Un deuxième chapitre aussi vite... Avouez que je suis gentille, non?


Chapitre LXII : L'ordre du Phénix

Le mois de juillet s'écoulait lentement pour Kécile. Martine lui envoya une lettre de Russie où elle contait son séjour dans un climat frisquet alors que la canicule écrasait l'Angleterre. La moldue regrettait que les deux sorciers de Poudlard ne puissent venir à Paris, mais ne parlait pas de la raison qui les retenait au sein de l'école.

Kécile se demanda si elle était au courant de la guerre qui se préparait. Après tout, Henri s'était retiré du monde sorcier et la France semblait encore loin du pouvoir de Voldemort. Il était possible que le mage noir ne soit pour eux qu'une vague menace.

Mais c'était bien plus qu'une vague menace, et alors même que rien ne la mettait réellement en danger, son père lui gâchait quand même ses vacances, songea ironiquement Kécile.

La seule chose intéressante de ces vacances ennuyeuses était les cours de hautbois.

Mr Collins félicitait la jeune fille pour ses progrès. Il lui fit remarquer qu'elle avançait vite ces derniers temps.

- Bien sûr ! Répliqua Kécile un peu aigrement. J'ai le parc et le dortoir pour moi toute seule, plus personne n'est là pour me reprocher mes canards.

- Je suis certain qu'à la rentrée personne ne pourra plus vous critiquer. Votre sonorité a fait beaucoup de progrès. Travailler en plein air vous fait le plus grand bien. Profitez en autant que vous le pouvez. J'ai su par Henri que vous n'irez pas chez les Praslin., ajouta-il en la regardant.

- Non, grommela Kécile.

- C'est dommage, cela vous aurait été profitable de faire un peu de musique avec quelqu'un d'autre. Ne pouvez-vous pas essayer avec le professeur Dumbledore ?

Kécile jeta un regard en coin à son professeur.

- Il n'a pas le temps. Il est rarement là. Et puis, le directeur et moi avons... quelques différents ces temps-ci.

- La musique est un très bon moyen de se réconcilier, lui suggéra doucement Mr Collins. Il n'y a pas besoin de parler pour s'entendre.

Oui, mais il était difficile de faire de la musique quand chacun restait à coin du château...

Le mois de juillet s'écoula morose. Interminable même de l'avis de Kécile. Jusqu'à ce que Dumbledore lui demande de préparer sa valise pour le lendemain. Il refusa de répondre à ses questions arguant qu'il ne tenait pas à parler de « cela », qu'on lui expliquerait tout sur place, que ce n'était pas très sûr.

Evidemment, Poudlard était connu pour être un endroit particulièrement dangereux...

Le lendemain, ils quittèrent donc le parc de Poudlard sans que Kécile soit plus avancée sur leur destination. Dès qu'ils eurent dépassés les grilles, Dumbledore lui demanda de prendre son bras et ils transplanèrent.

Lorsque la désagréable sensation prit fin et que Kécile put regarder autour d'elle, elle vit un bosquet d'arbres dans un square avec des jeux d'enfants moldus. Au-delà des voitures passaient dans une rue tout ce qu'il y avait de plus moldue. L'idée la traversa vaguement dans un élan d'espoir qu'ils rejoignaient finalement les Praslin. Sauf que la rue ressemblait bien plus à Londres qu'à Paris et que Dumbledore n'aurait pas fait temps de secrets. Il ne fallait donc plus y penser.

Kécile emboîta le pas au directeur qui la mena jusqu'au trottoir d'en face avant de lui tendre un parchemin.

« Le quartier de l'ordre du Phénix se trouve au 12, square Grimmaurd »

- Vous m'emmenez au...

- Chut ! Coupa Dumbledore. Regarde, fit-il en lui désignant les immeubles qui longeaient le trottoir

Devant eux venait d'apparaître le 12, square Grimmaurd.

Kécile avait du mal à y croire. Elle allait rentrer dans le quartier général de l'ordre du Phénix ! Une place où son père aurait donné très cher pour pénétrer... Ce qui ne risquait pas d'arriver de sitôt, car...

- Sortilège de Fidelitas ?

- Oui, acquiesça Dumbledore.

- C'était votre écriture sur le parchemin, n'est-ce pas ? Vous êtes le gardien.

Dumbledore hocha la tête et la poussa vers l'entrée.

C'était sombre, c'était lugubre et c'était d'une propreté douteuse... Beaucoup plus proche de ce à quoi on pouvait s'attendre de la part d'un repère de mangemorts que du célèbre ordre du Phénix...

Dumbledore la guida à travers un couloir étroit en lui intimant de faire le moins de bruit possible. Quoi ?! L'ennemi était dans la place?!

