Voici le dernier chapitre avant la rentrée de troisième année
Chapitre XXXVI: Evasion à Azkaban
Comme presque tous les jours, Kécile trouva la gazette du sorcier sur le bureau de Dumbledore. Le directeur était parti alors qu'elle dormait encore et elle s'installa sur le fauteuil en face du bureau directorial. Ce qui l'intéressait le plus, c'était se tenir au courant d'éventuelles actions du Seigneur des Ténèbres. Il s'était fait assez discret ces derniers temps. Ou peut-être était-ce en réalité que Dumbledore, profitant de son confinement à Poudlard, la tenait éloignée de toute information qui pouvait l'inquiéter.
Mais dans ce cas, elle n'était pas la seule à être tenue dans l'ignorance car la gazette n'avait rien transmis de particulièrement révélateur.
Entendez par là qu'il n'y avait eu aucun raid, ni meurtre attribué de manière évidente à des résidus de mangemorts. Mais il y avait bel et bien eu (et le contraire aurait presque été plus inquiétant) des disparitions inexpliquées, et ( Kécile ne se faisait aucune illusion à ce sujet) des morts dans le monde moldu que le journal sorcier n'annonçait pas.
Comme à l'habitude, Kécile prit le journal en sens inverse: les faits qui l'intéressaient vraiment étaient toujours dans les dernières nouvelles, dans des petits encadrés insignifiants. Ce jour-là, Kécile lut attentivement un encadré consacré à la disparition sans signe avant coureur d'un employé du ministère de la justice deux jours auparavant. L'entourage ne l'expliquait pas cependant la piste de l'enlèvement n'était pas privilégiée par les enquêteurs.
En haussant les épaules face à tant d'aveuglement et de négligence, Kécile tourna une nouvelle page. Une énorme image lui sauta au visage sur une page entière et un gros titre annonçait au-dessous:
Evasion Stupéfiante du célèbre mangemort Sirius Black cette nuit à Azkaban.
Ce matin, au court de son inspection quotidienne, le gardien en chef de la terrible prison d'Azkaban a constaté avec colère une cellule vide dans le secteur de haute surveillance. Bill Sparkley, l'intermédiaire, et le ministère n'ont pu pour l'instant déterminer avec précision les conditions de l'évasion.
" Ce qui est sûr, nous rapporte Sparkley, c'est qu'hier matin, il était encore là et qu'il m'a ignoré comme à son habitude. La porte de sa cellule n'a pas été ouverte avant ce matin, si ce n'est à 18h, comme tous les soirs, quand les détraqueurs viennent donner leur pitance aux prisonniers. C'est incroyable. Il s'est évaporé!"
" La situation est préoccupante, nous explique Mrs Bones, chef du département de la justice, mais la population ne doit pas paniquer, s'empresse-t-elle de nous rassurer. En aucune façon il n'est à craindre une défaillance du système de surveillance de la prison d'Azkaban, et il n'y a aucune raison de redouter que l'évènement se reproduise. C'est un cas unique dans l'histoire de la célèbre prison. L'évasion ne s'explique selon moi que par le passé de Sirius Black en tant que mangemort. N'oublions pas qu'entre 1981 et 1882, plusieurs mangemorts célèbres se sont échappés durant leur transfert à Azkaban à la suite de leurs procès et se cachent toujours. Pour n'en citer qu'une, Bellatrix Lestrange, née Black. Il n'est pas impossible que ce résidu du groupe de suivants de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom soit complice de cette évasion. Mais on ne peut non plus négliger que Sirius Black ait agi seul. Dans tous les cas, malheureusement, cette évasion ne s'explique pas. Et la priorité, me semble-t-il, hormis bien sûr de retrouver le criminel, n'est pas de savoir comment, mais pourquoi il s'est évadé, après 12 années à Azkaban."
- Je vois que tu es déjà au courant.
Kécile leva la tête et acquiesça. Elle regarda Dumbledore s'installer à son bureau, le front soucieux.
- Un exploit, il faut le reconnaître. Personne n'a jamais réussi à s'enfuir d'Azkaban.
- J'imagine...
