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Chapitre 83 : Le Clos-La-Rive 2
Ce soir-là, Dumbledore alluma un feu dans le petit salon, bien que ce n'était honnêtement pas nécessaire, mais cela ajoutait une certaine chaleur à la pièce alors que le crépuscule tombait. Kécile avait été chercher son hautbois. Elle regarda le piano un peu tristement.
- Vous ne jouez pas ? Demanda-t-elle en désignant l'instrument.
- J'en suis bien incapable, avoua Dumbledore.
- C'est dommage. C'est triste, ces instruments qui ne sont pas joués, dit Kécile en faisant référence au piano et à la harpe qui se trouvait dans le grand salon au rez-de- chaussée.
Je sais, reconnut Dumbledore tout en reposant le regard sur son livre. Mais je n'ai pas eu le courage de m'en séparer.
Kécile hocha la tête. Elle pouvait comprendre.
Elle était en train de jouer, s'acharnant sur un exercice technique, écorchant sans doute les pauvres oreilles bien patientes de Dumbledore lorsqu'une pensée la traversa soudain.
- Albus, dit-elle en retirant l'anche de sa bouche et en tournant un regard interrogateur vers le vieil homme.
- Oui, Kécile ?
- Comment se fait-il que les sortilèges des Deschavelles soient encore en place ? Dans le hall ? Les protections du domaine ? La magie des pierres du manoir ? Comment est-ce que tout cela perdure alors que ni Ludivine ni Camille ne sont plus vivantes ?
- Question pertinente... Je dois avouer m'être posé souvent la question.
- Eh ?
- Je l'ignore.
Kécile fixa le vieil homme avec des yeux ronds. Dumbledore ignorait ? Mais c'était impossible !
Albus rit doucement devant son air ébahi et commenta :
- Les Deschavelles ont toujours été des Maîtres dans l'art des sortilèges. J'étais un débutant en la matière à côté d'Erlésie.
Kécile secoua la tête incrédule.
- Non, je t'assure, Kécile. Je n'exagère pas. Grand-mère Erlésie était capable de faire des choses stupéfiantes sans sa baguette par-dessus le marché. Elle maîtrisait la magie essentielle, une branche fascinante mais nébuleuse de la magie. Lorsqu'on comprend l'essence même de la magie, je suppose que l'impossible devient possible. A-t-elle enseigné ses secrets à Madeleine, puis Camille ? Camille a-t-elle transmis ce savoir à Ludivine ? Je l'ignore. Le problème, ajouta-t-il après un temps de silence, c'est que les sortilèges toujours en place malgré la mort de l'enchanteresse ne sont pas le plus surprenant. Je suis sûr que les Deschavelles auraient été capables de créer ce genre de miracle. Ce qui me perturbe, vois-tu, dit-il en posant un regard sérieux sur Kécile, c'est que lorsque je suis revenu quelques heures seulement après l'enlèvement, j'ai su que Ludivine n'était pas morte car les enchantements étaient encore là, à l'exception des protections du manoir.
- Comment cela se fait-il ?
- Ces protections doivent parfois être renouvelées, renforcées. Je crois que ce jour-là, Ludvine a négligé de le faire à temps. Voldemort devait guetter et a dû saisir la faille. C'est la seule explication que j'ai pu trouver. Toujours est-il que les autres sortilèges ont perduré. Et puis un jour, lorsque je suis rentré, tout avait disparu : le cristal de l'escalier, la fontaine, les dernières protections du domaine... Tout.
- Ludivine était morte ? Murmura Kécile.
- Oui, répondit tristement Dumbledore. J'ai posé moi-même un certain nombre de protections sur le Clos. Je dois avouer que leur efficacité devait être limitée. Le domaine ne me reconnaît pas comme Maître et n'est pas accoutumé à ma magie. De toute manière, je ne suis pas resté. Le temps de poser les protections et j'étais déjà parti. Jusqu'à présent, je n'ai jamais supporté très longtemps de rester ici.
- Mais... je ne comprends pas...
Dumbledore l'interrompit.
- Je me doute, Kécile ! Moi non plus... Quelques mois plus tard, lorsque je suis revenu, tous les sortilèges étaient réapparu. Y compris les protections ancestrales.