Ils descendirent une volée de marche qui menait à une porte noire (décidément, cet endroit était vraiment glauque) derrière laquelle leur parvenaient des voix.

Dumbledore entra et Kécile suivit. A leur arrivée, le silence se fit instantanément. Elle constata avec déplaisir qu'on l'observait. Autour d'une gigantesque table, elle reconnut les parents Weasley, Remus Lupin, ainsi que les deux aurors qui s'étaient occupés d'elle quand... elle avait visité Azkaban, Shaklbolt et Maugrey.

- C'est elle ? Demande un inconnu aux cheveux de paille.

- Oui, répond Maugrey dans un grognement.

Ah, d'accord... Tout le monde savait qui elle était. Avaient-ils déjà connaissance de tous les détails croustillants ? Il lui semblait que c'était Sirius Black qui, assis à côté de Lupin, la fixait d'un regard peu amène et elle lui rendit son regard sans vergogne.

- Voici Kécile Gaunt, présenta inutilement Dumbledore. Kécile, tu te trouves actuellement dans la maison des Black que Sirius a bien voulu nous prêter pour établir le siège de l'Ordre du Phénix. Tu vas y passer le reste des vacances avec les Weasley et Miss Granger.

- Est-ce bien prudent, Albus ? Questionna Maugrey.

- De quoi vous avez peur ? Demanda Kécile d'un ton agressif. Que j'aille tout raconter à mon petit papa ? Aux dernières nouvelles, je n'ai pas la côte auprès de lui !

- Très drôle, Gaunt, gronda Maugrey, ses deux yeux fixés sur elle. Mais mangemort un jour, mangemort toujours.

- Petit défaut de votre sentence, professeur... Je n'ai jamais été mangemort.

- Ce n'est pas contre toi que j'ai eu à me battre lors d'un raid, bien sûr...

Kécile pâlit à la mention de ce souvenir, mais Dumbledore intervint pour arrêter la dispute.

- Cela suffit. Nous n'irons nul part avec ce genre de propos. Kécile, montre un peu plus de respect envers Alastor, veux-tu ? Quant à toi Fol-Oeil, tu sais que je fais confiance à Kécile et je te demande, comme à vous tous, de t'en remettre à mon jugement. Sur ce, je crois que nous avons une réunion à tenir. Molly ?

- Oui, bien sûr, Albus.

Mme Weasley se tourna vers la jeune fille et l'entraîna en dehors de la cuisine.

- Une réunion ? On doit me faire confiance, mais je ne suis pas digne d'y assister, remarqua aigrement Kécile.

- Tu es mineur, tu ne peux pas faire partie de l'ordre du Phénix. Les enfants sont là haut et vous allez attendre ensemble la fin de la réunion.

Elle l'entraîna au second étage de la maison où des détails plus sinistres les uns que les autres faisaient penser à Kécile que la famille Black était dérangée avant la génération de Bellatrix.

- Tu partageras cette chambre avec Ginny et Hermione, dit Mme Weasley en ouvrant la porte d'une pièce à la décoration morbide. Une odeur de poussière tenace imprégnait l'atmosphère et les draps, les rideaux et les tentures avaient un aspect vieilli et miteux.

- Pose tes affaires. Tu trouveras ensuite les enfants dans la bibliothèque au premier étage au fond à droite.

Et Mme Weasley ferma la porte derrière elle avant de retourner auprès du reste de l'ordre.

Kécile s'assit sur son lit avec un soupir agacé. Elle se sentait exaspérée, et n'aurait pas vraiment su dire pourquoi. L'attitude Maugrey n'avait pas aidé, mais il fallait être honnête, ce n'était pas lui qui avait déclenché son agacement. Alors quoi ?! Avec un peu de chance, son ennui allait être enfin rompu. Et elle se trouvait dans un lieu pour lequel son père aurait donné cher, ne serait-ce quepour en connaître l'emplacement... Oui, c'était peut-être justement là le problème. Elle se sentait mal-à-l'aise... Sûrement une conséquence de ses rêves bizarres et malsains qu'elle faisait régulièrement.

A contre cœur, elle finit par sortir ses affaires avant de se décider à trouver la bibliothèque.

Lorsqu'elle entra dans la salle, le murmure d'une conversation lui parvint du fond de la pièce et elle trouva au détour d'une étagère Ron et Hermione.

- Kécile ! S'exclama cette dernière en interrompant la conversation avec un cri joyeux.

Ça la dépassait un peu qu'on puisse montrer tant d'enthousiasme à sa présence, mais c'était agréablement changeant de l'accueil glacial que les membres de l'ordre lui avait réservé. Elle se surprit à être contente de revoir les deux gryffondors.