Kécile frissonna. Avec la vitesse à laquelle ses forces avaient décroît, elle aurait été bien en peine de s'évader! Et comment cet homme avait-il pu rester suffisamment lucide pour s'échapper après 12 ans passés près des détraqueurs dans le quartier de haute surveillance.
Face aux souvenirs qui l'assaillaient, Kécile se roula en boule dans son fauteuil, tremblante et luttant contre une brusque et sotte envie de pleurer.
- Cornelius Fudge m'a relaté des détails stupéfiants, continua Dumbledore pour la tirer de ses pensées noires. Black ne semble pas avoir été affecté comme les autres prisonniers par les détraqueurs. La dernière fois qu'il l'a vu, il y a une semaine, Black lui a parlé de manière parfaitement censée et a simplement avoué s'ennuyer.
Kécile ouvrit de grands yeux. Comment pouvait-on s'ennuyer à Azkaban?!
- Ce fait ne doit à mon avis pas être négligé... Il est le premier à s'être évadé de la prison, mais il est aussi le seul à ne pas être devenu fou après autant d'années passées avec les détraqueurs. C'est forcément lié.
- Vous croyez que Bellatrix ou les autres mangemorts peuvent être impliqués dans cette évasion? demanda Kécile.
- Cela se peut. Il nous est malheureusement impossible de le savoir avec certitude, mais j'interrogerai Severus à ce sujet. Pour ta part, n'aurais-tu pas un détail qui pourrait nous mener sur une piste?
Kécile secoua la tête.
- Ce nom de Sirius Black ne me dit rien. Si ça fait 12 ans qu'il est en prison, ça n'a rien d'étonnant. Au fait, qu'est-ce qu'il a fait au juste? Ils n'ont même pas pris la peine de l'expliquer dans le journal.
- C'est parce que l'histoire est trop connue. On pourrait qualifier Black de criminel national...
Dumbledore raconta alors ce récit que tout le monde connaît de Black tuant 12 moldus et un sorcier et éclatant de rire face aux abominations qu'il venait de commettre.
Lorsqu'il se tut, Kécile avait les sourcils levés à la manière de Severus avec une moue légèrement dégoûtée, et elle dit d'un air parfaitement sérieux:
- Tout s'explique. Sirius Black n'est pas devenu fou à Azkaban parce qu'il l'était déjà avant même d'y arriver. Zut alors, fit-elle avec une mine faussement déçue, ça signifie qu'Azkaban n'affecterait pas davantage Bellatrix... C'est de famille! Vous croyez que c'est à cause de cette histoire de consanguinité dont vous me parliez l'an dernier que les Black sont fous?
La semaine s'écoula sans que Kécile ne reparle de Sirius Black, et pourtant, le sujet fit la une des journaux tous les jours qui suivirent.
La première semaine d'août touchait à sa fin, lorsqu'un soir, alors que Kécile lisait dans le salon, elle entendit par la porte entrouverte Dumbledore être appelé par cheminette. Elle se figea lorsqu'elle comprit qu'il s'agissait de Cornelius Fudge, et sentit son front se couvrir de sueur. Mais le nom de Harry Potter parvint rapidement à ses oreilles et elle se concentra pour comprendre de quoi il retournait. La conversation se termina cependant si vite qu'elle n'en eut pas le temps. Elle entendit Dumbledore passer plusieurs coups de cheminette et envoyer Fumsec déposer plusieurs messages. N'y tenant plus, elle finit par passer la tête dans le bureau du directeur.
- Que se passe-t-il? demanda-t-elle devant l'agitation évidente du vieil homme.
- Harry a fugué.
- Ah...
Au vu de ce qu'il avait pu lui dévoiler à demi au mois de juin, ça n'avait rien de très étonnant.
- Il va sans doute venir à Poudlard, ce n'est pas si grave, fit remarquer Kécile.
Dumbledore se tourna avec un visage sévère vers la jeune fille.
- Tu oublies que Black est en liberté.
- Honnêtement, la probabilité que Harry rencontre Black est très faible...
- Elle augmente dangereusement si on considère que Black s'est probablement évadé pour tuer Harry.
- C'est sérieux? s'exclama Kécile.
- Ais-je l'air de plaisanter, Kécile? fit Dumbledore avec sévérité.
