Vous me croyiez morte sans doute? Me revoilà... Après une bonne vague de gifles, mais je reprends l'écriture avec soulagement. Au moins, là, je me sens bonne à quelque chose.

Un chapitre assez intense et que j'aime beaucoup. J'espère qu'il vous plaira tout autant!

Bonne lecture!


Chapitre 78 : La mort d'une mère

Le lendemain matin, la vie devait reprendre aussi normale que possible. Lorsque Kécile descendit dans la salle commune, elle se trouva pour la première fois depuis sa tentative de meurtre face à Hermione et Ron. Elle sentit ses joues chauffer sous le regard défiant des deux élèves. Harry avait beau leur faire les gros yeux, Kécile ne pouvait certainement pas espérer qu'ils soient aussi cléments que l'avait été sa victime.

Elle se tint néanmoins devant eux et baissa le yeux avant de dire d'une voix penaude :

- Je suis désolée.

- Ce n'est pas à nous qu'il faut t'excuser, répondit fraîchement Hermione.

- Je sais. Mais ça ne fait rien. Je suis quand même désolée de vous avoir causé autant d'inquiétude. Et je voulais te remercier Ron.

- Me remercier ? Répéta ce dernier incrédule.

- Oui, de m'avoir stupéfixié. Tu as ainsi interrompu la connexion avec Voldemort.

- Ouais, intervint Harry d'un ton rieur pour détendre l'atmosphère, tu lui as sans doute évité de faire un massacre.

- Je suis sérieuse, Harry.

- Je sais, Kécile. Mais je suis sérieux moi aussi quand je te dis que c'est de l'histoire ancienne, que tu n'aurais pas été responsable même si Voldemort était parvenu à son but, que tu m'as sauvé la vie en lui résistant et que tout finit bien. On passe à autre chose, maintenant ? Ajouta-t-il en s'adressant à ses deux autres amis.

Ron et Hermione finirent par acquiescer avec réticence, et ils descendirent ensemble pour prendre le petit-déjeuner. Dans les escaliers, Kécile attira Harry en arrière pour le prendre à part et lui demanda à voix basse.

- Qu'est-ce que tu leur as dit pour qu'ils lâchent le morceau aussi vite ?

- La vérité. Ta réaction lorsque tu as réalisé ce que tu avais fait. Et puis, il faut l'avouer, ajoura-t-il avec un sourire espiègle. Ce n'est pas tous les jours qu'on t'entend t'excuser et encore moins remercier Ron.

Kécile esquissa un sourire. C'était vrai qu'on ne l'avait pas vu souvent adopter un profil bas et contrit. Si cela pouvait adoucir les deux gryffondors.

Cédant à son impulsion, elle serra Harry brièvement dans ses bras, sous le regard vaguement dégoûté de Ron et la mine scrutatrice d'Hermione.

- Merci, dit-elle simplement avant de le lâcher et de se retourner vers ses deux autres camarades.

- Alors, demanda-t-elle pour changer de sujet, où en êtes-vous avec l'AD ?

Le visage d'Hermione s'éclaira aussitôt et elle se mit à raconter les différents progrès des élèves de l'AD.

- On a commencé les patronus, dit-elle d'un ton enthousiaste. Je n'y arrive pas encore, mais j'ai bon espoir.

Kécile se tourna soudain vers Harry, prise d'une idée subite.

- Tu devrais m'apprendre, Harry.

- Mais, je croyais que... enfin tu disais toi-même que tu n'avais pas de souvenir suffisamment heureux... remarqua-t-il sans cacher sa surprise.

- Oui, avoua Kécile. Mais ça a changé. J'en ai un maintenant. Et je suis sure qu'il sera suffisamment puissant, ajouta-t-elle d'un air étonnement enjoué.

- Ah, s'exclama Harry l'air intéressé. Et qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il curieux.

- C'est un secret, répondit Kécile avec un grand sourire.

Ron et Hermione se comportèrent presque normalement envers leur camarade qui pour sa part faisait profil bas et tâchait de se montrer aimable. Il y eut néanmoins quelques tensions, le lundi soir, lorsque Kécile rentra dans la salle commune encore remplie alors que le couvre-feu sonnait.

Le silence s'abattit brutalement et tous les regards hostiles des gryffondors se fixèrent sur Kécile.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda-t-elle déconcertée.

