Désolée, j'ai été tellement occupé ces dernier temps que j'ai oublié de poster la suite...
Chapitre LXXVII : La désertion de Dumbledore
Hermione pouvait attester que Kécile se comportait bizarrement depuis quelques jours. Tout d'abord, son agressivité s'était envolée... comme par magie ! On aurait dit que la tentative de meurtre contre Harry avait été un véritable electro-choc qui lui avait fait prendre conscience que cette agressivité était la responsable de ce tragique événement. Bien sûr, ça ne l'était pas et cela n'expliquait en aucun cas l'air étonnamment serein qu'affichait la gryffondor. Elle ne râlait même plus contre ses retenues et ses nombreux devoirs. Elle avait même déclaré que c'était une excellente révision pour ses BUSE. Depuis quand Kécile se préoccupait-elle de ses BUSE, c'était encore nouveau.
Sa mise à l'écart du reste de sa maison par son interdiction à séjourner dans la salle commune ne semblait pas non plus lui peser. Elle pouvait jouer pendant des heures du hautbois. Et si Hermione devait reconnaître que ses progrès étaient flagrants, même pour une néophyte comme elle, la gryffondor commençait à en avoir assez d'entendre toujours les mêmes exercices et les mêmes morceaux répétés indéfiniment.
Hermione leva la tête de son livre lorsqu'elle entendit la musique cesser.
- Enfin, soupira Ron.
- Moi, j'aime bien, répondit distraitement Harry toujours penché sur sa dissertation.
- Ça fait quand même presque deux heures qu'elle nous bassine.
- De toute manière, c'est bientôt l'heure d'aller dîner, intervint Hermione. Mais je me demande quand est-ce qu'elle fait ses devoirs...
- Sans doute quand elle est dans le bureau de Dumbledore, suggéra Ron.
- Honnêtement, je ne sais pas ce qui se passe avec le directeur, mais ça ne doit pas être une retenue normale. Tu as vu comme elle est presque pressée de s'y rendre ? Répondit Harry.
- Je vais la chercher, déclara Hermione en se levant.
Ron posa sa plume avec un air satisfait. Cela sonnait l'autorisation d'arrêter là sa dissertation de botanique. Harry suivit le mouvement.
Lorsqu'Hermione entra dans le dortoir, elle trouva Kécile assise sur son lit qui semblait observer quelque chose.
- ça va ? Demanda-t-elle, vaguement inquiète de ne pas voir son amie réagir au bruit de la porte.
- Oui, pourquoi ? Demanda Kécile en relevant la tête vers elle.
- Rien. Tu viens dîner ? Qu'est-ce que c'est ? Demanda alors Hermione en avisant la pierre que tenait sa camarade entre ses mains.
- Une pierre, répondit celle-ci.
- J'avais vu... Mais elle est bizarre. On dirait une éponge... ou du gruyère.
- Oui, c'est étrange, n'est-ce pas ? Je crois que c'est pour cela que ma mère les ramassait.
- Ta mère ? S'étonna Hermione.
Jamais Kécile ne parlait de sa mère. Jamais elle ne la mentionnait.
Sa camarades acquiesça pourtant et posa la pierre à côté de l'améthyste qui trônait sur sa table de nuit.
XXX
Oui, Kécile avait une attitude étrange. Elle-même le reconnaisait. Pourquoi regardait-elle avec plaisir ces cailloux qui avaient appartenu à Ludivine quand la mort de sa mère la laissait indifférente ?
XXX
Le lendemain matin, Kécile reçut une lettre dont l'enveloppe moldue laissait deviner la provenance de Paris, malgré le hibou qui la lui apportait.
Elle sourit, mais glissa simplement le courrier dans son sac. Elle attendrait d'être au calme dans son dortoir pour lire la lettre de Martine.
Ma chère Kécile,
Je voudrais tellement pouvoir te dire ce qui va suivre de vive voix. Dumbledore nous a fait part de la révélation. Sois tranquille, nous n'en parlerons pas. Mais si tu savais à quel point cela nous a bouleversé !