- On ne savait pas quand tu arrivais !

- Parce que vous saviez que je venais ? S'étonna-t-elle.

- Oui, répondit Ron. Dumbledore en a parlé il y a un moment à Maman, sans préciser à partir de quand tu serais là.

- Et moi qui ai appris ça hier... grommela Kécile. Harry n'est pas là ?

- Non, toujours chez les Dursley, le pauvre. Ça doit sérieusement commencer à lui taper sur les nerfs...

- D'autant que nous ne pouvons rien dire dans nos lettres sur ce que nous faisons. Il doit se sentir mit à part, ajouta tristement Hermione.

- Il n'y a plus qu'à espérer qu'il va se retenir de faire gonfler l'un des membres de sa famille, commenta Kécile avec un petit rire moqueur. Je doute que le ministère soit aussi conciliant qu'il y a deux ans. A en croire la gazette, il n'y est plus en odeur de sainteté...Je suppose que le ministère n'a pas connaissance de l'existence de l'ordre ?

- Si, répondit Ron gravement. Mais ils ignorent qui en fait partie. Et ça vaut mieux, parce que d'après Papa, le ministère est infiltré par Tu-Sais-Qui.

- Ça fait un moment, je te prie de le croire, confirma Kécile, qui songeait à plusieurs mangemorts qu'elle avait connu et qu'elle avait d'ailleurs même dénoncés au ministre lui-même à la fin du tournoi. Ça risque juste d'empirer si Fudge continue à jouer à l'autruche. Son aveuglement est tellement aberrant... Vous savez que j'ai vraiment envisagé pendant un moment qu'il puisse être un mangemort lui aussi ?

Kécile s'attendait à ce que ses deux camarades éclatent de rire, mais ils se contentèrent d'échanger un regard.

- Justement... murmura Hermione d'un air soucieux.

- Quoi ? Interrompit Kécile. Je disais ça pour plaisanter ! Ne me dîtes pas que l'ordre envisage réellement que Fudge puisse être un mangemort !

- Pas exactement. Ils ont envisagé qu'il puisse être contrôlé par un mangemort.

- Laisse moi deviner... genre Malfoy ? Ça n'est pas impossible, remarqua Kécile la mine pensive.

- Mais ils ont fini par conclure que Fudge n'était pas sous imperium où quelque chose du même goût. Apparemment, pour l'instant, il agit de son propre chef.

- Ce qui n'est pas forcément rassurant, nota Ron.

- Et que fait l'ordre ? Demanda Kécile.

- On ne sait pas exactement. On n'a pas le droit d'assister aux réunions. Ils sans doute de prévenir les gens, d'en rallier à leur cause. Mais ils sont obligés de rester discrets.

- Et vous, que faîtes vous ?

- Du ménage, répondit aigrement Ron. Maman essaie ainsi de nous garder éloignés du centre d'action et crois moi, ce n'est pas le matériel qui lui manque !

- Génial...grommela Kécile. J'ai quitté la relative tranquillité de Poudlard et son ennui pour devenir un elfe de maison...

XXX

Le personnel tournait, mais il y avait toujours du monde au Square Grimmaurd. Une fois de plus, ils étaient attablés dans la cuisine autour d'un dîner tardif car la réunion de l'ordre s'était prolongée. Mme Weasley était entrain d'annoncer le programme du lendemain qui semblait consister en l'assainissement des chambres du second étage. Kécile poussa un soupir à peine retenu... La bibliothèque leur avait déjà pris trois jours à six (bien que la participation des jumeaux n'ait pas été d'une efficacité redoutable) et elle ne préférait pas calculer le temps que ça allait leur prendre .pour toutes ces chambres.

Un homme à l'aspect miteux entra précipitamment dans la cuisine, interrompant les conversations.

- Dumbledore n'est pas là ? Demanda-t-il d'une voix un peu haut perché.

Kécile l'étudia. Celui-là, elle ne le connaissait pas encore... Pas que ce soit une grande perte. L'Ordre acceptait des personnes plutôt douteuses.

- Non, répondit Lupin l'air immédiatement soucieux. Il est parti il y a une demi-heure.

- Qu'est-ce qui se passe, Fletcher, gronda Sirius. Tu n'étais pas chargé de surveiller Harry ce soir ?

Et le ton était clairement menaçant.

Surveiller Harry ? Qu'est-ce que ça signifiait ?

Le nouveau venu ne répondit pas et prit une poignée de poudre de cheminette avant de lancer l'adresse du bureau de Dumbledore. Sa tête passa dans le foyer, et ils entendirent un pan de la conversation :

- Il y a eu une attaque de détraqueurs, Dumbledore... Non, pas de blessés, mais Harry a dû se défendre. Nom de nom, je me demande comment ce gamin a pu les faire fuir... Non, c'est que... c'était vraiment qu'un moment... Je ne pensais jamais...

