Me revoilà, pas trop tard, vous me l'accorderez, pour un nouveau chapitre. D'ordinaire, les vacances sont l'entrée d'une nouvelle partie. Hors ces vacances sont dans la continuité de la cinquième année alors que la rentrée de la sixième année marque un nouveau tournant.
Dans les prochains chapitres, nous serons donc au Clos-La-Rive, et vous allez apprendre beaucoup de choses sur les Deschavelles.
Je me suis remise à écrire ces derniers jours et je suis en train de rédiger le chapitre 87. La rentrée à Poudlard aura lieu vers le chapitre 89 ou 90. Comme vous le voyez il y aura beaucoup de choses racontées durant cet été.
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Chapitre LXXXII : Le Clos-La-Rive
Kécile et Dumbledore se tenaient devant les grilles du Clos-La-Rive. Enfin.
Depuis le temps qu'elle rêvait de cet endroit, songea Kécile.
La haute clôture était bordée d'arbres qui masquaient la vue du domaine. Elle imaginait une petite demeure nichée au milieu d'un écrin de verdure comme dans un cocon.
Dumbledore exécuta quelques mouvements de baguette devant le portail puis lui demanda de toucher la grille pour pouvoir passer au travers. Kécile s'exécuta et eut l'impression de passer à travers une agréable brume tandis qu'au même moment, quelque chose se tortillait dans son estomac. Quelque chose qui n'aimait pas la brume. A moins que ce ne soit la brume qui n'aimât pas ce qu'il y avait à l'intérieur d'elle. Le sang de Voldemort.
Mais celui de Ludivine fut le plus fort, car elle put passer de l'autre côté du portail. Dumbledore le traversa également et lui jeta un regard concerné.
- Est-ce que ça va ? Demanda-t-il doucement.
- Oui, Albus répondit-elle avec un sourire. Les protections ont un peu protesté, ce n'est rien de grave.
Dumbledore posa une main sur sa nuque dans un geste de réconfort et d'encouragement.
Ils avancèrent en silence dans le sous-bois encore humide de la fraîcheur matinale. Il ne leur fallut qu'une minute pour travers les arbres qui semblaient s'arrondir en une arche de verdure au-dessus de leurs têtes, avant de s'interrompre brusquement pour dévoiler une vue féérique.
Kécile s'arrêta à la lisière, prise d'un trouble inexplicable face à la quiétude et la beauté du lieu.
Une vaste pelouse d'un vert tendre perlée de rosée s'étendait longuement jusqu'à une bâtisse de taille assez modeste d'un blanc immaculé. Le manoir, légèrement en hauteur sur un petit monticule était bordé par une rocaille foisonnante aux couleurs vives. A droite du manoir, on apercevait un jardin en pleine floraison qui promettait un petit paradis.
Ce petit joyau était bordé de chaque côté par l'épaisse forêt de feuillus au vert profond, écrin de velours d'où émanait le chant matinal des oiseaux.
- C'est merveilleux, murmura Kécile qui n'osait plus parler à voix haute de peur de troubler la quiétude des lieux.
Heureuse sa mère qui avait eu le bonheur de grandir dans un tel endroit !
- Cela n'a pas changé avec les années, approuva Dumbledore. J'ai été saisi moi aussi lors de ma première visite.
- C'est ici que vous avez rencontré Camille ?
Son grand-père acquiesça.
- Etes-vous tombé amoureux de l'habitante ou des lieux ? Plaisanta Kécile.
Dumbledore eut un sourire attendri mais ne répondit pas.
Ils avancèrent en silence sur le chemin qui serpentait à travers l'herbe. Tandis qu'ils montaient les quelques marches de marbre blanc qui atteignaient le perron du manoir, Kécile observait les murs de la bâtisse.
- C'est un sortilège, n'est-ce pas Albus ? Dit-elle en désignant la pierre à l'éclat d'un banc pur.
