Me revoilà!
Donc, au dernier chapitre, si vous vous souvenez bien, Kécile voulait aller avec l'ordre chercher ses camarades au ministère. Ce qui n'était pas du tout au goût de Severus qui l'a tout simplement stupéfixiée.
Chapitre LXXXI : La prophétie
Lorsque Kécile émergea du brouillard, elle se demanda un instant ce qui lui était arrivé. Elle reconnut les appartements de Severus. Elle était allongée sur le canapé du salon.
Puis tout lui revint. La vision de Harry, sa panique, sa volonté de rejoindre le ministère, l'ordre qui s'apprêtait à aller à sa rescousse. Et le sort. Le sort traître de Severus pour l'empêcher de se joindre à eux.
Elle se redressa brusquement. Severus se tenait devant elle, baguette à la main. Il venait de toute évidence de la réanimer. Elle le fixa avec rancoeur tandis qu'il s'asseyait dans le fauteuil en face d'elle. Il affichait une mine sombre.
- Harry et tes amis vont bien, dit Severus. Potter est encore avec le directeur dans son bureau.
- Dumbledore est revenu ?! S'exclama Kécile, sentant immédiatement une partie de sa mauvaise humeur s'envoler.
Severus acquiesça.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Severus ? Interrogea-t-elle tout d'un coup vaguement inquiète. Votre mine ne me dit rien qui vaille...
- Plusieurs mangemorts ont été arrêté et Voldemort a été vu par Fudge lui-même. Dumbledore est en train d'être réintégré dans toutes ses fonctions. Et il va sans doute être porté aux nues dans les journaux demain matin, ajouta-t-il avec un rictus amer. Tout comme Potter. Je vois ça d'ici. Les deux martyrs de la communauté sorcière...
- Mais ce sont de bonnes nouvelles !
La moins bonne, c'est que Black est mort.
- Black ? répéta Kécile, stupéfaite. Ne me dîtes pas que cela vous touche beaucoup... ajouta-t-elle une fois remise de sa surprise.
Severus haussa les épaules.
- En revanche, Harry... réalisa la jeune fille. Comment va-t-il ?
- Je l'ignore. J'ai eu les nouvelles par Lupin.
- Pourquoi ne m'avez-vous pas laissé y aller ? Demanda-t-elle d'un ton accusateur.
- Je ne pouvais pas. Répondit Severus d'un ton sec. C'était trop dangereux. Il n'était pas de mon ressort d'empêcher Black de se faire tuer. Mais j'aurais été responsable de ta mort. Voldemort était là-bas, Kécile. Aurais-tu été capable de lui faire face ? Lui n'aurait pas hésité, Kécile. Un avada et c'était fini.
- Et vous n'avez pas hésité à me stupéfixier.
- J'ai pris les mesures nécessaires à ta protection, répondit le professeur d'un ton parfaitement serein. Et je ne regrette certainement pas ce que j'ai fait.
- Je suppose que plutôt que de m'énerver contre vous, je devrais plutôt prendre ça comme la preuve que vous tenez à moi... soupira Kécile vaguement écoeurée par son absence totale de remord.
Elle leva les yeux vers son professeur qui la regardait avec l'ombre d'un sourire.
Kécile quitta les appartements et se trouva un peu déboussolée en constatant que le soleil s'était déjà levé sur le parc. Elle avait dû passer toute la nuit stupéfixiée sur le canapé de Severus... vraiment charmant !
Elle se trouva bêtement devant la gargouille en réalisant que le mot de passe avait sans aucun doute changé. Mais alors qu'elle tentait vainement le dernier mot en vigueur avant le départ précipité du directeur, le mur s'ouvrit pour dévoiler Harry. Le jeune homme semblait complètement défait. Il avait une tête à faire peur. En dehors des égratignures que le recouvraient, sa pâleur cadavérique, ses yeux brillants et son air assommé étaient inquiétants.
- Harry, dit Kécile en tendant la main vers lui.
Mais il se détourna sans un mot. Elle envisagea un instant de le rattraper, mais elle réalisa qu'il avait sans doute besoin d'être seul.
Elle se glissa donc derrière le mur avant qu'il ne se referme et monta les escaliers en colimaçon. Lorsqu'elle frappa au lourd battant, la voix lasse du directeur lui intima d'entrer.
- Merlin ! S'exclama-t-elle en pénétrant dans le bureau.
