Vous reconnaîtrez dans le début de ce chapitre la fin de l'avant dernier chapitre avec le cauchemar de Kécile. Le récit reprend ensuite un cours linéraire.
Chapitre LXXIV : Entre deux vérités
Dumbledore fixa les sourcils froncés la porte de la chambre qui donnait sur son salon où était retenue son élève. Il repensait à sa conversation avec son professeur de potions. Il repensait à ce qu'il avait entendu. A ce que Kécile et Severus lui cachaient.
Il n'irait pas voir la prisonnière. Il se sentait trop en colère, trop incertain. Il passa une main lasse sur son visage fatigué. La nuit précédente avait été inexistante. Une nuit de sommeil l'aiderait sans doute à y voir plus clair le lendemain.
Le vieil homme ne put cependant dormir que quelques heures avant qu'un hurlement ne le réveille en sursaut. Comme un écho de quelques années auparavant, le cri provenait de la chambre de Kécile.
Il n'hésita pas longtemps avant de déverrouiller la porte et d'allumer un chandelier pour voir ce qu'il se passait.
La jeune fille était en proie à un cauchemars. Son visage était effroyablement tordu dans une grimace de souffrance et elle pleurait dans son sommeil.
Il la secoua légèrement en l'appelant :
- Kécile...
- Non, pas ça... gémit-elle en cherchant à échapper au contact.
- Calme-toi.
Elle s'immobilisa soudain et le regarda, ses yeux encore emplis par les visions de son cauchemars, visiblement encore incapable de revenir à la réalité. Le vieil homme fut pris de court lorsqu'il la sentit s'agripper à sa robe et se serrer contre lui de toutes ses forces.
- Pas vous... Tout mais pas ça...
- Ça va aller, Kécile, murmura-t-il.
C'était un mensonge, sans aucun doute. Mais la jeune fille semblait tellement fragile. Tellement semblable à l'enfant qui s'était livrée à lui quelques années auparavant.
Il la sentait s'apaiser, sortir de son mauvais rêve. Ses pleurs devenaient plus calmes, mais plus profonds également. Il la serra dans une étreinte apaisante. Il n'avait pas le cœur de la repousser. Pas alors qu'elle semblait si désespérée.
- Chut... murmura-t-il. Ce n'est qu'un cauchemar.
- Oui... pleura-t-elle. C'est un cauchemar.
Dumbledore fixa pendant un temps incertain la jeune fille blottie contre lui, ses poings serrés sur ses robes comme accrochés à une bouée de sauvetage. Et toutes ses certitudes s'en allaient à vau-l'eau.
Severus avait raison. Cette gamine désespérée et suppliante n'était pas une meurtrière. Sa main avait retrouvé un chemin en un autre temps familier dans les cheveux d'ébène et il se sentait prit d'un dilemme.
Il ne pouvait plus risquer la vie de Harry ou d'un autre élève. Mais il comprenait également qu'il avait le pouvoir de détruire définitivement Kécile s'il l'abandonnait. Il n'avait pas pensé qu'elle lui était à ce point attachée. Mais comment faire concilier ce désespoir à l'idée d'être rejeté et le sort meurtrié qu'elle avait lancé à Harry ? Fallait-il croire la version de Severus ? Est-ce que Kécile pouvait être au final une victime ? La théorie du professeur se tenait. D'autant que Voldemort pouvait toujours chercher à se venger de la trahison de sa fille, si trahison il y avait réellement.
Dans ce cas, était-ce là le second but du mage noir ? S'il avait réellement possédé le contrôle de l'esprit de la jeune fille, avait-il cherché à la fois à tuer Harry et à détruire Kécile par ce meurtre ? Ce n'était pas impossible.
Mais s'il se trompait et que Kécile reprenait bel et bien la voie des ténèbres ? Et Severus n'avait-il pas dit qu'elle considérait Voldemort comme son Maître ? Si c'était le cas, cela mènerait inévitablement à de nouveaux événement tragiques.
A l'aube, Severus trouva Dumbledore dans la chambre ou plutôt la prison de Kécile, celle-ci à moitié sur les genoux du vieil homme, endormie mais l'agrippant de toutes ses forces dans son sommeil.
Il jeta un regard interrogateur à Dumbledore.
- Je l'ai entendu pleurer et hurler pendant la nuit. Un cauchemar de toute évidence,expliqua le directeur.
- Vous devriez prendre un peu de repos, Albus. Vous n'avez vraiment pas bonne mine.
Severus aida le directeur à se dégager de la prise de Kécile sans la réveiller.
