recommencer la même erreur cette année.

- Ça vaudrait mieux pour nous, marmonna Kécile. Vous auriez vu le questionnaire qu'il nous a sorti au premier cours... Mémorable! Attendez... je dois encore l'avoir, réalisa-t-elle en se levant. Je vais vous le montrer. C'est un trophée!

Elle retourna dans le salon où ses cours étaient entassés en un joyeux bazar et finit par en extirper un parchemin corné, couvert de son écriture serrée, et raturée de celle élégamment calligraphiée de Lockhart. Elle le tendit à Dumbledore qui l'avait suivi avec amusement. Lorsqu'il commença à lire, il se mordit les lèvres pour ne pas éclater de rire. Il aurait eu du mal à définir si ce qui l'amusait le plus était les questions ridicules de Lockhart ou les réponses hardie de Kécile. Réponses osées, certes, mais aussi sarcastiques à souhait. Kécile n'aurait décidément pas dépareillé à Serpentard. Elle avait suivi des leçons avec Severus, de toute évidence...

"3) A votre avis, quel est le plus grand exploit réalisé par Gilderoy Lockhart à ce jour? ... Avoir lancé un sort de confusion suffisamment puissant pour que Dumbledore l'engage?"

- Tu croyais réellement que Gilderoy m'avait jeté un sortilège de confusion?demanda Dumbledore en souriant.

- Je me posais des questions, répondit Kécile d'un air malicieux.

Les semaines passèrent tranquillement. Mme Pomfresh avait installé une chaise longue dans le parc et obligeait Kécile à y passer ses après-midi. Celle-ci qui n'aimait pas le soleil avait vigoureusement protesté mais sans succès, auprès de l'intransigeante infirmière. Le fait était qu'elle reprenait des couleurs. Lorsque descendre les sept étages depuis le bureau du directeur jusqu'au parc ne l'épuisa plus, elle commença à se promener dans le parc. La plupart du temps, Dumbledore l'accompagnait. Durant ces moments privilégiés, le vieil homme l'amenait souvent à parler de sa vie auprès des mangemorts et de Voldemort. Le reste du temps, il tentait d'avoir un aperçu des connaissances déjà vastes de la petite fille en matière de magie, et le sujet déviait alors sur les cours et les professeurs. Ces conversations étaient l'occasion pour Dumbledore de découvrir l'esprit critique et sarcastique de sa protégée.

Mais il arrivait que Dumbledore, qui n'avait pas qu'à jouer les gardes-malades durant les vacances, s'absente régulièrement. C'était alors Mme Pomfresh qui se chargeait de l'accompagner, ce qui n'enchantait guère Kécile. Les agréables conversations étaient alors remplacées par un silence pesant. Kécile fixait un regard brusquement intéressé sur les éléments du parc. Les quelques mots qu'elles échangeaient touchaient toujours à la santé de Kécile, sujet qui lassait vite l'intéressée. Elle se sentait de mieux en mieux, presque bien à vrai dire, mis à part des cauchemars réguliers, et trouvait que l'infirmière faisait tout un foin de pas grand-chose.

Elle en fit un jour part à Dumbledore qui la regarda gravement et répondit:

- Kécile, tu ne sembles pas réaliser que tu es passée bien près de la mort.

- Cela va faire trois mois! marmonna Kécile.

- Et tu commences à n'aller réellement mieux que depuis trois semaines. De plus, si ces derniers temps ta guérison a été rapide, c'est grâce aux soins de Mme Pomfresh. Pompom prend très à coeur la santé de ses élèves. Fais lui confiance pour savoir ce qui est le mieux pour toi.

Mais le pire fut certainement le jour où le professeur MacGonagall l'accompagna dans sa promenade quotidienne. Kécile regretta l'absence de Severus qui avait disparu depuis le début des vacances.

Au début de la promenade autour du lac qu'elles avaient entrepris, Kécile sentit le regard de sa directrice de maison peser sur elle. Elle semblait vouloir lui parler sans savoir par quel bout prendre le mystère qu'était son élève. Avec Dumbledore ou Severus, Kécile n'avait pas cet embarras, et Pomfresh ne s'encombrait pas de manières pour faire part de ses opinions.

Finalement, faisant honneur à sa maison, le professeur finit par mettre les pieds dans le plat avec le ton sec qui lui était habituel:

- J'aimerais comprendre pourquoi le professeur Dumbledore semble autant vous apprécier. Il n'a jamais été aussi proche d'un élève.