La pièce était un spectacle de désolation. Le sol était jonché de débris des divers instruments de Dumbledore qui reposaient auparavant sur de petites tables à présent renversées. Fumsec qui quelques jours encore était dans la splendeur de sa maturité n'était maintenant plus qu'un oisillon rabougri dans un tas de cendres. Mais le pire était sans doute Dumbledore lui-même.
Le vieil homme était assis dans son fauteuil. Il avait vaguement relevé la tête de ses mains et Kécile eut l'impression que l'homme venait de prendre cent ans. Jamais elle n'avait vu une telle lassitude mêlée de tristesse sur le traits du directeur. Il semblait... au bout du rouleau.
Bouleversée, Kécile s'avança en faisant craquer des bouts de verre sous ses pas.
- Professeur, murmura-t-elle timidement. Albus...
Le vieil homme eut un pauvre sourire mais ne semblait pas capable de contenir son découragement.
Kécile contourna le bureau pour venir se tenir à côté de son grand-père. Elle avait le soudain besoin impérieux d'aider Dumbledore. C'était sans doute bien présomptueux de sa part. Mais elle osa poser sa main sur son bras et le pressa doucement.
Elle ne trouva cependant aucun mot. Voir le vieil homme ainsi la bouleversait, mais elle était davantage source de problèmes qu'autre chose. Ou bien pouvait elle être source de réconfort, se demanda-t-elle lorsque Dumbledore prit sa main et murmura :
- M'en voudras-tu, toi, d'être faillible ?
Elle fit un signe de dénégation.
- C'est Harry qui est responsable de ce désastre ? Interrogea-t-elle.
Dumbledore hocha la tête avant de se lever lentement pour tirer sa baguette. Il ne lui fallut que quelques sorts pour réparer les dégâts, tandis que Kécile s'approchait de Fumsec.
- Que lui est-il arrivé ? dit-elle en caressant prudemment la peau fripée et hérissée d'horribles plumes duveteuses de l'oisillon.
Celui-ci pépiait de contentement.
- Il a attrapé un sort de mort pour me sauver.
- Vous... vous avez manqué mourir ?! S'exclama Kécile soudain très pâle en se retournant vers son grand-père.
Celui-ci se tenait derrière elle et posa une main rassurante sur son épaule.
- Sois sans crainte. Voldemort ne m'a jamais eu et ce n'est pas encore demain qu'il m'aura. Mais tout cela a été un désastre. Nous avons manqué perdre Harry, nous avons perdu Sirius... Je suis soulagé que tu ne te sois pas rendue là-bas.
- Ce n'est pas ma faute, si je n'y étais pas, bougonna Kécile. Severus m'en a empêché.
- Il a bien fait, Kécile, répondit Dumbledore d'une voix douce. Je suis heureux de te retrouver après ces mois d'éloignement, ajouta-t-il en caressant sa joue. Cela aurait été terrible de te perdre.
Kécile eut un sourire embarrassé devant cette déclaration et ce geste, mais ne se déroba pas.
- Alors Voldemort ne peut plus se cacher, maintenant...
- Non, la vérité a enfin éclaté. Fudge ne s'est plus fait tirer l'oreille et adopte enfin un profil bas. Ses jours sont de toute manière comptés au Ministère.
- Harry avait l'air bouleversé.
- Il a de quoi... répondit Dumbledore.
Il regarda la jeune fille en fronçant les sourcils, avant de dire à voix basse.
- J'ai fait beaucoup de cachotteries ces derniers temps. Pour protéger Harry. Pour vous protéger. Cela a été une erreur. Je crois qu'il faut que je te fasses part de plusieurs informations.
Il ouvrit la porte de son salon et lui fit signe d'entrer.
Une sourde angoisse naissait au creux de son estomac lorsque Kécile prit place sur le canapé alors que Dumbledore s'asseyait en face d'elle.
La discussion allait être sérieuse, elle pouvait le voir dans le regard du vieil homme.
- Kécile, ce que je vais te dire, tu ne dois en parler à personne. Harry le sait, mais c'est à lui de décider quand et à qui il veut en parler. Le but de cette expédition au Ministère était de récupérer une prophétie. Une prophétie au sujet de Harry et Voldemort qui a été faite avant la naissance de ton ami. « Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pourvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit. »
Kécile était devenue très pâle.
- Alors Harry est celui qui tuera Voldemort... s'il ne se fait pas tuer avant.
Dumbledore acquiesça sombrement.
