Chapitre LXXX: Ira, ira pas ?

Ce samedi là, Kécile reçut avec plaisir un devoir supplémentaire de la part du professeur Rogue. C'était l'excellente excuse que lui fournissait Severus pour pouvoir passer la matinée avec lui.

- Bonjour, professeur, salua-t-elle en entrant à l'injonction dans le bureau du maître des potions.

- Bonjour, Miss Gaunt. Asseyez-vous, nous devons parler.

- N'ai-je pas un devoir à faire, professeur ? demanda innocemment Kécile.

- Cela vous manque-t-il donc à ce point, miss Gaunt ? Ironisa Severus. Au diable le devoir, nous avons des choses plus importantes à faire.

Kécile haussa un sourcil interrogateur mais s'assit et accorda toute son attention au professeur. Lequel se passa les mains sur le visage d'un geste las.

- J'aurais préféré que nous ayons cette conversation avec le professeur Dumbledore. Mais en les circonstances, il va falloir faire sans. Avez-vous eu des cauchemars ? S'enquit-il.

- Non, pas depuis...

Kécile laissa sa phrase en suspens, embarrassée de rappeler sa tentative de meurtre.

- Aucune impulsion particulière ? Coupa Severus.

- Non plus.

Le professeur hocha la tête.

- Vous croyez que le lien est rompu, Severus ? Interrogea Kécile avec espoir.

- Cela m'étonnerait beaucoup, répliqua ce dernier sombrement. Je crois plutôt que c'est vous qui le tenez à l'écart.

- Mais... comment ?

- Actuellement, vous vivez sur un petit nuage rose qui vous protège, grimaça Severus.

- Un nuage rose ? S'indigna Kécile. C'est donc comme ça que vous...

- Du calme, Kécile ! Je voulais mettre en avant l'ambiance générale dans laquelle vous vous trouvez actuellement, justifia-t-il sans toute fois se départir d'un petit sourire narquois. Et si je ne me trompe, vous éprouvez davantage des sentiments... positifs.

La jeune fille acquiesça.

- Cela pourrait ne pas durer pourtant, avec cette imbécile d'Ombrage.

- Il est primordial que cela dure, Kécile, répondit Severus brusquement très sérieux. Surtout en l'absence du professeur. Tes barrières vont sans doute se fragiliser rapidement si tu te laisses gagner par l'animosité que t'inspire notre nouvelle directrice. Il faut que tu te raccroches à des émotions positives.

- Je ne comprends pas, Severus. On dirait que... vous comparez Voldemort à un détraqueur.

- Ce n'est pas entièrement faux, avoua le professeur.

Il soupira puis attaqua de nouveau :

- Vous savez ce qui a permis à Voldemort de maîtriser votre volonté ? Demanda-t-il. C'est le fait que vous le considérez encore comme votre maître.

- Mais je ne veux plus qu'il soit mon maître ! Protesta Kécile. Il y a longtemps déjà que j'ai réfuté son autorité.

- En effet. Mais quelque chose vous pousse à le considérer encore comme tel, ou du moins lui permet de posséder encore autorité sur vous. Je voudrais que nous réfléchissions ensemble là-dessus. Et que nous trouvions un moyen de contrer cette autorité.

- C'est mon père, murmura Kécile. Rien ne le changera.

- Donc, pour toi, cela a de l'importance ?

Il interrompit aussitôt la jeune fille qui allait protester violemment.

- Je ne te juges pas, Kécile. En aucun cas je n'ai ce droit compte-tenu de mes propres actions de jeunesse. Mais je voudrais comprendre.

- Ce n'est pas très clair pour moi non plus... avoua Kécile. J'ai juste l'impression que je ne peux pas le renier, ce serait... sacrilège. Je veux dire... je n'ai quasiment pas de famille, tenta-t-elle d'expliquer. J'ai juste... Dumbledore et lui.

Elle eut un petit rire désabusé.

- C'est complètement antinomique, n'est-ce pas ?

- Absolument, appuya Severus. Et c'est bien là le problème, conclue-t-il. Est-ce que tu tiens à ton père ?