- Elle a de la fièvre... . Il ne manquerait plus qu'elle tombe malade, grommela-t-il.
- Je vais appeler Mme Pomfresh. Pensez-vous que Voldemort puisse l'atteindre encore à travers son sommeil ?
- Je l'ignore, avoua Severus. Vous reconnaissez donc qu'elle n'est pas responsable de son acte ?
Dumbledore ne cacha pas sa lassitude et son impuissance face à l'indécision. Ces épaules se voûtaient comme celle d'un homme qui a le poids de trop de destinées entre ses mains.
- Je n'irai pas jusque là, Severus. Mais j'avoue qu'elle me fait pitié. Vous ne l'avez pas entendu cette nuit. C'était terrible.
Mme Pomfresh arriva quelques minutes plus tard et donna rapidement son diagnostic.
- Sa fièvre est psycho-somatique. Sans doute aidée par le fait qu'elle n'a rien avalé depuis plus de 24h. Il faudra la forcer à se nourrir dès son réveil. Et éviter les émotions inutiles, ajouta-t-elle en pointant un doigt accusateur vers les deux hommes.
- Elle se fait du mal toute seule, protesta le professeur de potions.
- Severus, débrouillez-vous pour ne pas lui donner de nouvelles raisons, gronda l'infirmière. Si elle plonge dans la dépression, nous aurons tout gagné.
- Severus n'y est pour rien, Poppy, intervint le directeur. Il semble que je sois davantage le responsable de son état.
- Et bien faites ce qu'il faut pour l'en sortir, répliqua Mme Pomfresh avec un regard menaçant.
- Et comment va Harry ?
- Pas d'évolution malheureusement, répondit l'infirmière un ton plus bas, l'air soudain abattu. Mais s'il n'est pas mort ce soir, nous devrions avoir un espoir de le voir revenir parmi nous. J'ai demandé à ses amis de venir passer le maximum de temps auprès de lui. Cela peut l'aider à se réveiller.
Et l'infirmière rejoignit son domaine pour veiller sur son patient en sursis.
« S'il n'est pas mort ce soir », songea amèrement Dumbledore. Toute cette histoire n'était qu'un immense gâchis.
Un trille mélodieux qui se glissait dans le cœur comme une coulée de miel vibra soudain dans la pièce.
Une fois de plus, Dumbledore s'émerveillait de la capacité incroyable du phénix à ressentir lorsque la détresse l'entourait. L'oiseau flamboyant vint se poser sur son épaule et pépia doucement tandis qu'il le caressait et le saluait. Le poids écrasant des derniers évènements devenait plus supportables. Comme après s'être confié sans restriction à un ami. Et c'était un peu le cas lorsque l'oiseau plongeait ses prunelles brillantes dans le regard du vieil homme.
Puis Fumsec tourna son regard vers le corps endormi de Kécile et d'un coup d'aile vint se poser sur la poitrine de la jeune fille. Il s'y installa ses yeux noirs rivés sur le visage de la jeune fille. Puis alors que Kécile posait inconsciemment une main sur les plumes douces et la chaleur réconfortante du phénix, il mit sa tête sous son aile et ne bougea plus.
Severus avait observé le spectacle avec une certaine fascination. Comme la plupart des sorciers, il avait rarement vu l'oiseau , encore moins autrement que posé sur son perchoir d'or. Il n'avait jamais vu le phénix agir aussi familièrement avec quelqu'un d'autre que Dumbledore.
- Harry et Kécile semblent avoir les faveurs de Fumsec, commenta le directeur comme s'il avait lu dans ses pensées.
- Ça ne devrait pas m'étonner, je suppose, murmura Severus.
Dumbledore observa l'oiseau d'un air songeur. Il s'était toujours demandé pourquoi son familier distinguait-il ces deux élèves en particulier. Avait-il vu en eux quelque chose de particulièrement noble, quelque chose d'exceptionnel qui méritait cette attention ? Pour Harry, Dumbledore n'en avait jamais douté. Mais concernant Kécile, les derniers évènements...
- Très bien, finit-il par dire en soupirant. Vous avez gagné. Je vais donner une dernière chance à Kécile. J'ai peut-être tort de faire confiance à mon jugement, mais l'instinct des phénix ne les trompe jamais.
- Ce sera donc l'oiseau qui vous aura convaincu de pardonner à Kécile ? Demanda Severus désabusé.
XXX
Dumbledore guetta plusieurs heures de suite le réveil de la jeune fille. Enfin, la matinée était bien avancée lorsqu'il entendit Fumsec pépier.