- Mais... c'est impossible !
- Nous parlons du domaine des Deschavelles... le manoir d'une des plus grandes familles de magiciens depuis presque 600 ans... Cet endroit a des similitudes incontestables avec Poudlard, comme toutes les vieilles places aussi empruntes de magie. Une certaine conscience, je dirais.
- Alors les sortilèges sont réapparus grâce à cette conscience du domaine, Albus ? Demanda Kécile perplexe.
- Je pense, dit le vieil homme avec hésitation. C'est du moins la seule explication que je -puisse trouver.
- Avez-vous demandé aux elfes ?
- Oui, bien sûr. Ils n'en ont pas davantage que moi. Ils ont assisté aussi à cette habitude du domaine de faire des choses étranges... En l'absence d'héritière, je suppose que c'est une manière comme une autre de se protéger.
- Albus... est-ce que... est-ce que je ne suis pas l'héritière ? Demanda prudemment Kécile.
- Non, mon enfant, répondit Dumbledore d'une voix douce. Tu aurais été envoyée à Serdaigle - si cela avait été le cas.
- Je suis l'héritière de Serpentard et pourtant je suis à Gryffondor.
- Ces deux héritages ne sont pas comparables. Et tu ne pouvais pas hériter des deux fondateurs.
- Oui, sans doute... marmonna Kécile. Ça ferait trop pour une même personne...Mais alors, la branche s'est éteinte avec Ludivine ?
- Malheureusement, acquiesça Dumbledore.
- Mais que va-t-il advenir de tout cela ?
- Je l'ignore, répondit le vieil homme en jetant un regard nostalgique autour de lui. Je suppose qu'il va t'appartenir un jour, à moins qu'Antoine ne se décide à venir le réclamer.
- Antoine ? Demanda Kécile confuse.
- Le frère de Camille. Il vit aux Etat-Unis depuis des décennies. Depuis la mort de Camille, il n'ait plus revenu. Je crois qu'il ne m'a jamais pardonné d'avoir attiré sa sœur dans les conflits.
- Comment est morte votre femme, Albus ? Demanda doucement Kécile.
- Assassinée par Voldemort, comme ta mère.
- Alors, mon père a décimé toute votre famille... dit Kécile qui se sentait tout d'un coup malade.
- Littéralement, répondit sombrement le vieil homme.
Elle lui lança un coup d'œil atterré.
- Que voulez-vous dire ?
- Tous les membres de la famille Deschavelles sont morts à cause de Voldemort. Hormis Antoine, dû à son éloignement et sans doute aussi au fait qu'il vit davantage dans le monde moldu que sorcier.
- Est-ce que vous... pouvez me raconter ? Demanda Kécile d'une voix hésitante.
Dumbledore se leva de son fauteuil et vint s'asseoir à côté d'elle pour l'entourer d'un bras réconfortant, manière silencieuse de dire que tout ceci n'avait rien à voir avec elle.
- Les premières victimes ont été Madeleine et Robert, tes arrières-grands-parents. Ils avaient pour habitude de sortir dans le monde moldu, aussi bien en France qu'en Angleterre. C'était en 1971. Ce jour-là, ils étaient à Londres tous les deux. Il y a eu une attaque de Mangemorts dans un centre commercial moldu. C'était le début des années de terreurs mais Voldemort n'était pas encore connu et craint comme par la suite. Robert et Madeleine ont voulu défendre les moldus et se sont battus. Madeleine n'avait sans doute pas l'expérience du combat. Mais je me demande à combien ils ont dû s'y mettre pour avoir Robert... ajouta-t-il amèrement. C'était un excellent duelliste, parfaitement rompu aux combats. Il était Auror, expliqua-t-il devant le regard interrogateur de Kécile.
Les mangemorts ont toujours eu l'habitude de se mettre à plusieurs contre une même victime, commenta aigrement la jeune fille.
Peu de temps après, ce fut le tour de Valérie. Elle était auror également, bien qu'en Angleterre. Je sais que Camille avait toujours craint que cela n'arrive. Je crois que Valérie a dû plus ou moins chercher à venger ses parents. C'était une jeune femme au tempérament de feu, très rancunière, sans doute son plus grand défaut... Elle a commencé à devenir dérangeante. Elle avait hérité des talents de son père, et je me souviens que son nom était régulièrement cité dans les journaux pour avoir capturé plusieurs mangemorts notoires à l'époque. Elle a même fini par en abattre certains, ajouta-t-il tristement. Voldemort a dû trouver qu'elle devenait gênante. J'ai appris par la suite qu'il s'était personnellement occupé de son sort.