Le ton de l'homme devenait vraiment stressé et les visages de Lupin et surtout de Black devenaient franchement menaçants. Heureusement que le dénommé Fletcher leur tournait le dos, songea Kécile. Il se retira néanmoins précipitamment de l'âtre et quelques secondes après, le feu crépitait et Dumbledore sortait de la cheminée, un air de colère glaciale plaquée sur le visage.

Kécile se recula instinctivement et observa la scène.

- Vous rendez-vous compte, Mondingus, que Harry a dû utiliser un sortilège dans une zone moldue en dehors de la période scolaire alors que le ministère cherche le moindre prétexte pour lui sauter dessus ? Votre négligence pourrait coûter sa scolarité à Harry. Peut-être même sa baguette ! Il me semble, Mondingus, que votre présence dans l'ordre n'est due qu'à l'espoir que Harry nous aide à vaincre une deuxième fois Voldemort. Comment comptez-vous qu'il s'y prenne sans baguette ?

Et l'ironie glaciale fit courber la tête au petit homme crasseux.

- Vous allez immédiatement retourner à Privet Drive et vous assurer qu'aucun incident ne survienne. Et je vous conseille de prier pour que la situation s'arrange !

Et sans un regard pour le reste des personnes présentes, le directeur s'engouffra dans l'âtre.

Chacun sembla reprendre son souffle et se remettre de ses émotions comme s'ils venaient tous de se faire passer un savon, jusqu'à ce que Black aboie un retentissant « Tu attends quoi ?! » à l'adresse de Fletcher qui fit sursauter tout le monde.

Alors que les adultes commentaient l'attitude irresponsable de Mondingus et les répercutions plus ou moins dramatiques que cela pouvait avoir sur Harry, les trois étudiants échangèrent un regard.

Des détraqueurs ? A Privet Drive ? Voldemort ne comptait pas passer inaperçu ainsi, tout de même ?!

XXX

Dumbledore traversait à pas vifs les couloirs du ministère sans se soucier des regards intrigués qu'on lui jetait, en raison de sa mine ombrageuse. Il devait faire vite. Avant que Harry ne s'oppose aux forces de l'ordre. Avant qu'il ne quitte la maison des Dursley. Avant que cela ne se transforme en scandale. Et si possible avant que l'incident ne fasse la une de la gazette.

- Professeur Dumbledore, salua la voix mielleuse de la sous-secrétaire d'Etat qui trônait dans l'anti-chambre de Fudge.

- Je dois voir Cornelius à l'instant.

- Je suis désolée, M. le Minsitre est en réunion.

- Mrs Ombrage, gronda le directeur d'une voix impressionnante de menaces. Annoncez-moi immédiatement auprès du ministre ou je passe de force.

- Cela vous porterait grandement tort, rétorqua la bonne femme avec un sourire faux. Votre situation actuelle auprès du ministre n'est déjà pas...

Dumbledore n'écouta pas et se dirigea d'un pas ferme vers la double porte du bureau de Fudge. L'horripilante sous-secrétaire eut beau crier et s'insurger et tenter de lui barrer la route, il l'écarta d'un simple geste de la main et ouvrit brusquement la porte.

- Dumbledore ? S'exclama Fudge visiblement décontenancé.

- Cornelius. Vous ne devriez pas être surpris de me voir ici.

Il se tourna alors vers la femme qui se tenait de l'autre côté du bureau du ministre.

- Madame, salua-t-il, prêt à lui demander de quitter la pièce.

- Mafalda Hopkrik, professeur Dumbledore, répondit cette dernière en lui tendant la main. Directrice du département des Usages abusifs de la magie. Je suppose que votre présence est due au cas de Mr Potter ? Je viens d'envoyer la lettre à ce jeune homme pour lui signifier son renvoi de Poudlard et l'arrivée d'un représentant pour la destruction de sa baguette, selon les ordres du Ministre. Je faisais pourtant part à Mr Fudge de ma réticence à expédier cette affaire de la manière conventionnelle.

- Potter ne mérite aucun traitement de faveur, clama Fudge.

- Ce n'est pas ce que vous avez dit il y a deux ans, Cornelius, répondit sèchement le directeur.

- Les choses ont changé depuis, Dumbledore.

La discussion animée fut interrompue par des éclats de voix en provenance de l'anti-chambre ou Mrs Ombrage paraissait vouloir retenir un nouveau visiteur. Dumbledore reconnut la voix tonitruante d'Amelia Bones qui semblait posséder peu de patience ce jour-là.