- Tu en as de bonnes ! S'exclama Dean.

Kécile regarda le trio d'un air interrogateur et Harry répondit avec un haussement d'épaules :

- On ne peut pas dire que l'incident a été très discret. Tous les Gryffondors sont au courant.

- Oh Merlin... murmura Kécile d'une voix blanche.

- Le professeur Dumbledore a lié notre parole afin que cela ne sorte pas du cadre de la tour. C'est pour cette raison que tu n'as pas eu de soucis avec la justice, expliqua Hermione.

- Je leur ai déjà expliqué ce qu'il s'est réellement passé, dit Harry en entraînant Kécile vers le dortoir pour échapper à l'hostilité ambiante, mais apparemment, ils ont du mal à digérer l'évènement.

- Ça t'étonne ! S'exclama Angelina. La fille de Voldemort qu'on nous impose tente de t'assassiner, et il faudrait qu'on l'accueille aimablement ?

- Ecoute, répondit Harry en se tournant vers le centre de la salle, je t'ai déjà qu'elle n'y était pour rien.

- Comme le fait d'être la fille de Voldemort... souleva avec une hargne étonnante Katie Bell.

- Ça, même si ça ne m'enchante pas, je reconnais moi-même qu'elle n'y est pour rien, intervint Ron à moitié en aparté.

XXX

Convaincre les gryffondors de la bonne foi de Kécile avait semblé impossible et Harry et la jeune fille n'avaient pas cherché à les faire changer d'avis au sujet de la fille de Voldemort. Certains a priori étaient trop profondément ancrés... et presque légitimes de l'avis de Kécile elle-même. Sa punition l'isolant totalement du reste de sa maison, elle ne souffrit pas de l'attitude presque haineuse de ses camarades et ne s'inquiétait pas le moins du monde de ces sentiments qui allaient sans doute finir par s'estomper avec le temps.

La semaine s'écoula même paisiblement. C'était incroyable comme même Ombrage ne parvenait pas à assombrir l'humeur de Kécile. En voyant l'élève réfractaire aussi détendue et étonnamment calme, le professeur de DCFM devint rapidement soupçonneuse. Elle attrapa Kécile dans un couloir le jeudi midi et lui demanda d'un ton bien trop affable pour être vrai :

- Vos cauchemars sont terminés, Miss Gaunt ?

- Oui, répondit Kécile en pensant que pour elle cette question avait un tout autre sens mais était toujours exacte.

- J'ai appris que vous passiez toutes vos soirées avec le professeur Dumbledore. C'est une drôle façon d'exécuter vos retenues.

- Je reçois tous les jours une ou deux dissertations à écrire, professeur, que je travaille durant mes heures chez le professeur Dumbledore et que je rends toujours ponctuellement.

- Je l'espère bien, Miss Gaunt. Et je vous conseille qu'il en soit toujours ainsi.

- Merci, professeur Ombrage, parvint à répondre Kécile en retirant presque toute l'ironie dans son propos. Je suivrai votre conseil.

C'était incontestable, songea-t-elle avec un petit rire, le professeur de DCFM ne devait plus la reconnaître. Elle-même ne se reconnaissait plus. Et elle ne le regrettait pas.

Le vendredi soir, Dumbledore accueillit comme à l'habitude Kécile avec un sourire qui faisait se sentir la jeune fille chez elle. Elle prit sa place dans le salon pour faire son devoir supplémentaire de Sortilèges.

L'heure commençait à être avancée, le couvre-feu avait déjà sonné, et elle rédigeait la conclusion quand Dumbledore vint s'asseoir sans un mot sur le fauteuil en face d'elle. Le parchemin appuyé sur un livre posé sur ses genoux repliés, elle continua à gratter fébrilement, pressée d'en finir, ayant la vague impression que le vieil homme attendait pour lui parler.

Lorsqu'elle eut posé le point final à sa dissertation, elle poussa un soupir satisfait et leva le regard vers son grand-père.

C'était toujours avec émotion qu'elle pensait ce mot qui résonnait encore étrangement dans son esprit.

- Je ne pensais pas que j'en aurais pour si longtemps, avoua-t-elle en roulant son parchemin. Nous n'aurons pas pu discuter, ce soir, dit-elle d'un ton déçu.

