Je profite d'un moment chez mon grand-père pour poster ce chapitre. Mes parents viennent de déménager et n'ont pas encore de connexion, il n'est donc pas certain que je puisse poster un nouveau chapitre avant d'être de retour en Allemagne, le 9.
La fin de ce chapitre se réfère au chapitre 15
Bonnes vacances à tous et bon réveillon!
Chapitre LXXVI : la vision du miroir du Risèd
Le directeur était soudain très pâle.
- Ludivine a été violée par Voldemort ? Alors Kécile...
- Kécile est le fruit de ce viol. Elle est votre petite-fille.
Kécile ne se retournait pas. Elle craignait par-dessus tout de voir le rejet ou le dégoût dans les yeux du directeur. Dégoût d'être lié à Voldemort à cause d'elle.
Et les deux hommes derrière elle n'échangeaient plus un mot. Le silence était assourdissant et plus les secondes passaient plus son cœur se serrait douloureusement. La terreur d'avoir tout gâché par cet aveu l'envahissait.
« Pitié, songeait-elle dans une litanie silencieuse, pitié ne me repoussez pas... ». Elle aurait voulu qu'il dise quelque chose. L'attente devenait insupportable. Elle se sentait trembler convulsivement d'angoisse, mais une force la clouait sur place, incapable de faire face à celui qu'elle souhaitait de tout son cœur pouvoir enfin revendiquer comme son grand-père.
Et lorsque pour la première fois elle osa simplement penser ce mot, un sanglot lui échappa à l'idée que cet espoir soit détruit aussitôt apparu.
Dumbledore était abasourdi. Il fixait Kécile qui lui tournait le dos sans se décider à faire un pas vers elle.
Ludivine, sa fille qu'il avait adorée, avait été violée par Voldemort. Ce monstre n'avait décidément eu aucun respect. Et l'idée dérangeante que le mage noir ait pu céder à une pulsion aussi bestiale, à un désir humainement vulgaire le laissait sans voix.
Mais quelque chose de plus fort était né de cet acte barbare. Ludivine avait eu un enfant. Kécile.
Kécile était sa petite-fille.
Et lorsqu'il prononça intérieurement ces mots, une émotion violente le saisit. Le vieil homme qu'il était s'émut d'avoir eu la chance de retrouver quelqu'un de sa famille.
L'instant suivant, il réalisait tout ce par quoi Kécile avait dû passer. Tout s'éclairait d'un nouveau jour. Voldemort avait eu la barbarie de lui ordonner de tuer son grand-père. Elle avait trahi un serment inviolable parce qu'elle ne voulait pas tuer un membre de sa famille. Elle lui avait fait confiance malgré l'instruction de Voldemort parce qu'il était la seule personne qu'elle avait encore en ce monde. Et il avait songé à l'envoyer à Azkaban. Tout d'un coup la souffrance de la jeune fille prenait tout son sens. Elle avait cru qu'elle serait condamnée à ce cauchemar par son grand-père. C'était son grand-père qui l'aurait envoyé à une mort certaine dans une lente agonie.
Un gémissement s'échappa des lèvres de Kécile et il réalisa soudain ce que son silence devait signifier à ses yeux.
- Kécile, murmura-t-il d'une voix rendue rauque par l'émotion.
Il s'approcha jusqu'à pouvoir poser une main sur son épaule.
- Pourquoi ne m'as-tu pas avoué cela plut tôt ? Demanda-t-il en songeant à tout ce qu'ils auraient pu éviter s'il avait su.
Il vit la jeune fille se retourner et le regarder prudemment, la peur d'être rejetée au fond des yeux.
- Tu as cru que je ne voudrais pas de toi... murmura-t-il consterné dans une lueur de compréhension.
- Je suis la fille de Voldemort, d'un monstre, répondit-elle douloureusement.
- Et tu es la fille de Ludivine, la personne qui m'a été la plus chère.
Il l'attira contre lui et referma ses bras autour d'elle dans une étreinte protectrice.
