Chapitre XXXXII Loup-garou et détraqueurs
Novembre était arrivé, sans que le mystère Black soit résolu.
Fidèle à sa parole, Kécile surveillait presque constamment Harry au cas où Black s'infiltrerait une nouvelle fois dans le château. Jamais elle n'avait passé autant de temps avec le trio et si Granger et Potter lui étaient de plus en plus sympathiques, Weasley lui tapait parfois sérieusement sur les nerfs. Les repas dans la grande salle étaient l'occasion quotidienne de piques plus ou moins vicieuses et d'allusions à peine voilée de la part de Weasley à son état de "semi-mangemort" comme il l'appelait.
Ce matin-là, Kécile se réveilla, après une nuit agitée, persuadée que la journée serait comme toutes les autres, à la différence près d'une migraine qui lui martelait le crâne. Elle ignorait que la journée allait être riche en évènements.
Tout commença alors qu'une fois de plus, Kécile, Lavande et Parvati se trouvaient toutes les trois à vouloir passer en même temps dans la salle de bain. Les matins où elle s'était levée du pied gauche (autant dire, la plupart du temps), elle les expulsait d'un coup de baguette et leur fermait la porte au nez. Elle avait l'excuse d'être beaucoup plus rapide que ses deux camarades. Les matins où elle se levait du pied droit (et curieusement, cela arrivait de plus en plus souvent), elle laissait gracieusement les deux filles occuper les lieux avant elle.
Hermione finissait de se préparer comme tous les matins avec un air affairé, remplissant son sac avec bien plus de livre qu'il n'était capable d'en contenir, mais il sembla à Kécile que ce matin, elle était agacée et cherchait quelque chose. Elle lui posa la question, mais sa camarade lui répondit que non, tout en continuant à farfouiller. Kécile haussa les épaules et se coiffa dans le miroir. Le reflet lui montrait la tête de cheveux bruns ébouriffés qui se redressa soudain tenant quelque chose dans la main. Sans doute l'objet des fouilles.
- Qu'est- ce que c'est? demanda Kécile alors qu'elle passait une chaîne autour de son cou et la glissait dans son pull.
- Rien.
- C'est ça! s'exclama Kécile narquoise. Tout le monde met des colliers sous ses pulls! D'autant que c'est ton genre de porter des bijoux!
Hermione répondit vertement à Kécile, au moment où Lavande revenait dans la pièce:
- Est-ce que je te demande de me montrer la marque? Non. Alors tu te mêles de ce qui te regarde et tu oublies ça.
Kécile manqua s'étrangler en entendant mentionner son appartenance aux mangemorts devant témoin. Heureusement, Lavande semblait davantage préoccupée par son uniforme froissé que par leur conversation.
Lorsqu'elles quittèrent le dortoir, Kécile souffla en coin:
" Et je te signale au passage que je n'ai pas la marque."
Kécile se demandait ce qui pouvait bien avoir déclanché cette agressivité inhabituelle de la part d'Hermione. Le sujet était de toute évidence sensible. Aussitôt qu'elle se fit cette remarque, une possibilité lui sauta à l'esprit: son emploi du temps impossible. Ce qu'elle cachait autour de son cou avait certainement un rapport. Une déduction qui ne l'avançait pas beaucoup, malheureusement...
A la table des gryffondors, l'humeur était morose, en accord avec le temps lugubre: le vent sifflait et semblait s'acharner contre les vitres et un déluge noyait le parc derrière un rideau opaque. Mais cela n'expliquait pas le climat de tension sensible de la maison.
Harry fixait son bol de porridge d'un air désespéré.
- On n'y arrivera jamais, grommela-t-il. Si ce temps ne s'améliore pas , je n'ai aucune chance. On n'a aucune chance.
Kécile ne comprenait pas de quoi il parlait et haussa un sourcil. En quoi le temps l'empêchait de suivre ses cours?
- Dis-toi que Poufsouffle aura autant de mal que vous, répondit Weasley qui semblait aussi désolé que son ami mais qui enfournait malgré tout son cinquième toast.
- Diggory est plus lourd que moi. Sauf qu'avec ce temps, on n'a aucun chance d'apercevoir le vif. Je ne vois pas comment le match va se terminer, à moins qu'il ne vienne se prendre dans notre manche... gémit Harry.