Je suis tellement heureuse pour toi et pour ce bon vieil Albus. Rien n'aurait pu davantage nous réjouir. Tu as une famille maintenant. Et nous en faisons partie, Albus a toujours été un frère pour nous. J'ai tellement hâte que nous nous voyions à nouveau. Henri est le parrain de Ludivine. Camille était sa meilleure amie. Nous avons tant de choses à te raconter. Je suppose qu'Albus peut t'en dire déjà beaucoup. Mais nous avons d'autres photos, d'autres souvenirs. Je t'ai joint l'une d'entre elle. Elle a été prise aux dix ans de Ludivine.
Mon Dieu, je n'arrive pas à réaliser. Et cela faisait des années que je n'avais pas vu Albus si heureux. Tu lui redonnes un nouveau regain de vie. Vraiment. Et rien que pour cela, je te remercie d'avoir brisé le silence.
Je sais que les jours sombres ne sont pas finis pour vous. Peut-être même que retirés comme nous le sommes, nous sentirons nous aussi les effets de la guerre qui s'annonce. Mais tu lui a donné quelqu'un pour qui se battre personnellement. Et tu ne seras jamais seule.
Je prie Dieu de lui laisser encore de belles années à vivre malgré son âge. Par chance, votre longévité à vous dépasse largement la nôtre, pauvres moldus. J'espère que vous aurez alors de nombreuses années à partager tous les deux. Ça ne rattrapera pas toutes ces années perdues et ton enfance gâchée. Mais ça y mettra une belle fin.
Nous t'embrassons tous les deux,
Martine.
La photo, au vue de la qualité des couleurs, ne datait pas d'hier. Elle ne bougeait pas non plus. C'était une photo tout ce qu'il y avait de plus moldu. Des gens rassemblés autour d'une table s'étaient regroupés autour d'une fillette qui s'apprêtait à souffler ses dix bougies.
Kécile observa l'enfant qu'elle voyait. Sa mère. Elle ne lui ressemblait pas, c'était vrai. La fillette de dix ans avait des yeux très clairs qu'elle imaginait comme ceux de Dumbledore et une épaisse chevelure blonde qui encadrait son visage un peu rond en de larges boucles soyeuses. On aurait dit une poupée de porcelaine avec ses joues bien roses et ses lèvres pulpeuses. Mais ce qui frappait le plus Kécile, ce n'était pas tant les différences physiques qui lui prouvaient une fois de plus qu'elle tenait de son père et non de sa mère, mais le bonheur qui irradiait de la fillette. Sur ce visage, on ne lisait que la joie de vivre d'une enfance heureuse et paisible.
Dumbledore, reconnaissable à la barbe auburn qu'il arborait déjà semblait étonnamment jeune. Ce n'était pas le fait qu'il n'avait pas encore les cheveux blancs et le visage ridé par la vieillesse, c'était aussi dans son regard et dans son sourire. Il n'avait pas alors perdu les êtres qui lui étaient le plus chers au monde. A côté de lui se tenait une femme qui semblait nettement plus jeune que lui mais qui était sans aucun doute possible la mère de Ludivine. Ce devait être Camille, sa femme. La ressemblance entre la mère et la fille était frappante.
Une note de Martine était accolée à la photo lui décrivant les différentes personnes qu'elle ne connaissait pas.
A côté de Camille se tenaient les grand-parents de Ludivine, Madeleine et Robert. D'après la note, ils étaient morts assassinés par Voldemort quelques mois plus tard. A côté de Dumbledore, Kécile reconnut Henri et Martine, eux aussi dans la fleur de l'âge. Elle eut un sourire en remarquant l'élégance naturelle qui irradiait du couple et qu'ils n'avaient toujours pas perdu malgré leur âge avancé.
