Bonjour à tous!

Diverses précision s'imposent pour ce chapitre.

Vous savez que je ne respecte pas les dates de Rowling. Dans mon histoire, Dumbledore n'est pas si vieux que cela, sinon d'autres éléments ne seraient pas crédibles, de la même manière que Voldemort n'est pas né dans les années 20 mais en 1946. J'espère que ces changements ne vous pertubent pas trop.

Vous savez aussi que dans cette histoire je créée une famille à Dumbledore qui est mon personnage préféré. Vous avez déjà entendu parlé de sa femme Camille, de sa fille Ludivine, de sa belle soeur Valérie, (je ne crois pas que vous ayez encore entendu parler du beau frère, mais il est là...)de ses beauc parents Madeleine et Robert et de la fameuse grand-mère de Camille, Erlésie.

Malgré tout, je garde le fait que Dumbledore a été amoureux de Grindelwald et homosexuel. Vous aurez ici les premières explications de la relation un peu particulière qui le lit à sa futur femme.

Deux liens à écouter quand indiqué durant ce chapitre. Le deuxième est indispensable.

Toujours sur youtube

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Bonne lecture!


Chapitre XXXXIX : Paris

Quelques jours plus tard, alors que Kécile était roulée en boule dans un fauteuil du bureau de Dumbledore ( et Dumbledore ne pouvait s'empêcher d'éprouver un certain plaisir à la voir si familière, comme si toutes les choses horribles qu'elle avait vécues étaient vraiment derrière elle.), le directeur l'avertit qu'ils allaient partir le lendemain pour la France.

- Comment ? Par cheminette ?

- Par divers moyens répondit-il en s'asseyant face à elle. Suffisamment nombreux et indirects pour que d'éventuels mangemorts poursuivant ta trace ne puissent nous suivre.

- Vous croyez qu'ils le feront ?Demanda-t-elle subitement inquiète.

- J'en doute, mais je préfère être prudent. Maintenant que Severus a trahi de manière évidente Voldemort, nous ne prendrons pas de risques, car il se peut que sa vindicte soit ravivée. Nous commencerons par nous rendre aux trois balais pour prendre une cheminée sur le chemin de traverse. Nous passerons par Gringotts, puis par la hall aux poudres pour un petit village sur la côte est. De là, nous pourrons transplaner tranquillement pour Douvres sur la rive nord de la France. Nous pourrons alors prendre la poudre de cheminette pour Paris.

- Il y a un quartier sorcier à Paris ?

- Bien sûr. Nous y ferons un tour. Je vais passer au moins trois jours en congrès, tu seras donc livrée à toi-même. Cependant dans ces moments là, je préférerais que tu n'ailles pas trop dans ce quartier. On ne sait jamais si quelque mangemort n'y sera pas en vacances... te reconnaîtrait et voudrait faire du zèle.

- Mais dans ce cas, que voulez-vous que je fasse ? S'exclama Kécile.

- Oh, je ne pense pas que tu t'ennuieras pour autant : Tu pourras visiter la ville.

- Vous voulez dire... la ville moldue ?

Dumbledore acquiesça.

- Il y a beaucoup de choses à voir. Suffisamment pour t'occuper durant trois jours.

- Mais je n'ai rien à faire de la ville moldue ! S'indigna Kécile

- Et bien dans ce cas tu peux rester ici avec Rusard... répondit Dumbledore en la fixant intensément.

Kécile soutint son regard un moment avant de baisser les yeux sur ses genoux.

- Si tu souhaites toujours venir avec moi, ta valise doit être prête ce soir, car nous partirons tôt. Dans le cas contraire, n'hésite pas à prendre les livres que tu souhaites ici pour t'occuper durant mon absence. Mes appartements seront fermés.

Que faisait-elle ? Devait-elle accepter de côtoyer les moldues pour pouvoir s'amuser un peu hors de l'école et passer du temps avec le directeur, ou devait-elle camper sur ses positions au risque de s'ennuyer ? Dumbledore lui laissait le choix. Kécile savait pertinemment ce qu'il préférait qu'elle décide. Mais pour elle était-ce plus important de rester fidèle à son mépris des moldus ou d'être avec Dumbledore quitte à supporter certaines de ces lubies ?

« Il ne m'en voudra pas si je ne viens pas, songea-t-elle » Non, il ne lui en voudrait pas mais elle ne serait pas avec lui...