Kécile détourna la tête lorsqu'il entra mais il s'assit néanmoins à côté d'elle alors que le phénix semblait le fixer d'un air d'avertissement qui aurait pu être comique en d'autres circonstances. Dumbledore posa une main sur le front de la jeune fille.
- Ta fièvre est retombée, dit-il doucement.
La respiration de l'enfant était saccadée et elle évitait obstinément son regard.
- Te souviens-tu de ton cauchemar de cette nuit ?
- Oui, répondit Kécile d'une voix étranglée.
- De quoi as-tu rêvé ?
Kécile finit par croiser son regard et il fut choqué de la souffrance qu'il reflétait.
- Je ne voulais pas... murmura-t-elle.
- Je le crois, Kécile. Mais je voudrais savoir exactement comment Voldemort a pu t'amener à tenter de tuer Harry. Je voudrais pénétrer ton esprit, Kécile.
La jeune fille lui jeta un regard effrayé, mais ne refusa pas. Elle finit par acquiescer lentement alors que le directeur continuait à la fixer dans l'attente de son accord.
Il l'aida alors à s'asseoir.
- Maintenant laisse-toi faire, dit-il doucement.
Il prit son visage entre ses mains pour l'empêcher de détourner les yeux et la sentit trembler à son contact.
- Tu n'as pas à avoir peur. Détends-toi.
Lorsqu'il plongea dans son esprit, il fut d'abord pris dans un tourbillon d'émotions déchaînées où se mêlaient la peur, le désespoir et la culpabilité dans un imbroglio d'images et de pensées qui concernaient toutes Severus, Harry et lui-même. Il fut un instant soufflé par la violence de ce maelström, puis chercha jusqu'à trouver la nuit sur laquelle planait l'ombre de Voldemort. Il sentit la présence sournoise mais surtout l'hésitation et l'inconscience de l'esprit de Kécile face à cette présence. Il assista à la main mise de Voldemort dans une conscience fragilisée par le doute et la solitude. Il sentit les liens qui enserrèrent les derniers relents de résistance lorsque l'imperium fut lancé. Et Dumbledore comprit, mortifié, que ni lui ni Kécile n'avaient réalisé à temps que l'emprise de Voldemort sur l'esprit de Kécile après qu'elle ait été soumise au Sommeil du Maître n'avait pas été relâchée. Comme un poison, l'esprit avait été peu à peu infiltré par des pensées parasites, par des pulsions étrangères et une magie néfaste qui s'était infiltrée si insidieusement à la manière d'un serpent que la jeune fille n'avait pas reconnu les signes.
C'était une forme de possession, ni plus ni moins. Mais si légère au quotidien, si discrète qu'elle était passé inaperçue, mêlée aux crises de l'adolescente et aux problèmes auxquels elle avait été confrontés régulièrement.
Au moment de lancer le sortilège de mort, l'esprit de Kécile avait tenté de se rebeller mais il était trop tard. Voldemort contrôlait son corps et son esprit. Le stupéfix de Ronald Weasley avait momentanément interrompu cette emprise et depuis, le lien était fortement atténué par la souffrance de Kécile qui luttait contre la volonté de Voldemort. Quelque chose était plus fort que Voldemort. Lui, réalisa avec stupeur Dumbledore. Sa propre image s'interposait avec la souffrance crue qui habitait Kécile à l'idée d'être rejetée. Par quel miracle, se demanda alors le vieil homme, pouvait-il posséder cette influence sur l'enfant ?
Il comprenait maintenant qu'il était une barrière contre l'emprise de Voldemort et qu'il avait aidé ce dernier dans son entreprise en s'éloignant d'elle au court de l'année. Mais d'où tenait-il ce pouvoir sur Kécile ?
Il vit les souvenirs le concernant défiler, notamment ce soir qu'il n'oublierait jamais où Kécile avait avouer préférer trahir un Serment Inviolable plutôt que de le tuer. Puis le souvenir suivant lui était inconnu. Il entrevit Voldemort et Kécile et Severus qui se tenaient agenouillés devant lui. « J'aimerais que tu révèles à notre chère Princesse quelque chose... ».
- NON ! Hurla Kécile, et Dumbledore se sentit violemment repoussé de son esprit au moment où une décharge de magie l'expulsait loin de Kécile.
- Qu'est-ce que... balbutia Dumbledore en reprenant son équilibre. Kécile, qu'est-ce que c'était que cela ? Demanda-t-il une fois qu'il eut recouvré ses esprits.
Mais la jeune fille tremblait de tous ses membres et le fixait avec terreur.