- Je ne sais pas... pas vraiment mais … tenta de répondre Kécile. Un peu quand même, je suppose. C'est mon père, essaya-t-elle de justifier.

- Quels sont tes sentiments pour lui ?

- Vous n'avez pas l'impression de vous transformer en psychologue, là, Severus, remarqua Kécile avec un rire embarrassé.

- Assurément, répondit aussitôt le professeur. Vous êtes spécialiste de faire resurgir ce genre de nécessité, Miss Gaunt et une fois de plus, c'est à moi de m'y coller. Comme si j'étais le candidat idéal.

- Je suis désolée, dit-elle penaude.

- Tu n'as pas à l'être, répondit Severus en regardant la jeune fille droit dans les yeux. J'ai promis à ta mère de te protéger, de tout faire pour t'éviter de devenir mangemort. Je considère que t'aider à te débarrasser du lien du Sommeil du Maître fait partie de cette promesse. Et tant pis si pour cela je dois me transformer en psychologue de bas étage. Donc, je reprends ma question : Quels sentiments éprouves-tu pour ton père ?

Kécile fixait alors le mur d'en face d'un air songeur, essayant de poser des mots sur ce qu'elle ressentait.

- Il me fait peur. Mais je... il me fascine aussi. C'est... malsain. Je lui en veux pour ce qu'il a tenté de faire, mais en même temps c'est... c'est comme s'il en avait le droit.

Lorsqu'elle s'entendit parler, le visage de Kécile s'affaissa.

- Je suis un cas désespéré, n'est-ce pas ?

- Je ne crois pas. Voldemort s'est débrouillé pour que tu ressentes ainsi son autorité depuis des années. Il n'avait cependant pas pris en compte Dumbledore. Et c'est là que repose notre arme.

- Dumbledore, notre arme ? Répéta Kécile incrédule.

- Qu'éprouves-tu pour Dumbledore ?

Kécile rougit.

- De la reconnaissance, répondit-elle cependant sans hésiter. Et du respect.

- Le crains-tu ?

- Non, dit-elle aussitôt. Mais j'ai peur de le décevoir. Il y a une certaine... une certaine... hésita-t-elle en cherchant à mettre un mot sur ce qu'elle ressentait en pensant au vieil homme. Une certaine dévotion, finit-elle par avouer en baissant la tête tout en sentant ses joues chauffer.

- Est-ce là tout ? Insista Severus. Après tout, ce que tu ressens n'est guère différent de ce que j'éprouve à son égard et pourtant...

- Je... Je l'aime, avoua-t-elle sans oser croiser le regard du professeur.

Le silence tomba entre eux avant que Kécile ajoute :

- C'est un peu pathétique, n'est-ce pas ?

- Dumbledore ne serait certainement pas d'accord avec toi, répondit Severus à voix basse. Et moi non plus, ajouta-t-il après un instant d'hésitation.

Kécile releva un regard surpris vers lui.

- C'est ce qui t'a sauvé, Kécile. Ton amour pour Dumbledore t'a fait te sentir tellement mal vis-à-vis du sort que tu as lancé à Harry, que cela a gardé la volonté de Voldemort loin de toi. Et je pense que ce sentiment est encore ce qui joue actuellement avec ton bonheur visible d'avoir retrouvé un membre de ta famille.

- C'est possible. Mais comment voulez-vous en faire une arme ?

- Je pense, dit lentement Severus, que tu pourrais transférer l'autorité de Voldemort à Dumbledore.

Kécile lui jeta un regard d'incompréhension.

- Décider simplement que tu ne veux plus de Voldemort comme maître ne suffira pas pour rompre le lien.

- Oui, vous avez raison, approuva Kécile. Après tout, je me souviens encore de la lettre que je lui ai envoyé pour lui dire que je ne soumettrai plus à son autorité.

- Si Dumbledore prend sa place, nous avons une chance que le lien soit rompu.

- Vous voulez dire... que Dumbledore devienne mon maître ?! S'exclama Kécile que l'idée choquait.

