La plupart des personnages ne m'appartiennent pas (ils appartiennent à Akira Amano).
Cependant, l'histoire m'appartient.
Noir.
Sombre.
Désespoir.
Mort.
Chrome se réveilla en sursaut. Elle avait refait le même cauchemar que l'autre jour mais avec encore plus de sensation que la dernière fois. Elle avait même cru entendre une voix à glacer le sang lui ordonner de se réveiller, mais elle ne se rappelait plus des mots précisément. Le sol dur en béton la fit frissonner et les murs de pierres sombres la retenaient prisonnière dans cet espace obscur. Elle ne voyait aucun barreau, ni porte pour la prison : elle ne savait donc pas comment elle avait pu se retrouver là. Par le plafond et le sol étaient aussi impossible. Il n'y avait juste qu'une chandelle sur chaque mur qui éclairait la pièce.
Et puis, elle se rendit compte qu'elle n'avait plus son cache-œil et que, pourtant, elle arrivait encore à voir correctement. Elle cligna des yeux pour s'assurer si n'était pas juste une impression, mais non : elle voyait en réalité encore de son œil droit. Pourtant, il y avait bien longtemps, après son accident de voiture et la mort de ses parents, Ryuko était venu à son chevet et lui avait expliqué qu'elle avait perdu son œil droit et qu'on lui avait remplacé par un œil de verre. À partir de ce jour elle devait porter un bandeau pour cacher au mieux sa récente blessure. C'était vrai que, les premiers jours, elle avait du mal à garder constamment son œil fermé et elle l'ouvrait parfois par inadvertance, mais elle ne voyait à chaque fois rien. Sur le coup, elle avait alors pensé que c'était tout simplement car c'était un œil de verre. Mais si ce n'était pas vrai et qu'on lui avait menti ? Et si, en vérité, elle ne voyait pas seulement à cause le cache-œil lui bloquait la vue ? Elle ne l'avait jamais enlevé, et elle ne pouvait donc rien confirmer.
Comme par magie, le mur à sa droite se mit à onduler, comme si de l'air chaud passait soudainement, puis une porte de prison apparut. Les barreaux de fers étaient suffisamment espacés pour qu'elle puisse tendre les bras en-dehors de sa cage, mais elle ne pouvait évidemment pas s'enfuir. De toute façon, que pourrait-elle faire après ? Elle était quelque-part elle ne savait où, loin de tous ses amis qui ne pourraient la secourir...
Après s'être rendue aux ennemis, la fille aux cheveux auburn l'avait assommée volontiers et c'était assurément à ce moment-là que les deux avaient dû l'emmener dans cette planque. De là où elle était enfermée, elle arrivait à voir le hall de cachette. Contrairement à ce qu'elle s'attendait à un quartier général, la décoration n'était pas top et l'air était lourd et sentait le moisi : des canapés étaient dispersaient un peu n'importe où, une trappe était mal cachée par un tapis et une télévision cassée était installée sur un meuble en bois défoncé. Il n'y avait aucune lumière à part celle qui arrivait de dehors et qui était filtrée par les fenêtres mal entretenues et les rideaux verts troués.
En regardant autour d'elle, Dokuro ne vit pas dans un premier temps M.M et Kakimoto arriver. Quand elle les remarqua, elle fit un bon en arrière, s'attendant à ce que l'un d'entre eux se mette à l'attaquer par plaisir. Mais en vérité, la fille laissa tomber deux boîtes de conserve à l'intérieur de la prison. Chrome déglutit : venaient-ils lui donner à manger ? N'était-ce pas du poison ?
- Tu sais, on ne te servira pas mieux, trancha M.M : on ne mange pas mieux, nous, de notre côté. Franchement, la première fois que je suis venue ici et que j'ai vu ça, j'ai fait la même tête que toi. Mais il va falloir t'habituer.
- Tu ferais mieux de manger au plus tôt, encouragea le blasé à côté d'elle. Ton organisme va mal réagir, sinon.
L'apprentie exorciste n'eut pas de mal à la croire. Son ventre se mit à gargouiller bruyamment puis elle se décida de regarder ce qu'ils venaient de lui donner. Rien de très encourageant rien qu'en observant.
- Je... je suis restée inconsciente combien de temps ? demanda-t-elle faiblement.