- C'est pour cela que Voldemort a tenté de le tuer lorsqu'il était bébé ?
- Voldemort ignore la fin de la prophétie. Mais néanmoins, sa volonté de tuer Harry amènera forcément la prophétie à se réaliser un jour ou l'autre.
- Oh Merlin...
Kécile baissa la tête en sentant une nouvelle terreur s'abattre sur elle. Et cette fois-ci, ce n'était pas pour elle, mais pour Harry qu'elle avait peur.
- La guerre a véritablement commencé, murmura-t-elle, n'est-ce pas ?
- Oui, acquiesça Dumbledore. Et il faut que je t'avoue une deuxième chose Kécile. Si je te parle de cette prophétie, c'est que je pense que tu ne resteras pas en dehors du conflit. Je crois que tu as une certaine part dans sa réalisation.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? Interrogea la jeune fille d'une voix blanche. Je ne peux pas vaincre le Seigneur des Ténèbres.
- Te souviens-tu de l'achat de ta baguette chez Ollivenders ? Te souviens-tu des quatre baguettes qui contiennent une plume de Fumsec ? Ce n'est pas un hasard si les quatre propriétaires sont reliés.
- Qui est le quatrième ?
- C'est Harry, avoua Dumbledore. La baguette de Voldemort et la sienne sont strictement jumelles. Comme si le destin les avait relié avant l'heure. Je suppose que les liens de parentés peuvent en partie expliquer pourquoi tu te trouves liée à la fois à ma baguette et à celle de Voldemort.
Kécile frémit à l'idée de se retrouver au milieu de ce choc de titans.
- Mais je ne fais pas le poids entre vous d'eux... gémit-elle.
- Harry non plus. Mais tu l'aideras sans aucun doute.
- Je ne veux pas me retrouver face à Voldemort, murmura Kécile sans cacher sa frayeur.
- Tu n'auras pas davantage le choix, Kécile. Tes liens de parentés, la baguette, ton amitié avec Harry... Tu seras forcément mêlée au combat.
Kécile ferma les yeux, consternée puis déclara d'une voix qu'elle tentait de rendre ferme :
- Je suppose qu'à trois contre un, la bataille commence à être plus égale...
Ils restèrent un moment silencieux puis Dumbledore dit à regret :
- Je suis désolé de devoir te demander de retourner avec tes amis, Kécile. Je dois reprendre l'école en main. Maintenant qu'Ombrage n'est plus au pouvoir, tu n'es plus confinée. Je pense que la punition a assez duré.
Kécile acquiesça et le remercia. Elle se leva pour partir mais sembla hésiter un instant et regarda Dumbledore avec un air incertain. Le vieil homme avait vraiment l'air fatigué, et ce n'était peut-être pas le bon moment pour mettre le sujet sur le tapis. Mais elle pouvait juste faire un geste...
Elle sentit son cœur s'accélérer face à ce qu'elle allait faire, mais se morigéna en se disant qu'elle l'avait fait maintes fois devant Voldemort.
Elle vint se mettre devant lui puis se mit à genoux à côté du directeur qui la regardait avec confusion.
- Kécile ? Demanda-t-il incertain.
- Je suis vraiment heureuse que vous soyez de retour. Ce n'est pas la même chose sans vous, dit-elle simplement.
Elle attrapa la main fripée de Dumbledore et la porta à ses lèvres, avant de se relever comme si ce qu'elle venait de faire était parfaitement naturel.
Et pour elle, ça l'était en quelque sorte. Un sentiment de sérénité l'avait envahi par ce simple geste. Elle adressa un dernier sourire à son grand-père et lui dit au revoir, avant que le vieil homme se soit remis de sa confusion et lui demande de justifier son attitude. Ça, ce serait le travail de Severus. Et elle prévoyait de l'orage à venir...
Dans les jours qui suivirent, Harry semblait flotter dans un état second et Kécile n'était pas loin de l'imiter, mais pas pour les mêmes raisons. Elle se sentait néanmoins attristée de voir Harry si désemparé. La plupart du temps, il restait avec eux mais ne disait pas un mot, se contentant d'acquiescer à tout ce qui pouvait être dit, ailleurs...
Parfois, il s'isolait dans son dortoir ou dans le parc. Un soir, Kécile abandonna Hermione et Ron pour aller lui parler.
Elle le trouva au bord du lac, non loin de la cabane de Hagrid, qui jetait négligemment des cailloux dans l'eau, dérangeant sans doute le calamar géant.
