Merci pour tous vos commentaires qui me font très plaisir et m'empêche de me sentir découragée quand j'ai l'impression d'écrire des choses sans intérêt ou sans saveur...
Chapitre 67 : S'assumer
- Je suis scandalisée, Monsieur le Directeur. Miss Gaunt a attaqué ce pauvre Mr Malfoy sans aucun motif, devant moi, à la sortie même d'un cours !
- Je suis parfaitement d'accord avec vous, Mrs Ombrage, cette attitude n'est pas acceptable, et Miss Gaunt sera sévèrement punie.
Et tout en disant cela, Dumbledore fixait d'un œil glacial la coupable, assise sur le deuxième fauteuil en face de lui, à côté d'Ombrage.
- Sans motif ? S'insurgea celle-ci. Vous plaisantez j'espère !
- Silence, ordonna le directeur.
Kécile se tut et lui jeta un regard furieux.
- Et vous disiez qu'elle n'est pas dangereuse... commenta Ombrage narquoise.
- Je suis désolé de vous contredire, mais aussi inqualifiable que soit son comportement, Miss Gaunt n'est pas plus dangereuse qu'une autre élève. Mr Malfoy n'a de plus même pas eu à se rendre à l'infirmerie.
- J'exige son renvoi.
- Je regrette, Mrs Ombrage, cette sanction est disproportionnée. Des incidents semblables ont déjà eu lieu. Miss Gaunt n'est ni la première, ni la dernière et je la punirai comme ont été puni les précédents élèves. Elle sera assignée en retenues tous les soirs jusqu'aux vacances de Noël.
Kécile était estomaquée. Six semaines de retenues ! Alors que cet imbécile de Malfoy s'en tirait indemne ! Si elle avait su, elle l'aurait plus sérieusement amoché, ça aurait au moins servi à quelque chose !
- Soyez certain, M. le Directeur, que M. le Ministre sera informé de cet incident.
- J'espère pour Cornelius que vous ne comptez pas rapporter tous les manquements à la discipline dans cette école à Fudge ou il perdrait la moitié de ses journées. Convoquez le conseil d'administration si vous le souhaitez, Mrs Ombrage, ma punition sera approuvée sans aucun doute. Maintenant, si vous voulez bien nous laisser, j'aimerais m'entretenir avec Miss Gaunt en privé.
- Il n'est pas besoin de se demander pourquoi de tels comportements sont possibles dans cette école, professeur, rétorqua le crapaud en se levant. Votre laxisme est le véritable responsable.
- Merci, professeur, insista Dumbledore avec fermeté.
Et après un dernier regard mauvais en direction de Kécile, Ombrage quitta la pièce.
- C'est ainsi que tu gardes ton calme ? Demanda alors sévèrement le vieil homme à son élève.
- Vous n'étiez pas là, rétorqua sèchement la jeune fille.
- Quelque que soit la raison, je n'aurais jamais cru que tu puisses avoir aussi peu de contrôle pour perdre ainsi ton sang-froid pendant un cours, devant Ombrage de surcroit. Veux-tu que la polémique à ton sujet se relance ?
- Je suis désolée, finit par dire Kécile d'un ton excédé.
- Je l'espère bien. Et tu exécuteras tes retenues comme convenu jusqu'à aux vacances.
- C'est totalement injuste ! Si le crapaud...
- Il suffit, Kécile, coupa Dumbledore. Je ne veux plus t'entendre.
Kécile se leva d'un air offensé et demanda d'un ton excessivement poli.
- Puis-je retourner en cours, professeur ?
Dumbledore acquiesça et elle tourna les talons sans un mot, négligeant même un au revoir.
XXX
- Vous êtes la fille de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. La justice ? Mais ça ne vous concerne pas ma chère, disait Ombrage de sa voix mielleuse. Que croyez-vous ? C'est pour les gens normaux.
- C'est bizarre, c'est tout à fait le genre de propos que pourrait tenir mon père.
- Tu vois, Kécile...
Elle sursauta quand elle aperçut deux yeux rouges qui la fixaient.
- Je t'avais dit que nous ne sommes pas tous égaux, continuait les yeux. Mais tu as douté de mes paroles. Tu as préféré écouter cet idiot de Dumbledore. Tu le vois bien, son délire d'égalité n'est qu'une douce utopie. Les hommes ne seront jamais égaux. La question est de savoir où tu veux te situer. Avec eux, tu ne pourras jamais être de ceux qui ont leurs droits. Tu devras toujours t'excuser d'exister.