Il y avait aussi un autre couple qui d'après Martine était Antoine, l'oncle de Ludivine et sa femme, une américaine moldue. Leurs deux enfants souriaient timidement à l'objectif, mais on avait l'impression qu'ils n'étaient pas très à l'aise.
Ludivine était encadrée par deux autres enfants qui semblaient du même age qu'elle. Une certaine Louise-Gabrielle à l'air un peu hautain et un garçon d'apparence réservé, Sylvain. Tous les deux étaient d'après Martine les meilleurs amis de Ludivine à Beauxbâtons.
Kécile glissa la photo dans son sac avec l'intention de la montrer à Dumbledore. Puis elle sortit son hautbois qui était sans doute devenu son meilleur ami (elle se prenait parfois à lui parler) depuis quelques temps et le prépara sans pouvoir retenir un sourire. En soit, rien n'était vraiment différent. Mais la sensation d'avoir une famille changeait tout. C'était son passé, l'histoire de son existence. Une histoire qui ne se cantonnait plus aux sombres manigances et aux crimes de son père ou des Gaunt.
Elle suçota avec application l'anche de l'instrument pour l'humidifier puis la pinça entre ses lèvres pour la faire vibrer. Ce rituel qu'elle reproduisait chaque jour lui sembla ce soir-là légèrement différent. Lorsque le son canardeux raisonna dans le dortoir, ce fut comme un rire moqueur qui s'éleva pour narguer Voldemort. Il n'avait pas réussi à la détruire. Elle se sentait même devenue plus forte.
XXX
Le trio s'était rendu à la bibliothèque avant de dîner, et ils devaient se rejoindre dans la grande salle. Hermione avait d'ailleurs promis à Kécile de lui rapporter quelques livres utiles pour ses devoirs. Le préfèt-en-chef vint frapper à sa porte une heure plus tard pour lui dire qu'elle pouvait descendre. C'était l'avantage dans sa sanction d'avoir deux amis préfets, Kécile n'avait pas l'impression d'être en permanence surveillée. Ses deux amis étaient en théorie responsables d'elle, mais ils lui faisaient confiance pour se plier aux règles auxquelles elle était astreinte. Et elle s'y soumettait, sans plus rechigner. Car pour elle, cette punition avait changé de sens. Si elle ne la méritait pas pour avoir attaqué Drago, elle la méritait pour ce qu'elle avait fait à Harry. C'était un maigre moyen de réparer sa faute.
Alors qu'elle marchait dans les couloirs, elle entendit quelqu'un l'interpeller.
- Miss Gaunt ?
Elle se retourna et reconnut le professeur de Visnel. Qu'est-ce que cette femme lui voulait encore ?
- Oui, professeur ? Demanda-t-elle néanmoins poliment.
De Visnel semblait véritablement heureuse de la voir.
- Vous avez été libérée ?
Kécile l'observa interloquée.
- J'ai su ce qu'il s'est passé. Mais je vois que tout s'est arrangé.
Kécile acquiesça.
- Tout va bien maintenant, professeur.
- Le professeur Dumbledore n'est donc plus en colère contre vous ?
- Non, tout s'est arrangé, confirma la jeune fille.
- Tout ? Demanda le professeur avec un regard dérangeant d'intensité. Est-ce que... Il sait ?
- Il sait quoi ? interrogea Kécile un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
- Vos liens ?
- Mais... comment... balbutia Kécile. Comment savez-vous ?
Cette femme commençait à lui faire peur. Elle n'avait plus aucun doute sur ses capacités de voyance, mais c'était franchement inquiétant. Mais à la manière dont le professeur la fixait, elle attendait une réponse.
Kécile finit par murmurer.
- Oui, il sait.
Elle eut alors l'impression étrange que le professeur allait la serrer dans ses bras. Elle esquissa prudemment un pas en arrière, mais la femme se contentait de sourire avec un soulagement évident.