- Harry ?
Il se retourna mais ne marqua aucune émotion particulière à la voir. Kécile s'assit à ses côtés et tenta de capter son regard. Mais comme le jeune homme fixait toujours le lac d'un œil terne, elle finit par avouer.
- Dumbledore m'a parlé de la prophétie.
Elle vit Harry déglutir péniblement.
- J'imagine que tu dois être terrifié.
Il ne répondit pas.
- Tu dois savoir qu'on sera tous à tes côtés : Ron, Hermione, moi, Dumbledore, et même Severus, j'en suis sûre.
Harry tourna enfin un regard effrayé vers elle.
- Je ne pourrai jamais le vaincre.
- Bien sûr que si, affirma Kécile avec une confiance qu'elle n'éprouvait pas. Parce que tu ne seras pas tout seul. Je ne sais pas ce qu'est ce pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore, mais ça ne change pas grand-chose. Honnêtement, Harry, je comprends que cette prophétie est terrible. Mais imagine un instant que tu ne l'ais jamais entendue... Est-ce que tu n'aurais pas fait tout ton possible pour arrêter Voldemort ?
- Si, mais maintenant, je n'ai pas le choix, murmura-t-il.
- Tu peux encore fuir, je suppose. Mais Voldemort te poursuivra. Donc, quoi qu'il arrive, vous vous trouverez confronté l'un à l'autre.
- Je n'ai donc aucune chance d'y échapper, hein ?
- Je ne crois pas non. Et je me disais au départ que c'est injuste. Moi non plus, je n'ai aucune chance d'y échapper.
- Toi ? Mais la prophétie...
- Oh, en ce qui me concerne, ce n'est pas la prophétie... Une histoire de baguette dans mon cas. Un signe que je vais me retrouver au cœur de la bataille quoi qu'il arrive. Mais au fond, baguette ou pas, ça serait arrivé quand même. Parce que je veux te soutenir, parce que je veux rester fidèle à Dumbledore jusqu'au bout. Même si cela signifie devoir affronter mon père un jour. Alors savoir que le destin m'y a prédestiné d'une certaine manière, ça ne change finalement pas grand-chose, n'est-ce pas ? Mais j'ai peur aussi.
Le silence s'installa un moment tandis que Harry réfléchissait aux paroles de Kécile. Puis, il demanda avec hésitation :
- Kécile... Qu'est-ce que ça fait de tuer ?
La jeune fille se crispa à cette question. Mais elle comprit tout de suite ce que voulait dire son ami.
- Ça n'a rien à voir, Harry. Tu devras tuer un être qui aura mérité de mourir. C'est mon père, mais je sais que quelqu'un doit l'arrêter et qu'il n'y a pas d'autre manière que de le tuer.
- Tu crois que ça fait une différence ? demanda Harry avec une moue sceptique. Je n'arrive pas à m'imaginer lancer un jour le sort de mort. Ne le prends pas mal, mais... d'une certaine manière, tu serais mieux adaptée que moi.
- Je ne le prends pas mal. Je dois reconnaître que tuer qui l'a mérité ne... me fait pas un cas de conscience. Je préfère ça que d'autres personnes meurent. Des personnes innocentes. C'est à elles que tu dois penser, Harry. Même si toi, tu perds ton innocence, acheva tristement Kécile.
Harry regarda Kécile, une lueur concernée dans les yeux.
- Mais toi, tu as tué quelqu'un d'innocent, n'est-ce pas ?
Kécile déglutit péniblement avant d'acquiescer.
- Ça te déchire de l'intérieur. Et ça te poursuit indéfiniment. Parce que tu penses que c'est toi qui aurait dû mourir. Toi tu le mérites.
- Tu ne mérites pas de mourir, dit calmement Harry. Certainement pas. Ce n'était pas de ta faute.
Kécile eut un rire amer.
- J'ai des circonstances atténuantes. Dire que je ne suis pas coupable est trop osé. Je pense qu'à partir du moment où on est capable de tuer sans remords, même quelqu'un qui le mérite, c'est qu'on s'est un peu perdu, tu vois... C'est qu'on a trop fleurté avec les ténèbres.
- Cela pourrait être utile, dit Harry après un instant de réflexion. Ne pourrais tu pas tuer Voldemort ?
Kécile grimaça.