Le lendemain, Kécile partit donc avec Dumbledore pour Paris et ses moldus.

Après bien des détours, qui commençaient à donner le tourni, ils finirent par débarquer sur la place escamotable à Paris, dans une foule aussi dense que celle du chemin de traverse. Ils commencèrent par s'arrêter prendre un petit déjeuner à la Brioche Beurrée * avec des viennoiseries tout juste sorties du four. Puis Dumbledore voulut passer à la banque pour changer quelques gallions en euros.

- En quoi ? Dit Kécile

- Euos, la monnaie utilisée par les moldus en France et dans bon nombre de pays d'Europe.

- Mais... pour quoi faire, des euros ?

- Pour que tu puisses agir comme librement dans le Paris moldu sans avoir à utiliser la magie. Tu ne dois surtout pas te faire remarquer.

Ils prirent ensuite une petite rue sans issue. Dumbledore ouvrit la porte cochère qui se trouvait tout au fond. Son bois semblait vermoulu par endroit et les gonds grincèrent avec protestation.

- Où allons nous ? Demanda Kécile

- Bienvenu dans le Paris Moldu !

En effet, Kécile put découvrir que la porte ne donnait pas sur une cour ou sur l'intérieur d'un immeuble comme elle l'avait pensé, mais sur une étroite ruelle, une église d'un côté, un mur de brique décrépi de l'autre. Quelques pas plus loin, la ruelle débouchait sur l'animation d'un quartier où s'étalaient petits magasins à l'allure parfois miteuse, mais toujours bigarrés, une foule de passants en shorts, jupes et parfois tenues plus osées allant et venant avec force bruits et conversations au milieu des odeurs de hots dogs et de crêpes, une glace ou un sandwich à la main.

- Nous sommes ici dans le quartier des Halles, l'un de plus grands regroupements de magasins de Paris. Ce que tu vois n'en ai qu'un infime partie. La moitié se trouve sous terre.

- Sous terre ? Interrogea Kécile. Ils se cachent ?

- Non ! S'exclama Dumbledore en riant. Pas du tout. Les grandes enseignes se trouvent aux portes du métro. C'est ce qu'on appelle un centre commercial.

- Vous voulez que je fasse les magasins pendant votre absence ? Demanda Kécile avec une mine légèrement dégoûtée.

- Si tu le souhaites ! Cependant ce n'est pas pour cela que je t'ai emmené ici. Il existe plusieurs portes pour quitter la place escamotable. Celle-ci est la plus proche de ce qui sera notre point de rendez-vous ce soir. Le châtelet, que tu aperçois là-bas, est aussi une grande plate forme de changement pour le métro. Tu auras certainement à passer par là. Suis moi, maintenant.

Ils déambulèrent quelques minutes dans les rues pavées du quartier des halles, avant que Kécile ne demande en désignant un bâtiment devant elle.

- Qu'est-ce que c'est que cette horreur ?

- C'est le musée Beaubourg. Un des plus grands centres d'art moderne de Paris. C'est très intéressant, je t'assure.

- Je vous crois sur parole...

- Dans tous les cas, cela pourra t'être un excellent point de repère si tu es perdue.

- Ça c'est certain, on ne peut pas le manquer. Mais je connais des moyens plus efficaces si je suis perdue... fit-elle remarquer avec un petit air supérieur.

- Non, Kécile ! Pas de magie ici, à moins d'un réel et grave danger.

Kécile prit une moue boudeuse mais acquiesça.

- Nous voici arrivés à notre point de rendez-vous, dit quelques minutes plus tard Dumbledore alors qu'ils débouchaient sur une grande avenue. Voici l'hôtel de ville, fit-il en désignant un grand bâtiment blanc qui trônait au milieu d'une grande place. Nous nous retrouverons ici ce soir à 19 h. Je ne suis pas loin, poursuivit-il en désignant une tour qui se dressait un peu plus loin. La tour Saint-Jacques. L'entrée du Congrès est là-bas. Nous avons d'ailleurs quelques problèmes avec les moldus qui s'obstinent à y faire des travaux.

- Et les sortilèges repousse-moldus ?

- Le ministre français de la magie s'y est opposé. Nous sommes en plein cœur de la ville sur un monument qui leur appartient. Le métro est tout proche, finit-il en désignant un panneau. Tu peux y prendre la ligne 1, qui est une bonne ligne touristique.