- Je suis heureuse pour vous, Miss. Si vous saviez comme je m'en suis voulu de ne pas vous avoir averti de ce qui allait arriver. Après la révélation du professeur Ombrage, ajouta-t-elle, j'aurais dû mieux cerner l'ensemble de ma vision. Je vous demande pardon.
- Vous n'y êtes pour rien, professeur, protesta Kécile qui trouvait cette culpabilité mal placée.
- C'est parfois un lourd fardeau de voir l'avenir, Miss Gaunt, répondit de Visnel. Surtout lorsque cela ne permet pas de l'éviter.
- Cette histoire s'est bien terminée, professeur.
- Oui, murmura la femme avec un sourire. Ça c'est bien terminé. Dieu merci...
Puis le professeur lui souhaita une bonne journée et s'éloigna.
Cette bonne femme était vraiment bizarre. Harry et Ron semblaient trouver que les cours de divination étaient moins barbants (Ron y finissait sa nuit, Harry y travaillait sa concentration) qu'avec Trelawney. Mais l'autre folle se mêlait moins des affaires des autres...
XXX
Après le dîner avec ses camarades, Kécile alla frapper dans cette routine qu'elle adorait à la porte du bureau du directeur.
- Bonsoir, Kécile.
- Bonsoir... Albus.
- De qui vient ton devoir ce soir ?
- Du professeur Chourave. Il ne devrait pas être très long.
Elle s'installa en tailleur sur le canapé et se mit au travail, posant prudemment sa bouteille d'encre sur la table basse.
- J'ai reçu une lettre de Martine, aujourd'hui, dit-elle tout en continuant d'écrire lorsque son grand-père délaissa son bureau.
Il avait visiblement l'intention de jouer de la flûte, car Kécile le vit sortir l'instrument d'argent de sa boîte.
- Je ne pensais pas que vous le leur diriez, poursuivit-elle. Mais je crois que je ne réalisais pas à quel point vous êtes proches.
- Ils sont la seule famille qui me reste. Même si elle est de cœur.
- Martine m'a dit que Henri était le parrain de Ludivine.
Dumbledore acquiesça. Il porta la flûte à ses lèvres pour jouer un la.
- Trop haut, commenta Kécile.
- Bien ! approuva Dumbledore en souriant. Tu commences à avoir l'oreille. Henri et Camille se sont connus à Beauxbâtons, enchaîna-t-il ensuite tout en tirant sur sa flûte. Il a été son témoin de mariage. Ludivine a passé bien des vacances chez eux.
- Mais elle n'avait pas des oncles ou des tantes ? Demanda Kécile alors que le vieil homme rejouait un la.
Dumbledore soupira, tira à nouveau sur sa flûte, inspecta l'alignement des clés de son instrument, avant de répondre lentement :
- L'histoire de nos familles, d'un côté comme de l'autre n'est pas simple. Il vaudrait peut-être mieux que tu finisses ton devoir avant que je me lance dans des explications...
Kécile eut une petite moue mais acquiesça. Elle vit du coin de l'oeil son grand-père sortir une partition. Elle ne l'avait encore jamais entendu travailler sa flûte. Jouer, oui. Mais pas travailler. Et cela instaurait une agréable familiarité entre eux.
Mais il était dit que Kécile ne connaîtrait pas l'histoire ce soir-là... Ni les suivants.
La flûte s'élevait claire et aérienne dans le salon lorsqu'elle fut interrompue par un coup sec à la porte.
Dumbledore posa l'instrument sur un fauteuil et alla ouvrir, refermant la porte du salon derrière lui. Mais Kécile put entendre qui entrait et lorsqu'elle comprit de qui il s'agissait, elle se leva pour se coller à la porte et écouter.
- Cornelius... et Mr Weasley, Shacklebolt, Dawlish... que me vaut l'honneur d'une telle délégation ?
- Une sale affaire, Dumbledore, répondit la voix nasillarde du Ministre qui semblait jubiler. Une sale affaire... Le professeur Ombrage est actuellement entrain de mater une rébellion de vos élèves, Dumbledore.