- C'est une pierre typique de la région, expliqua Dumbledore. Le tuffeau est célèbre pour son éclat particulier. Mais je te concède que quelque sortilège des Deschavelles doit être passé par là. Je te laisse découvrir l'intérieur. La magie y est partout présente.
Début du lien
A peine la porte franchie, que Kécile comprit ce que le vieil homme voulait dire.
C'était un pur enchantement, au sens propre comme au figuré. Le hall donnait l'étrange impression de pénétrer dans un manoir de cristal et d'eau. Sur la droite, un escalier monumental montait vers les étages. Ses marches majestueuses et transparentes laissaient apercevoir le sol de marbre en dessous. La rampe sculptée en volutes élégantes semblait le chef d'oeuvre de quelque artiste qui s'était amusé à faire jouer la lumière avec les multiples facettes du cristal.
Le mur de gauche opposé à l'escalier disparaissait sous une cascade aux couleurs cristallines qui glissait silencieusement le long de la paroi pour tomber au pied d'un petit bassin dont elle troublait à peine l'eau. La surface transparente miroitait elle aussi comme si des gouttes de cristal jouaient dans l'eau. On entendait simplement un doux murmure charmant et rafraîchissant. Dumbledore mena Kécile face à la porte opposée à l'entrée. Elle se trouvait sous la large volute de l'escalier, et de là, on apercevait alors dans la niche de pierre sous l'escalier une fontaine au milieu de laquelle trônait une statue.
- Qui est-ce ? Demanda Kécile.
- C'est Seelwena Serdaigle, la deuxième fille de Rowena Sedaigle, dont descendaient les Deschavelles.
Il lui indiqua la porte à côté.
- Ici se trouve le grand salon qui s'utilisait lorsque nous recevions de la visite.
Il la fit entrer dans la pièce aux fenêtres immenses, au plafond peint et aux stucs dorés qui ornaient les pourtours des ouvertures.
Un autre porte massive à double battant s'ouvrait sur le mur de gauche. Dumbledore la désigna mais ne prit pas la peine de l'ouvrir.
- Cette porte mène à la salle de réception, expliqua-t-il. Il fut un temps où la famille Deschavelles organisaient des soirées et des bals.
- Comme les Malfoy ? Interrogea Kécile en fronçant le nez.
- Comme la plupart des grandes familles. Viens par ici, demanda-t-il en la reconduisant dans l'entrée.
Il ouvrit une petite porte discrète qui débouchait sur un simple couloir.
- Nous prendrons nos repas dans la salle à manger, expliqua Dumbledore en désignant la porte au bout du corridor. Mais je voudrais te présenter les elfes de la maison.
Il poussa une nouvelle porte et découvrit la cuisine du manoir où deux elfes s'activaient.
- Kécile, je te présente Dina et Tino.
La jeune fille regarda les créatures qui s'inclinaient devant elle.
- Bonjour, Miss Kécile. Dina et Tino sont très heureux de vous rencontrer.
L'elfe qui devait être Dina s'avança vers Kécile et lui prit la main.
- Dina est si contente de savoir que mademoiselle Ludivine a pu avoir un enfant. Et si contente de voir Miss Kécile enfin dans ces murs.
Kécile eut un sourire gêné.
- Est-ce que cela veut dire que le Maître va venir plus souvent, maintenant qu'il y a une jeune Maîtresse ? Interrogea Tino.
- Nous allons rester tout l'été, répondit Dumbledore. Je ne peux hélas pas vous promettre que nous reviendrons dans l'année. La guerre a recommencé en Angleterre.
- Tino et Dina savent, Monsieur Albus. Tino et Dina savent, répéta tristement Tino. La guerre a vidé le Clos. Mais la paix reviendra, n'est-ce pas, Monsieur Albus ? Et alors le Clos redeviendra comme avant.