- Mais ce n'est pas ma faute !
- Non, ce n'est pas ta faute. Mais la vie n'est pas juste. C'est à toi de la rendre juste pour toi. Tu ne peux pas compter sur les autres. Tu ne peux pas faire confiance.
- Dumbledore ne sera pas en colère longtemps, protesta-t-elle. Et j'ai des amis. Ils me soutiennent. A vous entendre pourtant, ils allaient me blesser à la première occasion. Ils allaient me trahir. Mais vous aviez tort.
- Tu ne diras pas toujours ça... Tu ne devrais pas attendre qu'ils te trahissent. Tu ne devrais pas attendre qu'ils te livrent au ministère.
- Ils ne le feront pas.
- Il sera trop tard quand les détraqueurs t'auront en leur possession.
- Ça n'arrivera pas ! Dumbledore ne me laissera jamais aller là-bas !
- Il ne fera rien contre le ministère. Sinon, il ne laisserait pas Ombrage donner ses horribles punitions. Sinon, cette femme ne pourrait pas inspecter les professeurs. Sinon, il ne l'aurait pas approuvée en te donnant toutes ces retenues. Il fera comme la dernière fois, il te livrera sans chercher à se battre pour toi. L'as-tu déjà vu une seule fois sortir sa baguette pour te défendre ?
- Il a utilisé la justice.
- Mais la justice t'abandonne. Prends garde qu'il ne fasse pas de même...
XXX
- Non, Miss Gaunt, vous avez encore oublié le ré dièse. Et ici il manquait un temps, dit patiemment Mr Collins. Recommencez.
Kécile soupira mais obtempéra.
- Vous n'êtes pas concentrée, Miss Gaunt.
- Je sais, répondit sèchement l'élève en retirant l'anche de sa bouche. On se demande bien pourquoi...
- Est-ce que ce morceau est trop difficile ? Demanda le professeur d'un ton conciliant.
- Je ne sais pas... Je n'ai sans doute pas assez de temps pour le travailler avec toutes ces fichues retenues.
Kécile tentait de contrôler le ton sur lequel elle parlait à son professeur. S'il y avait bien une chose qu'elle pouvait lui reconnaître, c'est que Mr Collins semblait se ficher comme d'une guigne qu'elle soit la fille de Voldemort. En fait, Kécile soupçonnait même qu'il avait déjà été mis au courant avant de démarrer les cours deux ans auparavant.
- Peut-être que je devrais vous donner des choses plus simples en ce moment.
- Peut-être, marmonna-t-elle à contre cœur.
- Que diriez-vous d'autres duos avec flûte ? Cela changerait agréablement.
- Surtout pas ! Répondit-elle vivement. Surtout pas, répéta-t-elle plus calmement. Certainement pas en ce moment.
- Dois-je comprendre que vos relations avec le professeur Dumbledore ne se sont pas améliorées ? Demanda doucement Mr Collins.
Kécile haussa les épaules.
- Je crois qu'il vaut mieux ne pas faire de suppositions. Ou bien allez lui demander directement. Je ne le comprends plus. Un jour il fait de la musique avec moi, le lendemain, il me colle un mois de retenues.
- Cela prouve qu'il est concerné par vous, qu'il prend soin de vous.
- Qu'il prend soin de moi ?! S'étrangla Kécile. Je préférerais qu'il ne se préoccupe pas de moi dans ce cas. Parce qu'à ce compte-là, Ombrage aussi se préoccupera bientôt de moi. Très peu pour moi. Bon, alors, dit-elle en relevant son hautbois pour couper court à la conversation. Quatre dièses à la clé et une blanche pointée fait toujours trois temps, ça n'a pas changé depuis la semaine dernière...
XXX
« Ma chère Kécile,
Je n'ai pas eu de tes nouvelles depuis la rentrée. J'espère que tout va bien pour toi. Cependant, je m'inquiète un peu. La nouvelle est parvenue jusqu'ici que Tu-Sais-Qui a une fille, et j'ai tout de suite craint que la situation soit un peu pénible pour toi.