- Arrête de déprimer, intervint Hermione avec énergie. Si ça se trouve, le temps se sera amélioré d'ici demain.
Kécile qui avait enfin compris de quoi il retournait ajouta machinalement en se beurrant une tartine:
- Au pire, le match sera reporté.
Harry la regarda d'un air blasé alors que Weasley interrompait son petit-déjeuner pour déclarer avec ahurissement:
- On n'annule pas un match simplement à cause du mauvais temps!
- Ah bon? demanda Kécile sincèrement surprise. Ne me dis pas que deux équipes peuvent s'affronter par un temps pareil au risque d'attraper une pneumonie pour une malheureuse balle! C'est ridicule.
- T'es vraiment indécrottable, Gaunt.
- Je ne vois pas ce que ça changerait de décaler le match d'une semaine.
- Tu comprends pas... Ça rajoute du challenge, expliqau Weasley.
- C'est vrai! s'exclama Kécile avec une moue moqueuse en désignant Harry. Rendre les joueurs malades d'anxiété et risquer de les faire tomber malade, ou tomber tout court, doit être très excitent pour le public. Et à ce que je vois pour le joueurs eux-mêmes encore davantage! Ça va être un match inoubliable... visibilité excellente et en prime vous allez vous faire saucer. Exaltant!
- Parce que bien sûr tu n'y assisteras pas...- Certainement pas! Cette tempête à elle toute seule m'en dissuaderait sans même avoir à ajouter les détraqueurs qui rôdent toujours dans le secteur.
- Dis-moi, Gaunt, qu'est-ce qui t'intéresse hormis les mauvais sorts et les mangemorts?
- Et toi, Weasley, qu'est-ce qui t'intéresse hormis le Quidditch et la bouffe?
- C'est toujours plus recommandable, répondit le rouquin en reniflant d'un air méprisant.
- Ça dépend du point de vue. Je ne suis pas sûre que tes passe-temps te soient très utiles face à Black!
- Mais c'est pas un de tes copains, Black?
- Crétin! grommela Kécile qui agacée décida de couper court à ce dialogue de sourd un peu trop dangereux pour elle devant témoin.
Le professeur Vector ne renonçait pas à l'union des maisons. C'était sans doute un optimiste de plus converti à la religion de Dumbledore... Après le mélange des élèves dans le plan de classe, arriva ce matin l'annonce d'un devoir en binôme. Hermione fronça les sourcils en apprenant la nouvelle, mais pas autant que Zabini quand il sut qu'il allait devoir travaillé avec une sang-de-bourbe... Kécile se trouva avec Drago et s'en réjouit intérieurement. Ce serait une occasion pour discuter et renforcer des liens amicaux qui faisaient quelques progrès au fils des mois, malgré leur différence de camp.
A la fin du cours, Kécile surveilla du coin de l'oeil Hermione qui rassemblait hâtivement ses affaires. Elle fourra les siennes en vrac dans son sac avec l'intention de la suivre, mais au moment où elle franchissait la porte à sa suite, Drago l'arrêta de son bras valide.
- On peut se retrouver lundi soir à la bibliothèque? demanda-t-il.
- Si tu veux. Ou demain comme tu préfères.
- Non, il y a le match. Je suppose qu tu ne vas pas y assister?
- Tu supposes bien, répondit Kécile qui se dégagea pour avancer dans le couloir.
Drago la suivit.
- C'est pour ne pas assister à la débâcle de Potter?
- Ne fais pas l'idiot, Drago, ça ne te va pas, dit-elle en cherchant par où Hermione était partie.
- Tu sais... on sera loin des détraqueurs. Il n'y a aucun risque pour que tu les sentes. Tu ne vas pas te cloîtrer toute l'année à l'intérieur, non?
- Dis donc, Drago, s'exclama Kécile en s'arrêtant enfin, qu'est-ce que ça peut te faire? Depuis quand te préoccupes-tu de mon bien-être? A moins que ton père ne t'ait chargé de m'attirer dehors pour que je tombe au piège de quelque mangemort?
Drago haussa les épaules.
- Je te fais simplement remarquer que Black n'est pas près d'être arrêté. Il doit avoir de l'aide d'autres mangemorts.