- C'est moi qui lui ai demandé de venir, justifia Hopkrik avec un regard d'excuse. Je lui ai envoyé la date de l'audience disciplinaire.

- Cessez de faire du zèle, Dolorès, tempêtait Amelia de l'autre côté de la porte, et vous commencerez peut-être à vous rendre utile !

Fudge, qui arborait maintenant une belle couleur rouge tomate dénotant sa colère, finit par ouvrir la porte, interrompant net la dispute.

- Voulez-vous ameuter tout le ministère ? Amelia, il ne me semble pas vous avoir convoqué, mais rentrez toujours. Dolorès, demandez-moi si je veux recevoir quelqu'un avant d'essayer de le renvoyer.

Sans se préoccuper pour deux sous de la grossièreté du Ministre, Mrs Bones entra en jetant un regard méprisant à Ombrage et salua les deux autres occupants du bureau.

- Je crois que les esprits sont un peu échauffés, commenta Mrs Hopkrik. Peut-être serait-il bon de s'asseoir et de discuter calmement de la situation ?

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? S'exclama Mrs Bones en prenant un siège au geste négligeant du ministre. Harry Potter renvoyé de Poudlard ? Harry Potter sans baguette ? Mais vous voulez une émeute, Fudge ? Vous rendez-vous compte de la réaction de la population lorsque cela fera la une de la gazette du sorcier ?

- Cela ne fera pas la une de la gazette, répondit Fudge d'un ton catégorique, et la population ne porte plus Mr Potter dans son cœur comme auparavant.

- Grâce à vous, Fudge, répondit sèchement Dumbledore.

- Grâce à ses actions. Il est temps que Potter apprenne qu'on ne lui passera pas tout.

- Ne lui passera pas tout ?! S'exclama Mrs Bones. Vous lui avez passé deux incidents plus proches des caprices au cours de sa deuxième et troisième année. Et vous voulez le renvoyer pour un Patronus ? Fudge, soyez logique un instant ! Si Potter a crée un Patronus, ce n'est sans doute pas pour épater la galerie.

- D'ailleurs, demanda Mrs Hopkrik, comment ce fait-il que ce garçon sache créer un patronus ?

Personne ne prit la peine de lui répondre.

- Mr Potter, aime épater la galerie.

- Je suis au regret de vous contredire, Cornelius, répondit fermement Dumbledore. Et je vous demande de revenir sur votre décision. Si des détraqueurs se sont promenés à Little Whinging, Harry pourrait bien avoir besoin de sa baguette une seconde fois.

- Dans tous les cas, Fudge, renchérit Bones, l'affaire est suffisamment grave et concerne une personne d'une notoriété suffisamment importante pour ne pas prendre de décision hâtive et écouter sa défense.

Mrs Hopkrik opina.

- Et vous ne pouvez pas non plus vous permettre de renvoyer à la légère de Poudlard un élève comme Harry Potter, asséna la responsable de la Justice magique.

Mrs Hopkrik opina à nouveau.

Fudge éructa.

- Je n'ai aucunement l'intention de faire une exception pour cette petite célébrité de Potter !

- On ne vous parle pas de faire une exception, rétorqua calmement Mrs Hopkrik. On vous parle de prendre le temps de la réflexion. Pourquoi ne pas examiner ces deux points avec témoins devant l'audience disciplinaire du 12 août. Cela laisserait le temps aux esprits de se calmer, au ministère d'enquêter sur ce qui s'est passé ce soir, et à Potter, en cas de danger comme semble le craindre le professeur Dumbledore, de pouvoir conserver sa baguette et d'être à même de se défendre.

Dumbledore se tut, attendant la décision du ministre, mais approuva l'idée, intérieurement soulagé du soutien que lui apportaient Mrs Bones et Mrs Hopkrik face à Fudge.

Avec un peu de chance, Harry ne serait pas en danger immédiat. Enfin, autant qu'on pouvait considérer qu'il n'y avait pas de danger immédiat, alors que des détraqueurs s'étaient baladés du côté de Little Whinging.

Dumbledore aurait voulu s'assurer que Harry n'avait pas entre temps quitté la maison. Mais un membre de l'ordre avait déjà dû lui envoyer un message et lui dire de ne pas bouger.

Le directeur réalisa néanmoins, que si Harry voulait rester dans la maison, cet incident avec les détraqueurs et le patronus pouvait amener les Dursley à revoir leur position vis-à-vis de Harry. Tels qu'il les connaissait, s'ils se sentaient menacés, les moldus étaient capables de le mettre à la porte.

Il se décida rapidement. Fudge, bon gré mal gré, avait fini par signer un accord comme quoi la décision du bris de la baguette de Harry et son renvoi de Poudlard était remise au 12 aout. Bones, toujours prompte à régler les situations, se leva aussitôt, le parchemin en main, et prit congé du ministre. Dumbledore en profita pour en faire autant.