- C'est l'idée.

Kécile eut un de ces reniflements dédaigneux qui lui étaient familiers.

- Alors comment dois-je m'y prendre ? Je doute qu'Albus soit d'accord pour que je m'agenouille devant lui pour lui dire bonjour...

- Je ne pense pas que cela l'emballe non plus, reconnut Severus. Et je ne pense pas que ce sera nécessaire. Nous pourrions jouer sur une relation de Maître plus implicite. Essaie d'imaginer la situation, Kécile. Si quelqu'un devait posséder officiellement le titre de Maître à tes yeux, que ferais-tu ?

- Je le respecterais.

- Tu respectes déjà Dumbledore.

- J'obéirais sans discuter...

- Oui, une habitude que tu as plutôt perdue une fois loin de Voldemort, répondit le professeur avec un sourire torve.

- Je lui montrerais ce respect dans ma façon de lui parler et de me tenir devant lui.

- Jusqu'à un certain point, je pense que cela peut être envisageable.

- Je lui serais entièrement dévouée.

- Ne l'es-tu pas déjà à Dumbledore ?

- Si, je crois.

- Il faudrait en être sûr. Mais c'est trois points me semble un bon début.

- Considérer Albus comme mon maître.. murmura Kécile.

Cela avait quelque chose de dérangeant, clairement. Mais aussi quelque chose d'attirant. Comme une protection qui lui serait accordée alors. Parce que si Dumbledore devenait son Maître, elle n'aurait plus rien à craindre de Voldemort et un sentiment de liberté et d'excitation l'envahissait à cette idée. En même temps que quelque chose de désagréable qui se tortillait furieusement à cette idée. Sans doute la trace de Voldemort qui se rebellait à ce changement d'autorité.

Kécile releva un regard brillant vers Severus.

- Je vais faire cela. Je sens que cela va marcher.

- Attention, Kécile, prévint Severus. Ça ne peut pas être juste un piège.

- Je comprends. Je dois le vouloir. Je dois vouloir que mon Maître ne soit plus Voldemort mais Dumbledore. La différence c'est que j'ai accepté passivement l'autorité du premier, mais que je me soumettrai volontairement à celle du second.

Mais quelque chose disait à Kécile que Dumbledore ne verrait probablement pas d'un bon œil cette histoire de Maître. il faudrait que Severus lui explique. Et elle espérait que le vieil homme se rendrait à ses arguments. Car elle sentait que sa rédemption était là.

Kécile voyait avec une certaine morosité les vacances de Pâques approcher. L'idée de devoir rester constamment enfermée dans son dortoir ne la réjouissait guère. Si Dumbledore avait été là, elle aurait pu passer son temps avec son grand-père, mais ce n'était plus une option. Inutile également de demander un allègement de sa punition à Ombrage malgré sa conduite exemplaire depuis plusieurs semaines.

Harry avait cessé les cours d'Occlumancie. Et quelque soit la raison, ce n'était certainement pas celle donné par Harry comme quoi il avait acquis les bases. Kécile avait bien interrogé Severus, mais celui-ci avait arboré une mine tellement furieuse que la jeune fille n'avait pas osé insister.

Les vacances étaient passées et avec, arrivèrent les conseils d'orientation.

Kécile n'avait absolument aucune idée du type de carrière qu'elle pouvait bien entreprendre. Elle n'arrivait pas à s'imaginer en dehors de Poudlard avec Voldemort qui rôdait. Tout avenir professionnel lui semblait vain avec la guerre qui avait commencé en sourdine. Elle dut néanmoins se rendre un soir au bureau du professeur McGonagall. La veille, Harry leur avait raconté sa propre entrevue houleuse avec la directrice de maison à laquelle Ombrage s'était invitée. Aussi, ne fut-elle que modérément surprise de voir le crapaud tapi dans un coin avec son bloc-note rose sur les genoux.

- Bonjour, Miss Gaunt. Prenez place.

- Bonsoir, professeur, salua Kécile en ignorant Ombrage.