- Je ne faillirai pas une seconde fois, Kécile, dit-il alors qu'il la sentait pleurer de soulagement contre lui. Dorénavant, nous serons une famille face à Voldemort. Tu ne seras plus jamais seule.
Kécile se demandait si elle ne rêvait pas. Est-ce que le cauchemar allait véritablement finir ? Est-ce que tout allait vraiment changer ? Avait-elle une famille maintenant ? Avait-elle le droit de dire ou même simplement de penser que Dumbledore était son grand-père ?
L'étreinte dans laquelle le vieil homme l'avait attiré semblait l'autoriser. La chaleur qui se répandait en elle à ce contact rassurant était celle de l'espoir.
Elle avait un grand-père.
Un sourire se dessina sur ses lèvres à cette simple pensée. Elle n'avait jamais véritablement voulu y croire par peur d'être déçue. Elle avait cadenassé ce désir, refusé ne serait-ce que de penser au vieil homme ainsi pour ne pas souffrir inutilement. Et maintenant, son rêve prenait vie au moment où elle s'y attendait le moins.
XXX
Il s'était passé un long moment depuis que Dumbledore lui avait dit qu'elle ne serait plus seule. Elle ne s'était même pas rendu compte à quel moment Severus était parti, les laissant tous les deux à leurs retrouvailles. Mais ils n'avaient pas prononcé un mot. Le silence était confortable. Il était nécessaire à l'un comme à l'autre pour appréhender combien les choses allaient changer.
Ils avaient fini par s'installer sur le canapé. Elle s'était allongée et avait la tête posée sur les genoux de Dumbledore. De son grand-père.
- Cela fait plaisir de te voir enfin sourire après tous ces pleurs, murmura doucement le directeur.
Elle leva les yeux vers lui et lui adressa un sourire timide.
- Je crois... commença-t-elle avec hésitation. Je crois que je suis heureuse.
- Je ne crois pas que je suis heureux. Je le suis. Comme je l'ai rarement été depuis de nombreuses années... Depuis la mort de Ludivine, avoua-t-il. Tous les derniers événements aussi douloureux ont-ils été, auront au moins donné naissance à quelque chose de merveilleux.
Kécile acquiesça.
- J'ai l'impression de revivre après un très long cauchemar. Je sais que la guerre nous attend dehors, je sais que Voldemort me menace encore. Mais... c'est comme si ça avait moins d'importance, maintenant.
Il y eut un nouveau silence, puis Kécile demanda :
- Est-ce que cela va changer quelque chose, professeur ?
- Oui, répondit Dumbledore. Dorénavant, je ne serai plus seulement ton mentor. Et cette familiarité que tu semblais réclamer peut maintenant s'exprimer sans être déplacée ou sans qu'on nous la reproche comme du favoritisme. Pour commencer, je t'en prie, plus de professeur ou de monsieur, Kécile.
La jeune fille se redressa et fixa le vieil homme d'un air ébahi.
- Mais comment dois-je vous appeler ? Grand-père ? S'exclama-t-elle sans pouvoir retenir un petit rire.
- Cela te dérangerait ? Demanda Dumbledore.
- Un peu... ça fait bizarre, avoua-t-elle.
- Alors comment voudrais-tu m'appeler ?
Kécile réfléchit un instant avant de jeter un coup d'oeil prudent au vieil homme.
- Est-ce que... Albus, cela irait ?
- Comme Severus ? Demanda-t-il en souriant.
- Oui, répondit-elle en haussant les épaules. C'est plus neutre, mais c'est plus familier aussi, je trouve.
- Si tu te sens à l'aise, cela me convient, acquiesça-t-il. Ce n'est pas la manière de me nommer qui importe, c'est ce que tu ressens.
Kécile eut l'air embarrassée et regarda à nouveau son grand-père d'un air hésitant. Elle avait peur d'être trop familière, elle avait peur de paraître une véritable gamine. Mais la nouvelle proximité avec le vieil homme déclenchait en elle un besoin de contact qui la perturbait et la faisait se sentir plus vivante à la fois.