Dans le couloir, les deux sorciers échangèrent quelques mots :

- Fudge joue avec le feu, gronda Bones. Et la partie n'est pas gagnée, dit-elle en secouant le parchemin que le ministre avait signé. Il a cédé un peu trop facilement si vous voulez mon avis... Il doit avoir une autre idée pour coincer Potter.

- Nous avons l'essentiel, répondit Dumbledore. Nous allons nous aussi nous préparer à cette audience. Je compte sur votre impartialité.

- Comme toujours, Dumbledore. Je ne laisserai pas passer un étudient qui s'amuse avec des patronus à la légère, mais je chercherai à comprendre pourquoi Potter a lancé ce sort.

- Je savais que nous pouvions compter sur vous, Amelia.

- Je ferai ce que je pourrais pour tenter de ramener Fudge à la raison, et l'obliger à rester dans la légalité. C'est mon devoir. Merlin sait ce que je pense déjà de son attitude envers vous...

Et avec un dernier hochement de tête, la Chef du Département de la Justice prit la direction de son bureau.

Dumbledore emprunta une cheminée de l'atrium jusqu'à son bureau de Poudlard. Appelant un hibou, il écrivit à la hâte sur un parchemin une simple phrase :

« Souviens toi de ma dernière, Pétunia. »

Puis il ensorcela la lettre qui se transforma en beuglante.

Voilà que devrait remettre les pendules à l'heure chez les Dursley si elles s'étaient déréglées. Il ne put retenir un sourire en imaginant la tête que ferait le mari et le fis de Pétunia lorsqu'ils verraient la femme recevoir une beuglante d'un sorcier inconnu. Elle, saurait parfaitement à quoi il faisait allusion. Elle comprendrait parfaitement la menace qui se cachait derrière cette phrase. Ces quelques mots suffiraient à ramener les souvenirs qui assuraient la sécurité de Harry à Privet Drive.

Il passa ensuite un rapide coup de cheminée au Square Grimmaud, afin de rassurer les membres de l'Ordre qui s'y trouvait, que la situation étaient pour le moment stabilisée.

Puis jugeant que la soirée avait été suffisamment riche en émotion, le directeur alla se coucher, tout en songeant qu'il était peut-être temps de retirer prochainement Harry de chez les Durlsey pour l'emmener au square Grimmaud. Si Voldemort était derrière tout ça...

XXX

Kécile claqua la porte de sa chambre avec toute la force dont elle était capable. Les murs de l'étage tremblèrent et elle entendit Black beugler un retentissant : « Gaunt ! ».

Mais elle n'en avait rien à faire.

Ces vacances étaient décidément pourries.

Elle avait été contente de retrouver Hermione et Ron. Elle avait été ravie quand Harry les avait enfin rejoint, leur racontant en détail l'étrange incident avec les détraqueurs, stressant un peu trop à son goût pour l'audience du 12 août.

Mais elle en avait marre de servir d'elfe de maison. Oh, des fois, c'était amusant : L'attaque de doxys des rideaux du salon avait été plutôt divertissante. Voir Ron se dépêtrer des robes ensorcelées de l'armoire de la chambre de Mrs Black avait été aussi une bonne partie de rigolade ( du moins de son point de vue). Mais ce n'était que de rares moments dans des journées interminables parmi la poussière, les toiles d'araignées et les objets plus que douteux que recelait la maison.

Cependant, ce n'était pas le pire. Elle en avait marre des regard lourds que lui lançait Black. Elle en avait marre des commentaires de Maugrey à chaque fois que celui-ci la croisait dans la maison. Lorsqu'il était là, Kingsley essayait de ramener son collègue à la raison, mais Tonks en revanche, s'en donnait à cœur joie pour l'enfoncer.

Pour couronner le tout, ce soir-là, elle se sentait déphasée avec l'ambiance du reste de la maison.

C'étaient le dernier jour des vacances et ils avaient enfin reçu leur lettre annuelle de Poudlard. Et Ron et Hermione avaient eu la « surprise » (surtout en ce qui concernait Ron) d'être nommés préfets. Mrs Weasley, absolument ravie, avait déclaré qu'il fallait faire une petite fête. D'autant plus que l'anniversaire de Harry, fin juillet, n'avait pas été célébré.