- Deux jours, répondit Kakimoto.
- Bon, si tu veux bien t'occuper de la gamine, je te laisse faire : moi, j'ai un planning chargé avec le shopping ! À plus ~ !
Sans dire autre chose, M.M sortit de la pièce, puis de leur planque. Le hall tomba dans le silence, et il ne restait plus que Kakimoto et Chrome. Au bout d'un moment, celle-ci commença à entamer sa première boîte de conserve : pas fameux ni au goût ni à la saveur, mais lorsqu'on est au bord de l'hypoglycémie, n'importe quoi ferait affaire. Pas très loin, le garçon était sur un canapé et l'observait avec un drôle de regard. En croisant son regard, Dokuro se sentit tout bizarre et son cœur se serrer, comme lorsqu'elle avait une impression de déjà-vue. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'elle avait eu cette sensation avec lui.
- On... on s'est déjà croisé, avant ? demanda-t-elle dans le vide.
Kakimoto la fixa encore quelques instants avant de détourner du regard et de jouer avec un de ses yo-yo. Comme elle s'y attendait, lui poser des questions ne servirait à rien : il n'était là que pour la surveiller au cas où elle s'enfuirait. Elle soupira puis reprit son repas.
- Tu ne te rappelles pas ? répondit finalement le blasé.
Ça faisait cinq minutes que c'était le silence total et Chrome dut prendre quelques secondes avant de l'associer à sa question. Mais maintenant, ça lui sembla plus clair : ils s'étaient déjà rencontrés. Pourtant, cette réponse engendrait encore plus de questions : où, quand et comment l'avait-elle rencontré ? Pourquoi des gens qui la connaissaient voulaient-ils la kidnapper ?
- Je... non, je ne me rappelle pas. J'ai des trous de mémoire depuis... une certaine époque dans ma vie, avoua-t-elle.
- Depuis ton « accident » de camion, où tes parents sont « morts » en même temps ?
L'apprentie exorciste fut étonnée qu'il connaisse ce passage de sa vie - on avait pourtant tout fait pour le taire le plus possible dans la région pour une raison qui lui échappait -. Mais surtout, il faisait des guillemets des doigts à « accident » et « morts ». Que voulait-il sous-entendre ? Mais Chrome n'eut pas le temps de demander autre chose que Kakimoto se lève pour s'en aller.
- Tu auras tes réponses d'ici ce soir, assura-t-il. Mais ne crois pas que ça sera facile à entendre, surtout si tu as oublié. Mukuro a le chic d'être direct, mais pas galant. On viendra te chercher un peu avant.
Le blasé finit par s'en aller et Chrome se retrouva de nouveau seule, avec comme seule compagnie tous ses questionnements qui n'aboutissent à rien pour le moment. Elle finit de manger sa deuxième boîte de conserve puis elle se posa contre le mur d'en face. Une espèce d'aura bleu indigo se forma aux extrémités de la porte en acier puis elle la recouvrit sur toute la surface. Il ne resta plus qu'un mur de pierre comme les autres. Dokuro se douta alors à ce moment-là qu'elle assistait à une illusion. Cette aura, qui était en fait une flamme de dernière volonté, elle avait réussi à l'invoquer, auparavant. Va-t-on lui expliquer ce qui se passait autour d'elle ? Pourquoi ce pouvoir était subitement apparu, comme la vision de son œil droit ? Va-t-on enfin lui expliquer qui elle était ?
« C'est l'heure pour toi de te rappeler de la vérité. »
Elle se souvint enfin des paroles de cette voix, qui lui parut soudainement familière elle aussi. Mais rien ne semblait se manifester davantage. Plongée dans sa frustration, elle posa sa tête contre ses genoux repliés, priant qu'elle connaisse tout sans pour autant que son monde en soit chamboulé.