- Toi, tu sais quelque chose... fit Kécile d'un ton accusateur.
- Rien de plus que ce que tu sais déjà, répondit Drago en haussant les épaules.
- Ose me dire que tu n'as pas interrogé ton père!
- Ça n'a pas donné grand chose. Le sujet est sensible.
- Je suppose que c'est plus ou moins lié à ce qui s'est passé dans la maison des Potter, souleva Kécile. Père est tout à fait capable de tenir Black responsable de son fiasco chez les Potter ce soir d'Halloween. Lucius n'a pas une théorie expliquant comment Black échappe aux détraqueurs?
- Non, répondit Drago,et tu imagines bien que si c'était le cas que je ne t'en dirais rien! poursuivit-il avec un sourire goguenard. Alors autant te faire une raison. Ou tu affrontes ta peur irrationnelle des détraqueurs ou tu restes terrée ici, et tu ne verras même pas Potter se ridiculiser demain. Ce serait dommage. Franchement, tu as plus de chance de croiser Black qu'un détraqueur.
- Je te remercie de ta sollicitude, Drago et de te préoccuper à ce point de mon divertissement, mais je préfère cent fois me trouver devant Black que devant un détraqueur. Au moins, je saurais me défendre. A lundi!
En se rendant au cours de Défense Contre les Forces du Mal, Kécile songeait que ne pas savoir se défendre contre les détraqueurs était une lacune dans son apprentissage. Les détraqueurs étaient des créatures du mal. Il devait bien y avoir un moyen de s'en débarrasser... Sauf que pour cela, il fallait déjà être capable de sortir sa baguette à leur approche, songea-t-elle avec amertume.
Dans le couloir, devant la salle de Défense Contre les Forces du Mal, les élèves discutaient de leur cours de Soin aux Créatures Magiques où depuis quelques semaines déjà, ils passaient leur temps à nourrir des véracrasses. Kécile observait Hermione qui discutait avec Neville. Rien ne laissait paraître qu'elle sortait de cours d'Arithmancie.
La porte de la salle de classe s'ouvrit soudainement. Le silence se fit aussitôt dans le couloir. Severus Rogue se tenait dans l'encadrement.
- Entrez, fit-il d'un ton glacial.
Les élèves échangèrent des regards déconcertés, horrifiés, paniqué même pour Neville, mais obtempérèrent dans un silence religieux.
Alors qu'elle s'asseyait, Kécile entendit Hermione souffler à Weasley dans un murmure angoissé: Où est Harry?
Potter était en effet absent et il était préférable pour lui qu'il soit malade et à l'infirmerie plutôt qu'il n'arrive à ce cours en retard!
Severus fit l'appel puis posa un regard impénétrable sur la classe qui le fixait en attendant une explication.
- Le professeur Lupin est malade et le directeur m'a demandé de le remplacer. Il est inutile de vous rappeler que l'enseignement de cette classe a toujours été chaotique mais le professeur Lupin n'a cependant pas jugé nécessaire de laisser à l'attention d'un remplacent la moindre note concernant votre parcours et les sujets étudiés.
La porte s'ouvrit brutalement, interrompant le discours de Rogue.
C'était Harry qui se ruait à l'intérieur de la salle en s'excusant auprès du professeur Lupin avant de s'arrêter net en découvrant le nouveau professeur. La perte de quinze point fut nécessaire pour convaincre Harry de s'asseoir.
- Comme je vous le disais avant que Potter nous interrompe, le professeur Lupin n'a laissé aucune indication sur les sujets qu'il vous a fait étudier jusqu'à présent...
- Nous avons étudié les épouvantard, les strangulots, les... commença Hermione.
- Taisez-vous, coupa Severus. Je ne vous ai rien demandé. Je voulais simplement mettre en lumière le manque d'organisation du professeur Lupin.
" Pauvre professeur Lupin! songea Kécile néanmoins amusée. Il va en prendre pour ce grade aujourd'hui. Comme on dit, il doit avoir les oreilles qui sifflent!"
- C'est le meilleur professeur de Défense contre les forces du Mal que nous ayons eu, lança Dean Thomas.
- Vous vous contentez de peu., répondit sèchement Severus. Lupin ne vous surcharge pas de travail. Apprendre à se défendre contre des strangulots est du niveau d'un élève de première année.