- Ce n'est pas grave. Tu es avant tout là pour effectuer ton travail correctement après tout. Mais j'aimerais néanmoins te faire part d'une idée que j'ai eu au sujet de ce week-end avant que tu ne retournes à la tour Gryffondor.

La jeune fille lui rendit un regard intéressé.

- J'ai pensé que tu aimerais peut-être te rendre sur la tombe de ta mère, suggéra doucement Dumbledore.

Kécile envisagea un instant l'idée. C'était étrange comme sa mère restait un concept totalement abstrait. Mais néanmoins, elle aimait entendre Dumbledore en parler. L'idée de se rendre sur sa tombe la faisait se sentir vaguement coupable de ne pas être plus attristée que cela à l'idée de son absence. Mais peut-être qu'être confrontée à la réalité de sa mort l'aiderait à réaliser qu'elle avait eu une mère, comme tous les enfants.

Elle finit par acquiescer.

- Je crois que ce serait bien. Mais vous m'avez dit que je ne pouvais pas entrer sur le domaine du Clos-La-Rive, fit elle remarquer

- A l'époque, j'ignorais que tu étais ma petite-fille, répondit le directeur avec un regard affectueux. Alors, certes tu es la fille de Voldemort et cela devrait t'empêcher de passer les grilles. Mais comme tu es également la fille de Ludivine, je pense que les protections te reconnaîtront.

XXX

Le lendemain matin, ce fut donc sous en ciel gris et un temps frisquet de ce début du mois de mars que Dumbledore lui fit prendre la poudre de cheminette plusieurs fois jusqu'à atteindre Paris, puis lui prit le bras pour transplaner jusqu'aux bords de la Loire.

Le fleuve le long duquel ils se tenaient s'écoulait un peu agité dans son lit sablonneux au milieu d'un pays où la plaine ensablée et les dunes se disputaient aux coteaux escarpés un peu plus loin sur l'autre rive. A quelques kilomètres en amont du courant, un petit village aux toits d'ardoises s'allongeait le long du fleuve. Derrière eux, une forêt aux arbres encore dénudés masquait les limites d'une propriété. Kécile observa Dumbledore tirer sur la rive une barque qui avait connu des jours meilleurs. Elle monta dedans sans un mot, surprise qu'ils ne transplanent pas directement. Mais Dumbledore lui en donna l'explication.

La tombe de Ludivine se trouve sur la petite île que tu vois là-bas. Ludivine aimait prendre cette barque pour se rendre sur ce qu'elle appelait « son » île.

Il ne fallut que quelques coups de rames pour atteindre le banc sablonneux et broussailleux au milieu de la Loire où se dressait solitaire un arbuste à mi-chemin entre le buisson et l'arbre. Au centre de l'île, guère plus étendue que quelques mètres carrés, un monticule de pierres marquait l'emplacement de la tombe. Il n'y avait aucune plaque commémorative, rien qui pouvait laisser croire à un passant perdu sur le fleuve que gisait là une sorcière assassinée par Voldemort.

- C'est Severus qui l'a enterrée ici, expliqua Dumbledore. Je suis resté des années sans nouvelles de Ludivine. Un jour, lorsque je suis rentré au Manoir, elle n'était plus là. Il y avait des signes de combats, et je me doutais que Voldemort était derrière sa disparition, mais je ne savais pas ce qu'il était advenu d'elle. Et puis, il y a trois ans, Severus m'a révélé qu'elle avait été enlevée par Voldemort. Après ta naissance, ton père l'a tuée. Et Severus lui a donné une sépulture discrète.

- Mais alors vous ne saviez pas qu'elle était enterrée là durant toutes ces années ?

- Non, répondit tristement le vieil homme.

Venir ici semblait avoir jeté un voile de tristesse sur le visage ridé du sorcier.

- Je ne sais pas si tu peux comprendre ce que cela fait d'avoir perdu quelqu'un sans avoir pu l'enterrer. Tant que la tombe ne se dresse pas devant soi, la mort a du mal à être réelle. Ne pas avoir le corps du disparu, c'est ne pas avoir la certitude de la mort. Je suis reconnaissant à Severus d'avoir fait cela.