Elle finit par céder à son envie et posa lentement sa tête sur l'épaule du directeur. Il ne protesta pas. Au contraire, elle était sure qu'il souriait.
- Cela va changer beaucoup de choses, poursuivit Dumbledore, car maintenant, nous pourrons parler sincèrement de tout. Tu dois être curieuse de connaître ta famille, n'est-ce pas ?
- Est-ce que je ressemble à ma mère ? Demanda-t-elle.
- Pas vraiment, reconnut Dumbledore avec un petit rire. Ni par le physique, ni par le caractère.
- Parlez-moi d'elle, demanda-t-elle. A quoi ressemblait-elle physiquement?
- Elle était blonde et avait un visage plus rond que le tien. Des traits moins prononcés. Et des yeux plus clairs. Elle avait mes yeux. Tu as le visage de Tom Jedusor lorsqu'il était plus jeune... Et les yeux de Camille, dit-il après un temps de silence.
- Camille ?
- Ma femme, expliqua-t-il. Ta grand-mère.
- Vous avez déjà parlé d'elle je crois. Vous aviez dit qu'elle était l'héritière des Serdaigle.
- Camille venait d'une vieille famille française, les Deschavelles dont le nom se transmet de mère en fille en même temps que l'héritage de Dame Serdaigle. Ludivine avait reçu cet héritage. L'intelligence, le calme, la perspicacité étaient ses principales qualités. Elle avait cependant un certain penchant pour l'orgueil...
- Dont j'ai hérité.
- Je crois que ton père s'est chargé de te transmettre ce défaut par son éducation, répondit Dumbledore.
- Alors je ne possède pas les qualités de ma mère, taquina Kécile.
- En effet, confirma le vieil homme. Ludivine, en bonne Serdaigle, ne faisait jamais confiance à son instinct et toujours à sa raison. Elle était d'une nature posée et discrète, ce que tu n'es certainement pas.
- Non, fut bien obligée de reconnaître Kécile.
- Mais je suis certain qu'elle serait fière de toi, ajouta doucement Dumbledore. Fière de ce que tu es devenue malgré tous les efforts de Voldemort pour te faire sombrer dans le Mal. Dans tous les cas, je suis fier de toi. Et je vais pouvoir revendiquer mes droits sur toi, sans que Fudge ne puisse rien dire, ajouta-t-il d'un ton satisfait.
Kécile se dressa subitement.
- Vous n'allez pas lui dire ?! S'exclama-t-elle horrifiée.
- Pourquoi donc ? S'étonna Dumbledore. Tu ne le veux pas ?
- Mais vous imaginez la réaction des gens lorsque cela fera la une des journaux ? « Un nouveau scandale secoue l'école de Poudlard. Dumbledore, le parent de Celui-Dont-on-Ne-doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ! » Ce serait une catastrophe ! C'est déjà bien assez qu'on vous reproche d'être proche de moi et de fraterniser avec l'ennemi. Vous perdriez toute crédibilité...
- Ce n'est pas faux, reconnut lentement le vieil homme. Mais je n'ai pas l'intention de le cacher.
- Je vous le demande, professeur, dit fermement Kécile. Pardon... ajouta-t-elle en voyant les sourcils du directeur se hausser. Je vous le demande, Albus...
Merlin que c'était étrange. Il lui faudrait un certain temps pour s'y habituer.
- Je ne veux pas vous faire du tort, même indirectement. Ça m'est égal que les autres ne le sachent pas. Ça ne changera rien. Au moins jusqu'à la fin de la guerre, s'il-vous-plaît.
Dumbledore la regarda, concerné.
- Kécile, je veux qu'il soit bien clair que je n'ai absolument pas honte que tu sois ma petite-fille, qu'importe tes liens avec Voldemort .
- Je le sais, répondit sincèrement la jeune fille. Et cela me suffit. Vous avez suffisamment à vous battre contre le ministère sans venir ajouter un nouveau scandale. Personne ne doit savoir. Juste vous et Severus.