- Oui, intervint Kécile. Mais comme aucun des précédents professeurs n'étaient en mesure de nous apprendre ne serait-ce que ça, il a bien fallu que quelqu'un s'y colle. Mieux vaut tard que jamais...
- Silence! coupa Severus, totalement indifférent à son argumentation. Aujourd'hui, nous allons étudier... les loups -garous.
- Mais monsieur, intervint Hermione, nous ne devions pas faire les loups-garous aussi vite, le prochain cours devait être consacré aux...
- Miss Granger, fit Rogue glacial, il me semble que c'est moi qui donne ce cours, pas vous. Et je vous demande d'ouvrir vos livres à la page 394.
La classe, abasourdie, ne réagit pas.
- Tout le monde! Et immédiatement!
Les élèves obtempérèrent à contre coeur. Kécile fixa le professeur, cherchant à comprendre le pourquoi de cette attitude vraiment étrange...
- Qui peut me dire ce qui distingue le loup-garou du vrai loup? demanda Rogue.
Seule Hermione leva la main, mais Rogue l'ignora royalement.
- Alors qui?
Kécile se retint de lui lancer un : "Ben Hermione!". Elle même n'en avait aucune idée. Elle n'avait jamais vu de loup hormis en photo et Greyback n'était pas admis au manoir en période de lunaison.
- Cela signifie-t-il que le professeur Lupin ne vous a même pas enseigné les différences élémentaires entre...
- On vous a dit que nous n'avions pas encore étudié les loups-garous, coupa courageusement Parvati, on en est encore aux...
- Silence! gronda Rogue qui détestait être interrompu. Eh bien, je n'aurais jamais pensé voir un jour une classe de troisième année incapable de reconnaître un loup-garou. Je ne manquerai pas d'informer le professeur Dumbledore du retard que vous avez pris...
- Inutile de vous donner cette peine, professeur, répondit Kécile d'un ton très calme. Il est déjà au courant et il sait que la faute n'en est pas au professeur Lupin, mais aux professeurs Quirell et Lockhart... Vous le savez aussi.
- Cinq points en moins pour Gryffondor, déclara Severus en la fixant avec sévérité.
- S'il vous plaît, monsieur, dit Hermione. Il existe de petites différences entre le loup-garou et le vrai loup. Le museau du loup-garou...
- C'est la deuxième fois que vous parlez sans y avoir été invitée, dit Rogue d'une voix glaciale. Votre attitude coûtera cinq points à Gryffondor, mademoiselle-je-sais-tout.
- Vous nous avez posé une question et elle connaît la réponse! Pourquoi nous demander quelque chose si vous ne voulez pas qu'on vous le dise? s'exclama Ron outré.
- Vous aurez une retenue, Weasley, dit Rogue d'une voix doucereuse. Et si jamais je vous entends encore une fois critiquer la façon dont je donne cours, vous le regretterez amèrement.
Cela acheva tout esprit de rébellion parmi les élèves. Après ce début houleux, le cours se poursuivit dans un silence total.
Comme le reste de la classe, Kécile piqua du nez sur son livre et ne pipa plus mot.
Ce soir-là, l'agitation qui régnait dans la salle commune n'était pas propice au travail, et la migraine de Kécile revenait en force. Elle s'était attaquée au devoir sur les loups-garous donné par Severus.
L'attitude de son cher professeur au cours de cette leçon la laissait perplexe. Qu'il vilipende le professeur Lupin ne la surprenait pas le moins du monde, qu'il cherche des noises aux Gryffondor n'était pas non plus une nouvelle. Mais quel était l'intérêt de leur faire étudier un sujet de fin de programme au mois de novembre?
Incapable de se concentrer sur son devoir à cause du bruit et de son mal de tête, Kécile décida d'aller voir Mme Pomfresh pour une potion quelconque.
" J'ai beau aimer Severus, je préfère Lupin en professeur de Défense Contre les forces du Mal. Le cours est moins rébarbatif avec lui. Severus a l'air de penser qu'il ne sera pas rétabli lundi. Je me demande ce qu'il a. Je le verrai peut-être à l'infirmerie."
Mme Pomfresh l'accueillit avec sa brusquerie habituelle.