- Non, répondit Kécile consciente d'avoir dépassé une limite. Pardon. Mais c'est que... Enfin, qu'est-ce qui motiverait un mangemort à s'échapper pour poursuivre Harry, seulement au bout de 12 ans. Je veux dire, pourquoi maintenant?!
- C'est la question que tout le monde se pose, mais c'est pourtant la motivation la plus plausible. Harry a plus que jamais besoin d'être surveillé. Sans parler du fait qu'avoir gonflé sa tante comme un ballon peut lui causer des ennuis avec le ministère.
- Il a quoi? s'étouffa Kécile en éclatant de rire.
- Tu m'as bien entendue.
- Je n'aurais jamais cru qu'il l'aurait fait!
- Que veux-tu dire? demanda Dumbledore brusquement soupçonneux.
- Oh, simplement que je lui ai donné un petit conseil au sujet de sa famille insupportable et de la magie accidentelle, répondit la petite fille avec des yeux malicieux.
- Kécile! gronda Dumbledore. Te rends-tu compte de la gravité que peut avoir un tel acte? Je ne te parle même pas de la dégradation des relations avec sa famille moldus, mais simplement du fait qu'il peut être renvoyé de Poudlard.
- Honnêtement, professeur, vous croyez vraiment que le ministère va expulser Harry Potter, le héros national?
- J'espère bien que non.
- Quitte à ce qu'il soit célèbre, autant que ça serve à quelque chose.
Dumbledore poussa un soupir de désolation. Il finissait par se demander si une Kécile atone n'était pas préférable à une Kécile en forme. Il y avait longtemps qu'il avait abandonné le rôle de parent et il se demandait parfois ce qu'il allait faire de sa protégée, surtout si elle exerçait une mauvaise influence sur Harry!
Néanmoins, elle avait raison sur deux points: tout d'abord, Harry allait probablement chercher refuge à Poudlard ou sur le chemin de traverse, et il était possible que dans le contexte actuel, le ministre fasse passer sous silence cette histoire de tante gonflée...
Les heures se succédèrent malgré tout dans une certaine angoisse pour le directeur, alors que Kécile était retournée lire dans le salon, peu désireuse de croiser Fudge s'il passait la tête par la cheminée.
Enfin, il apprit que Harry était en sécurité au chaudron baveur. Le ministre lui raconta brièvement ce qu'il savait de la soirée du garçon et comme il ne parla pas de convocation au ministère ni d'avertissement, Dumbledore considéra l'affaire comme close.
Kécile eut une moue envieuse lorsqu'elle apprit que Harry allait passer le reste de ses vacances sur le chemin de Traverse alors qu'elle même était cloîtrée au château.
- Cloîtrée n'est peut-être pas le mot, reconnut-elle devant le sourire un peu moqueur du directeur, mais le fait est que ce n'est pas encore cette année que je verrai enfin le chemin de Traverse, fit-elle avec dépit.
Dumbledore réalisa alors que la petite fille n'avait en effet jamais mis le pied dans la célèbre avenue sorcière. Et pour beaucoup de raisons, il rechignait à l'y mener: Black, des gens du ministère qui pouvaient encore avoir son dossier en tête, d'éventuels mangemorts non officiels, sans parler du fait que ses rares passages dans ces lieux étaient généralement assez remarqués... cela faisait beaucoup de raisons pour amener le vieil homme à penser que Kécile allait attendre des circonstances plus favorables pour son expédition.
Depuis la mi-juillet, Kécile avait pris l'habitude de s'installer pour des après-midi entières dans la bibliothèque qui, en l'absence de Mme Pince, était un endroit accueillant. Elle passait des heures à circuler parmi les rayons, ses pas résonnants sur le sol dallé de la pièce vide, feuilletant un livre par-ci, un autre par là, s'attardant parfois sur un volume jusqu'à glisser sans vraiment en prendre conscience par terre. Elle en tournait alors les pages jusqu'à ce que le froid des dalles ne la rappelle à la réalité. Généralement, elle remontait alors avec son butin dans les appartements de Dumbledore ou allait s'installer dans le parc.
Mrs Pince aurait probablement hurlé en voyant partir ainsi ses livres en dehors de leur sanctuaire sans aucune garantie pour en assurer le retour et le soin. L'idée d'une élève lâchée ainsi en liberté dans son temple l'aurait sans doute horrifiée.