XXX
Le professeur de potions avait quitté le bureau du directeur avec le sentiment d'un devoir accompli. Il avait promis à Ludivine quelques instants avant sa mort, de protéger Kécile. Il avait rempli sa parole. Maintenant qu'elle avait réellement retrouvé son grand-père, il pouvait se sentir dégagé de toute responsabilité.
Mais il se surprit néanmoins à ressentir un petit pincement au cœur à cette pensée. Salazar l'en garde, il s'était attaché à la gamine. C'était pourtant l'occasion ou jamais d'abandonner toute préoccupation et d'éviter des souvenirs et surtout des émotions dangereuses face à Voldemort à l'égard de Kécile.
De toute manière, se dit-il pour se convaincre, maintenant qu'elle avait trouvé une famille, elle n'aurait plus besoin de lui et l'oublierait vite. Dumbledore était bien plus fréquentable et plus aimable que lui. Et il lui apporterait sans hésitation une affection qu'elle savait ne pas pouvoir attendre de la part de son austère professeur de potions.
Oui, se dit-il en refermant la porte de ses appartements. Inciter Kécile à avouer enfin ce secret qui lui pesait depuis des années avait été la meilleur chose à faire. Pour eux tous.
Au même moment, la brûlure vive de la marque se fit sentir sur son bras. Grimaçant, il attrapa ses affaires et se faufila dans les couloirs jusqu'à pouvoir quitter le château puis le parc avant de transplaner au manoir du Seigneur des Ténèbres.
Il avait été très imprudent. Beaucoup trop ces derniers temps. Il n'avait pas pu laisser Kécile se débattre seule avec la tentative de meurtre de Harry et la colère de Dumbledore. Mais il n'avait pas eu de temps pour reléguer ses souvenirs derrière ses barrières. Si Voldemort plongeait dans son esprit... Severus frissonna et porta la main à sa poche où le portoloin d'urgence l'attendait toujours en cas d'absolue nécessité. Puis il inspira profondément en ce disant qu'il avait réussi à berner Voldemort depuis des années. Il semblait avoir regagné la confiance du Lord, il devrait être capable de sortir sans dommage d'un mauvais pas.
Tout en continuant à marcher d'un pas vif, il tenta de vider son esprit de toutes les émotions qui l'avaient secoué ces derniers jours pour se présenter devant son « Maître » aussi impassible qu'à l'habitude.
Lorsqu'il s'agenouilla, c'était le même Severus Rogue qu'à l'habitude qui saluait le Seigneur des Ténèbres.
Severus, murmura le Lord, je m'attendais à ce que tu viennes de toi-même...
- Je n'en ai pas eu le temps, Maître. Je m'en excuse. Nous avons été secoué par des événements assez inattendus ces derniers jours.
- Je m'en doute, Severus. Je suppose que tu n'ignores pas que je suis à l'origine de ces événements ?
- Non, Maître.
- Alors peux-tu me dire pourquoi rien n'a encore filtré dans le monde extérieur ? Est-ce que Dumbledore espère cacher la mort de Harry Potter longtemps ? Demanda le Seigneur des Ténèbres avec un petit sourire condescendant.
- Maître... dit Severus qui sentait qu'il allait payer la nouvelle qu'il apportait. Maître, Harry Potter n'est pas mort.
Il y eut un moment de silence pendant lequel Severus n'osa pas lever les yeux.
- Comment ? Finit par murmurer le mage noir.
- Je suis désolé, Maître, confirma le professeur de la voix la plus assurée et la plus désolée possible. Harry Potter n'est pas mort. Kécile a lutté suffisamment contre votre volonté pour que le sort ne soit pas mortel. Il est revenu à lui hier soir, Maître.
Un des lustres ternis explosa au dessus de leur tête alors que le Seigneur des Ténèbres se levait dans un geste brusque et rageur.
- Et tu n'as pas jugé utile de me prévenir, murmura-t-il d'une voix que même lui pouvait en toute honnêteté qualifier d'effrayante.
- Je pensais que vous le saviez, Maître, répondit Severus en laissant filtrer un peu de sa peur dans sa voix.
