Bonjour à tous !
Oui, je sais qu'entre mes avis pour la Chronique et ma fiction longue, je ne devrais pas être ici à pondre un nouveau texte qui me distrait forcément du reste. Mais l'idée me trotte dans la tête depuis trop longtemps. Jusqu'à présent, je peinais à lui donner un fil conducteur et du sens. Mais, au fil de mes lectures, je crois que je les ai trouvés. Et Jiraya me semble tout indiqué pour vous les transmettre dans ce one-shot (peut-être two-shot) que je vous livre ici.
Je vous souhaite une agréable lecture. On se retrouve en bas !
Disclaimer : L'univers de Naruto et ses personnages, ainsi qu'une partie de la scène finale de cet OS, appartiennent à Masashi Kishimoto.
La naissance d'un écrivain
— Ça ne marchera jamais !
La phrase avait claqué dans l'air, emplie d'une sécheresse que l'articulation approximative de son émettrice n'était pas parvenue à atténuer. Jiraya se renfrogna, un brin vexé. Sous le coup de l'agacement, il faillit se lancer dans des récriminations véhémentes en guise de protestation à cet avis tranché, mais il se contint. Tsunade ne se rendait pas compte du caractère lapidaire de ses propos, songea-t-il. Ses mèches blondes emmêlées, son regard vitreux, sa voix pâteuse et les rougeurs persistantes qui ornaient ses pommettes ne le prouvaient que trop bien. Nulle parole sensée ne pouvait être proférée dans un tel état d'ébriété.
— Qu'est-ce que tu en sais ? rétorqua-t-il néanmoins dans un grommellement hostile.
Tsunade bascula légèrement en arrière, manquant de dégringoler du tabouret où elle se trouvait juchée. Brandissant sa coupelle de saké, elle enchaîna, la diction toujours hasardeuse :
— Ben voyons, c'est évident ! Il y a si peu d'écrivains qui arrivent à percer ! C'est quoi, tes chances d'y arriver ? Aucune, ou presque.
Elle avala une gorgée de ce liquide à l'apparence si inoffensive avec l'assurance d'une habituée à ce type de breuvage, avant de conclure sans le moindre égard pour son interlocuteur :
— Oublie cette idée, Jiraya. C'est beau de rêver, mais ça ne te fera pas vivre.
Le shinobi accusa le coup en silence, le visage déformé en une grimace amère. Depuis que la guerre avait débuté, Tsunade cédait régulièrement à la morosité, ainsi qu'à l'appel de la boisson pour oublier les risques que couraient ses coéquipiers et son fiancé. En tant que ninja médecin, elle subissait une pression considérable qu'il lui fallait bien évacuer, d'une manière ou d'une autre. Aussi garda-t-il la bouche résolument close. Comprenant que tout débat s'avérerait inutile, Jiraya s'empara de sa coupe et la porta à ses lèvres. Dans ses yeux brûlait cependant la Volonté du feu, la certitude inébranlable qu'il irait à l'encontre de chacune des affirmations de la jeune femme. Jusqu'à la dernière.
— Vous faites quoi, sensei ?
Jiraya sursauta brusquement. Dans un réflexe fort stupide, il se jeta à plat ventre sur la table, renversant une partie de son contenu et écrasant le reste. Avec une once de crainte, il tourna la tête et avisa Konan qui le dévisageait, les yeux ronds comme des billes, hébétée par sa réaction. Un silence pesant s'installa.
— Ah, Konan ! Euh… Je-je ne t'ai pas entendue entrer, bredouilla-t-il piteusement.
— Tout va bien, Jiraya-sensei ?
À son ton circonspect, il devina qu'elle commençait à douter de sa santé mentale. Ce fut alors qu'il prit conscience du ridicule de sa position. En proie à l'embarras, il se redressa aussitôt, non sans ramasser au passage quelques feuilles qu'il dissimula derrière son dos. Avec un raclement de gorge gêné, Jiraya s'efforça de reprendre contenance.
— Euh… Oui oui, tout va bien !
Sans doute ne se montra-t-il pas assez convaincant, car les sourcils de Konan se froncèrent sous le coup de la perplexité. Aussi tenta-t-il un sourire qui se voulait assuré. En son for intérieur, il songea que l'entraînement de ses élèves commençait à porter ses fruits, pour le meilleur et pour le pire. Le chakra de l'adolescente avait totalement échappé à ses perceptions, et le Sannin ne décelait pas davantage la présence de Nagato et Yahiko dans les environs.