Il régnait donc au square Grimmaurd, une ambiance étrangement festive que Kécile ne partageait pas. Encore moins après le commentaire désobligeant que Black avait lâché devant elle au sujet de Severus. Kécile était parfaitement consciente que les deux hommes ne se portaient pas dans leurs cœurs. Mais ça n'empêchait qu'elle ne supportait pas qu'on traite Severus d'un vulgaire « lâche qui trouvait moyen d'être dans les deux camps pour être sur d'être dans celui qui gagnerait. ». Ça non. Elle en voulait à Severus de son attitude depuis le début des vacances, elle admettait que son caractère n'était pas tous les jours faciles, elle acceptait en bougonnant d'entendre Ron le traiter de bâtard graisseux. Mais elle ne pouvait pas accepter d'entendre Black qui restait tranquillement square Grimmaud, qu'importe les risques qu'il aurait couru autrement, insulter Severus ainsi. Lui avait dû se faire torturer aux limites de la mort par Voldemort pour retrouver sa place d'espion, et risquait tous les jours sa vie. Alors non !

De toute manière, elle n'était pas la bienvenue dans la petite fête. Son engueulade retentissante avec Black lui avait valu une dispute bien moins spectaculaire mais plus douloureuse avec Harry. Il fallait s'y attendre. Harry protégeait et soutenait son parrain, Kécile soutenait Severus. Et leur fragile amitié ne pouvait rien faire contre cette dissension. C'est pourquoi, excédée, Kécile avait fini par se retirer dans sa chambre quand Harry l'avait traitée de serpentarde ratée.

Ces vacances étaient décidément pourries. Du ménage, pas de cours de hautbois, pas de Dumbledore, pas de Severus, supporter Sirius Black, et à cause de cet imbécile, elle se disputait avec Harry.

Le bruit des conversations animées et de rire joyeux lui parvenait d'en bas et ne faisait qu'augmenter sa colère dans en sentiments sournois et insidieux d'être mise à part, sans réaliser qu'elle était la première responsable de cette situation.

L'odeur de la cuisine de Mrs Weasley venaient également titiller ses narines et faire gronder son estomac. Cédant à sa gourmandise et à sa faim, Kécile finit par sortir de sa chambre et descendre vers la cuisine. Néanmoins, arrivée au premier étage, le bruit de sanglots, de lamentations et de Ridikkulus lancés à répétition l'interpella.

Elle entendit Harry qui s'exclamait :

- Mrs Weasley, sortez d'ici, quelqu'un d'autre va s'occuper de...

Il fut interrompu par Lupin qui demandait ce qui se passait. Black et Maugrey montaient également l'escalier et ce dernier lui jeta un regard torve en passant devant elle. Le cadavre de Harry se tenait dans le salon du premier étage devant une Mrs Weasley en larmes et un Harry, bien vivant lui, qui semblait partagé entre l'envie d'aider Mrs Weasley et la fascination morbide que son simulacre de cadavre provoquait.

Kécile laissa Lupin s'occuper de neutraliser l'Epouvantard. Ça n'avait après tout jamais été sa spécialité. Mais Mrs Weasley continuait à sangloter sur l'épaule du loup-garou.

- Molly, c'était un simple épouvantard, murmura ce dernier en essayant de l'apaiser.

- Je les vois m-m-morts tout le temps, gémit Mrs Weasley. Tout le temps ! J'en r-r-rêve... N-n-ne le dites pas à Arthur. Je n-n-ne veux pas qu'il sache... que je suis... une idiote... Harry, je suis désolée. Qu'est-ce que tu dois penser de moi ? Bredouilla-t-elle ensuite à l'adresse du jeune garçon. Pas même capable de se débarrasser d'un Epouvantard.

Kécile se garda bien d'intervenir, mais elle-même n'était pas forcément sûre de maîtriser un épouvantard-Voldemort en toute circonstance. Encore moins un épouvantard- Détraqueur.

- Ne soyez pas stupide, répondit Harry.

- C'est parce que je suis s-s-si inquiète, reprit Mrs Weasley. La moitié de la f-f-famille fait partie de l'Ordre, ce s-s-sera un miracle si nous nous en sortons tous... Et P-P-Percy qui ne nous parle plus... Si quelque chose d-d-d'horrible arrivait et que nous n-n-ne soyons pas réconciliés avec lui ? Et que se passerait-il si Arthur et moi étions tués, qui s-s-s'occuperait de Ron et de Ginny ?

Kécile se détourna et quitta la pièce. S'ils mourraient, Ron et Ginny devraient faire comme Harry ou elle-même, ils devraient se débrouiller seuls. Et ils n'en mourraient pas. Ça les ferait même peut-être un peu mûrir, ce qui ne serait pas plus mal.

Puis elle se morigéna. Ses pensées ressemblaient un peu à souhaiter la mort des parents Weasley et ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait. Et puis, elle n'était pas complètement seule, n'est-ce pas ? Il y avait... Non, il n'y avait pas vraiment Severus. Pas en ce moment, en tout cas. Mais il y avait Dumbledore... enfin quand il était là... c'est à dire... pas souvent.

