Bonjour à tous! Vous n'y croyiez peut-être plus, mais la cinquième partie arrive enfin!
Grâce au Nanowrimo 10 chapitres vous attendent et au moins 8 autres devraient être écrits d'ici à la fin du mois. Presque la quasi-totalité de la cinquième année.
Enjoy!
Chapitre LXI : Intrusion
L'encrier trembla violemment avant d'exploser en morceaux, éclaboussant le bureau et les parchemins d'encre.
- Je ne peux pas croire que vous l'ayez laissé faire ça ! Hurlait Kécile tandis que Dumbledore nettoyait les dégâts d'un mouvement de baguette.
- J'ai confiance en Severus, répliqua le vieil homme d'une voix parfaitement calme.
- Il ne s'agit pas d'avoir confiance ! Beugla Kécile qui semblait prête à se jeter sur le directeur. Vous ne connaissez pas le Seigneur des Ténèbres ! Il va le torturer et le faire mourir dans les pires souffrances ! Vous êtes complètement inconscient !
- Ça suffit, Kécile, répondit fermement Dumbledore.
Celle-ci envoya valdinguer une table d'un coup de pied et tous les objets qui se trouvaient dessus volèrent en éclat dans un bruit cristallin.
- Il ne reviendra pas ! Hurla Kécile avec des sanglots mal contenus dans la voix. Vous l'avez envoyé à l'abattoir !
- Attends de voir avant de l'enterrer.
- Que j'attende de voir ? Que j'attende de voir ?! S'indigna Kécile hystérique. Mais réalisez-vous ce que vous dites ? Ça fait trois jours qu'il n'est pas revenu et vous voulez que j'attende de voir ! Et que direz-vous si on récupère un cadavre ? Si seulement on le récupère !
La guerre fait des victimes, Kécile, dit Dumbledore avec gravité. Et il faut en passer par là.
La jeune fille attrapa un lunescope et le balança violemment contre le mur.
- Pas Severus ! Hurla-t-elle. Vous ne pouvez pas le sacrifier comme ça !
- Ça suffit Kécile, déclara Dumbledore en se levant. Tu vas sortir de ce bureau et te calmer. Je comprends que tu sois bouleversée mais il nous faut être patients et espérer encore qu'il reviendra. Va déverser ta colère dans le parc.
Et le directeur lui ouvrit la porte de son bureau avant de lui indiquer la sortie d'un geste péremptoire. Kécile le fixa un instant avec des yeux pleins de rage et d'incompréhension. Puis elle obtempéra en claquant la lourde porte derrière elle.
Dumbledore se rassit avec un soupir las et jeta un regard fatigué à l'état de son bureau. Il n'avait jamais vu Kécile aussi déchaînée et perdre ainsi tout contrôle. Il savait que la jeune fille était bouleversée et redoutait lui-même que ses craintes ne soient fondées. Mais il avait fait son choix et Severus aussi. L'un comme l'autre savaient qu'en se rendant devant le Mage noir, le professeur de potions prenait le risque de ne jamais revenir. Ils avaient décidé que le jeu en valait la chandelle.
Si Severus revenait vivant, il serait en position de reprendre une place cruciale dans la guerre. Personne d'autre n'avait la carrure suffisante pour assumer cette énorme charge.
Si Severus ne revenait pas, non seulement il perdait un être cher mais également un élément important dans la guerre qui se préparait à repartir de plus belle.
Dumbledore passa ses mains sur son visage comme pour tenter de chasser ses soucis de son esprit. S'ajoutait de plus l'inquiétude de la réaction de Kécile si Severus venait à disparaître. Au vu des débris qui jonchaient son bureau, un problème non négligeable...
XXX
Ce fut un immense soulagement quand Dumbledore vit apparaître son professeur dans l'embrasure de la porte quelques heures plus tard.
Merlin, il ne faisait aucun doute que Severus était mal en point. Le vieil homme lui désigna un siège et le suivit avec inquiétude du regard tandis qu'il observait l'austère professeur, les traits tirés, se déplacer à la manière d'un pantin.
- Severus, vous imaginez combien je suis soulagé de vous voir sain et sauf. Je suppose que vous avez bien des choses à me rapporter, mais peut-être vaudrait-il mieux que vous commenciez par prendre du repos.
- C'est déjà fait, Monsieur le Directeur, rétorqua le professeur d'un ton sec. Je suis rentré ce matin à l'aube. Je n'étais cependant pas en état de faire un rapport après ce séjour chez le Seigneur des Ténèbres.