Il lui donna quelques conseils sur les meilleurs endroits où s'arrêter. Puis l'abandonna à son sort.

Kécile descendit les marches menant au métro avec appréhension. Elle commença par acheter non sans mal son billet, se trompant dans l'argent qui n'avait décidément rien à voir avec des gallions ou de mornilles. Elle suivit ensuite le mouvement général qui se dirigeait vers un abominable engin en fer. Observant avec perplexité ce que les moldus faisaient, elle tenta de les imiter en faisant avaler à la machine de fer son ticket. Mais elle dut essayer de l'introduire dans tous les sens avant de trouver le bon. La machine avala son ticket et le ressortit. Mais rien ne se passa. Les barres de fer ne tournèrent pas sur elles même comme elles avaient fait pour les autres usagers. Lorsqu'elle comprit qu'elle devait les pousser, c'était trop tard, elles s'étaient bloquées. Pestant et râlant, elle dut retourner au guichet pour demander au bonhomme qui se trouvait derrière, et qui parlait aussi bien anglais qu'elle français, de lui ouvrir.

Finalement, après s'être bien débattue, décidée à haïr pour le reste de ses jours les moldus et toutes leurs stupides inventions, elle atterrit sur le quai du métro, priant Merlin pour ne pas se tromper de direction, se faisant l'impression d'un botruc qu'on enfermait dans une boîte.

Coup de chance ou de génie, elle prit bien la direction de « La défense, Grande Arche » et put descendre comme il fallait à la station Charles de Gaulle- Etoile , les oreilles bourdonnantes du raffut que faisait ce train des enfers.

Lien 1

Elle ne put pas manquer l'arc de triomphe dont lui avait parlé Dumbledore et n'eut aucun mal à trouver la bonne direction pour descendre la fameuse avenue de Champs-Elysées. Elle apprécia quelque peu la largeur de l'avenue et sa vue dégagée au loin, puis se sentit brusquement désemparée devant ce monde qui s'ouvrait à elle et qu'elle ne connaissait pas. Elle aurait décidément préféré que Dumbledore soit avec elle. Cela aurait été plus drôle.

Le bruit des klaxons et des moteurs rugissants lui donnait mal à la tête et elle se sentit vite étouffée par les odeurs de gazole. Elle tenta d'y échapper en se rapprochant des devantures des magasins qui semblaient attirer la foule. Finalement, elle trouva bien plus intéressant d'observer la population et leurs activités que les magasins de luxe dont les enseignes ne lui parlaient absolument pas. La plupart des moldus étaient armés d'appareils photos et s'immortalisaient devant certains magasins ou pire, au beau milieu de l'avenue avec pour arrière-plan le flot incessant des voitures. Les trottoirs immenses de l'avenue étaient presque aussi bondés que l'étroit chemin de traverse. Un bon nombre de gens avançaient à une vitesse d'escargot, d'autres bousculaient allègrement ce qui se trouvait sur leur passage...

Kécile percevait dans le flot de conversations une variété incroyable de langages. Les Champs-Elysées semblaient être un lieu très prisé des touristes étrangers... « OK, Kécile... songea-t-elle avec ironie. Et qu'es-tu exactement entrain de faire ? »

Elle observa avec perplexité des moldus faire la queue devant une immense enseigne dorée « Louis Vuiton » pour entrer dans ce magasin où il n'y avait … rien. Ou du moins pas grand chose. Dans la vitrine de ce magasin, les grandes roues de plastiques sur lesquelles étaient perchées de mannequins squelettiques ne lui représentaient définitivement rien.

Elle s'arrêta choquée sur le trottoir d'en face en voyant une image agrandie d'une femme quasi nue vêtue de plumes roses immenses (et immondes). Elle finit par détourner le regard en secouant la tête. La pudeur n'était décidément pas la préoccupation première des moldus. Elle l'avait déjà remarqué, c'est vrai, auprès de certains, ou plus particulièrement de certaines d'entre elles, croisées dans le métro. C'était d'ailleurs surprenant la variété de mode d'habillement de ces moldus. Apparemment, ils n'avaient pas de l'imagination que pour les machines infernales...

Elle jeta un coup d'œil dédaigneux à la quincaillerie vendue par bon nombre de petits magasins, mais fut en revanche amusée par les vendeurs à la sauvette qui avaient étalés leurs draps au sol et qui, comme à un signal, replièrent toute leur quincaillerie aussi vite qu'avec un coup de baguette magique, la jetèrent sur l'épaule et s'enfuirent en courant dans les rues transversales. Tout comme elle, les passants les regardèrent détaler à toutes jambes en riant.