Kécile comprit cependant qu'elle n'était pas tant livrée à elle-même qu'elle pouvait le croire au premier abord...
Elle le découvrit lorsqu'elle voulut s'aventurer du côté de la réserve. A peine eut-elle effleurée le loquet du lieu interdit qu'elle se trouva violemment projetée en arrière. Elle hésita un moment avant d'insister en jetant plusieurs sorts sur la grille qui resta obstinément close.
Comprenant que Dumbledore, avant de lui autoriser l'accès à la bibliothèque, avait sans doute pris des précautions, elle retourna flâner dans les rayonnages autorisés.
Quelques étages plus haut, Dumbledore grimaçait en constatant que sa prévention n'avait pas été vaine. Mais il ne put guère s'attarder sur les raisons qui avaient poussé son élève effrontée à enfreindre les règles, car un hibou vint au même moment toquer à sa fenêtre.
On réclamait sa présence au ministère au sujet de l'affaire Sirius Black.
Se demandant ce qu'il pouvait bien avoir à faire dans l'histoire, il laissa un mot à l'attention de Kécile et prit la cheminette pour l'atrium du ministère.
Dumbledore traversa le gigantesque hall sans prêter attention aux murmures habituels qui naissaient sur son passage, et répondit rapidement aux saluts de quelques connaissances. Malgré tout, c'était toujours la même histoire, il lui fallut bien dix minutes pour atteindre les ascenseurs.
Au niveau un, il marcha jusqu'au fond du couloir moquetté devant le bureau du secrétaire qui gardait la porte de l'antre du ministre.
Le secrétaire du ministre était un homme affable, intelligent et discret avec qui Dumbledore avait eu de longues conversations. Partagé entre sa loyauté envers son dirigeant, sa volonté de satisfaire tout le monde et la conscience lucide que son patron n'avait pas la trempe nécessaire pour prendre certaines décisions, il était devenu un homme d'influence, centre de convergence de bien des intérêts. Bien des politiques le dénigraient, les journalistes l'ignoraient, mais ceux qui le négligeaient finissaient toujours pas s'en mordre les doigts un jour ou l'autre.
Lorsque Dumbledore frappa à la porte de son bureau, ce ne fut cependant pas la voix grave attendue qui lui répondit, mais une voix haut perchée un peu fluette.
Il entra et se trouva face à une femme petite et ronde assise dernière le bureau d'un air imposant qui était en totale contradiction avec le noeud papillon rose de ses cheveux.
Dumbledore la salua poliment.
- M. le ministre attend ma visite, expliqua-t-il.
- Vous êtes? demanda la femme d'un air supérieur.
- Le professeur Dumbledore.
L'attitude de son interlocutrice changea aussitôt. Elle se leva brusquement et s'avança vers lui la main tendue.
- Mais bien sûr, où avais-je la tête! Dolorès Ombrage, dit-elle avec un grand sourire.
- Arcadius n'est pas ici? interrogea Dumbledore en serrant poliment la main aux doigts boudinés qu'on lui tendait.
- Mr Whole a décidé de prendre un congés définitif, fit la femme avec une satisfaction évidente. Je le remplace maintenant auprès de Cornelius Fudge.
- Toutes mes félicitations. Je vous souhaite bon courage dans votre nouvelle fonction.
- Je vous remercie, professeur. Je vais vous introduire chez M. le Ministre.
Avec cette nouvelle secrétaire, le ton allait visiblement changé... Arcadius se serait contenté d'un simple: "Allez-y, Albus, Cornelius vous attend."
Cornelius Fudge accueillit Dumbledore avec un certain empressement. On voyait à sa mine que cette histoire d'évasion lui causait des nuits blanches. Il désigna au directeur de Poudlard Rufus Scrimgeour, chef du bureau des aurors, et Mr Sparkley, l'intermédiaire entre les détraqueurs d'Azkaban et le ministère, que Dumbledore ne connaissait pas encore.
Il fallait s'y attendre, à passer tant de temps entouré de ces créatures maléfiques dans une région désertique, l'homme avait une mine blafarde et sinistre. Ses yeux n'étaient pas morne, mais ils ne s'éclairaient probablement jamais de l'ombre d'un sourire.