Kécile lui rendit un regard insolent.

- Aucun élève n'est passé par mon histoire.

MacGonagall s'arrêta et fixa un regard dur sur son élève.

- Aucun élève n'a jamais été susceptible d'être aussi dangereux que vous.

Kécile se rembrunit.

- Ça, je le sais bien. Je n'ai de cesse de le lui répéter. Je ne vous demande pas de me faire confiance.

- Je sais bien que Dumbledore est un homme profondément confiant. Néanmoins, je ne m'explique pas...

- Son imprudence? acheva Kécile sans cacher son ironie.

La vieille femme pinça les lèvres mais ne la contredit pas.

Kécile reprit sa marche sans plus la regarder.

Le professeur finit cependant par s'expliquer.

- Comprenez, Miss Gaunt, que je ne sais rien de vous. Rien, si ce n'est que vous êtes la fille de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. J'ignore comment vous vous êtes rapprochés, pourquoi et...

- Oh! Mais je ne vous reproche pas de ne pas me faire confiance! Je vous reproche simplement toutes ces questions. D'ailleurs, vous en avez oubliez une... vous vous demandez sérieusement pourquoi je n'ai pas été envoyée à Serpentard, plutôt que de jouer la pièce rapportée dans votre maison.

MacGonagall eut l'honnêteté d'acquiescer. Mais comme Kécile ne semblait pas décidée à répondre à ses interrogations, elle poursuivit:

- Vous ne réalisez pas la terreur qu'inspire encore le nom de votre père et toutes les horreurs qu'il a commises ou qui ont été perpétuées en son nom, ni la souffrance et le trouble qu'il a causé au sein de la communauté sorcière.

- Probablement pas, en effet, reconnut Kécile avec indifférence.

- Imaginez ma consternation lorsque j'ai appris que...

- C'était comme découvrir que le loup était entré dans la bergerie, déguisé en mouton par le berger.

Agacée par le ton ironique et indifférent, bref impertinent, de son élève MacGonagall répondit sèchement:

- Vous avez tout compris.

Devant son silence obstiné, elle insista avec une irritation non dissimulée:

- Allez-vous m'éclairer, ou le loup préfère-t-il garder son déguisement même une fois découvert?

- Et que voulez-vous que je vous dise? s'exclama Kécile en se tournant dans un geste de défi vers son professeur. Oui, j'ai été élevée dans la magie noire, oui j'ai été disciple du Seigneur des Ténèbres, oui j'ai partagé ses idées et elles ne sont pas toutes mortes, oui je maîtrise des sorts dont le seul nom vous fait frémir, pas besoin d'aller chercher bien loin: les impardonnables, le feudeymon. Que voulez-vous entendre d'autre?

La mine horrifiée de MacGonagall l'arrêta dans sa diatribe et elle recommença à marcher d'un pas vif, pressée d'achever ce tour du lac pour en finir avec le regard accusateur de sa directrice de maison.

- Vous parlez des actions du Seigneur des Ténèbres comme quelque chose de révolu, reprit-elle d'une voix plus contrôlée. Ça m'étonne de quelqu'un aussi proche de Dumbledore. Rien de tout cela n'est terminé. Ça continue, dans l'ombre, plus discrètement seulement. Mais ça reprendra, comme avant.

- Vous êtes trop jeune pour savoir comment celaétait, avant, rétorqua MacGonagall.

- J'en ai une assez bonne idée en voyant ce qu'il se passe actuellement et ce que fait le ministère, ce que les mangemorts disent et se racontent entre eux de l'ancien temps. Pour l'instant, c'est du gâteau, une plaisanterie, de quoi "entretenir la main", rien de plus.

Macgonagall semblait révulsée par les paroles insensibles de Kécile.

- Vous n'avez que 13 ans. Vous ne savez pas ce qu'il se passe réellement, les horreurs que les mangemorts commettent dans ses plaisanteries, comme vous dîtes. Sinon, vous n'en parleriez pas comme cela.

- Au contraire, répliqua Kécile avec hargne. Je sais très exactement de quoi je parle. Pourquoi croyez-vous qu'on s'est donné la peine de m'enseigner les impardonnables? Pour tuer les chauves-souris et les rats du manoir, peut-être?