Kécile acquiesça et se rapprocha silencieusement du vieil homme. Elle se sentait mal-à-l'aise devant cette mort qui aurait dû l'attrister et qui la laissait plutôt indifférente. Mais il n'y avait qu'une vague tristesse de savoir qu'elle n'aurait jamais de mère. Elle était passée au-dessus de ce manque il y avait bien longtemps et n'avait jamais espéré quoi que ce soit. Elle n'avait pas connu ce que c'était que d'avoir une mère et cela ne lui manquait pas.

La tristesse de Dumbledore la touchait davantage et elle posa une main réconfortante sur le bras de son grand-père. Parce que lui, il était bien réel. Parce qu'à l'inverse, elle en avait rêvé, de son grand-père.

XXX

Severus ratura d'un geste sec tout un paragraphe du torchon qui servait de devoir à un de ses élèves. Le niveau aujourd'hui atteignait des profondeurs abyssales. Et il avait du mal à se concentrer. Lorsque pour la troisième fois, un cri hystérique d'étudiant qui traînait dans les couloirs lui fit relever la tête de ses corrections et le déconcentra, il poussa un soupir excédé et posa rageusement sa plume. Cela ne servait à rien, il n'y arriverait pas aujourd'hui.

Trop de pensées tournaient dans son esprit. Il pensait à son rôle d'espion qui était achevé sans parvenir à décider s'il était satisfait ou non. C'était un soulagement de ne plus avoir à subir les doloris et la légilimencie du psychopathe. C'était un soulagement de savoir qu'il ne risquerait plus sa vie en se rendant devant lui. Mais la frustration de se sentir inutile avait repris.

Et puis il repensait à Ludivine. Le souvenir de la jeune femme hantait souvent son esprit ces derniers jours. Lorsqu'il avait vu Kécile aussi désespérée d'être méprisée par Dumbledore, il avait repensé à sa promesse. Et lorsqu'il voyait la jeune fille avec son grand-père, il avait l'impression que le vieil homme avait rajeuni. Le directeur agissait avec la même tendresse que celle dont il faisait preuve avec sa fille et semblait avoir trouvé un intérêt nouveau à la vie.

Il savait également que les deux s'étaient aujourd'hui rendus sur la tombe de la jeune femme. Lui n'y était jamais retourné. Mais il revivait encore les dernières heures de la sorcière dans ses souvenirs.

Il était dans son laboratoire lorsqu'on avait frappé à sa porte. Il avait vu Gwendoline Grunt entrer. La jeune femme restait pourtant habituellement à l'écart des autres mangemorts. Il lui avait demandé ce qu'elle voulait.

- Elle va accoucher, avait simplement dit la nécromancienne.

- Vous avez besoin d'une potion pour soulager la douleur, peut-être ?

- Nous avons besoin de quelqu'un pour l'aider à accoucher.

- Je crois malheureusement qu'elle va devoir se passer de l'aide d'une sage-femme, avait-il répondu avec un sourire narquois. Je ne peux tout simplement pas ramener un médecin de Sainte-Mangouste.

- Vous devez l'aider.

- Quoi ? S'était-il exclamé avec dédain en comprenant ce que voulait la jeune femme. Je n'ai certainement pas...

- Vous êtes celui qui a le plus de compétences en médicomagie parmi nous.

- Je n'ai jamais accouché d'enfants. Je suis Maître de Potions. Pas sage-femme, avait-il répondu catégoriquement.

- Ecoutez, Rogue, tout ce que je vous demande, c'est que Ludivine s'en sorte vivante. Le Maître se fiche de l'enfant. Mais il faut à tout prix que Ludivine soit vivante.

- Ne me racontez pas de salades, Grunt, avait-il rétorqué. Le Maître va tuer Deschavelles aussitôt l'enfant né.

- Il est primordial qu'elle meurt de la main du Lord. Et pour cela, il faut qu'elle sorte vivante de cet accouchement.

Severus avait soupiré.

- Je vais voir ce que je peux faire, avait-il concédé. Merlin merci, la plupart des accouchements se passent sans complication. Il n'y a plus qu'à espérer que celui-ci en fera partie.

Lorsqu'il était entré dans le cachot, il avait rapidement pu constater que le travail avait déjà commencé. La jeune femme étendue sur le lit misérable ne pouvait masquer sa souffrance lorsqu'une contraction la secouait. Un gémissement passait parfois ses lèvres pâles.