Philip (Mr Collins) a dîné chez nous le week-end dernier. Il a dit que tu semblais plutôt bien gérer les choses. En tout cas, tu ne te caches pas et c'est déjà bien si tu veux mon avis.
Henri et moi pensons beaucoup à toi. Y-a-t-il une chance que nous te voyons à Noël ? Que dirais-tu de venir passer à nouveau quelque jours ici pendant les vacances ? Je vais en parler à Dumbledore. Essaie de le convaincre de ton côté, même si Philip nous a également rapporté que vos relations semblent tendues.
Je me doute que ce n'est pas facile pour toi en ce moment. Mais pense que ça ne l'est pas non plus pour lui. Je sais qu'il tient beaucoup à toi. Il doit se faire du soucis à ton sujet. Mais ce n'est pas parce qu'on aime quelqu'un qu'on ne fait pas des erreurs avec lui, au contraire. Garde cela à l'esprit, je t'en prie.
Dans tous les cas, sois toujours toi-même, ne te cache pas, ne change pas et assume qui tu es. Tu es une jeune fille fantastique et tu n'as pas de honte à avoir.
Je pense très fort à toi,
Martine »
Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à lui dire de s'assumer ?! Elle s'assumait, bon sang ! Sauf que quand elle le faisait, on la punissait pour la renvoyer au coin et l'y faire rester afin de se faire oublier. Elle voulait faire de son héritage une force. Après tout, Hagrid avait raison, si ça lui avait bien apporté quelque chose, c'était sa force de caractère et sa connaissance des sorts plus poussés que la moyenne. Mais les autres voulaient transformer cela en faiblesse. Pourquoi lui reprochait-on d'un côté de se battre et de l'autre de rester elle-même, pouvait-on lui expliquer ?
Kécile prit néanmoins son courage à deux mains et alla frapper au bureau de Dumbledore. Il la salua froidement.
- J'ai reçu une lettre de Martine.
- Lui as-tu répondu ?
- Pas encore. Elle parle d'aller les voir à Noël... dit la jeune fille avec espoir.
- C'est impossible.
- Mais, professeur...
- J'ai dit non, Kécile.
Elle le fixa avec colère et déception avant de conclure sèchement.
- C'est tout ce que je voulais savoir.
Et elle tourna les talons en se retenant de claquer la porte. Le pan se ferma néanmoins un peu plus fort que la normale...
XXX
- Je vais finir par connaître par cœur le moindre recoin de toutes les toilettes, marmonna Kécile en s'effondrant dans le canapé à côté d'Hermione. Merlin merci dans trois jours, c'est fini... Alors, comment s'est passé la réunion ? Demanda-t-elle aux trois autres qui avaient été à l'AD. Elle n'avait guère été là que deux fois lorsque les réunions s'étaient trouvées un samedi à cause de toutes ces retenues.
Mais l'attention de Hermione et Ron était focalisée sur Harry.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Il s'est passé quelque chose ? Demanda-t-elle en voyant qu'on ignorait sa question.
- C'est justement ce qu'on attendait que Harry nous dise, expliqua Ron.
- C'est à propos de Cho ? Elle t'a coincé après la réunion ? Demanda Hermione.
Kécile se redressa aussitôt, mais pas avec la même énergie que Ron. Celui-ci semblait avide d'entendre la suite, tandis qu'elle souhaitait plutôt ne rien entendre. Ou alors, qu'il leur dise qu'il ne s'était rien passé.
- Et... heu... qu'est-ce qu'elle voulait ? demanda Ron
- Elle... Elle... heu...
- Vous vous êtes embrassés ? Demanda vivement Hermione.
Mais qu'est-ce qu'elle pouvait avoir à en faire ? Honnêtement, pourquoi sa camarade se transformait-elle en commère dès qu'il s'agissait de Cho ?
- Alors ?
- Oui.
Et c'était pour cela qu'il ne semblait plus capable que de phrases monosyllabiques ?
- Alors ? Comment c'était ? Insista Ron, avide des détails.
- Humide...
Charmant !
- Parce qu'elle pleurait.
Encore mieux... Kécile ricana un peu méchamment, mais les autres ne firent pas attention.
- Oh ! Tu embrasses si mal que ça ? Rit Ron.
- Sais pas. Harry eut soudain l'air inquiet. C'est possible.
- Bien sûr que non, répondit Hermione qui écrivait frénétiquement sur un parchemin.