- Une rébellion ? Voilà qui explique la présence de deux aurors dans ce bureau, mais qui m'étonne beaucoup.
- Nous avons eu des informations comme quoi une manifestation illégale devait avoir lieu ce soir. Les fautifs sont en train d'être attrapés à l'heure qu'il est.
Merlin ! Paniqua Kécile en comprenant que l'AD venait d'être découverte. Et tout d'un coup, elle s'en voulut de n'en avoir jamais parlé au directeur. Car cela était de toute évidence en train de tourner au vinaigre. Et...
Elle sentit son cœur lui remonter dans la gorge quand elle réalisa que les meneurs allaient se faire renvoyés. Harry, mais elle aussi. La participation à un tel groupe « illégal » serait considéré comme une violation du sursis accordé par le Conseil de Discipline. Et quand bien même elle n'avait pas mis les pieds aux réunions depuis sa punition, Fudge et Ombrage sauteraient sur l'occasion.
Mais à sa grande surprise, pas une seule fois son nom ne fut nommé. Pourtant, la liste des élèves participants avait été trouvée.
- Mille tonnerres ! S'exclamait Fudge. Vous avez vu le nom qu'ils se sont donné ? Entendit Kécile.
Oui, évidemment, l'Association de Défense aurait été moins incriminant. Et Kécile entendit avec horreur la situation tourner du vinaigre au poison. Pourquoi Dumbledore s'accusait-il ?
- Non... professeur Dumbledore ! Clamait Harry.
- Taisez-vous, Harry, sinon vous devrez sortir de mon bureau, répondit le directeur d'une voix très calme.
Kécile ne put rester cachée plus longtemps. Elle ouvrit brusquement la porte et son regard tomba immédiatement sur le vieil homme qui la regarda avec une lueur d'avertissement.
- Professeur, je vous en prie, dit-elle d'un ton suppliant. Vous ne pouvez pas faire cela.
- Tiens, vous étiez là Gaunt. Ça m'aurait étonné, s'exclama Ombrage. Surprenant que vous ne soyez pas mêlée à toute cette affaire. Ce n'est pas votre genre de rester à l'extérieur des ennuis.
- Mais... commença Kécile avant d'être interrompue fermement par Dumbledore.
- Ta retenue est terminée pour ce soir, Kécile. Tu peux récupérer tes affaires et retourner à ton dortoir.
- Mais...
- Maintenant, insista le directeur d'une voix sévère.
- Eh bien, eh bien, eh bien... disait Fudge qui semblait avoir reçu Noël une deuxième fois. J'étais venu ce soir en m'attendant à renvoyer Potter et au lieu de ça...
- Au lieu de ça, vous allez m'arrêter. C'est comme si vous aviez perdu une Noise pour trouver un Gallion, n'est-ce pas ?
Kécile prit sur elle-même pour ne pas se retourner et obéir au directeur. Elle entendait avec une colère grandissante cet imbécile de Fudge qui s'imaginait pouvoir envoyer Dumbledore à Azkaban tandis qu'elle ramassait ses affaires.
Elle sentait que les choses avaient mal tournées pour son grand-père et qu'il devrait au moins abandonner ses fonctions temporairement. Allait-il devoir partir ? Allait-il devoir fuir pour échapper à la prison ?
Elle avisa la flûte abandonnée sur le fauteuil qui attendait que son propriétaire la reprenne.
Kécile prit religieusement l'instrument d'argent et entreprit de le démonter pour le ranger dans sa boîte.
Les choses étaient entrain de dégénérer à côté et quelques instants plus tard, un bruit de bataille traversa la porte du salon. Lorsque Kécile osa rouvrir la porte, les gens du ministère et Ombrage étaient inconscients et le bureau était entièrement saccagé.
- Où irez-vous, Dumbledore ? Murmurait le professeur McGonagall. Square Grimmaurd ?
- Oh non, Je n'ai pas l'intention d'aller me cacher. Fudge regrettera bientôt de m'avoir délogé de Poudlard, je vous le promets.