- Le Clos ne sera jamais comme avant, Tino, murmura Dumbledore. Mais il aurait pu être définitivement vide, ajouta-t-il avec un maigre en sourire en direction de Kécile.
Une évidente mélancolie teintée de tristesse habitait le vieil homme en revenant dans cette demeure où il devait avoir tant de souvenirs de sa femme et de sa fille.
Mais Kécile eut à tout juste le temps de percevoir la peine de Dumbledore qu'il déclara devoir lui montrer les étages. Ils retournèrent dans le hall et montèrent le fameux escalier.
- Est-ce que c'est vraiment du cristal ? Demanda Kécile.
- Je ne crois pas. Je pense que c'est un sortilège. Mais je ne l'ai jamais vu autrement.
- Et qui est-là ? Demanda Kécile en désignant un gigantesque portrait qui se tenait sur le palier.
- C'est l'une des rares toiles existantes de Rowena Serdaigle. Je ne l'y ai guère vu cependant. Ce tableau est toujours vide.
Dumbledore montra rapidement à Kécile les différentes chambres, lui attribuant l'une des suites du second étage, tandis qu'il prenait une simple chambre d'ami.
Kécile protesta.
- J'occupe toujours cette chambre lorsque je viens, assura le vieil homme. Je n'aime guère à retourner dans les appartements que je partageais avec Camille. Quant à l'autre chambre, dit-il en désignant l'autre suite qui se trouvait de l'autre côté du second étage, c'était celle de Ludivine. Je n'ai pas encore eu le courage de la changer. D'ailleurs, même Tino et Dina s'y opposent, ajouta-t-il dans une tentative de plaisanterie.
Mais Kécile prenait conscience que l'homme était hanté par les fantômes des souvenirs qui habitaient le manoir. Elle n'insista pas. Sans doute était-il plus facile pour son grand père de trouver le sommeil dans une chambre impersonnelle. Elle pouvait comprendre.
- A qui appartenait la suite que je vais occuper ? Demanda-t-elle avec curiosité.
- A Erlésie Deschavelles, la grand-mère de Camille. Encore une femme extraordinaire, ajouta Dumbledore. Qui aurait atteint un âge canonique si Voldemort ne l'avait pas assassinée elle-aussi...
Il secoua la tête avant de lui dire de s'installer et de le rejoindre ensuite dans le petit salon du premier.
Kécile laissa le vieil homme redescendre et pénétra dans ses nouveaux appartements. Un salon ancien et démodé l'accueillit. Les couleurs des tentures d'un rouge vif et les bois aux teintes chaudes étaient d'un autre temps. Une odeur de cire flottait encore dans la pièce. Mais Kécile se sentit immédiatement bien dans cet environnement. Ce n'était pas mort. Quelqu'un avait vécu entre ces murs et laissé des traces de son existence dans le mobilier comme un signe de bienvenue : les vieux livres aux couvertures fragiles et aux pages jaunies dans le meuble bibliothèque, ce dessin au crayon accroché au mur, même la trace d'une brûlure sur le cuir du bureau ou l'éclat produit par un choc sur la commode près de la fenêtre.
Au fond de la pièce, une porte menait à la chambre à coucher. Les couleurs y étaient plus douces et l'ensemble bien moins personnel. Kécile ouvrit sa malle avec contentement.
C'était chez elle maintenant.
Une demi-heure plus tard, la jeune fille trouva Dumbledore perdu dans ses pensées, assis dans un fauteuil du petit salon. Enfin, petit, c'était une façon de voir les choses. De taille certainement plus modeste que celui du rez-de-chaussée, il comportait néanmoins une large table de merisier, un vaste canapé et deux fauteuils, une impressionnante cheminée, deux hauts rayonnages de chaque côté de la pièce, emplis de livres, et un piano à queue au meuble marqueté.
Tout était fait pour donner à la pièce un caractère douillet, depuis les teintes chaudes du parquet ciré, aux boiseries rougeoyantes, en passant par le tapis épais devant la cheminée et les coussins rebondis du canapé.