Kécile tenta de reléguer sa rancoeur renouvelée envers Severus et Dumbledore dans un coin de son esprit. Mais ses nerfs à fleur de peau furent une nouvelle fois mis à l'épreuve, lorsque oubliant de se faire discrète dans le hall, le portrait de Mrs Black se mit à hurler :

- IMMONDE TRAITRE A TON SANG!TU SOUILLES L MAISON DES BLACKS ? LA MAISON DE MES NOBLES ANCETRES. TU N'ES PAS DIGNE DE VIVRE ET LE SEIGNEUR DES TENEBRES...

- Oh, vous, taisez-vous ! Il serait vraiment temps que quelqu'un s'occupe de votre sort.

Et oubliant toute prudence, Kécile sortit sa baguette d'un geste déterminé, et se tourna vers le portrait qui continuait à beugler des insanités.

- Morti flammari, cracha-t-elle sans hésitation.

Et un rayon ocre fusa vers le portrait qui glapit, craignant peut-être de voir sa dernière heure venue.

- Gaunt ! Hurla pour la seconde fois de la soirée Black.

Sauf que cette fois-ci Maugrey et Lupin dévalaient les escaliers derrière lui.

- Etes-vous folle ?! S'exclama Lupin qui cherchait à la désarmer alors qu'une odeur de brûlé s'élevait depuis le portrait.

- Arrêtez ça immédiatement ! Rugit Fol-Oeil.

Kécile leva le sort un sourcils haussé, et jeta un coup d'oeil au portrait. Elle remarqua avec déception que si le cadre était vaguement abîmé, la toile hurlait toujours avec vigueur, proprement scandalisée du sort que la gamine avait tenté de lui faire subir. Et apparemment, elle n'était pas la seule.

- De la magie noire ! Où est-ce que vous avez appris ça ? Avec Rogue, sans aucun doute !

- Rogue n'est pas responsable de tous les sorts de magie noire que je connais, argua crânement Kécile

- N'êtes vous pas folle d'utiliser ce genre de sorts ici ?

- Je ne perdrais pas le contrôle, professeur Lupin .On m'a entraîné pour ça.

- Et c'est bien pour ça qu'on ne peut pas vous faire confiance, cracha Fol-Oeil. Je me demande vraiment à quoi joue Dumbledore en vous acceptant ici.

- Et ça y est, c'est reparti, râla Kécile.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Demanda Tonks en sortant de la cuisine.

- Il se passe que Gaunt s'amuse à faire joujou avec de la magie noire. Donnez moi cette baguette, Gaunt.

- Pardon ?

- Donnez-moi votre baguette, martela Fol-Oeil. Au moins je serai sûr que vous n'égorgerez personne pendant votre sommeil.

- Votre paranoïa vous perdra. Et qu'est-ce qui peut vous laisser espérer un seul instant que je vais vous donner ma baguette ?

Kécile jeta un regard de défi à l'Auror. Qu'il ose espérer qu'elle se laisserait retirer sa baguette sans broncher la laissait pantoise. S'il fallait le provoquer en duel, elle n'hésiterait pas une seconde.

Cependant Lupin dut voir que la situation était proche de dégénérer et intervint pour calmer les esprits.

- Inutile d'en arriver à cette extrémité, Alastor. Personne ne doit être séparé de sa baguette, Kécile pas plus qu'une autre. Quant à toi Kécile, je t'aurais cru plus intelligente que ça. Si tu as appris la magie noire, tu n'ignores pas non plus les dangers qu'elle représente, surtout dans une maison comme la demeure des Black.

- Je me demande ce qui me retient de la foutre dehors, grommela Sirius.

- Tu ne la mettras pas dehors, dit fermement Lupin.

- Non, bien sûr, je n'en ai pas le droit. Je ne peux même pas décider qui j'accepte de loger chez moi ? Je ne suis plus maître dans ma maison.

- Ce n'est pas la question. Tu sais très bien ce que penserait Dumbledore si nous faisions une chose pareille.

- Oh, oui, évidemment ! S'exclama Kécile. Ces messieurs craignent la réaction de Dumbledore s'il apprenait qu'on m'avait jeté dehors. Mais en revanche, s'inquiéter de savoir ce qui pourrait m'arriver si Voldemort mettait la main sur moi, ça ne vous inquiète absolument pas !

Et sans leur laisser le temps de répliquer, Kécile remonta dans sa chambre, toute idée de dîner oubliée, et claqua la porte dans un retentissant :

« Abrutis! »


Soyez gentils vous aussi! Merci! Et à très bientôt...