- Tenez, dit Kécile en lui tendant la mallette noire de son instrument.
Le vieil homme eut un reniflement amusé.
- Ce n'est certainement pas le bagage le plus essentiel, mais merci, dit-il en prenant l'objet avec un sourire. Ne t'inquiète pas, murmura-t-il ensuite en voyant le regard inquiet de sa petite-fille. Tout ira bien pour moi. Fais toi oublier par Ombrage et va voir Severus en cas de problème. Allez, file, maintenant.
Kécile se détourna et ferma la porte du bureau le cœur lourd. Elle venait de retrouver son grand-père, et elle le perdait presque aussitôt.
Dans la salle commune, Hermione, Ron, Ginny et tous les autres gryffondors attendaient l'arrivée des nouvelles avec inquiétude et impatience.
- Alors ? Demandèrent-ils dans un ensemble parfait en bondissant hors de leurs fauteuils.
- Harry est renvoyé ?
- Non. Mais Dumbledore a dû fuir. Fudge voulait l'arrêter.
Elle raconta tout ce qu'elle avait entendu à ses camarades
Elle finissait son récit quand Harry entra à son tour.
- Alors c'est fini ? Demanda Neville l'air profondément déçu.
Harry acquiesça.
- Il n'y aura plus moyen de retourner dans la Salle sur demande. Elle va être surveillée. Et nous tous également.
- Il y aurait bien un moyen, commença Kécile, mais... non, laissez tomber, finit-elle en voyant la tête des autres. C'est trop risqué. Dumbledore s'est sacrifié pour que tu puisses rester à Poudlard, Harry. On n'a pas le droit de risquer que tu sois renvoyé pour de bon.
Harry hocha la tête.
- Je suis vraiment désolé.
- Il doit avoir ses raisons, dit Kécile en haussant les épaules. En revanche, peux-tu m'expliquer comment il se fait que mon nom n'ait pas été cité dans toute cette affaire ? Lorsque j'ai entendu qu'ils avaient découvert l'AD, j'étais persuadée qu'ils trouveraient là le prétexte idéal pour me renvoyer.
- C'est moi, intervint Hermione. J'ai effacé ton nom de la liste après le conseil de Discipline. Je savais qu'il n'était pas impossible qu'on nous découvre. Et tu risquais plus gros que nous tous. De plus, c'aurait été particulièrement injuste vu que tu ne pouvais plus participer aux réunions.
- Hermione, tu es géniale, s'exclama Kécile. Je te dois une fière chandelle !
Hermione ne put s'empêcher de hausser les sourcils à la déclaration de sa camarade avant de murmurer :
- De rien...
Quand est-ce que les choses allaient redevenir normales ? Tous ces changements, ça commençait à être un peu perturbant...
XXX
Le lendemain, les évènements prirent une nouvelle tournure. Tout d'abord, il y eut ce parchemin négligemment laissé tombé sur sa table par le professeur Rogue durant le cours de potions. Elle l'ouvrit discrètement.
Ombrage a réquisitionné ma réserve de véritaserum. Prudence.
Kécile hocha légèrement la tête en direction du professeur avant de laisser tomber le parchemin dans le feu sous son chaudron. L'avertissement fut utile. Le déjeuner n'avait pas encore eu lieu que Harry était invité à prendre le thé chez Ombrage, la bonne blague ! Harry revint de son rendez-vous moitié furieux, moitié riant.
- Elle a la subtilité d'un troll, raconta-t-il. Si je ne m'étais pas aperçu qu'elle versait quelque chose dans mon thé, son insistance à me faire boire et cette subite envie d'une conversation civilisée aurait suffi à mettre en garde le plus niais des élèves !
