Chapitre XXXXIV: L'antre de Salazar

Le lendemain matin, Kécile fut convoquée par le directeur.

Elle se demanda avec une certaine inquiétude s'il n'avait pas eu vent de leur petite escapade à Pré-au-Lard.

Mais elle fut vite rassurée. Dumbledore la fit passer dans son salon et avait ce sourire qui la réconfortait toujours. Ils parlèrent de choses et d'autres concernant la vie de Poudlard, Severus et même les détraqueurs. Kécile apprit notamment que l'une des mesures prises par l'intermédiaire d'Azkaban étaient que les créatures se relaient toutes les semaines, afin qu'elles ne deviennent pas affamées et soient moins tentées de désobéir.

- Harry m'a dit que le professeur Lupin va lui apprendre à se défendre des détraqueurs. Il m'a proposé de venir avec lui. Qu'en pensez-vous?

Dumbledore la regarda d'un air prudent.

Il ne la sentait pas vraiment prête... L'idée de se trouver devant ces créatures déclanchaient chez elle une peur panique. Mais il se garda bien de lui dire qu'il pensait que c'était trop tôt. Ces cours pouvaient l'emmener à faire quelques progrès. Qu'elle connaisse la théorie n'était peut-être pas une mauvaise chose, songea le vieil homme. Il serait toujours temps de la mettre en pratique quand elle aurait travaillé sur cette peur incontrôlable. En attendant, il allait devoir avoir une conversation avec Remus.

- Tu peux toujours essayer. Tu ne risques rien.

Kécile hocha la tête.

- C'est ce que je me suis dis. Mais je ne sais pas si j'en serai capable.

- Y aller sera déjà un travail sur toi-même. Tu seras en sécurité mais cela t'obligeras à affronter ta peur. Si c'est trop dur, tu arrêteras et il n'y aura pas de conséquence. C'est une occasion idéal, dit Dumbledore avec plus d'assurance qu'il n'en éprouvait lui-même.

Kécile acquiesça, mais elle ne sentait pas très sure d'elle.

Elle aurait eu envie de parler avec le vieil homme du loup-garou qui résidait dans les murs de l'école, ou bien de la raison que faisait que Sirius Black restait indifférent à 12 ans en présence de détraqueurs, ou encore pourquoi il avait dîné avec le Ministre et de quoi ils avaient pu parler. Mais comment elle n'était censée rien savoir de tout cela, elle dut garder sa langue dans sa poche.

- Noël approche, finit par dire Dumbledore. Est-ce que tu as un souhait particulier?

Kécile le regarda sans comprendre.

- Que voulez-vous dire? demanda-t-elle, confuse.

- Est-ce que quelque chose te ferait plaisir?

Kécile le fixa avec de grands yeux, mais réfléchit. Une sortie sur le chemin de Traverse, mais ils avaient déjà discuté de ce sujet, et la réponse serait négative. C'était bien la première fois qu'on lui demandait si elle souhaitait quelque chose, et la question la déroutait. Non, décidément, elle ne voyait rien de particulier. De quoi se plaignait-elle alors? Elle était une enfant comblée!

- Tes amis seront là durant les vacances?

- Oui, je crois. Pourquoi?

- Je n'aurais pas voulu que tu passes Noël toute seule.

Kécile haussa les épaules avec indifférence. Elle avait toujours passé Noël toute seule, et s'en portait très bien. En réalité, Noël était un jour comme les autres en ce qui la concernait. Elle sourit malgré tout à l'idée de passer cette fête avec Dumbledore. Cette idée était un peu bizarre, mais pas désagréable... Hum, décidément elle pourrait s'habituer à devenir une petite fille normale. Enfin, aussi normale qu'elle pouvait l'être.

En retournant vers la tour Gryffondor, elle songea à nouveau à un projet qui avait germé dans son esprit depuis quelques temps, mais qu'elle hésitait à mettre en pratique... Que dirait Harry? Mais elle ne pouvait faire taire sa curiosité légitime d'héritière de Serpentard...

XXX

Pour quelqu'un qui se demandait si souvent ces derniers temps si elle se sentait ou non l'héritière de Salazar, elle se trouvait décidément dans une drôle de situation! Qu'aurait dit son illustre ancêtre en la voyant cette après-midi-là attablée à la bibliothèque devant un devoir d'étude des moldus: "Déterminez les différents usages de l'électricité chez les moldus, et comparez leur emploi avec les substituts magiques." qu'elle tentait péniblement de faire avec une Poufsouffle.