Un bon mangemort se devait d'être craintif ou le Lord aurait commencé à être soupçonneux.
- J'ai pensé que vous aviez senti que Kécile vous avait résisté. L'absence de convocation me le confirmait, croyais-je. Je vous demande pardon, Maître, ajouta-t-il d'une voix servile qu'il détesta.
Mais cela ne lui évita pas le sort vicieux qui l'atteignit lorsque le Seigneur des Ténèbres le frappa pour passer sa colère.
- Tous ces efforts ont donc été vains ! Comment est-ce possible ? gronda-t-il. Kécile était à ma merci, en mon pouvoir...
- L'influence de Dumbledore devait rester trop forte.
- Et cet imbécile, que lui a-t-il fait ? Est-ce que j'aurais au moins obtenu de détruire cette misérable traîtresse.
- Je suis désolé, Maître, dit Severus en courbant davantage la tête. Dumbledore était fou furieux jusqu'à comprendre qu'elle n'était pas consciente de ses actes.
- Alors il ne l'a pas puni ? Je ne serais même pas parvenu à briser Kécile par cette stupide affection qu'elle porte à ce vieux fou ?
- Non, Maître, avoua Severus. Pire que cela. Kécile a avoué à Dumbledore qu'elle est sa petite-fille. Et il l'a accueilli à bras ouverts.
- Incapable! hurla alors le mage noir.
Et l'instant d'après, Severus avait roulé au sol, retenant péniblement des hurlements de douleur tout en songeant qu'il n'avait rien à faire dans cette affaire et ne méritait pas d'être traité d'incapable.
Lorsque le sort fut levé, le Lord était juste devant lui et ne lui laissa guère le temps de se reprendre avant de l'attraper par le menton comme un mauvais garnement.
Il ne put se retenir de frémir au contact glacial des doigts osseux sur sa mâchoire.
- Cette gamine commence à m'agacer, siffla-t-il. Il est temps d'en finir. Je te donne une semaine pour l'éliminer. Je veux que lundi prochain, les journaux annoncent avec jubilation que la Fille de Celui-Dont-on-Ne-doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est morte.
Severus sentit ses entrailles se tordre. Ça y est. On y était, songea-t-il amèrement. Il avait redouté depuis trois ans cet ordre et il tombait enfin.
- Maître, murmura-t-il péniblement alors que le Lord ne relâchait pas la pression douloureuse sur son menton. Dumbledore est constamment avec Kécile. Elle ne le quitte que pour les cours ou pour se rendre à son dortoir le soir à l'heure du couvre-feu. Il n'y a aucun moyen de provoquer un accident discret.
- Débrouille-toi, répliqua le mage noir d'un ton sec.
- Maître, insista Severus. Je risque de perdre ma position au sein de Poudlard, tenta-t-il en dernier recours. Est-ce que la mort de votre fille vaut la perte de mon poste, Maître ?
- Ce n'est pas à toi de décider de cela, Severus, siffla le Seigneur des Ténèbres alors que sa main se serrait tellement puissamment sur les os de sa mâchoire qu'il craignait que celle-ci ne finisse par se briser. Tu devras être suffisamment habile pour éviter de te faire prendre sous peine de subir ma colère.
Et Severus fit l'erreur fatale. Une lueur de découragement traversa son regard alors que le Lord avait rivé son regard dans le sien. Aussitôt, une mine soupçonneuse apparut sur le faciès de serpent du sorcier et il murmura : « Legilimens ».
L'inquisition se vit violente et cherchait de toute évidence les souvenirs en rapport avec Kécile. Les derniers souvenirs, mal protégés finirent par se présenter sous l'intrusion. Severus tenta de les reléguer en dehors de la portée du Seigneur des Ténèbres mais celui-ci sentit l'effort de l'esprit et y porta toute son attention. Il sentit alors l'inquiétude de Severus pour Kécile, il vit la promesse faite à Ludivine de protéger l'enfant, il sentit la souffrance de l'homme face à celles de la jeune fille, il le vit inciter Kécile à avouer son lien de parenté à Dumbledore.