Kécile s'approcha de l'une des hautes fenêtres de la pièce qui donnait sur le jardin.
- C'est magnifique, murmura-t-elle.
Une roseraie en pleine floraison s'étendait au pied du manoir. C'était une mer de pétales aux couleurs douces ou vives, exubérante de vie et dont on pouvait presque imaginer le parfum.
- C'était le coin favori de Camille, lui parvint de derrière la voix de Dumbledore.
Elle se retourna pour voir son grand-père qui la fixait d'un air qu'elle trouva troublé. Elle vint s'agenouiller à ses côtés et lui prit les mains noueuses dans les siennes avant de demander d'un ton concerné:
- Abus, est-ce que ça va ?
- Oui, la rassura-t-il. Pardonne son émotion à un vieil homme qui te voit revenir sur tes racines et qui retrouve une famille après toutes ces années de solitude.
- Maintenant, vous allez pouvoir me parler de ma famille.
- Cela risque d'être long...
- J'ai tout l'été, répondit Kécile avec un grand sourire avant de se relever pour venir s'affaler sur le canapé.
- Par où veux-tu que je commence ?
- Par le début ? Suggéra Kécile. Comment avez-vous rencontré cette famille ? Comment cela a-t-il commencé pour vous ?
La mine de Dumbledore s'assombrit à ce souvenir.
- Ce n'est certainement pas le moment le plus glorieux de mon existence. En réalité, à cette période, j'étais... perdu. J'image qu'il me faut remonter encore de quelques années pour tout t'expliquer.
J'étais depuis quelques années professeur à Poudlard. Parmi mes élèves de gryffondor, il y avait une certaine Valérie Fournoux, qui est arrivée en cinquième année, après avoir suivi auparavant ses études à Beauxbâtons. Cette jeune fille parlait un anglais moyen et ne rentrait pas pendant les vacances de Noël. J'étais son directeur de Maison. Un cas pareil intrigue. J'ai alors appris que Valérie avait toute sa famille en France, une famille plutôt célèbre puisqu'il s'agissait de la dernière branche encore vivante descendant de Rowena Serdaigle, les Deschavelles.
- Vous avez dit qu'elle s'appelait Valérie Fournoux...
- Oui, en effet, et cela expliquait le problème de cette jeune fille. Le nom de Deschavelles se transmet uniquement de mère en fille.
- Pourquoi ?
- C'est une vieille histoire liée à une malédiction qui remonte à l'époque d'Helena et Seelwena Serdaigle, les deux filles de Rowena. Les deux sœurs étaient en froid. Helena a pris le nom de sa mère Rowena Sedaigle tandis que Seelwena prenait celui de son père, Aloysius Des Chavelles et quittait l'Angleterre pour la France. Tu trouveras sans doute ici un livre qui t'expliquera la brouille entre les deux sœurs et le pourquoi de cette malédiction, mais le nom de Serdaigle a disparu avec la mort prématurée d'Helena tandis que celui Des Chavelles se transmettait par Seelwena. Cependant, une seule personne à chaque génération pouvait porter ce nom. Cette personne était l'unique héritière de Seelwena Des Chavelles.
- Valérie venait donc de cette famille, mais n'était pas l'héritière, c'est cela ?
- Oui, acquiesça Dumbledore.
- Et pourquoi était-ce un problème ?
- Valérie était la fille aînée de la famille. Elle aurait logiquement été amené à être l'héritière. Mais lorsque cinq ans plus tard, sa petite sœur Camille est née, la cadette lui a pris sa place.
Kécile fronça les sourcils. Parlait-il bien de sa femme Camille ?... Elle laissa cependant son grand-père poursuivre.