- Severus, je...
- Inutile de m'exprimer votre pitié, Dumbledore. Nous savions tous les deux que c'était un risque à prendre. Et je m'estime même heureux de n'avoir pas subi pire.
- Ce qui n'enlève rien à l'horreur de ce que vous avez dû vivre, quoi que vous tentiez de le diminuer, rétorqua doucement le directeur. Il est cependant vrai que vous auriez pu ne pas revenir. Racontez-moi comment vous avez réussi ce nouvel exploit, Severus, ajouta-t-il en ouvrant sa réserve de vins et liqueurs.
Il tira sans hésitation une bouteille de Whisky pur feu du placard et en servit un verre à son professeur avec l'assurance que confère l'habitude.
- Le Lord a préféré se renseigner par lui même pour décider s'il devait ou non me reprendre dans ses rangs. Je n'ai pas pu m'exprimer de quelque manière que ce soit avant qu'il n'ai brisé mon corps, et le pensait-il également, mon esprit. Merci, dit Severus en prenant le verre que lui tendait Dumbledore.
Le directeur se versa un verre d'hydromel et se rassit en faisant signe à son professeur de continuer.
- Il s'est ensuite lui-même servi dans mes souvenirs. Je lui ai néanmoins laissé accès à une sélection choisie par mes soins au préalable et qui ne pouvait que l'amener à conclure que ma trahison était forcée.
- Une fois de plus, je dois vous exprimer ma reconnaissance, Severus.
- Attendez donc de savoir la suite, Dumbledore avant de me couvrir d'éloges.
- Réalisez-vous bien que vous avez berné Voldemort lui-même grâce à vos talents d'occlumens ? Cela mérite d'être relevé, me semble-t-il. Je ne connais personne d'autre qui aurait été capable d'un tel exploit.
Severus eut un rictus face au compliment et descendit d'une traite un bonne partie de son verre.
- Le Seigneur des Ténèbres ne s'est cependant pas contenté de cela. Il a fallu que je paye mon retour dans ses rangs par quelques informations.
- Nous le savions, Severus, et quoi que ce soit, vous n'aviez pas le choix.
- Tonks et Shacklebolt risquent de devenir des cibles de choix pour le mangemorts, ajouta Severus d'une voix sombre.
- Nous prendrons nos précautions, répondit Dumbledore qui se voulait rassurant.
La réplique vint aussitôt, sarcastique et amère :
- Comme pour les Londubat ?
- Nous ne reproduirons pas les même erreurs.
- Il faudra cependant que je fournisse d'autres informations de qualité au Seigneur des Ténèbres si je veux regagner ses rangs. Je vais être surveillé, appelé constamment, soumis à diverses pressions destinées à s'assurer de ma bonne foi.
- Nous construirons des éléments valables, Severus. Nous donnerons du pain à manger à Voldemort. Même s'il faut pour cela que l'Ordre perde quelques mois de travail à façonner des preuves factices de votre bonne foi. Il est essentiel que vous retrouviez votre ancienne place.
- Mes rapports avec les membres de l'ordre vont devoir être extrêmement limités. Il faut également envisager la possibilité que le Seigneur des Ténèbres possède une autre source de renseignement dans votre entourage.
- Avez-vous des soupçons, Severus ?
- Pas précisément, mais c'est à craindre, Croupton a réussi à vous berner pendant presque un an. Pettigrow a sans doute été une source en son temps. Qui sait cette fois-ci de quel stratagème le Lord va user. Je dois éviter toute relation inutile. Sans parler du fait que je vais sans doute être espionné moi-même.
Dumbledore acquiesça.
- Kécile ne devra pas rester sur mon chemin. Vous devrez lui faire comprendre que ses petites scènes ne doivent plus se reproduire. Et que mon cachot lui est fermé jusqu'à nouvel ordre.
- Elle était folle d'inquiétude à votre sujet.
- Stupide gryffondor...
- Vous savez bien que vous comptez beaucoup pour elle.
- Il s'agit de notre sécurité à tous les deux. Le Seigneur des Ténèbres ne doit rien savoir de cet attachement. Ce serait une nouvelle arme entre ses mains.
- Vous avez raison, bien sûr, reconnut Dumbledore en soupirant. Je verrai à lui parler.
« Encore de l'orage en perspective » songea-t-il en son for intérieur.
XXX
L'orage se déclara cependant sans lui.