- Miss Gaunt? Cela faisait longtemps! Qu'est-ce qui vous arrive cette fois-ci?
- Rien de grave, Madame. Une mauvaise nuit et une migraine qui ne me quitte pas depuis ce matin.
L'infirmière la regarda avec sévérité.
- Ne me dites pas que vous faites encore des cauchemars.
Kécile secoua la tête.
- Pas vraiment. Rien de bien méchant. Pas de cauchemars cette nuit. Juste du mal à dormir.
- Hum... Vous êtes peut-être sensible à la pleine lune, ça arrive. Bon prenez-moi ça pour votre migraine. Si jamais elle recommence ce week-end, vous venez me voir et vous n'attendez pas 12 h pour ça.
Kécile hocha la tête avec docilité. Mme Pomfresh s'en retournait vers son bureau quand Kécile demanda en constata que l'infirmerie était déserte:
- Le professeur Lupin n'est pas là?
L'infirmière se tourna vivement vers son élève.
- Pourquoi posez-vous cette question? interrogea-t-elle sèchement.
- Il n'a pas pu assurer ses cours aujourd'hui. Le professeur Rogue nous a dit qu'il était malade.
- Le professeur Lupin est parfaitement capable de se soigner lui-même, Miss Gaunt.
- Ah... Très bien., répondit Kécile sans insister. Merci pour la potion, Madame, et bonne nuit.
" C'est curieux tout de même... Si Lupin est en mesure de se soigner lui-même comme dit Pomfresh, il n'aurait pas déserté ses cours. Mal dormir à cause de la pleine lune ne l'aurait pas empêché d'assurer ses cours!"
La théorie de Pomfresh l'amusait. Elle avait déjà entendu dire que certaines personnes étaient sensibles au cycle lunaire mais avait toujours été dubitative... Hormis en ce qui concernait les loups-garous, bien sûr...
Kécile stoppa net dans le couloir désert. Une idée saugrenue lui venait de lui traverser l'esprit. Mais ce n'était pas possible! Probablement une simple coïncidence. Sauf que...
"Je peux peut-être espérer qu'avec votre perspicacité vous saurez voir ce qu'il est réellement" avait dit Severus. L'image d'une boule argentée flottant en l'air dans la classe de Défense contre les forces du Mal lui revint en mémoire.
Merlin...
Kécile fit aussitôt demi-tour et se précipita vers les cachots. Elle frappa aux appartements de Severus et entra sans même attendre qu'on l'y autorise.
- Ces entrées fracassantes sont-elles une spécialité des Gryffondors? gronda Severus en la voyant, le nez levé de copies qu'il devait être entrain de raturer à grand renfort de rouge. Il ne semblait pas le moins du monde inquiété par la mine bouleversée de Kécile.
- C'est ça que vous vouliez qu'on comprenne, n'est ce pas? demanda-t-elle en se plantant devant lui.
- Soyez plus claire si vous voulez que je vous comprenne, Miss Gaunt.
- Lupin. C'est un loup-garou.
Il y eut un moment de silence, puis Severus se leva de son bureau et fit signe à Kécile de s'asseoir sur le canapé tandis qu'il prenait un fauteuil.
- Je suis agréablement surpris, Kécile. Vous avez été rapide.
- Mais comment Dumbledore peut-il être assez fou pour l'avoir engagé? clama Kécile abasourdie.
- Vous n'êtes pas la première à vous poser la question.
Kécile aurait eu des scrupules à remettre en cause la confiance de Dumbledore en Lupin quant au fait qu'il soit mangemort ou non. D'autant que ce n'était là qu'un hypothèse. Qu'il soit un loup-garou était en revanche une certitude. Une certitude tout aussi incroyable. Kécile ne parvenait pas davantage à imaginer le professeur Lupin en ce monstre lunaire qu'en mangemort. La réalité était cependant que Dumbledore avait laissé entrer dans une école un professeur qui même avec la meilleure volonté du monde risquait tous les mois de commettre un acte regrettable et irréparable.
- Vous cesserez peut-être de prendre la défense de Lupin, maintenant, Kécile? s'enquit Severus d'un air narquois.
- Je ne sais pas... j'ai toujours imaginé les loups-garous à l'image de Greyback, répondit lélève. Pourtant, on ne peut pas trouver deux personnes plus différentes.