C'était encore une idée saugrenue pour l'échange des maisons, associée à la lubie des devoirs en commun qui gagnait les professeurs ces temps-ci. Le professeur Burbage leur avait assigné ce sujet et un binôme. Elle devait travailler avec Susan Bones. Kécile n'avait rien contre elle, mais elles avaient beau être souvent côte à côte pour la botanique et le cours d'étude des moldus, elles ne se connaissaient absolument pas. Tout ce que Kécile savait de sa camarade, c'était que sa tante était chef du département de la justice. Quant à Susan, elle ne savait absolument rien de sa partenaire. Si ce n'est qu'elle n'était pas très appréciée dans sa propre maison et qu'elle avait une certaine manie de prendre les gens de haut.

C'était donc avec prudence qu'elle l'avait abordée pour lui proposer un rendez-vous dans la bibliothèque la veille du départ pour les vacances, afin de se débarrasser du devoir avant les fêtes. Kécile Gaunt ne lui avait alors pas spécialement paru agressive, juste résignée à faire un devoir qui la barbait royalement.

C'était ainsi que Kécile se retrouvait avec la jeune rousse, grattant avec force soupirs son parchemin.

Bones finit par lui demander d'un ton concerné:

- Pourquoi as-tu pris cette matière si elle t'ennuie autant.

- Je l'ai déjà dit à la rentrée, je n'ai pas choisi, on m'y a obligé.

- C'est qui, "on"?

- Mon responsable légal, éluda Kécile tout en se demandant, qui d'ailleurs était son responsable légal au final vis-à-vis du ministère.

- Pourquoi n'aimes-tu pas cette discipline? Je trouve ça intéressant...

Kécile eut une moue ennuyée.

- On va dire que la façon dont vivent les moldus ne m'intéresse absolument pas.

- C'est fascinant de voir comment ils pallient de manière ingénieuse l'absence de magie!

Kécile cacha une grimace, mais ne répondit rien.

- Tu ne les aimes pas, n'est ce pas? finit par constater Bones.

Kécile pinça les lèvres de contrariété.

- Pas vraiment... finit-elle par répondre à contre-coeur.

- Ils t'ont fait quelque choses? interrogea la Poufsouffle beaucoup trop curieuse au goût de Kécile.

- Pas personnellement, répondit-elle évasive.

Sa camarade la fixait et semblait réfléchir.

- Quoi, qu'est-ce qui a? finit par s'exclamer Kécile qui n'aimait pas qu'on la regarde de cette manière.

- Je ne voudrais pas que tu te vexes, Kécile, mais j'ai du mal à te cerner.

Kécile eut une moue sarcastique.

- Le contraire m'aurait étonné.

- Il y a beaucoup de bruits qui courent à ton sujet.

- Ah bon? s'étonna Kécile.

Il ne lui semblait pas qu'on parle tant que cela dans son dos, pourtant. En tout cas chez les Gryffondors.

- Excuses-moi de te dire ça, mais tu n'es pas très aimée..

- Ça, ce n'est pas une nouveauté... Qu'est-ce qu'on dit à mon sujet?

- Tu tiens vraiment à le savoir?

- Oui. Je suis très curieuse. Je n'avais pas l'impression qu'on parlait dans mon dos dans ma classe...

- Oh! Ce ne sont pas les Gryffondors!Eux, apparemment ils se tiennent à carreau... Ernie et Justin voulaient leur faire part de leurs hypothèses, et tu sais ce que Dean et Seamus ont répondu?

Kécile secoua la tête.

- Qu'il valait mieux t'ignorer. Que tu caches quelque chose, mais que tu deviens carrément dangereuse quand on t'embête un peu trop...

Kécile haussa les sourcils, mais ne put retenir un petit rire.

- C'est à ce point?

Susan haussa les épaules en signe d'ignorance.

- C'est ce qu'ils ont dit.

- Et dis-moi, c'est quoi ces hypothèses qui fleurissent chez les Poufsouffles?

- Il y en a qui disent que tu es la fille de mangemorts encore en cavale. D'autres disent que tu t'entraînent dans une salle spéciale. Il y en a même qui vont jusqu'à dire que tu as pris une potion de rajeunissement ou quelque chose dans le genre, mais que tu n'es pas ce que tu nous montre.

Kécile éclata d'un rire qui résonna dans la bibliothèque.

- Vous avez vraiment de l'imagination. C'est tout?

- Ça ne te suffit pas? Si tu veux, je peux aussi rajouter qu'on se demande pas mal pourquoi Harry te fréquente.

- On a beaucoup de choses en commun, répondit Kécile sans entrer dans le détail. Ce n'est pas si terrible que ça, conclut-elle. On ne me considère pas comme une garce de première catégorie? Non? Bon, alors comme une prétentieuse imbue d'elle-même...