- Pourquoi as-tu paniqué ? Demanda plus doucement Dumbledore en s'approchant à nouveau d'elle.
- Je vous en prie, laissez-moi, dit-elle avec de grands yeux hagards.
- Calme-toi, Kécile. Je ne pénétrerai pas à nouveau ton esprit, sois tranquille. Mais qu'est-ce que c'était que ce souvenir ?
- Je ne peux pas vous le dire.
- Pourquoi ?
- S'il-vous-plaît... gémit-elle suppliante. Je ne peux pas.
Le vieil homme soupira et se résolut à renoncer pour l'instant devant la peur que montrait Kécile.
- Je ne te demande rien alors, dit-il d'un ton apaisant. Mais s'il te plaît calme-toi.
Elle sembla peu à peu recouvrer son calme en voyant qu'il n'insistait pas et Dumbledore lui dit alors :
- Me diras-tu maintenant de quoi as-tu rêvé cette nuit ?
- J'ai... J'ai rêvé que... que j'étais condamnée à mort, murmura-t-elle. Et c'était... c'était vous le bourreau, ajouta-t-elle alors que des larmes lui échappaient.
A cet aveu, il se sentit douché.
Il la fixa simplement tout en la voyant se rouler en boule comme pour se réconforter elle-même alors que Fumsec se rapprochait d'elle pour l'apaiser.
Il était sa meilleur barrière contre Voldemort, se répétait-il intérieurement. Elle ne devait plus se sentir abandonnée ou elle redeviendrait la proie de Voldemort qui était toujours tapi au fond d'elle.
Il devait écraser les résidus de colère qui perduraient encore malgré sa pitié envers Kécile. Ou tout recommencerait.
- Kécile, dit-il alors avec toute la douceur dont il était capable. Je ne te punirai pas. Je sais maintenant que tu n'es pas responsable de ce qu'il s'est passé.
La jeune fille leva un regard plein d'espoir vers lui qui fit définitivement taire la voix qui disait que c'était un mensonge. La gamine avait une part de responsabilité. Mais ils en avaient tous.
- J'espère que Harry va revenir parmi nous. Mais quelque soit son sort, je ne t'abandonnerai pas. Et je te demande de me pardonner ce que j'ai pu dire auparavant.
Et Kécile sembla s'écrouler de soulagement tandis qu'il quittait sa chambre.
XXX
Lorsque Severus monta voir sa protégée en début d'après-midi, le directeur lui fit par de ses conclusions.
- Si je comprends bien, conclut le professeur de potions après avoir écouté le vieil homme, vous dans une grande partie et moi dans une moindre mesure, avons facilité le chemin à Voldemort en nous éloignant d'elle. Quand à Ombrage elle a dû exacerber ses émotions négatives et créer une voie royale. Ce que nous avons pris pour une crise d'adolescence particulièrement virulente était en partie due à cette présence de Voldemort...
- C'est cela, acquiesça Dumbledore. Ce qui me surprend, c'est le rôle que je joue dans cette influence.
- Vous êtes son mentor, cela ne devrait pas vous surprendre.
- Il y a plus que cela, Severus, et je crois que vous le savez parfaitement, dit Dumbledore d'un ton sévère. Vous étiez dans ce souvenir dont Kécile m'a expulsé. Vous et Voldemort. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
Severus fixa le directeur, effleurant l'idée de lui mentir. Mais il sut que le vieil homme ne s'y tromperait pas.
- Je connais en effet un souvenir que Kécile ne voudrait pour rien au monde que vous voyiez, avoua-t-il.
- J'ai besoin de savoir, Severus.
- Je suis désolé. C'est impossible, répliqua-t-il catégorique. Je lui ai fait le Serment Inviolable de ne pas en parler. Et si vous voulez bien, j'aimerais que nous changions de sujet. Je ne tiens pas à jouer plus longtemps avec les limites du Serment.
Dumbledore acquiesça, mais cette nouvelle information le plongea dans la plus grande perplexité. Kécile pouvait donc souhaiter lui cacher quelque chose au point de faire prêter un Serment Inviolable à Severus. Cela dépassait l'entendement. Il y avait là un mystère qui lui échappait.
Et la frustration le gagna avec le sentiment que Severus et Kécile possédaient la clé à certaines de ses interrogations.
Le feu crépita, fournissant une distraction bienvenue pour Severus et la tête de Mrs Pomfresh émergea des flammes émeraudes.
- Albus, s'écria-t-elle visiblement excitée. Harry s'est réveillé !