- Je ne pourrais jamais. C'est mon père. Je ne suis pas perdue au point de commettre un parricide. Et puis, c'est lui qui m'a formé... Il garde trop d'influence sur moi, même si j'y travaille. Je ne sais pas si je serai un jour capable de lui renvoyer ses propres armes.
- Et Rogue ?
- C'est pareil pour Severus, je crois. Je ne sais pas si tu peux comprendre, mais il y a une certaine forme d'impuissance face à la personne qui a fait de toi ce que tu es aujourd'hui.
Harry baissa la tête comme si son dernier espoir s'envolait. Kécile posa alors une main réconfortante sur son bras.
- Mais nous serons là, Harry. Je te le promets. Tu ne seras pas seul face Voldemort.
Il ne restait que quelques jours avant la fin du trimestre. Kécile était assise dans le salon tandis que Dumbledore travaillait dans son bureau. La jeune fille entendait le bruit des parchemins qu'on tournait, de la plume qui grattait sur le papier.
Elle poussa un soupir et regarda une nouvelle fois la pendule posée sur le manteau de la cheminée. Severus allait arriver d'un instant à l'autre. Dumbledore n'avait pas reparlé de son attitude le lendemain de l'expédition au ministère. Mais le professeur avait promis de venir expliquer au directeur cette histoire de Maître. Et Kécile était tendue.
Elle sentit son cœur s'emballer lorsqu'on frappa à la porte du bureau. Elle reconnut la voix de Severus et prit son courage à deux mains avant de refermer son livre et de rejoindre les deux hommes dans la pièce à côté.
- Kécile et moi devons vous faire part d'une conclusion tirée au sujet de son lien psychologique avec Voldemort, entendit-elle le professeur expliquer.
- Avez-vous trouvé un moyen de le détruire ? Demanda Dumbledore, vivement intéressé.
- Nous le pensons.
Severus échangea un regard avec Kécile comme pour lui demander la permission de poursuivre. La jeune fille hocha brièvement la tête. Ça ne servait à rien de retarder l'explication.
- Le nœud du problème est que Kécile a tendance à considérer Voldemort comme son maître. L'idée serait de détruire cette autorité en lui donnant un nouveau maître, une autorité suffisamment forte et qui reposerait sur des liens psychologiques suffisamment étroits pour remplacer ceux qu'elle a jusqu'à présent avec son père.
Dumbledore fronça les sourcils, mais il n'y avait pas besoin d'un plus long discours. Il avait déjà compris.
- Vous suggérez donc, Severus, dit-il d'un ton brusquement froid, que je devienne le Maître de Kécile.
Le professeur acquiesça.
- C'est hors de question, répondit le directeur d'un ton catégorique.
Kécile baissa la tête, sentant son cœur se serrer.
- Albus, insista Severus, je ne vous parle pas de vous comporter avec elle comme Voldemort. Il ne s'agit pas de vous transformer en tyran et Kécile en esclave. Il s'agit de renforcer votre autorité et de forger des liens plus étroits par la soumission volontaire de Kécile à cette autorité.
- C'est malsain. Vous savez comme moi ce que ce genre de relation peut induire comme dépendance. Je refuse de me prêter à ce jeu cruel.
- Ce n'est pas un jeu, Albus, plaida Severus. C'est une nécessité si vous voulez aider Kécile. Et j'aurais cru que vous vous jugerie capable d'éviter que cette relation devienne malsaine.
Dumbledore resta silencieux avant de fixer Kécile d'un regard grave.
- Est-ce que c'est ce que tu souhaites, Kécile ? Finit-il par demander à voix basse. Crois-tu que cela réglera ton problème ?
- Je le pense, Albus, répondit-elle doucement. Je sens... que j'ai besoin de cela. De la protection que cela m'apportera. Je sais que ce n'est pas normal, mais... je n'ai pas grandi dans des conditions normales. Je n'ai pas eu un véritable père. J'ai eu un Maître. Et son absence m'a déstabilisé d'une certaine manière.
- Tu as donc besoin que ton grand-père soit également ton Maître pour te sentir sécurisée... conclut sombrement Dumbledore.
Kécile acquiesça, penaude. Dumbledore ferma un instant les yeux, luttant visiblement contre la répulsion que lui inspirait cette idée.
- Très bien, finit-il par concéder. Mais nous allons établir des règles. Nous allons déterminer ensemble ce que tu as besoin et jusqu'où je suis prêt à aller. Qu'attends-tu de moi ? Comment veux-tu te comporter ?