L'horloge interne de Chrome indiqua que c'était maintenant la nuit. Elle voyait de moins en moins dans sa prison de fortune - les chandelles se consumaient de plus en plus vite -. Elle redoutait du moment où elle connaîtra la vérité, mais elle redoutait encore plus lorsqu'elle ne verrait plus rien, enfermée entre quatre murs de pierres sans aucune lueur. Mais heureusement - ou pas, elle ne le savait pas -, l'illusion disparut une seconde fois et M.M et Kakimoto l'attendirent dehors. L'apprentie exorciste n'avait aucun sentiment de déjà-vue avec cette fille : elle supposa qu'elles ne s'étaient jamais croisées. La fille aux cheveux auburn passa la clé dans la serrure, puis il y eut le bruit du déverrouillage et la porte s'ouvrit. Dokuro se doutait de ce qu'elle devait faire : elle se leva et se positionna devant les deux autres. M.M lui prit froidement le bras et la laissa tomber sur le canapé qui était à dix mètres de là où elle était enfermée. Chrome leur jeta des regards perdus ; elle ne comprenait pas ce qui allait lui arriver. La fille se pencha vers elle, l'air menaçant.
- Bon, on va te laisser ici toute seule, comme une grande fille, déclara-t-elle comme si elle parlait à un bébé. Tu n'as pas intérêt à partir entre-temps ; de toute façon, on te choppera si tu essayes, et ça ira très mal pour toi, continua-t-elle en reprenant une voix froide.
Pendant qu'elle menaçait l'apprentie exorciste, le blasé avait sorti d'un placard poussiéreux un ordinateur portable noir qu'il le posa devant Chrome. Celle-ci se concentra alors sur l'appareil électrique : le clavier était dans un mauvais état, et l'écran était fissuré. L'ordinateur semblait dater d'une dizaine d'années. À la grande stupeur de la jeune fille, M.M et Kakimoto avaient fini les préparations et s'apprêtaient à sortir lorsque le garçon émit une dernière remarque.
- Tout ce que t'as à faire, c'est d'attendre que Mukuro te communique. À plus.
Mukuro. Ce prénom remplit de nostalgie Chrome.
« Mukuro... Rokudo ? » se souvint-elle une nouvelle fois. Elle avait l'impression que c'était une personne importante pour elle... mais qui ?
Seule dans l'immense pièce, Chrome avait de plus en plus peur. Parler en vidéo-conférence n'était pas la première idée qui lui serait venue à l'esprit pour faire des révélations - importantes : elle le sentait -.
Une minute passa. Puis deux, puis cinq, puis dix. Dokuro fixait l'écran, comme soudainement hypnotisée par un vieil appareil électrique. À plusieurs reprises, elle hésitait à cliquer sur une touche, ou à faire bouger la souris ne serait-ce que pour vérifier si les deux autres n'avaient pas oublié de l'allumer.
Enfin, l'écran s'alluma brusquement, surprenant la jeune fille : les pixels s'allumaient au hasard et l'image en était presque épileptique. Enfin, tout redevint noir et une main apparut. Elle lui tendait la main, à elle.
- Prends ma main, Chrome, demanda une voix sombre. Tu vas découvrir qui tu es vraiment.
Dokuro eut alors l'impression que la main sortait de l'écran et qu'elle devenait réelle sous ses yeux. Elle hésita quelques instants avant de s'agripper à la main de l'inconnu. Elle fut alors violemment attirée vers l'écran. Elle ferma les yeux et, alors qu'elle s'attendait à prendre l'ordinateur de plein fouet, fut transportée autre part. Elle ouvrit prudemment les yeux et elle se retrouvait dans le noir le plus complet. Elle voulait crier ou bouger, mais elle n'arrivait pas.
En un claquement de doigt, elle se retrouva dans une pièce chaleureuse et lumineuse, décorée par pleins de meubles et d'une table avec trois chaises. Dokuro eut les larmes aux yeux : c'était chez elle, avant l'accident qui bouscula toute sa vie. Sur le canapé du salon il y avait un jeune homme que l'apprentie exorciste aussitôt : c'était le vendeur du marché de Zanju d'il y a deux jours ! Il portait maintenant le même uniforme que Kakimoto, mais maintenant, elle voyait ses deux yeux : alors qu'un était toujours indigo, l'autre était rouge sang avec aucune pupille. Devant la surprise de l'apprentie exorciste, Mukuro rigola silencieusement avant de l'inviter.
- Kufufu... bienvenue Chrome. Faire les présentations serait inutile, n'est-ce pas ? Je t'en prie, viens t'asseoir et fais comme chez toi !