Dumbledore le salua poliment.
- Vous faîtes là un difficile métier, monsieur, remarqua-t-il. Depuis combien de temps l'exercez-vous?
- Depuis cinq ans, répondit Sparkley.
- Cela ne vous pèse pas trop?
L'homme haussa les épaules.
- Il me reste encore deux ans. Ensuite, je pense mettre mon expérience à profit et postuler en Moldavie pour la chasse aux Harpies. Cela me changera agréablement.
Dumbledore considéra qu'il était heureux que les contrats de ces intermédiaires ne durent que sept ans si ce temps suffisait à leur faire considérer les harpies comme des créatures agréables.
Il se tourna ensuite vers Fudge.
- Vous ne m'avez pas exposé clairement l'objet de ma visite. Puis-je vous être d'une quelconque utilité quant à la capture de Black? Avez-vous de pistes?
- Pas la moindre! fulmina le ministre. Cet homme semble s'être volatilisé.
- Pas exactement, rectifia Scrimgeour d'un ton détaché. Il a été aperçu deux fois. Mais lorsque mes équipes sont arrivées sur les lieux, il n'y a pas eu moyen de déterminer où il avait pu disparaître, malgré l'absence de trace de transplannage.
- Ce qui revient exactement au même, commenta Fudge avec mauvaise humeur. La population s'inquiète, la justice s'impatience de ne pas trouver comment Black s'est échappé et plus le temps passe, plus nos chances d'attraper le fugitif s'amenuisent. Il me faut envisager la possibilité qu'à la rentrée scolaire, Black soit toujours en cavale.
Je dois alors prendre des mesures de protections pour les élèves de Poudlard et particulièrement pour Harry Potter.
- Laisseriez-vous entendre que mes élèves ne sont pas en sécurité dans les murs de mon école? demanda Dumbledore avec sévérité.
- Vous savez ce que je pense de certaines personnes qui habitent au château, répondit Fudge en fixant Dumbledore. Cependant là n'est pas la question. Je veux simplement dire que si Black est parvenu à s'échapper d'Azkaban, il peut aussi entrer clandestinement à Poudlard.
- C'est possible en effet, reconnut Dumbledore.
- Il faut donc que les entrées soient étroitement surveillées.
- Si vous allez dans ce sens, Cornelius, je me dois de vous souligner que Poudlard possède de nombreux passages secrets. Au vu de son passé dans l'école, il est fort possible que Black en connaisse un certain nombre.
- Mes aurors se chargeront de les surveiller, intervint Scrimgeour.
- Non, coupa Fudge, je veux confier ce travail aux détraqueurs.
- Les aurors ne font donc pas leur travail correctement? demanda Scrimgeour l'air pincé. Les détraqueurs ne semblent pourtant pas arrêter Black!
- Vos équipes ont pour mission de retrouver Black, et de l'empêcher d'atteindre Pouldard, intervint Sparkley. Chacun sont travail. Comptez sur les détraqueurs pour faire le leur correctement. Ils sont furieux qu'un prisonnier leur ait échappé et ne le laisseront pas passer entre les mails de leur filet une deuxième fois.
- Des paroles en l'air! répliqua Scrimgeour d'une voix sèche. Les détraqueurs ne semblent pas avoir beaucoup gêné Black à Azkaban, ce n'est pas maintenant qu'ils vont l'arrêter...
- La perspective du baiser du détraqueurs peut cependant être suffisamment dissuasive pour le tenir éloigné d'un lieu qu'ils surveillent étroitement, répondit Fudge.
Scrimgeour haussa les épaules, l'air dubitatif.
- Si réellement Potter est sa cible, j'en doute!
Dumbledore intervint enfin:
- Vous avez apparement réfléchi au sujet, Cornelius, mais malgré tout je vous fais part de mon avis. L'idée d'accueillir des détraqueurs dans mon école me déplait au possible. Je suis responsable de la sécurité physique et morale de mes élèves. Or, avec ces créatures, quelles garanties puis-je avoir qu'ils ne risqueront rien?