- Comment tu le sais ? Demanda vivement le rouquin qui semblait craindre qu'Hermione ait déjà testé. Ça fit bien rire Kécile.
- Tout simplement parce que Cho passe la moitié de son temps à pleurer, ces temps-ci. Elle pleure pendant les repas, aux toilettes, un peu partout dans le château.
Et bien si Harry voulait d'une fontaine, ce n'était pas son problème, songea Kécile.
Et Hermione d'expliquer les petits problèmes de Cho et le pourquoi du comment de son mal-être : la mort de Cédric, sa confusion entre lui et Harry, ses problèmes de quidditch...
- Il est impossible de ressentir tout ça à la fois sans exploser, conclut Ron.
- Ce n'est pas parce que tu as la capacité émotionnelle d'une cuillère à café qu'il en va de même pour tout le monde, répondit férocement Hermione.
- C'est elle qui a commencé, dit Harry. Moi, je n'aurais rien fait... Elle est venue vers moi... et elle s'est mise à me pleurer dessus... Je ne savais plus comment réagir.
Oh, elle avait dû trouver qu'il avait très bien réagi, aucun doute là-dessus...
- Tu vas la revoir ? Demanda Hermione.
- Il faudra bien, non ?
Hélas...
- Nous avons d'autres réunions de l'AD.
Est-ce qu'il y avait une chance pour que Miss Fontaine arrête l'AD ? Hum... pas vraiment. A moins que Kécile ne se montre suffisamment désagréable avec la Serdaigle...
- Tu sais très bien ce que je veux dire, répliqua cependant Hermione.
Et à en juger la tête de Harry, il n'avait pas songé à l'éventualité de « sortir » avec elle. Merlin ce que ce mot pouvait être ridicule.
- Oh, de toute façon, tu auras sûrement plein d'occasions de l'inviter.
- Et s'il n'en a pas envie ? Questionna Ron.
Hum... Malheureusement, elle en doutait.
- Ne sois pas stupide, rétorqua Hermione, Harry aime Cho depuis une éternité, n'est-ce pas Harry.
Kécile ne put se retenir de tourner vivement la tête vers le concerné. Ça, en revanche, c'était nouveau !
Elle se leva brusquement, considérant qu'elle avait assez versé dans les conversations stupides pour la semaine.
- Excusez-moi, mais toutes ses retenues m'ont vidée, je vais me coucher. Bonne nuit.
Mais qu'est-ce qui lui prenait, songea Kécile en se couchant. C'était clair maintenant, elle était jalouse, oui, jalouse de Cho Chang. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait pu tomber si bas. Mais qu'est-ce que Harry pouvait bien lui trouver ?! Oui, cette fille était plutôt jolie, mais elle n'était pas la seule.
« Moi aussi, j'ai les cheveux noirs, lisses et brillants... oui, bon, peut-être pas aussi lisses et aussi brillants que cette Chang, mais moi, je ne passe pas une heure dans la salle de bain tous les matins. »
L'asiatique savait se maquiller avec discrétion, mais rien que l'idée de faire la même chose dégoûtait Kécile. Et puis quoi, songea-t-elle en se retournant sous ses couvertures et en enfonçant sa tête dans son oreille d'un geste d'énervement. Est-ce que Harry était encore un de ses garçons qui ne regardaient que l'apparence ? Cho était peut-être à Serdaigle, mais Kécile doutait qu'elle soit plus intelligente qu'elle-même. Et elle était plus puissante que cette fille, ça, c'était un fait avéré. Sans parler du fait qu'elle ne voyait pas Harry, mais alors pas du tout, avec cette glousseuse de premier ordre.
Kécile se retourna une nouvelle fois dans son lit avec un soupir excédé. Ce n'était pas possible... Elle devenait comme les autres filles. Tout compte fait, peut-être qu'un petit séjour chez Voldemort lui ferait du bien... ça remettrait les pendules à l'heure.
Tard dans la nuit, bien après que Hermione, Lavande et Parvati se soient endormies, elle finit à son tour par se laisser emporter par le sommeil, un coin de son esprit acceptant difficilement le fait qu'elle était en train tombée amoureuse de Harry. L'imbécile...
Le lendemain matin, l'humeur était à la fête dans la tour. C'était l'avant dernier jour de classe avant les vacances et bon nombre d'élèves avaient déjà commencé leurs bagages.