- Ce qu'il considère à sa manière comme un signe d'honneur... marmonna Kécile.
- Peu de temps après la mort de ses parents, Antoine a demandé à Erlésie et Camille de venir le rejoindre à Washington. Mais elles ont refusé. Grand-mère Erlésie parce qu'elle n'aurait jamais quitté le Clos-La-Rive, Camille parce qu'elle voulait me soutenir dans mon combat contre ton père.
- Erlésie a été la suivante, c'est cela ? Murmura Kécile qui attendait la suite avec - anxiété.
- Oui. Erlésie n'était plus de la première jeunesse et le duel n'était certainement le domaine dans lequel elle excellait. C'était une sorcière brillante mais...
Dumbledore secoua la tête la mine défaite.
- On lui avait demandé de rester au Clos-La-Rive, de ne pas sortir. Mais s'il y avait bien une chose qu'Erlésie n'acceptait pas, c'était de recevoir des instructions des jeunots que nous étions. Elle avait toujours été très indépendante et il ne fallait pas compter que la guerre y change quelque chose.
- La guerre était en Angleterre, souleva Kécile.
- Mais Voldemort connaissait les Deschavelles. Et surtout, mes liens avec eux.
- Il voulait vous affaiblir...
- Très certainement. Un jour, Erlésie est donc partie comme elle en avait l'habitude, sans prévenir. Elle s'absentait souvent plusieurs jours de suite. Mais cette fois-ci, elle n'est pas revenue. Nous n'avons retrouvé son corps que bien plus tard. L'année suivante, c'était le tour de Camille.
Kécile n'osa pas demander comment c'était arrivé. Dumbledore semblait affecté en replongeant dans ces souvenirs.
- Je comprends la haine d'Antoine, finit par poursuivre le vieil homme après un silence. Je n'ai pas été capable de protéger sa famille. Et Ludivine qui était encore jeune à l'époque, a perdu entre l'âge de 11 et 13 ans toute sa famille, ou presque.
- Ce n'était pas votre faute, répondit fermement Kécile. C'était la faute de Voldemort.
Dumbledore acquiesça et Kécile poursuivit avec une grimace.
- Je suppose que si ce Antoine apprenait mon existence, il frémirait en apprenant que sa nièce a eu une fille du meurtrier de sa famille.
Dumbledore eut un petit rire nerveux.
- Je crois qu'il aurait une syncope, effectivement...
Quel gâchis, songea Kécile en se couchant ce soir-là. Elle remercia Merlin de lui avoir ouvert les yeux et d'avoir mis Dumbledore et Severus sur son chemin. Sans eux, elle savait qu'elle aurait suivi les traces de son père. Les traces d'un monstre.
Les jours s'écoulèrent doucement au gré des récits de Dumbledore, des moments simplement passés à lire chacun dans au fauteuil, des cours de français qui étaient l'occasion de nombreux fous rires et des moments passés à jouer ou écouter de la musique.
Puis, alors qu'une semaine était déjà passée, Dumbledore annonça une surprise dans le courant de la journée.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Kécile, sa curiosité aussitôt piquée au vif.
Deux heures plus tard, elle ne remarqua pas lorsque le vieil homme s'éclipsa discrètement. En revanche, elle releva brusquement la tête de son livre de grammaire française en entendant la voix de ténor claire et distinguée, qui parlait en français justement, s'élever depuis le hall.
- Henri ! S'exclama-t-elle en bondissant de joie.
Elle dévala le grand escalier pour trouver Martine et Henri qui lui souriaient gentiment.
Elle se laissa embrasser avec plaisir par les deux français.
- Comment êtes-vous arrivés ? S'exclama-t-elle ravie.
- Nous avons transplané, bien sûr, répondit Henri.
Kécile avait tendance à oublier que l'homme était un sorcier et qu'il savait utiliser la magie lorsque cela épargnait ses vieux os et ceux de sa femme.