Susan eut l'air embarrassée.

- Ah! J'ai touché juste, cette fois-ci.

Susan secoua la tête et fit mine de se remettre au travail.

- Je me demande bien pourquoi tu veux savoir tout ça.

- Il est toujours intéressant de savoir ce que pense l'ennemi.

- Parce que tu nous considères comme tes ennemis?

- Vous ne m'aimez pas. Si ça trouve, tu me déteste, mais tu as peut-être trop peur avec tout ces bruits qui courent pour me le montrer.

- Je ne te déteste pas! s'indigna Susan avec une apparente sincérité. Je n'ai rien contre toi. Je ne demanderais pas mieux que d'être amie avec toi.

- Vraiment? s'exclama Kécile avec stupeur. Quelle idée! Pourtant, tu ne me connais pas. Tu es vraiment étrange...

- J'en ai autant à ton service, Kécile! pouffa Susan.

Et les deux filles échangèrent un regard de connivence.

Les vacances de Noël étaient enfin arrivées. Le château était quasi désert. Depuis quelques jours, Harry et ses amis passaient leurs temps dans d'énormes bouquins à la recherche de renseignements sur les hippogriffes. Kécile s'était enquit de ce soudain intérêt pour cette créature. Hermione lui avait expliqué qu'ils cherchaient des renseignements susceptibles d'aider Hagrid face au tribunal qui devait juger l'hippogriffe incriminé dans l'accident de Malfoy. Kécile se moqua qu'on puisse faire un procès à une créature pareille.

- Ce sera qui son avocat? Un centaure? demanda-t-elle en riant.

- Ce n'est pas drôle du tout, Kécile! s'offusqua Hermione. Hagrid est bouleversé à l'idée qu'ils puissent le condamner à mort.

- Franchement, il n'y a pas mort d'hommes. Vous ne croyez pas que vous vous faîtes beaucoup de mauvais sang pour rien?

- Le père de Malfoy a beaucoup de poids au ministère.

- Plus tant que ça.

- Suffisamment pour faire pression auprès de la Commission d'Examen des Créatures dangereuses.

" Drago n'aura pas réussi à faire expulser Hagrid, mais il doit se réjouir de lui avoir attiré des ennuis... Quel idiot, vraiment! Tout ce cinéma pour obtenir au bout du compte l'exécution d'un hippogriffe!"

Le matin de Noël, Kécile se réveilla en sursaut après un drôle de rêve où elle s'était retrouvé face à Salazar Serpentard qui lui reprochait de s'amollir et de s'enfoncer dans la trahison de son héritage. Le sorcier était effrayant, car son rêve l'avait crée en faisait un joyeux mélange du Seigneur des Ténèbres et de Dumbledore qu'elle avait vu quelques temps auparavant dans une fureur noire.

Il ne devait pas être plus de 6 heures du matin, et Hermione dormait encore profondément.

Kécile se leva et s'habilla sans faire de bruit et décida d'aller faire un tour dans le château. C'était une promenade d'autant plus agréable ces temps-ci qu'il était décoré de guirlande de gui, de petites fées de glace et de divers sortilèges destinés à faire scintiller les rambardes ou les plafonds. Elle jeta néanmoins un regard envieux vers le parc enneigé encore plongé dans le noir, mais qui laissait voir un épais tapis blanc immaculé.

Lorsque Kécile remonta dans la salle commune des Gryffondors, le trio, uniques occupants avec elle de la tour durant les vacances, était levé et avaient ouverts les cadeaux. Seulement, Granger et Weasley s'étaient encore disputés au sujet de Pattenrond et se faisaient la tête. Il fallait reconnaître que le chat d'Hermione avait la fâcheuse manie de tourner autour de Croutard (qui soit dit en passant, était une horreur), ce que Weasley n'appréciait pas du tout.

Kécile s'installa devant le feu qui ronflait dans la cheminée pour se réchauffer après sa marche dans les couloirs passablement glaciaux de Poudlard. Hermione et Harry s'assirent à côté d'elle. Ils tenaient chacun un paquet enrubanné dans les mains.

- Kécile, l'interpella Harry en lui tendant le sien, c'est pour toi. Joyeux Noël!

Elle le fixa avec ébahissement avant de porter un regard précautionneux sur le paquet. On ne lui avait jamais, au grand jamais offert quelque chose.

- C'est pour moi? finit-elle par demander.

Harry sourit et lui fourra le paquet dans les mains.

- Ça n'est vraiment pas grand chose...

Kécile déballa avec hésitation son cadeau et découvrit un assortiment varié des friandises de chez Honeyduckes.