Le professeur mit quelques fragments de secondes pour réaliser la signification des propos de son élève. Lorsque celle-ci vit son regard révulsé, Kécile lui tourna le dos et courut le long du lac en direction du château, espérant fuit ainsi la présence de son professeur. Elle dut pourtant se rendre à l'évidence: elle n'était pas en mesure d'atteindre le château à ce rythme, et elle s'était épuisée pour rien.

Essoufflée, les jambes coupées, partagée entre rage et chagrin, elle s'affala sur un rocher qui surplombait le lac et patienta que sa garde malade la rejoigne.

Lorsque la directrice de Gryffondor s'assit à côté d'elle, Kécile se refusa à la regarder. Elle sentait la vieille femme tendue à ses côtés.

- Je vous répugne, n'est-ce-pas? demanda-t-elle le regard fixé sur les montagnes.

Comme MacGonagall ne répondit pas immédiatement, elle poursuivit:

- Vous pensez sans doute que j'ai mérité mon séjour à Azkaban... Je ne peux même pas vous le reprocher! constata-t-elle amèrement. Moi-même, je... Il n'y a que Dumbledore pour croire...

- Non, la coupa le professeur. Vous ne méritiez pas d'être envoyée à Azkaban.

- C'est pourtant le sort qu'on réserve aux meurtriers.

- Vous êtes une enfant.

- Je suis une meurtrière. Cette idée ne vous horrifie pas?

- Oh, si! avoua MacGonagall. L'idée que vous ayez pu tuer...

La vieille femme secoua la tête comme dépassée par l'ampleur de tout ce qu'elle réalisait. Mais, poursuivit-elle, la manière dont vous en parlé prouve que... vous n'êtes pas totalement comme eux.

- Piètre consolation, marmonna la petite fille.

Un nouveau silence s'installa, moins tendu, plus amer, avant que MacGonagall ne remarque:

- Vous ressemblez beaucoup à Severus, Miss Gaunt.

- Qu'est ce qui vous fait dire cela? demanda Kécile en fronçant les sourcils d'un air mécontent.

- Vous pourriez même être sa fille... poursuivit MacGonagall avec un léger sourire amusé.

Kécile détacha enfin son regard du paysage pour tourner un oeil sarcastique vers son professeur, sourcil haussé à la Severus Rogue.

- Vraiment? Cela vaudrait toujours mieux que d'être la fille du Seigneur des Ténèbres, fit-elle narquoise.

- Votre caractère, votre comportement, cette façon réticente que vous avez de faire confiance à Dumbledore... Même physiquement, vous lui ressemblez.

- Charmant!...

- Les cheveux gras en moins, précisa MacGonagall pince sans rire.

Elle parvint à arracher une grimace amusée à Kécile.

Cette nuit là, Kécile eut un violent cauchemar.

Minerva MacGonagall apparaissait en justice, entourée des élèves de Gryffondors aux visages accusateurs et lui annonçait sa sentence: elle ne méritait même pas Azkaban: ce serait la mort. Le Seigneur des Ténèbres apparaissait alors et elle voyait le sortilège de mort fuser vers elle et Severus s'interposer entre elle et la mort. Alors que le cadavre s'effondrait à ses pieds et qu'un hurlement d'horreur s'étouffait dans sa gorge, Dumbledore surgissait, dissipant la présence du Seigneur des Ténèbres et disait:

" Ce n'est pas grave. Tu le remplaceras, tu lui ressembles tellement! Tu pourrais être sa fille!"

Le lendemain, Kécile était remontée contre elle-même. Dumbledore qui était venu une fois de plus la tirer de son cauchemar, avait tenté de la convaincre qu'il était normal qu'elle ne soit pas entièrement remise.

- Je pourrais comprendre si mes rêves étaient réels, comme avant, mais plus le temps passe et plus ils sont sans queue ni tête. Pourquoi continuent-ils alors à m'effrayer?

- Parce qu'ils contiennent malgré tout tes peurs plus ou moins avouées.

- Vous ne pouvez tout simplement pas dire que c'est parce que je suis faible?

- Non, car c'est faux. Personne, même le mangemorts le plus endurci, ne sort indemne d'Azkaban.

- Non, marmonna Kécile, ça c'est vrai. Certains en sortent encore plus tarés qu'avant.

- Et toi traumatisée.

- Vous trouvez ça mieux? avec une moue dépitée

- Ça se guérit plus vite, souligna en souriant Dumbledore.

Alors que Kécile lui rendait un regard sceptique, Dumbledore posa une main réconfortante sur son épaule et lui dit:

- Accepte de laisser le temps au temps, Kécile.