Severus leva les yeux au ciel.
- N'allez surtout pas vous imaginer Lupin en loup inoffensif, Kécile! Je parle d'expérience. Il est un loup-garou comme les autres, et de ce fait, aussi dangereux. Vous allez donc sagement rester éloignée. Le sujet est clos.
Kécile secoua la tête.
- Je vous promets de garder mes distances dans les périodes où il est transformé. Mais je me refuse à le mettre dans le même sac que Greyback et à l'éviter pour quelque chose qu'il ne contrôle sans doute pas. Je suis d'accord avec vous pour considérer que Dumbledore prend des risques. Mais ce ne sera pas la première fois! Je n'ai pas besoin d'aller chercher loin pour montrer que Dumbledore fait parfois confiance à des personnes qu'il devrait éviter. Et le pire, c'est qu'il a eu raison, soupira Kécile avec un geste fataliste. Alors je suppose que le professeur doit prendre des précautions. Et même si je suis d'accord avec que vous que c'est inconscient, que le risque est toujours là, qu'il peut se passer n'importe quoi... Je ne pense pas que Lupin est une mauvaise personne? Je sais bien que vous ne partagez pas mon avis, poursuivit Kécile en voyant la mine furieuse de Severus, mais permettez-moi de vous dire qu'au mien, votre jugement n'est pas très objectif. Comme je n'ai ni votre expérience en matière de loup-garou, ni votre inimité ancestrale avec Lupin, je ne vais pas le détester simplement parce qu'il est une créature dangereuse et incontrôlable trois jours par mois.
A la fin de son discours, Severus la fixait comme s'il avait devant lui un cas désespéré d'inconscience.
Le lendemain matin, Kécile se rendit à la bibliothèque dans une école absolument déserte. Il n'y avait plus au château que Mme Pomfresh, Rusard et Mme Pince qui la regarda d'un air mauvais, se demandant probablement ce que cette gamine venait faire parmi ses précieux livres plutôt que d'aller hurler sur le stade avec ses autres camarades.
" Les trois seules personnes sensées du château! songea avec amusement Kécile."
Même Severus et Dumbledore étaient allés assister au match sous des trombes d'eau. Désespérant!
Son devoir sur les loups-garous achevé, Kécile remonta vers sa salle commune. En passant devant une fenêtre, elle vit que les élèves commençaient à revenir vers le château.
Elle s'étonna que le match soit déjà terminé, et se demanda si on ne l'avait pas finalement annulé quand elle vit la silhouette de Dumbledore avancer d'un pas vif en brandissant une longue forme devant lui. Elle comprit qu'il s'était passé quelque chose. Elle dévala les étages et arriva en haut des escaliers au moment où les portes s'ouvraient avec fracas pour livrer passage à Dumbledore. Un Dumbledore fou de rage qui l'effraya. Mais sa frayeur redoubla lorsqu'elle vit Harry allongé sur un brancard, pâle comme la mort.
Ce match se passait dans des conditions vraiment épouvantables. Albus était tendu et scrutait obstinément le stade. Un accident était à redouter avec cette pluie torrentielle et ce vent à décorner un dragon. Il jeta un coup d'oeil à Minerva et Pomona assises à ses côtés et ne put retenir un sourire amusé. Toute deux marquaient à leur manière leur anxiété et surtout leur volonté de voir leur propre équipe gagner: Minerva se tenait roide, lèvres pincées, mains serrées étroitement, tandis que Pomona se tortillait sur son siège et se rongeait inconsciemment les ongles.
Dumbeldore reporta son attention sur le match. Un poursuiveur de Poufsouffle avait évité de peu un cognard en basculant sur le côté alors qu'une forte rafale faisait dévier son balai. Il s'accrocha in extremis au manche glissant, perdant le souaffle que le vent mena en pleine figure d'un poursuiveur de Gryffondor. Le reste se perdit derrière un rideau de pluie et on entendit quelques minutes plus tard la sonnerie annoncer un but de Gryffondor.