- Nous devons parler de vos éventuels idées de carrière, Miss Gaunt. Avec l'approche des BUSE y avez-vous réfléchi ?

- Pas vraiment, professeur, avoua Kécile. Je n'ai aucune idée d'un métier qui pourrait m'intéresser.

- Vos capacités sont élevées dans de nombreux domaines, Miss Gaunt.

- Pas en Défense Contre les Forces du Mal, en tout cas, marmonna le crapaud.

- Notamment en DCFM, rétorqua le professeur en haussant un peu la voix, en potions et en sortilèges. Vous vous débrouillez également très bien en métamorphose, en botanique et en astronomie. Vos résultats pour vos options ainsi qu'en histoire de la magie sont en revanche mitigés...

- Oui, grimaça Kécile. J'ai du mal avec l'Arithmancie. Et l'étude des moldus ne me passionne pas. L'histoire non plus. Je pense arrêter ces deux matières l'an prochain.

- Vous voulez donc garder les six matières principales en aspic ainsi que l'arithmancie ? Cela fait beaucoup même si vous avez incontestablement des facilités dans trois d'entre elles.

- Je ne sais pas, je vais peut-être arrêter l'astronomie. Je ne crois pas qu'il y ait énormément de débouché.

- Ce sont des branches très spécialisées., acquiesça McGonagall. Pourquoi ne pas choisir une carrière qui utilise vos trois points forts ?

Kécile poussa un soupir.

- Est-ce que choisir une carrière dès maintenant est véritablement nécessaire ?

- C'est une motivation.

- Honnêtement, professeur, ma motivation est de mettre toutes les chances de mon côté pour survivre à la guerre. En attendant, je vais devoir passer mon temps à me cacher de Voldemort à chaque fois que je mettrai un pied dehors. Ce n'est pas une façon très confortable d'exercer un métier...

- Je comprends, Miss Gaunt, dit le professeur McGonagall avec un regard compatissant. Vous allez arriver dans le monde adulte en une période troublée. Je peux comprendre votre point de vue. Mais vous ne devez pas gâcher vos chances d'avenir à cause de l'incertitude de demain. Je vous suggère d'essayer d'obtenir un optimal en DCFM, potions, sortilèges et de faire un effort pour la métamorphose. Vous en êtes capable. Pour la botanique, un E devrait suffire. L'arithmancie est une discipline très utile et recherchée. Je vous conseille de consacrer l'essentiel de vos efforts sur cette matière pour arracher un E.

- Un E ! s'exclama Kécile horrifiée. Mais c'est impossible !

- D'après le professeur Vector, votre moyenne oscille entre le Piètre et l'Acceptable. Le challenge est élevé mais je sais que vous êtes habituée à n'avoir guère d'efforts à fournir dans votre travail scolaire. Il va falloir travailler davantage. Je vais également demander au professeur Flitwick et au professeur Chourave de ne plus vous donner de devoirs supplémentaires. Et demander au professeur Vector de prendre leurs places.

Kécile ne put masquer sa frustration à l'idée que les deux devoirs de la semaines qui se faisaient le plus rapidement allaient être remplacés par le plus long et le plus difficile. Mais elle finit par acquiescer, reconnaissant que c'était là la décision la plus sage.

La jeune fille allait partir, lorsque le crapaud qui était resté étonnamment réservé demanda :

- Une petite question, Miss Gaunt. J'espère que vous n'avez jamais envisagé d'entrer au ministère ? Nous n'y acceptons pas les mangemorts, ajouta-t-elle avec un sourire mauvais.

- Oh, vraiment ? Fit-elle d'un ton faussement surpris. C'est étrange puisque j'en connais au moins deux qui font partie des proches de votre cher ministre... Mais je vous rassure, professeur, ajouta-t-elle parfaitement polie. Je n'ai pas l'intention d'entrer au ministère. Pas à présent. Il est hors de question que Fudge devienne mon patron.