- Où est-ce que tu vas ? Demanda Kécile en voyant Hermione empiler tous ses pulls les plus épais dans sa valise.
- Je vais faire du ski avec mes parents dans les Alpes.
- Du quoi ?
- Du ski, un sport moldu qui consiste à glisser sur la neige avec des planches de bois.
- Quelle drôle d'idée ! Commenta Kécile en haussant les épaules.
- Ce n'est pas plus bizarre que de se lancer une balle du haut d'un balai. Ce serait intéressant que Mrs Burbage vous fasse étudier les jeux olympiques. Les sorciers se moqueraient peut-être un peu moins des sports moldus.
- Les quoi ? Demanda à nouveau Kécile.
- Laisse tomber, soupira Hermione. On devrait y aller, ajouta-t-elle en se relevant. Les garçons doivent nous attendre.
Mais ni Ron ni Harry n'étaient dans la salle commune.
- Où sont-ils ? S'étonna Kécile.
Ce n'était pas dans les habitudes de Ron d'être en retard pour le petit-déjeuner, même s'il devait tirer Harry de force de son lit.
- Peut-être ne nous ont-ils pas attendus... suggéra Hermione.
Mais le portrait de la Grosse Dame s'ouvrit à ce moment sur le professeur McGonagall qui se dirigea aussitôt vers eux.
- Suivez-moi, le directeur veut vous voir.
- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose, professeur ? Demanda Hermione.
- Pas ici, Miss Granger, coupa McGonagall.
Qu'était-il arrivé cette fois ? Harry avait-il eu un problème ? Est-ce que Malfoy l'avait attaqué dans un couloir ? (Mais il allait sans dire, bien sûr que lui aurait été dans son bon droit...) Est-ce qu'Ombrage avait découvert l'AD ? Ou bien cette folle avait collé des retenues aux deux garçons ?
Non, la dernière hypothèse était idiote. Elle ne pouvait pas, c'était les vacances. Ou bien la Grande Inquisitrice avait-elle le droit de priver de vacances des élèves ? Songea férocement Kécile.
Lorsqu'elles entrèrent dans le bureau du directeur, Dumbledore avait la tête des mauvais jours. Et Kécile commençait à trouver que cela arrivait un peu trop souvent. Depuis combien de temps n'avait-elle pas vu ce pétillement caractéristique, qui l'horripilait tant auparavant, dans l'oeil du vieil homme. A l'exception de ce week-end qui avait été une pause agréable au mois d'octobre dans cette année absolument épouvantable, pas une seule fois depuis la fin du Tournois des Trois Sorciers, se rappela-t-elle.
- J'ai envoyé Harry et les Weasley au siège de l'Ordre, leur annonça-t-il directement. Harry a eu une vision du serpent de Voldemort attaquant Mr Weasley alors que celui-ci était en mission pour l'ordre.
- Nagini ?! S'exclama Kécile. Jamais Voldemort ne l'envoie pas sur le terrain...
- Il a fait une exception. Sans aucun doute Voldemort ne s'attendait pas à trouver un membre de l'Ordre. Dans tous les cas, Mr Weasley a été gravement blessé. Je viens de recevoir un message de Mrs Weasley pour me dire qu'il était hors de danger, mais il restera plusieurs jours à Sainte- Mangouste.
- Comment va Harry, Ron ? Et comment vont les autres ?
- Ils sont tous un peu secoués, Miss Granger. Mais ils sont tous ensemble et Mr Weasley devrait pouvoir fêter Noël avec eux. Tu les rejoindras demain soir, aussitôt les cours terminés, Kécile.
- Je veux être là également, déclara Hermione.
- Mais vous deviez prendre le Poudlard express pour rejoindre vos parents, Miss Granger, intervint leur directrice de Maison.
- Je leur expliquerai. Ils comprendront. Je ne peux pas partir dans un moment pareil.
Dumbledore acquiesça, marquant son accord.
- Pas un mot de tout cela au professeur Ombrage, prévint le directeur. Si elle vous interroge, faîtes les ignorantes.
- Elle va encore nous asséner qu'on ne doit pas dire de mensonges, grommela Kécile
- Et tu me feras le plaisir de garder ton calme, ajouta Dumbledore d'un ton sévère.