- Au fils des années, Valérie avait de moins en moins bien accepté le « vol » de sa sœur et leurs relations se sont dégradées au point que lorsque Camille est entrée à Beauxbâtons, Valérie a souhaité changer d'école. Elle a sans aucun doute très mal pris le fait d'être envoyée à Gryffondor et non Serdaigle. C'était une confirmation qu'elle n'était pas l'héritière de la sorcière qu'elle admirait. J'ai été amené à contacter ses parents pour aider la jeune fille à surmonter sa rancoeur. Je dois avouer que si les relations de la jeune fille avec sa propre maison à Poudlard se sont améliorés, celles avec sa sœur ont toujours été inexistantes. J'ai gardé durant plusieurs années des relations amicales certainement plus approfondie que la normale avec Valérie.
A cette époque, Grindelwald commençait à faire des ravages dans le pays. Valérie s'est engagée chez les aurors pour participer aux combats. De mon côté, je cherchais des moyens plus définitifs de lutter contre ce sorcier. J'étais à l'époque sans aucun doute un sorcier brillant, mais surtout inexpérimenté et pleins d'illusions. Si je voulais me protéger de Grindelwald, il me fallait utiliser une magie plus profonde que tous les sorts traditionnels. Valérie m'a suggéré de demander le conseil de sa grand-mère, Erlésie Deschavelles. C'était une sorcière célèbre aux écrits et travaux souvent controversés, mais définitivement visionnaires et éclairés. Je suis donc venu pour la première fois ici, au Clos-La-Rive en 1940. C'est à cette occasion que j'ai rencontré pour la première fois Camille, ajouta-t-il avec un sourire attendri. A l'époque, elle n'avait que 15 ans.
- Et... euh, quel âge aviez-vous ? demanda Kécile mal-à-l'aise.
- J'avais 32 ans, répondit Dumbledore. A l'époque cependant, loin de moi était l'idée d'épouser Camille... Je pense qu'elle y a pensé rapidement en revanche... Mais il y avait trop de choses qui nous séparaient. Il y avait... Grindelwald, avoua-t-il avec un soupir.
Kécile regarda Dumbledore l'air perplexe, attendant que le vieil homme lui explique. Celui-ci semblait tout d'un coup vaguement mal-à-l'aise, une attitude que la jeune fille n'avait encore jamais vu chez son grand-père et qui laissait deviner que le sujet le sujet était délicat et personnel. Mais il poursuivit néanmoins ses explications.
- Tu dois savoir, Kécile, que j'ai connu Gellert Grindelwald pendant ma jeunesse. Notre relation a été brève mais intense, à tout point de vue. Et... j'avais développé à son égard des sentiments. Un amour fou, je te le concède, poursuivit le vieil homme en voyant la mine ébahie de sa petite fille, mais néanmoins intense et qui m'a poursuivi pendant des années, m'empêchant d'affronter ce sorcier pour mettre fin à ses activités. Je ne savais plus où je me situais. J'étais pris entre mes sentiments et ma raison. Et je me cachais ni plus ni moins. J'ai même fui l'Angleterre pendant deux ans. La famille Deschavelles m'a fourni un refuge en m'accueillant. J'ai vécu ici à partir de 1942. Erlésie et Camille ne m'ont jamais reproché ma faiblesse mais me poussaient à la surmonter et à faire un choix. Leur famille prenait des risques en m'offrant la protection de ses murs. Madeleine, la mère de Camille, acceptait moins bien ma présence. Je crois qu'elle avait vu mon avenir avec sa fille
- C'était une voyante ? Demanda Kécile intéressée.
- Oui, Madeleine était une femme extrêmement discrète mais une voyante absolument hors-norme. L'une des plus grande de son siècle, bien qu'elle soit toujours restée dans l'ombre. En tant que mère, acceptait difficilement les sentiments de Camille à mon égard, car elle me savait homosexuel. Elle devait considérer que je ne ferais jamais le bonheur de sa fille. Et je partageais son avis.