Quelques instants plus tard, un homme en short et casquette blancs l'interpella et lui demanda dans un anglais approximatif si elle pouvait les prendre en photos lui et sa femme. Décontenancée, Kécile se laissa fourrer un appareil argenté entre les mains, tandis que le bonhomme lui disait : « Le zoom est ici, le flash est désactivé, vous appuyez là pour faire la mise au point. Si vous pouvez en faire plusieurs, ce serait sympa. C'est l'avantage du numérique. »

Kécile n'avait aucun idée de pourquoi les chiffres étaient un avantage, ni de quelle mise au point, il voulait faire ou qu'elle fasse, et ignorait totalement ce qu'était un flash et un zoom. Elle rendit l'outil infernal au touriste en s'excusant et s'enfuit, profitant du passage d'un feu au vert pour passer sur l'autre trottoir...

Suivant les conseils de Dumbledore, elle s'arrêta acheter des macarons chez un certain Ladurée. Puis elle poursuivit sa descente des Champs-Elysées jusqu'à une immense place pour y reprendre le métro.

Toujours sur les conseils de Dumbledore, elle s'arrêta à la station Saint-Paul. Elle connaissait vaguement, du moins de l'extérieur, la cathédrale Saint-Paul de Londres. Elle chercha un moment du regard celle de Paris, avant de voir une simple église qui n'avait rien à voir avec son homonyme londonien. Dumbledore lui avait conseillé de flâner au petit bonheur la chance dans le quartier. « Tu pourras y trouver des boutiques vraiment typiques, de livres, de nourriture française, il y a aussi le musée de Paris dans le coin. Je crois que le musée des archives françaises y est aussi... Je me suis toujours dit qu'il fallait que je prenne le temps d'y aller. Ah ! Et puisque tu sembles aimer les glaces, arrête toi chez Bertillon si tu passes devant. Ils en font d'excellentes, très réputées. Certains disent même que ce sont les meilleures de Paris. »

Le quartier était assez calme dès qu'on s'enfonçait dans les petites rues, les commerces n'étaient pas grouillant de clients aux bras déjà chargés de sac, et il n'y avait pas une marée humaine sur les trottoirs qui empêchait de voir quoi que ce soit des vitrines sans batailler. Elle put ainsi davantage profiter de la promenade. Finalement, elle entra dans un magasin qui ressemblait vaguement à un hangar, empli de livre du sol au plafond. Cela sentait un peu la poussière, mais l'ambiance était plutôt agréable. Elle fouilla un moment dans les livres, mais ils étaient tous ou presque en français. Elle se rabattit sur des livres d'images : les uns d'animaux sur lesquels elle ne s'attarda guère, d'autres sur de magnifiques paysages, (elle se demandait d'ailleurs comment les moldus avaient pu prendre de telles photos), d'autres encore sur de grandioses monuments. Elle reconnut entre autres les pyramides, la tour de Pise, le Parthénon... constructions dues à des sorciers mais faisant depuis des siècles partie du patrimoine modlu.

L'après- midi passa lentement, avec une glace Bertillon, une visite plutôt sinistre au musée de la Shoah (elle était tombée dessus plutôt par hasard et y était allée car s'était un terme qu'elle avait déjà lu dans un des bouquins de Dumbledore). Elle décida de retourner tranquillement à pied jusqu'à l'hôtel de ville qui ne devait pas être loin. Elle ne prévit cependant pas que son sens de l'orientation était un peu émoussé dans cette grande ville. Il lui fallut demander plusieurs fois son chemin. La plupart des gens ne parlaient pas suffisamment bien anglais pour qu'elle comprenne leurs explications, et les autres étaient pour la plupart des touristes qui n'en savaient pas plus qu'elle. Elle dut entrer deux fois dans des magasins où on la regarda bizarrement. Elle se dit d'abord que ça devait se voir qu'elle n'était pas moldue. Avant qu'une pharmacienne lui demande si elle était toute seule...

Arrivée en avance au point de rendez-vous, elle décida de s'asseoir dans un parc qui entourait la tour Saint-Jacques. Elle espérait ainsi apercevoir Dumbledore à la sortie de son colloque. S'ennuyant un peu sur son banc, elle observa donc les pigeons s'amasser en nombre autour d'une femme qui leur jetait du pain.