Dokuro accepta l'invitation timidement. D'un tour de main, Mukuro lui donna un verre de jus de fruits pour se détendre. Quand elle finit de boire d'une seule traite, le jeune homme entreprit la conversation.
- Dis-moi, Chrome, sais-tu où nous sommes ?
Elle prit son temps pour répondre : elle regarda autour d'elle, son cerveau lui disant qu'elle était de retour chez elle. Mais ça ne se pouvait pas. On ne pouvait pas téléporter quelqu'un en un claquement de doigt. Et encore plus lorsque cette maison-même a été détruite peu après l'accident, pour être ensuite reconstruit en un hôpital. De plus, elle voyait des petits bouts de ces flammes indigo léchaient les murs avant de disparaître.
- C'est... une illusion ?
- Kufufu... je ne m'attendais pas à une réponse aussi précise : mais c'est cela, oui, affirma-t-il. En réalité, nous sommes pas côte à côte : j'ai crée une illusion d'un endroit comme un autre pour que nos consciences puissent se communiquer. J'ai pensé que te faire revenir chez toi te ferait plaisir.
Chrome posa son verre sur la table basse pile en face d'elle. Encore plus que nostalgique, elle se sentait... perdue. Elle ne comprenait plus grand chose.
- Comment avez-vous pu faire l'illusion de ma maison ?
- Créer les illusions est un jeu d'enfant pour moi, assura Mukuro avec un sourire narquois, j'en fais depuis que je ne suis qu'un enfant...et même avant.
- Non... mais je ne parlais pas de créer simplement une illusion : comment avez-vous pu créer l'illusion de ma maison ? Comment pouvez-vous la connaître ?
- Oh... c'est vrai que j'ai oublié de le mettre en ligne de compte : ton amnésie...
Le mot fit battre plus fort le cœur de Chrome.
- Mon... comment ? Je ne suis pas amnésique !
- Pourtant, te rappelles-tu de moi ? De Ken et de Chikusa ? Ou même de Lancia ? De toutes ces expériences qui se passaient autour de toi sans en comprendre le sens ? De la véritable personnalité de tes parents ? … non ? Et bien... nous, oui. Et il faut que tu te le rappelles pour comprendre pourquoi tu as vécu tous ses malheurs jusqu'à maintenant.
Chrome commençait à avoir mal à la tête et avoir les larmes aux yeux. Des flashs qui sortaient de nul part apparaissaient devant ses yeux. Elle ne se considérait pas comme amnésique : elle avait seulement oublié des passages comme lorsqu'elle s'était faite renverser par le camion, mais les médecins lui avaient dit que c'était normal. Pourtant, qu'est-ce qu'elle avait oublié de plus ? Pendant ce temps, Mukuro posa à son tour son verre et se leva ; il tendit sa main dans le vide avant de la déplacer, comme s'il voulait effacer quelque-chose. En un instant, le décor changea : ils étaient maintenant dans ce qui semblait être un hôpital, mais on entendait des cris et des larmes loin d'eux. Dokuro sentait la fraîcheur du carrelage sous ses mains. Rokudo l'aida élégamment à se relever avant de l'entraîner avec lui dans un des couloirs.
- Vois-tu, ceci est un de mes souvenirs, expliqua-t-il : nous sommes dans un centre de recherche à Kokuyo. De nombreux scientifiques, qui étaient fascinés par le paranormal et les Élus et qui feraient n'importe quoi pour décortiquer ce mystère, ont fondé une société secrète appelée les Estraneo, qui signifie « étrange » en italien. Nous sommes dans leur laboratoire.
Le nom Estraneo fit si bizarre à la jeune fille qui sentait son cœur s'emballer pour un rien : pourquoi ? Elle sentait que ses souvenirs commençaient à s'éveiller, mais elle avait besoin de plus pour se rappeler pleinement...
Quand elle était petite, elle arrivait à voir faiblement des auras autour des gens : tous les gens la traitaient de folle et ne voulait rester avec elle. Son père était architecte ; elle ne savait pas à ce moment-là ce que faisait sa mère. Mais un jour, son père avait préparé sa valise, puis les a traitées de folles, elle et sa mère, avant de claquer définitivement la porte de la maison. Plus tard, un nouvel homme débarqua dans sa vie avec qui sa mère avait l'air d'être encore plus épanouie qu'avec son père. Chrome voyait de moins en moins ses parents dans ses journées - déjà qu'elle ne les voyait déjà pas souvent auparavant -. Puis, un jour comme un autre, ses parents lui ont proposé de venir avec eux à leur travail, et puis...