Durant toute cette époque, je fuyais la présence de Camille pour fuir son amour encombrant. Mais pour être honnête, je fuyais aussi mes responsabilités. Camille avait sa manière bien à elle de me mettre en face des réalités qui me dérangeaient. Néanmoins, je restais lâchement au Clos-La-Rive, pensant que Gellert ne m'y chercherait pas et je profitais ainsi des protections qu'offrait le domaine. Mais évidemment, Grindelwald a fini par savoir où j'étais réfugié. Et il s'en ait pris à Camille qui a été assez sérieusement blessée. Ça été le choc qui m'a décidé à agir. Je ne pouvais pas permettre qu'un membre de cette famille meurt par ma faute, à cause de ma lâcheté.
- Vous avez affronté Grindelwald et c'est aujourd'hui le duel le plus célèbre de l'histoire.
Dumbledore acquiesça.
- Ce qu'il y a derrière est bien moins glorieux, comme tu peux le constater. Mais il y eut une belle fin, ajouta Dumbledore avec un sourire. Avant la fin de l'année, Camille et moi étions fiancés.
- Mais... je ne comprends pas, dit Kécile en fronçant les sourcils. Vous n'étiez pas amoureux de Grindelwald ? Pardonnez-moi, ajouta-t-elle en baissant les yeux. C'est indiscret.
- Tu as le droit de te poser la question et de connaître la vérité, tout comme l'a appris Ludivine, lorsqu'elle a été en âge de comprendre. Camille m'a aimé très tôt. Trop tôt, trop vite, trop intensément. Nous avions 17 ans de différence. Elle sortait de l'adolescence, j'étais déjà un adulte. Mais Camille était une femme extrêmement patiente. L'âge, elle n'y accordait aucune attention et maintenait à raison qu'avec le temps cette différence n'aurait plus d'importance. La maturité, elle en avait suffisamment pour se sentir mon égale. Son principal obstacle, c'était donc Grindelwald. Mais une fois que j'ai affronté mon démon et gagné le combat, celui-ci s'effaçait en grande partie. Il fallait que je tourne la page, elle m'en offrait la possibilité. Quant à mes sentiments ils étaient d'une nature différente. Tu dois comprendre que Camille, malgré sa jeunesse et son inexpérience du monde a été capable avec un tact, une délicatesse et une intuition incroyable de m'arracher mes secrets les uns après les autres et de m'obliger à faire face à tout ce qui me hantait. Elle était devenue ma confidente et n'a cessé de m'encourager dans ce combat intérieur, peu importe ce que cela lui coûtait, peu importe mon attitude parfois sèche, peu importe mes fuites répétées. Je n'ai pas été courageux à cette époque, Kécile. J'aipeu même dire que j'ai été faible. Mais elle n'a jamais cessé de me soutenir. Parce qu'elle m'aimait, je suppose, parce qu'elle croyait en moi. Je ne sais pas si tu peux comprendre les sentiments qui sont nés de cette relation. Je l'admirais. Je la considérais comme supérieure à moi. Je l'aimais avec une sorte de dévotion. Je l'adorais, au sens premier du terme.
Kécile hocha la tête.
- Je peux comprendre, oui.
- J'ai été longtemps persuadé qu'elle méritait mieux que moi. Mais j'ai fini par céder.
- Et a-t-elle été heureuse ?
- Oui, répondit Dumbledore avec un sourire attendri. Elle avait raison, une fois de plus. Nous avons été un couple heureux comme rarement. Sans aucun doute atypique, mais ça n'avait pas d'importance. Voilà donc toute l'histoire, et comment je me suis retrouvé lié à cette famille hors du commun.
Ils restèrent un long moment dans un silence confortable. Kécile avait porté son regard à travers les fenêtres. La demeure respirait une telle quiétude que les gens qui avaient dû habiter ici étaient sans aucun doute accueillants et chaleureux.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Kécile en avisant en large coffre à la serrure ouvragée juste à côté de son fauteuil.