- Aidez- la à se dévêtir,avait-t-il ordonné à Grunt.

Il s'était clairement senti embarrassé lorsque la jeune femme s'était trouvée à moitié dénudée devant lui, mais avait ignoré a sa gêne. Il la connaissait depuis des années et il n'était pas là pour jouer les voyeurs. Un charme de diagnostic plus tard, il pouvait constater que l'état général de la futur mère était bon.

- Je n'ai aucune idée de ce qu'il faut faire, avait-il avoué à la prisonnière. Je vais vous donner une légère potion pour vous aider à supporter la douleur et ne pas vous épuiser. Après il nous faudra attendre que le bébé veuille bien sortir.

La jeune femme avait acquiescé d'un hochement de tête raide. Gwendoline s'était approchée et lui avait pris la main.

- ça va aller, dit-elle d'un ton rassurant. Je vais rester tout du long. Le pentagone est en place, je l'ai activé avant d'aller chercher Rogue. Tout va bien se passer.

- Il ne viendra pas,

- ça m'étonnerait, s'était exclamé la nécromancienne. Tu ne vois quand même pas le Seigneur des Ténèbres assister à un accouchement, non ?

Ludivine avait eu un petit rire étranglé.

- Non... Et puis je ne préfère pas, avait-elle avoué d'une voix hachée.

- Les deux femmes avaient échangé un regard et Severus s'était clairement senti mis à part dans cet échange muet. Il savait que les deux sorcières s'étaient beaucoup rapprochées ces derniers mois. Solidarité féminine sans doute...

- ça va marcher, avait murmuré Grunt en serrant la main de l'autre femme.

- Les dés sont jetés... avait répondu la prisonnière d'un ton résigné.

- Tu n'as pas confiance en mes capacités.

Ludivine avait eu une moue sceptique.

- Moi et la nécromancie, tu sais...

- Ce n'est pas que de la nécromancie.

- Je sais. C'est pour ça que j'ai accepté d'essayer.

- De toute manière, tu n'as rien à perdre...

- Non, c'est évident... Je n'ai rien à perdre.

Et les deux femmes s'étaient tues, laissant à Severus l'impression de passer à côté de quelque chose. Il était évident que les deux sorcières partageaient un secret. Il ne comprenait pas très bien comment ces deux personnalités si différentes, chacune dans un camp opposé avaient pu se rapprocher ainsi. Mais l'une comme l'autre avaient toujours été un mystère. La question était de savoir si le Seigneur des Ténèbres était au courant de ce secret. Quelque chose lui disait que non.

Les minutes avaient passé, puis les heures. Enfin, le bébé avait daigné pointer le bout de son nez. Severus avait fait ce qu'il avait pu pour soulager Ludivine. Il en avait conclu sans hésitation qu'il ne se convertirait jamais au service obstétrique de Sainte-Mangouste. Dès qu'il l'avait pu, il avait confié le corps tout sanglant du nourrisson à la nécromancienne qui n'avait pour sa part pas semblé dégoûtée le moins du monde et avait fait un grand sourire au bébé braillard.

La jeune mère avait cherché à se redresser le plus rapidement possible pour pouvoir prendre son enfant dans les bras. A ce moment, Severus s'était senti touché. Non par le bébé. Mais par les larmes de la mère qui savait qu'on allait l'arracher au nourrisson dont elle venait de donner naissance.

Gwendoline avait fini par donner le petit corps à Ludivine puis avait dit doucement d'un ton d'excuses.

- Je dois aller dire au Maître que son enfant est née.

- Qu'est-ce qu'il va lui faire ? Avait demandé la jeune femme sans cacher sa terreur tout en pressant le bébé contre elle.

- Je ne sais pas. Mais je ne pense pas qu'il va l'éliminer, avait tenter de rassurer Gwendoline.

La nécromancienne avaient déposé un baiser sur le duvet qui recouvrait la tête du bébé.

- Quel nom dois-je annoncer au Maître ?

- Kécile, avait répondu Ludivine sans hésitation.

Et les deux femmes avaient échangé un pauvre sourire de connivence avant que Grunt ne quitte le cachot.

La jeune mère avait entrepris de donner le sein au nourrisson, et Severus allait quitté le cachot, peu enclin à assister à ce moment, lorsqu'il fut interpellé.