Le froid s'intensifiait de manière anormale alors qu'il semblait, à voir la réaction des spectateurs que le vif d'or avait fait son apparition. Au moment même où le duel des deux attrapeurs commençait, Dumbledore comprit le danger qui arrivait. Le silence surnaturel qui s'abattit sur le stade confirma ses craintes. La colère s'empara de lui et il descendit immédiatement vers le terrain afin de demander à Mme Bibine d'interrompre le match le temps qu'il renvoie ses maudites créatures à leurs postes. Comment avaient-elles pu oser! Il n'eut cependant pas le temps d'éviter l'accident à redouter: son sang se glaça alors que la foule se convulsait dans un hurlement muet.
Harry s'était évanoui et basculait dans le vide tandis qu'il volait à vingt mètres du sol. La chute lui serait fatale. Dumbledore dévala les dernières marches et brandit sa baguette en direction du corps inanimé. Il n'eut pas besoin de réfléchir pour savoir qu'à la vitesse où il chutait, il n'avait quasiment aucune chance de l'atteindre. Aussi lança-t-il un sort qui à un mètre du sol ralentit le corps avant qu'il ne s'écrase au sol.
Le visage de Harry était livide et il ne reprendrait pas connaissance tant que ces maudites créatures roderaient dans les parages, en espérant qu'elles ne l'aient pas touché... Malgré la frayeur qu'il avait eu et la colère qui bouillait en lui, menaçant d'exploser à tout moment, Dumbledore s'obligea à se remémorer le jour fabuleux où Fumseck l'avait choisi pour maître et ami et la joie presque étouffante qui l'avait envahi face à cette confiance et cette affection pure. Un immense phénix argenté jaillit de sa baguette et s'envola vers les détraqueurs.
Il chargea avec élégance les créatures qui tentèrent vainement de résister au spectre de bonheur avant de s'enfuir.
Minerva arriva aux côtés d'Albus, le teint livide et bredouilla:
- Mon dieu, Albus, est-ce qu'il est?...
- Non, répondit d'un ton brusque le directeur. Minerva, vous allez appeler immédiatement M. Sparkley. Je veux qu'il soit dans mon bureau dans moins de dix minutes.
Dumbledore fit apparaître un brancard et y déposa le corps de Harry alors que les autres professeurs s'approchaient à leur tour. Minerva dut éloigner les joueurs de l'équipe de Gryffondors qui voulaient accourir auprès de leur coéquipier. L'équipe de Poufsouflle s'était regroupée un peu plus loin autour de Mme Bibine l'air penaud. L'attrapeur discutait d'un ton véhément avec l'arbitre.
- Ça n'est pas viable, madame Bibine! entendit-il. Il faut rejouer le match.
- Aussi regrettables soient les conditions de cette victoire, votre équipe a gagné, M. Diggory. C'est très fair-play de votre part, mais M. Potter ne serait pas tomber de son balai que le résultat aurait été le même.
- Il a été perturbé, et...
Albus ignora ce problème totalement secondaire. Dans l'immédiat, il fallait assurer la sécurité des élèves.
- Severus, Pomona, Charity, Aloys*, vous raccompagnez les élèves au château et vous assurez que plus personne ne sorte jusqu'à nouvel avis, dit-il d'un ton coupant. Remus, Filius, Sinistra, vous vérifiez que les détraqueurs aient bien quitté le parc, et vous exécutez des rondes pour surveiller qu'ils ne reviennent pas jusqu'à ce que j'ai eu une sérieuse explication avec M. Sparkley.
Aucun professeur ne pipa mot, impressionnés par l'aura palpable de Dumbledore et le masque de colère qu'il arborait et fila à son poste tandis que le directeur lévitait le brancard vers le château.
Lorsque Dumbledore monta dans son bureau, Harry n'avait pas encore repris conscience. Mais Mme Pomfresh avait assuré que sa vie n'était pas en danger. Il ne souffrait d'aucune commotion sérieuse. Il fallait simplement laisser son esprit se remettre: il pouvait se réveiller dans l'heure qui suivait comme dans vingt quatre heures.
Minerva l'attendait dans son bureau et lui annonça que M. Sparkley arrivait. Elle était toujours ébranlée par ce qui venait de se passer, mais furieuse aussi du danger qu'avaient couru ses élèves et attendait visiblement de son directeur qu'il passe un savon au responsable de cet état de fait.
