Chapitre 8
Jellal était allongé sur son lit et lisait un bon livre. C'était vendredi soir et comme chaque vendredi soir - où il n'y avait pas de concert - il effectuait son rituel. Mais ce calme, qu'il aimait tout particulièrement, fut interrompu par son colocataire un peu trop énergique. Revenant d'une soirée, il entra dans la chambre en sifflotant.
-Je vois que tu as passé une excellente soirée, commença Jellal en retournant à sa lecture.
-En effet, c'est peu dire. La musique était bonne, la bouffe aussi, je ne te parle même pas de l'alcool, sourit Grey rêveur.
-J'imagine que les filles devaient aussi être à ton goût.
-Certes, mais pas plus doué d'intelligence que les autres.
Jellal se détourna de son livre et fixa son ami : -Vraiment ? Alors pourquoi arborer cet air songeur ?
-Dis-moi Jellal, que penses-tu des filles ? Demanda Grey sans se préoccuper des questions du batteur.
-Des filles en générales où celles qui vivent avec nous ?
-Ne fais pas l'idiot.
Jellal rit et se releva après avoir posé son livre :
-Levy est douce, elle arrive à te mettre en confiance immédiatement, son côté rat de bibliothèque fait croire qu'elle est fragile, mais c'est une dure à cuire, je sais qu'elle peut très bien se défendre toute seule. Lucy, c'est la gentillesse pure, elle donne l'impression qu'on peut lui demander n'importe quoi, elle sera toujours disponible pour te rendre service. Mira... C'est Mira quoi, elle s'est occupée de nous comme si nous étions ses frères et je sais que ça ne changera jamais, elle est généreuse mais flippante, une sorte de mère que nous n'avons jamais eu. Erza est une personne que je respecte beaucoup, elle est droite et juste, mais c'est la sécurité qu'elle apporte. Ce que je veux dire c'est que je ressens une sorte d'invincibilité, comme si je pouvais tout faire dans ma vie, elle apporte protection et bienveillance. Et pour finir Juvia... Que dire de Juvia ? Elle me fait beaucoup rire, son sarcasme et son ironie ne sont jamais lourd ou embarrassant. Tu sais que tout est permis avec elle et qu'elle ne te jugera jamais. Mais ce que je préfère chez Juvia, c'est son honnêteté, elle dit toujours la vérité, ce qu'elle pense réellement, sans crainte de paraître ridicule ou faible.
Le silence se fit dans la chambre, puis Grey dit en souriant :
-Je ne savais pas que tu en pensais autant sur elles, et pourtant ça ne m'étonne nullement te concernant. Je suis d'accord avec toi, je ne pense pas pouvoir faire de portrait plus fidèle. Je les aime beaucoup.
-Moi aussi.
Un nouveau silence apparu et le brun intervint dans un murmure que Jellal perçu malgré tout :
-Juvia était à cette soirée. Je ne l'ai pas tout de suite reconnu, elle portait quelque chose de très provoquant et était encore plus saoule qu'à l'accoutumé. Je l'ai surveillé tout du long, et j'ai vu au-delà de tout ce que nous connaissons de Juvia. Pour l'instant il n'y a pas à s'inquiéter, elle est intelligente et sais s'occuper d'elle même, mais...
-Mais ? Coupa Jellal voyant que Grey perdait son entrain.
-Mais j'ai peur que les choses finissent par empirer. Grey se redressa au bord du lit ses avant-bras sur ses cuisses et la tête baissé, il continua la voix rauque : cette fille est comme moi, elle est rongée par quelque chose de beaucoup plus profond. Jellal, Juvia s'est gelé le cœur et aujourd'hui elle ne vit que de débauche et de faux-semblant.
Jellal laissa un instant à Grey pour digérer ses propres dires, puis demanda : -Que comptes-tu faire ?