Les BUSEs finirent par arriver. Et pour la première fois, Kécile fut réellement contente de son isolation forcée dans le dortoir. L'ambiance dans la salle commune était électrique et Hermione invivable. Elle révisait bien mieux et bien plus efficacement toute seule sur son lit.

Il fallait le reconnaître, Kécile n'était guère habituée à réviser. Dotée d'une excellente mémoire, elle ne voyait pas l'intérêt d'apprendre par cœur comme le faisait Hermione et d'engloutir un tas de détails inutiles. Mais il fallait bien passer par là cette fois-ci. Par chance le nombre faramineux de devoirs qu'elle avait écrits depuis le mois de mars l'avait obligée à réviser tous les points du programme et elle n'avait pas à ingurgiter des pages d'informations en quelques jours.

Le premier examen était celui de Sortilèges. Elle passa quelques instants avant Hermione, et plaignit Ron qui était bon dernier de la liste.

Elle était surprise de se sentir un peu tendue. Sans doute le stress ambiant, se dit-elle. Après tout, elle avait vécu des situations bien plus cruciales et plus périlleuses que de devoir exécuter un bête sort de lévitation, non ?

Son examinatrice était Griselda Marchebank. Une petite bonne femme rabougrie qui devait être encore plus vieille que Dumbledore.

- La fameuse Miss Gaunt ? Demanda-t-elle d'une voix sèche et perçante.

Kécile se contenta d'un simple hochement de tête.

- Et bien voyons si les rumeurs de vos capacités sont un conte de plus ou non.

Kécile se retint de répliquer que les rumeurs de ses capacités étaient sans doute au-dessous de la réalité dans bien des domaines, mais s'abstint une nouvelle fois de répondre et exécuta les sortilèges demandés.

La métamorphose se passa de la même manière, bien que l'épreuve écrite n'avait pas été une partie de plaisir. La botanique fut une simple formalité et aurait pu se passer parfaitement si elle n'avait pas bêtement confondu deux terreaux et tenté de rempoter son Smargalouf avec une terre qui lui déplaisait tant que toutes ses racines jaillirent d'un même mouvement en dehors du pot, envoyant de la terre partout et que la plante tentait de s'échapper comme une pieuvre.

Kécile se serait donné des claques et rattrapa le fugitif avant de le rempoter correctement, les joues rouges de honte.

La Défense Contre les Forces du Mal se passa parfaitement. Elle se paya même le luxe de désarmer son examinateur d'un sort informulé qui lui fit hausser un sourcil appréciateur.

Le vendredi, Hermione passait les runes anciennes et les trois autres firent prudemment profil bas devant le stress de la jeune fille.

Kécile passa une partie du week-end à aider Harry et Ron à réviser les potions du lundi. Elle aimait Severus, vraiment, mais elle trouvait que ça ne lui ferait pas de mal si Harry pouvait lui décrocher un optimal rien que pour le narguer.

Le mardi, Kécile eut une journée pour réviser et se reposer pendant que le trio passait les épreuves de Soins aux Créatures magiques.

Le mercredi était une journée chargée. Le matin, la théorie de l'astronomie se passa très bien, mais l'après-midi, avait lieu l'épreuve la plus redoutée pour Kécile : l'arithmancie.

Même avec les efforts qu'elle avait fourni dans cette matière les derniers temps, elle ne se faisait aucune illusion. Elle avait eu beau retourner le problème dans tous les sens, le résultat qu'elle avait obtenu était improbable et elle ignorait pourquoi. La dissertation rattraperait vaguement, histoire qu'elle ne finisse pas avec un D ou pire, un T !

La soirée fut extrêmement mouvementée au cours de l'examen pratique d'astronomie. Tous les gryffondors assistèrent horrifiés à la tentative d'arrestation parfaitement injustifiée de Hagrid.

Kécile bouillait tout autant que ses amis, mais pour des raisons différentes. Ombrage semblait se croire tout permis : tenter d'envoyer un professeur à Azkaban plutôt que de simplement le renvoyer (ce qui déjà était injustifié) était une preuve de l'impunité dont bénéficiait la nouvelle directrice de Poudlard. Quant à l'attaque de McGonagall, c'était ni plus ni moins criminel. Et les membres du ministère s'y étaient prêtés sans hésitation.