Dès que Kécile apprit que Severus avait regagné Poudlard, elle se précipita à ses appartements. Mais elle eut beau tambouriner, la porte resta close. Dépitée, elle se mit à chercher le professeur dans les couloirs du château, en vain. Partagée entre l'inquiétude et la fureur, elle supposait que le professeur devait être chez lui mais refusait de lui ouvrir.
L'heure du dîner était arrivée sans qu'elle n'ait pu le trouver. Même Mme Pomfresh ne l'avait pas vu. Quant à Dumbledore, après son attitude désinvolte, elle se refusait à retourner le voir. Elle se résigna finalement à attendre le dîner dans la grande salle où elle s'attablait avec les professeurs. Cette année, outre McGonagall et Chourave, le professeur Flitwick et Sinistra n'étaient pas encore partis. Trelawney ne s'était pas montrée.
Lorsque Kécile arriva dans la grande salle, elle le vit. Installé aussi naturellement que s'il était parti en week-end, à converser avec le professeur Sinistra.
La jeune fille se planta devant lui et attendit qu'il daigne poser son regard sur elle. Son visage exprimait son soulagement et sa colère mêlée.
- Vous êtes rentrés.
- De toute évidence.
- Comment allez-vous ?
- Comment voulez-vous que j'aille ?
- Que vous a-t-il dit ?
- L'inquiétude vous fait perdre tout sens commun, Miss Gaunt. Que voulez-vous qu'il m'ait dit. Et en quoi cela vous concerne-t-il ?
- En quoi cela me... s'indigna Kécile. Mais enfin Severus...
- Professeur Rogue, Miss Gaunt. Vos familiarités sont déplacées.
- Vous n'allez pas recommencer ! Après que...
- Je ne vous permets pas, Miss Gaunt, déclara Severus avec froideur. Vous avez de la chance que l'année scolaire soit terminée, où je vous aurais retiré des points.
- Eh bien, donnez-moi une retenue si cela vous chante, mais expliquez-moi votre attitude de girouette ! Qu'est-ce que vous croyiez ? Que j'allais vous laisser partir là-bas sans broncher en vous disant juste « à bientôt » et d'attendre gentiment qu'on m'annonce votre mort ? Et que lorsque par un miracle incompréhensible vous revenez vivant, me laisser me battre froid parce que vous voulez que je vous fiche la paix ?
- Miss G aunt, assez. Vous ne parlerez pas ainsi à un professeur devant moi, intervint le professeur McGonagall qui ne cachait pas son indignation. Vous serez en retenue dans mon bureau demain soir. Et maintenant, asseyez-vous pour dîner et en silence.
Il y avait belle lurette que tous les professeurs écoutaient l'altercation. Kécile caressa un instant l'idée de se rebiffer mais elle ne connaissait pas les limites de McGonagall...quoi que ce pouvait être le moment de les tester.
Elle finit cependant par détourner la tête de sa directrice de maison et déclara au professeur de potions :
- Vous ne vous en tirerez pas ainsi.
- Je tremble, répondit Severus toujours aussi indifférent.
Ils s'affrontèrent du regard un instant et Kécile murmura sans cacher sa rage :
- Vous pouvez être un beau salaud.
- Miss Gaunt ! Glapit McGonagall ! Vous serez en retenue toute la semaine.
- C'est généralement ce qu'on dit, répliqua Rogue sans s'émouvoir. Ravi que vous en preniez enfin conscience.
Et Kécile tourna les talons pour aller se réfugier dans sa tour, sans écouter les réflexions indignées des professeurs.
Quand Dumbledore vint dîner à son tour et entendit le récit outré de Minerva, il sentit que les ennuis ne faisaient que commencer. Il jeta un regard déçu à Severus qui quittait la table après avoir complété le récit de sa collègue.
Une fois de plus, songea le vieil homme, son professeur avait fait montre d'un tact admirable ! Pourquoi n'avait-il pas tout simplement demandé à Kécile de venir le voir dans son bureau à la fin du repas ? Une confrontation saine où il expliquait clairement pourquoi son attitude allait changer. Mais c'était trop demandé au professeur de potions. Peut-être avait-il craint d'ajouter cette scène conciliante à ses souvenirs et préférait-il une attitude vitriolée pour satisfaire la curiosité de Voldemort. Mais il n'avait pas fini d'avoir des ennuis avec Kécile.