- Tu n'as rien acheté lorsqu'on est allé à Pré-au-lard. J'espère que ce n'est pas parce que tu n'aimes pas...

- Merci, Harry, dit Kécile d'une voix qu'elle espérait assurée. En fait, c'est surtout que je ne connais pas vraiment.

Harry avait l'air content que son cadeau ait plu. Pour sa part, Kécile était complètement déroutée et la gorge lui serrait dangereusement. Harry Potter, l'ennemi de son père, celui qu'on lui désignait comme victime finale était la première personne à lui faire un cadeau.

Elle se souvint de leur première rencontre dans le Poudlard Express quand il lui avait offert un bonbon. Elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur le fait que Harry était bien plus gentil avec elle qu'elle ne le méritait, que Hermione lui tendit à son tour un paquet.

- Ça c'est de ma part. J'ai eu du mal à trouver un sujet qui te plaise ou que tu ne connaisses pas, alors j'espère que je ne me suis pas trompée. Sinon, tu pourras toujours l'échanger la prochaine fois qu'on va sur le Chemin de Traverse.

Pour le coup, Kécile ne savait plus où se mettre. Hermione Granger, celle qu'elle surnommait encore il y a peu la Sang-de-Bourbe lui offrait quelque chose. C'était démentiel! Elle jeta un coup d'oeil prudent à Weasley et soupira intérieurement de soulagement. Plongé dans un livre à l'autre bout de la salle commune, il ne semblait pas avoir l'intention de lui offrir quoi que ce soit. C'était encore heureux, car dans le cas contraire, Kécile aurait eu un arrêt cardiaque. Potter et Granger, voilà qui suffisait amplement!

Elle ouvrit le cadeau d'Hermione. C'était un livre intitulé: Les grandes résolutions de l'Arithmancie.

- Merci Hermione, dit-elle avec sincérité. Voilà qui va peut-être m'aider à comprendre un peu mieux cette matière. Je me fais battre par Drago Malfoy dans ce domaine. C'est une honte! fit-elle en plaisantant.

- Je suis contente qu'il puisse t'être utile.

- Je suis vraiment désolée, réalisa Kécile en regardant ses deux camarades un peu embarrassée. Je n'ai rien à vous offrir.

- Ça n'a aucune importance, dit aussitôt Harry.

- On se doute bien que ce n'est pas avec Tu-Sais-Qui que tu a appris à recevoir des cadeaux et à en donner, commenta Hermione.

- Tu te rattraperas l'année prochaine! ajouta Harry avec un sourire.

Albus avait pris la décision de réunir tout le monde autour d'une même tablée ce Noël-ci. Il savait que cela n'allait pas faire que des heureux, mais il trouvait personnellement l'idée assez plaisante. Ce n'était pas tous les jours que des élèves pouvaient manger à la même table que leurs professeurs. Il n'y avait que les fameux quatre gryffondors de troisième année, un premier année de Poufsouffle et un cinquième année de Serpentard.

Il avait volontairement délaissé le bout de table. Minerva l'encadrait à sa droite et était elle-même assise à côté d'Argus. Tous deux discutaient chat depuis un moment. En face, Filius s'amusait à ensorceler de faux flocons de neige qui se regroupaient dans un véritable ballet autour de la table. A côté de lui, Pomona avait déjà pris sous son aile, le petit Derek de Poufsouffle qui semblait un peu perdu et surtout très impressionné de s'asseoir avec ses professeurs. L'aimable directrice tentait de le mettre à l'aise en conversant avec lui de ces parents partis à l'autre bout du monde pour leur travail. L'élève de Serpentard avait pris place à côté du premier année, n'osant pas s'asseoir à côté de son directeur de maison qui occupait le siège de l'autre côté de la table à la gauche du directeur.

Lorsque les quatre gryffondors arrivèrent, tout le monde était déjà attablé. Ils regardèrent avec surprise l'unique table qui occupait le centre de la grande salle.

- Joyeux Noël! leur dit le directeur avec un sourire chaleureux. Puisque nous sommes si peu nombreux à rester au château, il serait stupide d'utiliser plusieurs tables... Asseyez-vous, asseyez-vous!

Il fut amusé en constatant que Kécile prit d'autorité la place à côté de Severus, sous le regard soulagé des trois autres gryffondors. Hermione Granger, la plus diplomate des trois prit place auprès de l'élève de Serpentard tandis que Ronald Weasley s'asseyait à côté d'elle en bout de table, et Harry en face de lui près de Kécile. Les inimités de chacun se trouvaient ainsi ménagées.