Finalement, elle aperçut un homme à long par-dessus (malgré la chaleur de juillet) qui sentait le sorcier à plein nez surgir de derrière l'un des piliers de la tour, et s'avancer dans le parc avant de retourner dans les rues de Paris. Il fut rapidement suivi par plusieurs autres. De toute évidence, le colloque était achevé. Dumbledore arriva à son tour, encore moins discret que les autres avec sa longue barbe blanche, et sourit en la voyant.

(Fin du lien 1)

Il lui demanda commet s'était passée sa journée.

- Les moldus sont tordus...

- C'est là ta conclusion de la journée ? S'exclama le vieil homme en riant.

- Certainement.

- Fort bien, mais est-ce que ça t'a amusé, au moins ?

Kécile lui jeta un regard noir.

- Comment voulez-vous que je trouve cela amusant quand je suis la première à en subir les conséquence ?

Dumbledore insistant, elle lui raconta ses déboires et sa première incursion dans le monde des moldus, tandis que Dumbledore la guidait dans les rues le long de la seine.

- Où allons-nous ? finit-elle par demander.

- Nous nous rendons chez un de mes plus anciens amis qui vit à Paris depuis près de quarante ans dans un hôtel particulier moldu. Tu verras, c'est un hôte charmant.

- Et tout charmant qu'il soit, professeur, ne va-t-il pas se poser des questions à mon sujet ?

- Il sait déjà ce qu'il y a à savoir à ton sujet.

- C'est-à-dire ? Demanda Kécile avec méfiance. Que lui avez-vous raconté ?

- La vérité.

Dumbledore savait que cela n'allait pas plaire à sa protégée. La réaction de Kécile ne le surprit guère.

- C'est génial ! S'exclama-t-elle ironiquement. Autant pour l'incognito. Coucou ! La fille de Voldemort débarque en France. Vous voudrez bien lui offrir l'hospitalité ? Vous lui avez aussi raconté mon meurtre et ma tentative pour vous assassiner, ou vous avez gardez le meilleur pour plus tard ?

- Cela fait partie de ta vie privée, et Henri n'a aucun besoin de savoir cela.

Kécile secoua la tête dans une réplique assez réussie de Severus lorsqu'il considérait que son mentor était un cas désespéré.

- Laisse moi te dire deux mots de ces amis. Henri Praslin était le meilleur ami de ma femme Camille, à l'école Beauxbâtons, et ils sont toujours restés proches. Il était d'ailleurs son témoin de mariage... Sa femme, Martine, est une moldue. Ils travaillaient tous deux dans la conservation historique.

- Une moldue ? C'est pour ça qu'il vit dans un quartier moldu ?

- Entre autre. Mais tu constateras que Henri vit principalement à la manière de sa femme. Quant à Martine, c'est une femme très bien conservée pour son âge...

- C'est vous qui dites ça ! Ricana Kécile

- Les moldus n'ont généralement pas notre longévité.

- Je peux vous poser un question, professeur ? Une question que des tas de gens se posent...

- Dis toujours... répondit Dumbledore, ayant une bonne idée de ce qu'elle voulait savoir.

- Quel âge avez-vous ?

- Je suis né en 1908. Nous sommes arrivés.

Il sonna à la porte cochère d'un imposant hôtel. Un homme grisonnant à barbichette plus sel que poivre vint leur ouvrir. Il avait des yeux vifs, un maintien droit... et un accent épouvantable.

- Dumbledore ! Entrez ! Soyez les bienvenus ! Je suppose que vous êtes Kécile ? Appelez-moi Henri. Ma femme et moi vous attendions. Martine a préparé un de ses repas dont elle a le secret, tu sais Albus ?

- Fameux ! Voilà qui va m'aider à digérer le colloque d'aujourd'hui.

Kécile suivit les deux hommes qui discutaient déjà en français, probablement politique et administration. Ils traversèrent une cour de gravier où était garée une voiture et atteignirent une porte vitrée qui menait au hall de l'immeuble de trois étages en pierre de taille. Il semblait bien que tout cela appartenait aux Praslin. A peine la porte franchie, Kécile eut l'impression d'entrer dans un véritable musée. Tableaux, sculptures, tapisseries, meubles luxueux... un intérieur plus riche encore que celui du manoir Malfoy, c'était dire !