Les surprises ne s'arrêtèrent pas là. Les jumeaux Weasley avaient décidé d'en faire voir de toutes les couleurs (au sens propre comme au figuré) à la nouvelle directrice et liquidèrent leur réserve de Feux Fuseboum dans un chaos sans précédent dans l'école. Kécile jubilait. Après tout, Ombrage avait maintes fois remis en cause le manque d'ordre de cet école. Dès son premier après-midi en tant que directrice, elle semblait partie pour faire bien pire...
Le soir-même, ce fut au tour de Kécile d'être convoquée.
- Miss Gaunt, dit le crapaud dès qu'elle eut fermé la porte du bureau, asseyez-vous, j'aimerais que nous discutions un peu...
Et là, elle allait lui proposer quelque chose à boire.
- Vous voulez boire quelque chose ?
Bingo.
- Je viens de dîner, professeur, mais un thé ne sera pas de refus, répondit l'élève d'un ton aimable.
La bonne femme la servit, avec un petit sourire qui se voulait conciliant.
- Bien, buvez tant que c'est chaud.
- Merci, professeur.
- Nous devons discuter de votre emploi du temps. Le départ du professeur Dumbledore modifie quelque peu les choses. Vous passerez dorénavant vos retenues avec moi.
Kécile ne put masquer son horreur ! Merlin, mais comment allait-elle survivre ?
- Vous devez en être ravie, n'est-ce pas, miss Gaunt ?
Pas d'ironie, songea Kécile. Si elle était supposée être sous véritaserum, elle aurait répondu la stricte vérité.
- Absolument pas. Ça va être un cauchemar...
Ombrage ne s'offusqua pas de la réponse et eut au contraire un sourire satisfait.
- Excellent. Comme je n'ai néanmoins pas toutes mes soirées à vous consacrer, vous serez avec le professeur McGonagall ou le professeur Rogue lorsque vous recevrez un devoir supplémentaire de l'un de ces deux professeurs. Maintenant, passons aux choses sérieuses. Où est le professeur Dumbledore ?
- Je ne sais pas, il peut être dans beaucoup d'endroits, répondit Kécile d'un ton volontairement neutre.
- Développez...
- Au siège de l'Ordre, par exemple.
- Où est-il ?
- Je ne peux pas le dire. Fidelitas... Vous pensez bien que ce lieu est protégé de la curiosité du ministère et surtout des mangemorts.
- Et s'il n'est pas là, où peut-il être ?
- Chez lui.
- Dumbledore a une maison ?
- Oui, en France. Il m'en a déjà parlé.
- Où est-elle ?
- Je l'ignore, je n'y suis jamais allée.
Ce qui était la stricte vérité. Faire croire qu'on est sous véritaserum était presque amusant...
- J'aimerais savoir certaines petites choses à votre sujet, Miss Gaunt.
- Que voulez-vous savoir ? Répondit Kécile d'un ton monocorde .
Ça l'aurait étonné...
- Avez-vous réellement connu Voldemort ?
- Oui, il m'a éduqué depuis que j'ai 6 ans jusqu'à mon entrée à Poudlard.
- Avez-vous appris à lancer les Impardonnables ?
- Oui, répondit platement Kécile.
L'inverse n'aurait après tout pas été très crédible.
- En avez-vous déjà utilisé un, Miss Gaunt ?
C'est ça, et je vais aussi signer tout de suite une autorisation d'envoi à Azkaban, le crapaud !
- Non, répondit-elle sans hésitation, ni émotion aucune à ce mensonge éhonté.
- Vraiment... voilà qui est étonnant, mais pour une fois, je vais vous croire, Miss Gaunt. Une petite chose encore, avant que votre docilité ne disparaisse. Est-ce que Severus Rogue est un mangemort ?
- Non. Vous devriez le savoir pourtant. Il a espionné pour Dumbledore. En réalité, je lui dois en grande partie de ne pas faire partie des rangs de Voldemort.
Et Ombrage fronça les sourcils.
« Ma mignonne, pensa férocement Kécile, il ne fallait pas jouer avec du véritaserum si tu ne voulais pas entendre des vérités dérangeantes... »