- Bonjour, professeur, disait Kécile à l'adresse de Severus. Joyeux Noël.

- Pétards surprises! lança Dumbledore à la canonnade en tendant un des sachets à l'austère professeur. Il échangea un regard de connivence avec Kécile qui se mordait les lèvres pour ne pas rire devant la mine écoeurée du professeur. Severus envisagea clairement de l'envoyer promener, mais la présence des élèves l'incita à se montrer respectueux envers le directeur, aussi tira -t-il l'extrémité du pétard à contre-coeur.

Il ne sembla pas du tout aimé l'original chapeau orné d'un vautour empaillé qui en sortit. La coiffe rappelait cette chère Mme Londubat à Dumbledore qui s'en coiffa aussitôt sous l'hilarité difficilement contenue des gryffondors.

Le repas venait tout juste de commencer lorsque la porte de la grande salle s'ouvrit à l'étonnement général sur...

- Sibylle! Quelle bonne surprise!

C'était véritablement un évènement, apparemment peu goûté par les gryffondors qui grimacèrent sans aucune discrétion. Qu'est-ce qui avait donc pu inciter Sibylle à quitter son perchoir?

- J'ai regardé ma boule de cristal, Monsieur le Directeur, expliqua -t-elle de son habituelle voix voilée. Et à mon grand étonnement, je me suis vue abandonner mon repas solitaire pour me joindre à vous. Qui serais-je pour m'opposer aux décisions du destin? Je me suis donc dépêchée de descendre de ma tour et je vous demande de pardonner mon retard.

- Mais je vous en prie, répondit Dumbledore plus qu'amusé par l'excuse farfelue du professeur. Je vais faire venir une chaise.

Mais Sibylle parut soudain effrayée.

- Je ne pourrai jamais, Monsieur le Directeur! Si je m'assieds parmi vous, nous serons treize à table! Ce serait le signe d'un grand malheur.

Kécile recracha fort peu gracieusement le marron qu'elle venait de mettre dans sa bouche. Elle se cacha dans sa serviette pour dissimuler son sourire narquois.

- N'oublions jamais, poursuivait le professeur de divination, que lorsqu'il y a treize convives autour d'une table, le premier qui se lève sera le premier à mourir.

- Voilà qui explique sans doute pourquoi le destin vous a commandé de venir vous asseoir à cette table, professeur, intervint Kécile d'un ton très sérieux. Vous êtes désignée pour amener le chiffre fatal et précipiter l'un d'entre nous vers une mort prématurée.

Seule Sibylle ne comprit pas l'ironie du propos et hésitait toujours à s'asseoir alors que les professeurs lançaient des regards amusés à l'audacieuse élève.

- Eh bien, prenons le risque, Sibylle, finit par dire Minerva, agacé de voir sa collègue restée plantée devant la table. La dinde est en train de refroidir.

- Et puissiez-vous être la première à vous lever... murmura Severus.

Mais deux heures plus tard, à la fin du repas, Harry et Kécile furent les premiers à se lever, aussitôt imités par Ron et Hermione.

- Mes enfants! s'exclama le professeur Trelawney. Lequel d'entre vous s'est levé le premier? fit-elle en désignant Kécile et Harry. Lequel?

- Aucune idée, répondit Kécile en haussant les épaules d'un air dédaigneux.

- Je crois que cela n'a aucune importance, déclara Minerva d'un ton glacial. A moins qu'un tueur fou attende de découper à coups de hache le premier qui sortira de cette salle.

Tout le monde partit d'un éclat de rire.

- Remarquez, professeur, ajouta Kécile avec un grand sourire narquois, c'est encore une possibilité. Si ça se trouve, Sirius Black nous attend peut-être de l'autre côté de cette porte!

xxx

Kécile poussa un profond soupir. Une fois de plus, une dispute éclatait dans la tour deèrequi était en cause, mais le balai haut de gamme que Harry avait reçu d'un inconnu.

Refusant d'entendre plus longtemps les récriminations de Weasley à propos du sacrilège que représentait de démonter un balai, elle se décida à aller voir Dumbledore. Après avoir récupéré le balai incriminé, le professeur MacGonagall lui avait signifié que le directeur voulait la voir. Kécile ne savait pas ce qu'il pouvait lui vouloir. Probablement simplement discuter et Kécile devait s'avouer qu'elle appréciait ces conversations avec le vieil homme.

Lorsqu'elle entra dans le bureau, Fumsec l'accueillit avec un trille mélodieux. Elle salua l'oiseau et vint caresser le pelage magnifique. La créature la fascinait toujours autant, et elle sentie une bouffée de joie la traverser lorsque les paupières moirées de l'oiseau se fermèrent sous la caresse.