Malheureusement pour Kécile, son regard noir n'impressionna pas le moins du monde le directeur.
- Vous pouvez rejoindre vos camarades, maintenant.
- Est-ce que je peux vous parler deux minutes, professeur ? Demanda la gryffondor alors que le professeur McGonagall et Hermione étaient déjà à la porte.
Dumbledore acquiesça et lui indiqua de se rasseoir tandis que la porte du bureau se refermait, les laissant seul.
- Est-ce la première fois que Harry voit ce qu'il se passe chez Voldemort ? Demanda-t-elle.
- Je ne peux pas te le certifier.
- Mais comment cela est possible ? Est-ce que Voldemort peut le posséder ? Est-ce qu'un rêve peut masquer quelque chose de réel ? Est-ce que ça peut arriver à n'importe qui ?
Le vieil homme la fixa d'un œil perçant.
- Qu'entends-tu par là, Kécile ? T'es-t-il déjà arrivé quelque chose de semblable ?
- Non, répondit la jeune fille. Mais je m'inquiète. Voldemort ne devrait pas pouvoir atteindre son esprit. Pas alors qu'il est à Poudlard...
- Pour n'importe qui d'autre, c'est exact. Mais il semble que le sort de mort que Voldemort a lancé à Harry lorsqu'il était bébé a crée une connexion entre eux deux. Ces visions peuvent s'expliquer de la même manière que sa capacité à parler le fourchelangue.
- Mais est-il possible qu'il contrôle Harry durant l'une de ces visions ? Qu'il le fasse agir contre sa volonté ?
- Non. C'est une connexion, pas une possession, Kécile.
- Et cette connexion ne peut pas permettre la possession ?
- Pas que je sache. Encore une fois, as-tu besoin de me parler de quelque chose, Kécile ? N'y a-t-il pas quelque chose de plus profond qui te tracasses ?
- Non, professeur, mentit-elle. Mais je dois avouer que ces visions que provoque Voldemort me font un peu peur...
- Voldemort ne les provoque pas. Je crois qu'il n'a même pas réellement conscience de ce qu'il se passe... Oh, nous avons de la visite... s'interrompit Dumbledore en fixant la porte.
L'instant d'après, on frappait sèchement à la porte du bureau et Ombrage faisait son entrée.
- Oh non, marmonna Kécile en se tassant dans son fauteuil.
- Bonjour professeur Dumbledore, je suis heureuse de voir que vous n'êtes pas encore descendu.
- Je vous en prie, professeur. Que puis-je pour vous ? Demanda aimablement le directeur.
- J'ai appris avec stupeur que Mr Potter et les enfants Wealsey ont quitté l'école durant la nuit. Je voudrais savoir ce que c'est que cette anarchie !
- Mr Weasley est à Sainte-Mangouste., expliqua le vieil homme. Je leur ai donné l'autorisation de partir afin de lui rendre visite. Son état était assez critique.
- Les élèves doivent assister aux cours jusqu'à la fin du trimestre, martela la Grande Inquisitrice. Aucun départ anticipé n'est autorisé. C'est écrit dans le règlement.
- Vous devez savoir que le règlement également que le départ d'un élève est autorisé en cas d'urgence familiale.
- Si à chaque fois qu'un parent se retrouve à l'hôpital, un élève doit quitter l'école, l'absentéisme de cette école va grimper de manière alarmante. Mais passons encore pour les Weasley. Cela n'explique pas le départ de Mr Potter. Que je sache, ce garçon n'est pas le fils de Mr Weasley.
- Il est considéré comme tel, professeur Ombrage.
- C'est du favoritisme pur et simple.
- Les Weasley eux-même ont réclamé sa présence. Mais comme nous ne parviendrons pas à tomber d'accord sur la justification d'un congé donné aux élèves, je crois qu'il vaut mieux achever ici cette conversation. Maintenant, si vous le permettez, je voudrais finir de m'entretenir avec Miss Gaunt.
- Qu'a-t-elle encore fait ? Pourquoi cette élève se retrouve-t-elle toujours dans votre bureau ?
- Miss Gaunt n'a rien fait et nous devons discuter de diverses choses privées.
- Vous semblez avoir vos chouchous, professeur Dumbledore, dit Ombrage avec une moue méprisante. Cela peut vous porter préjudices.