- C'était là que son amnésie commençait. Mais elle se souvint maintenant de ces murs blanc âcre et de tous ces adultes qui marchaient en feignant de l'ignorer. Mais aussi d'une cage de fer...
Sans s'en rendre compte, Chrome et Mukuro venaient de s'arrêter. Ils étaient maintenant dans une salle d'attente. Les murs étaient passés du blanc au bleu pâle et il y avaient des portraits accrochés dessus. Dans le souvenir, elle voyait un couple déposé une petite fille sur une des chaises pour patients. Dokuro reconnut sans peine qui c'était : la petite fille était sa version plus jeune, quand elle avait huit ans. Elle avait les cheveux plus longs que maintenant et elle avait encore ses deux yeux violets. Dans le passé, ses parents la laissèrent assise et ils quittèrent la salle sans faire plus attention à elle. La petite fille restait assise et cherchait un moyen de s'occuper avec ses mains.
- Vois-tu Chrome, commença Mukuro, tu es déjà venue ici auparavant. Et c'est dans ce souvenir-là que nous nous sommes rencontrés la première fois.
- Pour... pourquoi êtes-vous ici, vous aussi ? Vos parents travaillaient ici ? demanda innocemment l'apprentie exorciste.
- Non. Mes parents étaient des vagabonds, puis ils ont été mystérieusement tués, et les Estraneo m'ont trouvé.
- Oh... ils sont drôlement gentils, alors, pour vous recueillir, sourit-elle.
Rokudo regarda les deux filles. Elles avaient en ce moment le même sourire, celui de l'innocence.
Lui, il perdit le sien. Aussi, en ces instants, elles ne savaient rien.
- Je ne dirai pas « gentil », contesta-t-il à voix basse. Je dirai surtout qu'ils sont capables d'utiliser tous les moyens nécessaires pour arriver à leurs fins.
- C'est-à-dire ?
Ce coup-là, son sourire espiègle ré-apparut.
- Tu vas bientôt comprendre.
Ils attendirent encore quelques minutes avant que la jeune Chrome semble avoir entendu quelque-chose dans le couloir à sa droite. Insoucieusement, elle se leva et courut vers le bruit. En se rapprochant, elle distingua des bruits de coups et de pleurs. Elle arriva devant une grande double-porte qui l'empêchait de voir et de se rapprocher davantage du bruit. Soudain, elle entendit des pas venant de cette salle se rapprocher de la porte et la petite fille se plaqua contre le mur pour être la moins visible possible : des hommes avec des blouses sortirent indifféremment de la salle et partirent sans voir la fille. En voyant ce souvenir, Chrome eut mal au cœur de voir ces adultes : leurs blouses étaient maculées de sang et ils poussaient un chariot avec seringues utilisées et des prises de sang dans des fioles. Mais sa version plus jeune ne remarqua aucun de ces détails et elle rentra avant que la porte ne se referme.
À l'intérieur, la salle était plus grande qu'elle le pensait. À sa droite il y avait un bureau avec différents relevés ; à sa gauche, une fenêtre avec des barreaux en croix pour empêcher toute tentative de fuite par là. Et enfin, au milieu - et c'était ce qui prenait le plus de place - : une énorme cage de fer qui allait jusqu'au plafond. À l'intérieur, elle voyait trois garçons de son âge : l'un d'eux était allongé par terre à cracher du sang - mais la jeune Chrome était trop innocente pour le comprendre -, un autre mangeait une barre chocolatée et le dernier tentait tant bien que mal à rassurer le premier. Celui-ci avait l'air d'être le plus mature des trois, un peu comme si c'était leur grand frère. Dans le présent, l'apprentie exorciste reconnut deux des trois : celui qui mangeait était Kakimoto, le plus mature des tous était Mukuro, mais elle n'avait pas vu récemment le troisième : il était blond et ses mains étaient bizarrement crochus. Les trois enfants avaient des traces de sang sur leur corps. Malgré son jeune âge qui lui permettait de la cacher de certaines vérités horrifiques, la petite fille savait que quelque-chose n'allait pas.