- Joyeux Noël, Kécile!

Dumbledore était sur le pas de la porte menant à ses appartements.

- Joyeux Noël à vous aussi, professeur.

- Entre donc, Kécile, j'ai quelque chose pour toi, fit-il en désignant le salon.

Elle fronça les sourcils et obtempéra en se demandant ce que cela pouvait être. Lorsqu'elle vit le paquet enrubanné posé sur la table basse elle sentit son ventre se tordre.

- Je... Vous n'auriez pas dû, professeur, murmura-t-elle.

- Ouvre le, avant de dire cela, dit le vieil homme en souriant.

Kécile obéit. Elle trouva à l'intérieur du paquet une magnifique pierre en cristaux violets de la grosseur d'un petit livre. L'objet était très beau, mais elle se demandait à quoi il pouvait bien servir, hormis décorer.

- C'est un morceau d'améthyste brute, expliqua Dumbledore. Je ne suis pas spécialiste, mais il paraît que c'est excellent pour aider à dormir et éloigner les cauchemars. J'ai cru comprendre d'après Madame Pomfresh que tu ne dormais pas très bien ces derniers temps.

- Madame Pomfresh fait tout un drame de rien du tout, marmonna Kécile.

Elle prit la pierre dans ses mains.

- Elle est magnifique! Où est-ce que vous l'avez trouvée?

- En l'occurrence, je dois te dire que je n'ai pas beaucoup eu à chercher. Elle appartenait à l'impressionnante collection de pierres de ma fille.

Kécile releva la tête et fixa Dumbledore un instant avant de dire avec prudence:

- Elle appartenait... Votre fille, elle... elle est...

- Elle est morte. Il y a longtemps. Sa collection végète depuis des années dans une armoire. Je suis certain qu'elle serait contente de savoir qu'elle peut encore servir à quelqu'un.

Kécile sentit les larmes lui monter aux yeux. Troublée, elle reposa la pierre et l'emballa soigneusement. Lorsqu'elle eut repris contenance, elle se tourna à nouveau vers le professeur et lui dit avec sincérité:

- Merci, professeur. Beaucoup. C'est un cadeau magnifique.

Noël était passé, Kécile avait déposée sa précieuse améthyste sur sa table de nuit et dormait effectivement d'un sommeil assez calme depuis quelques nuits, mais cela n'empêchait pas qu'elle n'avait pas le moins du monde oublié le projet qui avait germé dans son esprit quelques temps auparavant. Elle savait qu'il fallait qu'elle le mette à exécution avant le retour des autres élèves à Poudlard.

Aussi, prit-elle un jour Harry à part, pour lui demander ce qu'elle attendait de lui.

- Harry, j'ai besoin de ton aide.

- Qui a-t-il? demanda celui-ci avec curiosité. Ce n'était pas tous les jours que Kécile Gaunt admettait avoir besoin de l'aide de queslqu'un.

- Ça fait un moment que j'y songe... Je sais que ça va te paraître bizarre comme requête, mais j'aimerais que tu me montres l'entrée de la chambre des Secrets.

Harry la regarda avec des yeux ronds.

- Pourquoi ? demanda-t-il prudemment.

- Pour aller voir cette fameuse chambre.

- Mais qu'est-ce que tu veux y faire? s'exclama-t-il visiblement peu enthousiasmé par l'idée.

- Je suis curieuse de voir à quoi elle ressemble. C'est toute une page de l'histoire de Salazar Serpentard. Et je suis quand même sa descendante.

Harry plissa les yeux d'un air soupçonneux.

- C'est bon Harry! s'exclama Kécile en levant les yeux au ciel. Je n'ai pas l'intention de ramener le basilic à la vie ou d'y loger un autre monstre pour finir la noble tâche de Serpentard!

Harry finit par se laisser convaincre et la mena jusqu'aux toilettes de Mimi Geignarde. Là, il lui désigna un lavabo.

- Il faut dire "Ouvre-toi" en fourchelangue devant le robinet.

- C'est plutôt insolite, comme entrée! Je m'attendais à quelque chose de plus majestueux! En plus, ces lavabos ne datent pas de l'époque de Salazar...

- C'est vrai, reconnut Harry. Je n'y avais pas pensé.

- C'est bizarre. Comment a-t-on fait pour ne jamais la trouver, dans ce cas?

- Seule explication possible, dit Harry en plaisantant, le plombier était un adepte de Serpentard! Tu sais parler fourchelangue?

- Quelle question! Tous les héritiers savent parler fourchelangue. C'est dans leurs gènes.