- Les détraqueurs sont sous le contrôle du ministère. Ils resteront à l'extérieur de l'école. Il n'y aura donc aucun risque d'accident.
- Avec ces créatures, le "aucun risque" n'existe pas, souligna Dumbledore.
- J'estime la probabilité qu'ils seront une sécurité plus haute que celle qu'ils soient une menace.
- Je vois que vous avez pris votre décision, Cornelius...
- En effet. Mais j'espère que vous en comprenez la nécessité, Albus.
- Nous allons dire que je comprends votre motivation à défaut de la partager.
- Dans ce cas, tout est réglé, trancha le ministre. Mr Sparkley vous enverra les détraqueurs le 31 août au matin. Vous les répartirez là où vous le jugerez nécessaire.
Les trois hommes allaient quitter le bureau ministériel quand Fudge interpella Dumbledore
- Ah, au fait, Albus, je voulais vous demander des nouvelles de votre protégée.
Le directeur se tourna vers le ministre, se demandant si celui-ci ne se moquait pas de lui. La question n'était certainement pas dénuée d'ironie, mais cependant Fudge avait un visage sérieux en le regardant.
- Beaucoup mieux depuis quelques semaines, je vous remercie.
- Oh! Ne me remerciez pas. Elle ne sera certainement pas heureuse en apprenant l'arrivée des détraqueurs...
Et Dumbledore détesta le sourire mesquin que le ministre cachait difficilement.
Le pire était que Fudge avait parfaitement raison, songea Dumbledore, une fois installé dans son fauteuil, une tasse de thé posée devant lui. Il regardait le soleil se coucher à travers la croisée et se demandait comment dédramatiser la situation aux yeux de la petite Gryffondor.
Il ne pensait pas en soit que les détraqueurs allaient réellement l'affecter, ils seraient bien trop éloignés, cela il y veillerait. Aucun élève ne serait à portée du pouvoir destructeur de ces monstres. Néanmoins, il craignait que Kécile n'ait l'impression de retomber dans le cauchemar des derniers mois. Il n'espérait pas un instant qu'elle aurait le recul suffisant pour prendre la nouvelle avec détachement.
Kécile leva le nez de Grandeur et Décadence de la Magie Noire à cause du manque de luminosité, et constata que le soleil se couchait derrière la forêt interdite.
Emportant son livre, elle remonta dans les appartements de Dumbledore. En arpentant les couloirs encore déserts, elle songea avec une certaine appréhension que d'ici quinze jours il lui faudrait regagner le dortoir de Gryffondor. Elle tenta de se convaincre que cette appréhension était complètement stupide, et se dit que retrouver la normalité d'une vie d'élève l'aiderait à définitivement tourner la page sur les 6 derniers mois.
Lorsqu'elle entra dans le bureau, elle salua Dumbledore, et allait passer directement dans le salon quand le directeur l'interpella.
- Dis-moi, Kécile, aurais-tu tenté de faire un tour à la réserve.
- Comment savez-vous ça? demanda Kécile en se retournant d'un geste brusque vers le vieil homme.
- Il se trouve que j'ai une fâcheuse tendance à savoir tout ce qui se passe à Poudlard.
- Oui, répondit Kécile en prenant un air exagérément dépité, on l'a déjà déploré avec Severus.
Dumbledore sourit mais précisa tout de même:
- Je te rappelle donc que la réserve t'est interdite comme à l'ensemble des élèves.
- Très bien, je tâcherai de m'en souvenir...
- Je voulais aussi te dire que je reviens du ministère et que Fudge a pris une nouvelle mesure de sécurité pour la rentrée en prévision que Black ne soit toujours pas attrapé.
- C'est vrai que vu qu'ils lui courent après depuis quinze jours, c'est prévoyant de sa part. Mais en quoi ça me concerne?
- Le 31 Août, des détraqueurs vont être postés aux alentours de Poudlard pour surveiller toutes les sorties plus ou moins connues du domaine.
-...
Kécile devint livide, l'impression qu'un gouffre venait de s'ouvrir sous ses pieds.
- C'est une plaisanterie, professeur? demanda-t-elle les yeux exorbités.
- Je ne plaisante pas avec un sujet pareil, Kécile.