- Severus, vous ne direz rien de ce que vous avez pu entendre, n'est-ce pas ?

- Vous me demandez de trahir mon Maître.

- Je vous demande d'être généreux. Gardez le silence et il ne saura jamais.

Il avait fini par hocher la tête. Il n'avait de toute manière pas eu l'intention de relater la connivence entre les deux femmes. Grunt était le genre de femme qu'il valait mieux éviter de se mettre à dos.

- Je sais que mes heures sont comptées. Mais je voudrais m'assurer que quelqu'un veillera sur ma fille. Je redoute qu'elle soit élevée par des mangemorts.

- Je suis mangemort.

- Plus de cœur, je le sais, Severus. Vous doutez. Un jour vous ne serez plus là. Sinon pourquoi avoir fait tout votre possible pour soulager ma captivité ? Je sais que je ne dois pas qu'à Gwendoline la clémence de Voldemort durant ma grossesse. Je sais que je vous dois d'avoir pu donner naissance à cette enfant avant de mourir. Pourquoi auriez-vous fait tout cela si vous n'aviez pas réellement un cœur et une part de lumière en vous qui tente de s'exprimer.

- Je ne peux rien faire pour ce bébé.

- Kécile grandira. Je voudrais que vous gardiez un œil sur elle. Et si un jour vous rejoignez l'autre camp, je voudrais que vous l'entraîniez avec vous. Je ne veux pas qu'elle se transforme en monstre sanguinaire. Je ne veux pas qu'elle suive les traces de son père. Mais comment le pourrait-elle si personne n'est là pour la conseiller ?

- Je ne peux pas vous promettre qu'elle grandira dans l'autre camp.

- Promettez-moi que vous serez là pour elle. Promettez moi que si vous le pouvez, vous l'aiderez à changer de camp. Promettez-moi que vous ferez votre possible pour son bonheur. Je ne pourrais pas être là pour elle. Je dois l'abandonner alors qu'elle ne se souviendra même pas de moi. Ce serait une consolation de savoir que je ne la laisse pas seule au monde, seule dans le monde de Voldemort.

Severus avait fixé le visage résigné de Ludivine, puis le nourrisson qui tétait goulûment, inconscient de l'avenir qui lui était réservé.

- Je vous le promets, avait-il murmuré alors.

- Prenez-là, avait demandé Ludivine.

Il avait fait un signe de dénégation, ne voyant guère l'intérêt de la chose. Mais la mère avait insisté. Alors, il avait pris dans ses mains maladroites le bébé, qui ne protestita pas outre mesure d'être arraché au sein de sa mère mais cherchait aussitôt quelque chose de nouveau à téter.

Il l'avait calée maladroitement contre sa poitrine. Et un sentiment étrange était soudain né lorsqu'il avait vu le bébé se mettre à suçoter un bouton de sa robe, apparemment confiante ou inconsciente en la personne qui la tenait.

Ce petit être encore innocent l'avait touché. Car comment imaginer que ce nourrisson à peine né pouvait se transformer dans quelques années en une héritière du Seigneur des Ténèbres ou en mangemort dévouée? Cela semblait impossible mais c'était pourtant le plus probable. Alors, Severus avait refait sa promesse. Et cette fois avec le désir profond de la remplir. Parce qu'il ne laisserait pas cela arriver s'il pouvait l'empêcher.

- Je te promets, Kécile, avait-il murmuré au bébé, que je serais toujours là pour toi et que je ferais mon possible pour te guider à travers les ténèbres. Et peut-être un jour connaîtras-tu ton grand-père, avait-il ajouté en regardant Ludivine.

La jeune femme lui avait répondu les larmes aux yeux.

- Soyez bénis par tous mes ancêtres, Severus, si vous parvenez à lui rendre sa famille.

Gwendoline étaitparvenue à accorder quelques jours de sursis à Ludivine en poussant Voldemort à entreprendre une expédition dont il ignorait tout alors. Mais la nécromancienne n'avait jamais pu retourner auprès de la prisonnière.

Moins d'une semaine plus tard, cependant, Severus était redescendu annoncer à Ludivine que les Malfoy avaient été choisi pour éduquer la petite fille.

- Lucius arrive pour prendre l'enfant. Le Seigneur des Ténèbres le suit.

Elle avait hoché simplement la tête, étrangement sereine.