Kécile prononça les mots sifflants et vit avec satisfaction le lavabo basculer pour libérer un trou sombre qui s'enfonçait dans les profondeurs de Poudlard.

- Je t'accompagne, décida Harry.

- Tu n'es pas obligé.

- Ça sera une expérience intéressante de revoir cet endroit sans stress et sans risque de se faire tuer au moindre pas.

- D'une certaine manière, je trouve ça dommage que la fameuse Chambre de Secrets n'ait plus rien de dangereux.

- Pas moi! s'exclama Harry en grimaçant. Allez, vas-y, je te suis.

Kécile se laissa glisser dans le trou, et se sentit dévaler des mètres et des mètres sur un toboggan noir.

Elle s'écrasa au sol de manière peu gracieuse, et Harry atterrit bientôt à ses côtés.

- Pas très distingué cette arrivée! fit-elle remarquer.

- Tu crois franchement que c'est import...

Harry s'interrompit brusquement.

- Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-elle.

Elle alluma sa baguette et la dirigea vers son camarade qui fixait le tunnel par lequel ils venaient de débouler. Il lui sembla qu'il était un peu plus pâle que quelques minutes auparavant, mais c'était peut-être dû à la faible lumière verdâtre.

- J'aurais dû y penser avant, mais... on va faire comment pour remonter? La dernière fois, il y avait Fumsec.

Kécile regarda à son tour. C'était en effet un problème, mais elle était en revanche certaine qu'il y avait une solution.

- Tu vois, Harry, je ne sais pas si ce tunnel date de l'époque de Salazar, mais en admettant que oui, je n'imagine pas un seul instant le vénérable sorcier se laisser glisser dans un toboggan comme les deux gamins que nous sommes. Ça devait être pour le Basilic.

- Tu crois qu'il y a une autre entrée?

Kécile secoua la tête.

- Deux entrées, ça signifie deux fois plus de risques que quelqu'un la trouve par hasard. Les serpentards sont avant tout prudents, efficaces et rusé. Donc...

Elle s'approcha du mur de pierre glacée.

- Cherche avec moi. il doit y avoir un mécanisme quelque part par ici.

Ce fut Harry qui remarqua le minuscule serpent gravé sur la roche du mur à la base du conduit de pierre. Après plusieurs essais infructueux, ils finirent par découvrir qu'en disant " escalier" le conduit lisse de pierre se transformait en une succession de marches raides.

- Et voilà! Inutile de faire appel à Fumsec, cette fois-ci, on sait comment revenir.

Harry poussa un soupir de soulagement.

- Je préfère ça! J'aurais moyennement apprécié qu'on doive attendre que quelqu'un vienne nous chercher.

- D'autant qu'il aurait déjà fallu qu'on pense à venir nous chercher ici, ricana Kécile. Ce n'est pas vraiment le lieu idéal pour une promenade, dit-elle en levant sa baguette pour éclairer les alentours. Elle grimaça devant les ossements en décomposition qui craquaient et s'effritaient sous ses pieds.

- Bon, on y va?

Harry hocha la tête et lui emboîta le pas. Ils effectuèrent une bonne partie du trajet en silence, mais Kécile voyait son camarade qui jetait des coups d'oeils inquiets à droite et à gauche .

- Harry, déstresse! finit-elle par s'exclamer.

- C'est facile à dire! rouspéta-t-il. Cet endroit ne me rappelle pas des bons souvenirs, vois-tu!

- Je reconnais que ce n'est pas très accueillant, répondit Kécile, mais il n'y a rien à craindre, maintenant.

- Je sais, marmonna Harry. Mais c'est plus fort que moi. J'espère que le tunnel ne s'est pas complètement éboulé, depuis le mois de juin, ajouta-t-il un moment après.

Mais le passage creusé par Weasley était toujours là. Ils durent néanmoins l'agrandir un peu pour pouvoir passer: apparemment, ils avaient grossi depuis six mois.

Ils atteignirent peu de temps après le pan de mur sur lequel étaient gravés les deux serpents qui gardaient l'entrée de la salle.

- C'est curieux, remarqua Harry, le trajet m'avait semblé beaucoup plus long...

- Je suppose que c'est à cause du stress. Si tu craignais de croiser le regard d'un basilic à chaque pas, tu ne devais pas marcher aussi vite! Qu'est-ce qu'il faut dire cette fois?

- Ouvrez.

- Ouvrez, répéta Kécile en fourchelangue.

Les deux serpents s'écartèrent, emportant avec eux les pans de murs. L'effet était assez imposant.

- Ça, c'est une entrée digne de Serpentard.

Harry leva les yeux au ciel.