- Pas mon moyen de transport préféré, grimaça Martine en réponse, mais de loin le plus rapide, ajouta-t-elle avec un sourire moqueur.
Elle se tourna vers leurs bagages et tapota la housse d'un violoncelle.
- J'espère qu'il n'a pas été trop perturbé...
- Tu seras bonne pour le réaccorder complètement, répondit Dumbledore en haussant les épaules.
- Vous avez amené vos instruments, commenta Kécile avec un grand sourire.
- Bien sûr, ma chère Kécile. Voilà deux ans que nous harcelons Albus pour qu'il vienne chez nous faire de la musique de chambre, il n'espère tout de même pas échapper à la corvée en renversant l'invitation...
- Tu es stupide, Henri, répondit calmement Dumbledore. Je n'ai jamais fui nos petites séances.
- Ah, cher ami, permets-moi d'émettre quelques doutes. Tu t'es fait remarquer par ton absence ces derniers temps. Mais tu es tout excusé.
Cette invitation était une excellente idée, Albus, approuva Martine.
Elle posa un regard sur la jeune fille à côté d'elle.
- Un excellent compromis pour ne pas risquer la sécurité de notre petite Kécile, conclut-elle.
Tout le monde s'installa dans le petit salon, et Dina apporta du thé bien que le déjeuner n'allait sans doute plus tarder. Kécile écouta les adultes badiner, reconnaissant du fait qu'Henri particulièrement s'efforçait de parler anglais pour ne pas la mettre à part. Elle annonça très fière qu'elle venait de commencer à apprendre le français. Martine lui fit un sourire éclatant et se mit aussitôt à lui parler dans sa langue maternelle, sous le regard amusé des deux hommes.
- Euh... Martine, l'interrompit Kécile avec une mine déconfite. Je ne comprends rien. Tout ce que j'ai entendu c'est « Je suis » « tu es » « content » et « Ludivine »...
- Eh bien, plaisanta Henri. Voilà qui n'est déjà pas si mal au vu du débit de Martine. Tu es douée.
Et tout le monde éclata de rire.
Il ne fallut pas attendre la fin de l'après-midi pour que le groupe se retrouve dans le grand salon du rez-de-chaussé où trônaient un magnifique piano à queue noir et une harpe somptueuse à laquelle il manquait en revanche plusieurs cordes.
Henri s'approcha de l'instrument et pinça quelques cordes au hasard qui sonnèrent bizarrement dans la grande salle.
- Tu sais que c'est une pitié de la laisser comme ça, Albus, commenta Martine une mine inhabituellement sévère sur le visage.
- Je sais, répondit Dumbledore en évitant le regard de son amie. Mais je ne peux pas me décider à m'en séparer. Je vais la faire réviser, rassure-toi.
- Ça ne changera rien, répondit-elle. Elle n'est pas jouée. Elle s'abîme.
- Qui jouait de la harpe ? Demanda Kécile.
Madeleine principalement. Mais Camille également, répondit Dumbledore, sans doute heureux que la conversation dévie.
- Lorsqu'elle était enfant, Camille jouait davantage du piano, renchérit Henri. Mais quand elle a commencé à fréquenter Albus, les duos flûte et harpe ont soudain retrouvé un vif attrait à ses yeux, ricana-t-il.
- Je suis désolée, répondit Dumbledore sur le même ton, que Camille ait préféré les duos flûte et harpe aux duos clarinette-piano.
- Je me suis fait une raison, répondit le français sur un ton exagérément dramatique. J'ai tout de suite su que la concurrence était trop rude. Je savais que j'avais choisi le mauvais instrument... ajouta-t-il d'un ton songeur. Pourtant, la tendre clarinette aurait dû séduire Camille, qu'en penses-tu Martine ?
Celle-ci rit simplement alors que Kécile lui jetait un regard incertain.
- Est-ce que... est-ce que Camille et Henri ont...
Celui-ci eut un rire rentré.
- Pas le moins du monde Kécile. Camille était ma meilleure amie, mais rien de plus. Et cela valait mieux pour moi, car à partir du jour où elle a rencontré Albus, il n'y en avait plus que pour lui. C'était même assez dérangeant, à l'époque, ajouta-t-il avec un sourire d'excuse en direction de Dumbledore.