- Vous n'allez pas laisser faire ça! s'exclama la petite fille, le volume de sa voix augmentant dangereusement.
- C'est une mesure nécessaire, répondit calmement Dumbledore, préférant passer sous silence toutes les objections qu'il y voyait.
- Non, non, et NON! hurla Kécile en balançant son livre sur un fauteuil. C'est hors de question! s'époumona-t-elle.
- La question ne se pose pas, Kécile, répondit Dumbledore avec fermeté, c'est comme ça.
Kécile serra les poings pour s'empêcher de frapper tout ce qui l'entourait dans sa rage. Elle se sentait trahie. Son père avait raison: donner sa confiance à quelqu'un, c'était lui laisser la possibilité de vous faire du mal. Elle ne pouvait accepter que le cauchemar allait recommencer. Si les détraqueurs venait à Poudlard, elle quittait l'école.
Aveuglée par la rage et le chagrin, elle s'avança vers la porte et tira la poignée avec violence. Mais la porte resta close.
- Laissez-moi partir! dit-elle d'une voix sourde.
- Pas temps que tu ne te seras pas calmée.
Kécile abattit son poing sur la porte avec un cri de rage, de frustration, et de souffrance mêlées, avant de glisser le long du battant en sanglotant. Elle n'eut pas conscience que la tasse de thé du directeur avait explosé ni que l'encrier tremblait dangereusement sur le bureau.
Dumbledore ne bougea pas. Il était conscient que dans l'état actuel des choses, elle était capable de l'envoyer contre le mur opposé s'il s'avisait de venir la réconforter.
Il resta un bon moment silencieux avant d'estimer que Kécile était en mesure de l'écouter (quand l'encrier cessa de trembler.).
- Est-ce que tu es consciente, Kécile, que tu ne les sentiras pas, que tu ne les verras même pas.
- Ça m'est égal!
- Voyons, Kécile! Je sais bien que cette perspective ne peut guère te réjouir, mais ne fais pas l'enfant capricieuse pour autant. Ces détraqueurs n'auront aucun pouvoir sur toi, je te promets qu'ils ne te remmèneront pas à Azkaban. Et ils partiront dès que Black aura été capturé. Ne peux-tu tout simplement pas les ignorer? Que crains-tu?
- Je ne sais pas, avoua Kécile en relevant la tête. Mes souvenirs j'imagine.
- On en a déjà longuement discuté à plusieurs reprises. Tu dois apprendre à vivre avec et surmonter tes craintes. La rentrée approche, la vie va reprendre son cours et le fait qu'il y aura des détraqueurs aux alentours de Poudlard ne doit rien changer à cela.
- C'est facile à dire! grommela Kécile en se relevant.
Elle vint s'affaler sur le fauteuil en face du bureau directorial et grimaça en sentant sous ses fesses le bouquin qu'elle avait jeté dans sa colère.
- Est-ce que tu me fais confiance quand je te dis qu'aucun détraqueur ne t'approchera?
- J'ai horreur que vous me posiez cette question, répliqua Kécile. Bien sûr que je vous fais confiance, je ne peux pas m'en empêcher!
- Et ça t'agace.
- Oui, ça m'agace! s'exclama Kécile en lui lançant un regard noir. Parce que vous avez toujours raison, et que je préférerais que vous me laissiez avoir peur des détraqueurs dans mon coin, ce serait plus facile!
- Mais cela te pousserait à t'apitoyer sur ton sort. Voilà qui ne te ressemblerait pas.
- Je vous préviens, ajouta Kécile en se levant, vous ne me ferez pas mettre un pied dehors tant que ces monstres seront là.
- On, mais je ne te demanderais rien, répondit Dumbledore avec un sourire en coin. C'est toi qui finiras par sortir de toi même.
Kécile haussa les épaules d'un air dédaigneux avant de refermer la porte du salon derrière elle.
Dumbledore sourit. La nouvelle l'avait ébranlée, en témoignait la pâleur de son visage une fois la crise passée. Mais si Kécile reprenait ses grands airs, c'est qu'elle ferait face.
J'ai pas mal hésité sur la réaction de Kécile. Qu'en pensez-vous?
Notez l'effort d'anticipation avec la introduction d'Ombrage deux and avant son grand show!lol!