— Qu'est-ce que vous essayez de cacher, sensei ? demanda-t-elle, ses prunelles ambrées emplies d'une lueur suspicieuse.
— Mais rien !
La réponse, trop rapide et concise pour être honnête, acheva de signer sa perte. Impérieuse, la jeune fille tendit une main. Avec un intense désespoir, Jiraya sentit les feuilles glisser entre ses doigts, comme douées d'une volonté propre. Le regard horrifié, il contempla l'envol de deux papillons de papier qui se posèrent docilement sur la paume tendue de Konan. Elle les déplia aussitôt pour mieux en parcourir les lignes de ses iris avides.
— Rends-moi ça ! s'écria l'écrivain en herbe de son ton le plus autoritaire où perçait néanmoins une note d'angoisse.
Son interlocutrice resta sourde à son ordre. Bien qu'il fut tenté d'user de ses capacités surnaturelles pour récupérer son bien, Jiraya s'en abstint par crainte d'abîmer ses précieux brouillons. Cependant, il n'eut pas à hésiter longtemps sur la méthode à employer. Son élève releva bientôt la tête, l'air curieux.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Oh, c'est trois fois rien. Juste une ou deux idées qui me passaient par la tête.
Ce que, dans son entreprise de détourner l'attention de Konan de ses écrits, Jiraya négligea cruellement, c'était l'intelligence de l'apprentie kunoichi. En effet, sa question rhétorique n'avait pour visée que d'obtenir confirmation de ses soupçons. L'agencement des phrases, l'enchaînement des péripéties, les multiples ratures qui parsemaient le papier, étaient autant d'éléments identifiant les feuilles volantes comme l'ébauche d'une scène d'action destinée à s'insérer dans une œuvre beaucoup plus large. Opinant du chef, elle baissa enfin les mains, le bord des feuilles effleurant l'ourlet de son kimono.
Face à la réaction de son élève, le Sannin crut la partie gagnée. Alors qu'il esquissait un pas vers elle, il déchanta derechef. D'une volte-face, la jeune fille se rua à l'extérieur, l'objet de toutes ses convoitises toujours en main. Le visage de Jiraya se décomposa dès qu'il entendit son appel tonitruant :
— Yahiko, Nagato, venez voir ! Sensei écrit un livre !
L'ermite se frappa le front de la paume, ses doigts brossant ses traits déconfits. Désormais, son secret se trouvait définitivement éventé.
Lors du dîner qui suivit cette déconvenue, naturellement, le sujet revint sur le tapis des discussions animées des jeunes shinobi.
— Mais c'est génial ce que vous écrivez, Jiraya-sensei ! s'exclama Yahiko, la bouche pleine de riz.
— Je suis d'accord avec toi, mais par pitié ferme ta bouche quand tu manges ! protesta Nagato avec une moue dégoûtée, sous le gloussement discret de Konan.
Le regain d'embarras qui s'était emparé de Jiraya lors de l'intervention de Yahiko s'estompa, substitué par une chaude sensation inconnue au creux de sa poitrine.
— Vraiment ? Ce n'est pas grand-chose, tu sais. Juste quelques brouillons à peine mis en forme, et je ne suis pas sûr du résultat.
Nagato secoua la tête, ses mèches écarlates balayant ses joues blêmes.
— Oui, vraiment. Votre héros a peur, mais il trouve quand même le courage de se dépasser et d'affronter ses ennemis. Ne jamais renoncer… C'est un beau message que vous transmettez !
Un franc sourire se dessina sur le visage de Jiraya. D'un geste mesuré, il déposa ses baguettes avant de joindre les mains devant lui, en appui sur ses coudes.
— C'est grâce à vous, vous savez ? C'est parce que vous persévérez malgré les difficultés, malgré la guerre qui fait rage. Vous êtes la source de mon inspiration, les gamins !
Un frisson de pure félicité le parcourut alors. Vraiment, les sourires émerveillés de ses élèves et leurs encouragements valaient tout l'or du monde.