Quant à la jeune élève, il allait falloir mettre le holà. Entre la scène dans son bureau le matin même et celle de ce soir dans la grande salle, elle semblait déchaînée ! La crise d'adolescence pointait sérieusement le bout de son nez... Dumbledore soupira. Il allait devoir sévir, il n'avait pas le choix. Quelques soient les torts de Severus, il ne pouvait pas laisser passer une insulte envers l'un de ses professeurs. Il fut tenté de laisser le professeur MacGonagall gérer seule la situation. Après tout, elle l'avait punie.
Oui, souffla sa conscience. Sauf que Minerva était juste son professeur. Lui était plus que simplement son directeur. Il était son mentor. Ce qui incombait un rôle moral dans son éducation.
Dumbledore grimaça intérieurement. Il n'était plus tout jeune... Il avait donné avec Ludivine quand la crise d'adolescence était passée par là. Il se souvint avec nostalgie et un petit sourire au coin de la lèvre comment cette période avait donné un côté étonnamment serpentard à sa fille : une impassibilité qui cachait ses bouleversements, une obéissance feinte et silencieuse qui masquait les détournements habiles et discrets des ordres...
De toute évidence cependant, Kécile n'était pas du même moule. Elle qui avait longtemps montré des caractéristiques de ses ancêtres, semblait annoncer une adolescence toute en fracas et crises épiques très gryffondorienne... pardonnez le néologisme. Explosif.
Et il n'avait aucune envie de s'y coller. Ce n'était plus de son âge. Mais qui le ferait sinon lui ? La laisser sans guide, c'était courir le risque qu'elle ne retourne sur les pas de son père. Sans compter qu'il se sentait un devoir moral envers la jeune fille à laquelle il tenait.
Non décidément, quelles que soient ses aspirations à la tranquillité, il ne pouvait pas éviter les confrontations qui allaient immanquablement venir.
XXX
Kécile frappa à la porte du bureau avec un visage fermé.
- Entrez, répondit la voix sèche du professeur MacGonagall.
- Venez vous asseoir ici, Gaunt, fit-elle en désignant la table la plus proche de son bureau. Vous allez recopier le chapitre 3 de ce livre.
Elle lui désignait un pavé impressionnant et qu'il fallait manipuler avec précaution si on ne voulait pas rester avec une page à la main, posé à côté de plusieurs rouleaux de parchemins. Résigné, Kécile se mit à la tâche.
Le livre, tellement abîmé qu'il était difficile à lire, était en vieil anglais et d'un ton clairement moralisateur. Il s'agissait dans les grandes lignes du respect que les jeunes sorciers devaient à leurs instituteurs et obéissance absolue envers les ordres des aînés qui avaient conscience de choses qu'ignoraient les imbéciles qu'étaient les jeunes apprentis.
Mais bien sûr rien ne parlait de comprendre comment s'adresser à un professeur qui vous battait chaud un jour et et froid un autre, qui semblait tenir à vous ou vous détester selon son humeur et ne porter aucune considération à l'inquiétude qu'on pouvait avoir pour lui.
Les heures passèrent lentement, mais Kécile ne pipa mot. Cela ne servait à rien avec McGonagall. Elle ne pourrait pas comprendre. Quand enfin, le professeur daigna la relâcher, elle lui signifia juste de revenir à la même heure le lendemain et que le professeur Dumbledore voulait la voir après le petit-déjeuner dans son bureau. Kécile espéra que lui au moins comprendrait.
Dans son dortoir désert, elle se sentit soudain bien seule. Le décor chaleureux lui semblait vide et elle aurait donné beaucoup pour un peu de compagnie, même Lavande ou Parvati.
Elle devait être vraiment désespérée pour penser une telle chose, songea-t-elle en se glissant dans les draps.
XXX
- Tu viens me tenir compagnie, Kécile ?
Horreur absolue... Ce n'était pas possible, n'est-ce pas ?
- Mais non ! Vous n'êtes pas censé pouvoir me parler !
- Vraiment ? Je suis ton père. Mon autorité n'a pas de limite. Et puis tu te sentais seule. Tu devrais être contente de me voir, je crois.
- Allez-vous en !
Kécile se réveilla en sursaut.
Les draps collaient à sa peau et elle s'en débarrassa, comme d'une seconde peau souillée par son cauchemar.
Car c'était un cauchemar, se convainquit-elle en s'extirpant du lit toute grelottante. Il fallait s'y attendre après cette sombre expérience qu'était le sommeil du Maître.