- C'est grandiose! souffla Kécile lorsqu'elle ils eurent pénétré dans la fameuse Chambre des Secrets.

- En même temps, tu ne t'attendais quand même pas à un placard à balai, non?

Kécile secoua la tête, mais ne répondit pas. Elle suivait des yeux les hauts piliers autours desquels s'enroulaient les serpents de pierre qui disparaissaient dans les hauteurs. Elle avança lentement, la tête levée, l'air ébahie et enthousiasmée par ce qu'elle découvrait.

L'extrémité de la salle se perdait dans une demi-obscurité, mais on pouvait distinguer une étrange masse sombre. Kécile s'approcha et comme à l'aide d'un sortilège, la lumière surgit de nulle part, une lumière verdâtre un peu angoissante qui fit paraître le monstre effondré devant elle encore plus impressionnant. Quelques rats s'enfuirent et une eau trouble clapotait autour du corps reptilien.

- C'est incroyable! murmura Kécile.

Elle s'approcha jusqu'à toucher le corps froid. Les orbites vides semblaient la suivre tandis qu'elle tournait autour de la tête morte.

- Quand même curieux comme animal de compagnie! plaisanta-t-elle.

Mais Harry ne lui répondit pas. Il se tenait un peu plus loin près de l'eau. Du sang probablement, avait séché sur le sol, ainsi que quelque chose qui avait laissé une tâche noire qui s'écaillait.

- Qu'est-ce que c'est? fit Kécile en désignant la marque noire.

- De l'encre. L'encre du journal de Jedusor qui s'est échappé quand j'y ai planté ça...

Il lui montra le crochet du basilic qu'il tenait à la main.

Kécile retourna auprès de la bête et entreprit d'examiner sa gueule entrouverte.

- Ça empeste! s'exclama-t-elle.

Elle lança un sort pour atténuer l'odeur et retourna à son examen.

- Kécile, finit par dire Harry, qui tenait son regard fixé sur la gigantesque tête de pierre de Salazar Serpentard. Je peux te poser une question?

- Pose toujours...

- Tu considères Serpentard comme quoi?

- Comme un grand sorcier.

- Et ça, fit-il en désignant la salle et le basilic mort.

- C'est impressionnant. Il avait le sens du grandiose!

- Cet homme devait avoir un orgueil démesuré...

- Je ne crois pas davantage que les autres. Serdaigle et Gryffondor n'étaient pas connus pour leur modestie... Je trouve cet endroit extraordinaire!

Harry la regarda, l'air contrarié.

- Ecoute, Harry, dit Kécile en cessant son inspection de la gueule du reptile. Je sais à quoi tu penses. Mets-toi trente secondes à ma place! Je découvre ce lieu qui d'une certaine manière m'appartient... C'est grisant!

- Tu en es fière?

- Assez... Je trouve ça génial d'être la seule, mis à part toi, à pouvoir venir ici.

- Et qu'est-ce que tu fais de l'utilité de cette salle, demanda Harry d'une voix qui augmentait dangereusement.

Kécile haussa les épaules.

- Dans la mesure où le camp dans lequel je suis maintenant défend les nés-moldus, on va dire que l'emploi originel de cette salle n'est pas à son honneur. Mais c'est fini, maintenant. Les enfants de moldus n'ont plus rien à craindre.

- Alors, c'est juste pour ne pas qu'on te renvoie chez les mangemorts que tu dis ça? Mais ton principe, hein?En fait, tu serais bien contente de pouvoir commander ce basilic pour qu'il s'attaque aux nés-moldus!

- Harry! soupira Kécile, je te l'ai déjà dit, je n'ai plus de principes. Et oui, ça m'aurait amusé de pouvoir diriger ce bestiau, mais pas pour tuer, contrairement à ce que tu sembles penser. J'ai dépassé ce stade... grâce à Hermione entre autres.

- S'amuser à contrôler une bête pareille! Je me demande pourquoi tu ne t'entends pas davantage avec Hagrid... Je suppose que je dois me contenter de cette réponse?

- Tu ne peux pas me demander de changer du tout au tout, Harry.

Elle se tourna à nouveau vers le cadavre du basilic et dit:

- Je crois que je vais ramener quelques crochets de basilic à Severus.

- Hein?

- Le venin de basilic est un ingrédient puissant dans plusieurs potions, mais rarissime, comme tu peux l'imaginer. Encore plus que la coquille ou les larmes de phénix... Autant que cette carcasse serve à quelque chose... C'est vraiment dommage que tu l'ais tué. C'était une belle bête.

Harry secoua la tête en levant les yeux au plafond.

- Gryffondor, venez à mon secours!