-Je ne peux rien faire, je n'en ai pas le pouvoir. Par contre toi et Gajil vous pouvez l'aider, ou du moins être une sorte d'échappatoire.
-Tu es bien conscient que c'est prendre la fuite Grey.
-On ne change pas aussi facilement Jellal, toi comme moi, nous le savons.
-C'est d'accord, je veillerai sur Juvia, même si je pense que Gajil sera le mieux placé. Par contre, je mets une condition à cela.
-Tout ce que tu veux.
-Tu ne sauras rien, de ma bouche ou de celle de Gajil, concernant Juvia. Si tu veux savoir si elle va bien, demande-lui directement. Grey fixa son ami et acquiesça de la tête, Jellal poursuivi alors : j'imagine que tu l'as raccompagné.
-Précisément.
-Bien, tu n'es pas un total abruti en fin de compte.
-La ferme monsieur je donne des leçons, et retourne plutôt à ton bouquin.
-Je l'aurais fait plutôt si tu n'étais pas rentré dans un boucan et avec une tête pareille.
Grey lui fit un clin d'œil et se changea avant de se coucher. Il réfléchit un moment avant de sombrer dans le sommeil.
À quelques mètres plus loin, dans une autre chambre, Mirajane et Luxus finissaient le film qu'ils avaient mis plus tôt. Se préparant à dormir, Luxus annonça d'une traite : -On m'a contacté pour produire un disque avec les gars.
-Stop, stop, stop. Reprends depuis le début Luxus, fit Mirajane déboussolé.
Luxus soupira avant de s'expliquer : -C'est une maison de disque qui me contacte depuis un moment. Ils veulent financer le premier disque du groupe.
-Mais Luxus, c'est génial !
-Mouais...
-Je ne comprends pas, tu n'es pas heureux pour eux ?
-Si, bien sûr que si, mais j'ai des craintes et elles sont bien trop fondé pour ne pas y songer.
-Qu'est-ce qui te préoccupe ?
-Ils ne faisaient que des concerts jusque-là, leur notoriété était encore contrôlable. Mais maintenant s'ils font un disque, ils seront connus du grand public. J'ai peur que le monde du business les rattrape et les dévore sans scrupule.
-Luxus, ils sont assez grand pour gérer ça, et puis vous êtes assez soudé pour pouvoir vous entraider dans les moments difficiles.
-Il ne s'agit pas uniquement de cela Mira. On parle de célébrité, ils seront sollicités pour des émissions, des concerts, des rencontres avec les fans. Les fans Mira, des fous furieux incapables de respecter leur vie privée. Et tiens en parlant de vie privée, si tu veux, on aborde les médias qui ne nous laisserons aucun répit. J'ai dit « nous », parce que ça inclus toi et les filles qui vivez avec nous.
-Je n'avais jamais vu les choses de ce point de vue-là.
-C'est mon rôle de le faire, même si je gâche l'ambiance.
-Tu ne gâches rien du tout Luxus et ce n'est pas les garçons qui diront le contraire. Écoute-moi bien, tes craintes sont, comme tu l'as dit, fondé, mais les choses allaient à un moment ou à un autre se finirent ainsi. Tu sais, c'est très drôle parce qu'avant de prendre la décision avec les filles, on avait ri sur l'après du groupe et à quel point on en serait touché. Tu ne dois pas t'en faire pour nous parce qu'on savait tout ça, les garçons sont trop doués pour passer inaperçu. Alors discutes en avec eux puis avec nous toutes, on trouvera une solution à toutes tes interrogations.
Luxus la fixa tout en analysant ses mots, puis il sourit et lui dit : -Je t'aime.
-Je sais. Par contre, tu n'as pas intérêt à me tromper avec une des groupies du groupe.
-Je ne me risquerai jamais, je ne le montre peut-être pas, mais j'aime la vie moi.
Le lendemain même, Luxus interrompit la répétition des quatre musiciens pour leur parler de l'offre.