Le regard du vieil homme se rembrunit lorsqu'il vit le jeune fille soulever le lourd couvercle, mais la laissa faire.
A l'intérieur, une multitude de carnets rangés dans des compartiments étaient réunis telle une impressionnante collection.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda à nouveau Kécile.
- Les journaux intimes des Deschavelles. Il est une tradition presqu'aussi ancienne que ce château que l'héritière de Serdaigle laisse à ses descendantes un journal qui pourra être lu après sa mort.
- Qu'est-ce qui vous perturbe, Albus? Interrogea la jeune fille en voyant la mine sombre de son grand-père. Est-ce que ?... je n'ai pas le droit d'y toucher, dit-elle en arrêtant brusquement son geste.
Dumbledore lui sourit.
- Je crois que personne ne te le reprocherait si tu lisais ces journaux. Ce qui me contrarie, c'est que ce coffre ne devrait pas être ici, encore moins ouvert à n'importe qui.
- Les elfes ont peut-être oubliés de le ranger ?
- Tino et Dina n'auraient jamais touché à ce qui est presque considéré comme une relique. Non, j'ai appris il y a trois ans que Voldemort a fait chercher ces carnets qui renferment les secrets des Deschavelles par ses mangemorts et a ordonné à Ludivine d'ouvrir ce coffre. Je n'aime pas l'idée qu'il soit ouvert sans protection. Mais je suppose qu'au fond, ce n'est pas plus mal, ajouta-t-il. Tu vas pouvoir en apprendre plus sur ta famille.
Kécile hocha la tête. Elle ouvrit un carnet, sourit, puis ouvrit un suivant, et son sourire s'agrandit.
- Ce sont ceux de Ludivine...Je vais vraiment pouvoir les lire ?
- Oui, je pense que c'est ce que Ludivine aurait voulu.
La jeune fille les mit de côtés et continua son inspection.
- Oh... fit-elle tout d'un coup déçue. Ce sont ceux de Camille, je crois. Il y a son nom. Mais ils sont en français.
- Oui, il fallait s'y attendre, Kécile. C'était sa langue maternelle. Comme tous ses ancêtres.
- Ceux-ci sont de Madeleine... en français aussi, grimaça-t-elle.
- Regarde ceux d'Erlésie. Son père, Patrik Lovegood était anglais.
- Vous avez dit Lovegood ? S'exclama Kécile.
- Oui, répondit Dumbledore qui ne voyait pas ce qui la perturbait.
- Est-ce que Luna Lovegood de Serdaigle en quatrième année à un lien familial avec elle ?
- Sans doute, dit le directeur en souriant. Je t'accorde qu'ils ont toujours été une famille plutôt fantasque. Et Erlésie n'était pas en reste.
Mais malheureusement, les écrits d'Erlésie étaient également en français.
Tant pis, soupira Kécile. Je me contenterai de ceux de Ludivine. A moins que... mais vous devez bien parler français, n'est-ce pas, Albus ?
- Oui.
- Vous ne pourriez pas me les lire ?
Kécile rit plus tard en repensant à la mine de son grand-père à ce moment.
- Tu n'es pas sérieuse, Kécile ? Ces carnets sont intimes. Ce n'est pas pour rien que la formule qui ouvre normalement ce coffre ne se transmet que d'héritière à héritière.
- Mais elles ne sont plus là, et le coffre est ouvert... fit remarquer Kécile.
- Non, Kécile, je suis désolé, mais il n'est pas question que je lise les journaux intimes de ma femme ou de ma belle-mère.
Oui, évidemment, vu sous cet angle...
- Pardon, dit Kécile en baissant la tête. C'était une idée stupide.
Après tout, elle aurait dû songer que pour un homme, particulièrement de sa génération, lire les écrits de jeunes filles ou de jeunes femmes, même mortes et enterrées, devait avoir quelque chose d'indécent.
- Je pourrais toujours apprendre le français...