La pluie martelait les toits avec insistance comme les nuages ventrus, d'un gris menaçant, déversaient leur contenu sur son monde qui venait de s'écrouler. L'air hagard, Jiraya fixait l'enseigne de la principale maison d'édition de Konoha, dont la porte venait de claquer sèchement sous son nez. Les termes très flatteurs dont on avait gratifié son manuscrit, à savoir « torchon » ou encore « bon pour la poubelle », tournoyaient sans cesse dans son esprit, nourrissant le marasme d'idées noires dans lequel il sombrait peu à peu. Son rêve pendait mollement dans son cœur malmené, lacéré à grands coups de phrases lapidaires. Et les quelques lambeaux qui en restaient semblaient insuffisants à reconstituer la toile complète de son beau projet parti en fumée.
Son regard hébété tomba sur le manuscrit qu'il tenait entre ses mains, taché de gouttelettes humides. Une furieuse envie de le jeter à travers la rue le saisit soudain, et il dut se faire violence pour ne pas y céder. Car, à quoi bon conserver l'objet de sa déception, sinon pour se torturer davantage l'esprit et ressasser inlassablement son cuisant échec ? Toutefois une part d'affection et d'espoir y demeurait obstinément accrochée, le souvenir de longues heures passées à le peaufiner, à reformuler, à corriger. Ses doigts se crispèrent sur les feuilles trempées. Tous ces efforts faits en vain…
Ses lèvres se plissèrent en une moue chagrine. Tsunade n'avait-elle pas raison, en fin de compte, en lui affirmant qu'il n'avait aucune chance d'être publié ? Les récents événements venaient de le lui prouver. Comment annoncerait-il sa triste tentative avortée à ses coéquipiers la prochaine fois que, lors d'un repas, l'idée leur viendrait de le questionner en toute innocence sur cet épineux sujet ? Réussirait-il à le leur dévoiler, ce cruel soufflet qu'il venait d'essuyer, alors qu'il pesait en ce moment même telle une chape de plomb sur sa langue avec une saveur amère ? Il secoua la tête. Non, la honte s'avérait trop grande, à l'instar de la blessure de son orgueil. Mieux valait se complaire dans le silence autant que possible, voire éluder les questions à grand renfort de mensonges. Tout, plutôt que d'avouer, aux autres ainsi qu'à lui-même, qu'il n'avait pas été à la hauteur des exigences littéraires.
Épaules et tête basses, Jiraya se détourna de la porte close et s'engagea sur le chemin qui le ramènerait à la solitude de son appartement où il aurait tout le loisir de se morfondre. Comment avait-il pu croire qu'il serait l'exception, que ses mots valaient mieux que ceux d'un autre ? Que le travail fourni s'avérerait suffisant ? Une part croissante de son être nourrissait une inextinguible rancœur à l'idée de s'être laissé berner par quelques espoirs malvenus. Comment avait-il pu s'imaginer qu'il parviendrait à devenir écrivain, si fort soit son désir ? Ses précédents élèves avaient placé en lui une indigne confiance. Mais quelle importance, désormais ? Cet échec-ci, additionné aux deux précédents, confirmait qu'il était préférable d'oublier ses rêves de succès et de s'en tenir à sa carrière de ninja.
Dans sa main, l'encre qui composait le titre de son premier roman, Récits héroïques d'ermites shinobis, se diluait lentement sous les assauts répétés de la pluie.
— Tu sais, je voyais ça comme une histoire assez minable, en fin de compte…
— Je ne suis pas d'accord.
Jiraya releva la tête, interloqué par ce ton catégorique. Attablé face à lui dans leur petite maison située non loin du bureau du Hokage, Minato lui adressa un clin d'œil, un franc sourire aux lèvres.
— C'est un récit fantastique, au contraire !
De sa main gauche, il brandit le petit livre tandis que Jiraya, les mains appuyées sur le rebord de la table, le dévisageait avec une évidente perplexité. Nullement découragé par son expression dubitative, Minato poursuivit avec emphase :
— Moi, je vous dis que ce livre édifiera votre renommée ! D'autant qu'il contient clairement du vécu.
— En tout cas… les ventes ont fait un flop, le contredit l'ermite en se grattant la joue, embarrassé. La prochaine fois, j'agrémenterai la trame de quelques épisodes grivois.
Le jeune homme blond posa sur le livre un regard attendri.
— Le héros de votre histoire lutte toujours jusqu'au bout de ses forces… J'aime ce genre de caractère. C'est vous tout craché, ça, sensei.
Au comble de la gêne, Jiraya se passa une main dans les cheveux, sentant son visage chauffer légèrement. Certes, malgré ses précédents échecs, il avait persévéré sur la voie de l'écriture, soutenu par Minato et ses coéquipiers. Mais de là à affirmer qu'il luttait toujours, il y avait un monde !