- Vous travaillez en collaboration avec Cornelius, Dolorès, vous lisez également la Gazette du sorcier. Vous savez donc que j'ai déposé une demande de tutelle auprès du ministère pour Miss Gaunt. Cela justifie quelques entretiens privés, il me semble.
- Vous avez toujours de bonnes excuses, Dumbledore. Mais cela ne durera pas éternellement, répondit le crapaud dans une menace à peine voilée. Il est de plus inadmissible que le directeur de Poudlard ait des liens familiaux avec un élève.
- Est-ce la une nouvelle règle que je ne connais pas encore, Dolorès ? Rétorqua sereinement Dumbledore. Ma fille a étudié à Poudlard alors que je venais d'être nommé directeur. Personne n'y a trouvé à redire à l'époque.
- Votre fille ? S'exclama Ombrage prise de court. Mais depuis quand avez-vous une fille ?
- Vous semblez mal informée, professeur Ombrage. Maintenant, si vous permettez...
Et Dumbledore ouvrit courtoisement mais fermement la porte.
- Je ferai part de ce qu'il se passe à Cornelius, professeur Dumbledore...
- Comme toujours, je n'en doute pas. Nous nous retrouvons au petit-déjeuner dans la Grande Salle. A tout à l'heure, professeur Ombrage.
Le crapaud finit par sortir et Kécile poussa un soupir de soulagement.
- J'ai cru qu'elle ne partirait jamais.
- Moi non plus, répondit en souriant Dumbledore. Tu n'aurais pas été là que je ne me serais jamais débarrassé d'elle. Nous pouvons nous attendre à voir sortir un nouveau décret qui autorise la Grande Inquisitrice à trancher du départ d'un élève en cas d'urgence familiale... Je me suis résigné à voir paraître un décret après chacune de nos conversations, conclut le vieil homme dans une tentative d'humour.
- Elle va tomber sur Harry dès son retour, commenta Kécile. Mais évidemment vous ne pouviez pas lui dire que Harry avait vu l'attaque de Mr Weasley... Il aurait été envoyé lui-même à Sainte-Mangouste. Professeur, reprit-elle en changeant de sujet. Dois-je impérativement les rejoindre au siège ? Je sais que je ne peux pas me rendre à Paris, mais est-ce que je ne pourrais pas simplement rester à Poudlard ?
- Non, Kécile. Avec Ombrage dans l'école, je ne veux pas que tu restes.
- Je préférerais être ici quitte à passer mon temps dans la tour plutôt que d'aller m'enfermer au square Grimmaud où Black va me reprocher le moindre éternuement. Lui je ne pourrais pas l'éviter. Non plus que les autres membres de l'Ordre.
- Fais quelques efforts d'amabilité et tout se passera bien.
- Black n'en aura rien à faire que je sois aimable. Il est tout le temps à me chercher des noises.
- Et bien ignore le.
- Je dois ignorer Malfoy, je dois ignorer Ombrage, je dois ignorer Maugrey, et maintenant Black... ça commence à faire beaucoup de monde que je dois laisser m'insulter tranquillement, répliqua la jeune fille avec colère.
- Assez, Kécile. Je ne changerai pas d'avis. Tu iras au square Grimmaud avec Miss Granger et je ne veux pas entendre parler de toi. Maintenant va rejoindre tes camarades pour le petit-déjeuner.
Kécile se leva de son fauteuil la mine furieuse.
En ce moment toutes les conversations avec Dumbledore finissaient de la même manière et elle avait très envie de lui répliquer d'aller se faire voir. Mais quelque chose la retenait et elle se contenta de quitter le bureau, la porte se fermant à nouveau un peu trop brutalement derrière elle.
C'était chaque fois la même chose : Quand elle exposait son avis, on ne l'écoutait pas et on lui disait simplement de fermer sa bouche et de laisser les autres dire. Bientôt ça allait être de sa faute si elle se faisait traiter comme une nuisance.
« Il veut que j'aille au square Grimmaurd ?, songea Kécile. Très bien, j'irai. Et au diable son « je ne veux pas entendre parler de toi ». J'en ai assez de devoir m'excuser d'exister. Si Black m'enquiquine, je lui volerai dans les plumes et il comprendra ce que ça signifie d'être la fille du Seigneur des Ténèbres. Je vais m'assumer, tiens, comme dit Hagrid. Et ça va leur faire tout drôle...