- Si c'est dans le but de lire ces journaux, tu vas devoir attendre longtemps avant d'en être capable, rit Dumbledore.
Kécile haussa les épaules.
- Mieux vaut tard que jamais. Vous pourriez m'apprendre, s'il-vous plaît Albus ?
- Je peux toujours essayer, suggéra le vieil homme visiblement amusé par l'idée. Que dirais-tu d'aller faire un tour dans le parc ?
- D'accord, approuva Kécile. Pourriez-vous me poser la même question en français, s »il-vous-plaît?
Dumbledore éclata de rire, mais accepta. Tout le long du chemin, il se prêta au jeu, finissant même par parler directement en français et laisser Kécile deviner le sens de ses paroles. Cela amenait parfois des suppositions stupides de la jeune fille et ils finirent à moitié pleurant de rire avant d'avoir fait la moitié du tour du parc.
Kécile se sentait à ce moment incroyablement heureuse. Elle plaisantait avec son grand-père comme n'importe quel enfant pouvait le faire, et elle n'avait jamais vu Dumbledore aussi dénué de retenue. Ils finirent cependant par reprendre leur calme et leur promenade, et Kécile se contenta plus sagement de répéter des phrases ou des mots derrière le vieil homme. Ils déambulèrent longuement dans la roseraie, Dumbledore lui racontant des anecdotes comme la fois où Ludivine, du haut de ses quatre ans, avait décimé un bosquet entier de rosiers pour faire un gigantesque bouquet pour sa petite maman chérie. Camille avait manqué s'évanouir en voyant le désastre.
Kécile avait fini par s'accrocher naturellement au bras du vieil homme et marchait tout contre lui en l'écoutant parler de sa famille avec un sourire aux lèvres. Au gré de ces souvenirs, elle avait l'impression de faire un saut de plusieurs décennies dans le temps, et parvenait peu à peu à s'imaginer le vieux sorcier sans sa barbe argentée et ses rides, en père et mari aimant. C'était bizarre, mais le décor rendait tout cela plus réel.
Enfin, Dumbledore la mena dans un recoin de la roseraie qu'ils avaient évité jusqu'à présent. Lorsque Kécile aperçut ce qu'il y avait là, elle se tut brutalement et regarda son grand-père prudemment. Mais le vieil homme semblait normal.
La tombe de marbre blanc avait visiblement été visité peu de temps auparavant. Un bouquet pas encore complètement fané reposait près de l'épitaphe. Mais elle vit avec stupeur Dumbledore s'agenouiller devant la tombe et passer doucement la main sur l'inscription.
Gênée, Kécile l'imita et put lire les mots gravés dans le marbre :
Camille Deschavelles-Dumbledore
1925- 1971
Que ton âme pure repose en paix.
Et veille sur ces âmes qui ne sauront garder leur innocence
Elle regarda Dumbledore perturbé. C'était sans aucun doute lui qui avait écrit cette épitaphe. Parlait-il de lui au sujet des âmes qui perdaient leur innocence ? De Ludivine ?
Etait-ce prémonitoire ?
Kécile ferma les yeux, retenant brusquement une envie de pleurer. Car elle, elle n'avait certainement pas su garder son innocence.
Elle sentit un bras l'entourer, et être ramenée contre Dumbledore. Elle se laissa faire.
- Elles auraient été fière de la jeune fille que tu es, Kécile. N'en doute pas un seul instant.
- Je suis loin d'être innocente, murmura-t-elle tristement.
- J'étais loin de l'être aussi. Et pourtant Camille voulait de moi à un point qui me semblait insensé. Ce n'est pas cela qui aurait importé pour elle, Kécile. C'est ta force d'âme.
Je vais bientôt vous poster les "Souvenirs du Clos-La-Rive", des petits textes que j'écris parfois sur un autre site qui sont des compléments en quelque sorte à ce chapitre et aux chapitres à venir.
Merci de me suivre encore et à bientôt!