— Tu trouves ? questionna-t-il néanmoins.
— Et vous savez quoi ?
— Hmmm ?
L'air réjoui qui éclaira les traits de son ancien élève laissait présager une annonce retentissante.
— Cet enfant qui va naître… J'aimerais qu'il devienne un shinobi à l'instar du héros de votre histoire ! Alors, je voudrais savoir… Accepteriez-vous qu'on l'appelle comme votre personnage ?
Le Sannin manqua de s'étrangler avec sa salive à l'entente de ces mots. S'il était habitué aux idées parfois saugrenues de l'actuel Hokage, celle-ci dépassait de loin les plus farfelues ! Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver, au fond de son cœur, une joie indicible.
— Quoi ? Vous êtes sûrs ? demanda-t-il en s'efforçant de ne pas bredouiller. Je l'ai baptisé un peu au hasard en mangeant un bol de nouilles, tu sais…
Avant qu'il n'ait le temps de poursuivre ses objections, Kushina Uzumaki apparut dans l'encadrement de la pièce, une main soutenant son ventre rond.
— Naruto… C'est un très beau nom.
Depuis combien de temps écoutait-elle leur conversation ? Sans doute depuis le début, comme elle avait coutume de le faire. Bien que sa grossesse l'ait obligée à abandonner les missions, certains réflexes semblaient persister chez la jeune kunoichi.
— Kushina…
Jiraya connaissait suffisamment l'épouse du Hokage et son tempérament obstiné pour savoir combien il était inutile de parlementer une fois qu'elle avait pris une décision. Toutefois, il ne put s'empêcher de formuler une dernière hésitation :
— Ha ha ! Sans blague ! Mais alors ça ferait de moi un peu son parrain ? Vous êtes sûrs que je ferai l'affaire ?
— Vous serez parfait dans ce rôle, au contraire ! assura Minato. Vous êtes né avec un talent extraordinaire pour le ninjutsu… et vous avez su devenir un formidable combattant.
Kushina et lui échangèrent un regard complice, avant que la jeune femme ne déclare à son tour :
— Et vous êtes un écrivain très prometteur, qui a su dépasser ses échecs et persévérer. Cet enfant ne pourrait rêver mieux comme parrain.
Jiraya baissa la tête.
— Tu sais, Kushina, je n'ai pas de mérite en tant qu'écrivain. Sans votre soutien, je ne serai sûrement pas parvenu à remonter la pente.
— Mais vous l'avez fait. Et ça, c'est une preuve suffisante de votre ténacité.
Un léger sourire s'invita sur les lèvres de l'ermite. Les mots de la kunoichi recélaient l'accent d'une vérité absolue. Il ne comptait plus les heures qu'ils avaient passées tous les trois, avec Minato, à reprendre son manuscrit scène par scène, à prodiguer des conseils, à émettre des critiques constructives et à renouveler sans cesse leur engouement pour ce récit. Grâce à leur présence, leurs commentaires et leur indéfectible appui, Jiraya avait triomphé de son désespoir et repris lentement le chemin de l'édition, avec succès cette fois. Ils lui avaient donné la force de mener à leur terme ses projets.
Plus que tout, peut-être même davantage que lui-même, ils étaient à l'origine de la naissance de l'écrivain.
Voilà pour cet OS ! Jiraya a finalement réalisé son ambition, celle d'être publié ! La plus important à retenir de ce texte, c'est que le protagoniste n'aurait jamais accompli tout ce chemin sans le soutien dont il a bénéficié. C'est l'avis de ses proches qui l'a guidé et l'a exhorté à s'améliorer, à faire des efforts, à ne pas abandonner son rêve d'être lu. Ce sont les commentaires de son entourage qui ont gardé intacte la flamme de son inspiration, ou qui l'ont rallumée. Et de la même manière, ce sont vos commentaires de lecteurs qui motivent les auteurs en herbe que nous sommes.
Alors n'hésitez pas à laisser une trace de votre passage. Ne laissez pas la timidité ou le manque d'inspiration vous freiner même si les longues critiques constructives sont appréciées, quelques mots donnant votre impression générale sur le chapitre ou l'histoire suffisent. Montrez-nous que vous êtes là, avec nous. C'est notre plus belle, et seule, récompense.
Nous comptons sur vous ;)