Avec un tel manque de scrupule et une telle corruption, Kécile ne s'étonnait pas que Voldemort s'infiltre au sein du Ministère comme l'eau dans une éponge...

Le jeudi suivant, avait lieu la dernière des épreuves, histoire de la magie. Une matière dont Kécile se fichait comme de sa première chemise et elle n'était pas la seule.

Elle était loin d'imaginer cependant ce qui allait arriver avant même la fin de l'épreuve.

Quand Kécile, à l'instar des autres élèves virent Harry se rouler au sol en se tordant et hurlant de douleur comme sous l'emprise du doloris, elle sentit qu'une mauvaise nouvelle les attendaient. La mine complètement retournée de Harry le confirmait.

A la fin de l'examen, Harry les attendaient, tentant visiblement de ne pas céder à la panique.

- Sirius est prisonnier de Voldemort, annonça-t-il.

Et bien, c'était une mauvaise nouvelle pour le concerné. Et elle se sentait désolée pour Harry. Pas pour Black... pas vraiment. Enfin, peut-être était-ce une fin trop cruelle, même pour lui.

- Comment, je l'ignore, mais où, ça je le sais très précisément. Il y a une salle au Département des mystères remplies d'étagères sur lesquelles sont alignées de petites boules de verre. Sirius se trouve au bout de la rangée numéro quatre-vingt-dix-sept et Voldemort veut se servir de lui pour lui faire prendre quelque chose dont il a besoin dans cette salle... Il est en train de le torturer... Il dit qu'il finira par le tuer.

- Peut-être devrait-on avertir le ministère ? Suggéra Kécile. Ça me semble incongru que les deux personnes les plus recherchées de tout le Royaume-Uni puissent entrer ainsi dans le ministère, tu ne trouves pas ?

- Ils enverraient Sirius à Azkaban, éluda Harry. Comment va-t-on s'y prendre pour aller là-bas ?

- Pardon ? Pour une fois, heureusement, Hermione et Ron semblaient partager son incrédulité. Mais Harry tenait sur ses positions et si Ron finissait par se rendre à ses arguments, ce n'était pas du tout le cas de Hermione et Kécile.

Quand Ginny et Luna se joignirent à la conversation (il fallait dire que les vociférations de Harry étaient tout sauf discrètes), Hermione sembla prendre une décision.

- Ecoute, nous devons savoir si Sirius a véritablement quitté le quartier général.

- Je t'ai déjà dit que j'ai vu...

- Harry, je t'en supplie, s'il te plaît ! Laisse-nous simplement vérifier que Sirius n'est plus chez lui avant de foncer à Londres. Si nous nous apercevons qu'il n'est plus là, alors, je te jure que je n'essaierai pas de te retenir. Je viendrai avec toi, je ferai... tout ce qui est possible pour essayer de le sauver.

- Sirius est torturé EN CE MOMENT MEME ! Nous n'avons pas de temps à perdre.

- Mais si c'est une ruse de Voldemort, Harry, nous devons vérifier, il le faut.

- Comment ?

- Allons voir Severus, décida Kécile.

- Tu es folle ?! S'exclama Harry.

- Je suis très sérieuse, au contraire, rétorqua Kécile.

- Ils se détestent. Rogue n'en aura rien à faire.

- Harry, ils sont tous les deux membres de l'ordre. Severus pourra contacter les autres. Ce serait beaucoup plus efficace.

- Je ne lui fais pas confiance. On va utiliser la cheminée de Ombrage, comme la dernière fois.

- Je te préviens, Harry, répondit fermement Kécile, je ne m'embarque pas dans un plan foireux.

- Je ne t'ai pas demandé ton aide ! Répliqua Harry d'un ton hargneux.

- Tu ne réagis pas logiquement. Je suppose qu'on ne peut pas t'en vouloir, répondit placidement Kécile. Faîtes ce que vous voulez, mais je vais voir Severus.