L'intermédiaire d'Azkaban surgit du foyer de la cheminée avec une mine circonspecte. Il salua les deux occupants, mais fut sans doute douché par l'accueil glacial qu'il reçut.
- Les détraqueurs auraient-ils repéré Black, monsieur le directeur? demanda-t-il prudemment
- Non, monsieur Sparkley, et je doute de plus en plus qu'ils soient en mesure de le faire. Mais qu'à défaut de servir à quelque chose, ils se tiennent au moins tranquilles! gronda le directeur.
Devant son incompréhension, Dumbledore daigna éclairer son interlocuteur.
- Les détraqueurs, monsieur Sparkley, expliqua-t-il d'un ton à couper au couteau, se sont introduits dans le parc de l'école sans autorisation, en plein match de quidditch et ont mis en danger la vie de dizaines d'élèves. L'un d'eux à manquer se tuer en chutant de son balai! Vous rendez-vous compte de la gravité de cela? acheva-t-il en élevant la se serait-il passé, s'il n'y avait eu aucun professeur en mesure de les faire fuir?
- Je ne comprends pas, professeur... bafouilla l'intermédiare très mal à l'aise. Mais il fut aussitôt coupé.
- Vos détraqueurs, monsieur Sparkley sont censés obéir à vos directives et à celles du ministère., poursuivit Dumbledore d'un ton accusateur. Si ces créatures contreviennent aux ordres, rien n'assure plus la sécurité de mes élèves. Le ministère s'y était pourtant engagé.
- Monsieur, je...
- Les habitants de ce château sont déjà sous la menace de Black. Je refuse que ce qui devrait être une sécurité s'avère plus dangereux que la menace elle-même!
- Oui, bien sûr, je...
- La question est simple, monsieur. Etes-vous en mesure, oui ou non de vous faire obéir des détraqueurs?
- Je... Je suppose que ce qui les a attirés ici était la joie... expliqua Sparkley qui cherchait un trou de souris pour se cacher face à la colère impressionnante du sorcier. Un match de quidditch, toute cette excitation... Ils n'ont pas dû pouvoir résister... Ils ont peut-être faim...
- Faim! s'exclama Dumbledore, faisant sursauter son interlocuteur. Il est hors de question que mes élèves servent de festin à ses créatures, Sparkley! Nous sommes dans une école, et il n'est pas inpensable qu'à la moindre manifestation de joie, nous devions nous inquiéter de savoir si les détraqueurs vont débarquer pour profiter des festivités! Cette excuse est inacceptable!
- Bien sûr, ce n'est pas une excu...
- Vous avez deux heures pour me trouver une solution qui garantisse la sécurité des élèves. Si dans deux heures j'estime que les mesures prises ne sont pas suffisantes, que Fudge soit d'accord ou non, je renvoie tous ces détraqueurs d'où ils viennent, et vous aurez à rendre compte de ma décision devant le ministre. Et que ce soit clair. S'il arrive la moindre chose à un élève à l'avenir à cause de ces créatures, vous en serez responsable.
- Je vais faire ce qu'il faut...
- Vous allez faire ce qu'il faut! s'exclama Dumbledore outré. Monsieur Sparkley, vous auriez dû faire ce qu'il faut depuis trois mois! Vous êtes un irresponsable! Il s'agit d'une école, monsieur, d'enfants incapables de se défendre! Vous n'auriez jamais dû attendre un évènements pour "faire ce qu'il faut". Vous auriez dû prendre toutes les mesures nécessaires dès le départ. Votre inconscience dépasse l'entendement.
- Je suis désolé, professeur Dumbledore.
- Et bien allez vous désoler ailleurs! Deux heures, monsieur Sparkley. Vous avez deux heures.
Et l'intermédiaire d'Azkaban fila sans demander son reste.
* Aloys: nom que j'ai donné au professeur Vector. il n'y a apparemment pas trace du prénom donné par JK Rowling. Si quelqu'un a une information, merci de me la transmettre!
Je me suis bien amusée à écrire la colère de Dumbledore. J'espère qu'elle vous a plus aussi!
Laissez des commentaires, s'il vous plaît! Je remercie tout ceux qui le font et qui m'aident ainsi à recentrer l'histoire ou mettent en avant des lacunes que je peux corriger!
A la semaine prochaine!