Une petite femme aux cheveux blancs vêtue élégamment dans un style un peu vieillot vint les saluer.

- Mon cher Albus ! S'exclama-t-elle. Cela fait si longtemps... Votre compagnie nous a manqué. Savez-vous que les hiboux de Poudlard ne vous remplacent pas ? Fit-elle remarquer dans un anglais tout à fait correct.

- Ma chère Martine, vous êtes toujours aussi ravissante.

- Et vous, vous êtes toujours un horrible flatteur. Henri, sers donc l'apéritif tandis que je vais chercher à boire.

La dénommée Martine ne semblait décidément pas embarrassée de voir débarquer chez elle deux sorciers supplémentaires. Très rapidement, elle tenta d'ouvrir la conversation avec Kécile qui n'avait pourtant aucune envie de discuter avec la moldue. Un regard d'avertissement de Dumbledore la retint cependant de se montrer impolie. Finalement, à son grand agacement, la conversation roula sur sa petite personne qui aurait préféré qu'on l'oublie... Mme Praslin était simplement curieuse de discuter avec une jeune sorcière, mais M. Praslin ne cachait pas être intrigué par cette fille de Voldemort.

Il fallait en convenir, et Kécile ignorait s'il s'agissait là de cuisine moldue ou non, mais le repas était excellent. Digne de Poudlard avec des mets inconnus : des asperges, du magret de canard au miel, un plateau de fromage à laisser rêveur, et un saint honoré si gigantesque que malgré leur gourmandise, et la passion toute nouvelle que Kécile venait de se découvrir pour la Chantilly, ils ne parvinrent pas à finir.

On passa ensuite dans le salon. La nuit était tombée et la lumière tamisée donnait un aspect chaleureux aux couleurs chaudes des tableaux et du parquet sombre impeccablement ciré. Dans un coin de la pièce trônait un piano marqueté.

- Il est toujours là ! S'exclama Dumbledore tandis que Kécile s'asseyait avec précaution sur une causeuse Louis XV au milieu de coussins de soie. Ne devais-tu pas le changer, Henri ?

- Ecoute, c'était vraiment une pitié, répondit celui-ci Je l'ai fait refaire entièrement. Il n' a plus du tout le même son qu'avant, mais au moins l'extérieur nous reste identique au passé. Allez, Albus, sors ta flûte.

- Pardon ?

- Tu ne croyais tout de même pas y échapper, non ? Je sais que tu l'as amenée. Sinon, tu devras retourner la chercher !s'exclama Martine.

Dumbledore eut un sourire en coin en faisant apparaître leurs bagages. Il en extirpa un étui noir tandis qu'Henri envoyait le reste à l'étage d'un coup de baguette. Kécile avait vite remarqué qu'il n' utilisait la magie que pour s'éviter des efforts inutiles à leur âge.

- Cela fait un moment que je ne l'ai pas sortie... souligna Dumbledore en montant sa flûte

- Il y a des morceaux qui ne s'oublient pas...

- Jouez donc la Cantilène... demanda Martine

Le visage de Dumbledore s'assombrit un court instant, puis il acquiesça. Henri fouilla dans une pile de partitions. Dumbledore ne prit même pas la peine d'ouvrir la sienne.

- Installe-toi ma chérie, fit la vieille femme à l'attention de Kécile. Je suis sure que tu ne savais même pas qu'Albus joue de la flûte ?

- Non, en effet.

- Je crois qu'il ne joue guère à Poudlard. Mais ici la musique de chambre est un peu une institution.

- Vous faîtes de la musique, vous aussi ?

- Oui, du violoncelle. Quant à Camille... tu sais qui est Camille, bien sûr ?

Kécile acquiesça.

- Camille jouait aussi du piano. Auparavant, Henri faisait surtout de la clarinette quand on se retrouvait tous ensemble. Mais depuis sa mort, il a pris sa place.

Elle se pencha au-dessus de son oreille et lui souffla :

- C'était l'un de leurs morceaux favoris...

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Lorsqu'il porta sa flûte à ses lèvres, avant même que les premières notes ne résonnent, Dumbledore se sentit envahit par une vague de nostalgie. Ce n'était plus Henri au piano, mais sa douce Camille, et les nombreuses fois où ils avaient joué cette pièce lui revinrent en mémoire. Il réalisait qu'il n'avait jamais joué ce morceau avec Ludivine, peut-être parce que c'était trop douloureux pour eux deux.