Quelques instants, plus tard, la pression de son esprit était relâché, et le Seigneur des Ténèbres le regardait maintenant avec un petit sourire mauvais.
- Comme c'est touchant, dit-il d'une voix faussement aimable. Je ne pensais pas que tu t'inquiétais pour cette enfant à ce point.
- Maître, tenta Severus qui espérait encore pouvoir convaincre le Lord que son affection pour sa fille n'avait rien à voir avec sa fidélité. Je la connais depuis sa naissance .
- Je sais, Severus, répondit le Seigneur des Ténèbres. Je ne savais en revanche pas que tu avais des liens de confiance avec Ludivine. Je ne savais pas que cette misérable avait pu t'émouvoir suffisamment pour que tu me trahisses pour elle, Severus. Je suis déçu, dit-il d'un ton badin dangereux. Je croyais que le danger de ta trahison venait de Lily, pas du rejeton de Dumbledore.
Et Severus sut qu'il était perdu.
- Sur quoi d'autre as-tu tenté de me tromper, Severus ? Continuait doucement le mage noir en jouant négligemment avec sa baguette avant de verrouiller la porte pour empêcher toute fuite.
Et Severus pria intérieurement pour que Dumbledore ne se soit pas trompé quant aux propriétés de la plume de phénix qui lui servirait de portoloin. Le vieil homme lui avait assuré qu'il passerait les barrières anti-transplanage. S'il avait eu tort, il était perdu.
Mais c'était inutile de feindre plus longtemps, décida-t-il. Sa carrière d'espion prenait définitivement fin. Et quitte à mourir, autant de pas mourir aux pieds de Voldemort comme tous ces mangemorts.
- Sur tout, Lord Voldemort, osa-t-il prononcer en se redressant péniblement alors que son poing se refermait sur la plume dans sa poche. Je vous ai trompé sur mon amour pour Lily, sur mon admiration pour Ludivine, sur mon affection pour Kécile, sur mon respect pour Dumbledore et sur ma loyauté qui lui appartient sans faillir depuis quinze ans.
Et alors qu'à ces mots, le masque d'affabilité du mage noir tombait et que sa baguette se pointait pour signer sa mort, il murmura « Fumsec » et sentit aussitôt le crochet imaginaire l'attraper au niveau du nombril. Il disparut dans un flamboiement au moment où le rayon vert fusait vers lui.
XXX
Lorsque Dumbledore vit apparaître Severus dans son bureau aussi soudainement la mine un peu pâle, il comprit immédiatement. Il se leva brusquement de son bureau et tendit un bras pour soutenir son professeur qui chancela un instant avant de reprendre son équilibre.
- Vous allez bien ? demanda-t-il sans chercher à masquer son inquiétude.
Severus répondit d'un hochement de tête bref.
- C'est fini n'est-ce pas ?
Nouveau hochement de tête.
Le directeur posa une main sur l'épaule du Maître des Potions et dit :
- C'est regrettable, dit-il gravement. Mais je suis soulagé que votre rôle se termine et que vous soyez toujours vivant. C'est le principal quelle que soit la perte pour l'ordre.
Une tête brune passa par la porte entrebâillée du salon du directeur.
- Est-ce que j'ai bien entendu ? demanda Kécile avant d'entrer dans le bureau. Vous n'espionnerez plus ?
- Non, Miss Gaunt, répondit Severus d'un ton sec.
- Mais Dumbledore vit avec amusement la jeune fille pas refroidie pour deux sous s'avancer et serrer dans ses bras un professeur stupéfait.
Severus se dégagea rapidement de l'étreinte et dit d'un ton grinçant :
- Ce n'est pas parce que le directeur autorise et pire apprécie ce genre de familiarité qu'il en va de même pour moi, Miss Gaunt.
- Oh, je vous en prie, Severus ! Il n'y a plus aucune raison de mettre cette distance avec vos Miss Gaunt... on dirait le professeur McGonagall et je ne serre pas le professeur McGonagall dans mes bras, dit-elle moqueuse.