- Vous allez bien ? Vous voulez que j'appelle les médecins ? demanda-t-elle.
Le jeune Mukuro se leva sa tête vers la petite Chrome. Celle-ci eut peur en voyant les yeux vairons de ce garçon.
- Les « médecins », comme tu les appelles, viennent de frapper Ken dans le ventre car il ne s'est pas laissé faire, expliqua-t-il. Qui es-tu et que veux-tu de nous ?
- Je... je m'appelle...
- Nagi.
Dokuro venait de compléter la phrase avant que sa jeune version ne la termine. Maintenant qu'elle avait vu une bonne partie du souvenir, elle se rappela jusqu'au moindre détail, même jusqu'à son véritable prénom. Des larmes coulaient de ses yeux : mais alors, pourquoi l'appelait-on Chrome ? Alors pourquoi l'avait-on changé ?
Dans le passé, la petite Nagi continuait de parler avec ces enfants. Pendant la discussion, la peur des enfants s'évanouit petit à petit et ils montrèrent un peu de curiosité envers la petite fille. Le blond avait fini de cracher du sang aussi.
- Moi, c'est Mukuro. Lui c'est Chikusa et lui, c'est Ken.
- Qu'est-ce que tu fais ici, bya ?! demanda Jōshima.
- J'ai entendu des coups, avoua Dokuro, et j'ai voulu savoir d'où ça venait. Pourquoi il y a des coups ?
- Les Estraneo ont toujours été comme ça, expliqua Rokudo. Dehors, ils disent que c'est un hôpital, mais en vérité, ils capturent des enfants qu'ils jugent de « forts » et ils font des expériences dessus, nous tapent et nous donnent pas à manger lorsqu'ils ne sont pas contents. Pour moi, ils m'ont pris en chasse quand j'avais six ans, puis ils ont tué mes parents pour me capturer. Depuis, je suis là depuis six ans.
- Je... je vais vous sortir de là !
La Chrome du passé eut de la compassion, mais celle du présent se sentit encore plus attristée. Mukuro la rassura en posant une main réconfortante sur son épaule.
- Eh oui, la vie ne m'a pas offert beaucoup de plaisir... soupira-t-il. Mais depuis ta rencontre, nous avons vu en toi un échappatoire : tu étais la seule à nous comprendre et à vouloir notre liberté. Mais ça n'a pas été facile.
Mais tu ne peux pas ! Il y a pleins de gardes qui vont te tuer ! protesta le petit Mukuro.
- C'est quoi, tuer ?
- Tuer, c'est... c'est quand on force quelqu'un à mourir.
- C'est quoi, mourir ?
- Mourir, c'est lorsqu'une fleur fane, lorsqu'une personne rejoint les étoiles. C'est ça, mourir. Et bientôt, on va le devenir...
Pour son âge, la jeune Chrome ne comprenait pas tous les propos à l'instant. En dehors du souvenir, Dokuro remarqua que ces enfants avaient vécu plus de choses horribles que la plupart des mortels.
- Je dois bientôt partir ! s'exclama la petite fille quand elle vit l'heure. Je reviendrai demain, promis !
- Au revoir, Nagi.
La petite fille s'en alla et tout autour de l'apprentie exorciste devint noir. Le souvenir venait de se terminer. Mukuro se retourna vers elle.
- Tu te souviens de nouvelles choses, maintenant. Mais hélas, pas du pire.
Yoooo !
Je dois vous avouer un truc : au départ, je voulais faire toutes les révélations en un seul chapitre : comme vous avez pu le constater, il y aura bel et bien une suite ! ^^'
Irugorn : Franchement, t'es sans pitié. Tu veux donc prolonger le supplice de Chrome ?
Moi : Si c'est indispensable à l'histoire, je ne vois pas d'autre solution...
Tsuna : T'inquiètes pas, Chrome : on viendra te sortir de là !
Moi : Merci à Nephlim-Diafire5 et à Tsuki Banritt pour les commentaires :D
à Nephlim-Diafire5 : Ah... le vampire n'a pas encore fait son come back... mais patience...
à Tsuki Banritt : Oui, tu peux craindre le pire XD
Ciao ciao ^^