-Donc voilà un peu les nouvelles, j'ai mis au courant Mira, il faudra en parler aux filles, quelle que soit votre décision.
Luxus ne s'attendait pas à ne voir aucune réaction chez eux. Ils étaient certes surpris, mais aucune explosion de joie n'était au rendez-vous. Ce fut Natsu qui brisa ce silence :
-Pour ma part, je ne prendrais aucune décision sans l'accord des filles.
-Pour la première fois depuis longtemps, je suis d'accord avec l'allumette, ce n'est plus à nous seuls que revient ce genre de décision, continua Gajil.
-Les mecs n'abusez pas, elles ne sont pas nos femmes non plus. Vous parlez comme si elles avaient le pouvoir de décider si nous ferons un disque ou non, s'exclama Grey.
-Et c'est là justement où tu te trompes Grey. Ce n'est plus nous cinq, mais nous dix, elles font tout autant partie de notre monde que toi. Luxus nous a parlé des conséquences, et elles vont devoir les affronter au même titre que nous. Alors même si nous avons envie de faire ce disque, aucune décision sera prise sans elles, fit Jellal tout en réfléchissant.
-Alors c'est décidé ? Aucune décision sans les filles ? Demanda pour être sur Luxus.
Ils se tournèrent tous vers Grey, celui-ci se sentant cerné, capitula.
Les garçons retrouvèrent les filles dans le salon, ils n'étaient pas très à l'aise, ce qu'elles virent tout de suite.
-Désolé de vous avoir fait venir comme ça, mais il fallait qu'on vous tienne au courant, commença Gajil.
-Métal-man à raison, on voulait prendre la décision avec vous, serra la main de Lucy, Natsu.
En voyant les regards sceptiques des filles, Grey expliqua la situation :
-Luxus nous a dit qu'une maison de disque l'avait contacté pour produire notre tout premier album. Ils nous proposent d'enregistrer tout le mois de septembre, et en prévoient la sortit en décembre. Et si les gars ont voulu vous en parler, c'est par rapport aux conséquences que cela aura sur notre mode de vie déjà bien chargé.
Les filles ne répondirent pas tout de suite, et restèrent un moment dans leurs pensées. Cette attente bien que compréhensible, fut un supplice pour les étudiants en sociologie.
-Vous avez décidé quoi de votre côté ? Demanda soudainement Erza.
-Rien du tout, on ne peut pas, cette décision vous appartient aussi, lui répondit Jellal.
-Cela n'a pas de sens, c'est vous les musiciens, c'est à vous de savoir si vous tiendrez le coup ou non, rétorqua Lucy.
-Dites-nous ce que vous voulez vous, on avisera ensuite, proposa Mirajane.
-On ne veut pas influ..., Natsu fut interrompue par Grey :
-J'ai envie de la faire pour ma part.
-Crétin, lâcha Gajil.
-Non au contraire, il est honnête et c'est tout ce que l'on demande, fit naturellement Levy.
-La petite à raison, admettons que nous refusions que vous le fassiez, pourriez-vous accepter cela sans broncher ? Je pense que vous nous en voudriez, ne serait-ce qu'inconsciemment. Je préfère largement connaître votre position pour pouvoir trouver le compromis idéal, poursuivit Juvia.
-Merci Juvia, sourit Grey.
-Ne te méprends pas l'exhibitionniste, tu es toujours aussi chiant, rétorqua Juvia.
La remarque fit rire, puis les garçons échangèrent un regard et Jellal dit :
-On est tous d'accord pour se lancer dedans, mais je vous en prie mettez des conditions vous étant profitable.
-Oui messieurs les gentleman, se moqua Erza.
-Mais nous sommes d'accord pour que vous le fassiez, alors assez discuté de ça et entraînez-vous à devenir de super star au lieu de perdre votre temps avec nous, continua Lucy.
Les garçons sourires et heureux de la décision des filles, ils leurs préparèrent le dîner.