- Il y a certaines choses que je me suis permises de faire par le passé, commença Kécile avec un vague sentiment de honte, que je n'aurais jamais osé devant Voldemort. Je veux que cela cesse. Parce que ça a permis ce qu'on sait.
Elle baissa un instant la tête, rassemblant ses idées pour formuler les deux points sans doute les plus difficiles pour elle mais les plus essentiels.
- Je ne me permettrai plus de remettre en question vos ordres ou de les discuter, déclara-t-elle en plantant un regard ferme dans les yeux de Dumbledore. Je ne me permettrai plus de me mettre en colère devant vous.
Le vieil homme haussa les sourcils, ayant sans doute quelques difficultés à imaginer la chose.
- En es-tu capable ? Demanda-t-il.
- Oui, répondit fermement Kécile. Je faillirai sans doute, mais dans ce cas-là vous me punirez. Je suggère d'autres méthodes que le doloris, ajouta-t-elle en grimaçant, mais je vous fais confiance pour me remettre dans le droit chemin.
- Très bien, concéda Dumbledore. J'accepte de te punir si tu déroges à cette règle. En contre-partie, tu n'attendras jamais une punition physique de ma part. Jamais, tu m'entends ?
- Oui, Albus.
- Y a-t-il une autre règle que tu souhaites instaurer ?
Kécile rougit, soudain embarrassée, mais murmura malgré tout.
- Oui... Je voudrais que parfois... vous me laissiez... vous montrer mon respect et... ma soumission.
Dumbledore pinça les lèvres.
- Comme la dernière fois, si je comprends bien ?
- Oui, acquiesça Kécile.
Le directeur soupira et sembla soupeser l'idée.
- Bien. Mais je ne veux pas que cela devienne un geste habituel, Kécile. Cette attitude est chargé de trop de liens de soumissions qui peuvent être pervertis. J'ajouterai à cela une condition. Je ne veux jamais t'entendre m'appeler Maître, Kécile, dit-il en regardant sa petite-fille sans dissimuler sa préoccupation.
La jeune fille hocha la tête.
- Je n'en avais pas l'intention, Albus. Voldemort était d'abord mon Maître et ensuite mon père. Vous êtes d'abord mon grand-père, dit-elle avec un sourire aux lèvres.
Le visage de Dumbledore se détendit.
- Et je veux que cela reste ainsi, Kécile. Pour moi, tu seras toujours mon enfant.
Severus, voyant que la question semblait réglée souhaita une bonne soirée au directeur et à son élève, et les laissa à leur intimité.
Dumbledore gardait un pli soucieux sur le front lorsqu'il suggéra à Kécile de retourner au salon pour écouter un peu de musique. Il était en train d'installer le tourne-disque lorsque Kécile dit :
- Je voudrais que tout cela renforce notre relation, Albus. Mais je ne veux pas qu'elle change. Pas fondamentalement.
- Compte sur moi pour empêcher qu'une telle chose n'arrive, répondit fermement Dumbledore.
Kécile eut un sourire que le vieil homme ne vit pas mais ajouta doucement :
- Vous voyez... C'est pour cela que j'ai besoin de vous. Vous me protégerez. Même de moi-même.
La musique commença à s'élever et le son tendre d'une clarinette vibra bientôt dans le petit salon. Les pensées de Kécile s'envolèrent vers Henri et Martine. Cela faisait tellement longtemps qu'elle ne les avaient pas vu. Mais une fois de plus sans doute, elle ne pourrait sans doute pas les voir cet été.
- Est-ce que Harry ne pourrait pas rester avec moi à Poudlard pendant les vacances ? Demanda-t-elle soudain. Je suis sure qu'il préférerait plutôt que de retourner dans son horrible famille.
- Harry doit retourner chez les Dursley un certain temps. C'est essentiel. Et de toute manière, nous ne resterons pas à Poudlard.
Kécile fixa son grand-père sans comprendre.
- Mais n'avez-vous pas dit qu'à l'extérieur je serais en danger ?
Elle crut comprendre en songeant qu'elle allait sans doute passer les vacances au quartier de l'Ordre, mais Dumbledore la détrompa.
- C'était vrai tant que j'ignorais que tu étais ma petite-fille. Le Clos-La-Rive est suffisamment protégé pour que tu puisses y passer l'été sans danger. Nous transplanerons dès la fin du trimestre. Tu pourras enfin faire véritablement connaissance avec ta famille.