Kécile avisa alors un tableau qu'elle n'avait pas remarqué, n'ayant guère passé de temps dans cette grande pièce presque vide. Il représentait une femme et une enfant, l'une apprenant la harpe à l'autre.
- Ce sont Madeleine et Camille ? Interrogea-t-elle.
Les adultes acquiescèrent derrière elle.
- Elles sont belles, murmura-t-elle.
Elle se demandait soudain à quoi pouvait bien ressembler Ludivine adulte. Elle n'avait d'elle qu'une photo enfant.
- Mais est-ce que tout le monde faisait de la musique dans cette famille ? Demanda Kécile soudain amusée.
- Non, Erlésie s'était déclarée non douée pour cela.
- Il fallait bien qu'elle ne soit pas douée dans quelque chose, remarqua nonchalamment Henri.
- Vous avez connu la Grand-mère Erlésie? Demanda Kécile curieuse.
- Je venais souvent au Clos-La-Rive dans notre enfance avec Camille, acquiesça Henri. Mais je peux te dire que je n'en menais pas large face à cette sorcière...
- Moi, je la trouvais gentille... et drôle, répondit doucement Martine.
- C'est normal ! Répliqua Henri. Tu as dû la voir en tout et pour tout trois fois, et elle faisait attention à ne pas paraître trop folle devant toi pour ne pas t'effrayer.
Les deux autres rirent à la mine très sérieuse et au commentaire ironique du clarinettiste. Kécile regardait les trois vieilles personnes autour d'elle avec fascination. Elle découvrait une nouvelle facette chez eux, dûe à une ancienne et solide amitié et un sens de l'humour insoupçonné chez Henri qui pouvait paraître assez guindé au premier abord.
Ils finirent tous par sortir leurs instruments. Et Kécile fut flattée d'être invitée à se joindre à eux. On ne tarit pas d'éloges sur ses capacités, et Martine suggéra qu'on invite également Mr Collins un soir pour jouer avec eux. Dumbledore sembla apprécier l'idée, mais Kécile n'était pas très à l'aise à l'idée de voir son professeur en dehors des cours. Elle avait l'impression qu'elle serait intimidée.
- Mais nous pourrions faire une grande réunion ! S'exclama Martine aussitôt enthousiaste. Enfin, si tu es d'accord de voir ton manoir envahi, Albus, ajouta-t-elle avec un sourire d'excuse. Nous pourrions inviter Gudrun, elle m'a dit que cela fait des lustres qu'elle ne t'a pas vu.
Kécile supposa qu'il s'agissait de la marraine de Ludivine, qu'elle avait vu sur la photo.
- Et puis il y a Pavel et Irina. Nous sommes allés chez eux l'été dernier, tu étais invité d'ailleurs...
- Mais comment vous faîtes pour connaître autant de musiciens ? Interrogea Kécile perplexe.
- Mais...
Les trois autres tournèrent un regard étonné vers la jeune fille.
- Nous ne te l'avons jamais dit ? Demanda Martine, interdite.
- Dit quoi ?
- Eh bien que Martine est musicienne, déclara - Albus
- Vous voulez dire... que c'était son métier ?
La vieille femme acquiesça.
- Et elle était connue à l'époque.
- Et je puis t'assurer que son oreille ne s'est toujours pas perdue, ajouta Henri. Elle est gentille avec Albus, parce qu'elle ne veut pas qu'il espace encore davantage ses visites. Mais c'est un vrai tyran lorsque nous jouons ensemble.
Kécile se permit de répliquer avec un sourire ironique.
- Martine ? Un tyran ?! Excusez-moi, Henri, mais j'ai comme un doute...
- Attends de subir sa critique, ma chère Kécile. Et nous en reparlerons.
- Mais voyons, Henri, répondit la jeune fille. J'espère bien obtenir le même traitement de faveur qu'Albus.
- Pas de chance, Henri, répliqua Martine en embrassant son mari sur la joue. Tu vas encore avoir l'exclusivité de mon oreille horriblement critique pendant quelques années...
Début du lien
Ce matin-là, Kécile se leva particulièrement tôt après une nuit peuplée de rêves étranges. Cela n'avait rien à voir avec ses cauchemars où Voldemort s'immisçait bien malgré elle. Merlin merci, ceux-là avaient cessé depuis longtemps.