- Encore heureux, marmonna le professeur de Potions alors que Dumbledore étouffait un petit rire en imaginant la scène.
- Et puis, ce n'est pas grand-chose. Je ne vous monte pas encore sur les genoux, plaisanta-t-elle.
Cette fois-ci, Dumbledore éclata de rire alors que Severus ne cachait pas une moue dégoûtée. Kécile semblait véritablement heureuse de la nouvelle de la désertion de son professeur et avait su dédramatiser la situation en quelques phrases.
Le vieil homme fit signe à ses deux protégés de se diriger dans le salon. Sur la table basse étaient éparpillés différents livres de potions et parchemins couverts de l'écriture droite de Kécile.
La jeune fille s'installa sur le canapé avec une familiarité déconcertante et attrapa ses affaires pour faire de la place à Dumbledore à côté d'elle.
- Etes-vous ici pour faire vos retenues, Miss Gaunt ou pour boire le thé ?
- Les deux, professeur, répondit Kécile en toute sincérité. Je vous promet que ma dissertation sur le philtre de paix vous sera rendue demain matin à la première heure.
- Tu finiras cela plus tard, Kécile intervint Dumbledore. Racontez-nous maintenant ce qu'il s'est passé, Severus.
Le Maître des Potions leur relata toute son entrevue et Kécile posait un regard coupable sur son professeur à la fin du récit.
- Alors c'est à cause de moi que vous avez manqué vous faire tuer.
- Ne recommencez pas, Kécile, coupa durement Severus. C'est à cause des événements et de mon incapacité à garder mes souvenirs compromettants à l'abri de Voldemort.
- Ne vous blâmez pas non plus, Severus. Vous avez accompli un véritable exploit jusqu'à présent. Aussi regrettable que ce soit, il fallait s'attendre à ce que vous ne puissiez tromper indéfiniment Voldemort.
- En tout cas, maintenant, vous n'avez plus d'excuses pour m'éloigner de vous, conclut joyeusement Kécile.
- Je vous arrête tout de suite, Miss Gaunt, coupa sèchement le professeur. Je n'ai aucunement l'intention de supporter vos familiarités.
- Ecoutez Severus, dit Kécile en tournant un regard brusquement sérieux vers l'homme. Je sais que vous avez promis à ma mère de me protéger. Je serais peinée si vous cessiez de veiller sur moi parce que j'ai Albus maintenant. Je sais que... vous avez de l'affection pour moi. Et je ne vais pas vous mentir. Je... Je vous aime, avoua-t-elle en rougissant. Est-ce que c'est comme cela que je devrais aimer un père, je l'ignore. Mais pour moi vous faîtes partie de ma famille.
Merlin ! Songea Severus avec horreur. Quelques heures en compagnie de Dumbledore en tant que grand-père et Kécile tenait déjà ce discours ! Mais elle allait être à fuir !
Mais la jeune fille n'avait visiblement pas l'intention de s'arrêter là.
- Vous savez ce qui m'a fait changer de camp ?
- De savoir que Dumbledore était votre grand-père, répondit Severus.
- Oui, confirma-t-elle. Mais ce qui m'a fait réaliser que je ne pourrais pas le tuer ? Que je pourrais pas poursuivre la route que mon père me traçait ?
Severus secoua la tête et Dumbledore regarda sa petite-fille attentivement, curieux d'entendre ce qui allait suivre.
- Ce qui m'a fait réaliser que je pourrais pas être ce que Voldemort attendait, c'est d'avoir été confrontée à la vision de mon désir le plus cher. La salle de Rowena Serdaigle m'est apparue ce soir-là. J'y ai trouvé le miroir du Risèd. Et savez-vous ce que j'y ai vu ? J'y ai vu la famille que je rêvais d'avoir. Dumbledore et vous. Ce n'était même pas ma mère que je ne connaîtrais jamais que je voyais. Ce que je voulais, et ce que je voudrais encore, c'est vous, Severus.