Hermione semblait partager son avis, mais était tiraillée entre sa loyauté envers Harry et sa raison. Kécile devait avoir trop de gênes Serpentard pour hésiter de même.

- Reste avec eux, demanda-t-elle. Et évite qu'ils fassent de trop grosses bêtises.

Kécile quitta la salle où ils s'étaient enfermés et cavala en direction des cachots. Elle frappa à la porte du bureau, mais personne ne répondit. Evidemment, il fallait que Severus soit absent à ce moment-là !

Avisant l'heure, elle tenta la salle d'études où le professeur Flitwick l'informa qu'on était venu chercher Rogue pour régler un problème chez les Serpentards. Maudissant les dits élèves, Kécile retourna au bureau attendre son retour.

Lorsqu'elle vit la silhouette sombre du professeur approcher, elle se précipita vers lui.

- Severus ! Appela-t-elle.

- Que se passe-t-il, Kécile ?

- C'est Harry... et Sirius... enfin apparemment, c'est Voldemort...

- Tout doux, interrompit le professeur. Pas ici.

Il les fit pénétrer dans son bureau et lui indiqua une chaise du regard, que Kécile ignora.

- Harry a eu une vision de Voldemort torturant Sirius au Département des mystères, dit-elle rapidement. Il est sur le point de s'y précipiter pour tenter de le sauver. Sauf qu'entre temps, Hermione a réussi à le convaincre de vérifier, et pour cela, ils s'apprêtent à forcer le bureau d'Ombrage afin d'utiliser sa cheminée.

Severus resta stupéfait un court instant devant se tableau catastrophique avant de gronder :

- Foutus gryffondors ! Bon sang, c'est vraiment typique d'eux. Comment fait Minerva pour survivre ?

Il fit apparaître un patronus en forme de biche et lui confia un message.

- Si Black est en sécurité, il va me répondre dans quelques instants.

Mais on frappa à la porte au moment où la forme fantomatique disparaissait et Drago Malfoy entra dans le bureau.

- Le professeur Ombrage veut vous voir, professeur Rogue, déclara-t-il en avisant Kécile avec un petit sourire supérieur.

Kécile et Severus échangèrent un regard. Il était à craindre que le groupe d'adolescents ce soit fait prendre.

- Reste là pour attendre la réponse, ordonna-t-il à Kécile, avant de suivre son élève.

Kécile vit la porte se fermer avec une certaine appréhension. Pourvu que le patronus de Black arrive vite. Cette soirée était entrain de tourner au fiasco.

Au même instant, la forme blanche et lumineuse d'un chien se matérialisa dans la pièce, et la voix de Black s'éleva dans la pièce sombre.

« Je n'ai pas bougé et je vais bien. Pourquoi cette inquiétude soudaine, Rogue? Je suppose qu'il y a une raison pour que tu t'inquiètes brusquement de mon sort... »

Kécile poussa un soupir de soulagement. Hermione avait donc vu juste. Mais Severus tardait à revenir et elle se demandait ce que les événements donnaient là-haut.

- Cette imbécile de bonne femme ! Entendit-elle l'homme gronder alors qu'il entrait brusquement dans le bureau. Me mettre à l'épreuve ! Je pourrais la dénoncer pour usage abusif de veritaserum...

- Sirius a répondu, coupa Kécile. Il va bien.

- Dans ce cas, je te suggère de rejoindre tes camarades et d'aller les rassurer, car Potter semble encore convaincu que le cabot est entre les mains de Voldemort. Tu vas sans doute les trouver chez Ombrage. Ils se sont fait prendre et sont entrain de passer un sale quart d'heure, si tu veux mon avis.

Kécile acquiesça, bien que l'idée de devoir à nouveau faire face au crapaud ne l'enchantait guère. Mais lorsqu'elle arriva devant le bureau de la directrice, elle trouva la porte grande ouverte et plusieurs serpentards dans un état comique qui laissait supposer un combat entre eux et les gryffondors.