Mais elle avait rêvé de Ludivine. Et l'envie qui la taraudait devint soudain une nécessité impérieuse aussitôt sortie du lit. Elle s'habilla rapidement et sortit silencieusement dans le couloir pour ne pas réveiller Martine et Henri qui devaient encore dormir dans la chambre à côté. Elle traversa le palier pour s'arrêter devant la porte des appartements de Ludivine. Elle avait jusqu'à présent hésité à pousser la porte. Comme s'il lui avait fallut un peu de temps pour apprivoiser l'idée de la jeune femme qu'avait été sa mère et qui avait habitué ces lieux.
Elle poussa doucement la porte et entra dans les appartements. L'atmosphère était très différente de ceux qu'elle occupait. C'était plus épuré : les murs et rideaux bleus clairs rappelaient l'appartenance à Serdaigle tandis que le mobilier blanc faisait penser à une chambre de jeune fille. Mais ce qui perturba Kécile, c'était les signes évidents de passage dans cette chambre. Comme si certaines choses n'avaient jamais été rangées après son enlèvement : une écharpe abandonnée sur une chaise, plusieurs livres étalés sur la table à côté d'une chandelle à moitié brûlée. Et sur le bureau, une plume abandonné à côté d'une bouteille d'encre séchée. Et un carnet.
Kécile le prit précautionneusement, et reconnut l'écriture des autres journaux qu'elle avait dans sa chambre mais qu'elle n'avait pas encore lu. Elle regarda les dates. C'était de toute évidence le dernier écrit par Ludivine.
Pour la première fois, son cœur se serra à la pensée de sa mère. Le carnet s'arrêtait à la date du 22 mars 1979. Et la dernière phrase était inachevée.
Elle referma le carnet. Et continua son inspection. Mais elle sentait qu'il était temps qu'elle lise les journaux intimes de Ludivine. Tous ces objets, c'étaient des preuves et des traces de son passé. Un passé dont elle ne connaissait que les grandes lignes. Elle se sentait prête à ouvrir ces pages, maintenant.
Lorsqu'elle quitta les appartements, elle entendit le son tenu d'un violoncelle. Elle descendit silencieusement les deux étages. Dans le hall, la musique lui parvenait déjà plus nette. Et c'était d'une beauté qui lui faisait monter les larmes aux yeux.
Elle marcha silencieusement sur les dalles de marbre et poussa doucement la porte.
Martine lui tournait le dos, comme si elle regardait par la fenêtre tout en jouant. Kécile entra sans bruit et s'avança de quelques mètres avant de simplement rester debout au milieu du grand salon jusqu'à ce que la musique s'achève.
- C'est splendide, murmura-t-elle.
Elle fut désolée de voir Martine sursauter.
- Excusez-moi, dit-elle. J'ai été trop discrète.
- Est-ce que je t'ai réveillé ?
- Non. Mais ça n'aurait pas été grave d'être réveillé ainsi...Je ne vous avais jamais entendu jouer seule. C'est incroyable.
- Ce n'est rien, répondit Martine en haussant modestement les épaules. N'importe quel violoncelliste digne de ce nom joue ce morceau. Mais je t'accorde qu'il est magnifique.
- Mais pourquoi est-il si triste ?
- Je ne trouve pas qu'il soit triste. Il est rêveur.
- Il est triste, répliqua Kécile ? Il m'a donné envie de pleurer.
- Kécile... est-ce que ça va ? Demanda la vieille femme en la fixant plus intensément. Tu m'a l'air un peu chamboulée.
Kécile se tut un instant avant de répondre.
- C'est votre morceau, marmonna-t-elle. Et puis, je crois aussi... Je suis allée dans la chambre de Ludivine. Et j'ai trouvé son dernier journal intime.
Martine continuait à l'observer en silence, attendant qu'elle s'explique.
- Vous voyez... la dernière phrase... elle n'était pas terminée, murmura-t-elle. Comme si Voldemort l'avait interrompue au milieu. Comme si elle n'avait rien vu venir...
Martine ne répondit rien. Elle se contenta de l'attirer contre elle dans une étreinte maternelle.