La musique avait été l'une de leur première passion commune. Camille s'était même servie d'elle pour les rapprocher, elle le lui avait avoué plus tard. Depuis, elle était resté le ciment de leur couple quoi qu'il arrive... dans les moments de bonheur, c'était un moyen de communion, dans les moments difficiles, elle les soulageait de leur peine, et dans les moment de désaccord, c'était un moyen d'être ensemble sans les mots et de réfléchir chacun calmement...

Kécile avait écouté bouche bée les premières notes s'élever dans l'intimité du petit salon. C'était pratiquement la première fois qu'elle entendait de la musique, et rien ne lui semblait aussi beau, ni aussi triste et aussi profondément mélancolique. Elle avait la sensation que toutes les personnes présentes étaient à présent reliées comme par un filin invisible du cœur des uns à l'esprit des autres.

Elle ignorait que Dumbledore jouât de la flûte, même si elle savait (grâce aux cartes chocogrenouilles de Ron) qu'une de ses passions étaient la musique de chambre.

Elle avait à présent l'image d'un autre homme devant ses yeux : moins impressionnant, plus humain, son visage laissant tomber la profonde sagesse pour quelque chose de plus vulnérable. Dumbledore ne pouvait peut-être pas lui ouvrir les portes de sa maison, mais en la laissant assister à un moment aussi intime, il lui donnait l'impression de faire partie de la famille et elle s'en sentait toute chamboulée.

Elle n'avait jamais connu de tels moments d'intimités, simples et doux, sans artifices, ni auprès des Malfoy, ni auprès de Voldemort. Et elle réalisa soudain, qu'importait peu que Martine soit moldue ou non, c'était un instant qu'elle pouvait partager avec les autres.

Elle ne savait plus très bien pourquoi elle avait un envie de pleurer : était-ce à cause de la musique uniquement, était-ce à cause de l'évidente émotion de Dumbledore, était-ce à cause de la communion inédite qu'elle ressentait, était-ce parce qu'elle n'avait jamais connu dans sa dure enfance d'apprentie mangemorte un moment aussi calme et doux à la fois?

« Pourquoi ais-je autant de mal à me détacher de l'influence de mon père? Se demanda-t-elle. Jamais je n'ai été aussi proche de lui en 11 ans que je ne le suis en moins de deux avec Dumbledore. Je ne devrais être rien de plus qu'une élève pour lui et je n'ai jamais reçu autant de considération et d'attention, alors que je suis le fille du Seigneur des Ténèbres et n'ai jamais été guère plus qu'un pion pour lui! Celui dont je dois écouter les conseils, c'est Dumbledore.

Kécile, il est grandement temps de faire ce qu'il souhaite depuis un moment: laisser aux oubliettes les avis de ton père. Fini! Il est loin, tu es protégée, tu peux embrasser des moldus qu'il ne pourra rien y faire et n'en saura probablement rien. »

« Je t'aime, Albus.

Je fermai les yeux. Je craignais tellement qu'elle finisse par prononcer ces mots.

- Je le sais... murmurais-je. Tu ne devrais pas. Tu es trop jeune.

- Pourquoi ? Pour aimer ? Il me semble au contraire qu'à 19 ans, c'est l'âge idéal.

Et j'entendais le sourire dans sa voix.

- Bien, je vais m'exprimer autrement, fis-je en rouvrant les yeux. Je suis trop vieux.

- Comment ça ! Tu es en pleine force de l'âge !

- Camille, je t'en prie, cesse de faire l'enfant. Ça ne te ressemble pas. J'ai 17 ans de plus que toi.

- Tu ne pourrais même pas être mon père, l'excuse n'est donc pas valable.

- C'est la seule que j'ai pourtant.

- Tu mens.

Je la fixais avec ahurissement.

- Tu mens, Albus, comme tu mens à notre famille, comme tu te mens à toi-même. Je sais que tu ne m'aime pas. Je sais que tu ne peux pas m'aimer. Mais ce n'est pas à cause de ces 17 malheureuses années qui nous séparent.

Je ne trouvais rien à répondre.

- Crois-tu que je sois naïve, Albus ? Tu as beau aimer notre famille, tu as beau avoir quelque attachement, même profond pour moi, ce n'est pas pour cela que tu restes constamment ici depuis presque deux ans.