- Je suppose que le choix aurait pu être pire. Les Malfoy ont au moins un pied dans le monde civilisé et un minimum de savoir-vivre. Je compte sur vous pour tenir votre promesse.

Il avait acquiescé.

- Vous vous rappelez, Severus ce que je vous disais la dernière fois que nous nous sommes parlés à Poudlard? Et bien, j'ai découvert ma propre part d'ombre... Mais vous, une fois de plus, vous m'avez montré votre part de lumière que vous cherchez en vain à étouffer. Severus, que ma mort serve au moins à quelque chose. Allez voir mon père. Il vous aidera à revenir sur le droit chemin, vous n'avez pas à craindre sa colère. Vous lui raconterez mes derniers jours, et je suis certaine qu'il ne vous en voudra pas, au contraire. Vous avez été une grande aide pour moi. Allez le voir, et il vous protégera. Il n'est jamais trop tard pour changer, Severus. Jamais.

Elle s'était levée ensuite lentement, attentive à ne pas tanguer malgré sa faiblesse générale et approché du berceau de fortune où elle avait pu garder son bébé auprès d'elle durant ses derniers jours.

Elle avait pris Kécile dans ses bras et embrasée avec dévotion avant de murmurer tristement :

- C'est fini, mon trésor. Je vais devoir te quitter. J'espère que tu me pardonneras plus tard, lorsque tu pourras comprendre. Je ne t'abandonnerai jamais complètement, mon enfant.

Moins d'une demi-heure plus tard, Lucius était venu et avait emporté Kécile sous le regard déchiré de Ludivine. Lorsque Severus avait vu le Seigneur des Ténèbres entrer dans le cachot, il s'était retint de frémir. Le mage noir avait regardé avec des yeux indifférents la jeune femme qui semblait sur le point de se trouver mal. Elle était de toute évidence envahie par la terreur mais tentait de se tenir debout fièrement, appuyée contre le berceau désormais vide.

Ce n'avait pas été pas long. Le Seigneur des Ténèbres n'avait pas pris la peine de dire un mot. Après tout, cela faisait des mois que cela devait se passer ainsi. Il avait simplement tiré sa baguette et pronocé le sort sans aucune émotion. Le sort avait frappé Ludivine qui avait simplement fermé les yeux pour ne pas voir la mort venir et le corps s'était effondré.

Severus était resté impassible et s'efforça de ne pas laisser transparaître la tristesse, la colère et le dégoût qui l'envahissaient à cette mort exécutée de sang-froid.

- Débarrasse-nous du corps, Severus, avait dit le Maître avant de quitter le cachot en laissant pour la première fois depuis des mois la porte grande ouverte.

Il avait su immédiatement où l'enterrer. Sans hésitation, il avait transplané avec le corps devant le manoir du Clos-La-Rive. Il avait tremblé de rencontrer Dumbledore avec le cadavre de sa fille. Mais il avait passé les grilles et traversé le parc sans que rien ne bouge aux alentours du manoir. Il était arrivé aux abords de la Loire qui délimitait le domaine et avait atteint l'île où Ludivine les avaient mené, Lily et lui, la seule fois où il était venu ici. Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour creuser une tombe dans la terre sablonneuse. Il avait fait apparaître une simple caisse de bois dans lequel il avait étendy Ludivine. Il avait contemplé quelques instants le visage livide où le sillon des dernières larmes versées était encore visible. Puis il avait simplement posé la planche de bois sur la misérable boîte qui servirait de cercueil avant de la léviter dans le trou béant qui attendait la défunte.

Lorsque la terre avait tout recouvert, Severus avait avisé les étranges cailloux blancs troués que Ludivine semblait avoir aimé à collectionner. Il les avait rassemblé pour en marquer la tombe.

Tout était fini pour elle.

Severus se passa les mains sur le visage d'un geste las. Il n'aimait pas se rappeler de tout cela. Les adieux de Ludivine à Kécile avaient été l'un des spectacles les plus déchirants auxquels il lui avait été donné d'assister.

Mais maintenant, il pouvait repenser à la mort de la jeune femme avec plus de sérénité. Il avait rempli sa promesse. Au-delà des espoirs de la défunte. Alors qu'il soit béni par tous les Deschavelles, puisque Kécile avait retrouvé sa famille.