Merlin merci, de toute manière, Harry n'était pas là. Elle pouvait dormir tranquille : il ne risquait rien.
XXX
- Le professeur McGonagall m'a relaté l'incident d'hier.
- Je m'en doute, répliqua la jeune fille d'un ton boudeur.
- Je veux que tu t'excuses publiquement ce soir devant Severus.
- Pourquoi ? Se rebiffa Kécile
- Quels que soit ses torts, tu n'as aucune excuse pour t'être laissée allée à un tel débordement, expliqua fermement Dumbledore.
- Mais enfin, vous n'allez pas me dire que son attitude est correcte !
- Là n'est pas la question, Kécile. Severus est un adulte responsable à qui tu dois un minimum de respect et que tu ne peux pas traiter comme le dernier de tes camarades de chambrée.
- Severus, un adulte responsable ! Ricana la jeune fille. Laissez moi rire.
- Tu aggraves ton cas, Kécile. Tu te conduis en gamine capricieuse. Ne t'est-il pas venu à l'esprit que Severus a des raisons de se comporter ainsi ?
- Je ne demande rien d'autres que des explications, assura l'élève en fixant le directeur d'un regard franc. Comment voulez-vous que je m'y retrouve avec son attitude de girouette ?
- Je comprends ton trouble, Kécile et Severus aurait probablement pu agir avec davantage de tact. Néanmoins, tu le connais...
- J'aimerais qu'il arrête de s'adresser à moi comme à une étrangère, ou pire le dernier cancre de ses élèves.
- Severus va être surveillé en permanence par Voldemort et les autres mangemorts. Il prend un risque énorme. Et il te fait prendre un risque énorme. A n'importe quel moment, Voldemort peut lui ordonner de t'abattre. Moins il montre d'attachement envers toi, moins on risque de tester sa loyauté.
- Donc si je comprends bien, il ne me traitera pas mieux que Harry dorénavant.
- C'est à craindre, avoua Dumbledore sans cacher un sourire désabusé. Ne cherche plus à lui adresser la parole et je ne veux plus te voir rôder autour de son bureau ou de ses appartements de toutes les vacances.
Kécile grogna.
- Me suis-je bien fait comprendre ? Insista Dumbledore
- Oui.
- Pardon ?
- Oui, professeur.
Le directeur hocha la tête. Il était bon de rappeler certains fondamentaux à son élève.
- Une dernière chose. Je sais que tu seras déçue, mais nous devons malheureusement annuler notre séjour à Paris.
- Nous n'irons pas chez les Praslin ? S'exclama Kécile, visiblement dépitée.
- Non, c'est trop dangereux. Tu resteras à Poudlard. Quant à moi, Fudge me donne trop de travail et me retire par son attitude toute possibilité de vacances loin des tracas du monde magique.
Kécile se leva la mine fermée, pressée de mettre un terme à cet entretien décidément bien désagréable.
- Ah ! Au fait, ton professeur de hautbois viendra demain pour ta leçon.
Il y aurait au moins une chose de positive dans cette semaine épouvantable...
XXX
Kécile s'affala dans l'herbe, les orteils barbotant dans l'eau. Le soleil éclatant faisait scintiller le lac et donnait des couleurs irisées aux montagnes au loin. Mais elle n'y prêta aucune attention. Elle était toute seule, elle n'avait envie de rien et ni Dumbledore ni Severus ne la comprenaient. En bref, elle s'ennuyait et cela la mettait encore plus en colère. C'était bien la première fois que cela lui arrivait. Ce sentiment dérangeant de n'avoir envie que de choses impossibles : s'amuser avec Harry Hermione et Ron ou bien visiter Paris avec Martine. Peut-être même faire un peu de musique avec Henri. Elle n'avait jamais joué avec qui que ce soit... Elle avait emmené son instrument pour jouer dehors, maintenant que plus personne ne risquait de l'attaquer dans son dos.
Mr Collins lui avait donné un morceau nettement plus difficile mais qu'elle aimait beaucoup. Elle avait cependant réalisé à quel point il faudrait être patiente pour jouer les morceaux favoris qu'elle avait écouté avec Dumbledore.
Elle porta l'anche à sa bouche, mais le cœur n'y était pas. Elle décida de rejouer ses anciens morceaux, juste pour se faire plaisir.
Mais même cette perspective ne parvenait pas à lui faire quitter son état d'apathie. Désespérant.