- Explique moi comment nous en sommes venus à parler de ton amour à ma présence au Clos-La-Rive.

- Parce qu'il n'y a qu'un seul responsable, Albus! Un seul et tu le sais. Dis son nom!

Je restais tétanisé. Comment pouvait-elle savoir ?

- Dis- le, Albus! Dis le pour me prouver qu'il ne régit pas jusqu'aux moindres aspects de ton existence!

- C'est faux, Camille.

- Cela fait combien d'années, Albus? 18 ans? Ne peux-tu enfin t'avouer l'influence qu'il a sur toi?

Elle revint auprès de moi, et je sentis ses bras passer autour de mes épaules.

- Je sais que tu ne m'aimes pas, parce que tu l'as aimé, lui.

- Je...

Elle me fit taire d'un signe de tête.

- Ne le démens pas, Albus. Crois-moi quand je te dis que je ne t'en veux pas. Et je ne veux pas savoir si tu l'aimes encore. Mais je veux savoir si tes sentiments continueront longtemps encore à t'empêcher de l'affronter.

- Ce n'est pas à moi de l'affronter.

- Si tu ne le fais pas , qui d'autre? Tu dois le faire. Pour la communauté sorcière parce que tu es le seul assez puissant. Pour toi, pour te débarrasser de son influence. Tu parles de la guerre des moldus, mais jamais de celle des sorciers. Tu fuies Gellert! Il y a deux ans, lorsque je t'ai demandé de faire ce fameux tour de l'Europe dont tu me parlais quand j'étais plus jeune, tu as dit non. Pourquoi? A cause de lui. Et pourquoi ne l'as-tu jamais fait toi-même après la mort d'Ariana? A cause de Gellert, encore.

- Qu'est-ce qui te permet de dire ça, Camille ?

-J'étais de plus en plus ahuri par tout ce qu'elle avait deviné à mon sujet.

- Tu crois qu'il n'y a que toi qui connaisse Bathilda ?

- Erlésie... Je suis sûr que c'est Erlésie qui t'en as parlé! avais-je compris atterré.

- Elle pense qu'on doit te sortir de cette coquille, Albus, qui ne date pas du début de la guerre. Professeur à 24 ans? Toi qui aime par dessus tout l'aventure et la découverte? Albus regarde- moi en face, et ose me dire que ce n'est pas Gellert qui a dicté ton choix.

Elle se planta devant moi et je ne pus soutenir son regard.

- Si...

J'avais enfin reconnu pour la première fois de ma vie, l'influence honteuse qu'avait gardé sur moi Gellert Grindelwald durant presque 20 ans.

- Il y a des erreurs que...

Je ne pus pas aller plus loin. J'avais soudain peur de ce qu'elle allait penser de moi en apprenant comment Gellert et moi avions été liés. Si elle acceptait l'idée que je sois homosexuel sans sourciller, malgré ses sentiments, que dirait-elle en revanche lorsqu'elle comprendrait que j'étais en partie lié aux terribles événements qui avaient lieu actuellement ?

Mais Camille sut qu'elle ne pouvait pas me demander davantage d'aveux ce jour-là.

Nous finîmes la journée dans le salon de musique et j'eus la sensation qu'elle me disait qu'elle serait là pour m'aider à affronter mon démon.


Séjour en France signifiait forcément musique française.

Il s'agissait pour le premier lien du deuxième mouvement, Divertissement du sextuor pour piano, flûte, hautbois, clarinette, basson et cor de Poulenc. (1899- 1963).

Le deuxième lien était la célèbre Cantilena, deuxième mouvement de la sonate pour flûte. A la base, j'avais dans l'idée qu'après leur discussion, Camille et Dumbledore jouent ce morceau ensemble. Sauf que prise d'un furieux doute, je suis allée jetter un coup d'oeil sur internet: cette conversation a lieu en 1944, hors la sonate n'a été composée par Poulenc qu'en 1957. Cela n'était donc pas possible.

Quant au choix de l'interpétation, je suis consciente que l'enregistrement qu'il y a quelques faiblesses de justesse au début, mais c'est le seul que j'ai trouvé dans un tempo qui me semble adéquate avec le caractère de la pièce.

Le chaitre 50 et 51 sont prêts, je travaille actuellement sur le 52! L'Angleterre m'est vraiment profitable!

J'attends donc vos commentaires avec impatience et à vendredi prochain!