Où avaient-ils pu aller, se demanda Kécile en commençant à légèrement paniquer. Si comme le pensait Severus, Harry était toujours persuadé que Black était en danger, Merlin savait ce qu'il allait tenter. L'heure tournait depuis la fin de l'examen. Et s'ils avaient réellement l'intention de se rendre au ministère, comment s'y prendraient-ils ? Des balais ?

Alors qu'elle jetait machinalement un coup d'oeil par la fenêtre, craignant vaguement de voir ses camarades entrain de s'envoler dans le ciel, elle aperçut quatre silhouettes qui se dirigeaient vers la foret interdite. En s'approchant, elle reconnut la tignasse rousse de Ron et Ginny. Les deux autres devaient être Neville et Luna. Mais où étaient donc Harry et Hermione ? Qu'est-ce que ces malades allaient faire dans la forêt ?

Désemparée, elle galopa à nouveau dans les couloirs, ignorant les beuglements de Rusard pour venir frapper une nouvelle fois à la porte du bureau du professeur de potions.

- Tu ne les as pas trouvé ? Demanda Severus, un pli barrant son front lorsqu'il lui ouvrit.

- Ils sont partis en direction de la forêt interdite. Je ne sais pas ce qu'ils vont faire là-bas.

- Mais ces imbéciles vont chercher à se rendre au ministère... finit Severus

Il saisit une poignée de poudre de cheminette avant d'allumer le feu dans l'âtre. Puis, il entra dans les flammes vertes et déclara « Square Grimmaurd ».

Kécile savait qu'elle n'était pas invitée, mais l'imita . Elle voulait savoir ce qui allait être décidé.

Lorsqu'elle sortit de l'âtre, Severus était en train d'expliquer la situation à Black, Lupin, Tonks, Shacklebolt et Maugrey.

- Nous devons nous rendre là-bas, décida Shacklebolt. C'est vraisemblablement un piège et si des mangemorts les attendent.

- Allons-y immédiatement, approuva Black.

- Il vaudrait mieux que tu restes là, Black, coupa Severus d'un ton sec. Il ne fait pas bon pour toi se balader au ministère. Et il faut que quelqu'un reste pour l'arrivée de Dumbledore.

- Harry est en danger, il est hors de question que je reste ici à me tourner les pouces !gronda l'homme.

- Très bien, répondit Severus d'une voix doucereuse, fais ce que tu veux, après tout, personne ne sera responsable si tu te retrouves à nouveau à Azkaban. Je retourne à Poudlard tenter de déloger ces petits imbéciles de la forêt avant qu'ils ne fassent de mauvaises rencontres. Avec un peu de chances, ils ne sont pas encore partis.

- Ça m'étonnerait bien, intervint Kécile. Harry était vraiment pressé. Et le temps a passé. Je veux vous accompagner, ajouta-t-elle en se tournant vers les membres de l'ordre.

- C'est hors de question, répliqua Black.

- Je sais me battre. Je connais les mangemorts. Et mes amis sont là-bas. Je ne les ai pas accompagnés pour tenter de les arrêter mais maintenant, je ne peux pas rester derrière.

Lupin et Shacklebolt semblèrent hésiter, et tournèrent leur regard vers Severus comme si la décision revenait à ce dernier.

Celui-ci considérait qu'il avait eu à faire à suffisamment d'attitudes stupidement gryffondoresques pour la journée et il était hors question qu'il risque de perdre une élèves de plus (et surtout celle-là) alors que six autres élèves étaient en train de se précipiter sous la baguette de Voldemort.

- Non, Kécile. Tu restes à Poudlard.

- Severus, gronda la jeune fille. Vous ne pouvez pas m'obliger à...

- Oh, si je le peux.

- Je ne laisserai pas Harry et les autres. Il faudra que vous me ligotiez pour cela.

- S'il ne faut que cela pour t'en empêcher...

Et d'un geste rapide, Severus tira sa baguette et la stupéfixia, sans qu'elle ait le temps de voir le sort venir.


Héhé... Vous ne la voyiez pas venir, celle-là, hein?