Elle laissa ses doigts jouer tous seuls.
Elle en regrettait presque d'en avoir fini avec les retenues de McGonagall. Au moins, elle ne tournait pas en rond pendant la soirée. Elle avait recopié trois jours de suite la quarantaine de pages du chapitre 3 de « De l'éducation de l'apprenti-sorcier » et avait passé les quatre autres soirs sur des devoirs de métamorphoses. Elle était maintenant incollable sur la magie intra-cellulaires des sorts de métamorphose inter-espèces, et la neutralité des particules de bases n'avait plus aucun secret pour elle.
La surface de l'eau se rida et une tentacule apparut sur le lac. Le calamar géant devait se demander quel étrange bruit venait troubler sa quiétude. Lui non plus n'aimait pas le hautbois ?
Elle n'avait pas revu Dumbledore en dehors des moments où elle venait pour ses leçons de hautbois. Son professeur, Mr Collins, allait venir deux fois par semaines jusqu'au mois d'août. Elle ne le verrait par la suite plus jusqu'en septembre.
Quant à Severus... Kécile s'arrêta de jouer et sentit ses joues chauffer. Le souvenir cuisant de sa honte quand elle avait dû s'excuser auprès de lui sous le regard des autres professeurs la brûlait toujours. Elle savait qu'elle avait dépassé les bornes en le traitant de salaud. Elle aurait très certainement été d'elle même s'excuser auprès de Severus si on lui avait laissé accéder à ses appartements. Mais de là à le reconnaître publiquement, c'était une autre histoire !
Quelque chose se tortilla à l'intérieur d'elle. Le regard méprisant que lui avait jeté Severus lui avait fait monter le rouge aux joues. Il n'avait même pas eu l'air d'apprécier ses excuses et encore moins l'intention de faire un effort de son côté pour se rattraper.
- Salaud ! Murmura Kécile. Sa main se crispait autour d'un caillou qu'elle finit par jeter avec rage dans le lac.
Elle avait beau savoir que toute cette mise en scène était destinée à mystifier Voldemort, elle ne pouvait se retirer l'idée qu'il s'en fichait de la peiner. Peut-être même s'amusait-il de la voir réagir comme une gamine en manque d'affection.
« Mon attitude est ridicule, songea Kécile. Il joue l'indifférent ? Très bien, moi aussi. Il se moque de moi ? Et bien moi aussi. Après tout qu'il aille au diable ! Je ne suis plus une gosse qui a besoin de son approbation. »
Elle porta à nouveau le hautbois à sa bouche, et jeta un voile sur la tristesse qui l'étreignait.
XXX
Elle était dans une pièce sans fenêtre. Des portes étaient à peine visibles dans le noir. Severus apparut à côté d'elle et se dirigea sans un regard vers l'une d'entre elle. Il l'ouvrit et le battant claqua derrière lui, la laissant à nouveau seule.
Elle se précipita pour frapper à la porte. Elle criait son nom et l'appelait mais il n'ouvrit pas.
La porte d'à côté en revanche s'entrebâilla. C'était Dumbledore.
- Laisse le tranquille. Tu l'as insulté. Il ne veut plus te voir.
Elle fit mine de s'approcher mais la voix de Dumbledore l'arrêta.
- Ce n'est pas la peine. Tu te conduis en gamine capricieuse. Je n'aime pas les enfants capricieux.
Et la porte se referma. Elle cogna à la porte, mais celle- ci resta close. Celle d'à côté s'ouvrit pourtant.
MacGonagall se tenait dans l'encadrement.
- Ils n'ouvriront pas. Tu leur as manqué de respect. Cesse d'importuner les adultes. Ils ont d'autres préoccupations.
Et la porte se referma. Elle n'essaya pas de la faire se rouvrir. Elle s'approcha de la dernière porte et frappa. Ses coups secs résonnèrent dans le silence. La tête de Harry finit par passer dans l'entrebâillement.
- Qu'est-ce que tu veux ? Tu ne crois tout de même pas que je vais te laisser entrer. Je sais ce que Voldemort t'a demandé. Va t-en.
Et la porte se referma.
Ils la laissaient toute seule. Elle commençait à avoir peur du noir. Et si l'esprit de Voldemort était caché là quelque part ?
A cet instant, des yeux rouges parurent devant elle et elle entendit la voix sifflante de son père murmurer :
- Je te réduirai à néant.
Je ne suis pas contre quelques encouragements! A bientôt pour la suite!
